L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1 octobre 1818, jeudi 1 octobre 1818
L’Abeille Canadienne, «TOURNA L DK LITTÉRATURE ET DE SCIENCES.Ier.Octobre 1818.TEMPLE DU DESTIN* LOIN :é.Sous litre voûte où l’amour étincelle, "Est enfoncé le trône «lu Jesün ; Triste barrière et limite éternelle, Inaccessible à tout effort humain î Morne, immobile, et dans soi reccuiilie, C’est dans ce Heu que la nécessité Toujours sévère, et toujours obère, Lève sur nous son sceptre ensanglanté, Ouvre l’abîme où disparoit la vie, D’un bras «le fer courbe le front «les rois, Tient sous ses pieds la terre assujettie, Et dit au tems : “ Exécute mes lois.” i-V-t -V'- -SC 'O 'O DORAT.LA CHIENNE DE FLOPJAN.L’AIMABLE auteur de cette collection, si recherchée par tous ceux qui, dans leurs lectures, aiment à trouver la grâce unie au sentiment, /Florian, qui fut le plus habile traducteur de Michel % Cervantes, et lit parler avec tant d’esprit et de naturel les Arlequins et les Bergers, se procuroit souvent les plus douces indemnités qu'on puisse obtenir dans la carrière des lettres.Honoré de la confiance et de l'amitié du vertueux duc de Penthièvrc, dont il étoit le premier gentilhomme, il trouvoil amplement dans les honoraires que lui faisoit accepter ce prince, de quoi pourvoir à ses besoins.Tout ce que sa plume élégante et féconde pou-voit lui produire, «'toit employé secrètement à des bienfaits, dont il jouissoit avec d’autant plus de sécurité, qu’il feignoit «le les ré.pandre au nom du duc si bienfaisant dont il avoit l’honneur d’etre chaque jour et l’émissaire et l'interprète.Déjà Galatéc avoit sauvé plus d'une jolie orpheline, en lui procurant un état qui mettoil sa jeunesse et ses charmes à l’abri des pièges adroits «le la séduction.Déjà les nombreuses éditions d Estelles avoient doté plus d’une jeune villageoise qu’une disproportion de fortune eut empochée de s’unir à celui qui poissé- OCTOBRE 1810.16;p doit son cœur ; les Deux Billets enavoieni acquitté bien d’autres, auxquels des malheurs imprévus ne permettaient pas de faire hon-neur ; le Hun Ménage cinpëcboit souvent que la gène et le besoin ne troublassent la paix de celui qui habile sous ie chaume ; et la Donne AI crc, qui, à cette époque, faisoit courir tout Paris, partageoit entre ses semblables le produit de sou succès.En un mot, Florian pouYoit compter plus d’un heureux par chacun de ses ouvrages.Un jour qu’il étoit chez sou libraire, homme probe, mais sévère dans le commerce, le commis de ce dernier, qui avoit été è toute la matinée en recette, entre dans son cabinet, et, après avoir rendu compte de sa tournée, il lui remet un billet à ordre de six cents livres, que le débiteur s’étoit trouvé dans l’impossibilité d’acquitter.14 Eh bien, faites protester, dit brusquement le libraire.—Ah ï Monsieur! un artiste malade depuis plusieurs mois, sa femme enceinte, et trois enfans.—J'en suis bien fâché, I mais il faut que je me mette en règle.—Que! est donc ce débiteur qui vous intéresse tant?demande au commis le chantre d’Estelle et de Galatée.—C’est un Languedocien, homme d’honneur, mais f % un peu trop facile à obliger des amis, dont il est dupe.Un Languedocien ! reprend Florian; il m’intéresse comme vous en qualité de compatriote, * et je me charge de sa dette.Elle est de six cents livres, si j’ai bien entendu?Oui, répond le libraire : c'cs! un emprunt qu’il a fait par un billet à ordre, tombé dans mes mains.—Eh bien, retenez ces six cents livres sur le prix du manuscrit de JVuma, que je vous remis l’autre jour.Si l'artiste paie la somme, vous néen ferez compte ; mais vous me promettez bien de ne jamais la lui demander, et, surtout, de lui taire mon nom.—En ce cas, je vais acquitter-le billet et vous le rendre.—Non, non: je ne veux aucunement connoître ce débiteur; il suffit qu'il soit du Languedoc cl père de famille.” Plusieurs mois se passèrent : Florian, accoutumé «à fane du 9 bien, tant au nom du duc de Pcnthièvrc, que pour son propre compte, avoit entièrement oublié cet acquit de six cents livres ; * Comment l’honnête et hou Florian n’eut-il pas été transporté de joi« en pareille occasion !.Ne savons nous point qu’il n’y a que les ùmcsd» houe, auxquelles ne disent absolument rien les doux noms de trioUct d’ami d'enfanu l I iG< L'ABEILLE CANADIENNE.mais celui qu'il avoit obligé si généreusement, sans qu'il pflt s’en douter, et qui se croyoit toujours débiteur de cette somme envers le libraire, vint le trouver dès qu’il fut rétabli de sa longue maladie.Ce débiteur se nommoit Qucvcrdo, graveur et dessinateur, élève du célèbre Eiscn, et qui déjà s’étoit fait, dans la capitale, une réputation méritée.Il remercie d’abord son créancier de l’obligeance qu'il avoit eue, et lui propose de renou-vellcr son billet pour six mois, époque où il est certain d’y faire honneur, lui offrant d’ajouter au capital de la somme les intérêts pour la prorogation qu'il réclame.“ Vous ne me devez rien, lui répond le libraire; votre billet est acquitté.—Comment ! et par qui ?—Par quelqu’un (pii ne veut pas se faire connoître, et qui vous accordé tout le temps que vous voudrez.Oh î il n’est pas difficile en affaires celui-là : je gagerois même qu'il a déjà tout-à-fait oublié ce qu’il a lait pour vous.—Mais, je ne me laisse obliger à ce point que par ceux que je commis.Artiste et né sur la Durance, j’ai trop de fierté, je l’avoue, pour vouloir ignorer à qui je dois un semblable service.—Et c’est précisément pour cela que vous devez, sans crainte de blesser la délicatesse, accepter le secours d'un compatriote.—Quoi ! c'est un Languedocien?.• • Cet aveu inc fait grand bien, je ne puis le dissimuler.Mais, de grâce, achevez de me nommer ce généreux appui que le ciel m’envoie.Mon cœur a besoin de le connoître; et si vous nie refusez, vous allez me forcer à vendre le peu d’argenterie que je possède, ou l'un de mes tableaux que je chéris le plus, pour ac-quitter celte dette sacrée, qui ne permet plus le moindre délai.” Le libraire voulut persister à cacher le nom du nouveau créancier ; mais Qtiéverdo mit tant d'instance, et lui témoigna un si pénible • « », tourment de son silence, que celui-ci ifcut pas le courage de le laisser dons une plus longue incertitude, et lui confia que c'étoit le chevalier de Florian.“ J’aurois dû m’en douter, reprit l’artiste, ce sont là de ses tours; et je commis plusieurs de mes confrères qu'il a secourus de même avec le produit de scs ouvrages.« Mais j’espère me venger bientôt, et lui prouver que ce n’est pas gratuitement qu’on m’oblige avec tant de grâce et de générosité.” Plusieurs mois s’écoulèrent encore, sans que le graveur Lan-guedocien, malgré tous ses efforts et son économie, pût amasser de cuoi retirer son billet resté dans les mains du libraire.Flo- jk rian, depuis quelque temps travailloit à ses Nouvelles, qui ne > . OCTOBRE 181C.1G5 •ont pas la partie la moins intéressante de ses œuvres.11 venoit de terminer Claudine, où il dépeint, sous des couleurs si tou-chantes, les malheurs et les remords de la séduction.Content de son travail, il voulut s’assurer s'il avoit bien exprimé la douleur de l'innocence abusée, et le tourment rongeur de Fauteur de J cj ses maux.Il lit une lecture de cette Nouvelle au cercle du duc de Penthièvrc, qu'on pouvoit consulter avec confiance, en fait de morale et de sentiment ; ce prince, ainsi que toutes les personnes qui l’entouroient, éprouva la plus vive émotion au récit des malheurs de la jeune pastourelle de Chanimmi.On ne sa-voit, en effet, ce qu'on devoit admirer le plus dans celte charmante production, ou les situations adroitement ménagées, ou lo style pur, toujours local, et souvent entramant.Des applaudis-semens unanimes donnèrent à Florian la certitude d’avoir peint fidèlement la nature, et surtout d'avoir atteint le bul moral qu’il s’étoit proposé.La lecture de celle Nouvelle avoit produit un effet très remarquable sur un des jeunes pages du duc de Penthièvre, nommé « Ernest, fils d'un officier mort aux armées, et doué d’une sensibilité qu’il cachoit sous la plus aimable espièglerie.Il étoit ce jcur-Ià même de service, et se trouvoit placé derrière le fauteuil du prince : H ne perdit pas un seul mot de la Nouvelle de Florian.Comme cette pauvre Claudine l’intéressa ! comme FAn-glois Belton lui parut coupable ! Oh qu’il auroit eu de plaisir à secourir celte jeune mere proscrite, errante, et portant dans scs bras l’enfant qui seul ranime tout son courage ! Oh qu’il auroit voulu la rencontrer sur la place Royale de Turin, déguisant son sexe et réprimant l’amour maternel, courbée sous de lourds fardeaux, ou prosternée aux pieds des passans, dont elle nettoie les chaussures î Le moment surtout où elle s’aperçoit que l'étranger qui met le pied sur la sellette, est ce même Belton qui ne peut reconnoitre dans le pauvre Savoyard la pastourelle qu’il a séduite, et qu'il cherche en vain depuis long-temps; ce moment, dis-je, fit sur Ernest la plus vive impression.Sans cesse il voyoil cet intéressant tableau : par-tout il raconloit cette Nouvelle avec la chaleur et l’enthousiasme d'une âme neuve et d’une ardente imagination.Il alloit souvent visiter un do ses parens, ancien officier d’artillerie, et grand amateur de tableaux, qui demeuroit dans la pc- 106 L’ABEILLE CANADIENNE.titc rue Baillif, attenant à l’hôtel de Fentbièvre.Dès que le ser* vice d’Ernest lui laissoit un instant de loisir, il couroit chez la vieux capitaine, et prenoit plaisir a nettoyer, à ranger lui-même tout ce qui composoit sa riche et nombreuse collection.Souvent il s’y laissoit suivre par une chienne de chasse appartenant ù Florian, très-belle épagneule nommée Diane, et dont il s’amu-soit à développer l'instinct, à exercer l’intelligence : aussi le jeune page étoit, après son maître, celui qui chérissoit le plus cet excellent animal.On les voyoit toujours ensemble : Ernest et Diane étoient inséparables.Un jour qu’il étoit avec sa compagne fidèle, chez son parent, entre Quéverdo, portant sous le bras un petit Guillaume Miéris, très-fiel original, qu’il propose au vieil amateur.Celui-ci, grand connoisseur et franc appréciateur du vrai talent, trouve qu’en et-fet celte production est une des plus estimables de son auteur, et demande à Quéverdo combien il veut la vendre.“ En tout “ temps, répond ce dernier, cela vaudroit cinquante louis: don-“ nez-m’en la moitié, et il est à vous.’1 En prononçant ccs derniers mots, il laisse échapper un soupir, et ne peut s’empêcher d’exprimer le regret qu’il éprouve desc dessaisir de ce chef-d'œuvre.“ Pourquoi, lui dit le capitaine, vendre à moitié prix un objet d’une valeur réelle?—Que voulez-vous?les artistes parfois éprouvent des momens de gène: une longue maladie, une famille nombreuse, une dette d’honneur à acquitter.” Tout en causant ainsi, il fait tomber la conversation sur Florian, et ra- I conte le service qu’il en avoit reçu, ajoutant que scs forces affoi-blics ne lui ayant pas permis d’amasser par son travail de quoi satisfaire au billet de six cents livres, il se determined à vendre son Guillaume Micris.“Si M.de Florian, dit Ernest, savoit que vous faites pour lui ce pénible sacrifice, il ri’accepteroit point votre argent : permeltez-moi de lui parler de votre dette, et je suis 0 % adr qu’il vous accordera tousles délais qui vous conviendront.— Eh F ce n’est point pour lui que je veux m’acquitter, répond • î « Quéverdo ; mais pour moi-même.La conversation continue sur Florian : le jeune page, qui sans cesse avoit présente à l’imagination la lecture de Claudine, annonce que l’auteur charmant d’’Estelle et de Galatcc faisoit des Nouvelles qui ajouteraient à sa réputation : il exprime alors tout l'effet qu’uvoit produit une de ccs Nouvelles dans le salon du duc OCTOBRE 1018.IG 7 de Penthièvre ; il en détaille tous les incidens avec tant de vérité, dépeint si bien le site, l'époque et les personnages, que Qiiéver-do voit la scène, en est ému lui-même; et, pressant Ernest dans ses bras, il s’écrie : “ Eli bien, si vous voulez me seconder, je puis conserver mon Guillaume Miéris, et m’acquitter avec Florian d’une manière digne du service qu'il m’a rendu, et de la recon-noissance que je lui dois.Je ne puis m’expliquer d’avantage ; mais veuillez vous trouver ici dans huit jours, à cette même heure.et je vous confierai le reste de mon secret.” En achevant ces mots, il son, emportant son tableau, et comme frappé d’une idée qui déjà répandoit sur sa figure l’expression de la joie et de l’honneur satisfait.Ernest, toujours accompagné de la belle épagneule, ne manqua pas de se trouvera l’entrevue, qui produisit les détails in-téressans qu'on va lire, et que l’on lient du page lui-même, au-jourd'hui l’un des officiers les plus distingués de l’armée Françoise.Florian, après avoir retracé dans Claudine, les dangers qui souvent environnent l’innocence et la beauté, voulut rendre hommage à la nation qui lui avoif fourni ses premiers modèles; il voulut peindre la noblesse, la galanterie cl la vivacité du caractère espagnol, et composa sa nouvelle intitulée C(destine.Un matin qu’il sc Iivroit à ce travail, et que, parcourant avec son héroïne le beau pays de Grenade, il lui faisoit entendre cette romance qu'on a tant répétée : ri aisir d’amour ne dure qu’un moment : Chagrin d’amour dure toute la vie.; nu moment, dis-je, où Florian éprouvoil un plaisir inexprimable à décrire les sites romantiques où il relrouvoit les traces d'Estelle et de Galatéc, Diane, sa chienne fidèle, entre dans son cabinet dont la porte étoil entr’ouverte, s’approche de son bureau de travail, et posant sa belle tête sur un bras de son fauteuil, lui présente, avec un air de joie et de triomphe, un petit porte-feuille de cuir noir, attaché par un simple cordon.Florian le prend, l’ouvre avec empressement et trouve une petite planche admirablement gravée, et à laquelle éloient jointes plusieurs épreuves avant la lettre, d’une vignette représentant Claudine vêtue en simple commissionnaire, sur la place Royale de Turin, avec son fils Benjamin, qui la prend pour son frère : un étranger, le pied sur la sellette, regarde avec 168 L’ABEILLE CANADIENNE.intérêt cc jeune Savoyard si prévenant, et dont tous les motive-mens sont si doux : Claudine, de son côté, portant un regard sur celui dont elle nettoie les bottes, recommit le lord Belton, et la brosse lui tombe des mains.Celle scène charmante étoit rendue avec une perfection et une vérité qui causèrent à Florian une surprise inexprimable.“ Quand j’aurois, se disoit-il, donné moi-44 même le programme de cette gravure, et fait faire l’esquisse “ sous mes yeux, elle ne seroit pas plus fidèle.Jamais hom-“ mage ne fut plus flatteur et plus inattendu.Mais qui peut en “ être l’auteur?Point de nom, et Diane pour messagère !.’’ Aces mots, la chienne, qui s’entend nommer, vient de nouveau lécher les mains de son maître, et semble partager tout le plaisir qu'il éprouve.“ Comme j’ai lu cette Nouvelle dans le grand “ salon du prince, se dit encore Florian, et qu’elle a paru vivo-44 ment intéresseï mes nombreux auditeurs, il s'y sera trouvé 44 quelqu’un qui m’aura joué ce tour ingénieux.Oh î je le “ connoîtrai : il m’est devenu trop cher pour que je ne parvienne* '* pas à le découvrir.Quelques jours après, sa seconde Nouvelle étant terminée, iï la lit de même au duc de Penlhièvre, mais en petit comité, et sans avoir aucunement anoncé cette lecture.Au bout d’une semaine, lorsqu’il travailloit encore, entre Diane, portant un nouveau porte-feuille de cuir, qui conlcuoit, comme le premier, la planche et plusieurs exemplaires d’une jolie gravure représentant Célestinc, qui, sous le nom de Alarcélio, et les habits d’un alcade, pénètre dans la prison de dom Pèdre, qu’elle presse dans ses bras, et qu’elle rend à la vie, à tous les charmes de l’amour le plus constant.Chaque détail étoit d’une exactitude remarquable, et les figures sembloient proférer ce que Florian fait dire dans sa Nouvelle à ces deux personnages.Surpris de nouveau, il cherche vainement dans sa tôle, et ne peut concevoir d’où lui vient un si rare présent.“Quand j’ai lu, se dit-il, ma seconde Nou-“ vclle au duc, il n’y avoit auprès de son altesse que la duchesse •* de Chartres, sa fille, et la princesse de Lamballe, sa bru.44 Seroil-ce donc l’une ou l’autre de ces dames qui daigueroit 44 honorer à ce point mes Nouvelles, en les analysant à quelque 44 artiste célèbre ?” Il questionne, avec discrétion, ces deux aimables princesses à qui il fait part de ce singulier événement, le confie au duc de Pcnthièvre lui-même, s’informa à tous les gens A i OCTOBRE 1818.IGD de 1 hotel, et ne peut en tirer un seul indice, ni meme asseoir le moindre soupçon.Après avoir retracé dans Claudine et Célcstinc les malheurs de la séduction et la constance de l’amour, Florian voulut peindre les mœurs et la chevalerie des premiers temps de la monarchie françoise ; il s’occupa d’une troisième Nouvelle intitulée Bliom-bùris.Il s'y livroit avec d’autant plus de zèle, qu’il avoit l’intention d’oïïiir dans la fille hien-aimée de Pharamond, l’image , • # I * fidèle de cette jeune et charmante princesse qui venoit de s’unir au fils unique du duc de Penthièvrc.Cette nouvelle étant terminée et revue avec le plus grand soin, Florian propose au duc de l’entendre; mais, voulant savoir l’efiet qu'elle produiroit sur madame de Lamballe, dont il croyoit avoir fait un portrait ressemblant, il supplie son altesse de permettre qu’il n’y ait à cette lecture que la jeune princesse sa bru.On se réunit donc dans une pièce séparée des grands appartemens; on ferme les portes % avec soin, et Bliombéris produit tout l’effet que pouvoit espérer son auteur.Jamais chevalier ne s’étoit montré plus digne de •* * • i • , posséder le cœur et d’obtenir la main de la fille de son roi ; jamais « princesse n’avoit uni à l’éclat de la naissance un plus rare assem- ê * • « blage de vertus et de charmes.On félicite Florian et sur le choix.* du sujet et sur Je talent avec lequel il est traité.Madame de Lamballe qui, malgré sa modestie, s’est reconnue dans les traits charmans de Félicie, remercie elle-même, en rougissant, l’heureux auteur de tout le plaisir que lui a fait éprouver sa Nouvelle, î et prédit qu’elle sera l'une des plus intéressantes de son recueil, • • dont elle agrée la dédicace.Le duc de Penthièvrc serre avec expression la main de Florian, et lui fait sentir combien il ap-prouve ce juste hommage rendu publiquement à la jeune princesse qui lui est devenue si chère.Cette lecture achevée, on veut se retirer; Florian ouvre une des portes du salon particulier ; et aussitôt Diane qui attendoit dans la pièce voisine, entre plus triomphante que jamais, et remet àson maître un troisième porte-feuille, contenant la gravure de la Nouvelle même qu’il vient de lire.Elle représentoit le preux Bliombéris venant de sauver Félicie de la fureur d’un sanglier étendu sur la poussière, et délivrant un tourtereau des serres d’un milan, qui tombe percé d’une flèche lancée par ce héros.B 170 L’ABEILLE CANADIENNE.La frayeur et la joie empreintes à la fois sur la charmante figure de Félicie, la solitude où se passe la scène, la fraîcheur du bois, les battemens d’ailes des deux tourtereaux qui semblent remercier leur intrépide libérateur ; tout offre un charme, une expression qui rendent Florian comme stupéfait d’étonnement.“ Pour “ le coup, s’écrie-t-il, cela passe l’imagination.Je n’ai lu cette “ Nouvelle qu’à vous seuls; ce matin j’y retouchois encore, et “ à peine en ai-je fait la première lecture, que la gravure qui “ représente la situation la plus intéressante, arrive comme par “ enchantement, et semble sortir des mains d’un génie créateur “ aussi prompt que la pensée ! Cela, je l’avoue, pique ma cu-“ riosité à un point que je ne saurois exprimer.” L’étonnement de Florian est partagé par le duc et la jeune princesse qui ne peuvent se lasser d’admirer cette ingénieuse vignette, où l’artiste anonyme, pour lui prêter encore plus de charme, scmbloit avoir donné à la belle Félicie les traits ravissans de madame de Lam-balle.Celte princesse prodigue elle-même à Diane mille caresses ; jamais émissaire ne fut mieux récompensé.Bientôt les soupçons se portent sur tel ou tel artiste qui avoit l’honneur d’être reçu chez le duc de Penthièvre.Ce dernier qui joignoit, à une bienfaisance universellement reconnue, un coup d’œil sûr et un bon sens inaltérable, présume que le jeune page qu’on rencontre sans cesse avec la chienne de Florian, ne peut ignorer entièrement d'où vient cet étrange message ; il ordonne qu’à l’instant même on fasse venir Ernest.Celui-ci que déjà vainement avoit interrogé l’auteur des Nouvelles, arrive d’après l’ordre qui lui en est donné, et veut, sous les dehors de son espièglerie accoutumée, cacher le secret qu'on lui a tant recommandé ; mais, serré de près par Florian, intimidé par les questions réitérées du duc de Penthièvre, à qui il n’a pas la force d’en imposer, il fait l’aveu de tout, instruit le prince du trait généreux de l’auteur des Nouvelles, du désir ardent qu’a voit témoigné l’artiste Languedocien des’en venger, et du plaisir qu’il avoit pris lui-même à l’y aider, en lui reportant d’abord le sujet de Claudine, dont la lecture étoit encore présente à sa mémoire, et en saisissant ensuite tous les momer>s que le chevalier de Florian passoit auprès de son altesse, pour se glisser dans son cabinet, lire à la hâte sur son bureau de travail ce qu’il avoit écrit, et courir aussitôt en faire le récit le plus fidèle à l'heureux QuCverdo qui, sur le champ, prenoit se* OCTOBRE 3818.171 u notes, csquissoit le dessin, et donnoità ses figures toute l'expression qui leur convenoit.“ C’eit ainsi, ajoute Ernest, qu'il a fait, sous ma dictée, les £ trois premières gravures de vos Nouvelles, et que dans ce moment meme il commence celle de Sélico, que je n’ai pu a lire encore toute entière : le moment où ce bon fils se dévoue ¦ # I » .• * “ au plus affreux supplice, pour donner du pain à celle qui l’a- wé “ voit fait naître, m’a si fort mouillé les yeux, que je ne distin-il guois plus votre écriture: oh, comme vous peignez éloquem-*{ ment ce qu’on doit à sa mère ! Il faut que vous ayez bien ai- “ mé la votre.” Florian ne peut répondre au page qu’en le pressant dans ses bras, qu’en le mouillant de ses larmes.“ Vous méritez bien un pareil tour, lui dit le duc de Penthiè-vre, qui partageoit son émotion ; vous ne cessez de m’approprier vos bienfaits.—Et son altesse n’en a pas besoin, ajoute le page : elle est si riche d’amour et de reconnoissance !—Ernest, reprend le prince, affectant un ton sévère, vous avez commis une indiscrétion coupable, en lisant, à son insçu, les manuscrits de mons.de Florian ; et, pour vous en punir.je vous donne une sous-licutenance dans le régiment qui porte mon nom ; et j’aurai les yeux sur vous.La première fois que vous irez chez M.Quévcr-do, n’oubliez pas de venir prendre mes ordres.” En achevant ces mots, il sort avec madame de Lamballe, et les laisse tous les deux concerter ensemble sur les moyens de faire partager à l'habile graveur le bonheur qu’ils éprouvent.“ Il me vient une idée, dit le chevalier ; et, d’abord, je vais chez mon libraire, lui demander de passer à mon ordre le billet de six cents livi-es; il est nécessaire à mon projet.Vous, cher Ernest, ne tarde?pas à venir me trouver dans mou appartement, et je vous confierai le plan que j’ai formé.” Dès le lendemain donc, lorsque Qucvcrdo étoit dans son modeste appartement, entouré de sa nombreuse famille, et travaillant à la vignetfe de Sélico, dont le site et les personnages dévoient si bien contraster avec ceux des autres Nouvelles, il entend heurter à sa porte, ouvre et voit Diane.qu’il avoit tant do fois reçue et caressée, lui rapporter le porte-feuille de cuir dans lequel il avoit envoyé la première vignette de Claudine.Il s’imagine d’abord qu’on lui renvoie ses gravures ; et sa fierté ne pourra supporter une pareille humiliation.Il n’ouvre qu’ei 17- L'ABEILLE CANADIENNE.tremblant le porte-feuille., et il y trouve son billet à ordre _ • avec cet acquit de la main île Florian : “ Reçu de AL Quévcrdo , ' ' • le montant ci-dessus, en trois planches gravées, qui valent plus 4 è _ du double de la somme.”—“ Tout est découvert, s’écrie-t-il, et le page m’a trahi.” Mais sa surprise redouble, et son dépit se calme, lorsqu’il voit dans le meme porle-feuille un autre écrit: c’éloit un brevet de dessinateur du cabinet du duc de Penthièvre.?,» * aux nppointeraens de trois mille livres, avec un appartement • » i i dans l’hôtel, pour toute sa famille.Il relit ce brevet, rédigé, par Florian, et signé du prince ; il ne peut en croire ses yeux ; il le relit encore à sa femme, à ses enfans qui entourent Diane, dont la joie semble exprimer qu’elle partage l’ivresse de toute sa maison.A l’instant même, Quévcrdo s’habille, sort accompagné du fidèle émissaire, se rend à l’hôtel de Penthièvre, et demande à parler au chevalier de Florian.Ernest l’aperçoit à travers une croisée, parlant au suisse ; il accourt à sa rencontre, lui l ?• t explique tout ce qui s’est passé, et s’empresse d’aller l’annoncer à Florian, en ce moment auprès du prince.Celui-ci veut voir et connoître l’artiste estimable, l’homme délicat qui sait si digne-# ment reconnoitre un service.Il l’accueille avec cette touchante bonté qui lui concilioit tous les cœurs, et lui dit : “ Si je vous ai choisi, Monsieur, pour diriger mon cabinet de peinture, c’est dans l’espoir que j’y verrai bientôt une production de votre savant burin qui réprésentera le chevalier de Florian, recevant de • % • « sa fidèle Diane la première gravure de ses Nouvelles ; c’est un sujet charmant, qui vous honore également tous les deux.”— u 198 I ; A P, RILL V, C A N A DIEN N E.ê Report.18,875,000,000 * farines, orge, riz, Mc, avoine, fourrage, patates, fruits, ê • colon, pour neuf millions d’individus, et pour la consommation d'une, année, y compris la nourriture des bestiaux, etc.- - - - - -.3,205,000,000 Quatre cents millions d’acres île terres appartenant au public, -.1,500,000,000 mmrné* l » ¦ ¦¦¦ m m mm - - I 23,«>130,000,000 Fartant de ce capital, qui est un gage considerable, M.Homo pense que les Etats-Unis doivent avoir un grand crédit, et i! voudrait en conséquence qu'ils émissent un papier national libre.Dans son plan, ce papier if entrerait dans la circulation qu’au-tant qu'il serait demandé par des individus qui auraient besoin d'emprunter: ils l'obtiendraient à cinq pour cent d'intérêt annuel contre des sûretés productives de revenus, telles que des effets constitués du gouvernement ou des immeubles.Ces dépôts et hypothèques seraient relâchés à la volonté des emprunteurs, au moyen du remboursement du prêt en papier circulant, lequel rentrerait en caisse pour n'en sortir de nouveau qu'aux mêmes conditions.La mesure des besoins serait donc la mesure constante de la circulation ; ce qui exclueroit et la surabondance et la rareté.Sa Garantie serait dans la fortune générale des états, dans les .O dépôts et hypothèques fournis parles emprunteurs ; et pour ajouter à ccs causes do crédit, le papier serait admis dans toutes les caisses du gouvernement.L'intérêt »îc cinq par cent, auquel on recevrait les billets do circulation, ferait prévaloir ce cours dans toutes les opérations; i! tendrait à faire concourir avec moins de défaveur contre l'argent les billets de toutes les ban- O ques; il raHennirait la valeur îles effets constitués du gouvernement ; il rendrait plus légère la dépendance dans laquelle les banques tiennent le commerce ; il perinellroit au spéculateur d’élever des fabriques, à l’agricuilcur d’entreprendre des améliorations et des défrichcmens ; et en même temps qu’il produirait tous ccs avantages pour les particuliers, il donnerait au gouvernement un revenu annuel de 20 ou 25 millions.Tel est le projet de M.Hmiiu ; tels sont les avantage?qu'il en fait espérer.Je ne jugerai point ici ce projet ; je n’ai voulu que le faire connoitre : mais ou ne peut que louer les bonnes intentions de OCTOBRE 1010.109 railleur.11 est certain qu’entre les crises auxquelles les états sont exposés, celles qui résultent du resserrement soudain, delà disparition, du renchérissement des capitaux, sont des plus funestes ; elles avilisent toutes les espèces de propriété ; elles attaquent la réproduction à sa source, qui est la culture ; elles paralysent les manufactures, elles arrêtent les transactions, elles J J aggravent le poids des charges publiques, elles subordonnent la politique, qu’elles mettent dans la nécessité de supporter des affronts et de dissimuler des entreprises qui compromettent la sûreté d'un pays ; elles donnent aux signes, qui ne devraient ê tre que des moyens bienfaisans ou du moins innocens d'échange, une valeur nuisible, tme puissance qui dévore tout, qui tue au lieu de vivifier.Ceux qui s’occupent de prévenir de tels maux, ou d’y trouver des remèdes lorsqu’ils se font sentir, méritent donc bien de leur patrie.Les hommes publics doivent tenir constamment les yeux ouverts sur le taux de l’intérêt de l’argent : c’est lui qui indique essentiellement l’état de la santé du corps politique.Lorsque l'intérêt s’élève trop haut, il existe certainement une maladie grave dont il est urgent de s’occuper, tri la cause en est dans l’évanouissement du signe, qu’une circonstance ordinaire fait sortir du pays, on no peut suppléer trop promptement au vide qu’il laisse dans la circulation.La difficulté est grande?sans doute, mais non insurmontable ; elle existe surtout dans l’art pernicieux avec lequel les détenteurs des capitaux savent s’emparer de la disette ; mais les peuples avancés dans l’économie politique ont appris à s’en défendre.% L’Angleterre, qu’il faut citer sur beaucoup de choses, opposa dès long-temps avec succès ses papiers de circulation, à l’oppression que les signes métalliques font éprouver quelquefois", lorsqu’ils sont le seul medium des transactions, et qu'ils régnent exclusivement dans la circulation.La banquc-mèrc émet elle seule, dans ce pays, jusqu’à 700 millions de billets.Les banques des provinces en font circuler près de deux fois autant.M.Barbé-Marbois, dans les notes de son Histoire du complot I d’Arnold, ouvrage très-remarquable par l’autorité des meilleurs principes et par l’intérêt dramatique qu’il excite, a cité un fait qui prouverait qu’une telle diffusion de papier n’a pas été sans inconvénient ; mais l’Angleterre n’cu dut pas moins à ce supple- sou L'A BE LEE CANADIENNE.ment des signes métalliques, abondant sans exubérance, l’inappréciable avantage d’un faible intérêt, qui permit à l'agriculture de porter au plus liant degré la production animale et végétale du pays, qui procura à l’industrie les moyens de la couvrir de fabriques, qui mit le génie du commerce à même de puiser les richesses à toutes leurs sources, enfin qui lit monter la nation, après une lutte de vint-cinq années au premier rang de la hiérarchie politique.Un si grand exemple ne doit pas être perdu pour les autres états ; il doit prouver à celui qui,* riche de 80 milliards en capitaux, jugeroit sa fortune anéantie parce qu’il verroit sa circulation exposée à s’appauvrir d’un milliard, qu’il donnerait en cela une marque de faiblesse, ou de peu de progrès dans les sciences économiques qui ont fait la force et la gloire de ses voisins.[Par Mr.Ylkninac.O/ < » * .\".MONTREAL.P E II S P E C T I y E.Sa G hack i.k Duc de Richmond, de retour du Haut-Canada lé 25 de ce mois, a été acccuSllic par la troupe et par les citoyens de cette ville avec les démonstrations de respect et de satisfaction qu’inspire naturellement sa présence.—Sa Grace s’est mise en route pour Québec le sur-lemlemain mutin, de très bonne heure.L’empressement de Sa Grace à acquérir par cllc-mcme la connoissanct» des localités, de leurs ressources et de leurs besoins; les vues libérales qu’elle laisse entrevoir pour lu prospérité du commerce et de l’agriculture ; ce qu’elle a conçu déjà pour accroître et améliorer nos moyens de communication ; enfin les formes amènes et les manières engageantes par lesquelles Sa Grace attire et commande en quelque sorte la confiance ; telle est la Perspective qu’olfre le début d’une administration, qui, non* n’en doutons point, fera époque dans nos annules.* La nation Françoise.
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