L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1 octobre 1818, jeudi 15 octobre 1818
t L’Abeille Canadienne* JOURNAL m; LITTERATURE ET DE SCIENCES.• I # 15 Octobre 1818.i v DÜC1S, (J.' F.) (/73* " PEINT PAR LUI-MEME.« sANITle prévoir, Jean François fut auteur ; îpire plus de vices que l’ignorance.Il fit per- OCTOBRE 1813.221 / dre nnx femmes toute pudeur, et aux hommes tout sentiment de morale.IV.Sur les Mâles et les Perses.Au-delà du Tigre, la Médie et la Perse» la première au nord, 5a seconde au midi, s’étendoient dans un vaste pays entrecoupé de montagnes.Les Modes étoicnt soumis à l’empire des Assy-riens, lorsque Sardanapale sacrifiant aux plaisirs tous les devoirs de la royauté, ils profitèrent de l’occasion pour se rendre libres.Ils furent d’abord sans chef, sans gouvernement, et la licence multiplia les désordres.Enfin, ils se donnèrent un roi, vers l’an €00 avant J.C.Déjocès les gouverna au commencement avec sagesse ; mais enivré de sa grandeur, ou voulant contenir ses sujets par la.crainte, il devint extrêmement sévère: il se renferma dans un palais inaccessible ; il ne se laissa voir qu’aux officiers de sa maison, et c'étoit un crime capital, selon Hérodote, (pie de rire ou de cracher en sa présence.!l sembloit ne vouloir régner que par la terreur.Etrange manière de gouverner les hommes ! Ecbatane, qu’il bâtit pour en laire sa capitale, avoit sept enceintes de murailles élevées les unes sur les autres.Le faste asiatique devoit y énerver en peu de temps le monarque et les sujets.L’éducation des princes ne fut confiée qu’à des femmes ignorantes et à des eunuques: elle n'étoit donc propre qu'à ins-spirer la mollesse au lieu des vcitus mâles dont les hommes, et sur-tout les princes, ont besoin pour ne pas se déshonorer.Aus-ai les Modes furent-ils bientôt assujettis par les Perses, qui con-servoient encore les mœurs antiques.La monarchie des Perses étoit une des plus anciennes du inonde.Ils eurent long-temps des lumières et de la sagesse, une religion même sans idolâtrie.Ils connoissoicnt l’unité de Dieu.Le soleil qu’ils semhloient adorer, le feu sacré qu’ils conscr-voient soignousemet, n’étoient que des symboles de la puissance divine.On ne vovoit chez eux ni temples ni simulacres : ils disoient qu'on imultoit la divinité en voulant la renfermer dans •une enceinte de murs.t Les prêtres, connus sous le nom de Mages, se rendoient rcs-pectablcs par la science, par des mœurs austères.Mais, comme O O?I/ABE1LLE canadienne.les prêtres égyptiens, 'Is avoient neejuis trop de pouvoir ; ef.pour le maintenir, ils faisoient de leur science un mystère.Ils teuoient de Zoroastre, ancien législateur des Perses, la doctrine des deux principes, par laquelle ils expliquoient l’origine du mal.Le bon principe, Oroinaze, étoil l'Elre-Suprêmc, créateur de la lumière et des ténèbres.Ils appeloient le mauvais principe Arimane ; ils le faisoient naître des ténèbres, et c’étoit l’auteur du mal.* Le législation punissoil les vices, tels que l'ingratilüue ; elle inspirait l’amour de la justice, la haine du monsonge et de l’oisiveté; elle honoroit l’agriculture; et le prince même se faisoit un devoir de manger une lois l’an avec les laboureurs.Des lobs si sages dévoient rendre ce peuple aussi heureux que respectable.Il swftiroit de dire à sa louange que le mensonge étoit à ses yeux vine infamie.On domioit aux entans une éducation publique, propre à former des hommes sages et courageux.Jusqu’à l’âge de dix-sept ans ils étaient entre les mains de maîtres habiles, qui leur ap-prenoient tout ce que doivent savoir et pratique r de bons citoyens.On ne pouvoit être admis aux emplois sans avoir été nourri dans celle école.L’éducation même des ['rinces étoit réglée, et con-si.-toit en exercices autant qu’en préceptes.Cyrus, roi de Perse, rendit cette mo archie très (é èbre et très puissante, Son rè.neest une cr nde époque, vers l'an 560 avant J.C.Cependant, ni sa naissance, ni ses expéditions, 4 Quelques savans prétendent qn'Oromazo ou Orasmades et Arimane n’éloient tpie doux êtres secondaire .produits par le dieu suprême appelé le Temps sans bonus ou V Eternel.Quoi qu’il en soit, à cet égard, de l’opinion des savait?, ce qu’il n us importe d’établir, c’est qu’Oromasf, dans 1’ -pinion des Perses, »lc\oit triompher, à la fin «les siècles, d’Jrt-mant, et détruire de fond en comble son désastreux empire sur la terre.Ilcmnrqur.î que dans cette doctrine le nom iV .-Irmiane, loin de rappeler * l’esprit des Perses des idées de respect et de vénération, ne leur pré-sentoit tout au contraire que des idées de mépris et d’infamie.De-la.l'indignation des disciples de Zoroastre contre le mauvais principe, qui ne leur pennettoit pas d’écrire son nom comme les autres noms.Iis récrivoitnl le plus souvent les lettres ainsi à l’envers juvmuf, L/ Jaufrct, lise hcr Tu de Ia Hdig t.I. OCTOBRE 1013.223 u\ sa mort, ne soul Lien connues.Les anciens se contredisent sur tous ces points.Dans Xénophon, c'est un héros vertueux ; dans Hérodote, e'est un conquérant ambitieux et injuste.Il fonda certainement un vaste empire.Son courage, son habileté, la discipline de ses troupes, leur armure qu'il perfectionna, lui procurèrent des succès rapides.Il délit Crésus, roi de Lydie, fameux par son opulence; il s’empara de Babylone après un long siège, et rendit la liberté aux Juifs, captifs depuis soixante-dix ans; il étendit sa domination jusqu’à l'Inde, d'une part, et de l’autre, jusqu'à la mer Caspienne et à l’Archipel.Selon le récit d’Hérodote, Cyrus fut défait par Tomyris, reine des Massagètes, et périt dans cette bataille.Tomyris plongea sa tète dans un vase plein de sang : Abreuve-toi de sang, dit-elle, puisque tu en as toujours eu soif.Xénoplion, au contraire, le fait mourir dans son lit, après un règne glorieux de trente ans.L’histoire ancienne est remplie de pareilles contradictions.Ce qu’il importe de savoir, c’est que les conquêtes de Cyrus firent le malheur plutôt que le bonheur de son peuple.Les Perses s’amollirent dans le repos et les richesses.Le roi lui-même se laissa corrompre par le luxe des Modes, il négligea l’éducation de ses fils ; il reçut avec orgueil des adorations serviles, et tout dégénéra sous ses premiers successeurs.Des eunuques, de vils esclaves eurent tout crédit dans le palais.Les Satrapes, gouverneurs des provinces, foulèrent les peuples impunément, et les rois ne pensèrent qu’à jouir.Le despotisme s’établit dans cet empire.On nomme ainsi le gouvernement tyrannique d’un prince qui ne commît d’autres lois que ses volontés particulières, qui se croit le maître absolu de la liberté, des biens et de la vie de scs sujets, qui les traite réellement en esclaves.Cambyse, Il Is de Cyrus, fut un monstre sur le trône.11 assassina, par alousie, son frère Smerdis ; il épousa, nu mépris des lois, sa propre sœur.Les juges, consultés pour la forme sur ce mariage incestueux, répondirent lâchement que la loi per-mettoil aux monarques de faire tout ce qu’ils vouloient.Il entreprit sans raison la conquête de l’Egypte.On raconte que roulant prendre Ecluse d’assaut, il mit au premier rang de. 224 L’ABEILLE CANADIENNE.scs troupes une multitude d’animaux sacrés pour les Egyptiens* et (juc ceux-ci, do peur de blesser leurs dieux, ne se détendis rent point.Si c’est une fable, elle s’accorde du moins avec la superstition de ce peuple.Cambyse fit tuer leur bœuf Apis, renversa leurs temples, se rendit exécrables par ses excès.J1 se flatta de conquérir de même l'Ethiopie, peuplée d'hommes robustes et belliqueux.11 y marcha en téméraire qui ne prend aucune précaution, et fut contraint de revenir honteusement.Une conspiration s’étoil formée contre lui en Perse.Il alloit sc venger lorsqu'il mourut d’un accident, l’an 522 avant J.C.Un mage avoit usurpé la couronne, se donnant pour le prince Smerdis.On découvrit l’imposture, on le tua ; on mit à sa place Darius, fils d'Hystaspe.Celui-ci imita le despotisme et la témérité de Cambyse.Il attaqua les Scythes, nation pauvre, libre et indomptable: il n’y gagna que la honte d’être repoussé.A la nouvelle de son entreprise, ils lui envoyèrent, dit-on, un oiseau, une souris, une grenouille et cinq flèches, sans s’expliquer autrement.Un seigneur interpréta ainsi leur pensée : '¦‘Si “ les Perses ne s’envolent comme les oiseaux, ou ne se cachent “ dans la terre connue les souris, ou ne s’enfoncent dans l'eau “comme les grenouilles, ils n’échapperont point aux flèches des “ Scythes.” CYtoit l'usage en Orient d’employer des figures allégoriques ; mais il pareil que celle-ci fut inventée après coup* pour répandre du merveilleux dans l’histoire.Nous verrons ce même Darius en guerre avec les Grecs.V Sur les Indiens.L’Inde, partie méridionale de l’Asie, arrosée par l’Indus et le Gange, est un des pays les plus riches en productions de la nature.Outre les diamans et les pierres de toutes espèces, oa y trouve en abondance la soie, le coton, le riz, le sucre, les épiceries, des fruits délicieux, des animaux rares et utiles, tels que le chameau et l’éléphant.Le climat est si chaud, qu’à peine on y a besoin de vêlemens, et la terre si fertile, qu’à peine on y a besoin de travail.L’Inde, avec de tels avantages, devoit être habitée et policée avant la plupart des autres pays.Ses coimncncemcns se per* tient dans l’obscurité des siècles. OCTOBRE 1818.526 Les Indiens étoicnt divisés en plusieurs classes ou castes, qui rie se confondoieut jamais ensemble.Il y en avoit une de sur-vcillansy destinée à rendre compte au prince de la conduite des antres.Celle des 'abourcurs jouissoit d’une tranquillité favorable à l’agriculture ; ou ne les tiroit jamais des campagnes pour les employer ailleurs; on se faisoit une loi de ne toucher ni a leurs personnes ni à leurs biens.Celle des Brames ou Brach- manes avoit la prééminence sur toutes les autres, pnrcequ'elle % • étoit dépositaire de la religion et de la science.Ils tirèrent leur ’ t t • » : , .nom de brama, dont ils faisoient ou un dieu, ou un génie du premier ordre.Leur autorité fut la meme que celle de» mages do Perse et des prèires d'Egypte.Quelques-uns de ces Brachmanes excitoicnt l’admiration par • # t * l’austérité de leur vie.On les voyoit se tenir deboi t au soleil m le plus ardent, exercer leur corps à la douleur, mépriser la mort • .* et nlus d’une fois se la donner à eux-mêmes avec une ostentation i qui nous décèle l’un des motifs les plus puissans de leur suicide.Plusieurs ne porloient point d’habits ; on les nomma, par cette ra i son, Gymnosoph istes.9 4 L’ancienne doctrine des Indiens est remarquable.Ils croy-oient que le momie a commencé et qu’il finira ; que Dieu le remplit de sa présence ; que les premiers hommes, ayant abusé de leur bonheur, furent condamnés à vivre de leur travail ; qu’a- • t près la mort il se fait une métempsycose, c’est-à-dire que les âmes passent dans d’autres corps ; qu’elles sont punies de leurs crimes en passant dans le corps d’animaux immondes et mal- % heureux ; (pie, purifiées par une suite de transmigrations et d’épreuves, elles se réuniront à leur origine pour jouir d’une éternelle félicité.Cette doctrine mettoit un frein au vice ; elle empèchoit de manger les animaux.Les imaginations, échauffées par le climat % et par la vie contemplative, enfantèrent dans l’Inde beaucoup de folies superstitieuses.Les femmes se firent un devoir de sc brûler après la mort de leurs maris.On en voit encore aujourd’hui des exemples.Les chiffres arabes, le jeu d'échecs, ont été probablement inventés par les Indiens.Ces inventions supposent beaucoup de génie.Du reste, en fait de science, et surtout d’astrono-’nie, les Egyptiens et les Chaldéens paroissent fort supérieurs. 226 L’ABEILLE CANADIENNE.Dans l'Inde, on rcgardoit la terre comme une surface plate, avant au milieu une montagne, autour de laquelle tournent les astres.Tels sont les égaremens de l’esprit, quand il n’est pas éclairé par des études solides.(.2 continuer.) yc.V- y - /(V /|» DES LANDES D’AQUITAINE.(FRANCE.) Troisième et dernier Article.ON a dit quelque part, que de l'état du bétail dates une contrée, on puet conclure l'état de ceux qui l'habitent, et réciproquement* Cette observation est d’autant plus juste que la nature, toujours piété à seconder l’activité éclairée, abandonne à elle*même la lourde incurie.Le lecteur, déjà au fait des landes et du peuple demisauvage qui parque au milieu d’elles, ne s’étonnera donc plus de ce qui nous reste à dire des animaux domestiques ; placés sur le second plan du tableau, ils accompagneront parfaitement les principaux personnages.Tandis que les bœufs des contrées environnantes se font remarquer par leur haute taille, leurs reins larges et pleins, leur fanon long et pendant, leurs jambes élevées et nerveuses, la variété qui appartient aux landes, petite, maigre cl sèche, mais robuste et vivace, rachète ses formes étiques par des jarrets infatigables ; sa sobriété égale presque celle des chameaux.Cette race, (pie la nature, suivant l’heureuse expression d’un poète Latin, semble avoir été pressée de finir,| docile au joug, traîne, à travers les buissons rampans, des voitures petites, basses et sans fer; le bois en feuilles courbées double Je bois plus massif * Voyage en Italie, du comte de Stolbcrg, torn.2, let.103.* Jlicuudax surgit or do jntmilionum Quos nalura brevis stalim pcracla Nodosum scmel in globum ligavil.Pa ri mi us, in Silt. OCTOBRE 1818.221 dos jantes à peine dégrossies.Dans ces cars à quatre roues, tout est à l’unisson avec l’animal rapetissé qui les traîne.* ** Le charretier Landais conduit ses bœufs à l’aide d’un long fût, qui, sans corde ni lanière, est armé seulement, et à l’un de ses bouts, d'une pointe très-aigue.Coiffés de l'occiput aux narines par un réseau de cordes recouvert quelquefois d'une peau de brebis, ces animaux obéissent à un petit nombre de signes qui suffisent à tous les commandemcns.Rarement le bouvier les gourmande à la voix ; son stupide silence forme un contraste remarquable avec les blasphèmes assourdissans des voituriers de Provence que l’on rencontre quelquefois sur la même direction.Les vaches Landaises plus petites encore que les bœufs, mais % plus sales et souvent hideuses, de maigreur, rappellent le songe prophétique de Joseph.Leur lait prend très-souvent l’odeur de la bruyère.Tel est donc ce bétail, qui, dans la dégradation commune à toutes les landes, moins abâtardi que ses maîtres, conserve une grande aptitude au travail; qualité qui garantit ces animaux de quelques-unes des influences du sol, et nous explique pourquoi ils ne succombent pas chaque année au milieu de tous les élé-mens des épizooties.L'âne est de tous nos animaux domestiques celui qui se ressent le moins du sol et du climat des landes ; sa sobriété et sa dure enveloppe lui servent de préservatif; patient et résigné, il fait partout et fort bien le travail des terres légères.Les Languedociens, et les Provençaux l’attèlcnt à leurs araires: cet exemple pourrait être imité dans ce département.Nos races, généralement petites et chétives, seraient facilement améliorées parles belles spèces de l’Espagne et du Poitou- Je ne dois pas omettre que le phitolacca dccundru, si commun sur la plupart des routes qui traversent les landes, est un poison pour les ânes, sur lesquels il agit comme drastique.Sous une atmophère extrême dans ses vicissitudes, les landes, sans cesse ou brûlantes ou submergées, ne cessent dans aucun temps d'être incommodes au malheureux forcé de les parcourir: * Nana per xaiicla Ilisgis rheda capil citala nanis.IllîT.VICS-Cl N .V A . 228 L’ABEILLE CANADIENNE.en changeant de saison ou de température, il ne fait que changer de désngrémens.Le sable, glissant sous les pieds de sa monture, hit annonce bientôt l’entrée du désert.Dès ce moment, les idées riantes et les sensations gracieuses l’abandonnent sans retour ; son esprit se dessèche ou se décolore ; l’espace, qui presque partout étonne par son étendue, l’afflige par sa nudité ; plus mortel que la tristesse, l’ennui cheminant lourdement avec lui, ajoute encore à la fatigue de sa course.I Enfin, après plusieurs heures a longées par leur insipidité, quelques sommités d’arbres perçant l'atmosphère, semblent pro- • • mettre au voyageur un terrain plus couvert et des sites moins monotones.Il demande alors un dernier effort au compagnon haletant de son long martyre ; mais à leur approche, la forêt fantastique disparoîl ; quelques pins isolés fuient eu anière, et • , < ^ un second désert s’arrondit en un antre horizon plus fastidieux * # J / • • encore que celui qu’il vient de quitter.Telle est la fidèle peinture d’un voyage dans les landes, vé- f ?9 t % | ritable traversée sur de piètres montures qui remplacent très-mal le vaisseau du descri.'* De temps en temps, quelques pins secs, élevés en enseigne, permettent nu voyageur une halle abritée ; « • i mais pour comble de maux, au moment où il croit toucher à quelqu'une do ces relâches, des sentiers retournant sur eux- mêmes le rejettent au loin ; fourvojé presque à chaque pas par • 0 des chemins d'une conformité trompeuse, il regrette cent fois par heure de n’avoir pas pris une boussole.Mais puisqu'il n’est pas tout à fait décidé que la rouille de # l'antiquité soit une tache pour nos écrits modernes, je me hasar- t dorai de citer encore cette fois les Romains, qui, en fait de routes surtout, ont je crois assez bien fait leurs preuves.Les Romains avoient bonnement aperçu que les plus affreux déserts cessoient bientôt de l’être, lorsqu’on pouvoit y établir des chemins fixes et durables ; surtout ils ne désespérèrent pas de nos landes, qui gagnèrent beaucoup sous leur domination.Déjà, du temps de Strabon, les Aquitains s’étoient rapprochés des côtes maritimes ; les Boïcns, placés entre l'Océan et les Ei-turges Vivisqucs, à la fois pêcheurs, laboureurs et résiniers, cx- * C'est le nom que les Arabes donnent au chameau. OCTOBRE 1818.'¦WO ^ > e.rçoient en grand ces trois branches d’industrie qu’ils conservent encore ; leur nom, transformé en celui de Bougés, continue de distinguer les pêcheurs de la Teste, des autres Landais plus méridionaux.Un commerce s’ouvrit, des comptoirs s’établirent sur le rivage où s’é'eva, depuis, le chef-lieu du captalat de Buch.Ausone se tnoque, dans ses épîtres, de son lourd ami Théon, qui, marchand de grains H grand commissionnaire de résine, préludoit par sa table et ses dépenses au luxe qui devoil distinguer un jour la capitale des Yivisqucs.Sur la côte occidentale du Médoc, avoit aussi brillé et dispa-ru JVoviomugus, dont le nom Gaulois répond à celui de Ville-neuve ; enfin Bordeaux venoit d’être colonisé et embelli par les .Romains, qui y apportèrent les lettres et y choisirent un consul.Ainsi, dès la fin du troisième siècle, les lamies, déjà cultivées en grande partie, possédoient une ville maritime, cl sur les bords du bassin d’Arcaehon, un marché rival tie celui de Bor- .* V * deaux.La poix navale se préparoil dans le Médoc, pour les cordages Gaulois, Grecs cl Romains ; la résine de jYarisse venoit s’y mêler avec celle du pays; la cire brute et la graisse en grumeaux s'y embarquoienl pour les pays lointains.* Le pampre serpentant sur les côtes, coloroit de ses reflets les eaux tic la Garonne.! Bien que la liqueur de nos premiers vignobles n’eut pas encore toute la gloire qu’Ausone ne lui attribue que par le besoin d’un dactyle,§ Non Jaudala minim nas tri quum gloria vint.t • on seroit peut-être tenté de croire que le vin do Bordeaux aîloit dès-lors soutenir en Italie la réputation des vignes Gauloises ; t mais comme il faut être vrai lorsqu’on prétend au litre d’historien, je suis forcé de dire que Columelle, et Pline après lui, * Auson.ep.5.t Sic mca (lavent cm pinguid t inet a Canmnam.Ausox.cp.Z.$ Ep.Paul.13.X Jn Ilalià G allie am pfoctrt (uvam) trms Alpes rcro Piocnam Plin.J 4.3.n I i 230 L’ABEILLE CANADIENNE.loin de faire un très-grand cas du cep Bituripo, l'ont classé au contraire parmi les variétés ignobles, dont le seul mérite étoit de réussir dans les lieux froids et humides.C'est donc à tort que les panégyristes de Bordeaux ont voulu lui faire honneur de ce plant de iamille.Quelques-uns d’eux ont porté l’enthousiasme jusqu’à le donner comme la souche précieuse de nos vignobles les plus fameux: leur gloire actuelle n’a pas besoin de cette fausse généalogie.Tel étoit l’état des landes aux cvirons de Bordeaux, lorsque les Humains, dont la main hardie ne créoit que pour des siècles, y tracèrent, de l'Océan aux bords de l’Adour, et de l’Adour aux rives do la Garonne, quatre grandes routes, dont les restes presque indestructibles prouvent la sagesse de ce peuple et la grandeur de ses vues, plus encore peut-être que la patiente habileté do ses ouvriers dans les constructions importantes.Nos livres classiques sont remplis de l’ambition sanguinaire et de la puissance colossale des Romains.Nous étudions avec soin leurs nombreuses révolutions.Semblables aux enfans, qui sc complaisent par instinct à la destruction, nous savons tout ce qu'ils ont fait de violent et de cruel ; niais l’histoire de leur administration nous est presque inconnue.Cependant, si l’ex-pércnce esl-quelquc part un guide sur et sans danger, c’est dans les choses (pic le temps ne change pas, et par conséquent lorsqu’il s’agit de pourvoir aux besoins du peuple, qui demeurent toujours les mêmes.Ce seroit donc un bon livre que celui qui nous ferait connoitrc à fond les vues et les succès, les erreurs et les fautes de l'administration Romaine.Utile aux hommes qui nous gouvernent, il deviendroil la base tic notre éducation politique, nouveau besoin né du nouveau devoir que nous impose notre association à la puissance législative ; et pour rentrer de suite dans mon sujet par une application plus spéciale, on verroil, par le rapprochement des lois et des rétrlemcns de Rome sur la construction des O routes, comment avec bien moins tie revenus (pic n’en perçoit aujourd'hui la Erance,* et pourvoyant en même temps avec lar- * Yespasicn, ù son cl vation à l'empire, trouva que huit cents millions de notre mor.noic (quadringenlies millies sesterfiuni) lui suffiraient, pour toutes les dépenses de ixtut, (Suet.Voq>.là.) OCTOBRE 1818.23 î gesse à tous les besoins de 1 Y-tnt, ils construlsoient quatre fois plus de longueur de routes que n’en renferme ce royaume.On apprendroit encore dans quels cas ils employoient ou rejetoiciq l’usage des barrières et des taxes sur les transports ; adoptoient ou repoussoient les prestations en nature ; comment ils pane* noient à répartir avec égalité, et à commander avec succès, l’entretien des chemins vicinaux, dont le mauvais état fait aujourd’hui la honte de nos provinces et le désespoir des administrateurs.On verroit enfin, «pic plus les routes s’éloignoient de leur capitale, plus les Romains les construisoicnt solidement, pareequ'ils ne pouvoient veiller à leur entretien avec autant de suite; idée administrative extrêmement simple, qui explique historiquement les dépenses inouie.s qu'ils ont faites plusieurs fois pour leurs routes dans le fond des déserts et aux extrémités les plus reculées de leur empire.\f,# v* | ^ m — «• I QUELQUES NOTIONS Sur la Topographie de la Lune, cl sur scs i nsi il niions.(Extrait des voyages du fameux Cuusin-Jaco.uf.s dans la lune.LA lune n’est pas précisément une planète ; et les astronomes de France se sont constamment trompés en la comptant parmi les sept planètes connues jusqu’à la découverte d'llerschell, » qu’ils comptent à présent pour la huitième.11 n’y a point de milieu; ou nous devons compter maintenant sept planètes, j compris Iïerschelf ou nous- eu devons compter dix-sept ; car, comme la lune n’est (pie le satellite de la terre, si on la regarde comme une planète, il faut regarder de même les quatre satellites de Jupiter, et les cinq satellites de Saturne.Quelques astronomes modernes veulent (pie la lune ne soit que la soixante et dixième partie de la masse du globe terrestre.Je ne conteste point leur mérite et leur science.IM.de la Lande qui me connoU très bien, et qui a quclqu’estime pour moi ; M.de la Lande, à qui je rends la pareille avec usure, n’aura plus rien à répliquer, je l’espère, si je lui dis qu’il est dans l’erreur, ainsi que M.le Moine et tous ceux qui ont écrit f 232 L’ABEILLE CANADIENNE.récemment sur le système de Copernic, système qui a prévalu, comme on sait; car enfin, qui commît mieux que moi le globe lunaire, scs attributs, sa banlieue et toute* ses dépendances ; puis-qu’aucun de ceux qui en parlent, ne l’ont visité, tandis que moi, voilà tout à l'heure le trois cent trente-neuvième voyage (pie j’y fais.Et qu’a-t-on à répliquer à un homme qui vous dit : cela n'est j)us comme -cous le dites; j'y ai été, j'en reviens, je l'ai vu, je l'ai parcouru ?Cet argument est irrésistible ; aussi ne puis-je attribuer les visites qu
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