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Titre :
L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences
Journal qui, sous le couvert de la science et de la littérature, relaie les polémiques de journaux d'opinion français avec un parti pris pour le républicanisme.
Éditeur :
  • Montréal :H. Mézière,1818-1819
Contenu spécifique :
mardi 15 décembre 1818
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1818-12, Collections de BAnQ.

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L’Abeille Canadienne, jounwa l DE LITTÉRATURE ET DE SCIENCES 15 DECEMBRE 1818.mymmi M m*m ¦¦ ^ ^ ¦¦ » .LE TROUBADOUR ERMITE.ROMANCE./'J » ¦¦¦¦ ¦ ¦ — i ¦ 1 €IITI veut savoir la touchante aventure De Bérenger, la fleur des troubadours ?' II adoroit Iierniance de Solure, % Et l’offensa par d’imprudcns discours : C’est grand pitié de fâcher ses amours! é Abandonné de celle qu’il outrage, Et rougissant de sc9 jaloux transports, L’infortuné dans un antre sauvage * 8e retira pour expier ses torts ; » _ ^ Car aux cites il n’est point de remords.Là, d’un cilice et d’un manteau de hure, Nouvel ermite, il voulut se vêtir.Un pain grossier devint sa nourriture; Le jour, la nuit, on l’entendoit gémir : Tant la souffrance est douce nu repentir ! .• De ces cantons en.vain les nobles dames Firent dessein de charmer sa douleur.Non, dipoit-il, à de nouvelles flamme? JC C9 L’ABEILLE CANADIENNE.u«* • * 4 4 «%# ir^i f * l f Ne puis trouver ni plaisir ni douceur: Jusqu’au trépas Hermance aura, mon occur.Pour consoler sa tristesse profonde Maint» chevaliers visitoient sa prison.O mes «unis! riéii ne m’est plus au monde, 5si je n’ai d’elle un généreux pardon : Et de ses pleurs H îuouilloit le guzon.> ‘ > Or, un beau jour qu’au travers de la plaine l)ucs et Barons chassoient joyeusement, Voici venir lu fière châtelaine 4 Vers le rocher du malheureux amant ; Mais (j’en suis sûr) par hasard seulement.A cotte vue, implorant sa clémence, Le solitaire approche humilie.“ Assez; dit-il,* j’ai pleuré mon offense; Oli ! remlez-üjoi votre niicieuuc amitié : r - r f * ?• ; ' * ’ ' Dieu ne'pardonne a qui fut sans pitié.” ?«• 11 Non, lui répond Ilcrmance tout émue; Laissez-moi fuir et m’éloigner d’ici.” Mais des chasseurs la foule est accourue; 4 L » Pour Bérenger tous demandent merci : Son cœur, je crois, le demandent aussi.• • • X’ar tant d’amour enfin persuadée, A sa tendresso elle donne l’essor.Le pauvre ermite eut sa grace accordée ; Il reçut d’elle écharpe et bague d’or: .» * {.’histoire dit qu’il obtint mieux encore.D’après ceci, modeste jouvencelle 0 • f * Pourra juger, sans de plus longs discours, Comme on aimoit, comme on étoit fidèle, .» ¦ * Au siècle heureux des loyales amours., .Ah ! que le inonde est changé de nos jours î jU, S.EDMOND GERAUD.* V Wi" * Citoyen de la ville de Bordeaux, également recommandable par l qualités du cw.ur et de l'esprit : la Ruche d’Aquitaine lui est rsdiïQÙ • • • • * < ' • * tk plusieurs productions généraltmetU ^oùléç:.! BECEMBRE ISIS.11 i * i i • t 1 i\ i VlllllOD * » » 1 i i 1/EXEMPLAIRE DU “ ML'HITE DES FEMMES.'* • * • » li II Legouve’ fut mon ami sincere, et je l'aimai, non comme ; •, , ., J ¦ ;, v ¦ ; tant d’autres, pour sa fort une, son crédit, et son autorité dans ; • les lettres, mais pour lui-même.Qui sut mieux que l'auteur de.la mort d'Abel, et du Jïlcritc des Femmes, inspirer un sentiment durable ?Simple et confiant jusqu'au plus entier abandon ; généreux sans songer à l'être ; aimant par besoin, et jamais par • i f * j , 0 • f • 1114 i > j i ’>, * î / i,, r> calcul ; oubliant le mal qu’on lui nvoit fait, et n’y répondant | % que (leur plaisir, sans courir après ; folâtrant, comme un enfant, au milieu des travaux les plus sérieux : tel étoil, dans son intérieur, ce • f I ( i * i ^ ^ ^ ^ poète élégant, et quelquefois sublime, ('ont 1r s productions ont • , ¦ , .- * ’ • t M t • • • f * | fait tour à tour l’Ornement des lycées, du théâtre, et du collège de Fiance.• .ne par tout le bien qu'il pouvoil faire ; dédaignant les gran- f 4 f f5 # * • i * j i f* t | ^ ^ i 1 | 1 purs, cl sacrifiant tout à sa chère imtéuciidance ; aimant le * • « | ) 7 Cl • • « • , # * , ^ * § t i La fête d’une femme célèbre r.volt attiré à sa terre, d’Ivrv un - grand concours’dé inonde.Tout ce que Pari», cômntoit do lit-téraleurs et d'artistes renommés, s'éloit réuni dans ce délicieux séjour; et Legouvé ne pouvoit manquer désV trouver.Pen-dant qu’un bal brillant et les plus aimables {eux occunoient.dans i » *’ « ’ les salons, tous les initiés, auxquels lèétoieut joints les habitant » .• * • t • f f •* ., , , • .• f » • • i t ' ;*, j » du village, le chantre d’Abel, naturellement enclin n une douce mélancolie, s’enfonce dans le parc, et se livre aux pi-estime de i 1 V son imagination, llétoit tard, et la nuit nvoil couvert l’horizon •y de ses voiles.L’épaisseur du feuillage sous lequel étroit le poète, ) • ^ j • * r ' » f ('• F ' Il ' cule.Il avance donc, sans songer ou ii est ; inarc.be entièrement ^ I * * « f .p t ] 4 f ^1 f ' ' ‘ 'I \ i "î 1 l i f ^ '"1 ^ fil livré au délire poétique, fait encore un pas, else précipite dans un sautde-loup très-profond qui sépare'lé parc dû grand chemin. 304 L’ABEILLE CANADIENNE.Il tombe sur des cailloux parmi des ronces, des épines, se rompt la clavicule gauche, et reste long-temps sans connoisance et comme anéanti.Cependant, une vive allégresse régnoit dans les salons du f t château : tous les plaisirs que peuvent inventer le bon ton et l’urbanité françoise, s’y Irouvoient unis à la splendeur des arts, aux charmes de l’amitié.On s’aperçoit que Legouvé a disparu.0 “ Bon i dit l’un de ses amis les plus intimes, vous conooisscz “ bien son goût pour la solitude ; je le vois d’ici dans le parc, et assis sous un feuillage bien sombre, et s’occupant d’ajouter “ un nouvel épisode à son poëmc charmant de la Mélancolie.” On rit, et les jeux recommencent.Enfin, il est près de minuit; on va servir le souper, et Legouvé ne paroît point.L’inquiétude et le plus tendre intérêt succèdent alors à la plaisanterie : on cherche, on appelle ; on ne sait à quoi attribuer cette étonnante disparition, lorsque plusieurs habitans du village, qui regagnoient leurs demeures, viennent annoncer qu’ils ont entendu des cris plaintifs au bout du parc, du côté du grand chemin qui • < • • 9 conduit à Vitry.On s’y rend à la hâte avec des flambeaux : on arrive jusqu’au saut-de-loup, et l’on y trouve ce malheureux, noyé dans son sang, et presque sans mouvement.Les efforts inouïs qu’il avoit faits pour sortir de ce précipice, dont il n’avoit pu atteindre les bords, avoient épuisé le reste de ses forces, au point qu’il ne reprit connoissance que dans le grand salon, où • 9 9 * il fut emporté, presque mourant, sur les bras de scs amis consternés.Après avoir appliqué sur la blessure le premier appa- / « reil, on décida qu’il falloit le transportera Paris le plus prompte- I * r 1 ' ment possible.La belle Louise, que l’on fètoit, les yeux noyés » de pleurs, nu milieu des brillans hommages dont elle étoit entourée, voulut escorter elle-même le blessé dans sa voiture; et 1 f S cette fête délicieuse, qui devoit prolonger jusqu’au lendemain la joie et des plaisirs de toute espèce, fut changée tout à coup en un deuil général, qui répandit un crêpe funèbre sur le château d'Ivry et tous ses environs.La convalescence de Legouvé fut longue et douloureuse.Ses organes, affoiblis par la violente secousse qu’ils avoient reçue, ne retrouvèrent plus leur première force ; il n’y eut que son ame qui sembloit avoir conservé son aimable épanchement et toute sa sensibilité.Jamais il ne fut plus intéressant, plus tendrement • • ( « « .• .i * ^ DECEMBRE 181$.36ft simé ; jamais il ne s'étoit montré plus cligne de l'être.Enfin, parvenu à un état plus rassurant, il reçut le conseil d’aller prendre des bains de mer, qui seuls pouvoient lui donner du ressort, et l’amener à une guérison complète.Un de ses amis de collège établi dans un port de mer, dont il étoit un des plus riches ha-bitans, le sollicita de venir passer quelque temps chez lui, et s’offrit de le conduire lui-même aux bains.Cet ami étoit l’époux d’une femme remarquable par sa beauté, et qui réunissoit chez elle tout ce que la ville comploit de personnes distinguées.— Elle se fit une fête de recevoir l’auteur du Mérite des Femmes, ce chantre éloquent, ce défenseur zélé d’un sexe que des écri- 4 • vains célèbres attaquèrent souvent avec tant d’aigreur et d’injustice.Elle fit préparer à Legouvé un appartement commode, où i'I pût se livrer tranquillement à ses occupations littéraires, qui seules lui rendoient quelques instans de bonheur, et lui faisoient oublier les maux qu’il enduroit.* » », 1 Enfin, le jour de son départ fut arrêté définitivement, et son arrjyée prochaine devint la grande nouvelle de toute la ville.Les littérateurs se disposèrent à célébrer son séjour parmi eux;, * * i* l’amitié lui prépara les plus tendres soins, et la reconnoissance fit naître aux dames le projet de lui donner une fêle qui rappelât les couleurs séduisantes sous lesquelles il avoit daigné les peindre dans ses vers.• • • 0 t ^ » Legouvé partit donc dans une voiture de poste, accompagné d’un ancien domestique, à la fin de l’été de 1810.Voulant f * » * * 4 * • * éviter les nuits d’auberge, il traversa Rouen sans s’y reposer, # et gagna d’une seule bride jusqu’à Lisieux.Là, fatigué du vo- m yage, il éprouva les atteintes d’une fièvre, qu’il voulut en vain cacher au bon serviteur qui l’escortoit ; la pâleur empreinte sur tous ses traits, des mouvemens convulsifs qu’il ne pouvoit réprimer, un nuage sombre qui voiloit ses yeux, ordinairement d’une expression pénétrante, tout décéloit sa souffrance; et son valet de chambre avoit obtenu qu’il s’arrêtât dans cette ville.— Cependant, ranimé par un peu de repos, et brûlant de désir d’arriver où l’attendoit son ami d’enfance, il demande des chevaux, et se remet en route.A peine avoit-il parcouru la moitié de la première poste, qu’un froid mortel s’empara de tous ses sens.La fièvre redoubla, et ce ne fut pas sans effort qu’il put arriver au village d’Estrécz, premier relais qui se trouve après L’ABEILLE CANADIENNE.Lisieux.On ie descend dans la meilleure auberge, soutenu suc les bras dt* son fidèle compagnon de voyage, qu’aidèrent une hôtesse intelligente et tous s< % gens; il est transporté dans une chambre spacieuse et commode, et posé é, et ne manqua pas d’attribuer • « i au breuvage qu'il a voit administré, le changement étrange qui s’étoit opéré dans le malade, et dont la principale cause étoit le charme que lui avoient fait éprouver les deux aimables sœurs, et les tendres soins qu’elles lui avoient prodigués.Sur l'avis du docteur qui se retira sans vouloir accepter d’autres honoraires que le plaisir d’avoir vu l’un des poêles qu'il estimoit le plus, celui-ci, impatient d'arriver chez son ami d'enfance, et craignant de lui causer de l’inquiétude en différant encore, se lève toujours plus calme, plus dispos, et demande des chevaux de poste.L’hôtesse vient recevoir ses remercîmens et le salaire auquel elle avoit tant de droits.f* Si je ne craignois d’etre indiscret, lui dit Legouvé, je vous demanderais la permission de témoigner de nouveau ma reconnoissance à vos deux jolies nièces ; elles ont eu pour moi tant de bontés ! — Elles reposent en DECEMBRE 1818.37o c’moment, répond l'hotesse : ça n’cst pas accoutumé, vojœz-vous, à voilier ainsi toute la nuit.— Oh, je serois désolé qu’on troublât leur sommeil, reprit le confiant Lcgouvé ; mais daignez être auprès d'elles mon interprète : dites leur bien que j’emporte dans nia mémoire leurs traits charmans, le son délicieux de leur voix, et que je les verrai toute ma vie assises près de mon lit, me faire éprouver, en lisant mon ouvrage, tout ce que le cœur peut sentir de plus doux, tout ce que l’amour propre peut con- # noîlre de plus flatteur.Adieu, bonne hôtesse ! votre auberge doit être en grande vogue, si vous faites à tous les voyageurs l’accueil que j'ai reçu de vous ” Comme il achevoit ces mots, son valet de chambre vint l'avertir que les chevaux étoient mis : il descendit, monta dans sa chaise de poste, et trois heures après se trouva dans les br.’s de son ami qui l’attendoit avec impatience, et cotnmençoit à s’inquiéter d’un semblable retard.Il étoit environ deux heures : notre voyageur, ne se ressen-tant plus de la violente secousse qu’il avoit éprouvée, se fait conduire dans son appartement pour se disposer à paroi Ire devant un grand nombre de personnes de la ville, qu’il savoit être invitées à dîner pour célébrer sa bien-venue.Le plaisir de revoir son ami de collège (sentiment délicieux qui ne s’efface jamais), semblait achever de réparer ses forces, de lui rendre tout le feu de son imagination, tout le charme de son heureux caractère.Lorsqu’on arrive dans une ville où l’on est devancé par une haute réputation, on veut s'en montrer digne; et fût-ce parmi des gens incapables de l’apprécier, on étale malgré soi tout son mérite.Legouvé, qui savoit qu’on lui avoit préparé la réunion la plus aimable et la plus distinguée, descend donc au salon, conduit par son ami qui le présente à toutes les personnes qui formoient déjà cercle, et bruloient du désir de connoître l’auteur de la Mort d'Jlbel et du Mérite des Femmes.11 salue d’abord vaguement et sans distinguer personne, mais en apercevant la baronne et sa sœur, qui toutes les deux avoient fait une toilette très-recherchée, et feignoient de voir pour la première fois ce poëte aimable, il reste immobile au milieu d’un salut ; il veut parler, sa voix expire sur ses lèvres ; il veut s’avancer, il ne peut faire un pas.Chacun est frappé de celte étrange stupéfaction, et ne sait à quoi l’attribuer.Les deux sœurs jouent, de leur côié la ’4 '* L -1 » ’> L'ABEILLE CANADIENNE.plus grande surprise, et vont jusqu'à lui demander la cause f » ., .9 U •1 f • r* t « jx.; • * il,/.‘ r i N, BOUT LL Y. L’AREILLE CANADIENNE.SUITE DES ELEMENS DE L'HISTOIRE ANCIENNE, EN PARTICULIER DE L'HISTOIRE GRECQUE St'me.SECTION.III.Les Verses attaquent la Grèce, et sont vaincus par Milliade.— Aristide et Thémistocle.—LaGrcce envahie par Xercès.Darius, fils d’Hystaspe, possédoit Je vaste empire fonde # par Cyrus.Il voulut l’étendre jusqu’en Europe, et se venger d’Athènes, qui avoit envoyé du secours aux Ioniens soulevés contre lui.Cette colonie grecque de l’Asie mineure s’éfoit adres- « sée inutilement aux Spartiates.Un motif particulier intéressoit îes Athéniens en sa faveur.Le Roi de Perse ayant reçu IJip-pias, et projetant de le rétablir, leur paroissoit un ennemi d’autant plus digne de leur haine, qu'ils se livraient à tout l'enthousiasme de la liberté.Cependant l’Ionie fut bientôt réduite a l’obéissance.A peine Darius Peut-il soumise, qu’il envoya en Grèce demander la terre el Veau; c’est-à-dire qu’on le reconnût pou maître.Sparte présidoit aux affaires publiques de la Grèce.Indignée d’une telle proposition, elle fit mourir deux des hérauts ou ambassadeurs de ce redoutable monarque ; elle fit enlevei comme traîtres à la patrie les principaux citoyens d’Egine, ville située dans une île près d’Athènes, parcequ’ils avoient cru devoir céder à la force.La plupart des autres villes, saisies de frayeur, se soumirent à Darius.Tout sembloit annoncer l’asservissement de la Grèce ; mais des hommes libres, combattant pour leurs foyers, ont dans ?eur courage de grandes ressources contre des armées d’esclaves.Plus de cent mille Perses passent la mer, et viennent fondre « sur PAttique.Les Athéniens réclament le secours des Spartiates DECEMBRE 1318.377 On leur répond qu’une coutume religieuse empoche de sc mettre i » en campagne avant la pleine lune ; qu’il faut attendre quelques jours, après quoi on ira les secourir.Les autres peuples n’osent remuer, excepté les Flattens, qui envoient mille soldats.Athènes arme ces esclaves dans un péril si pressant.Comme elle les trailoit humainement, elle pouvoit compter sur eux ; au lieu que Sparte ne vovoit dans les siens que des ennemis.L'armée athénienne fut s< element de dix mille hommes.Le nombre des £é- O néraux étuil un mal plus dangereux que le manque de troupes, il y en avoit dix qui dévoient commander alternativement chacun son jour.La jalousie du commandement, la contrariété d’opinions, pouvoient tout perdre.Ces généraux délibèrent si l'on attaquera l’ennemi, ou si l'on attendra dans la ville.L’attendre paroissoit le plus sûr.Mil-liade, contre l’avis commun, soutient qu’il vaut mieux l’attaquer, et qu’un coup de vigueur inattendu pourra donner la victoire.• • Aristide fait prévaloir cet avis.Il fait plus encore.Comme l’exécution demande un seul chef, il renonce à son jour de commandement en faveur de Miltiade.Tous les autres suivent un exemple si généreux et si utile.On marche au-devant de l'ennemi.Le général se poste avantageusement, supplée au nombre par la science militaire comme par la valeur, et remporte une victoire complette à Marathon, l'an 490 avant J.C.Quoique les Spartiates eussent fait une marche forcée de trois jours, ils «arrivèrent (pie le lendemain de la bataille.Ils durent sentir combien la coutume superstieuse qui les avoit retardés, étoit contraire à la raison, puisqu'elle pouvoit nuire infiniment aux affaires.Les Perses apprirent de leur côté de quoi l'héroïsme est capable, quand il est dirigé par de bons conseils.Us s’enfuirent avec précipitation devant ces Athéniens qu'ils avoient ordre d’em-m u ^1 arn s de ch a i ( n * u x -ci leur prirent ou brûlèrent plusieurs vaisseaux.Le brave Cynégire eut la main droite coupée, ensuite la gauche, tandis qu'il s’efforçoit d’en retenir un sur le rivage.Il s’y attacha avec les dents, et reçut le coup mortel.La gloire devoit être la récompense des-sauveurs de la patrie.On érigea des monumens aux morts: on peignit la bataille de Marathon ; et Punique faveur accordée à Miltiade, fut de le ïe- présenter à la tête des combattans.9 K J O L’ABEILLE CANADIENNE.11 éprouva bientôt l’ingratitude des Athéniens, à qui le moindre soupçon tai.soit oublier les plus grands services.Il leur avoi?demandé une Hotte pour punir les insulaires dont la fidélité s’é-toit démentie.N’ayant pu réussir à Paros, il revint blessé après un long siège.On l’accusa ; on le condamna à une amende égale aux frais de la flotte.Il mourut en prison, faute de pouvoir payer cette somme.Son fils Cimon, pour lui rendre les derniers devoirs, la paya par le moyen de ses amis.Cependant, que seroit devenue Athènes sans Miltiade?Après Miltiade, deux grands hommes eurent la principale influence dans le gouvernement.Le premier éioit Aristide, d’une probité irréprochable, ennemi de toute injustice, en un mot, si parfaitement vertueux, qu’on lui fit en plein théâtre l'application de ce vers d’Eschyle : Il veut être juste, et von le paraître.Le second étoit Thémistocle, qui joignoit beaucoup d’ambition à beaucoup de talons, plein de feu et d’audace, nullement scrupuleux sur les moyens de parvenir, capable enfin d’etre le défenseur ou l’oppresseur de sa patrie.Comme les factions sc disputaient sans cesse l'autorité, Aristide penchoit du côté des principaux citoyens, parce qu’ils étoient les plus sages.Thémistocle se déclarait au contraire pour le peuple, dont il captoit la bienveillance en le flattant.Mais ne pouvant devenir le maître sans écarter un rival si respectable, iL employa son adresse à le rendre suspect.On demanda 1 ostracisme contre Aristide.Dans l’assemblée générale, un paysan qui ne le connoissoif point, cl qui ne savoit pas écrire, s’adressa à lui-nrtême pour le prier d'écrire le nom d'Aristide ; car les suffrages se donnoient par écrit sur une coquille.Que/ tort vous a fait Cet homme ?lui dit le vertueux citoyen.Jlucun, répond le paysan ; mais je suis las de Ventendre appeler par-tout le juste.Aristide écrit son nom.Condamné à l’exil, il prie les dieux de ne pas permettre epi J] tld nés ait sujet de le regretter.Pouvoit-ou ne pas regretter un te! personnage ?Thémistocle effaça du moins la honte de son injustice par de grandes vues et de grandes actions.Il prévoyoit les périls dont on étoit menacé, il jugeoit que la principale ressource d’Athènes _ devoit être dans la marine, fort négligée jusqu'alors ; il persuada aux Athéniens d’y consacrer leurs mines d’argent, dont il? DECEMBRE 1810.37* p&rlageoient entreux le revenu.On en construisit cent galères, qui devinrent le rempart de la république.Darius se préparent à une seconde expédition ; sa mort l'empêcha de l’exécuter.Mais Xerxès, son fils et son successeur, aussi violent qu’orgueilleux, suivit ses projets de vengeance avec toute la tongue imaginable.Seion l’historien grec Hérodote, * l’armée des Perses monloit à plusieurs millions d'hommes ; le monarque tit donner des coups de fouet à la mer, pareequ’un pont de bateaux, sur lequel les troupes dévoient passer PHclles-ponr, avoit été rompu par une tempête ; il condamna au supplice tous les entrepreneurs de cet ouvrage ; il fit percer le mont Athos pour ouvrir un passage à sa flotte.De tels récits sont presque autant de mensonges, et nous apprennent seulement à nous délier des historiens crédules ou épris du merveilleux.On reproche avec raison aux Grées d’avoir menti par vanité : c’est un défaut commun à presque tous les anciens peuples.Il y avoit à la cour de Perse un Roi de Sparte exilé, qui se nommoit Déinarate.Xerxts lui demandant si les Grecs oserojeut bien sc défendre, il répondit, au sujet des Spartiates en paiti-culier : Iis sont libres, mais dominés pqr lu loi, tt celle loi leur ordonne de vaincre ou de mourir.Sparte et Athènes reçurent de Dama rate la nouvelle des préparatifs du Roi de Perse.Aussitôt elles invitent la nation à prendre les armes.Soit crainte ou jalousie, la plupart des alliés se détachent de la confédération.Cependant on se piépare courageusement à la guerre.Les Athéniens élisent Tbémistocle pour général.Après la bataille de Marathon, lrappé de la gloire uc Miltîade, il étoit devenu inquiet, rêveur, jusqu à en perdre ie sommeil.Ses amis lui demandant pourouoi : flit ! dit-il.ies i â / sropheés de Miltiade ne me laissent- point de repos.li avoit écarté par des largesses un indigne compétiteur qui lui disputait cet emploi.Le bien public oxigeoit qu'on Pen revêtit ; et il prouva qu’un véritable zèle Panimoit alors, en demandant le rappel d’Aristide, son rival, dont les services dove* noient nécessaires dans le péril.Les Sp.wtiates piétcinloient au commandement de la flotte, quoique Athènes en eut équipé les deux tiers.Les alliés favorisèrent leur prétention, ut le choix tomba sur Eurybiade, qui ne le inéritoit point.Tbémistocle, pour éviter une rupture, consentit à tout ; mais il annonça aux. 380 L’ABEILLE CANADIENNE.Athéniens qu’on leur céderait bientôt l’honneur du commandement, pourvu qu'ils fissent leur devoir.Xeixès arrive enfin aux Thermopyles, défilé fort étroit par où il devoit passer.Léonidas, Koi de Sparte, l’y attendoit avec quatre nulle hommes.Ce héros, sommé de livrer ses armes, répond : Viens les prendre.Les Perses l’attaquent, et sont re-poussés: malheureusement ils découvrent un sentier pour gagner la hauteur sans être aperçus.Ce poste ne pouvoit plus sc défendre; mais Léonidas se croit obligé de s’y dévouer à une mort certaine.N’ayant que trois cents Spartiates, ayant ren-voyé les autres Grecs, il affronte les ennemis, il en fait un grand carnage.Accablé par le nombre, il meurt avec ses soldats, excepté un seul, qui porta la nouvelle tie l'action.• • f Le fugitif fut traité à Spa rte comme un Juche déserteur, jus-qu’à ce qu’il eût effacé sa honte par de nouvelles preuves de bravoure : on mit dans la suite aux Thennopyles celle inscription • • • admirable par sa simplicité: Passant, vas dire à Laccdémom t T * • que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois.Xerxès n’avoit forcé le passage qu’avec perte de vingt mille hommes.Plus furieux que jamais, il s’avance, mettant tout à feu * ' .• et à sang.Il s'informe de ce que font les Grecs; il les croit dans la consternation, dans le désespoir.On lui apprend qu'ils sont aux jeux olympiques, où une couronne d’olivier excitoit la » plus vive émulation.Quels hommes, s’écrie un grand de la suite, quels hommes qui ne combattent que pour l'honneur! - Cependant Athènes doit sur le penchant de sa ruine.Les * peuples du Péloponnèse l’abandonnoicnt pour se retrancher à l’isthme de Corinthe.Un oracle avoit déclaré qu'elle ne trouverait son salut que dans des murailles de bois.Thécnistocle a voit probablement inspiré l'oracle, et il en profita pour faire # prendre aux Athéniens une résolution aussi affligeante que néces- 9 saire.Comme ils ne pouvoient résister à une armée innombrable, il leur persuada que leurs vaisseaux étoient ccs murailles de bois où 9 ils trouveraient leur salut; que ce devoit être leur asyle ; que I les dieux même leur ordonnoient de s’y embarquer.La religion les attachoit à leurs foyers, à leurs tombeaux et à leurs temples.t Thémistocle n’auroit pu les en détacher, sans le motif de religion qu'il employa.On mit Athènes sous la sauve-garde de Mi* DECEMBRE 1013.381 nerve : on ordonna que tous les citoyens capables de service monleroient sur les vaisseaux ; et que chacun prendroit des mesures pour la sûreté do sa famille.La ville de Trézène reçut généreusement la plupart des femmes, des cnians, de* vieillards.Quelques-uns s’obstinèrent à ne point partir: ils s’enfermèrent dans la citadelle, et s’y défendirent jusqu’à la mort.Xerxès brûla cette forteresse, goûtant les plaisirs de la vengeance, qu’une prompte révolution devait changer pour lui en amertume.(A continuer.) -y- o v»/ ^ •• -• • .o /»» /»» SUITE DES Particularités sur le séjour des François à Moskou, et évacuation de cette ville par Napoléon.AÜ milieu de cos apparentes négociations, on préparoit tout pour recommencer la guerre; mais on ne faisoit rien pour remédier aux rigueurs de i’hiver.Cependant l’avenir éloit ef- % * • • frayant ; plus notre séjour dans Moskou se prolongeoit, plus il devenoit pénible.A mesure que nous épuisions les villages voisins, il falloit aller dans des lieux qui toujours s’éloignoient da- t •> vantage.Leur distance rendoit nos courses aussi périlleuses que fatigantes: partis dès l’aurore, rarement nos fourrage.urs reu-troient avant la nuit.De pareilles courses, charpie jour répétées, en lassant les soldats, ex term i noient la cavalerie, et parti- t culièrement les attelages de l’artillerie : les plus loris régimens ^ .I ;* * * t O n’avoient pas cent chevaux; il ne rostoil plus aux hommes, pour se nourrir, que la chair de ces animaux, Au milieu de toutes ces angoisses, l’audace des kosaques redoublait à mesure que 0 ., , • notre épuisement nous rendoit plus timides.• 4 • Ils en donnèrent une preuve en attaquant, aux environs de • « Moskou, le village où les dragons de la garde étoient canton-nés; ceux-ci, (juoiqu’assaillis par des forces nombreuses, néan- l * , • » , * t moins se défendirent avec beaucoup de courage, et l’affaire eût • • été glorieuse pour eux, si le major Marthod, après avoir été blessé, n'étoit tombé au pouvoir des Russes avec une cinquantaine 082 L’ABEILLE CANADIENNE: des siens.Quelques jours après, les ennemis prirent également un convoi d’arljllerie venu de Viazma, et amené par deux ma-jors.Napoléon crut ces officiers coupables, et ordonna à une commission d’examiner leur conduite.L’un d’eux, plus par l'affront, sans doute, d’avoir perdu ses pièces, que par la crainte de % _ % ' .se trouver répréhensible, se brûla la cervelle.Pour prévenir de semblables pertes, la division Broussier et la cavalerie légère commandée par le comte Ornano, reçurent l'ordre d'aller s’établir aux environs du château de Galiizin, situé entre Alojaïsk et .* .t .* • • 4 t ' ^ Moskou.Ces troupes délivrèrent les pays circonvoisins de la présence des kosaques, qui toujours évitoient leur rencontre; mais le moindre intervalle laissé par nos troupes étoit sur-le-champ occupé par ces hordes de Tartares, qui profitaient des avantages que leur offroit le terrain, pour tenter les coup?lee plus hardis.Ils renouvelèrent leurs entreprises en attaquant un autre convoi d'artillerie, venu d’Italie, sous les ordres du major Vives.On raconte à ce sujet, que l’escorte ayant pris la fuite, livra aux kosaques toute l’artillerie qui lui avoit été confiée.Ceux-ci cm* menoient les pièces et les chevaux, mais le comte Ornano, informé de celte attaque, se mil à la poursuite des ennemis, cl parvint à les atteindre au milieu des bois.A la vue de notre cava- t • leric, ils prirent la fuite, abandonnant sans résistance tout le fruit de leur victoire.On auroil mis en jugement le major Vives, si notre départ, et, par la suite, des malheurs plus grands encore, n’avoient forcé Napoléon à se relâcher de sa sévéïité accoutumée.Dans le temps que la quatorzième division assuroit la route de Viazma, la treizième étoit sur celle de Twer ; celte dernière # étoit tranquille dans ses cantonnemens, lorsqu’on fut informé que le comte Soitikof, favori de l’empereur Alexandre, et seigneur du village de Marfino, voisin de Dimitrow, avoit armé tous ses paysans, et que dans son château même, il se réunissoit à plusieurs autres seigneurs, pour former le plan d’une insurrection plus vaste.Afin d’élouffier ce dangereux exemple, et d'en prévenir les suites, il fut ordonné à une brigade de la treizième division, de se rendre au château de Marfino.Le général qui la commandoit fit d’exactes recherches pour 3C convaincre qu'il y avoit eu des rassemblemcns ; elles furent toutes infructueuses: mais, forcé de se conformer aux ordres qu’il avoit reçus, ce gé- DECEMBRE 1818.aérai livra aux flammes un palais -justement renommé pour être un des plus beaux de la Russie.Ce prétendu rassemblement fit soupçonner que Napoléon, dans cette expédition, n’avoit eu en vue que de se venger du comte Soltikof, dont il étoit l'ennemi, par cela seul que ce seigneur étoit fidèle à son souverain.(15 Octobre.) Les différentes incursions que les corps d'armée faisoienl tour-à-tour, conflrinoient {’impossibilité où nous é-tious de pouvoir nous maintenir plus long-temps dans notre position.Tout présageoit notre prochain départ et ce soupçon se changea en certitude en voyant qu’on avoit évacué les hôpitaux sur Minsk cl sur Wilna, et que la plupart des généraux blessés faisoient partie de ce convoi, escorté par environ mille hommes d’infanterie.Nous apprîmes aussi que la cavalerie de la garde Italienne q u it toi t ses bons canlonnemens de Dimitrow, pour re~ venir sur Moskou,ct de là aller occuper la position de Charopovo,-petit village situé sur la route de Borovsk.En même temps le vice-roi ordonnoit le retour de la treizième division, et faisoit avancer la quatorzième, et la cavalerie du général Ornano, versFomins-koé, où tout le quatrième corps sembloit devoir se diriger.Les kosaques, informés de ce mouvement, épièrent l'instant où les bagages de notre cavalerie légère n’avoient qu’une foible escorte, pour assaillir le convoi aux environs d'Osighovo; en voyant arriver la division Broussier, ils laissèrent une partie de leur butin, et, à la faveur des bois, se dérobèrent à la poursuite de nos soldats.* On attended avec la plus vive anxiété le retour du courrier expédié à Pétersbourg, lorsque le général Lauriston partit de nouveau pour aller auprès de Kutusoff, et avec une si grande précipitation, qu’il fut forcé de se servir des relais de l’Empereur.Dans la persuasion que toutes ces conférences auraient une issue favorable, notre armée se gardoit mal, et restoit dans la plus parfaite sécurité; mais le général Lauriston, loin de pouvoir négocier la paix (18 Octobre,) revint en toute hâte annoncer à nos avant-postes que nous allions être attaqués, et qu'il falloit se replier derrière le défilé de Winkowo, afin que nos mouvemens de retraite ne fussent pas aperçus;* cet ordre étoit .• à peine donné, que l’ennemi, débouchant par Taroutina, fondit * Bulletin de l’armée. 384 L'ABEILLE CANADIENNE.sur la cavalerie du roi de Naples, et enleva au général Sébnsha- * • 1 * ni un parc de vingt pièces, qu’il emmena avec plusieurs voiture.-chargées de bagages.* Celte attaque, faite au moment où la cavalerie alloit fourrager, et lors même qu’on sembloit s’occuper de négociations, fut fatale h cette arme, qui déjà éfoit dans un grand dépérissement ; mais il est faux que notre armée ait pris $ la fuite.Le roi de Naples étoit à pied au moment de cette surprise ; il en fut à peine informé, qu'il monta à cheval, et se porta, avec son état-major, au milieu de l'action, qu'il dirigea avec son intrépidité accoutumée, jusqu'à ce que notre cavalerie eut eu le temps de sa former.Les kosaijues, obligés de fuir, abandonnèrent les vingt pièces de canon; l’infanterie russe s’avança pour les soutenir; elle fut arrêtée par le Corps du prince Poniatowski, campé auprès de Winkowo ;t alors le combat devint général, et, de part et d’autre, on se battit avec acharnement.Les carabiniers sous Jes ordres du général Defrance, et quelques ré- $ gimens polonois, moins fatigués que le reste de la cavalerie, contribuèrent à venger l’honneur de nos armes, et, dans cette journée, acquirent une gloire digne de leur brillante réputation.Les généraux Bagavroüt et.Muiler (le premier ccmmandoil le second corps russe) furent tués sur le champ de bataille, et le général Bcnnigsen reçut un coup de feu.De îotre côté, plus de deux mille hommes furent l'objet de nos regrets; on déplora particulièrement la mort des généraux Fischer et Déry : ce dernier, aide-de-camp du roi de Naples, dans toutes les occasions avoit fait preuve d'un grand courage et d’une haute capacité.L'Empereur étoit nu Kremlin, occupé à passer ses troupes en revue, lorsqu’il reçut cette nouvelle inattendue ; aussitôt ii de-vint furieux, et, dans les transports de sa colère, il s’écria que c’étoit une trahison, une infamie; qu’on avoit attaqué le roi de Naples au mépris de toutes les lois de la guerre, et qu'il n y a-voit que des barbares qui pussent ainsi violer les conventions.J * 25cme et SGème Bulletins de l’armée, t Au confluent de l’Istia avec le Nora.q II n’y eut jamais de trêve entre les deux armées ; seulement les a-vant postes de Alilloradowitch, pendant quelques jours, suspendirent leurs hostilités, et témoignèrent à ceux du roi de Naples le désir et l’espérance qu’ils ayoient de conclure la paix.Toutes ces fausses démons* DECEMBRE 1818.385 / Sur-le-champ ia parade fut dissoute, les espérances de paix é-vanouies, et Tordre du départ donné pour le soir même.Tous les corps devaient (juitter Moskou et se porter sur la grande route de Kaluga.On espéroit qu'on iroit dans l'Ukraine, cher- i cher, sous un ciel plus doux, des contrées moins ravagées et 'beaucoup plus fertiles.Mais ceux qui paroissoient les mieux informés, assuroient (pie noîic mouvement sur Kaluga n’étoit (ju’une fausse manœuvre, l'aile dans Tintention de masquer à l'ennemi notre projet de retraite sur Smolensk et VVitepsk, par une route nouvelle., ) | * (quiconque n'a point vu Tannée françoise sortir de Moskou, ne peut avoir qu'une Tien foible idée de ce qu'étoient les armées grecques et romaines, lorsqu’elles abandonnèrent les ruines de Troie ou de Carthage.Tous ceux qui, dans ce moment, observèrent la nôtre, virent la répétition des même scènes avec lesquelles Virgile et Tite-Live ne cessent de nous émouvoir.Ces longues files do voitures qui, sur trois ou quatre rangs, s’é-tendoient à plusieurs lieues, chargées de l’immense butin que les soldats avoient arraché, aux flammes ; ces paysans moskowites, devenus nos domestiques, nous représentoient les esclaves que les anciens traînoient à leur suite ; d’autres, emmenant avec eux des femmes, des enfans ou des filles, rappeloicnt ces guerriers à qui dos captives étoienl échues en partage ; enfin, plusieurs caissons remplis de trophées, où se trouvoieut des drapeaux turcs et persans, enlevés des voûtes «lu palais des czars, et sur-tout la fameuse croix de saint Iwan, fermoient glorieusement la marche d'une armée qui, sans l’imprudence de son chef, auroit un jour tiré vanité d’avoir presqu’atteint les limites de l’Europe, et d’a- • • % voir fait entendre aux peuples de l’Asie le bruit des mêmes bronzes qui retentirent vers les colonnes d’Herculo.Comme on étoit parti fort tard, on ne fut camper qu’à un mauvais village, éloigné seulement d’une lieue de Moskou.La cavalerie de la garde italienne, qui se trouvoit toujours à Charo-povo, en partit le jour suivant (JD Octobre,) et vint nous rejoin- trations.nous abusèrent, et firent croire ù Tannce qu’on attendoit le retour du courrier expédié ù Pétersbourg.Ce courrier devoit arriver le ' * • * i < .‘ *4 ï'.O Octobre, les Russos uous surprirent le 18; voilà ce qui lit dire qu’ils avoient attaqué trois jours avant l’expiration de l’armistice.2 F J86 L'A DEILLE CANADIENNE.dre à Batoutinka, non loin du château de Troitskoé, où Napoléon avoi! établi son quartier-général.Presque toute l’arrnée étoil réunie sur ce point, à l'exception de la cavalerie, qui étoit en avant, et do la jeune garde, restée à Moskou pour fermer notre marche.Aussi éprouvoit-on beaucoup de difficultés pour vivre; mais on pouvoit encore bivaquer, et les voitures que chaque officier traînoit avec lui fournissoient des provisions.Le lendemain, on traversa la Paiera auprès de Gorki.Ce beau village avoil cessé d’exister, et la rivière, encombrée de tous les débris des maisons consumées, ne rouloit plus qu’une eau bourbeuse et noirâtre.Au-dessus étoit le beau château de Krasnoé, entièrement saccagé ; l’élégance de l’édifice contras-toit encore avec les collines agrestes sur lesquelles il est bâti.Arrivés sur ce point, nous fîmes halte; une heure après nous laissâmes la grande route, pour chercher vers notre droite un passage qui nous conduisît à Fominskoé, où le général Broussier et notre cavalerie se trouvoient depuis quatre à cinq jours en présence de l’ennemi.Notre marche, par ce chemin peu fréquenté, fut très-pénible, mais nous procura l’avantage de trouver quelques villages qui, quoique abandonnés, étoient moins ravagés que ceux de la grande route.On passa la nuit à Inatowo, (20 Octobre,) où se trouvoit un château placé sur une élévation* qui dominoit la campagne par laquelle nous étions arrivés.En continuant notre marche, toujours dans l’intention de rejoindre le chemin de Charopovo, nous parvînmes auprès du village appelé Bouïkasovo.Ces détails géographiques, sur lesquels je m’appesantis, ne parollront point fastidieux, si l’on songe qu’ils sont nécessaires pour faire conrioître les difficultés que nous éprouvions dans nos opérations.Nous n’avions que des cartes insuffisantes ; marchant sans guides, nous ne pouvions pas meme prononcer à nos interprètes les noms des villages désignés sur ces cartes.Etant parvenus â découvrir un paysan, nous nous en saisîmes et le gardâmes pendant deux jours ; mais il étoit si » • stupide, qu’on ne put tirer de lui que le nom de son village.Cependant cette marche étoit très-importante pour l’Empereur qui, avec le gros de l’armée, devoit nous suivre; aussi chaque jour le prince m’en faisoit dessiner l’itinéraire, pour l’envoyer au major-général.Tous les obstacles étant surmontés, nous rejoignîmes enfin 1$ DECEMBRE 1018.38 V Vieille route de Kaluga.Une heure après, nous arrivâmes à Fominskoé.La division Broussier étoit campée aux environs de ce village, et la cavalerie, placée en avant, fut emmenée par le vice-roi qui, sans s’arrêter, ajla reconnoitre le plateau qu'occu-poient les kosaques ; mais, à sa vue, ils se retirèrent, et lui cédèrent le terrain sur lequel on s’attendoit de combattre.La position de Fominskoé, sous le rapport militaire, eût été avantageuse pour les Russes s'ils avoienl \oulu la défendre: au milieu du village, dominé par une colline, passe la rivière de la Nara, qui, vers ce point, renfermée par le rétrécissement de la vallée, forme un petit lac dont les alentours sont très-marécageux.Cependant toute l’armée devoit franchir le défilé, où il n’y avoit qu’un seul pont, qui parut insuffisant ; on le réserva pour les voitures, et l’on en fit un autre, expressément consacré à la seule Infanterie.Four exécuter ce travail et laisser passer une partie des Irou* pes, on nous donna un jour de repos (22 Octobre.) Dans cet intervalle, Jes Polonais, conduits par le prince Poniatowski, » * i marchoient sur Vereïa, où l’hetman Platow se trouvoit avec ses kosaques; vint ensuite Napoléon avec son cortège accoutumé: dans l’instant tout le village fut encombré d’hommes, de chevaux et de voilures.Mais, grace aux sages dispositions qu’on avoit prises, tout se passa sans confusion ; ce ne fut pas sans étonnement, car les cohues de Xerc'es* n’eurent jamais plus de bagage» que nous.Ce jour-là même le capitaine Evrard, qui avoit été envoyé en mission à Charopovo, nous annonça qu’il avoit entendu du côté * * de Moskou une détonation efirayante; nous apprîmes alors qu’elle avoit été produite par l’explosion de la mine qui fit sauter le Kremlin.La destruction de celte célèbre citadelle, et des beaux édifices qu’elle renfermoiî, fut consommée par la jeune garde impériale, commandée par le duc de Trévise.Ce maréchal, en quittant Moskou, reçut l’ordre formel de renverser tout ce que la fia mine avoit épargné.Ainsi finit cette ville ce- M l , * lèbre, fondée par des Tartares, et détruite par des François ! Comblée de toutes les faveurs de la fortune, et située au centre * Expression «le Napoléon, dont il se servit dans les bulletins de la campagne de 1309, en parlant des armées autrichiennes. 388 L’ABEILLE CANADIENNE; du c.onlincnt, elle éprouva, par l'ambition déréglée d'un Corse, tout ce que les vicissitudes humaines peuvent offrir de plus fa- * .| ' * 4 1 • , ».• rnentablé ; et dans cette occasion, l'historien ne sauroit trop re- « marquer (]ue le même homme qui affectoit de nous sacrifier pour les progrès de la civilisation, s’applaudissoit dans ses bulletins, de l'avoir, sur son passage, reculée de cent ans.t • Moskou ne fut point repris par les Dusses, mais bien évacué par h jeune garde, dont le mouvement rétrograde se Jioit aux * • r plans de nos operations.Le general Winzingérode, chef1 du 4 • 0 • 4 corps qui observoit cette capitale pendant que nous l'occupions, it à • s’étant avancé dans une rue voisinedu Kremlin, avec le jeune Na- • .< y.rislikih, son aide-de-camp, et quelques cavaliers, se trbuva tout-à-coup en face d’un poste du be.régiment de voltigeurs de la jeune garde, commandé par le lieutenant Leleti de Waupertuis ; sur-le-champ cet officier saisit la bride du cheval du général, en lui déclarant qu'il éloit son prisonnier.Celui-ci honteux de son i imprudence, en ressentit une telle confusion, qu'il prétendit être parlementaire.Pouvoil-on considérer comme tel un général en r I « chef, qui, pour exciter ses soldats au milieu de l’action, s’avan-coit avec une escorte, sans communications préliminaires, et sms avoir fait aucun des signaux d’usage?# Une partie do l’armée ayant passé la Narn, le quatrième corps • « Ja traversa également, vers les cinq heures du matin (‘23 Oclo- t * r ' bre,) et se dirigea sur IWovsk.L’ennemi ne parut point devant nous, sans doute pour courir annoncer au général en chef • • V « .que nous avions trompé sa vigilance en le laissant sur la nouvelle roule «le Kaluga, tqndis que nous prenions l’ancienne.Kutu* soft, informé de notre marche, aussitôt abandonna son cam]) retranché de Lectarkova ; mais il nous laissa dans l’incertitude de £0 0 savoir s'il débouèheroit par Borovsk ou par Malo-Jaroslavétz.- # * • # .-Napoléon occupoit cette première v iIle, placée sur une étni* ncnce, autour de laquelle coule la l'rotva dans un lit très-profond.Le prince Eugène qui avoit campé une demi-lieue pins loin » • (jue Borovsk, dans un petit village à droite de la route, lit marcher la division Delzons sur Malo-Jaroslawefz, avec ordre de l’occuper avant «pie les Russes s’en emparassent.Ce générai ayant trouvé la ville sans défense, en prit paisiblement possession avec deux bataillons seul» ment, laissant le reste en arrière DECEMBRE 1818.389 r dans la plaine.Ainsi l’on croyoit que celte position nous étoit assurée, lorsque îe lendemain (2*1 Octobre,) au point du jour, nous entendîmes en avant de nous le bruit d’une forte canonnade ; le vice-roi en soupçonnant la cause, monte à cheval avec -on état-major, et court au galop vers Malo-Jaroslavetz.À me-*ure que nous approchions, le bruit du canon redoubled, les ti-railleurs se faisoient entendre de tous côtés : enfin nous aper- t * çfnnes distinctement les colonnes russes, qui venoient de la nou- ^ * * relie route de Kaluga, pour prendre position sur celle où nous é- i ¦ 1.• ’ < .* ' • tf (ions.On arrived au pied du plateau de Malo-Jaroslavclz, quand le général Delzons venant à nous, s’avança près du prince, et lui # • 1 dit : “ Hier au soir, en arrivant, je m’emparai de la position: •4 .‘•'rien ne sembloit me la disputer, mais, vers les quatre heures “ du matin, j’ai été attaqué par une nombreuse infanterie; sur- ê “ le-champ deux bataillons ont pris les armes; repoussés par “ des forces de beaucoup supérieures, ils ont été obligés de des-“ cendre du plateau, et d’abandonner Malo-Jaroslavetz.” Le vice-roi, sentant l’importance de cette perte, voulut aussitôt la réparer, et ordonna â ce général de faire marcher toute sa division.Alors un combat opiniâtre s’engagea ; des troupes fraîches s’étant avancées pour secourir les Russes, nos soldats plièrent un instant ; le général Delzons voyant qu'ils battoient en retraite, • 0 i a courut les ranimer au fort de la mêlée ; au moment qu'il défon- 9 doit avec obstination la barrière de la ville, des Iirai!leurs ennemis, retranchés derrière le mur d’un cimetière, firent feu sur lui., et une balle, en lui perçant le front, le renversa sans vie.Le prince, informé de ce triste événement, parut fort affecté de la i mort d’un général si digne de son estime ; après avoir donné rie f justes regrets à sa mémoire, il envoya sur-le-champ pour le rem- k t , • placer le général Guilleminot, dont le courage et les bonnes dispositions rallièrent la division, découragée par la perte de roii chef.On se bat toi t avec acharnement dans les rues de la ville.• • lorsque la division Broussier entra en ligne pour secourir celle qui depuis si long-temps éloit engagée; nos soldats reprefioieni l’offensive ; mais de nouvelles colonnes russes venant toujours par le chemin de Lectaskova, parvinrent à les culbuter ; nous les vîmes même accablés par le nombre, descendre avec précipitation du haut de la colline, et courir se inter vers le pont, corn- ^ I / 390 L’ABEILLE CANADIENNE.me pour vouloir repasser la rivière de Louja, qui couloit au-des; sous du plateau.Nos braves, ranimés pajr le colonel Forestier, ne tardèrent pas.à se rallier, et reprenant leur attitude accoutumée, montèrent de nouveau sur la position, qu’ils enleyèrent avec intrépidité.Cependant le grand nombre de blessés qui abandonnoient le champ de bataille, et sur-tout la difficulté qu’on ayoil à se maintenir dans Malo-Jaroslavetz, firent juger au vice-roi ou’il falloit envoyer d'autres troupes contre celles, sans cesse renaissantes, que l’ennemi mettoit en bataille.La division Pino, qui, durant loute la campagne, avoit toujours cherché l’occasion de faire connoître l’ardeur dont elle étoit animée, saisit cette circonstance pour obéir avec transport aux ordres du prince : dirigée par plusieurs officiers d’état-major, elle se porta sur la hauteur au pas de charge, et poussant des cris de joie, parvint à s’établir dans tous les lieux d’où l’ennemi nous avoit chassés.Ce succès fut chère- 0 • ment acheté : grand nombre d'intrépides Italiens périrent victimes de leur émulation pour la valeur françoise.La mort du général Levié, à qui le sort ne permit de jouir que huit jours de son nouveau grade, excita nos regrets.Nous fûmes également affligés, en voyant revenir le général Piuo tout ensanglanté: malgré la douleur de sa blessure, elle étoit pour lui moins sensible que la perte d’un frère qui ycnojt de mourir à ses colés.Les chasseurs de la garde roj’ale, commandés par le colonel Peraldi, avoient suivi le même mouvement.La quinzième di-vision ayant été repousse, ils s’avancèrent pour Pappuyer à l’instant où l’ennemi, faisant des progrès rapides, niarchoit vers le pont, et menaçoit de culbuter dans la rivière les troupes qui Pavoient franchie.Voyant qu'ils n’avoient pas un moment à perdre, ils attaquèrent les Russes et leur reprirent la position, d’où la division Italienne avoit été chassée.L'acharnement des deux partis étoit extrême, lorsque l'ennemi, ayant démasqué deux grandes redoutes, fit plusieurs décharges à mitraille, qui détruisirent les chasseurs.Ceux qui restoient hésitèrent un instant ; mais le colonel Peraldi ayant fait sentir à ses soldats le dé.-honneur qui les attendait s’ils ne mouroient pas à leur poste, eut la satisfaction de voir ces braves prendre des cartouches, dont ils manquoient, dans les gibernes de leurs camarades morts sur le champ de bataille, puis de les faire charger leurs armes, DECEMBRE 1818, 39 î ipciur marcher tête baissée sur les Russes ; ceux-ci, étonnés de tant d'audace, crurent qu’ils alloient être accablés par des troupes nouvelles.Alors ne se croyant plus en sûreté dans leur dernière ligne, ils battirent en retraite, après avoir désarmé leur redoute.Pendant ce temps, le canon tiroit toujours, et ses boulets venoi-ent porter le ravage et la mort jusque dans les rangs des grenadiers et vélites royaux, placés en réserve, et dans les groupes que formoit l'état-major du vice-roi.C’est dans ce moment que le général Gifflenga, homme d’un grand mérite et d'une rare in* trépidité, reçut dans la gorge une balle qui l’obligea ù s’éloigner •du champ de bataille.Le succès de la journée étoit décidé ; nous occupions la ville £t toutes les hauteurs, quand la cinquième division du premier «orps vint prendre position à notre gauche, et la troisième division du même corps, venue aussi après l'affaire, occupa un bois situé à notre droite.Jusqu’à neuf heures du soir, nos batteries et nos fantassins ne cessèrent- de faire feu, et à une distance très-rapprochée de l’ennemi, qui, par de nombreux tirailleurs* faisoit protéger sa retraite.Enfin la nuit et la lassitude mirent fin à ce combat acharné, et ce fut seulement vers les dix heures du soir que le vice-roi et letat-major purent prendre du repos, • _ nécessaire après tant de fatigues.Nous campâmes au-dessous de Malo-Jaroslavetz, entre la ville et la rivière de Louja.Quant aux troupes, elles bivaquèrent dans toute l'étendue des positions qu’elles avoient si glorieusement enlevées.Le lendemain nous reconnûmes que l’obstination des Russes à nous dfsputer Maro-Jaroslavetz, provenoit de l’intention où ils étoient de couvrir Kaluga, et de s’opposer à ce que nous fissions notre retraite par leurs provinces méridionales.C’est alors qu’on dut regretter de s'être arrêté à Fominskoéj sans la perte d’une journée, l’ennemi auroit été tourné dans son camp retranché, et ne seroit point arrivé à temps pour défendre le3 différentes positions qui sont entre Malo-Jaroslovetz et Kaluga.Car ceux qui étoient dans les secrets de Napoléon assurent encore aujourd’hui qu’en opérant son mouvement sur Smolenks, il vouloit auparavant détruire les manufactures d’armes de Tula, et ensuite re- * t venir par la route de Kaluga, Serpeisket Elnia, qui n’avoit point été ravagée.Ve;s les quatre heures du malin, nous parcourûmes avec le 302 L’ABEILLE CANADIENNE.vice-roi le plateau sur lequel on avait combattu, et vîmes h-plaine couverte de kosaques, dont l'artillerie légère t'ai soit feu sur nos troupes; nous reconnûmes aussi sur la gaucho iruiu ' grandes redoutes.La veille, on jes avoit années de quinze à vingt pièces de canon; l'une d’elles défendoit le liane droit de Kutusoff, en supposant qu’on eût voulu, de ce coté, tourner sa position.Vers les dix heures, le Jeu se ralentit, et à midi it cessa tout-à-fait.L'intérieur de Malo-Jaroslavetz nous présenta le spectacle Je plus horrible ; en y entrant, nous vîmes avec douleur la place où avoit péri le général Delzons ; chacun regretta qu'une mort prématurée eut mis fin à sa glorieuse carrière.On donna également des louanges à l’héroïsme de son frère, qui refill une blessure mortelle en voulant l’arracher des mains de l’ennemi.Un peu plus loin, on nous montra l’endroit où le général Fontanes avoit été blessé; et au-dessous du plateau, nous vîmes les grena-diers du 35e régiment de ligne qui rendaient les honneurs funèbres à leur brave colonel.La ville où l’on avoit combattu n’exisloit plus ; on ne distin-guoit l’alignement des rues que par les nombreux cadavres dont elles étoient jonchées ; de tous côtés l’on nevoyoit que des membres épars, et des tètes humaines écrasées par les pièces d’artillerie qu’on avoit fait manœuvrer.Les maisons ne formoient qu’un monceau de ruines, et sous leurs cendres urinantes parois soient des squelettes à demi consumés.Il y eut aussi des ma lades et des blessés qui, en quittant le combat, furent *c réfugier dans ces même maisons; le petit nombre de ceux qui échappèrent aux flammes sé montraient devant nous, ayant la figure noircie, les habits et les cheveux biûlés.d une voix mourante, ils poussoient les cris les plus douloureux; en les voyant, l'homme le plus féroce éloit attendri, et détournant les yeux, ne pouvoit s’empêcher de répandre des larmes.Ace tableau cha- I # cun fiémissoil des maux auxquels le despotisme nous expose, et :-e croyoit ramené à ces temps de barbarie, où I on ne pouvoit apaiser les dieux qu’en o(Iralit des victimes humaines sur des autels ensanglantés.Vers l’après-midi, Napoléon étant arrivé avec une suite nombreuse, parcourut froidement le champ de bataille ; il entendit sans s’émouvoir les erb douloureux des malheureux blessés qui DECEMBRE 1818.ntcmandoicnt à être secourus.Cet homme, accoutumé depuis vingt ans aux maux de la guerre, dont il étoit si follement épris, ne put, en entrant dans la ville, s’empêcher d’être étonné de l’acharnement avec lequel on avoit combattu.Quoiqu’il eût beaucoup de répugnance à louer ceux dont la réputation pouvoit lui faire ombrage, néanmoins, dans cette occasion, il fut forcé
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