Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Domaine public au Canada

Consulter cette déclaration

Titre :
L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences
Journal qui, sous le couvert de la science et de la littérature, relaie les polémiques de journaux d'opinion français avec un parti pris pour le républicanisme.
Éditeur :
  • Montréal :H. Mézière,1818-1819
Contenu spécifique :
vendredi 1 janvier 1819
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (2)

Références

L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1819-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
I lit ;i neb orÇ) • ‘-i>E LITTERATURE ET DE SCIENCES xu J ! • « •.» ' Ie'.Janvier 1819.r*| ‘ f 1 i I \ J- CT LES FEMMES.' V » •• *?" p ?lit %l O * 1 * • » % .I QUEL doux 'attrnît’vérs la beauté m’appelle?ta t I* 1 ' , Dans tous le?lieux ou je porte mes pas, • » Y- \ • ~ f I ^ ^ j • • 0m * Quand, par malheur, je ne lui parle pas, [• i.n; iniviiy .iiiifVso! ¦ miet* nj / i () \é O *î • 1 ) ' • i • f ' Je suis encor • • Qui, le prestige à la femme attach® Sur notre cœur assure son fcrnpire, r Rend précieux le nœud'qu’eîlc'a touché Et se répand sur l’air qu’elle respire.' • , c;jï II fît iio:'G i;*| f • f I * / r V ’ 1 • * * ( \ 1 Dans un village, un rustique séjour ¦ et w ll0y * | • y< Est habité par quelques rêveurs sombres : f* .* , 1 * 4 f à /é .^ I ^ * L ^ .# f I / i | j ^ ( k Ile leur tristesse, au defaut de l’amour, • • \ .* » t > t 0 ' • ' 1 ( I - ¦ ¦ ¦ , • L’amitié seule adoucirais ombres.• • # ?9 • Là, tout-à-coup, arrivent la gaîté, ' | • J * * t f f Le doux plaisir, les jeux, le badinage ; • f • » .L’humble maison est un temple enchanté.Le verger triste est un riant bocu'gb/;0(V Ce changement, qui jamais l’eût prévu 1?Qui dans cc3 lieux amène l’alégresse?LTn mot l’explique ; une femme a paru : Elle a tout Lit, et c’est rencbanterssfe.2 s ' Oit i f* u JO I t f • * • ) 1] r y * * - j J > vii t ¦ i •>[» f,*;.> .*1 j ^ , à ; \ t f '>j U!R» ?lent ?• a # $ : • * '.*r»,.r\’y.« f f • *« a» * 1 r 'l • X I I f ’I i * *(j t il.\ * • • « # f • • il t ¦ • •’ .! i * r y r ; r '.t j 1 frit % * * 1 $ ?* i ) j i O i < 1 • f ?• i * B ; i ?# 4 • 11 f # \ ?» j uw % % V 402 L'ABEILLE CANADIENNE.• % Sexe «adoré ! c’ost pour plus d’un bienfait u7'"~!1 ^uc .l’homme ému vous offre ses nommii^cif.Cet univers semble un heureux banquet Où vous daignez inviter tous ies âges., P mes aitiîs ! une ce sexe enchanteur * ïfïIX• > ; .fii i •.•; > \ A droit de plrtirr à notre nine amoureuse î Que dans scs dons j’aime le créateur! Et que la femmp tst une idée heureuse! .La femme ! aimable et céleste présent Qu’il daigna faire à la terre embellie : Charmante fleur dont ce dieu bienfaisant : • T : KHfôg »>»» la.vie* • * jy^T-T • • ¥ M.Cueuie: /a r * S V»/ O/ v,o VX 4 i f » • s $ o SUITE » • • De V Episode d'un Mo man de Madame De G cutis; * .j lu.fj : ' v •.„ ?• ; Qitan'd la petifc /ille eut cesse dg chauler, Isambard remarqua • « • » « #.l 4 ^ i * qu’Olivier essuyoit quelques larmes, que la fin du dernier couplet • • T5E*.< * « lui avoit fait répandre.Isambard allott terminer cet entretien# JorsmfOlivier lui-meme pria Marianne d’achever l'histoire de l • *1 I ¦ « .j •- * jiJ > • Zoé.La bonne femme ne se ht pas répéter celte prière; elle % / • / • se rapprocha avec empressement, s’assit sur une escabeile de bois en face de ses hôtes, et prenant aussitôt la parole : je voudrais, dit-elle, que ma voisine Simone fût ici ; car, pour con- $ ter l’histoire de Tobic, il n’y a personne comme elle dans le village ; mais enfin je ferai de mon mieux pour vous satisfaire.Vous saurez donc que Tobic s’en fut si loin, qu’on n’entendit , * t ; _ plus du tout parler de lui.Zoé pleura, je ne sais combien oc * * , « i ,/ , < * « ^ * * temps ; on savoit ça, et pas moins chacun l’aimoit ; on disoit: ?* • c’est plus fort qu’elle ; mais si clic regrette Tobie, quoique ç* elle soigne bien le vieux Kobin •; elle est bonne ménagère, lui-mainc avec tout le monde : le bon Dieu lui fera la grâce quelque C ^ i 0 | ^ • jour d oter de sa fantaisie ce jeûne homme.—Son père, qui I ai-moit comme scs yeux, à cause de son obéissance, lui disoil toujours : ça te passera, Zoé, ça te passera; le ciel bénit les enfaus qui honorent'leur père et mère:—et Zoé, qui fai soit contre for* / i JANVIER 18191 408 * f ^ J .f t .' t .4 t * ¦ • ttt r ,yune bon cœur, disoit: mon pore le ciel me bénit pursque'vafiy «tes content.A la fin son pèle fut prophète, car Zoé oublia îout-à-fait Tobie : 'quelquefois, quand un pnrloit d’amourettc, i ¦ * • * elle fai.soit un soupir par-ci par-là ; mais Tobiié ne lui'tenoit plüs* au cœur!, et elle n’ai moi t plus que son père et son bon Robiri.11 y a Voit déjà sept ans que Zoé étoit mariée, lorsqu’un beau jour ’ • » » •• , ' f t t j ¦ * I j un ermite inconnu vint s’établir dans le village : voué ne devi- ! ’ .* .* > t ^ \ y 4 » .r.lieriez jamais quel étoit cet ermite-là—OH ! ma trière, interrom- ’¦ f 9 ' , i | pit vivement Colette, il ne faut pasdiro encore que c’est Tobie.—Voulez-vVwjs bien vous taire, petite fille, s'écrià la vieille avec 1 colère.—Dame, reprit la jeune fille, c’est?que vous dites toujours .'.• i • i » » % y ' * a son nom trop tôt, et la 'voisine Simone i dit 'que cela gâte! toute l’histoire.—A ce reproche, sans doute mérité, Marianne , J é ‘ \ *) 4 ‘ %( / \ • • t hors d’elle-mème, se leva avec empor.tetridnt, en menaçant l'im-prudente Colette-; mais Isambard arrêta la vieille femme, et la pria de continuer son récit.Colette dem'anda et obtint son par- * * • * f _ .* ' ' * < * ' I * • don, et Marianne reprenant la parole : pen ctois, dît-elle, à l’ar- » ' * t t • , • » ?, • rivée de Termite ; il avoit l’air d’un saint: il étoit pâle ‘comme ' i ' * * A * ‘ ’ i » f « | .?un linge, et il avoit une grande barbe1 blanche qui lui dcsceïuloit sur l’estomac.C’étoit un singulier ermite ! il ne demandoit'pas l’aumône, et il acheta un enclos sur le haut d’une colline ; il' v fil bâtir un ermitage, entouré d’un verger, et puis i! s'enferma là pour prier le bon Dieu et cultiver son jardin : il ne sortoit que 1 pour aller à l’église ou chez 3es pauvres et les malades ; car i! connoissoit toutes les herbes de la terre, et il guérissoit avec cela I f f • 7 * • * * 9 t en un clin d'œil toutes les maladies du pays.On alloit le con- i * • t • suiter, il ne prenoit point d’argent ; mais jamais il ne récevoit f # 1 # • | de femmes, jamais il ne leur parloit ; ilne visitoit que lés gar- , * • • * «i • à f eons et les veufs ; c’étoit, disoit-iJ, un vœu qu’il avoit fait ; éf ^ f • \ p % • quand il alloit dans les rues ou dans les champs, il étoit toujours embéguiné dans son grand capuchon; Tout le village avoit au- • * * •• j * * / • tarit de foi à sa sainteté qu’a sa science et à ses herbages; et on • , f *' ** f fl » f t f lui demandoit autant de prières que de racines.Il étoit depuis t 4 # 7 » ^ ‘ > f * • * , un an dans ce bourg, quand tout d’un coup le bon Robin, qui avoit 76 ans, tomba malade, et il fut bientôt à l’extrénfité.1 Alors • » i • %> f < * 4 *#• Zoé toute désolée, prenant son parti : je suis sure, (lit-elle, que Termite guérirait mon bon “Robin''-; ‘jd m’en vais y alltër j'if'nié ^ « a « f m chassera s’il veut ; mais je le prierai tant, je pleurerai'tünt, que • , _ , • * t fl j’obtiendrai de lui ou qu’il fasse une neuvainc pour mon bon Ro- 404 L'ABEILLE CANADIENNE.bin, ou, qu’il, me’donne quelque, herbe pour lui.La rois ire Simone qui était là, et qui est avisée comme personne, dit.*’ ' * ' , I - • ' »“• 1 ‘ < î *’ sans doute, Zoé, l'ermite guérirait Robin: c’est.urjsaint homme 1 ’ * » ¦ « .* * * ’**/ < .‘ .• qui n’a pas un cœur de roche, malgré son vœu ; et si une fuis il vous écoutoit et vous entendoit sanglotter comme ça, il vous accorderait votre prière.Mais le tout c'est de pouvoir approchto .• ’ ' ¦ * ., , de lui ; il est toujours dans son jardin : du haut de sa colline, il • I • # • 9 ^ k * aperçoit de loin tout ce qui vient ; et s'il voit une femme grim* » * • ’ * * .« per sa montagne, aussitôt il rentre dans sa maison, s’y enferme, > • ; l • » .• *.et l’on a; beau crier et taper, il ne répond non plus qu'un sourd.* t , ' ' 4 f * ' , ' Voici donc ce que je vous conseille : j'ai un jeune garçon de votre taille, je vous prêterai son habit c^es jours de fête, et, déguisée ainsi, vous irez chez l’ermite.Simone, répondit Zoé, vous me proposez là un coup bien hardi ; il faut que je consujte là-dessus mon mari et mon père.Qui fut dit, fut fait ; le père approuva la chose, et Ilobin, qui étoit moribond, pressa sa femme d’aller bien vile à l’ermitage : elle se déguisa donc comme le lui , • « .* avoit conseillé Simone, et sous la figure d’un beau jeune gaiçon, mais bien pensive et toute honteuse au fond de Lame, efle prit | * • • • • , ^ , : i • * '.*'*• •* * ¦ * * , le chemin qui conduit à la maison de l’ermite ; c’éloit à.la brune, > * * ¦** ,** ¦, et pourtant le cœur lui battoit bien fort, dans la crainte de ren- I i », ' .T, ., ; * • , i * ___ .s • • * contrer quelqu’un et d’être reconnue.Enfin elle anive, elle monte la colline, et la voilà tout près de l’ermite, qui étoit assis sur un banc de gazon, à quelques pas de sa cabane.Elle s’ar- * é- i rête, car elle n’osoit avancer: Venez, venez, mon fils, lui dit l’ermite, approchez ; que me voulez-vous?.Il ne voyoit pas # ' » • bien son visage, parcequ’elle avoit un grand chapeau, et qu’il commençoit à faire nuit: mais quand Zoé entendit la voix de 1 ' * *• .* • • _ l’ermite, elle sentit comme un frisson qui lui courait par tout le corps, sans qu’elle sût pourquoi.et elle resta à sa place, sans, mot dire.L’ermite se leva et vint à elle ; alors elle se jeta à • r ses genoux : ; O mon cher père, s’écria-t-elle en pleurant, il y a < .• * .t • ¦ , ‘ • » ' y 1 ^ ‘ • dans le village un homme de bien qui se meurt.sauvez-ie.— A t • •, k L’ermite, tout interdit de l’entendre parler, lui demanda si c’é- * • # < toit son père.—Non, répondit-elle, mais c’est tout de mêinepoui moi.—Comment, s’appelle-t-il ?—C’est mon bon Robin.—Comment» votre bon Robin?s’écria l’ermite d’un ton courroucé; et v7 < • 1 ,11 » 1 .* • \ ^ • 1 % A • 1 t > * 4 • à I ' k , • 9 i t • #< qui êtes vous donc ?.A cette question la pauvre Zoé fut si saisie, qu’elle tomba comme morte aux pieds de l’ermite.Lui, %* 9 . JANVIER 1819.405 'fijynTit qu'elle était en syncope, la porta sur le banc 8e gazon, et, lui ôtant son chapeau, il la reconnut tout-à-fait, mais ne fit pas semblant Je rien : seulement il s’enveloppa avec soin la tête dans son capuchon.Dans ce mojnent Zoé rouvrit les yeux, en disant: mon très cher père, ne me chassez pas: je suis une femme, il est vrai, je vous en demande bien pardon.—Vous devez en effet me demander pardon, lui répond l’ermite : femme trompeuse !.—Mais c’est pour mon mari que je vous ai trompé.—Je ne le sais que trop.et vou3 voulez que j’aille III soigner et guérir ce mari ?.—Mon père, faites seulement une «Ni V neuvaiue pour lui.Là-dessus l’ermite resta pensif, et puis il dit : écoutez ; pour que ma neuvaiue le guérisse, il faut que vous en fassiez u«e aussi de votre côté.—Oh! je la ferai.—‘Cela ne suffit pas ; votre prière ne sera point exaucée, ri vous n’ai- t rnez pas uniquement votre .mari.—Uniquement !.Mais j*ai un père que j’aime autant que mon bon Robin.—Voilà tout ce que vous aimez?—Je vous assure, répondit Zoé, en faisant un grand soupir, que je ne pense plus à autre chose.— % • Cela est-il possible! cria l’ermite d’un ton terrible, qui fit trembler Zoé.—Oh ! mon père, dit-elle, je ne vous cacherai rien : j’ai une seule chose à me reprocher, mais prornettez-moi que malgré-cela vous ferez la neuvaine.—Oui, oui, ic la ferai o r , ’ 1 w si vous me dites tout.—lié bien, mon père, avant d'être ia femme de Robin, j’avois un amoureux que j’aimois plus que moi- .* * # *• même !.Un jour il me donna une petite croix d’argent : Zoé, dit-il, promets-moi de la porter tant que tu m’aimeras.—Oui, Xobie, lui répondis-je, oui, je fais serment de la porter toute ma vie ; et je fis bénir cette petite croix.et je l’ai encore à mon cou ! j’aurois dû la quitter depuis mon mariage, mais je me suis dit à moi-même que je la gardois parce qu’elle est bénite .je crois bien pourtant que ce ne fut pas pour cela seulement.Cette croix nuiroit à la neuvaine, je dois m'en priver ; la voici, • 4 • 4 je vous la donne, mon père.En disant cela, Zoé de'tacha de son cou la petite croix : l’ermite ne répondit rien, car il pieu-roit.Au bout d’un moment : Non, non, ma chère fille, dit-il, gardez votre croix, il n’y a pas de mal à cela ; elle est bénite, gardez-la, portez-la toujours ; je le veux.Je dirai la neuvaine, et je vais aller voir votre mari ; mais pendant tout le teins que je |e soignerai, je vous détends d’être auprès de lui; je veux être L'ABEILLE CANADIENNE 40# &eu! avec le malade ; ni vous, ni votre père1,J'tic paroi Irez dnr.i N A - * » * • • .* * < , , t -t la maison tant que j’v serai.Et d’oillems ne revenez pas ici, ne me parlez plus si vous me rencontrez ; car ic* ne veux rien > .* .« ,' » < , 1 \ avoir de commun avec les femmes, puisque même la meilleure • * j # , € J • est trompeuse.Allez, Zoé, dans deux heures je serai chez vous.—Zoé s’en retourna toute joyeuse ; elle dit à Robin que Termite • 91 % ‘ * #r * • t « .î * S* • *¦ avoit un frère à vingt lieues d’ici, qui mourut; Robin voulut aller * ¦ • .• # % •* ; lui-même receniliir son héritage : arrivé dans la ville, il tomba # • l • • # ; # • • • t malade; il n’y avoit pas la d’ermite pour dire des neuvaines, le ,r • • • t , bun vieux Robin mourut.Quand la nouvelle en \int dans le vil- 9,9 • bge, Zoé en fut aussi chagrine que . * avare de ce qu’il avoit, commençoit à se retirer dans la solitude pour manger le morceau de pain que son industrie lui avoit procuré.Nos chevaux également soufiroient beaucoup ; de la mau-vabe paille, arrachée de la toiture des maisons, étoit leur unique XI nourriture.Aussi la mortalité de ces animaux succombant a la 0 fatigue, obligeoit l’artillerie de renoncer â ses équipages, et chaque jour redoubloit d une manière effrayante la détonnation des caissons que l’on faisoit sauter.Le jour suivant nous repassâmes la Prolva audessous de Ve- JANVIER IS 15.42‘?J reïa.Celte ville Imïloit au moment de notre passage, et les flammes dévorantes, s'élevant en tourbillons, dans un instant la réduisirent en cendres: cité d'autant plus malheureuse qu’étant bora de la grande route, elle put se flatter un instant d'avoir échappé aux maux qui l’entouroient ; car, à l’exception du combat livré entre les Russes et les l’olonois, elle avoit faiblement ressenti les horreurs de la guerre : ses champs et ses jardins bien cultivés étoient couvert» de légumes de toute espèce qui, dans un instant, furent enlevés par nos soldats affamés.Le troisième corps ayant quitté Mojaïsk continua sa route et marcha en tète, La jeune garde, laissée à Moskou, nous rejoignit par le chemin de Fominskoé.Ce dernier corps emme-noit avec lui le trésor, l’intendance, et quantité de bagages.—* C’est à Vereïa qu’on présenta à l’Empereur le gérerai Wïnzin-gerode et son aide-de-camp, faits prisonniers dans Moskou par je duc de Trévise.Napoléon le*teçut fort mal, et le traita, d’une manière très-dure, dui disant qu’étant né Wurleinbcrgcois, il le feroit juger par une commission militaire, comme sujet re-belle de la confédération du Rhin.Heureusement pour ce général, il fut repris aux environs de Minsk, par Je colonel Czer-nichew, qui, comme nous ie verrons par la suite, avec un nombreux détachement de kosaques, alloit à Tschachniki, annoncer au comte Wittgenstein le mouvement que faisoit l’amiral Tschi-chagow pour se réunir à lui, afin de nous couper la retraite sur les bords de la Ëérézina.On alla coucher dans un mauvais village, dont on ne pût jamais savoir le nom ; mais nous soupçonnâmes que c’étoit Mitïa-éva, en apprenant que Ghorodok-Borisov n’étoit qu’à une lieue de là.Ce gîte étoit encore plus mauvais que celui où nous avions couché la veille : la plupart des officiers furent au bivae, situation pénible, car les nuits comrnençoient à être froides, et le manque de bois les rendoit insupportables.Pour s’en procurer, on déinolissoit jusque aux granges où les généraux etoienî établis ; aussi plusieurs d'entre eux, après s’ètre endormis dans de bonnes cabanes, en se réveillant se trouvèrent à la belle é- loile.Napoléon, qui nous précédoit d’une journée, avoit déjà passé Mojaïsk, faisant brûler et détruire tout ce qui se trouvoit sur son passage.Les soldats de sa suite étoient tellement portés à cett* 2 l 4 L’ABEILLE CANADIENNE.dévastation, qu’ils incendioient aussi les lieux où l'on devoil s’arrêter ; cela nous exposoit à de grandes souffrances ; mais notre corps, à son tour, brûlant le peu de maisons qu’on avoit laissées, enlevoit à celui du prince d’Eckimilil, qui faisoit l’arrière-garde, la faculté de trouver un asile, pour se mettre à l’abri de l’inclémence de l’air.Outre cette souffrance, ce même corps avoit encore à lutter contre un ennemi acharné qui, en apprenant notre retraite, accouroit de tous côtés pour satifaire sa vengeance.Le canon qu'on entendoit chaque jour, et à des distances très-rap-prochées, nous annouçoit assez qu’il falloit déployer, pour le contenir, de grands et pénibles efforts.Enfin, après avoir traversé Ghorodok-Borisov (20 Octobre,) au milieu d’un vaste embrasement, nous entrâmes une heure après dans une plaine qui nous parut avoir été saccagée depuis quelque temps.On rencontroil de distance en distance des % i cadavres d'hommes et de chevaux.Mais, à la vue de plusieurs re tranche me ns à moitié détruits, et sur-tout à l'aspect d'une ville ruinée, je reconnus les environs de Mojaïsk, où nous avions «autrefois passé en vainqueurs.Les Wcstphaliens et les Polouois carnpoient sur scs décombres ; comme ils aboient les abandonner, ils brûloient les maisons échappées au premier incendie ; il en restoît si peu, qu’on voyoit à peine la lueur des flammes.La seule chose qui pût nous frapper, éloit de voir toutes ces ruines d’où sortoiî une épaisse fumée, et dont la couleur noirâtre con-trasloit avec la blancheur du clocher nouvellement construit.Ce seul bâtiment subsistoil en entier, et l’horloge sonnoit encore les heures lorsque la ville n’existoit plus! L’armée ne passa point par Mojaïsk ; mais en appuyant à gauche, nous arrivâmes sur l’emplacement de Ivrasnoé, où nous avions campé le lendemain de la bataille de la Moskwa : je dis emplacement, car le village avoit disparu, on n'avoit réservé que le château pour Napoléon.Nous Invoquâmes autour de ce château, et je me rappellerai toute ma vie que, transi de froid, on se couchoit avec plaisir sur les cendres chaudes des maison* qui aroient été brûlées la veille.(30 Octobre.) Plus nous approchions et plus la terre étoit en deuil; toutes les campagnes foulées par des milliers de chevaux, sembloient n’avoir jamais été cultivées.Les forets, éclaircies par le long séjour des troupes, se ressentoient aussi de cette af* JANVIER 1819.4*7 ireuse dévastation ; mais rien n’étoit horrible à roir comme la multitude des morts qui, depuis cinquante deux jours, privés de sépulture, conservoient à peine une forme humaine.Auprès de Borodino, ma consternation fut à son comble, sur-tout en retrouvant à la même place les vingt mille hommes qui s’étoient égorgés, et dont la gelée avoit arrêté l’entière dissolution ; la plaine en étoit couverte : de toutes parts ce n’étoit que carcasses de chevaux ou cadavres à demi-euterrés : là étoient des habits teints de sang, et des ossemens rongés par les chiens et les oiseaux de proie ; ici des débris d’armes, de tambours, de casques et de cuirasses; on y trouvoit également des lambeaux d’étendards; mais, aux emblèmes dont ils étoient couverts, on pouvoit juger combien l’aigle moskowite avoit souffert dans cette sanglante journée, Nos soldats, en parcourant le théâtre de leurs exploits, montraient avec orgueil les lieux où leurs régimens s’étoient battus, et presque tous rappeloient à chaque pas différens traits de valeur propres à flatter notre esprit national.D’un côté, ils faisoient remarquer les restes de la cabane où Kutusoff avoit campé; plus loin, sur la gauche, la fameuse redoute; .elle dominoit toute la plaine, et, semblable à une pyramide, s’élevoit au milieu d’un désert.En songeant à ce qu’elle avoit été et à ce qu'elle étoit alors, je crus voir le Vésuve en repos.Mais ayant aperçu au 5ommet un militaire, dans le lointain, sa figure immobile me fit l’effet d’une statue.“ Ah ! si jamais on veut en élever une au “ démon de la guerre, (n’écriai-je, c’est sur ce piédestal qu’il “ faut la lui dresser.” Pendant qu’on traversoit ce champ de bataille, nous entendîmes de loin un malheureux qui appeloit à son secours.Touchés parses cris plaintifs,, plusieurs s’approchèrent, et, à leur grand étonnement, virent étendu par terre un soldat français ayant les deux jambes fracturées, “J’ai été blessé, dit-il, le “ lourde la grande bataille, et me trouvant dans un endroit écarté, “ personne n’a pu venir à mon secours.Durant près de deux “ mois, ajouta cet infortuné, me traînant aux bords d’un ruisseau* “j’ai vécu d’herbages, de racines, et de quelques morçeaux de “ pain trouvés sur des cadavres.La nuit, je me couchois dans le ventre des chevaux morts, et les chairs de ces animaux ont « t .0 ,«,» « ^ 1 (• ^ 0.' * • i * “ pansé ma blessure aussi bien que les meilleurs médicamens 4Î8 L’ABEILLE CANADIENNE.“ Aujourd’hui, vous ayant vus de loin, j’ai recueilli toutes rnea “ forces, et me suis avancé assez près de la route, pour que ma “ voix fut entendue.” Etonné d’un pareil prodige, chacun en ténrioignoit sa surprise, lorsqu’un général, informé de cette particularité aussi singulière que touchante, fit placer dans sa voiture le malheureux qui en étoit l’objet.Ah! combien ma relation seroit longue, s’il fallait raconter toutes les calamités qu’engendra cette guerre abominable ; mais, si je voulois d’un seul trait faire juger de tous les autres, je.parlerais de ces trois mille prisonniers amenés de Moslem.Pendant la inarche, n’ayant rien à leur donner, on les parquoit comme des bestiaux ; là, sous aucun prétexte, ils ne pouvoient s’éloigner de l’étroite enceinte qu’on leur avait assignée.Sans feu, et mourant de froid, ils couchoient sur la glace ; et pour assouvir leur faim dévorante, ils se jetoient avec avidité sur la viande de cheval qu’on leur distribuoit; faute de temps et de moyens pour la faire cuire, ils la mangeoient toute crue; on assure, mais je n’ose le croire, que lorsque ces distribulions vinrent à manquer, plusieurs de ces prisonniers mangèrent la chah de leurs camarades qui venoient d’expirer'à force de misère.Nous repassâmes la Kologlia avec autant de précipitation que nous en avions mis à la traverser, lorsque nous étions guidés par la victoire ; la rampe qui conduisoit à la rivière étoit si rapide, et la terre gelée si glissante, que les hommes et les chevaux tom-boient tous à la fois les uns sur les autres.Heureux si de pareils passages, souvent multipliés, n’eussent pas été plus dangereux que celui-ci ! Nous revîmes aussi l’abbaye deKolotskoï ; depuis la guerre, dépouillée de sa splendeur, et n’ayant autour d’elle que des maisons consumées, elle resseinbloit plutôt à un hôpital qu’à un couvent ; car, depuis Moskou, c’étoit la seule maison qui n’edt pas été détruite : aussi tous les malades et blessés vouloient mourir dans cet asile.1 • Le quatrième corps allant toujours en avant, ne s’étoit arreté qu'à un méchant hameau situé à une dcmidicuc à droite de la « » route, entre celte abbaye et Prokofévo.De tous les gîtes que # • .« i / • nous avions eus jusqu’alors, celui-ci fut lé plus insupportable.Ce hameau n’avoil que de misérables hangars, dont on avoit enlevé la toiture en paille pour la donner aux chevaux : cependant * I ce fut là que reposa le prince avec toute sa suite. JANVIER 1819.4*9 Le lendemain (31 Octobre), nous en paitîmes de bonne heure ; arrivés à la haulcur de Prokofévo, nous entendîmes tirer le ca-non si près do nous, que le vice-roi, dans la crainte rpie le prince d’Eckmiil n’eût été enfoncé, s’arrêta sur une hauteur, et fit ran-ger ses troupes en bataille pour lui prêter secours.Depuis quelques jours l’Empereur se plaignoit de la lenteur avec laquelle mareboit le premier corps, et blâmoitle système de retraite par échelons qu’avoit adopté son chef, disant qu’il avoit fait perdre trois jours de marche, et, par là, facilité à l’avant-garde de Milloradowitch les moyens de nous atteindre, Enfin, on a!Ié-guoit conire lui qu’on doit passer rapidement dans les pays où il n’y a pas de quoi vivre.Pour la justification de ce maréchal, envers qui le malheur nous rendoit injustes, je dois observer qu’une retraite trop halée eût redoublé l'audace de nos ennemis, qui, forts en cavalerie légère, pouvoient toujours nous rejoindre, et tailler c»n pièces l’arrière-garde, si elle eût refusé le combat.D'ailleurs ce grand capitaine, dans des temps heureux, avoit assez prouvé qu’on devoit se reposer sur ses talens ; d’autant plus que dans celte circonstance il avoit pour lui cet axiome de guerre : Que plus une retraite est précipitée, plus clic devient fatale, en ce que le découragement (pii s’ensuit est plus funeste encore que tous les maux physiques.Le vicc-roi avoit fait ses dispositions sur les hauteurs de Prokofévo, pour secourir le prince d’Eckmühl ; s'étant convaincu que ce MaœchaPn’auroit point ce jour-là d’affaires sérieuses, il continua sa marche vers Ghiat, ayant soin d’ordonner à ses divisions de marcher dans le plus grand ordre, et de s’arrêter toutes les fois que le premier corps pourroit avoir besoin de son secours.En cette circonstance, on ne sauroit trop louer les vertus du prince Eugène, qui, pendant la retraite, non-seulement voulut toujours être un des derniers de sa colonne, mais encore bivaqner à une lieue endeçà de Ghiat, pour être prêt à repousser plus promptement les attaques do l’ennemi.Ce trivac fit passer au vice-roi, et à tous ceux qui Paccompa-gnoient, la nuit la plus cruelle et la plus longue qu’on eût encore endurée.On étoit sur un tertre auprès de l’endroit où sc trou-voit jadis le petit village d'Ivachkova: pas une seule maison n’existoit ; depuis long-temps on les avoit brûlées.Pour comble de disgrace, il faiioit un vent affreux, et la nature, eu privant 430 1/ABEILLE CANADIENNE.de bois cet emplacement, semblo/t lui avoir refusé l’unique tes-source qui puisse adoucir l’âpreté du climat de la Russie.Quoique nos maux fussent extrêmes, néanmoins les âmes généreuses n’éloient point insensibles à ceux qu’éprouvoient nos ennemis : aussi dès le matin, en approchant de Ghiat, nous fûmes saisis d’un serrement de cœur en voyant que cette ville avoit existé ; on avoit beau la chercher, on ne la trouvoit plus, et si ce n’eut été les débris de quelques maisons en pierre qu’on rencontroit de distance en distance, on se seroit cru sur remplacement d’une forêt incendiée.Jamais la fureur et la barbarie ne poussèrent plus loin leurs ravages : Ghiat, tout construit en bois, disparut dans une journée, ne laissant que des regrets, aux uns sur la chute de son industrie, aux autres sur la perte de ses richesses ; • • car cette ville pouvoit être comptée pour une dns plus commerçantes et des plus florissantes de la Russie.On y fabriquoit des cuirs, des toiles, et quantité de goudrons et de cordages des-1inés pour la marine angloise.Le temps, qui étoit très-froid pendant la nuit, étoit superbe durant la journée : aussi nos troupes, quoique bien fatiguées par les souffrances que donnoient les privations de tonte espèce, néanmoins conscrvoient une grande ardeur, persuadées que l'abattement seroit le principe de leur ruine.Depuis plusieurs jours elles n’avoient pour subsister que la viande des chevaux ; à cette époque les vivres étoient devenus si rares, que le* généraux mêmes commencèrent à manger de ces animaux: leur mortalité fut regardée comme un bonheur dans une pareille circonstance ; car, sans cette ressource, le soldat auroit beaucoup plutôt ressenti les horreurs de la faim.(1er.Novembre.) Les kosaques, dont on redoutoit rapproche, ne tardèrent pas à réaliser nos craintes.Cependant, comme on ne les avoit point encore vus, le soldat marchoit avec sa confiance accoutumée, et les bagages, foiblement escortés, étoient si nombreux, qu’ils formoient plusieurs convois, allant à quelque distance l’un de l’autre.Auprès du village détruit de Czarevo-Saïmiché, étoit une chaussée en terre d’environ cinq cents pas de long, où passoit le grand chemin ; nos équipages et l’artillerie l’avoicnt à tel point dégradée, qu’elle n’étoit plus praticable, et, pour continuer la route, il falloit descendre dans une prairie marécageuse, coupée par un large ruisseau.Les pre- JANVIF.il I fc 19.4$i lïiiers le traversèrent aisément à la faveur des glaces ; mais à force d'y passer, elles se rompirent, et il fallut alors s'exposera franchir ce ruisseau, ou bien attendre (pie de mauvais ponts, construits à la hâte, fussent achevés.Pendant que la tête de la colonne étoit arrêtée, il arrivoit continuellement de nouvelles voitures ; ainsi, artillerie, carosses et charrettes de vivandiers, tout étoit éparpillé sur la route, tandis que les conducteurs, selon leur coutume, profitaient de ce moment de repos pour allumer des feux, et réchauffer leurs membres engourdis par le froid.On • ' •• •* étoit dans cette sécurité, lorsque tout-à-coup les kosaques, poussant des cris affreux, sortirent d’un bois épais qui se trouvoit à notre gauche, et fondirent sur tous ces malheureux : à cette vue, chacun, poussé par la crainte, agit selon sa première impulsion; les uns se réfugient dans les bois ; les autres, courant à leurs chevaux, les frappent avec violence, et, sans savoir où ils vont, se dispersent dans la plaine ; mais ceux-là furent les plus à plaindre, les ruisseaux, les marais, enfin tous lesaccidensdu terrain, ne tardèrent pas à les arrêter, et à offrir aux ennemis qui les poursuivaient une capture facile.Les plus heureux furent ceux qui, à la faveur du grand nombre de voitures, se retranchèrent derrière elles, et attendirent leur délivrance, qui arriva promptement ; car, sitôt que les kosaques virent venir l’infauterie, il» se retirèrent, n’ayant fait d’autre mal que de Ldesser des traînards et de piller quelques fourgons.Depuis lors, ceux à (pii l’on avoit laissé le soin d’escorter ou de conduire les bagages, profitoient du désordre qu’exciioit la présence des kosaques, pour s’approprier ce qui leur avoit été confié, Aussi le vol et la mauvaise foi se répandirent dans l’armée, et parvinrent à un tel degré d’impudence, qu’on n'étoit guère plus en sûreté au milieu des siens qu’on ne l’auroit été avec les ennemis.Quiconque convoitoit le bien d’autrui, à la faveur d’une alerte, s’en emparoit; et beaucoup, encouragés parmi moyeu si facile, se procurèrent des occasions plus fréquentes de voler, en répandant de fausses alarmes et en criant eux-mêmes, hour a! hour a ! Lorsque les équipages furent attaqués, la garde royale venoil de franchir le défilé de Czarevo-Saïmiché : -'ms-éiA?~î! uuoanvi v.i i v, l’ordre de s’arrêter: tandis qu’elle faisoit halte, on voyoit sur noire gauche, cl à deux cents pas de nous, des kosaques venir 43* L’A B EI LL E CANADIE N N E.nous observer ; souvent ils déchargeaient sur nous leurs armes à t s.» feu, puis ils s’enfonçoicnt dans les bois : on dit même que plusieurs traversèrent la route en profitant d’un intervalle que laissoit notre longue colonne.Ces bravades, exercées avec suc-cès envers nos domestiques, ne produisirent aucun efïet toutes les fois qu’elles furent tentées contre des troupes armées.Aussi, quoique la garde royale vit le.i Tartares roder sur ses flancs, elle ne pressa point son mouvement, - et s’arrêta auprès d’une foret voisine de Vélitschcvo ; les autres divisions campèrent autour du vice-roi, qui restoit constamment en arrière depuis que les Russes sembloient vouloir inquiéter notre retraite.# .(2 Novembre.) Trois heures avant le jour, nous abandonnâmes cette position.Notre marche nocturne avoit quelque chose d’effrayant: la nuit étoit d’une obscurité affreuse, et chacun de nous, dans la crainte de se heurter contre son voisin, n’alloit 9 qu’en tâtonnant et avec une lenteur qui permeltoit de donner libre cours à nos tristes pensées.Malgré nos précautions, beaucoup tomboient dans les fossés qui cncaissoienl la route, d’autres rouloient dans les ravins dont cette même route étoit coupée; enfin, nous désirions le jour avec la plus vive impatience, espérant que sa douce clarté, rendant notre marche plus facile, nous mettroit en état de prévenir les embûches d’un ennemi qui, par l’entière connoissance du terrain, étoit pleinement favorisé dans toutes ses manœuvres.Nous avions en effet la certitude d’etre bientôt attaqués.Ceux à qui la topographie étoit connue redoutoient la position de Vi-nzma, parce qu’ils savoient qu’auprès de cette ville étoit l’embranchement de la route venant de Médouiu et de loukhnow, qu’une partie de l’armée russe avoit suivie après le combat de Malo-Jaroslavetz, et de beaucoup plus courte que la nôtre ; aussi ceux-là regardaient les kosaques qui avaient paru la veille comme l’avant-garde de la nombreuse cavalerie commandée par Platow, et des deux divisions du général Milloradowilch, qui dévoient déboucher auprès de Viazma.Nos éclaireurs et les équipages du vice-roi n’éloient qu’à une lieue de cette ville, et rien ne signaloil encoie la présence de l'ennemi.Le prince, selon sa coutume, étoit d’arrière-garde, avec le premier et le cinquième corps ; l’éloignement des deux extrémités de sa colonne pouvant compromettre la sûreté île son JANVIER 1819.433 t.t AÎ';r*ee, il envoya l’ordre aux troupes qui étoient en avant de s'arrêter.Uans cet intervalle arriva de Viazma le chef d’escadron Labédoyère.Au récit des dangers qu’avoit courus cet officier, nous ne doutâmes plus qu'il faudrait le lendemain se faire jour par la force des armes.Le vice-roi s’arrêta à Fœdérovskoé, quoiqu’il fût attendu à Viazma: auprès de lui campoicnt ses divisions; à sa droite, faisant face à l'ennemi, étoit le corps des Polonois, et un peu en avant, les divisions du premier corps qui, quoique d’arrière-garde, touchoient presqu’aüx nôtres, tant elles etoient vivement pressées ; et ce fut pour les appuyer que Je prince Eugène retarda sa marche.(3 Novembre.) Le jour suivant, vers les six heures dü matin, nos divisions se mirent en mouvement.On approchoit de t Viazma, et déjà les équipages de notre corps étoient entrés dans cette ville, quand les kosaques signalèrent leur présence en attaquant, tout près de là, quelques voitures campées autour d’une petite église : l’arrivée de nos troupes les eut bientôt dissipés; mais lorsque ces mêmes troupes voulurent continuer leur route, la première brigade de la treizième division, commandée par le général Nagle, qui foririoit notre arrière garde, fut attaquée sur son flanc gauche à une lieue et demie de Viazma ; plusieurs escadrons de cavalerie russe qui débouchoient précisément par l’endroit qu’on avoit redouté, .se jetèrent dans le court espace qui séparait le quatrième corps du premier.Le vice-roi sentant le danger de sa position, fît faire halte à ses divisions, et donna l’ordre à l’artillerifc de revenir, afin que des batteries bien dirigées pussent contenir l’ennemi, dont toutes les manœuvres ten- • # doieut à nous couper la retraite en s’emparant de Viazma.A mesure que ces divisions-faisoient diverses évolutions propres à renverser le plan des Russes, elles étoient suivies par celles du premier corps; dans cette occasion nous remarquâmes avec douleur que cos troupes, sans doute excédées par des souf- I frances inouïes et des combats continuels, avoient perdu cette belle tenue qui, jusqu’alors, nous les faisoiî admirer.Les soldats observoient peu de discipline, et la plupart, blessés dans Jifl’érens combats, ou malades par la diète et la fatigue, grossis-soient la foule des traînards.Notre corps soutint d’abord à lui seul, non^seuletnenl le choc 2 M 434 L’ABEILLE CANADIENNE.d'une nombreuse cavalerie, mais encore les efforts réitérés d’une division d’infanterie russe, forte de plus de douze mille hommes.Pendant ce temps, le premier corps ayant défilé sur nos derrières à droite de la roule, vint ensuite prendre position sur la gauche de cette même route, entre Viaztna et le point d’attaque, et c’est là qu’il remplaça les troupes du quatrième corps que le vice-roi avoit mises en bataille dès le principe de l’affaire.— Celles-ci occupèrent alors les positions qui se Irouvoient en deçà de la ville, pour accepter, conjointement avec le premier corps, le combat que les Russes sembloient nous présenter.La quatorzième division, qui étoit en avant de la treizième, laissa passer cette dernière, et la releva pour faire l’arrière-gardc.La quinzième, qui suivoit la quatorzième, resta avec la garde royale auprès de Viazma, où elles demeurèrent toutes deux en réserve.Cet ordre de bataille étant ainsi réglé, l’infanterie ennemie s'avance, et l’action s’engage avec beaucoup de vivacité, mais avec une grande supériorité d’artillerie du côté des Russes -car le mauvais état de nos chevaux ne nous pennettoit pas de faire manœuvrer nos pièces avec la môme promptitude.Ce fut dans cette affaire que le colonel Banco, aide-de-camp du vice-roi, commandant le second régiment de chasseurs à cheval italien, eut la tête emportée d’un boulet de canon.Nos troupes, malgré leur infériorité sous plusieurs rapports, gardèrent leurs positions tout le temps qui nous étoft nécessaire pour faire filer nos bagages.Tandis qu’ils traversoient dans le plus grand ordre la ville de Viazma, une partie de la cavalerie ennemie cherchoit à déborder nos deux ailes ; celle qui, pendant noire retraite, s’avançoit' vers notre droite, fut arrêtée par un-gros corps d’infanterie qui marclioit avec du canon sur le sommet d’un plateau ; celle de gauche fut également arrêtée par la cavalerie bavaroise qu’on lui opposa, cl par de nombreux pelotons de tirailleurs embusqués d'aii3 les broussailles dont ce champ de bataille étoit couvert.Cette manœuvre des Russes répandit la- consternation parmi ceux que la foiblessse du corps ou le manque de vivres avoit forcés de sortir de leur rang pour marcher à volonté ; celle classe étoit considérable, sur-tout parmi la cavalerie, qui étoit presque toute démontée.Ces hommes isolés, devenus plus qu’inutiles, et même dangereux dans une pareille circonstance, non-seule- JANVIER 1813.435 ment gênoient les manœuvres, mais encore portoient par-tout l'alarme et le désordre, en fuyant «avec précipitation devant un ennemi que la misère leur rendoit redoutable ; situation d'autant plus critique pour nous, que les kosaques, voyant fuir ces masses foibles et sans armes, redoubloienl d’ardeur et de courage, croyant avec vraisemblance que ces colonnes de fuyards étoienl des colonnes arméc3.Heureusement le grand ravin situé sur la gauebe de notre roule, et sur-tout la belle position qu'occupoil le duc d’Elchingen, arrêtèrent les efforts des Russes, qui, dans cette circonstance, nous avoient amenés aune situation critique.Ainsi cc maréchal, laissé en position depuis la veille près de Viazma pour attendre le passage du premier corps, et le relever d’arrière-garde, eut la gloire de nous avoir tirés, par sa seule présence, du plus grand péril qui jusqu’alors se fût présenté.Durant toute l'action il y assista de sa personne, et long-temps marcha avec le vice-roi et le prince d’Eckmühl pour conférer avec ,eux sur les dispositions qu’on devoit prendre.II étoit près de quatre heures après-midi lorsque notre corps traversa Viazma.En sortant de la ville nous vîmes campé vers notre gauche et sur un plateau, cc troisième corps à qui nous devions de la reconnoissance pour avoir si bien gardé cette importante position; la ténacité avec laquelle il la défendit, rendit impuissante l’obstination que l’ennemi metloit à l’enlever ; et cette bravoure «à laquelle on ne sauroit trop rendre justice, contribua beaucoup à sauver les premier, cinquième et quatrième corps, facilitant à cc dernier les moyens de se retirer derrière la rivière de Viazma où le prince chercha à réparer le mal qu’avoit pu lui faire un combat malheureux, mais honorable, et soutenu dans des circonstances où les combinaisons les plus habiles nepouvoi-ent avoir aucune heureuse issue.En traversant la foret qui se trouve au-dessous du plateau de Viazma, nous rencontrâmes un convoi de malades parti de Mos-kou avant nous.Ces infortunés, depuis quelques jours pri vés de tout secours, bivaquoient dans cette foret, qui leur servit d’hôpital et de tombeau; car la difficulté de faire aller les chevaux força les conducteurs «à tout abandonner.Nous campâmes près de là, (it aux approches de la nuit on lit un grand feu sur le revers d’une colline couverte de broussailles.La garde royale étoit autour I 436 L’ABEILLE CANADIENNE.s du bivac du prince, tandis que les treizième et quatorzième divisions furent placées sur nos lianes.La quinzième division, quoique considérablement aflbiblic, furmoil noire arrière-garde.De celte colline on voyoil le ciel tout en feu; c’etoient le maisons de Viaztna échappées au premier incendie, et que nous livrions aux flammes en nous retirant.Le troisième corps, »|u< conservoit toujours sa position pour protéger sa retraite, quoique séparé des Russes par un ruisseau et de profonds ravins, sem-bloit cire fréquemment attaqué.Dans le silence de la nuit nous étions souvent réveillés par des coups de canon qui, tirés à travers d’épaisses forets, éclatoient d’une manière horrible ; ce bruit inattendu, répété par les échos de la vallée, se prolongeoit eu longs mugissemens, lorsque nos sens fatigué» commençoient à goûter le repos, et, à chaque instant, nous forçoit de courir aux armes, par la crainte où nous étions que l’ennemi, voisin de nous, ne s’avançât pour nous surprendre.(4 Novembre.) C’est pourquoi vers une heure du matin, le vice-roi jugea prudent de profiter de l’obscurité de la nuit pour effectuer sa retraite, et obtenir ainsi quelques heures d’avance sur les Russes, qu’on ne pouvoit combattre, puisque la faim ne nous permettoit pas de nous arrêter dans des campagnes désertes.Nous marchions à tâtons sur la grande route, entièrement couverte de bagages et d’artillerie ; les hommes et les chevaux exténués de lassitude sc traînoient à peine, et à mesure que ces derniers venoienl «à tomber, les soldats se les partageoient entre eux, et alloient faire griller sur des charbons ardens cette viande, qui depuis quelques jours étoit leur unique nourriture, Beaucoup, souffrant plus encore par le froid que par la faim, aban-donnoiont leurs équipages pour venir se coucher auprès d’un grand feu qu'ils avoient allumé.Mais au moment du départ, ccs malheureux n’avoient plus la force de sc relever, et préfé-roient tomber entre les mains de l’ennemi, plutôt que d’essayci à continuer leur route.Il y avoit long-temps qu’il faisoit grand jour, lorsque nous arrivâmes devant le village de Polianovo, auprès duquel passoit la petite rivière d’Osma.Le pont étoit très-étroit et fort mauvais; la foule pour le traverser étoit immense, et comme chacun se pressoit d’arriver, le vice-roi chargea des officiers d’état-majof d’interposer leur autorité, afin de mainterjr l’ordre dans ce pas- JANVIER 1319.487 iügxï ditïicile : lui-rnéine ne dédaigna point de s’y arrêter, et de prendre toutes les précautions nécessaires pour faciliter les convois d'artillerie, au milieu de la cohue des équipages qui se pres-soient d’entrer dans ce défilé.L’Empereur qui alloit en avant de nous, à une journée de distance, ayant appris que nous étions attaqués, s’arrêta entre Jalkow Postoja-Dvor et Doroghobouï ; mais lorsqu’il sut que nous avions forcé le passage, il continua sa marche et se dirigea vers cette dernière ville.Au-dessous du bourg de Semlevo passe une autre branche de ia rivière d’Osma, beaucoup plus considérable que la première ; néanmoins les troupes ne furent point retardées ; elles profitèrent d’un pont large et solide, pour franchir une position dont l’ennemi auroit pu retirer de grands avantages s’il avoit pu s’en emparer.Vers la fin do la journée, on avoit fait le logement du prince dans une petite chapelle située endeçà d’un grand ruisseau marécageux.On otoit à peine établi aux environs de cette chapelle, que des domestiques étant allés fourrager, lurent attaqués par les kosaques, et revinrent avec précipitation ; les uns a-voient perdu leurs chevaux, leurs habits ; d’autres étoient tout mutilés par les coups de sabre et de lance qu'ils avoient reçus.11 fallut alors songer à s’éloigner ; et à mesure que les équipages du vice-roi évacuoient cette position, on voyoit des cavaliers ennemis s’avancer vers nous.C’est danseelte circons- • « tance qu’on sentit combien, dans une retraite, il est essentiel l’assurer le passage des rivières.Celle-ci, quoique très-petite, ;toit à peine guéablc, et n’avoit point de pont : pour la traverser, hommes, chevaux et voitures, se jetoient à l’eau ; situation d’autant plus pénible, que les Russes profilant de notre détresse, commençoient à harceler la queue de notre colonne, et repan-doient la consternation parmi cette foule immense qui, restée jur l’antre rive, se voyoit anètée par un ruisseau large, profond, i • à moitié gelé, et entouré de marais.Pendant ce temps, elle enteudoil voler sur sa tête les boulets que l'ennemi lançoit sur nous.Malgré cela ce passage n’eut rien de bien funeste; la nuit approchoit, et les kosaques, craignant de sc compromettre, cessèrent leurs attaques : aussi nous ne perdîmes que quelques voitures, qu’on fut forcé de laisser au milieu de l’eau.Cet obstacle étant surmonté, on entra dans une forêt : à son t • ' extrémité, vers la gauche, étoit un grand château en bois deimis 433 ' L'ABEILLE CANADIENNE.long-temps saccagé, voisin du village de Rouibki : c’est là qu’ort s’établit.Nous n'avions d’autre viande que du cheval ; mais il rcstoit encore sur une voiture de l’état-major un peu de farine apportée de Moskou ; pour mieux l’économiser, on en faisoit de la bouillie, et l’on végloit à chaque ofhcier le nombre de cuillerées qu’il en devoit manger.Quant à nos chevaux on étoit Bien content de pouvoir leur donner de la paille qui, lors de notre premier passage, avoit servi de litière.(5 Novembre.) De très grand matin nous partîmes, et, sans rencontre fâcheuse de l’ennemi, nous arrivâmes d’assez bonne heure dans un grand village, dont quelques maisons avoient été épargnées ; il y en avoit une qui étoit eu pierre et assez grande : c’est par la Maison en pierre que depuis nous signalâmes ce village ; car sachant rarement le nom des endroits où nous passions, on étoit dans la coutume de les désigner par ce qu’ils pouvoient .avoir de plus caractéristique, soit par la configuration, soit p^r les maux qu’on y avoit endurés.On ne parloit point de ceux où l’on avoit souffert la faim, puisque cette calamité étoit commune ?.tous les villages où nous passions.Jusqu’à ce jour chacun supportoit ses maux avec calme et résignation, dans la pensée flatteuse qu’ils nlloicnt bientôt cesser.En partant de Moskou, on avoit envisagé Smolensk comme devant être le terme de notre retraite, et le lieu où l’on se réunirait % # aux corps laissés sur le Dniéper et la Dwina, prenant pour ligne ces deux fleuves, et pour quartier d’hiver la Lithuanie.On disoit aussi que Smolensk abondoit en provisions de toutes les espèces, et qu'on y trouverait, pour nous relever de nos travaux, le neuvième corps, composé d’environ vingt-cinq mille hommes de troupes fraîches.Ainsi cette ville étant l’objet de nos plus chères espérances, on brûloit d’y arriver, dans la persuasion qu’auprès des ses murailles cesseraient nos calamités; son nom voloit de bouche en bouche, et chacun le prononcoit de bonne foi à tous les malheureux accablés par la souffrance, comme Tunique et véritable consolation propre à leur faire oublier les misères passées, et leur rendre le courage nécessaire pour supporter les fa-: tigucs qu’il falloit endurer encore.(G Novembre.) Nous marchions vers Smolensk avec une ardeur qui rcdoubloit nos forces: nous touchions presqu’à Dorogh-oboui, qui n'en est éloigné que de vinel lieues, et la seule pensée JANVIER '1819.432 tYy arriver dans trois jours exciloit en nos cœurs une ivresse gé-fiera le, lorsque tout à coup Tattaosplière qui jusqu’alors avoit été si brillante s’enveloppa de vapeurs froides et rembrunies.Le soleil, caché sous d’épais nuages, disparut à nos yeux, et la neige, tombant à gros flocons, dans un instant obscurcit le jour, et confondit la terre avec le firmament.Le rent, soufflant avec furie, fcmplissoit les forêts du bruit de ses affreux sifflemens, et faisoit courber contre terre les noirs sapins surchargés de glaçons; enfin.la campagne entière ne formoit plus qu’une surface blanche % é * r .y* t f et sauvage.Au milieu de cette sombre horreur le soldat, accablé par la neige et le vent nui vefioient sur lui en forme de tourbillon, ne distinguât plus la grande roule des fossés, et souvent s’enfonçoit dans ces derniers, qui lui servoient de tombeau.Les autres, pressés d’arriver, se traînant à peine, mal chaussés, mal vêtus, n’ayant rien à manger, rien à boire, gémissoient en grelottant, et ne donnoient aucun secours ni marque de pitié à ceux qui, tombés en défaillance, expiroient autotir d’eux.Ab ! combien de ces infortunés qui, mourant d’inanition, luttoient d’une manière terrible contre les angoisses de la mort ! On entendoit les ans faire de touchans adieux à leurs frères, à leurs camarades ; d’autres, en poussant le dernier soupir,'prononçoient le nom de leur mère et du pays qui les vit naître : bientôt la rigueur du froid saisissoit leurs membres engourdis, se glissoit jusque dans leurs entrailles.Etendus sur les chemins, on ne les distinguoit plus qu’aux tas de neige qui recouvrorent leurs cadavres, et qui, sur toute la route, formoient des ondulations semblables à celles des cimetières.Enfin, des nuées de corbeaux abandonnant la plaine pour sc réfugier dans les forêts voisines, en passant sur nos têtes, poussoient des cris sinistres, et des troupeaux de chiens venus de Moskou, ne vivant que de nos débris ensanglantés, venoient hurler autour de nous, comme pour hâter le moment où nous devions leur servir de pâture.Dès ce jour l’armée perdit sa force et son attitude militaire.Le soldat n’obéit plus à ses officiers, et l’officier s’éloigna de son général ; les régimens débandés marchoient à volonté ; cherchant pour vivre, ils se répandoient dans la plaine, brûlant et saccageant tout ce qu’ils roncontroient.Bienlôt ces détache-mens séparés de nous étoient assaillis par les restes d’une poptv- L’ABEILLE CANADIENNE.440 lation armée pour venger les horreurs dont elle avoit été la vie* time ; et les kosaques, venant au secours des paysans, ramenoi-ent sur la fatale grande route, le reste des traînards échappés au carnage qu'ils en avoient fait.Telle étoit la situation de l'armée, lorsque nous arrivâmes à Doroghobouï.Cette ville, quoique petite, eut dans notre détresse ¦ rendu la vie à bien des malheureux, si la colère de Napoléon ne • • i’avoit aveuglé au point de lui faire oublier que scs soldats se-roient les premiers à souffrir de la dévastation que lui-meme ordonna.Doroghobouï avoit été brûlé, ses magasins pillés, et * 1 j l'eau-dc-vic dont ils abondoient couloit dans les rues, pendant que le reste de l'armée mouroit faute de boissons spiritueuses.Le peu de maisons conservées furent occupées exclusivement par un petit nombre de généraux et d’officiers.Les soldats armés qui restoient encore, devant faire face à l’ennemi, étoient exposés à toutes les rigueurs de la saison, tandis que les autres, éloignés de leurs corps, se voyaient repoussés de par-tout, et ne trouvoient pas même place au milieu des bivacs.Qu’on se figure alors la situation de tous ccs malheureux: tourmentés par la faim, ils couraient auprès d'un cheval aussitôt qu’il étoit tombé,-et, comme des chiens affamés, ils s’en disputoient les lambeaux : excédés par le sommeil et les longues marches, ils n’a-9 » perccvoient que de la neige, et autour d’eux pas un seul point où l’on put s’asseoir ni se reposer; transis de froid, iis erraient de tous côtés pour avoir du bois ; la neige l’avoit fait disparaître, et s’ils en trouvoient, iis ne savoient sur quel point l’allumer ; à peine le feu commençoit-il à prendre, que la violence du vent et l’atmosphère humide délruisoient le fruit de leurs fatigues, et leur unique consolation dans ce malheur ex trême.Aussi tous les hommes demeuraient serrés comme des bestiaux, se couchoient au pied des bouleaux, des sapins, ou sous des voilures ; il y en avoit qui arrachoient des arbres; d’autres, de vive force, brô-îoient les maisons où les officiers étoient logés ; et quoique excédés de lassitude, on les voyoit droits, semblables à des spectre.v, ïester immobiles toute la nuit autour de ces immenses bûchers.(â continuer.)
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.