L'Abeille canadienne : journal de littérature et de sciences, 1 janvier 1819, vendredi 15 janvier 1819
t JOURNAL, DE LITTÉRATURE ET DE SCIENCES.J 15 15 Janvier 1819.DUNCAN.; ri,.\ k ODE.* imitation de VAnglais de Miss Sé •U » ____ VAINQUEUR dans les champs du carnage, Maclieth, après un long détour, Sortoit de la forêt sauvage Qui lui cachoit l’astre du jour : Déjà devant lui se présente La tour antique et menaçante Qu’habitoient ses nobles ayeux ; Et Duncan, des rois le modèle, ê Et des.nmis le plus fidèle, I Vu bientôt paraître à ses yeux.O toi, de qui la main repousse Les maux que l’homme doit souffrir, Amitié ! ta voix est plus douce Que le souille errant du zéphyr, Lorsque, succédant aux tempêtes, il remplace enfin sur nos têtes o N ê 42 L’A 1ÎEILLE CAN A D1 EN NE.Les vents enchaînés et surpris, Et que, du sommet des montagnes, '{I arrondit sur nos campagnes jj’ccbarpe brillante d’iris.?\ t' • • « f .X * \ Duncan i lu vois dria les armes U Qui couvrent ton ami vain(|ueur : l’out semble bannir ics alarmes; .> , .-4 • /, Le ciel est pur comme ton cœur.Jj’hivcr sous scs ailes funèbres Cache au loin les froides ténèbres • Dont ce climat sera couvert ; ‘ * i .’ I % O'U N i » , J ! » ni IA f ' > « » One vois-je?«piel signe funeste S’ofïrc à mon œil épouvanté?Hui peut sur la voûte céleste Etendre un voile ensanglanté ?Ah 1 fuis, monarque magnanime! i Duncan ! c’est par les mains du crinio t Ctuc le festin est apprête : Fuis cette demeure perhde ! • j • t » J * O dieux ! le poignard parricide • • i./’¦ 1 • •.! > ”j, Arme les mains de la beauté.•.• i) !' C’en est fait, victime adorée î Tu n’as point écouté ma voix, -r-*! r l * 4- Hi .L’ABEILLE CANADIENNE .‘ .Tu meurs ; et l'Ecosse éplorée A perdu le meilleur des rois.Mais la vengeance inexorable Vient saisir le cœur du coupable ; à 1 Toi-même tu plaindrois fcesruaux ; Sa tête s’égare et s’enflamme: ïi’cnfer est entre dans son arne, Et ses remords sont ses bourreaux.• 1 9 • Cependant un barde sublime, Un chantre inspire par les dieux Immortalise la victime Du forfait le plus odieux.Duncan 1 ton image sanglante, Aux meurtriers toujours présente, Suftiroit seule à les punir ; Et ta mémoire, d’âge en âge, • • Chère au malheur comme au courage.Instruit, et charme l’avenir.H:' ¦ï'e.J$\ ?»» o • * 11 : ESMENAiax LE JEUNE RECONCILIATEUR.Madame Wormes étoit un soir assise auprès du l’eu dans une chétive cabane qui même ne lui appartenoit pas.On étoit au milieu d’Octobre ; il faisoit déjà froid dans cette partie de l’Allemagne ; et madame Wormes voyoit approcher l’hiver avec une extrême inquiétude.Son fils s’en aperccvoit, et cherchoit à la distraire de mille manières.Elevé dans les privations, il s’é-toit de bonne heure accoutumé à réfléchir; et, quoiqu’il n’eut alors que treize ans, il consoloit quelquefois sa mère.Le bon Joseph entretenoit la flamme avec des feuilles mortes que tous les matins il rasscmbloit soigneusement.Madame Wormes avoit la tête apuyée sur ses deux mains, et de temps à autre elle jetoit do tristes regards autour d’elle, tandis que Joseph s’efforçoit de lui faire admirer le pétillement de la flamme passagère.—Bientôt, lui dit-elle, cette flamme ne suffira plus, que ferons-nous alors JANVIER 1811 «J./14.*o i’air entrera de tous côtés; sous ce mauvais toit nous ne sommes pas meme à l’abri de la neige, et un coup de vent pourroit renverser notre maison : si j’avois une petite somme pour y faire les réparations indispensables, et passer l’hiver avec sécurité !.— Vous m’avez quelquefois parlé, maman, d’un oncle fort riche que vous paroissez aimer comme un père ; ne pourvoi t-i 1 pas vous être utile ! li me semble que, si j’avois des parens malheureux, je m’empresserois de les secourir ; mon grand-oncle peut-il être insensible à vofj peines ?—Je le croyois juste et généreux, je m’etois trompée.Mon mariage n’a pu lui déplaire, j’avois demandé son consentement ; et ses réponses s’étoient accordées avec les dernières intentions de mon père.Cependant, lorsque, plus lard, jo me présentai chez mi, on me refusa l’entrée de sa maison avec les expressions les plus dures, les plus offensantes, et j’ai dû croire qu’il cherchoit à se délivrer de tout embarras en m’éloignant de lui.I! y a près de vingt ans que je ne l’ai vu, bien que !c village dont il est le seigneur soit à quatre lieues d’ici ; le baron d’Elnacb ignore toujours que sa nièce infortunée vit aussi près de lui.—Pourquoi n’a-t-il pas connu mon père ?iî î’auroit aimé sans doute.Mais, ma chère maman, vous ne m'a- \ 7 1 * ' 7 vez jamais appris les particularités do votre vie; peut-être y trouverons-nous quelques motifs d'espérance ; no seroit-ce point aussi une distraction pour vous ?Je n’aime pas vous voir sérieuse et pensive.—Je veux bien, mon fils, vous instruire en peu de mots des événemens qui ont décidé de mon sort, et malheu- # f reusement du votre : mais ce récit n’est pas propre à dissiper de sombres réflexions ; n’impoile ! il peut vous être utile, cela seul doit me déterminer.• • Dans mon enfance je vivois alternativement chez mon père et chez le baron d’Elnacb ; l’un et l’autre paroissoienl m’aimer avec une égale tendresse.Cepen.l at il fallut les quitter tous deux, car on me mit en pension chez les religieuses de C*'**.A cotte époque mon oncle se maria, et dès-lors il parut s’occuper moins de moi ; toutefois il répondoit ou faisoil répondre à mes lettres.J’avois près de vingt ans lorsque mon père me rappela auprès de lui : il s’étoit lixé à C*’**', quoique son frère le pressât de choisir mie demeure dans son voisinage.Un jeune officier, qui s’étoit distingué par la régularité de sa conduite, vint assidûment chez mon père, qui .s'aperçut bientôt 440 1/ AD El LIA.: CA NA D1ENN K.que ses visites avoient un but particulier.PA.Vv'onne* ne i.n da pas à lui demander ma main, et sa proposition fut on ne peut mieux accueillie.Sa fortune nY-toit pas considérable; mais aussi mes prétentions ('(oient bien bornées.Certains rapports dans le caractère, et peut-être le secret penchant de mou cœur, me firent croire (pie ce mariage pouvoit me convenir, il fut anèté ; mais, hélas ! mon père mourut trop tôt pour me conduire à l'autel : il avoil écrit à mon oncle pour le prier de me seivir de père, et de me protéger dans toutes les circonstances diificiies.J’envoyai cette lettre à M.d’Elnach ; il y fit une réponse favorable : cependant ii me conseilloit d'accepter l’offre que devoit me faire sa belle-sœur, madame Leistein, de demeurer chez-eilê à jusqu’à ce qu’il vint tn’y chercher iui-mêrne.J’aurois cru plus naturel de partir aussitôt pour Elnach, et ce retard me parut étrange; mais je n’y fis pas alors une très grande attention.En perdant mon père, il ne me res toit (ju’un fort mince revenu.J'informai id.Wormes de ce changement dans ma fortune; mais ses senlimous pour rvoj n'en reçurent aucune atteinte, et il fit les dé mart lies nécessaires pour hâter notre union: madame • « Leistein le secendoit de toutes ses forces, ii y avoit |.*rès d’uu nti (j"Ç jYtois avec cl.V, i t mon oncle ne déterminoit pas encore l’époque où je devons la quitter, fil.Normes étoit à la veille de partir pour la Transylvanie, son régiment en avoil déjà reçu l'ordre; et madame Leistein sut nie persuader qu’il n’y avoit pas de temps à perdre.Eue me pressa d écrire à sou beau-frère, de lui demander un consentement formel, et de lui faire part de mes motifs pour ne plus ditférer ce mariage.Elle lui offrit de le remplacer et de se clnrper de tous les embarras inévitables dans ces circonstances ; ma lettre partit sous l’enveloppe de la sienne.Cette dame étoit fort servialdc, fort complaisante, quoiqu'un peu avare.J'appris ensuite (pie sa sœur, madame d’Eloach, avoit le meme défaut, auquel se joignoit l’esprit d'iu-trigue, et quVile fai.soil le malheur de mon oncle, qui ne pouvoit s’habituer à une économie sévère.1! me lit éciirc qu i! trouvait mes raisons fort justes : qu’il adhéroit à tout ce qui pouvoit contribuer à mon bonheur, et à tout ce madame Leistein jugeroit convenable: il auroit désiré, ajouloit-il, (pic le mariage se.lit a 1.!-nac!» ; mais de fréquerts accès du goutte lui rendant pénible la moindre agitation.!« moindre exercice, il éviîoil avec soin tout ce j ANY l EU i 31 b.447 qui pou voit 4 cranter ses liabilities.Celte lettre me surprit et m'affecta singulièrement.Emvnin madame Leistein cherchoit à me C distraire de mon inquiétude, j’rivois toutes lefc peines du momie à pan dire gaie, et mon mariage se célébra sous de tristes auspices.Je devois accompagner mon mari jusqu’à V:Y'**', où rosi J oit sa famille, e» ni tendre son retour auprès d’elle.Une lettre que !U.Worme.s reçut de sa mère changea cette détermination : il partit le premier, afin de prévenir scs pair ns et de terminer ses affaires.Notre séparation fut cruelle ; cependant je ne préroyois pas qu’elle séroit aussi longue.A pics un mois d'attente, mon mari m’annonce que sa mère vient de mourir, et que je n’ai d’autre parti à prendre que de me retirer auprès de mon oncle, ou de rester à C**"‘*.J’écris à M.d’Elnach pour l'instruire de l’embarras où je me trouve; mais je n'en reçois aucune réponse.Madame Ecislciri me faisoit entendre qu’elle avoit besoin de l'appartement que i'occupois ; je ne pouvais le conserver plus long-temps.Elle avoit déjà paru très mécontente lorsqu'elle avoit appris que mon mari me précédcroit à V*** ; mais cà nouvel incident la con-trarioit bien davantage.J'écrivis une seconde fois à Elnach, et cette lettre demeura sans réponse, ainsi que la première ; mon anxiété devint extrême ; je me persuadai que mon oncle avoit été: dangereusement malade lorsqu'il m’avoit fait écrire au sujet de mon mariage, et que peut-être il éloit à toute extrémité, tandis que je vivois paisiblement loin de lui.Je résolus de partir pour Elnacli, malgré les observations de madame Leistcin, qui me conseilloit d’aller me (ixer auprès de la famille de mon mari.En arrivant à Elnach, j’appris due mon oncle jouissoit d’une santé fort bonne, et qiie ses prétendues attaques de goutte no l’empêcboient nullement de chasser.J’étois rassurée ; mais je m’aflligeois de l’indifférence d’un parent qui m'avoit toujours été si cher.Je me présente chez lui, ses gens inc reçoivent assed ^ f * « mal : je demande à lui parler : la maladresse d'un domestique r me fait apercevoir que son maître n'eàt point absent ; néanmoins on m’assure du contraire : je quitte tristement, la maison qui avoit vu les premiers jeux de mon enfance; et, quelques heures apres, je reçois un billet, de la même main qui avoit écrit les autres lettres de mon oncle, pour m’ordonner de ne jamais parodie chez lui.1! ctoît naturel d : soupçonner quel- 4-1*8 iV A BRILLE C A N ADI I ! N NE.• 4 que erreur dans cet étrange accueil ; et, pour demander une explication, je vais une seconde Ibis au château d’Elnach.Un homme fort grand et tort maigre s'offre à mes regards; et, avec un air pédantesquement sévère, et dos expressions qui ne nie permeltoierit pas d'insister, il me congédie au nom du baron.J’é lois indignée, mais j’étois timide; et je me retirai avec l’intention de rte plus m'exposer à un accueil semblable.Je vins me fixer dans cette retraite, où vous reçûtes le jour, mon fils.Voilà treize ans que j'habite celte cabane, et j'ignore quand nous la quitterons.M.\\ormes ne m’a point écrit depuis trois ans; peut-être est-il prisonnier, peut-être n’est-il plus! Le bon Joseph employed tonte sa jeune éloquence à rassurer sa mère ; mais, loin de perdre le temps à pleurer comme elle, il chcrchoit des moyens plus efficaces de mettre un terme à leurs souffrances.Le fils de madame Wormes avoit été élevé à-peu-près comme l’enfant d’un simple laboureur: il étoit propre à tous les genres de travaux ; il fendoit le bois, et cullivoit un coin de terre, espèce de jardin dépendant de la maisonnette.Sa mère n’ayant eu que lui pour toute société depuis nombre d’années, s’étoit accoutumée à lui parler comme on parlcroit à une personne raisonnable ; et même elle lui demanded son avis en maintes occasions; diseph avoit donc plus de sens que la plupart des autres enfaus de son ago : et, de plus, il étoit bon, franc, et brave.Les petits paysans, ses compagnons de jeu, avoient pour lui une estime toute particulière; aussi, dans les combats simulés, étoit-il toujours général en chef ; et il observed si bien la discipline militaire.que, lorsqu’il étoit en marche avec sa troupe, il auroit rencontré l'empereur d'Allemagne qu’il ne se seroit pas détourné d’une ligne ; il avançait tête baissée au milieu des épées de bois, et quelques écorchures aux mains et au visage attusloient sa bouillante valeur.% En réfléchissant sur le récit que venoit de lui faire sa mère, il jugea qu’on avoit trompé son oncle pour des raisons d’intérêt, et qu’il seroit à propos d’approfondir le lait.Madame d’Elnach n’existoit plus, et il ne voyoit rien qui pût s’opposer à son I dessein.Persuadé que sa rpère ne voudroit pas qu’il se séparât d’ellei JANVIER IS Id.44 / sont également priés de nous faire solder ce 1er.semestre, au lieu indiqué.N.B.Les personnes auxquelles notre journal a été transmis par la poste, doivent 2 chelins outre Je prix de l’abonnement.
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