Le Canada musical : revue artistique et littéraire, 1 septembre 1866, samedi 1 septembre 1866
REVUE ARTISTIQUE ET LITTERAIRE PARAISSANT LE 1er DE CHAQUE MOIS.Vol.I.MONTREAL, lor SEPTEMBRE, 186G.No.1 LE CANADA MUSICAL, Publié le 1er de chaque mois Par ADELAKD J.BOUCHER, Editeur- Propriétaire.Bureau, à Montréal, Rue Notre Dame, No.2G0.ABONNEMENT, avec PROIE, $1.00 par année, Rigoureusement payable d’avance.10 centins le Numéro.PRIME EXCEPTIONELLE présentée aux Abonnés du CiVNAUA.MUSICAL.Chaque abonné^ en acquittant le montant de son abonnement, ($1.00 par année,) aura droit de reprendre,en morceanxde musiquedésignésci-dessous, a son choix,—pour la valeur d’une piastre,—montant entier de son abonnement.SOMMAIRE.—Exposé.—Noiit'è'lleW musicales du Canada.—La jeunesse d’Haydn, pà!r Ad.Adam.— Correspondances.—Bulletin religieux.—Pensez-y: Poésie, par Achille de CJésieux.—Conseils aux jeunes musiciens, traduits par l’Abbé Fr.Liszt.— De L’enseignement du Piano.—A quel âge peut on commencer l'étude du Piano !—Comment reconnaître si un enfant est bien organisé pour la musique ! par Félix Le Couppey.—Publications musicales récentes.—Bibliographie Canadienne.— Changements et nominations.-Chronique des Etats-Unis.—Giuseppe Verdi, par Léon Escudier.—Chronique étrangère.—La Société Numismatique et Archéologique de Montréal.—Calendrier et guide des Chantres et Organistes, pour le mois de Septembre.—Annonces.Morceaux offerts au choix des abonnés, La Mascarade Quadrille .Dofémus.50 Jacques Cartier Quadrille .Do Terlac .50 Hippocrate Quadrille.Valade .50 Les Acadiens Quadrille.Desjardins .50 Les Canotiers du St.Laurent.Boucher.50 La Confédération Quadrille .Casorti.60 Platon Polichinelle Quadrille.Legendre.50 noberval Quadrille.De Terlac .50 Russian Carriage Song Galop.Relié.50 La Couronne de lauriers .Lavallée.75 Souvenir de Sabatier, Valses.Boucher.50 L’oiseau-mouche.Laval lée.50 The Bonnie Blue Flag.Southern.50 Lœtitia—Caprice de Salon.Casorti .35 Notre Religion, (Chunt nationaljOlivier.30 il me Tarait promis, Romance.Henrion.30 Dieu, mon enfant,.Robillard _____30 Jolly dogs Galop.Rouchor.30 Rosée amère, Romance.Abt.25 Le Dr.Grégoire, Chansonnotte.Nadaud.25 Petite Alouette, Romance.Peltier.25 Grande Marche Canadienne.Sabatier.25 Mazurka des Etudiant».Mignault.15 cts.Les abonnés de la campagne devront inclure un timbre de posto de .05 centins, pour payer le port des morceaux qu'ils choisiront et qui leur seront expédiés, pur U irhwr dr lu mille.950 EXPOSE.La publication de oette Revue musicale, artistique et littéraire signale la troisième tentative eu Canada, dans le court espace de six ans, pour établir un journal spécialement destiné à créer et à répandre, en ce pays, le bon goût de la musique et des beaux-arts en général.Peut-ôtro les insuccès de no3 deux prédécesseurs’ auraient-ils dû modérer le zèle imprudent qui nous lance dans la publication de cette Revue, —nous avouons même franchement que nous consentons A passer pour téméraire dans notre entreprise.Pourtant, sans attacher une importance éxagérée il la vertu mystérieuse d’un trei-siéme essai, nous avons fei dans l’entreprise que nous abordons aujourd’hui, et le moment nons paraît enfin opportun pour l’établissemenr, en Canada, d’un organe destiné il unir plus étroitement les membres épars de la nombreuse famille musicale et artistique qui surgit en ce pays et va croissant d’un pas rapide.Rien que.d’une part, notre belle patrie soit jeune encore dans la famille des nations, que, il' autre part, la culture des beaux-arts soit l’indice certain * V Artiste, fondé à Montréal en Mai, I860, par M.M, Paul Stevens, Chas W.Sabatier et Ed Sempé Cil_u’Êli fut publié que deux Numéros,)—et les Beaux-Arts, publié par Gust.Smith et Boucher et Manseau conjointment et qui subsista, depuis la 1er Avril, 18tS3jusnu' au 25 Mai, IRS'!.41 LE CANADA MUSICAL.•> d’une civilisation très avancée,— il convient, néanmoins, que nous les appelions à notre aide.Ce siècle si progressiste pardonnera à notre louable ambition d avoir songé, un peu tôt peut-être, à revêtir, sous les iormes élégantes et recherchées des beaux -arts les signes caractéristiques des nations bien policées et assises sur d’anciennes bases.Au reste, faisons remarquer qu'en Canada chaque idée spéciale s’est créé, dans la presse, un appui zélé et protecteur.La politique y trouve mille échos, dans ses diverses nuances les plus délicates et les plus opposées : la vérité religieuse et le lana-tisme ont leurs organes: l’éducation veille ses intérêts par la voie de journaux habilement rédigés dans l’une et l’autre langue: la médecine, la jurisprudence, et l’agriculture sont également repté-sentées dans la presse : le gouvernment proclame par la voix de la “Gazette Officielle” : l'esprit, la gailé prend ses ébats dans les Charivari, les Bourdons, les Figaros divers: la littérature indigène a ses franches coudées dans les Foyers, les Lievues, les Mémoires et les Soirées : les écrits étrangers trouvent asile dans l’Echo de la France :•-seuls, les beaux-arts seraient négligés, méconnus, abandonnés, sans conseil, sans avocat, sans gardien de leur traditions et de leurs laits et gestes au milieu de nous.Pour ne mentionner que la musique pourtant, ne l’emporte-t-elle pas sur toutes les spécialités que nous venons de nommer, par le nombre de beaucoup plus considérable de ses dévoués partisans?Ne comprend elle pas, en effet, le jeune âge et I âge mûr,— l’un et l’autre sexe,—le religieux aussi bien que l’hoiume du inonde : tousles états, tous les rangs, toutes les conditions, nous aurions presque raison de dire—notre population toute entière.A ces titres elle a bien le droit de réclamer un organe, quelque faible qu'il soit dans scs débuts.De l’encouragement généreux et éclairé qui lui sera accordé dépendra son succès et la somme de bien et d’utilité qu’il peut être appelé rendre.Pénétré de cette idée, nous venons présenter aujourd’hui au public musical du pays un journal qui a pour but de veiller aux vrais intérêts des beaux-arts,—de contribuer selon ses forces, à leur heureux avancement parmi nous, et de tenir le lecteur au courant des principaux évènements les affectant, qui se passeront en Canada et à l’étranger.Nous réclamons en sa faveur l’appui cordial de ceux au moins qu’il intéresse le plus directement.Afin de répondre aux désirs des amateurs «le littérature choisie nous consacrerons plusieurs pages de chaque numéro à la reproduction des plus intéressants articles de littérature et de biographie musicale dus à la plume d éminents auteurs étranger», tels que Marie et Léon Escudier, Fétis, S-ciido, Ad.Adam et autre-.ï'rol'es-seurs 11 etc»'*1.s «le musique y trouveront leur compte en mettant à profit les excellents enseignements de Le Couppey, ie» précieux conseils de Schumann, de l'Alibé Liszt, de Tlialberg et d’autres maîtres non moins distingues.Li famille : déjà nombreuse des jeunes organiste* trouvera d excellentes suggestions puisées aux meilleurs sources, relatives au roi des instruments objet de • leurs nobles études.Nous travaillerons, par Jes- j raisonnements clairs et concluants, à détrôner de j nos tribunes d’oruue ces airs profanes, lascifs et dansants, empruntés aux théâtres, ailleurs même quelquefois,—que l’on permet à.des organistes, : dépourvus de goût musical comme de sentiment ’ religieux, d’intercaler entre les psaumes surtout,— | pour les remplacer par les accords graves et harmonieux dont ils usurpent la place légitime,—par des cantiques joyeux,— par de douces et pieuses ‘ mélodies, spécialement destinées à honorer Dieu et à chauler ses louanges.Une page sera spécialement consumée à indiquer par avance aux uialires tie cliaiielle, chautres cl autres personnes chargees (le la direction du chant dans nos églises, l’office du matin et du soir de chaque Dimanche et fêle du mois : peut-être arriverons nous ainsi à établir cette uniformité qui conviendrait si bien à la majesté de notre culte,.i tout en étant, en même temps, symbolique de l’unité de notre foi.Les directrices de musique de nos pensionnats et les personnes de la campagne, que l’éloignement et les occupations empêchent de visiter souvent la ville, recevernnt mensuellement la liste des publications musicales de mérite les pins récentes, avec tous les n hseignemetits nécessaires pour leur permettre d’en former une juste idée.Cii enfin, il se rencontrait sur notre liste d’abonnés anticipés quelqu’ Harpagon musical qui craignît de ne pas recevoir, sou pour sou, la valeur de son dollar d’abonnement,—nous le renverrions à notre longue liste de Primes;—s’il possède l'habileté de calcul qui l’on reconnaît à son élut, il ne tardera pas à découvrir que, si nous n’avons pas le dessous a du l’affaire, il en a certainement le dessus.Voici notre première cause plaidée : puisse une longue liste de bienveillants abonnés nous eu rendre un jugement favorable.NOUVELLES " MUSICALES ~ DU CANADA.Les exercices solennels qui précèdent les Distributions de Prix dans nos maisons d'éducation ap-par iennent ordinairement au domaine de la littérature et des sciences.Ou les varie quelquefois par l’introduction de charmantes opérettes, de drames |, émouvants—puis, quelques pièces de musique, agré- j ublemcnt intercalées dans le programme, viennent à propos dissiper cette continuité d’exercices qui, sans elles, dégénérerait en une fatiguante monotonie.Le temps nécessairement et plus utilement absorbé par les revues littéraires et les prépaiatil's aux examens lie permet pas toujours de viser à la perfection artistique, quant ii la partie musicale de ces séances : ce qui h’c.'npêclie pas, néanmoim, que, dans la plupart de nos excel., uts établissements,—dans ceux surtout qui posU c il ou qui oui su s’attacher LE CANADA MUSICAL.d'habiles professeurs de musique,—les résultats artistiques sont très satisfaisants et rendent également hommage aux talents du protesseur et a, 1 appliea-liou de 1 élève.Notre qualité de chroniqueur des beaux arts nous fait cependant un devoir de mentionner, d’une manière toute spéciale, les brillants succès musicaux qui ont si magnifiquement couronné les exercices de la lin d’année du collège Ste.Marie de Montréal, mardi et mercredi, les 10 et 11 juillet derniers.Le souvenir de ces charmantes fêtes ne s’ell'acera pas de sitôt de la mémoire des heureux dilettanti qui encombraient, au nombre de plusieurs milliers, la salle académique du collège.Mardi soir la parue musicale du programme comprenait l’ouverture du Trouvère, de Verdi, et quatre grands chœurs d'opéra.Il nous ferait plaisir d’entrer dans le détail de l’exécution ravissante de cette musique, par un chœur de quarante jeunes élèves du collège, que secondait habilement un orchestre de dix-lmit exécutants bien exercés et réunissant tous les éléments nécéssaires.Le cadre trop étroit de notre publication nous prive de cette satisfaction : nous avons bien rarement entendu égaler, en Canada, aux Etats-Unis, ou même dans les collèges de la vielle France, l’excellence d’ensemble de ce citant, —soit que nous considérions Vexpression charmante avec laquelle il a été rendu,—les crescendos habilement ménagés dans la fraîche et riante barcarolle de la Muette,—1 extrême précision des coupures, la vigueur de l'attaque dans le sublime Guillaume Tell de Rossini ; l’exécution empr.inte du sentiment le plus délicat du ravissant Cluvur des cloches du Strndelia de h lotow.Et le secret d’un si beau succès ! Il nous paraît dû tout entier à l'habile direction du R.P.Laury là.J.,—;‘t cet habile musicien qui, sous l’humble robe du religieux, recèle une âme de véritable rnocslro.C'est lui, croyons nous, qui *a tout vivifié—qui a fait passer dans le cœur de ses élèves le surplus de ce feu artistique et enthousiaste qui débordant du sien, a si poissament électrisé et ravi son auditoire enchanté.Le second jour de cette l’ète—artistique autant que littéraire—on répéta, aveu un égal succès, deux des chœurs de la veille, accompagnés du piano seulement.M.Rèné Hudon, soprano-premicr-prix du collège charma de nouveau l’auditoire en chantant, avec un sentiment exquis, la délicieuse romance du Luigi Bordèse, intitulée la Sccur des rossignols, laquelle—grace à sou heuieuse interprétation par ce jeune monsieur (dont la voix charmante trahit sa liaison intime avec la famille dos rossignols) ,est devenue, depuis ce jour, la perle de nos salons Canadiens.Il paraîtrait qu’en Canada la musique est toujours eu saison,—si l’on en juge, du moins, par la simple énumération des concerts qui s’y sont donnés cet ôté.Le 10 Juillet, M.Oscar Martel, jeune violinistc de talent, sc faisait entendre ù.l’Assomption, assisté cfe MAL Salomon Mazurofte, pianiste, C.Christin, "comique.ci du chœur des Montagnards de l'Assomption.Ce concert fut répété, le 1er Août, à Joliettc, avec un nouveau succès, malgré le temps pluvieux.M.Pierr Valois, ténor favori de l’église St.Jacques du Montréal, combla très agréablement le vide causé par l’absence des Montagnards de l’Assomption.Une magnifique recette, destinée a la décoration de la charmante église de Fartiliam, couronna les généreux efforts de MAI.Oct.Peltier, organiste, Maillet, ténor,—et Mailloux comique, au concert qu'ils y improvisèrent, le 17 Juillet dernier.L’aimable concours de Mdme.C.Thibault fut pour beaucoup dans la réussite de cette l’ête.Le 18 Juillet, les Orphéonistes de Montréal, dirigés par M.Frs.Benoit, et un grand nombre d’artistes et amateurs de la ville, donnaient, à St.Hyacinthe, un concert très bien organisé, au bénéfice des Sœurs-Grises de l'llotol-Diou de cette ville.L’élite de la société de St.Hyacinthe se porta, en grand nombre, à cette charmante soirée.Chacun des amateurs s’acquitta de son rôle a merveille: nous devons surtout mentionner Mdme DoCoigue.do Lachiue, qui interpréta d’une manière ravissante, l’Ave Maria de Gounod, auquel Al.A.Lavigue ajouta un accompagnement de violon obligato du plus bel effet.—et .Mdme.Picard, qui chanta avec beaucoup de sentiment l Esclace Mauresque de Bordèse.M.J.A.Fowler exécuta sur le piano, avec un entrain et un brio remarquables, la grande fantaisie de concert de Jaoll, sur la Fille du Régiment, et a la demande spéciale de l'auditoire—-le Souvenir du Théâtre Italien, de Gorin.Près do quatre mille personnes répondirent a l’appel chaleureux que leur adressa l’organisateur modèle de nos grandes lûtes musicales, M.Orner Allard, dans l'intérêt de l'excellente éducation religieuse qu'offre, aux nombreux élèves qui la fréquentent, la Maîtrise St.Pierre, des RR.PP.Oblats.C'est assez dire que les séances musicale8 et dramatiques du il IJ Juillet et du 12 Août der nier ont eu un plein siiceès,— abondante recette et auditoire enchanté.I no assistance nombreuse encombrait l’ilotel-de-Ville, au concert donné le 8 Août, au bénéfice des orphelins des Sociétés de bienfaisance réunies.lies Orphéonistes y maintinrent leur réputation bien établie, et l’excellente bande du 25c.Régiment se distingua surtout dans l’exécution du célèbre llussian Cur/ioge&ong.(L'extrême popularité de ce charmant morceau lui a valu une transcription pour le piano, et l’on peut se le procurer ainsi arrangé, chez tous les marchands de musique : prix 50 cents.) Dimanche,.15 Juillet, M.Jules llone se rendit gracieusement à l’invitation qui lui fut faite, de sc faire entendre u l’église St.Jacques- Ce violinistc consciencieux, qui voile, sous une trop grande modestie, un talent de véritable artiste, exécuta, à l’Offertoire, une pieuso et sublime mélodie de Bellini.Il fut facile de reconnaître, à son exécution jsûro et nette, à scs doubles notes d'une justesse irréprochable, à scs trilles et à se T ritournelles rendues avec grace et délicatesse ; à l’absence de cotte précipitation qui embarrasse si souvent 1 accompagnateur, que ce Monsieur possède toutes les.qualités essentielles nu vrai mérite. LA JEUNESSE D’HAYDN i Dans un joli petit village situé sur la frontière de l'Autriche, à quinze lieues de Vienne, vivait, i! y a plus do cent ans, un pauvre charron nommé AI al liias Haydn.Ce brave homme n’était pas riche ; mais ses désirs étaient si bornés, qu’il se trouvait heureux du peu qu’il possédait.Toute l'année il avait l'entretien des charrettes et grosses voitures de scs voisins.Ces pauvres gens, aussi peu fortunés qui lui, le payaient bien rarement en espèces, mais ils fournissaient à ses besoins par des dons en nature pour prix de son travail.Une seule fois dans l'année, le père Haydn avait l’occasion de gagner quelques florins : c’était lorsque le comte de Harrach.seigneur du village, s’apprêtait à retourner à Vienne à l'entrée de l’hiver; il faisait alors remettre en état sa voiture de voyage, et le père Haydn n'était pas peu fier, quand la berline du comte venait se poster devant sa modeste bicoque, qu'il décorait alors du nom d'atrlier de charronnage.Bien souvent il cherchait avec peine, et sans pouvoir la découvrir, quelle était la partie défectueuse de la voiture qui avait besoin de réparation.C'est que le comte de Hatrach connaissait la pauvreté de notre charron, et que, lui devant protection comme à son vasBal, il ne voulait pas l’humilicr et avait toujours l'air de lui donner comme prix de son travail le secours annuel qui apportait un peu d’aisance duns le ménage.Depuis quelques années le char ron avait épousé une cuisinière du comte ; celle-ci avait quitté le service lors de son mariage, mais n’avait pas oublié les bontés de son ancien maître.Lorsque le père Mathias avait reçu de l'intendant la petite somme qu'il croyait avoir gagnée, c’était grande fête dans la maison et je dirai presque dans le village.Allons! nous voilà riches à présent ; dimanche, grand.concert, s'écriait le père .Mathias, et le premier prélèvement qu’il faisait sur j son pécule était pour aller a la ville voisine acheter •les cordes de harpe qui manquaient depuis quelque temps à son instrument favori.! Bous autres français, nous avons peine à nous , imaginer un petit charron d'un obscur village, | cultivant l'instrument de Labarre et de Bochsa ; [pour qui connaît un peu les mœurs allemandes, ( cela n’a rien d’étonnant.Ue dimanche, après les offices, auxquels il avait assisté en sa qualité de sacristain de la paroisse, le père Mathias s’asseyait devant sa porte, et au * grand contentment de ses voisins, il exécutait sur b sa harpe tous les morceaux qu’il savait et dont le tj nombre était malheureusement un peu restreint, j parce qu'il n'avait guère le moyen d’acheter de H nouvelle musique.Il se serait même trouvé j, fort embarrassé sans la complaisance d’un de scs cousins, Frank, maître d'école à Maimbourg.Un j cousin lui prêtait quelques pièces de musique.¦]! >c hâtait doles copier, et les ajustait assez adh.ote-.ment pour son instrument.Sa femme avait une assez jolie voix ; lui-même possédait une voix de ténor agréable, et souvent ils exécutaient des mélodies nationales, que leur instinct musical, si naturel aux gens de leur pays, leur faisait sur-le-champ arranger à deux voix, avec une bonne disposition d’harmonie.Il était bien rare qu’il ne se rccoiitrât.pas, dans la foule réunie pour les entendre, un amateur pour improviser une basse sur ces deux parties, et le trio se trouvait nu complet.Un jour qu’ils s’occupaient ainsi de musique, notre charron vit avec surprise son petit Joseph, à peine âgé de trois ans, venir gravement seîposfer' à côté de lui, armé de deux petits morceaux de bois ramassés parmis les copeaux de son père, et que son imagination d’enfant lui représentait comme une parfaite imitation d’un violon et de son archet.Le père ne fit pas d'abord trop attention à cette singerie d’enfant ; mais à peine eut-il joué quelques mesures, qu’il ne put s’empêcher de rire du sang-froid et de l’aplomb imperturbable du petit Joseph.En effet, l’enfant, frottant avec la gravité d’un maître de chapelle, ses deux planchettes l’une contre l’autre, comme s'il eût en réalité tenu un instrument, indiquait parfaitement la mesure, de la tête et du pied.Il n’en fallut pas davant ge au père pour reconnaître les dispositions de l’enfant pour la musique ; et de ce moment, il s’appliqua à cultiver ce goût naturel.Les progrès du petit Joseph furent rapides ; il n’y avait pas de jeux ni d'amusements qui l’intéressassent autant que ses leçons de musique; au bout d’une année, il lisait sa partie de chant à livre ouvert ; l’année suivante, son père lui avait acheté une petite harpe, et le concert de famille s'était augmenté d’un nouvel exécutant, faisant sa partie avec une précision et une régularité parfaites Le petit Joseph avait grandi; il avait huit ans et son père n'ayant pas cessé de le faire travailler la musique, son goût naturel pour cet art était devenu une passion.Les exercices de son âge n’avaient nul attrait pour lui; son cousin Frank lui avait fait cadeau d’un violon, et, sans maître, l'enfant avait deviné le mécanisme de cet instrument, sur lequel il jouait toutes sortes d’airs, improvisant souvent une partie en tenues, pendant que sa voix se mêlait à celles de son père et de sa mère.Un dimanche, une chaise de poste s’arrête il 1 entrée du village, un étranger en descend ; il demande un eharron pour visiter sa voiture.On le conduit- à la demeure du père Mathias.C’était l’heure de l’office.Le petit Joseph était seul à la maison.11 prie l’étranger d'attendre le retour do son père qui ne peut tarder à rentrer, et la conversation s' engage entre l’enfant et le voyageur, “ A qui est cette harpe ?” dit avec surprise ce dernier.— U'est à papa, dit l'enfant.— Fit qu’en fait-il ?reprend l’étranger.—Comment ! ce qu'il en fait?riposte l’enfant: de quel pays venez-vous donc pour ignorer ce qu’on, fai-t-d une jiarpb?-; Tenez, je vais vous le iuontcej-, [moi.- Fit ij.’vê jsroùiTje sa petite harpe que LE CANADA MUSICAL.fion hôte n'avait pas encore aperçue et se met à lui jouer tout son répertoire.— Mais, c’est très-bien, cela ! lui dit l’étranger de plus on plus surpris.— Est-ee que tu sais aussi lire la musique ?et, en disant ces mots, il avait tiré un rouleau de papier réglé de sa poche.— Qu’est-ce que c'est que cela ?dit l'enfant.Oh ! c’est une messe en musique.Voyons, quelle partie voulez vous que je vous chante ?—Oh ! celle que tu voudras ou plutôt celle que tu seras en état de déchiffrer.— Je peux les déchiffrer toutes, et même les jouer sur mon violon.Tenez, écoutez plutôt.— Et l’enfant exécute la partie de premier dessus sans faire une faute.L’étranger l’attire entre ses genoux : — Eh mais ! lui dit-il, qui donc t’a montré tout cela ?—C’est papa.— Ton père est donc musicien ?il n'est donc pas charron ?— Pourquoi donc cela?répond l’enfant; est ce qu'il n’est pas permis d’être charron et musicien ?mais moi je ne serai que musicien, je ne veux pas être charron, cela fait perdro trop de temps.— Veux-tu venir avec moi à Vienne ?dit l’étranger, charmé de la vivacité des reparties du petit Joseph, — Non, répond l’enfant, papa ne pourrait plus me donner mes leçons de musique.— Oh ! qu’à cela ne tienne, je t’emmènerai dans un endroit où tu feras de la musique toute la journée ; tu recevras des leçons de violon, de clavecin, de chaut, de latin, de tout ce que tu voudras.Tu auras une belle robe rouge le dimanche, et tu chanteras à l’eglise de Saint-Stéphan.— Oh! alors, je vieux bien, reprend l’enfant avec joie, partons à l’instant.— Un moment, dit l’étranger : il faut au moins que ton père consente à se séparer de toi.—L’enfant rougit, il baisse la tôle, ses yeux se remplissent de larmes.— Comment ! dit-il en tremblant, est ce que vous n’emmènerez pas non plus papa et maman.— Avec la meilleure volonté du monde, c'est impossible, répond l’étranger en riant.Tu conçois bien, mon petit ami, que je ne peux pas faire recevoir ton père et la mère à la maîtrise comme enfants de chœur.Le petit Joseph se met alors à fondre eu pleurs; il ne peut se faire à l’idée de se séparer de son père et de sa mère.Mais l'étranger le rassure petit à petit, il lui fait entrevoir une si riar.te perspective, un avenir si rempli de musique (et ce mot est l'équivalent de bonheur pour 1 enfant), que bientôt ses larmes cessent de couler, il ne rêve plus qu’au plaisir du voyage, et il avait ses petites mains passées autour du cou de l'étranger et 1 embrassait tendrement, quand le père Mathias rentre, accompagné de sa femme.— Papa! papa! s’écria le petit Joseph enl l’apercevant, je t’en prie, laisse-moi aller à Vienne ;l voilà un monsieur qui va m’emmener avec lui.—I Le père ne comprend rien à cette exclamation,! mais l’étranger se lève .— Monsieur, dit-il au charron, je me nommol R cutter, je suis maître de chapelle de l’église del Saint Stéphan de Vienne; le hasard m’a fait con-l naître les brillantes dispositions de votre petit bon-T homme.Si vous y consentez, je le fais admettre! à la maîtrise où il recevra une bonne éducation, et] en particulier je mettrai tous mes soins à lui donner; un talent distingué.Une pareille proposition ne pouvait qu'ètrel agréable au père Mathias, il voyait avec chagrin! venir le moment où il serait forcé de faire appren-[ dre un métier à son fils, n’ayant pas les moyenal de lui donner de l’instruction ; il remercia l’étran-l ger et consentit à tout.Mais en se retournant, ill vit sa femme qui pleurait à l'annonce du départ del son fils bien-aiuié.— Eh quoi ! ma bonne Marie, lui dit-il avec uni ton de doux reproche, es-tu donc si peu raisonT nable de t’affliger de ce qui doit faire le bonheurl de notre pauvre petit Joseph?Qu'est-ce qu’ill deviendra, s’il reste avec nous?Un puuvre char-l ron comme son père, et peut-être, après moi, lel sacristain de la paroisse, tandis qu’avec les lcronsl qu’il va recevoir, il peut être un jour un artistol habile, la gloire de sou pays, la consolation do nosl vieux jours.Allons, un peu de courage, ma bonne! Marie.D’ailleurs, ajouta-t-il, notre famille peut! bientôt s'augmenter, et tous nos enfants ne pour! ront pas toujours rester avec nous ; et si c’est pourl leur bien, il vaut mieux nous en séparer de bountl heure.Tout cela était certes fort raisonnable ; maitl ou raisonne rarement avec son cœur et BurtouJ avec un cœur de mère.Marie finit cependant pail céder, et quelque douloureuse que cette séparatioil fût pour elle, elle y consentit dans l’iutérêt de sot! enfant.Elle obtint pourtant que l’étranger ml partirait que le lendemain.Le soir, le concert dil famille eut lieu comme à l’ordinaire, moins lagaittl qui y présidait d’habitude.La présence del l’étranger avait électrisé le petit Joseph: iljou:| du violou.de la harpe ; et il chanta mieux qu’il n’avait jamais fait.Keutter paraissait enchaniT de son nouvelle élève ; le père Mathias rêvait i l plus bel avenir pour 6on fiis ; mais la pauvre mèrl ne pouvait entendre saus une douleur secrète cettl voix si jeune, si tendre, qui ne se marierait piui à la sienne, et des pleurs inondaient son visage et contrastaient singulièrement avec la figure joyeusl et naïve du petit Joseph.Il ne voyait plui cil ce moment que le bonheur de pouvoir se donne! tout entier à l’étude de la musique.Ah ! c’esl que les enfants ne peuvent jamais autant aimel leurs parents qu’ils en sont aimés ! Cepeudan I le lendemain, au moment du départ, bien «Ici larmes furent versées de part et d’autre.L| voiture roulait depuis un quart d’heure, que Mari LE CANADA MUSICAL.; l’on dit de 1 ensctgne-ïation Nntre- 5 saKEimJsesP'tsaasBtïïïHSJnBnKSSSiai était encore agenouillée dans un coin de sa cliam-| —Dans lequel de nos couvents, nie dit-elle, lait-bre, appelant les bénédictions ou Ciel sur le pauvreîon de meilleure musique ?petit voyageur.Le père Mathias avait aussi le| —Ali! répondis-je.en riant, ce n est pas là une cœur bien gros.Machinalement, il s'était mis àfquestiôn.c’est un véritable guet-à-pens.>.i je Va ' ' • TT laisser les 'tristes, Lie petit Joseph, séduit par la variété des objets qui|li „ s’offraient à sa vue pour la première fois, étaitatout ce gracieux essaim des élèves du vieux Jlo-redevenu gai et insouciant, comme on l’est à son|nastère._ , .ago.U chantait aussi ; mais les airs qu’il choi-f Je ne serai pas plus indiscret aujoura hui que ¦Hissait étaient tous gais et vifs.C’est tout simple :ije ne le fus alors, oc ne parlerai pas non p us de le temps était magnifique, la campagne riante, leltoutes les bonnes choses que l'on dit de soleil spléndide; J oseph avait à peine neuf ans ; ilgment musical au couvent de la Congrégat 'roulait dans une bonne voiture ; il marchait verse Dame, ou à celui de Jésus-Marie (à Saint Joseph l’inconnu: à son âge, il n'en faut pas tant pourjdc Lévis), de crainte donc pas l'aire la part de ; iétre parfaitment heureux.A peine aurait-ilachacun assez parfaitement égale, et de me faire songé à ceux qu'il quittât, si un cahot, en le jetantfainsi un mauvais parti parmi les anciennes élèves, sur son voisin, ne lui eût fait sentir quelque chosc| Les remarques que j’aurai à faire dans mes pro-!dc dur dans sa veste ; il porta vivement la mainSchaines lettres, touchant la declamation et la musi-à sa poche, et en retira un petit papier où était jque dans nos pensionnais, auront trait aussi bien ion Josenh bien aimé.ià ceux de Montréal, de Trois-Rivières et d’autres jlieux qu’à ceux de Québec.Je veux parler de 'bout le monde—et partant de personne—(ceci est gpour les amateurs de paradoxes.) D ailleurs nos abonnes religieuses, dont le xete éclairé ne se gdément jamais, pareeque la pensée qu’elles travail-plent sous le regard do Dieu les accompagne sans a .î , keesse,—nos bonnes religieuses, dis-je, n’ont pas lieu Au moment de mettre le journal sons presse nous|lerc’dou(er k critiouc j je parle d’une critique avons la douleur d-apprendre le décès, a \ prennes,Ws)îricuse< „ p0„ ^cordè d’ordinaire qu’au véri- le 2 Août, de Messire Joseph Julien Perreault,8Ia]j]e mérite prêtre de St.Sulpice et Directeur de musique
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