Le Canada musical : revue artistique et littéraire, 1 août 1867, jeudi 1 août 1867
iÈVÎJÈ ARTISTIQUE ET LITTERAIRE PARAISSANT LE I «r DE CHAQUE MOIS.Vol.I.fr.- LE CANADA MUSICAL, , Publié le 1er de chaque mois K* ADELARD J.BOUCHER, Editeur-Propriétaire.-o- Bureau, à Montréal, Rue Notre Dame, JVo.260.ABONNEMENT, avec PRIME, $1.00 par année, Rigoureusement payable d’avance.10 centins le Numéro.PRIME EXCEPTIONELLE présentée aux Abonnés du OANTA.:DA.MUSICAL.Chaque abonné, -'h acquittant le montant de son abonnement, ($1.0t) par année,) aura droit de reprendre,en morceaux de musique désignés ci-dessous, â son choix,—pour là, Valeur d’une piastre,—montant tnlier de son abonnement- -"b- Morceaux offerts au choix des abonnés.La Mascarade Quadrille.Dorémus'.50 Cts.Jacques Cartier Quadrille__De Terlac_____50 “ Hippocrate Quadrille.Valade ,.50 « Les Acadiens,Quadrille.Desjardins________50 “ Les Canotiers du St.Laurent.Boucher.50 “ La Confédération Quadrille .Casorti_______ .60 “ Platon Polichinelle Quadrille.Legendre.50 *.* Roberval Quadrille.De Terlac .50 “¦ Russian Carriage Song Galop.Relié .50 ‘f La Couronne .dp lauriers , .Lavallée.75 “ Souvenir de Sabatier, Valses.Boucher.50 “ L'oiseau-mouche.Lavallée.50 “ Ïhe Bonnie Blue Flag.Southern.5.0 “ œtitia—Caprice de Salon.Casorti.35 “ Notre Religion, (Chant national)01ivier.30 “ 11 me l’avait promis, Romance.Henrion.30 “ Dieu, mon enfant,.Robiilard _____30 “ Jqlly dogs Galop.Boucher.30 “ Rosée amère,.Romance._______ .Abt.25 “ Le Dr.Grégoire, Chansonnelte.Nadaud.25 “ Petite Alouette, Romance___Peltier.25 “ Grande Marche Canadienne.Sabatier.,.25 “ Mazurka des Etudiants.Mignault.15 “ .Les abonnés de la campagne devront inclure un îmbre de poste de .05 centins, pour payer le port dj03 morceaux qu’ils choisirent et qui leur seront èrp'édîéoVjKw li 'tiour fis là mtlli.No.12 ¦ ¦ t 1 SOMMAIRE.—Gaétano Donizetti, par Léon Escu-dier {suite et fin).—Anecdote musicale.—Description générale de l’orgue (suite et fin).—Indiscrétions et confidences, d’un mélomane.—Un souvenir de Gluck, par Pierre Rosenkranz.— L’Habit noir d’un homme de génie.—Poésie : l’Orgue, par C.Hariet.—Suspension dë la publication du Canada Musical.— Conseil* de RoOert Schumann aux jeunes musiciens, (suite et fin)—Calendrier.—Annonces.—Table des matières du premier volume.GAETANO DONIZETTI.(Suite et fin.) I .¦ LES DERNIERS M0MENT8 DE DONIZETTI.Donizetti quitta Vienne pour revenir à Paris.Déjà il ressentait par moments les premiers symptômes de ce mal mystérieux, fatal, impitoyable, contre lequel devaient se briser tous les efforts de la science, tous les soins de ses amis; mais ce n’é-tatt que par de rares intervalles et sans conséqucn-cessérieuses.Lavigueurdel’âgeetcetteespèce d'in-, souciance, ou si Von veut mieux, de confiance dans l’avenir, lui firent négliger ces terribles précurseurs de la maladie qui devait le conduire au tombeau ; il eut tort.Mais il était au midi de la vie; il effeuillait au vent de la gloire ses plus belles années, celles de la virilité ; il laissait le cours libre à son imagination bouillante, il lui tardait de revoir la ville3d’où.rayonne la célébrité,, et qui lui avait, déjà tressé les plus belles couronnes.Il se trouva un peu fatigué du voyage, lui qui ne connut jamais la fatigue et qui composait en chaise de poste; il arriva, la tête peuplée de mélodies nouvelles, l’œil plein de promesses, la main impatiente de, serrer celles de ses amis.Mais ceux de ses amis qui l’affectionnaient d'avantage, et qui partant, le connaissaient mieux, se seraient aperçus, s’il l’eussent examiné de plus près et plus longuement, que cette tête était plus lourde, que cet œil était enfiévré, qüe cette main avait de soudains frémissements au contact des leurs.,, .Toutefois, personne ne se douta du changement que le séjour de Vienne avait opéré dans la santé du maître.On alla le voir comme d’habitude, et comme d’habitude an le trouvait les cheveux eu’dd- MONTREAL, 1er.AOUT, 1867. \ÎS LE CANADA MUSICAL sordre, les joues empourprées, le regard allumé, penché sur son pupitre et couvrant de notes les feuilles réglées au pentagrauime, et qui se succédaient rapidement sous sa main infatigable.La porte s’ouvrait de temps eu temps pour laisser entrer un nouveau visiteur,—car sa porte n’avait jamais de gardien; Donizetti travaillait au bruit de la discussion la plus animée le courant d'air qui s’établissait faisait voler ou éparpillait les feuillets ; Antonio, son domestique, était là, tout près à les ramasser et à les classer patiemment.Seulement, et c'est ce qui étonnait ses amis, jusqu’alors Donizetti avait laissé les causeurs aller bravement leur train; et s’était borné à jeter, par-ci par-la, quelques monosyllabes dans la conversation, saus cesser de travailler, cette fuis, il était d’une loquacité extraordinaire; il parlait à tous et de tout avec une volubilité étrange, il insistait sur les moindres détails, il donnait aux particularités les plus fiïtilcs une importance qu’elles étaient, loin de mériter.Ses amis s'étonnèrent, il y en eut même qui s’en montrèrent un moment inquiets ; mais ils n’osèrent pas se communiquer leurs remarques dans la crainte de pusscr pour des prophètes de malheur.Uonizetti était descendu comme d’ordinaire à l'hôtel de Manchester, rue Grammont.Un, jour vers onze heures du matin, son ami Accursi alla le voir ; Antonio lui dit que le maître ne l’avait pas sonné, que probablement il avait travaillé très-tard et qu’il dormait encore.Accursi ne voulut pas qu’on l’éveillât ; il prit un journal et attendit.Au bout d’une demi-heure, Antdnio, qui lui-môme était un peu inquiet, gratta doucement à la porte de son maître; il attendit quelques secondes, puis il frappa.M'entendant pas de bruit, il ouvrit la porte et poussa un cri.Accursi accourut; Donizetti était étendu sur le parquet, sans connaissane.Est-ce en se couchant, est-ce en se levant,, ou dans la nuit qu’il était tombé là, au pied de son- lit.' Ou ne putlesavoir.Accursi après avoir aidé Antonio à le remettre au lit, s’en fut en deux bonds chercher un médecin.Il en trouva un au carrefour Guillou, et l’emmena à l’hotel de Manchester ; en même temps il manda le docteur Kicord, le médecin et l’ami du pauvre artiste.Les premiers soins du docteur du carrefour Gaillon lirent cesser cet évanouissement ou cette léthargie de Donizetti ; puis Kicord arriva, qui félicita son confrère et l'applaudit de n’avoir pas pratiqué une saignée.Elle eût été fatale.En présence de la menace d une congestion cérébrale, ilicord.qui n’a jamais connu l’orgueil, déni indu une consultation avec les docteurs Andra) et Kostan.Les trois savants étaient, le lendemain malin, au chevet du malade, qui, à la suite de prescriptions faites-par llieord, avait passé une nuit assez calme, et qui causait comme d’habitude.On lui lit nombre do questions ; le maître y répondit avec facilité, avec lucidité ; on dut même lui return mander de modérer un peu- sa faconde.Il ne tint pas compte de cette exhortation.Ati milieu de son éloquence turbulente, il expliqua comme quoi il avait en lui deux sources d’inspiration ; il Jes sentait, il pouvait en désigner le siège ; l’une, à gauche, était celle de la musique bouffe ; l’autre, à droite, eelle de la musique sérieuse.C’était au point que lorsqu’il composait, il sentait comme une espèce de soupape s’ouvrir à gauche ou à droite, selon le genre de musique auquel il travaillait ; c’était à gauelie ou à droite que le brasier s’enflammait, et que cette moitié de lui-même était fatiguée après les longues heures d’une journée laborieuse pour l’enfantement de l’œuvre- Les docteurs échangèrent à la dérobée un regard significatif^ Ce regard voulait dire qu’ils craignaient pour la raison du malade.Mais quelqu’un qui était présent à la consultation, Accursi, je crois, ou le fidèle Antonio, s’empressa de dire que le brillant compositeur avait déjà, depuis plusieurs années, exprimé la même idée.Cette assertion rassura M.Aiidral qui se promit de prendre note de la bizarre manifestation du musicien.Si Donizetti a dit vrai en principe, il a dû se tromper sur les détails.Ce n’était pas du côté droit qu’était la source de l'inspiration pour la musique sérieuse ; Lucie a dû sortir du côté du-cœur.La raison du malade n’était pas, d’ailleurs, affectée le moins du monde, et les trois médeoins ne tardèrent pas à sc consulter.Cette consultation et le traitement, qu’elle amena, améliorèrent bientôt l’état de Donizetti.Il eut même.un renouveau de santé et de vigueur.L’amour du travail revint plus impérieux que jamais.Décidément il était guéri.— Hélas! non.C’était le dernier éclat que jette la flamme d’une lampe près de s’éteindve.— Voici comment cet éclat se manifesta.Vatel était alors directeur du Théâtre-Italien; de ce beau théStrc qui depuis.mais alors, il était dans toute sa splendeur.Les succès de CElisir et de Don Easquale étaient trop présents à sa mémoire pour ne pus lui faire ossayer d’une démarche auprès de Donizetti, qu’il avait là, à deux pas do lui, presque sous sa main.La tentative réussit.Ne vous disais-je pas que l’amour du travail était revenu plus vif que jamais chez le compositeur ?On- chercha le sujet.Donizetti caressait depuis longtemps le Sganarelle de Molière.Qu’on nous permette de le citer sous le titre.Cette comédie avait été réduite en italien ou plutôt adaptée à la scène italienne par un auteur dramatique, des' plus favorablement connus dans la Péninsule, le; comte Giraud.Malgré son nom français (qu’on prononce en italien Dgiroüd), le comte était issœ d’une noble famille îomaiue.Ce fut un de ses anoêtrcs qui lii.construire, en dehors de la porte' Pamphili, un palais ayant la forme d’un vaisseau, et à- cause de cette Kiçou appelé il vuscello: Lors du bombardement de Home, en' 1849, le palais-vais-| seau-se trouvait entre la ville assiégée et' le camp' LÉ CANADA MUSICAL.179 français.Une légion d’Italiens, au nombre do 350, commandés par co même général Médici, qui associa plus tard sa fortune â celle de Garibaldi, et dont le nom brille aujourd'hui aux premiers rangs de l’armée italienne, s’était renfermée dans cette villa, dans ce palais, dans cette redoute improvisée, et la défendait bravement.Pendant tout le siège de Rome, cette poignée d’hommes soutint l’attaque de nos troupes.Notre artillerie dut être employée à regret, pour en avoir raison; il fallut démanteler le vaisseau étage par étage, j’allais dire pont par pont.Le dernier étage démoli, les Italiens, descendirent à l’étage inférieur, ainsi de suite jusqu’au rez-de-chaussée.Là il se comptèrent : de 350 il n’en.était resté que 75 ; encore eussent-ils continué si les munitions ne leur avaient fait défaut ; ils furent obligés de se rendre.Le général français, voulant honorer la bravoure, même chez l’ennemi, fit rendre l’épée au général Médici.On a vu plus lard s’il a su s’en servir.Mais revenons à son illustré compatriote.Donizetti n’ayant pas dans ses cartons l’arrangement ou l’imitation de Giraud, écrivit à M.Raoul-Rochette, bibliothécaire, en le priant de la lui prêter.On dessiua le scénario, les scènes furent tracées, ies morceaux de musique indiqués, et le poète qui avait déjJ, collaboré avec Donizetti au poème de Bon Pasquale, M.Jean Ruffini, se ¦mit à l’œuvre pour versifier le scénario de Sgana-relie.Mais, si facile que fût le travail du poète, si rapide que fût "improvisation du musicien qui avait composé VEltsir en dix-neuf jours, Va tel ne put se résigner à attendre le nouvel ouvrage.Il revint chez Donizetti, et le pria instamment de chercher, en attendant, puruii’ ses anciennes partitions, celle qui.pourrait, avec quelques changements, figurer le mieux sur la scène qu’il dirigeait et qu’il exploitait.Donizetti l’enveya promener.Une heure après, quand Vatel rentra, il trouva un billet ainsi conçu : “ Cher ami, vous avez fait une mine si piteuse ( en me quittant que je reviens sur mon refus, l’ai songé it VAjo nclV tmharaezo.Cherchez cette partition,envoyez-la-moi.il y a des changemènts à faire, des morceaux à retrancher, d’autres à intercaler.C'est l’allaire d’une semaine, c’est-à-dire une semaine de retard pour le nouvel ouvrage.” Le soir même Vatel arriva chez Donizetti avec la partition de V Ajo ndl' imbarazzo, et le lendemain le musicien se mit à l’ouvre.Ce fut la dernière fois qu’il prit la plume.Il serait curieux de voir aujourd’hui les modifications qu'à pu apporter Donizetti à cette œuvre de jeunesse cjui, cependant, fit le tour de toutes les scènes italiennes, et obtint partout un succcès éclatant.La semaine s’étaita peiné écouléo que les signes avant-coureurs du mal se manifestèrent de nouveau, et, cette fois, avec, plus deforce.Les médecins constatèrent une surexcitation uerveuse chez lç malade, et lui défendirent expressément de travailler'.Antonio'enferma dans une armoire tout co qu’il trouva de musique et de papier réglé sur le pupitre ou sur le piano du maître, et mit la clef dans sa poche.Mais l’oisiveté était au moins aussi dangereuse que le travail pour une nature aussi ardente, pour une organisation aussi productive que celle de Donizetti.Ne rien faire c’était se laisser mourir.Les docteurs se consultèrent de nouveau et lui conseillèrent do voyager pour so distraire.— Le voyage ne peut être une distraction pour celui qui a voyagé presque toute sa vie, dit-il aux médecins.J’ai parcouru l’Italie dans toute sa longueur, m’arrêtant à chaque ville., sans parler de la France et de l’Allemagne.Cherchez autre chose.Fendant que la science cher.liait, la maladie marchait et d’un pas rapide.lirai, l’état du pauvre artiste empira à lel point qu’il ne tut bientôt plus prudent de le laisser sortir seul.La colonne vertébrale commençait à se courber, lu tête s’alourdissait, les yeux devenaient chaque jour plus hagards et plus vitreux.Ses amis ne le quittaient plus.Ils se relayaient pour être à côté de lui ; mais il fallait agir de ruse, inventer mille prétextes, car.Donizetti commençait à s’apercevoir qu’on le surveillait, et cette surveillance l'exaspérait.A peine pouvait-il tolérer la compagnie de son neveu (le lils de son frère,directeur des musiques militaires du Sultan) qu’on avait mandé tout expiés de Constantinople.La faculté ne voulant pas prononcer son dernier arrêt, prescrivit le séjour dans une maison do santé.C’était dire qu’elle ne pouvait plus rien pour lui.Qui sait ! des soins affectueux et incessants, l’air salutaire de la compagne, le calme, un miracle peut-être l’auraient guéri.Il était encore trop jeune pour mourir.On opta pour Ivry et pour la maison de santé du docteur Moreau.< Mais là surgirent de nouvelles difficultés.Cernaient en parler à Donizetti ?Comment lui proposer cette reclusion ?Consentirait-il à s'y soumettre ?On pressentait un relus ; pis encore, un accès de colère chez le malade,, une nouvelle surexcitation, une exaspération trop dangereuse dans l’état où il était.Il fallait, plus que jamais, recourir à un stratagème.L’amitié est ingénieuse.Elle cherchp et finit par trouver.Voici le résultat de cet innocent complot.On fit un faux sublime.On inventa une.lettre, arrivant de Vienne sous le pli de l’ambassade.L’empereur d'Autriche écrivait au maestro de retour-^ ner à Vienne peur prendre ad place de macetro (U Cape.Ua.v Expliquons en quelques lignes comment et dans quelles circonstances il fut nommé à cette place sit honorifique, etqui avait été occupée, cinquante ans auparavant, par Mozart., .i, Lors du congrès de Vérone, RoBsini avait fait connaissance avec le prince de Metteruich.Il composait alors la Seniiramide à Venise.Depuis_ celle époque il a toujours entretenu une cdr’re's[fcm- LE CANADA MUSICAL ISO dance assez suivie avec le célèbre diplomate, qui était aussi un grand amateur de musique, et, par coosèquent un admirateur sincère du maître immortel.Même peu de temps avant la mort du prince.Rossini reçut de lui une charmante lettre dans laquelle se trouve cette phrase : “ On dit, cher maestro, que vous possédez de “ nombreux trésors d'harmonie, que vous faites en-“ tendre à quelques privilégiés.Ah ! cher maître, “ vous devriez bien les répandre, car il n’y a “ jamais eu d’époque où on*ai.eu autant besoin u d’harmonie que celle-ci.” Ce fut sur le conseil de Rossini, et sur ta recommandation, que le prince de Metternich avait fait nommer Donizetti compositeur di Camera de S.M.I.et R.Apostolique, après la première représentation de Linda di Chamounix, Le pauvre malade tomba pleinement dans ce piège, tendu, d’ailleurs, en de très-louables inten-ii ins.Il oublia sa santé si chancetanter ordonna à Antonio de faire lès malles, et Antonio qui était naturellement dans le secret, ne-se le fit pas dire deux fois.Seulement le brave homme hésita à décider s’il devait y mettre ou' non de la musique.I| espérait toujours, lui 1 II espéra jusqu’aux derniers moments.On se mit en voyage.On' avait fait atteler à sa voiture deux chevaux de poste, conduit par un postillon en livrée.Les amis serrèrent la main au maître et lui souhaitèrent un bot» voyage.Donizetti répondit à leurs adieux, et fouette postillon 1 Mais une autre voiture suivait à distance In’ première.Là étaient le neveu de Donizetti arec un ou deux amis et Antonio.Le postillon avait le mot d’ordre.Arrivé à lvry, il fait cabrer son cheval, pousse un juron formidable, et se jette en bas de sa selle.Donizetti, qui dormait, s’éveille en sursaut et demande ce qui est arrivé.Le postillon lui apprend, en maugréant, qu’un essieu s’est brisé, qu’il faut s’arrêter, envoyer chercher un charrOD, si l’on ne préfère écrire à Paris pour y demander une autre voiture.Mais où descendre-au milieu de la nuit ?—Tenez, dit le postillon-voici un hôtel, je vous engage à y passer la nuit ; demain nous aviserons.Au surplus, nous ne pourrions avancer d’un pas.Le compositeuç descend en bâillant'.Le directeur de la maison de santé d’ivry, M.Moreau le reçoit en effectant les façons officieuses d’un propriétaire d’hôtel.On1 installe Donizetti dans une chambre très-comfortable.Le lendemain le neveu, ses amis et Antonio, qui sont censés avoir été avertis de l’accident, arrivent pour le voir.Puis peu à peu, onde décide à s’arrêter un jour encore’ et un autre, et le suivant, jusqu’à ce que le docteur finit par défendre la porte d’autorité, et entreprit le traitement.Malheureusement, quoique les soin* qu’on lui prodigua fussent des plus intelligents, lemal avait fait de tels progrès qu’il était-désormais impossible de l’arrêter.L’intelligence était at- teinte ; le ramollissement du cerveau avait commencé.De la maiscm de santé' d’Ivry on transports! le pauvre malade aux Champs-Elysées, avenue Chateaubriand.Là au milieu d'un jardin ravissant, on avait dressé une tente tout entourée de ces fleurs que Donizetti aimait à l’adoration, on traînait le fauteuil de ce sublime insensé,’’— qui n’opposait plus, hélas 1 aucune résistance.On n’avait plus besoin de feindre ou de mentir pour être obéit.Là, entouré de son neveu et de ses amis, qu'il ne reconnaissait déjà plus, il attendit, ou plutôt on attendit que la saison des grandes c-haleurs fût passée pour le ramener en Italie.Enfin, on le transporta à Bergame, sa ville natale.Son neveu et Antonio l’accompagnèrent.Il y resta encore quelque temps chez madame Baz-zoniv.Puir, la flamme de la vie s’éteignit lentement, comme s’était éteinte celle de l’inteltigencev- Quelques jours avant sa mort, un orgue avait joué dans la rue,— sans savoir sous quelle fenêtre il jouait,— le chant final de Lucia.On vit alors dans l'œil vitreux du mourant s’allumer une clarté soudaine ; quelque chose comme un sourire plissa ses lèvres, les muscles de son visage eurent un tremblement nerveux.Puis la tête retomba sur sa poitrine.Il a.
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