Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 juillet 1896, juillet
BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES 2ème volume JUILLET LS96 7ème livraison SAINTE-CLOTILDE DE OHATEAUGUAY La paroisse de Sainte-Clotilde a été en partie détachée de Saint-Rémi de La Salle.En se rappelant que c’est saint Rémi qui versa sur la tête de Clovis, époux de Clotilde, l’eau régénératrice du baptême, on comprendra tout de suite pourquoi cette paroisse a été mise sous le patronage de la première reine chrétienne de France.La première chapelle élevée à Sainte-Clotilde fut détruite par le feu.Reconstruite la même année elle fut de nouveau incendiée en 1884.On en profita pour reconstruire une église un peu plus spacieuse.Le nouveau temple fut béni le 2 août 1885.; _ Sainte-Clotilde fut desservie par le curé de Suint-Jean-Chrysostôme jusqu’à l’érection canonique de la paroisse le 11 novembre 1884.Les curés qui ont jusqu’ici été à la tête de la paroisse de Sainte-Clotilde de Chateauguay sont MM.Zéphir Auclair, 1884-1890 ; Louis-G.l’iamondon, 1890-1891 ; Joseph Desrosiers, 1891 ; A.de Liguori Laporte, curé actuel.Lierre-Georges Roy 98 — LE FRÈRE MARC En inventoriant la succession de feu mon oncle, M.le docteur Joseph Marmette, décédé à Saint-Thomas de Montmagny le 20 mars dernier, ses exécuteurs testamentaires découvrirent, dans une liasse de vieux papiers, un document intitulé : Testament du frère Mark.En ma qualité d’archiviste j’ai le plus grand respect pour l’orto-graphe des noms propres.Mais cependant, en la présente circonstance, je m’insurge et m’inscris en faux contre la minute de maître Thomas-Stanislas Vallée.Si l’excellent notaire vivait encore j’aurais la tentation de lui dire avec un personnage célèbre des romans de Daudet : — “ Par un C, monsieur le magistrat, par un C ! Le nom s’écrit et se prononce à la française .comme ceci, Marc.” Car je connais la signature du ftère récollet Marc Coûtant pour l’avoir lue, écrite, en caractères qui feraient honneur à la plume d’un calligraphe de profession, sur la première page d’un petit livre aussi curieux qu’intéressant : Les Paraboles du Père Bonaventure.A l’incendie de leur couvent de Québec,—survenu le G septembre 17%—nous touchons presque à la date centenaire de cette catastrophe—les Récollets rentrèrent dans le monde.“ l'n mois après ce sinistre, écrit M.de ( Jaspé dans ses Mémoires, on voyait à peine trois capuchons dans la ville de Québec : les iils de saint François, dispersés dans toute la colonie, gagnaient paisiblement leur vie comme les autres citoyens.” (*) Quelques-uns, cependant, continuèrent dans le siècle la vie monastique de leurs cellules et gardèrent jusqu’à la mort les vœux, la règle et le costume de leur père spirituel, le Grand Pauvre d’Assises.De ce nombre furent les frères Luc aux Trois-Rivières, Louis à Québec, et Marc à Saint-Thomas do Montmagny.(1) Cf : Lt Foyer Canadien, tome III, page 2b4, année 1S6G. — 99 — La publication du testament du frère Marc m’offrirait un bel à-propos d’écrire sa biographie.Je n’en ferai rien cependant.La peine et l’honneur en reviendront à mon ami M.Kaoul Lenault qui prépare, d’après une rumeur s accréditant de plus en plus, une très intéressante Histoire de Saint-Thomas de Monlmagny.Tout un chapitre sera sans doute réservé au frère Marc qui fut, sinon un personnage remarquable, du moins une des personnalités les plus originales de cette grande et belle paroisse.Je me permettrai seulement de donner sur l’humble religieux quelques détails intimes.Je les tiens de l'un de mes oncles, M.Olivier Marinette, qui l’a personnellement connu.Ces souvenirs, déjà lointains, datent du mois d’aoùt 1846, année où mon parent, alors écolier, était venu passer ses vacances chez son frère, M.le docteur Joseph Marmette.Il y fit naturellement la connaissance du frère Marc.Louis Coûtant était alors octogénaire, étant né à Québec le 2 janvier 1766.C’était un petit vieux, au teint bronzé, aux cheveux gris poussière, sec comme le veto d’un maître de salle, maigre comme un carême du diocèse de Québec avant l’an de grâce 1844, alors qu’un induit de Grégoire XVI en tempéra les rigueurs excessives.Encore se trouva-t-il de graves jansénistes pour regretter l’ancien régime, la Sainte Quarantaine du bon vieux temps, et attribuer à cet acte maternel de l’Eglise les désastreux incendies de 1845.(i) —0 sancta simplicités ! Marc Coûtant vécut dans un état d’austère pauvreté.Avec plusieurs de ses frères illustres de la grande famille franciscaine il croyait même que sa nourriture ne lui appartenait pas : encore moins convenait-il que son vêtement fut sien.Il ne possédait en propre que sa misère.qui ne l’était pas du tout.Car il sacrifiait héroïquement à ce principe, à ce dogme de l’abnégation (1) Faubourg Stdtoch de Québec, 28 mai 1815.Faubourg St-Jean de Québec, 28 juin 18-15. — 100 absolue, les convenances les plus élémentaires de la toilette.Non pas qu’il eût fait vœu d’être sale, à la façon de ce bon Frère Etienne que clmusonnait Voltaire, mais il poursuivait jusqu’à l’idéal, qu’il sut atteindre, l’esprit de pénitence et de renoncement particulier à son ordre.Frère Marc meurt comme il vit,.en odeur de sainteté.Lisez son testament et vous en demeurerez convaincu.Vous y verrez, qu’après le souci, bien légitime, de recommander son âme à Dieu, après celui de ses dettes, qu’il veut être payées, contrairement au commun usage qui tient à ce qu’on oublie ses créanciers à l’heure dernière, sa troisième volonté, son affre tertiaire, est pour son pauvre corps qui ne sera jkis changé après sa mort, pour son visage qui ne sera pas rasé, etc.Décidément, frère Marc n’était pas un dude ! Il fit montre de meilleur goût en se faisant horloger.Ce métier silencieux, savant, quasi artistique, allait bien à ses goûts de retraite, de travail, d’intelligente activité.Dans sa petite maison de Saint-Thomas, ayant pignon sur rue (i) comme la demeure d’un gens de lettres, Louis Coûtant revécut la paix laborieuse de sa bien-aimée cellule au couvent de Québec.Frère Marc n’avait pas suspendu d’enseigne à sa porte, il n’y avait pas non plus, dans la vitrine de son établissement, étalage de spécimens d'horlogerie, utilisés comme tire-l’œil par nos modernes orfèvres.Seulement, un cadran à chiffres romains, égal en diamètre à ceux-là qui ornaient le clocher de notre basilique de Québec avant 1890, emplissait littéralement toute une fenêtre.Ça se voyait de loin, à plus d’un arpent.C’était un privilège, fort apprécié des gamins vertueux de la paroisse, que d’être admis à voir travailler le bon récollet.En vérité frère Marc, à lui seul, composait tout un tableau de genre, vu de la sorte, dans la lumière insuffisante de ses lampes et de ses chandelles de suif, la loupe au front, courbé sur les délicates pièces de métal, et les maniant entre ses doigts aussi habiles qu’attentifs.Et (1) La rue Saint-Jean-Baptiste. — 101 — ceux-là d’entre les écoliers qui avaient déjà grignote du grec songeaient, en regard de cette grosse lentille incrustée dans le crâne du vieux moine, à l’œil unique de Polyphénie, le cyclope, d’homérique mémoire.Frère Marc vécut ainsi quarante ans à nettoyer, à réparer, à combiner des rouages de montres, à les démonter, à les remonter, pour les démonter encore, et vice versa, sans impatiences comme sans lassitudes.Un matin, celui du 4 mars 1840—toutes les montres, toutes les pendules, toutes les horloges de Louis Coûtant marquèrent une même heure pour le capucin.C’était la première fois, depuis le 2 janvier 1766,que les chronomètres se retrouvaient d’accord sur la vie du bon religieux.En excellent horloger qu’il était frère Marc voulut vérifier ce phénomène : mais il ne vit plus sur le cadran de ses montres et de ses horloges que des aiguilles affolées courant autour d’un disque où plus rien n’était gravé : pointillés de secondes et de minutes, chiffres des heures, arabes ou romains, tout était disparu sur l’émail ou le cuivre, luisant et poli maintenant comme des cymbales.Quel magicien avait donc effacé toutes ces mesures du Temps ?Qui donc avait ensorcelé, détraqué ses belles horloges, hier encore si exactes, si précises, et ne donnant plus, ce matin-là, que les notions obscures et vagues des clepsydres et des sabliers ?Et, dans le silence grandissant de sa stupeur, elle-même accrue dans une mesure de vitesse et d’intensité délirantes, une pensée vint au frère Marc, le souvenir d’un redoutable chronomètre, décrit autrefois dans les sermons de Bridaine, d’une horloge étrange, de fabrique inconnue, et dout l’effrayant pendule oscillait entre deux mots éternels : Jamais ! Toujours ! ! Louis Coûtant la reconnut, c’était bien elle, l’heure de sa mort, qui sonnait au quatrième jour du troisième mois de la quatre-vingt-quatrième année de son âge.Excentrique et fantasque, Marc Contant le demeura jusque dans l’autre monde.Par un caprice bizarre il demande qu’on l’enterre avec ses livres de prières et de lectures, ses chapelets, ses reliquaires.Tout un bibelot de — 102 — dévotions l'accompagne dans sa bière, et c’est encore moins un cercueil qu’une bibliothèque que le fossoyeur inhume le matin du 7 mars 1840.Bien que la sépulture de Louis Coûtant ne remonte pas même à cinquante ans, le secret de sa fosse est déjà inviolable, Bien n’en marque l’endroit précis au cimetière, et personne aujourd’hui des anciens de la paroisse n’en peut indiquer l’emplacement.Son corps, en apparence, est aussi perdu que celui du uautonnier péri en mer.Un jour cependant, quand sur le spécieux prétexte d’un progrès municipal quelconque on nier era l’ancien cimetière de Montmagny, les ouvriers frapperont de leurs pelles ou de leurs pics un monceau de bouquins rangés en une belle ordonnance contre les paiois d’un cercueil, parmi les ossements d un squelette les fossoyeurs ramasseront des chaînes de chapelets, des montures rouillées de reliquaires, des petites niches et des statuettes d’ivoire ou de bois.Inutile alors aux archéologues et aux antiquaires de I endroit de se quereller jusqu’aux coups ou de conjecturer a perte de vue sur la singulière trouvaille de ces braves gens : on aura tout simplement découvert la tombe du frère Marc.Au retour des funérailles — et toute la paroisse avait tenu a honneur d’accompagner le digne capucin à sa dernière demeure — les habitants de Saint-Thomas disaient entre eux : “ On va le manquer longtemps, notre bon récollet.” En effet, il leur manqua longtemps, aux vieilles et jeunes gens de Montmagny, cet humble religieux-horloger.II manqua aux petits gars de l’école habitués à s’accouder longuement, aux soirées d’hiver, à la table de son atelier ; il manqua aux pêcheurs de bars et d’achigans, de brochets et de Irrennes, dont il était l’assidu compagnon ; il manqua a son chien qui mourut, parait-il, du chagrin d’avoir perdu sou maître.Oar les plaisirs du franciscain étaient silencieux, — 103 — modestes, simples comme sa vie.(') Les Komains criaient aux empereurs : Panem et cir cernes, frère Marc disait tout bas : Canem atque pisces.Et voilà que, par une nuit sans lune, un chien perdu vint pleurer à la porte du capucin.L’abandonné fut accueilli comme un parent.François d’Assises ne disait-il pas “ Mon frère ” au loup très féroce de Gubbio ?C’était un animal vraiment extraordinaire que ce barbet orphelin qui semblait vivre de l’air du temps, car oncques ne le vit manger, boire ou dormir.11 ne jappait pas, ne mordait pas, mais, en revanche, à toute heure, en tout lieu et devant tout le monde, s’épuçait avec rage.On crut d’abord à une maladie de la peau ; mais l’opinion changea quand elle apprit que l’étrange bête avait l’habitude de coucher sur le capuce du moine.Cette conduite expliqua bien des démangeaisons, frère Marc, qui les partageait toutes, s’oubliait quelquefois à regarder son caniche avec une envieuse complaisance, un attendrissement jaloux—“ Le bienheureux 1 comme il se gratte ! ” Et aux intimes, qu’étonnait un soupir d’une telle profondeur, le récollet confessait qu’un vœu imprudent, un serment solennel, plus téméraire encore que celui de Jephté, l’empêchait d’en faire autant.Il avait les mains liées ; oui, liées jusqu’aux ongles.Sans le cilice et la haire qui ne le quittaient plus, sans la discipline, qu’il se donnait à tout propos, la position n’eut pas été tenable ! Et le bon frère se fut parjuré ! Cette anecdote, prétendue historique, exhale une forte odeur de légende.Elle Heure même l’irrévérence et semble l’écho lointain d’une vieille chanson voltairienne au sarcasme gouailleur et polisson.Un couplet m’en revient au bon moment.Il s’agit de la vêture d’un frère capucin, Papa Mignon.Avant que d’endosser le séraphique froc, l’ordonné prend la parole : (1) Fondre des cierges, enfiler des chapelets, confectionner lies hosties, des bouquets de Heurs artificielles, ou des diadèmes en fil d’or et brillants pour les ostensoirs, cultiver des jardins, vendre des simples et des légumes, travailler l'horlogerie, la reliure, tailler des habits, faire l’école aux enfants pauvres, leur enseigner le catéchisme, telles étaient les occupations quotidiennes et 1**9 petits métiers des frères récollets demeurés dans le monde après l'incendie de leur coûtent de Québec. — 104 — “ .le promets obéissance Dit-il, à votre observance Je veux faire pénitence Sans plus longtemps différer.Je vivrai dans la vermine San» jamais à mon échine Porter la main pmir me gratter ! Barbe-Sale sera mon noni Au lieu du doux Papa Mignon ! ” C’est de l’anti-moine pur ! n’en déplaise aux calem* boulistes.—Qui m’assure (pie le benoît et onctueux Louis Contant ignorait cette chanson-là ?qu’il ne l’ait pas chantée lui-même avec ses frères capucins, Ambroise, le cuisinier, Alexis, Bernard et Bernardin, Louis et Paul, en plein réfectoire du couvent, alors que le Révérend Père Supérieur Félix De Berey avait eu la bonne pensée de s’absenter et d’aller rendre visite à ses grands amis, les officiers de la garnison de Québec ?Cette espièglerie n’eût pas d’ailleurs été jugée un cas pendable.J’ai toujours un peu soupçonné Louis Coûtant d’être un madré compère, retors à ses heures comme pas un, malgré son air bonhomme.Ennuyé de se voir observé! guetté, espionné par des voisins d’une curiosité et d’une indiscrétion incurables, frère Marc s’amusait à les blaguer suis cape, à les faire poser, à les pincer sans rire.Voulant pratiquer tout à son aise la règle de saint François, et dans la perfection de sa plus stricte observance, il imaginait de cacher sous des raisons plaisantes les motifs véritables de ses pénitences et de ses mortifications.Il s appliquait, aux yeux de ces témoins inévitables, à diminuer ses mérités, a atténuer l’eclat de ses austères dévotions.Et, sans trop chercher, il trouvait des badauds, à candeurs naïves, pour croire mordicus qu’il se fouettait l’échine par sensualité.Après son chien, ce que frère Marc aima le plus au monde fut sa perche de ligne.Il l’appelait “ ma sœur ”, dans l’intimité de ses monologues.Il disait encore “ mou frere l’hameçon,” parlait latin à ses appâts : mater vua et soror mea vermibus.Comme tous les religieux de son — 105 ordre il possédait cette faculté poétique d’animer, de transfigurer, de personnifier toutes choses et de les mettre en scène.A l’instar de son ancêtre spirituel frère Marc conversait-il avec les fleurs, les oiseaux, les abeilles ?Je n’en sais rien.A-t-il jamais répété le miracle d’Antoine de Padoue à Kimini et prècha-t-il “ ses frères ” les poissons ?Je l’ignore davantage.Son silence, toutefois, dut être fort éloquent, car le bon franciscain revenait toujours chargé de dépouilles opimes.Truites de la Rivière-aux-Perdrix, aehigans de la Rivière du Sud, brochets du Bras Sa int-Nicolas crevaient son panier au retour de chaque expédition.Je ne dis rien du menu fretin : poissons blancs, gougeons, carpes et brennes, qui se disputaient l’honneur de frire à son déjeuner.Rarement le frère capucin était-il partie à ces fêtes mondaines connues à Saint-Thomas sous le nom de pêches au bar : excursions d’amateurs et de touristes, citadins de haute pègre ou dégommés de bas étage, pour la plupart étrangers à la paroisse, et dont les manières et les goûts contrariaient les siens.Le beau tapage de la jeunesse dorée l’effarouchait positivement, car pour lui la pêche était moins un amusement qu’une méditation habituelle, continuée, du silence de sa cellule ou de l’église, à celui des prés, lourds de chaleur et de lumière.Quelquefois, en rase campagne, en pleins champs d’orges ou de blés, d’avoines ou de foins ondulants comme des vagues, une silhouette étrange apparaissait.Vue de loin, sa raideur, son immobilité, le mouvement automatique du bras droit l’eussent fait confondre avec un mannequin, un de ces bonshommes île paille, épouvantails de vergers.Mais regardée de près l’erreur n’était plus possible et le capuce brun du récollet se détachait en relief sur les jaunes d’or des moissons ou les verts émeraudes des hautes herbes.Seulement on se demandait si, pour pêcher de la sorte dans les sillons et les pièces de grain, le bon frère mendiant n’avait pas re
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