Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 août 1906, août
B U L L E TIX 1MCS RECHERCHES HISTORIQUES VOL xri AOUT 1906 No 8 NOTES SUR LA ?A MIL LE COELOM DE VILLIE RS (Suite) V Louis Coulox us Villiers oit le Giu.vd Villiers La mort de Jnmonville en 1754, ne laisse plus que deux survivants des frères Coulon de Villiers : Louis •et François.Tous deux se sont fait remarquer tant pour le nombre que pour l’importance des services qu’ils ont rendus à la colonie ; seulement il faut donner à chacun la part qui lui revient et c’est, à notre ¦avis, la partie importante de notre travail.Juinonville fut vengé par un de ses frères : Louis ou François évidemment, puisque ce sont les seuls qui lui survécurent ; mais lequel des deux ?Certains historiens ont prétendu, il est vrai, que Nicolas-Antoine avait été le vengeur de Jumoh ville, mais nous avons prouvé en son lieu que cette affirmation n’est pas exacte et nous n’y reviendrons pas.D’autres, comme Dusaieux, (1) Thwaites, (2) M.E.Mallet, (3) etc., affirment que c’est Louis ; enfin une (1) Le Canada sous la domination française,p.12.'i,note (2) Relations des Jésuites, Edition Burrows, vol.70.(3) Washington et Coulon de Villiers, (Bulletin do la ¦Société historique Franco-Américaine, Boston 190t>.) •2-20 — tradition respectable conservée dans la famille de-François attribue à ee dernier l'honneur de cette vengeance mémorable.Si.à notre tour, il nous est permis do donner notre opinion, non.- dirons, sans cependant prétendre à l'infaillibilité, (pie Louis, surnommé le Grand Villiers, a été le véritable vendeur de Jnmonville, c’est-à-dire celui qui prit !*¦ fort Nécessité en 1754.Quelques documents bien clairs, bien catégorique* auraient réglé la question ; il eut suffi qu’un bon vieux papier du temps eût porté en toutes lettres le nom de Loui- ou celui de François, en rapport avec la prise du fort Néc-ssiié : malheureusement les messieurs de ^ illiers n’étaient pas prodigues de leurs noms de baptême et les autorités (lu temps ne s'en souciaient pus davantage.Nous nous contenterons donc de documents moins affirmatifs mais dont l’ensemble, croyons-nous,ne laisse pas que de prouver notre avancé.Le moyen le plu* sûr est de donner le cirsus vitœ de Loui-, de le dégager, pour ainsi dire, de ces à peu près qui ont fait qu'on l'a confondu si facilement avec son frère le chevalier François.* L ne remarque avant d’aller plus loin.Les nombreux manuscrits et imprimés que nous avons consultés.a quelques exceptions près, nous ont permis de constater que Louis était généralement connu sous le seul nom de M.de Milliers, capitaine ou officier delà colonie, tandis que François était toujours ou presque toujours appelé M.le chevalier de Villiers.Ajoutons encore que Louis fut plus particulièrement etnplové dans le pays des grands lacs ou dans les environs de Montréal tandis que François qui était officier à la-Louisiane y demeurait le plus souvent. Louis naquit à Verchères le 10 août 1710 ; il eut pour parrain Louis Audet fer «le Bailleul et pour marraine Marguerite , (5) Flip, de Richard 1899, p.32.(G) U.Beaudry, Un vieux fort français.Rapports do la •Société Royale, V, p.97. — 228 — En novembre 1746, le général fait partir u M.de-Villiers, lieutenant îles troupe.-» avec cent Sauvages de l'Acadie «pii hivernent aux environs de Québec pour se rendre à Montréal pour, de là.être distribues dans-les différentes garnisons établies snr les frontières ver-le fort St-Frédérie.” (1) Il doit s’agir ici de Louis puisqu'un mois de juillet précédent M de Beaubarnois avait nommé le chevalier pour servir sous les ordres de M.DeMuv dans les pays d’en haut (2) et que Nicolas-Antoine et Jumon-ville étaient en Acadie.Le 12 avril 1747, M.de Villiers officier, 8 cadets et 100 habitants partent de Montréal pour Chateaugué à l’occasion de plusieurs pistes que les Iroquois assuraient avoir vues ; ils revinrent sans avoir rien trouvé.(3) , , .M.de Villiers était souvent à Montréal où il demeurait au retour de ses expéditions.Le 10 février 1749, il y est témoin à un mariage “ Cou Ion de Villiers.lieutenant dans les troupes ”, il signe “ de Villiers 14) Le 7 juin 17.S0, il est parrain et encore lieutenaut -r il siifiie tout court : “ Villiers ”, (5) Peu après, il alla (.rendre le commandement du por-te des Miamis.Ses instructions, dgnées par la Jonquière, sont datées de Montréal.1Ô juillet 1750 : ,l pour le Sr de Villiers, lieutenant d’infanterie, commandant au poste des Miamis.” v 1 C >rresp >rfi de» g-viv.—cojiic aux Arch, du S«bn .J i Arch, du S,m.(3) Do .R.a U y F.Ill, p.332.(4) Rcir do Monmal.(^5 Ibid. Après lui avoir ordonné de partir incessamment dims un canot du roi avec deux soldats pour se rendre au poste des Miamis avec le convoi de M de Celoron qui va au Détroit, le gouverneur ajoute : “ Nous l’avons instruit des dispositions peu avantageuses des nations du «lit poste pour les trançais et il sait que nous nous sommes détermine a lui eu donner le commandement que sur le crédit .Arch du Sém.(4) Arch du Sém. novembre avec M.de Villiers pour revenir ensemble à Montréal.” (1) Pendant l’hiver de 1755-56, M.de Vaudreuil se prépara à déloger les Anglais do Chouaguen Cette campagne était réservée a Montcalm ijai arriva a Québec en mai 1756.Elle tut couronnée île succès et M.de Villiers s’y distingua.Ce tut lui qui, après s’être fortifié à Niaouré, commanda le camp d’observation.harcela les ennemis et les empêcha de communiquer avec les pays d’en haut (2).Au siège même de Chouaguen, il commandait la colonne de droite et était chargé d’empêcher les Anglais de sortir du fort.^ Enfin, le 14 août, Montcalm était maître des trois torts et le soir du même jour,à 8 heures, M.de Villiers partait pour aller porter à M.de Vaudreuil les cinq drapeaux que les Anglais avaient laisses dans la place.(3) On peut croire qu’il fut bien reçu par le gouverneur ! M.de Vaudreuil qui l’avait déjà recommandé à la Cour l’année précédente écrivait le 8 novembre 1756 en le proposant pour la croix de St-Louis : “ Je dois ajouter aux observations que j’eus l’honneur de vous taire l’année dernière en taveur de cet otfieier, les (1) Lettre du 1!) oct.1755.—Arch du Sém.(2) Journal de Montcalm.(3) Journal de M.de Lut.—Dans son ouvrage : La jeunesse de Bougainville, M.de Korallain, si bien renseigne du reste, écrit (p.40) que Bougainville dépêché à Aiont-t l’éal, y porta la glorieuse nouvelle.Or, bougain\itle dit dans son journal qu’il arriva a Montréal le 2ti août à 104 heures, dépêché la veille du tort de la Présentation.M.de Villiers n’était-il pas déjà rendu t succès qu'il ii eus pendant qu’il a commandé le camp d’observation que j’avais établi à portée de Chouaguen pour intercepter les secours ennemis.Ji s’est, parfaitement distingué à l’expédition des trois forts après quoi, il a rejoint l’armée à Carillon et y.a resté pendant la campagne.” (1) Montcalm qui arrivait an Canada et qui n’est pas tendre pour certains officiers canadiens qui prirent part à cette campagne, trouve pourtant que M.de Villiers est bon.(2) Mous verrons que bientôt Montcalm reconnaîtra tout son mérite.La’campagne une fois terminée, M.de Villiers revint de Carillon à Montréal où il passa l’hiver en garnison.On sait que lors de la capitulation du fort Nécessité, le commandant français s’était fait remettre, comme otages, deux officiers anglais : Jacob Van Bruant et Hubert î'tolio.Ce dernier profita de ton séjour ail fort Duquesne, où on lui avait laissé une liberté presque complète, pour jouer le rôle d’espion.Il leva meme le plan du tort et l’envoya ;ï l’ennemi.On trouva la lettre qui accompagnait ce plan dans les papiers de Biaddoek après lit bataille du la Monongahéla.Indigné, M.de Vaudrouil fit passer les deux otages devant un conseil de guerre.Le procès s’ouvrit en octobre 175ü, à Montréal où Van Braam et Stobo étaient depuis assez longtemps.Appelé en témoignage, M.de Villiers parut le 3 novembre 1756 et déclina ses noms, prénoms, etc, comme suit : “ Louis Coulon Ecuyer, sieur do Villiers, (1 ) Arch, de la marine.- Copie au S m.) Mont'aim à Ltvs.17 août 1756—Collect.Lévis. — 230 — capitaine d’infantorie, âgé (le 4 < ans, demeurant, ou garnison à Montréal, rue St-l’aul, paroisse Notre- Dame.” (1) .Il lut interrogé sur une conversation quit niait entendue durant l’hiver de 17 )5, à Montréal, chez M.de St-Luc, conversation dans laquelle Stobo aurait avoué avoir écrit la lettre en question.Au cours du procès M.de Villiers et Stobo déclarèrent qu’ils se connaissaient bien.^ Le conseil de guerre condamna le traître à avoir la tète tranchée, ce qui ne tut pas execute.L’année 1757 tut remarquable surtout par la prise du tort William-IIenry.Dans cette campagne, de Villiers, à la tète de 300 volontaires et de quelques Sauvages, se distingua comme toujours.Dès le 24 juin, Montcalm écrivant à Vaudreuil pour lui faire part du succès de deux détachements fiançais et de celui de M.Rigauil de Vaudreuil surtout, disait : “ M.de Villiers dont je ne saurais trop me louer a eu beaucoup de part à l’arrangement de ce détachement et.il la détermination des Sauvages.Cet officier a marché hier, avec ce zèle que vous lui connaissez, mais infructueusement, pour couper retraite à un petit parti le Sauvages ennemis.• Cet officier dont, la réputation est bien taite n’a pas besoin d actions pour l’augmenter,mais il profitera bien de toutes celles (pie la fortune lui présentera à la guerre.(-) Voilà, certes, un bel éloge et pourtant on notait qu’au début de la campagne qui se termina par la prise de William-Henry et pendant laquelle de Villiers ne se démentit pas.( 1) Arch, de la marine 175G.—Copie au Sein.p>) Doc.Rel.à la Nouvelle-France, IV, p.111.i 240 — Tant d’intelligence, d’activité et de bravoure méritait bien une récompense ; elle arriva à l’automne de 1 ittiine au regiment de Berry.(1) L’auteur du Dictionnaire gènêalhgiqae lie mentionne pas d’enfants issus do ce mariage.Il nous reste maintenant à ajouter quelques explications et éclaircissements sur un point que nous n’avons pas voulu discuter en son lieu afin de ne pas interrompre la suite de notre récit, c’est-à-dire, ce Louis de Yilliers est-il réellement le vengeur de Jumonville ?Pour nous, nous n’en doutons pas, malgré la tradition ou plutôt avec la tradition qui veut que ce soit François.En effet, cette tradition sera vraie si on l’applique à ce qui s’est passé en 1756 alors que le chevalier de Yilliers, parti des Illinois dans le dessein d’aller venger son frère Jumonville, attaqua et prit le fort Granville.Ce serait comme une seconde vengeance et on s’expliquerait comment ou a pu la confondre avec la première en* 1764.D’ailleurs à cette tradition on peut en opposer une autre non moins respectable et plus rapprochée des événements.Nous voulons parler de celle de la famille de Gaspé alliée aux Coulon de Yilliers.Ignace Aubert de Gaspé qui avait épousé Marie-Aune, sœur des MM.de Villiers, faisait partie de l’expédition commandée par son beau-frère de Yilliers contre le tort Nécessité, (i) _ ^ Il devait donc savoir et madame de Gaspé de même quel fut le commandant de l’expédition et l’on parlait souvent, dans la famille, et de Jumonville et de son vengeur.Or Ignace Aubert de Gaspé et Marie-Anne ( 1 ) Tanguay, III, p.168.( 2 Arch, du Sém.—Papiers de Gaspé. I — -244 — Coulon do Villiers étaient le grand’përe et la gr'aml’-mère de l’auteur des Anciens Canadiens, et celui-ci, dans les notes qu’il a ajoutées à son ouvrage, écrit, en parlant de celui qui commandait le détachement français qui prit le tort Nécessité : “ Mon grand oncle Coulon de Villiers mourut de la picote à l’âge de soixante et quelques années (sic) en répétant sans cesse ces paroles : “ Moi.mourir dans un lit, comme une femme ! Quelle triste destinée pour un homme qui a affronté tant de fois la mort sur le champ de bataille ! J’espérais pourtant verser la dernière goutte de mon sang pour ma patrie.” (1) Et qn’on ne dise pas,parce que M.de Gaspé ne donne pas le nom de baptême, que ces paroles peuvent s’appliquer à tous les Coulon ; car il n’y en eut qu’un (pii mourut de la petite vérole après 1754 et c’est Louis, nous l’avons prouvé.Encore un mot.Bossu, un contemporain, que nous avons déjà cité, écrivait au sujet de l’expédition du chevalier, en 1756 : “ Il re faut pas confondre M.de Villiers surnommé le Grand Villiers qui fut venger la mort de Jumon ville, immédiatement après son usssas-sinat en 1753 (sic), avec le chevalier de Villiers qui commandait ce détachement.” (2) Cette phrase se passe de commentaires.A ces preuves nous en ajoutons une autre, sinon certaine du moins probable, tirée des signatures des deux frères.Nous n’en connaissons qu’une de François ; elle est de 1762 et se trouve aux registres de St-Louis de la Nou-velle-t trléans.(1) Anciens Canadiens, édition Côté, 1877, p 215.(2) Bossu, Aiouveaux voyages, etc, Paris.1768, p.212.note. — 245 M.Cruzat a bien voulu nous en envoyer une photographie que nous reproduisons ici.Quant aux signatures de Louis elles sont variées mais elles se ressemblent toutes.Nous en donnons trois.La première est celle tie son acte de mariage ; il ne peut donc y avoir de doute sur celle là.(1) seconde prise dans les ouvrages de Winsor (2) et de l’abbé Daniel ; (3) on ne dit pas que c’est la signature de Louis, mais elle ne ressemble à celle d’aucun de ses frères.( I ) Calquée sur le registre do N.-D.de Montréal.(2) Narrative and critical History of America.(3) Histoire des grandes familles. 246 - La troisième est txîras’e d'un fac-similé de la capitulation, conservé au séminaire de Québ c.
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