Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 février 1912, février
BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL XVIII LEVIS-FEVRIER 1912 No.2 LES MONOGRAPHIES PAROISSIALES On l’a «lit bien souvent, c’est avec les histoires de paroisses qu'on fera une histoire du Canada complète, impartiale, vraie.La lettre suivante publiée dans la Semaine religieuse (la diocèse il’Arras, ou France, encouragera peut-être nos curés canadiens à entreprendre la tâche d’écrire et de publier l’histoire «le leur paroisse : “A la campagne, depuis le mois de juin jusqu'au mois d’octobre, tout le monde s’occupe activement «;t fait monter sans cesse vers Dieu la prière «lu travail, si belle quand elle s’échappe d’un cœur chrétien sachant offrir ses peines et ses sueurs au ciel pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.“ Pendant ces longs nuis d’été, le ministère laisse au clergé rural d assez nombreuses heures de loisir.Comment employer ce temps libre ?‘Une des grandes joies et le meilleur honneur que puisse rêver le prêtre, c’est l’amour du travail intellectuel.— Les charmes et les consolations de l’étude ! Qui les connaît mieux et peut en parler avec plus de conviction «|Ue le curé de campagne «pii sait y adonner son esprit et son cœur ! ‘ Croyez 1 bien, cher monsieur le curé, il ne me vient pas à l'idée de vous donner des conseils, à vous et à ces admirables prêtres qui sont nos pères dans la foi.Il faudrait pour cela une autorité, une mission et un talent que je ne possède pas.Mais, à l’exemple d’hommes de la bonne école, j’ai toujours compris que l’amour de l’étude et du travail intellectuel sont l'aliment, le complément indispensables de toute vie pastorale bien réglée.“ L'expérience est faite depuis longtemps : on a souvent rencontré des curés bâtisseurs d’églises et de presbytères, directeurs d’œuvres, fondateurs d’écoles, et qui de temps en temps trouvaient le moyen de jeter dans le public une publication signée de leur nom et que le public accueillait toujours avec intérêt.“Grâce à Dieu, dans la plupart des presbytères de la campagne et même des villes, le travail intellectuel est toujours en honneur.Malgré l’éloignement des grandes bibliothèques et la difficulté de se procurer des livres, nos prêtres de village savent être des hommes d’étude.“ Les études historiques semblent, de nos jours, attirer particulièrement l’attention des curés de campagne.La vogue est aux mémoires, aux monographies, aux recherches d’histoire locale.Beaucoup de prêtres se sont mis avec ardeur à compulser les anciens registres, à consulter les vieux papiers et à recueillir les antiques traditions, pour faire une notice historique sur le petit coin de terre qui lésa vus naître ou le bercail dont ils ont la charge comme pasteurs des âmes.“ Bravo 1 Voilà de la bonne besogne, accomplie dans les moments libres, après toutes les autres occupations d'une vie sacerdotale bien réglée.Nous avons besoin de toutes ces monographies pour aidera élever définitivement un jour cet admirable monument qu'on appelle l’Histoire du diocèse, l’Histoire de l’Eglise.— Quelle gloire pour un clergé qui prête ses efforts personnels et unanimes pour une telle Œuvre ! “A côté dos questions générales qui sont du domaine d un petit nombre, il y a les questions locales.On la dit depuis longtemps, et les esprits judicieux sont unanimes à le reconnaître : ‘Chaque curé a pour ainsi dire la mission “d’écrire l’histoire de sa paroisse “depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours”.En effet, pour ceux qui veulent s’en donner la peine, dans les annales de la plus petite paroisse, il y a de quoi occuper tous les moments libres du ministère pastoral.Pour cela, dira-t-on, il faut sî faire historien, hagiographe, archéologue, géologue, géographe, etc.—Pourquoi pas?Est-ce que cette occupation, ce plaisir, cette récréation, si l’on veut, n’en valent pas d’autres ( “ Qu importe le sujet choisi, pourvu qu’il soit une alimentation à la vie intellectuelle et puisse montrer l’action de Dieu et l'influence de l'Eglise sur ce petit coin de la vigne dont on a la charge.“ Sans doute, il en est qui trouvent excessives, “ inutiles même la recherche et l’étude des vieilleries." C’est la réflexion des intellectuels dont l'horizon s'arrête aux faits divers d’un journal ; eh bien, vrai, on a le droit d'avoir un autre idéal.“ Vivons de l’histoire et faisons vivre l'histoire.“A mon humble avis, la première étude qui s'impose avant tout autre à chaque curé de campagne, dès son arrivé- dans sa paroisse, c’est l'histoire de son église.Sur ce sujet, il y a un cadre à remplir, un programme à étudier, que tout prêtre peut aborder et traiter avec succès.“ Par exemple : “A quelle époque remonte l’église paroissiale ‘ — Par (pii a-t-elle été bâtie —Quel est son style '—De qui dépendait-elle ?— D’un évêché '—D’un prieuré '— Etait-elle église abbatiale, collégiale, seigneuriale, paroissiale ?— A-t-elle subi des transformations ?— A l’extérieur, quels sont les détails qui la caractérisent : Portail, contre-forts, bas-reliefs, inscriptions, écussons statues, dimensions, etc.! — A l'intérieur, quelles sont les dimensions; longueur, largeur, hauteur ?— Quel est son aspect ' — Quel est le mobilier : autels, statues, chaire, confessionnaux, tableaux, châsses, statues, etc.' Quelle est l’origine et la valeur de ces objets ?Combien le clocher renferme-t-il de cloches ?Quelles sont les inscriptions ?" Ne trouve-t-on pas sur le territoire de la paroisse d s ruines ou au moins des vestiges d’anciennes églises ou chapelles détruites pendant les guerres ou enlevées au culte par la Révolution '—A quelle époque remontaient ces anciennes églises ou chapelles disparues ''—Comment, par qui, dans quelles circonstances ont-elles été enlevées au culte, etc i “Quel était le patron laïque de l’église actuelle?—Qui nommait à ce bénéfice ' “Quel est le saint titulaire de l’église ?-Quel est le saint titulaire de la paroisse — Est-ce (pie ces maints patrons n’ont pas été changés au mépris des regies île bi liturgie et des anciennes traditions pour satisfaire un engouement plus ou moins intelligent en laveur de nouvelles dévotions à la mode ?” Hélas! nos bons vieux saints, les saints qu’invoquaient nos pères, dont ils donnèrent les noms à leurs enfants, dont on raconte les légendes et les mi-raides dans les réunions familiales, qu’on priait dans toutes les nécessites, ont été détrônés trop souvent de leur ancienne place d'honneur : parfois on les a mis au rancart et au rebut comme on le ferait pour de vulgaires députés ou de simples sénateurs qui ont cesse de plaire.On a complété l’œuvre de la Révolution en expulsant des églises paroissiales beaucoup de nos vieux saints., i-omiue on a expulsé les religieux dr b ui s monastères et les curés de leurs presbytères ! De grâce, ayons pitié de nos vieux saints ! “Oh ! si on savait le comprendre,combien VJ’Ha- — 37 — giographie paroissiale,” ainsi qu’on l’appelle, est faite pour retenir plus d’un bon esprit et inspirer d'excellents travaux ! On peut affirmer sans crainte d’être démenti que le très grand nombre des églises avaient autrefois des dévotions, des confréries, des pèlerinages, des fêtes spéciales avec un caractère particulier et local.Tout cela était la vie et l’honneur de la paroisse que vous administrez, mon cher curé.— Pourquoi ne pas vous mettre à cette étude i “ Les pratiques de la religion, les dévotions locales sont parfois l’objet de nombreuses attaques.Sans doute, toutes ces attaques n’ont rien de fondé, je le sais ; mais il en est de perfides, de spécieuses et qui perdent les âmes.—N’est-ce pas aux prêtres et à nous catholiques, de faire cesser ce scandale historique ?“Evidemment, pour un tel travail, il faut mesurer ses forces, recueillir des matériaux, préparer la besogne.Mais, de grâce, il ne faut pas reculer.Qu’on se mette à l’œuvre.“Il faut d’abord consulter les ouvrages imprimés : ils sont nombreux.Avec les renseignements bien choisis qu’ils renferment, on peut arriver a un excellent résultat, même pour les travaux les plus difficiles.Toutefois, il faut bien se persuader qu'avec les seuls renseignements puisés exclusivement dans des ouvrages imprimés, on ne saurait composer une œuvre de valeur.11 faut avoir recours aux manuscrits, aux textes originaux, selon l’axiome aujourd hui admis par tous : “Les sources, les sources, toujours remonter aux sources ” ( )n ne publiera jamais assez de textes.“ Les bulles de fondation des anciennes confréries, les règlements édités à différentes époques avec les approbations épiscopales, le catalogue des indulgences, les registres aux délibérations, les livres de comptes, les cueillons, etc., sont autant de sources qu’on peut consulter avantageusement. 38 — “De plus, il y a encore, dans la paroisse, des vieillards : quel bonheur de les interroger et de les faire parler ! — Il y a encore de vieilles traditions : quel plaisir de les recueillir, de les noter, de les contrôler ! “A toutes ces sources vous avez pris de nombreuses U^tes.J’aime à vous voir en possession d’une grande quantité de fiches, avec lesquelles vous jouez aussi facilement qu’un joueur émérite le ferait avec un jeu de cartes.Cest le moment de classer comme vous l'entendez.“Les plans, les programmes, les méthodes d’hagiographie paroissiale abondent : on a l’embarras du choix.Vous pourriez cependant classer toutes vos notes sous ces titres : 1° Origine de la dévotion.2° Les Confréries : règlements, indulgences, revenu, 3e Les Reliques: origine, reconnaissance 4° Les Statuts : caractère, description, valeur.5° Fêtes : leur caractère.li1"' Pèlerinages locaux, régionaux.Prières, pratiques, etc.“L’esprit fixé sur vos notes, vos chères notes, amassées au prix de tant de peines, mettez-vous à l’œuvre pour écrire votre premier ouvrage, que d’autres suivront.Rien (pie d’y penser, l’eau va vous monter à lu bouche ! Bon courage."Après 1 étude historique de l’église paroissiale et des saints patrons, chaque curé a encore le devoir d étudier 1 histoire des prêtres qui, avant lui, ont desservi la paroisse.Pour ce travail, les vieux registres de catholicité et les anciens comptes seront sa principale ressource, à laquelle toutefois il pourra ajouter les archives de l’évêché.A la liste des anciens curés et vicaires, pourquoi ne pas tâcher de joindre celle des prêtres nés dans la paroisse 1 Jadis, chaque village, chaque hameau, offrait son contingent au recrutement de la milice sa- crée.C’est un acte de justice de faire revivre les vénérables familles patriarcales, toujours heureuses de découvrir et de favoriser les vocations religieuses.Tous ces noms rappellent à l’esprit et au cœur quel-i|ue chose de la vérité, de la beauté, de la douceur des temps anciens.“Je m’arrête, monsieur le curé.Je me figure vous voir et vous entendre me reprocher en riant mon enthousiasme pour l’histoire locale, pour l’hagiographie paroissiale.“Que voulez-vous ?Le travail intellectuel, sous toutes ses formes, me semble si naturel, si indispensable, si honorable dans un presbytère de campagne, que je cède toujours au désir de le recommander.“Enthousiasme de ma part, direz-vous, soit.Mais laissez-inoi vous faire remarquer qu’à l’exemple du grand Pape d’aujourd'hui, qui a succédé à l’autre grand Pape d’hier, le très grand nombre de nos évêques de France poussent leurs prêtres à faire l’histoire de leur paroisse.“Alors, si vous dédaignez, non sans raison peut-être, le vulgaire correspondant que je suis, vous ne manquerez pas d’écouter, avec le respect qu'ils méritent, la voix de nos évêques qui plus que jamais restent pour nous des pères qui commandent, des chefs qui dirigent, des docteurs qui instruisent.“Adieu, monsieur le curé.Au plaisir de lire votre premier ouvrage.C.” LES ILES DE LA MADELEINE Les îles de la Madeleine sont situées dans le golfe Saint-Laurent, à environ 500 milles de Québec, à 150 milles des côtes de Gaspé, et à 100 milles de Pictou.La terre la plus proche—File du Prince-Edouard—se trouve à 52 milles de distance. 40 — Elles ont une longueur d’environ 45 milles et ne dépassent point 13 milles dans leur plus grande largeur._ Les iles de la Madeleine turent découvertes par Cartier, lors de son premier voyage dans le golfe, en 1534.Le découvreur les baptisa sous le nom d’îles Ramées, Bryon et d’Alezay.Sous le régime français, il n'y eut guère d'établissements sédentaires aux îles de la Madeleine.On y venait le printemps, puis à l’automne on reprenait le chemin du pays, comme le font aujourd’hui les pêcheurs français de Terre-Neuve et de Miquelon Lors de la Cession, on ne comptait encore que 10 familles résidentes sur les iles.Ces familles vivaient principalement de pêche, ne cultivant que quelques légumes.En 1821, la population monta à 133 familles et dix ans plus tard à 153.En 1850,1e recensement donnait aux îles de la Madeleine une population de 2,202 âmes, et celui de 1801 près de 3,000 habitants.Le recensement de lüOl lui attribue une population de 4,103 âmes, et l'on y compte actuellement plus de OOOO âmes, dont les sept huitièmes sont d’origine acadienne.Les iles de la Madeleine comprennent un groupe d une dizaine d’îles désignées respectivement sous les noms de Amherst ( ancienne Alezay), Etang du Nord ou Grindstone (ancienne île aux Meules), Alright, Coffin (ancienne île Royale) Grosse lie, Ile du Loup, < orps-Mort, Bryon, lied Entrée, Rocher aux Oiseaux Quelques-unes de ces îles sont plus ou moins reliées ensemble par des duves de sable ou des lagunes d une étendue considérable.bile Amherst est la plus importante du groupe.Sa longueur est de onze milles et sa largeur varie d’un demi-mille à quatre milles.Cast sur 1 île Amherst que se trouvent les bureaux publics, le palais de justice, le bureau d enregistre- — 41 — ment, le télégraphe, etc.11 y a aussi sur cette île deux églises catholiques, l’une au Havre Aubert et l’autre au Bassin.Les Episcopaliens ont une chapelle au Cap Griedley, sur la même île.L’île Amherst reçut son nom du général Amherst qui prit une part si active dans la conquête du Canada.L’île Grindstone doit son nom à la pierre à meules qu’on y trouve en assez grande quantité.Elle a une population de plus de 2,000 âmes, et une belle église catholique.C’est le centre commercial le plus considérable de l’archipel.Les autres îles, comme Idle Cotlin, l’ile d’Entrée, Idle Bryon et la Grosse lie, ont peu d’étendue.Le Corps Mort n’est qu'un rocher.A quarante milles de Idle Cotlin, on rencontre les Rochers aux Oiseaux.Ils ont une longueur de 900 pieds sur une largeur de 360, leur hauteur est de 143 pieds Les îles de la Madeleine font partie de la province de Québec.Pour les tins politiques, en ce qui regarde au moins la représentation au Parlement du Canada, elles sont incorporées au comté de Gaspé.Depuis 1895, elles ont obtenu le privilège de se faire représenter à la législature de Québec.Au point de vue religieux, les îles de la Madeleine dépendent de la province ecclésiastique de Idle du Prince-Edouard ; c’est l'évêque de Charlottetown qui choisit et nomme les curés des cinq paroisses des îles de la Madeleine.Les notes qui précèdent sont détachées d une excellente étude de M.Eugène Rouillard, publiée dans le “ Bulletin” de la Société de Géographie de Québec. — 42 — L’ÉTABLISSEMENT DES RECOLLETS A LILE PERCÉE, 1673-1690 (Suite et tin) C’est ainsi qu’en 1639 même, un an avant le drame terrible auquel nous allons assister, M.de Frontenac, ayant mouillé à Percé en revenant d’Acadie à Québec, avait été informé par les Récollets qu’un forban de Boston avait pris sept ou huit bâtiments français sur le Grand Banc «le Terre-Neuve.(1) L'année suivante, Pile Percée elle même devenait la proie des forbans.Sa mission ruinée, le Père Jumeau s’embarqua pour la France, où il arriva sain et sauf, non sans avoir échappé à plusieurs dangers.Débarqué à Î lsle-Dieu, il s’empressa d’adresser à son cher collègue d'autan dans la mission de Percé et de Gaspé-sie, le récit du drame dont il avait été le témoin : “ J’apprens avec bien de la douleur, écrit le Père Leclerc, au début de sa Nouvelle relation (p.5), par un de nos missionnaires, le Reverend Père Emanuel Jumeau, qui est de retour du Canada, dans le temps même qu’on imprime cette Histoire, que 1 Hospice & l’Eglise que nous y avions fait bâtir, & que les Sauvages les plus barbares de la Nouvelle France avoient en singulière vénération, n’ont pas été à l’abri de la fureur \r delà rage des Anglois, Hollandoisfe François renégats, qui ont tout réduit en cendre, avec des circonstances capables de faire frémir d horreur l’enfer même.” Puis le Père Leclercq insère en son entier le récit du Père Jumeau, (pie nous reproduisons : “Mon Reverend Père, — Je passe sous silence le detail affligeant du naufrage que nous times l’année passée, dans une nuit affreuse, le vingt-troisième de ( 1J Coll, de document relatif»àl'Hut.de la X.Fiance, I, 4>'i6. — 43 — Novembre,contre le Cap des Rosiers, à quinze lieues de 1 Isle Percée, &du malheur (]Ue nous avons en celle-ey, d avoir été pris par un Armateur de Flessingue, à cinquante lieues de la Rochelle, pour vous faire part de la douleur qui seule m’occupe entièrement à présent, &
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