Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 février 1920, février
BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL.XXVI 8EAUCEVILLE—FEVRIER 1120 No 2 La famille Rouer de Villeray Louis Rouer de Villeray La famille Rouer de Villeray était originaire d’Italie, et appartenait à la maison de La Rovère, l’une des plus illustres et des plus anciennes de l’Europe, qui a donné deux papes à l’Eglise, des princes souverains à l’Italie, une infinité de cardinaux et d’évêques, des doges à la République de Gênes et des chevaliers des ordres les plus distingués de l’Europe.(1) Divisé en plusieurs branches, établie en Piémont d’où elle sortait, à Gênes, à Venise, dans le Confiât-Venaissin, cette famille a passé aussi en France sous plusieurs noms: Iiouvère, La Rouyer, Rouer._ à ce qui concerne ce dernier nom, il y avait dans le Languedoc des Rouer de Four que vaux, venus de Lombardie, dont l’un, Raymond de Rouer, chevalier de l’Ordre du Roi, gouverneur de Narbonne, envoyé en ambassade vers le roi d’Espagne, commanda, vers 1562, comme capitoul, les armées du Roi contre des religionnaires, dans le Haut-Languedoc.(2) Louis Rouer de Villeray, le premier de ce nom qui vint s’établir dans la Nouvelle-France, était né sur la parois- (1) Dictionnaire de la noblesse ; Voyage à la Louisiane et sur le continent de l'Amérique septentrionale, fait dans les années 1794 à 1798 par H.D.(2) P.Margry, Les Douer de Villeray, p.5.81 ~ 34 ~ se de Notre-Darue-en-(irêve, ville d’Amhoise, évêché de Tours, en 1629, du mariage de Jacques Rouer de Villeray, valet de chambre de la Reine, et de Marie Perthuis.Louis Rouer, qui arriva en Canada vers 1650, à l’âge de vingt-un ou vingt-deux ans, y vint très pauvre, dit M.Margry.Mais il s’était sans doute résolu à cet exil pour conquérir au loin ce que le sort lui avait refusé dans sa patrie et peut-être donné à des aînés.Ainsi faisaient les cadets de Normandie prenant pour devise ces mots : “Cherche qui n’a.” L’avocat Peronne Du Mesnil, qu’on ne peut guère croire car ses avancés sont dos attaques furieuses et non prouvées contre les principaux habitants de la colonie, dit dans un de ses Mémoires au ministre Colbert, que M.de Villeray était arrivé dans la Nouvel le-France en 1651 comme valet du gouverneur de Lauzon qui “le prit en prison de la Rochelle où il estait detenu faute de payement de la somme de 73 1.comme appert par le papier de la geolle du 10 juillet 1651 ”.(3) Le gouverneur do F ae, dans une de ses lettres, dit que M.de Villeray s’engagea comme soldat dans la garnison de Québec, en arrivant ici.M.J .-Edmond Roy semble croire que M.de Villeray agit plutôt comme secrétaire du gouverneur de Lauzon.Il a pu être en même temps soldat et secrétaire du gouverneur.A part l’affirmation de M.de Frontenac, nous n’avons pas de prouve que M.de Villeray a été soldat dans la garnison de Québec.Mais il est certain (pi’il fut secrétaire du gouverneur de Lauzon.Une concession de terrain à Québec en date du 15 mai 1656, accordée par le gouverneur de Lauzon à Charles Sevestre, lieutenant particulier civil et criminel en la juridiction de Québec, est signée “Lau-son” et plus bas “par Monseigneur, Rouer” (4).Ce Rouer ne peut être autre que notre M.Rouer de Villeray.(3) Bulletin des Recherches Historiques, vol.XXI, p.197.(4) Pièces judiciaires, notariales, etc., etc., conservées aux Archives Judiciaires de Québec, première liasse, no.33.45 - 35 — En septembre 1656, le gouverneur de Lauzon s’embarquait pour la France et laissait l’administration de la la colonie à son tils, M.de Lauzon-Charny.M.de Villeray continua à agir comme secrétaire du gouverneur sous AI.de Lauzon-Charny.Le 3 septembre 1657, ce dernier accorde une concession à Nicolas Juchereau de Saint-Denys sur l’île d’Orléans.Cette concession est signée par Al.de Lauzon-Charny, et plus bas on lit : “Par Alonsieur le gouverneur” “Rouer”.(5) Dans le contrat de mariage de Al.Rouer de Villeray reçu un peu plus tard, le 9 février 3658, par le notaire Peuvret de Mesnu, il est également qualifié de secrétaire du gouverneur.Il ne peut donc y avoir de doute sur ce point.Dans une colonie naissante les hommes instruits ne sont pas nombreux.Les autorités contient au même individu plusieurs charges à la fois.Al.de Villeray, tout en servant de secrétaire à Al.de Lauzon, exerça comme notaire à Québec.Ses lettres de nomination n’ont pas été conservées, mais il est certain qu’il exerça cette charge de 1654 à 1657.Pareillement, nous voyons par la commission de AL Alartin de Saint-Aignan comme juge-prévôt de la seigneurie de Beaupré du 7 novembre 1663, que Al.de Villeray avait exercé cette charge : “Supplie Charles Aubert la Chesnaye, intéressé pour la plus considérable partie dans la seigneurie de Beaupré et isle d’Orléans, lisons-nous dans cette commission, disant que la dite terre et seigneurie est demeurée depuis un assez long tems sans juge, par la caducité du sieur Olivier Le Tardif, et la démission du sieur llouer de Villeray de su commission de juge-prévôt en la dite terre.(6) A quelle date AI.de Villeray fut-il nommé juge prévôt de la seigneurie de Beaupré l Combien de temps garda-t-il cette charge l 11 nous est impossible de répondre à ces deux questions, mais rien n’empêchait AI.de Villeray d’être en même temps secrétaire du gouverneur, notaire (.5) Acte de foy et hommage de Juchereau de Saint-Denys.(6) Edits et Ordonnances, vol.III, p.86. — 36i à Québec* et juge prévôt sur la côte de Beaupré.Cette dernière charge était plutôt une sinécure car les habitants n'étaient pas encore bien nombreux à cette époque dans la seigneurie de Beaupré.Dès son arrivée à Québec en octobre Hiôl.le gouverneur de Lauzon plaçait l’administration de la justice sur un pied plus régulier.Cn grand-sénéchal fut mis à la tête de la justice ordinaire.I n lieutenant-général civil et criminel et un lieutenant particulier, assistés d’un procureur fiscal, furent chargés de rendre* la justice sous l’autorité de ce grand-sénéchal.(7) * Le premier grand-sénéchal de la Nouvelle-France fut Jean de Lauzon, fils du gouverneur.('ette charge de grancl-sénéchal, au dire de M.de La Tour, était plutôt un titre d’honneur.(8) Nicolas Le Vieux d’Hauteville et Louis-Théanclre Chartier de* Lotbinière occupèrent successivement la charge de lieutenant-général de la sénéchaussée de Québec.Charles Sevestre exerçait dès 1656 la charge de* lieutenant particulier de la sénéchaussée.Charles Sevestre étant décédé à Québec; le 9 décembre 1657, M.d’Ailleboust, qui avait succédé au gouverneur de Lauzon, nomma M.de Yilleray lieutenant particulier de la sénéchaussée.M.Sevestre occupait aussi la charge de commis du magasin des Cent-Associés à Québec.M.de Villeray lui succéda pareillement dans cet emploi.M.Sevestre avait tenu ses écritures d’une façon telle qu’a près sa mort on eut beaucoup de difficultés à les comprendre.M.de \ illeray, son successeur, qui avait épousé sa fille deux mois après sa mort, fut tenu responsable de ses erreurs ou de sa mauvaise gestion.Le ;> septembre 1658, le gouverneur d’Argenson écrivait à M.de Morangé, conseiller ordinaire du Roi en ses Conseils et directeur de ses finances : “La mort do M.Sevestre a obligé Monsieur d’Aille- (7) Ferland, Couru d’histoire du Canada, vol.1er, p.402.(8) Mémoires sur la vie de Mur de Laval. .37 ™ boust d’en arrêter les comptes.J’ai ordonné qu’on en mit la copie entre les mains de Monsieur Denis pour vous l’envoyer.Il (M.Sevestre) avait la charge de lieutenant particulier laquelle après sa mort Monsieur d’Ailleboust a fait exercer par le sieur de Villeray sous votre bon plaisir.de le trouve très capable et personne à s’en acquitter avec honneur et .je ne fais nul doute que recevant cette gratification de votre compagnie il n’en aie une parfaite reconnaissance.C’est à lui que M.Denis avait fait opposition pour sa maison, mais .je l’ai trouvée si fort avancée qu’il aurait été néanmoins nécessaire de le dédommager, outre qu’elle n’est point du côté de la rade et qu’ainsi on peut dire qu’elle est plutôt contre la bienséance que contre la nécessité.11 n’en est pas de même d’une autre qui regardait la rade des vaisseaux et que j’ai ordonnée qui fut levée parce qu’elle empêche la batterie.“Le sieur de Bécancour n’a pu s’empêcher de témoigner sa chaleur ordinaire sur la conservation du bâtiment du Sr de Villeray sur ce qu’il disait en avoir concession mais il a été bien étonné lorsque je lui ai dit que ce ne pouvait être qu’une surprise puisque si il est vrai que le bâtiment de Villeray nuise à la forteresse du magasin, celle qu’il y bâtirait à la place causerait le même empêchement, et que par là il découvrait seulement l’intérêt qui le faisait agir et nullement la pensée de la justice et de maintenir les droits de votre compagnie”.(9) M.d’Argenson, on le voit, avait une haute opinion de l’honnêteté et des capacités de M.de Villeray.Mais celui-ci avait des ennemis et ils réussirent à indisposer le gouverneur contre lui.La plupart des lettres de M.d’Argenson au ministre n’ont pas été conservées mais c’est certainement sur ses plaintes que M.de Villeray fut obligé de traverser les mers pour aller s’expliquer auprès des autorités.Dans un arrêté du lioi signé à Paris le 13 mai 1659, au sujet de la traite des pelleteries, nous lisons : (9) Archives du Canada.Correspondance générale, vol.1er. “.et d’autant que Sa d.Majesté a été informée que le nommé Rouer (U1 Villeray a été par voies et moyens illicites élu et nommé pour être du conseil de la dite traite (pie d’ailleurs il est accusé de plusieurs crimes dont il doit se justifier auparavant (pie d’exercer aucune charge publique et (pi’il doit représenter tous les comptés que défunt Sevestre son beau-père a rendus de la recette et dépense des droits du dit magasin avec les registres qu’il en a tenus et les autres pièces justificatives des d.comptes.Sa dite Majesté ordonne que pour y satisfaire et pour se purger des 1663.Le premier nom sur lequel s’arrêtèrent M.de Mézy et Mgr de Laval fut celui de M.de Villerav.11 fut choisi connue premier conseiller.Dès la deuxième séance du Conseil Souverain, M.de Villeray fut chargé d’une mission délicate et peut-être dangereuse.En 1660, les directeurs de la Compagnie des Cent-Associés avaient envoyé à Québec l’avocat Peronne Du Mesnil en qualité de contrôleur général, d’intendant et de juge souverain.Pendant son séjour de près de quatre années ici, Peronne Du Mesnil se conduisit comme un véritable inquisiteur, accusant tous les hommes en place d’ê-t re des voleurs.En septembre 1663, Peronne DuMesnil apprenant que le Conseil Souverain, nouvellement organisé, avait l’intention de demander aux commis et receveurs des deniers de la Communauté de rendre leurs comptes pour les deux dernières années, fit forcer l’étude de M.Audouart, greffier de l’ancien Conseil, et enlever certains registres et pièces justificatives dont on avait besoin pour cette reddition de comptes.Le 20 septembre 1663, le Conseil Souverain chargeait AIM.de Villeray et Bourdon d’enlever ces registres et papiers a Peronne DuMesnil, puis de les sceller et mettre sous bonne garde.Il devait aussi forcer Peronne Du Mesnil à quitter la maison qu’il habitait et qui appartenait à la colonie.Une escorte de soldats fut donnée à MM.de Villeray et Bourdon et ils s’acquittèrent de leur mission avec une fermeté (pii ne plût pas au sieur Peronne BuAtesnil (pii faisait le rodomoni dans le pays dtpuis quarante mois.De la les accusations aussi mensongères que ridicules portées par cet avocat bavard contre M.de Villeray 9173 - 41 — après son retour en France.(16) Deux partisse tonnèrent bientôt dans le Conseil Souverain : celui de l’évêque, qui, obéissant a l édit du roi, avait établi son séminaire et la dime, et s’opposait avec fermeté à la vente des boissons enivrantes aux sauvages , et le parti du gouverneur, qui, se figurant que Mgr de Laval voulait empiéter sur ses attributions, essayait de se venger en favorisant la traite de 1 eau-de-vie et en lui créant des embarras pour la dime.M.(le Vil le ray n’liésita pas à se déclarer en faveur de la dîme et contre la traite de l’eau-de-vie, c’est-à-dire pour son évêque contre le gouverneur de Mézy.De là, la fureur de ce dernier contre M.de V fileray et MM.d’Auteui 1 et Bourdon, procureur-général, qui avaient agi comme lui., Le 13 février 1663, pendant que Mgr de Laval était au château, dans la salle ordinaire des séances du Conseil Souverain, M.d’Angoville, secrétaire de M.de Mezy, vint de la part de son maître lui donner lecture de 1 avis de destitution de MM.de Villerav, d’Auteuil et Bourdon.“11 ne les avait nommes, disait-il, qu’à la suggestion de l’évêque de Pétrée, dont ils étaient les créatures Us avaient voulu se rendre maîtres du Conseil, contre les intérêts du roi et du public, dans le but de favoriser des particuliers.Ils avaient formé et fomenté des cabales, contrairement à leur devoir et au seraient de fidélité qu ils avaient prêté au roi.On avait profite, ajoutai -il.de sa bonne foi et de son ignorance du pays pour le taire consentir à leur nomination.Il priait maintenant le prélat de se joindre à lui pour faire une assemblée du peuple, a 1‘effet de choisir d’autres officiers.” MoT de Laval se contenta de faire remarquer que cette déclaration n’avait aucune valeur puisqu’il ne lui avait pas donné son concours, ainsi que le voulait 1 edit de creation du Conseil Souverain.(16) He~Méînoire de Péronne DuMesnll a été publié dans le Bulletin des H,¦cherches Historiques, vol.XXI, pp.166 et seq. — 42 - M.de Mezy, dit M.l’abbé Gosselin, alliait une foi profonde à de grands travers d’esprit.On lui fit entendre
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