Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Domaine public au Canada

Consulter cette déclaration

Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1929-06, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE BULLETIN DES Recherches Historiques VOL.XXXV JUIN 1929 No 6 LE BAPTEME DU CHEF GARAKONTIE A QUEBEC EN 1670 Sur la fin de juillet 1670, les délégués de plusieurs tribus iroquoises, algonquines, huronnes, etc, se rencontrèrent à Québec pour y faire régler par le gouverneur de Courcel-les une grave question qui menaçait la paix entre les Iroquois et les Algonquins.Il y eut trois réunions importantes.Le principal orateur à chacune de ces assemblées lut le célèbre Garakontié, chef des Iroquois d’Onnontagué.Il avait toujours été l’ami des Français et s était fait instruire dans l.i religion catholique.Il n’avait pas, cependant, encore voulu recevoir le baptême.Garakontié termina son dernier discours par une profession de foi (pii plut a tous.Quant a la foi, dit-il, qu O-nontio désire tant voir se répandre partout, je la professe publiquement parmi ceux de ma nation, je n adhère plus à aucune superstition, je renonce à la polygamie, a la vanité des songes et à toutes sortes de péchés.Mgr de Laval, que les Jésuites des cantons iroquois tenaient depuis longtemps au courant des bonnes dispositions du chef Garakontié, jugea qu’il ne devait pas le laisser retourner dans son pays sans lui administrer le baptême.Le chef iroquois, pressenti, accepta avec plaisir de recevoir l’eau régénératrice. La cérémonie eut lieu dans la cathédrale de Québec en août 1670.Mgr de Laval voulut bien conférer lui-même de ses propres mains les sacrements de baptême et de confirmation à Garakontié.Le gouverneur de Courcelles s’offrit pour être le parrain et choisit comme marraine mademoiselle Bouteroue, fille de l'intendant Bouteroue.Le concours de peuple qui assistait à la cérémonie ne pouvait être plus grand et Garakontié eut le contentement de voir autour de lui les chefs de presque toutes les nations qui habitaient la Nouvelle-France: Hurons, Algonquins, Ou-taouais, Mahingans, Agniers, Onneyouts, Onnontagués, Tsonnontouans, Etionnontates, etc., etc.Garakontié, sous le rapport de la politesse et des bonnes manières, aurait pu en remontrer à bien des Français.Après la cérémonie, il remercia Mgr de Laval de lui avoir ouvert par les deux sacrements qu'il venait de lui conférer, la porte de 1 église et du paradis, et il lui témoigna sa résolution de vivre désormais en bon chrétien.11 se rendit ensuite au château Saint-Louis pour remercier M.de Courcelles de l’honneur cju il venait de lui faire en lui donnant son nom sur les fonts du baptême.M.de Courcelles, qui tenait à lui être agréable, le reçut comme un prince.A son entrée dans l’enceinte du château, il fut salué par la décharge de tous les canons du fort et de toute la mousqueterie des soldats qui étaient disposés en haie pour le recevoir.La fête se termina par un magnifique festin préparé par les soins du gouverneur où Garakontié régala tous les délégués sauvages réunis â Québec.Les festins sauvages ressemblaient aux dîners français en ce sens que les discours n’y manquaient pas.Un orateur huron parla de Garakontié dans les termes suivants: Nous voici tous assemblés au festin.C’est Daniel qui nous y traite.Daniel est celui que nous avons connu jusqu’ici sous le nom de Garakontié.11 nous convie à son festin pour nous assurer et prendre a témoin qu’il a embrassé la foi chrétienne et qu il n est pas un enfant pour s’en dédire : il en fera profession solennelle devant tous ceux de sa nation lorsqu’il sera retourné chez lui et vous n entendrez jamais dire que Daniel 323 — ait manqué de parole en ce qu'il vient de promettre en son baptême.Le chef huron ne se trompait pas.Garakontié fut jusqu’à sa mort un chrétien exemplaire.Le brave Garakontié décéda au milieu des siens, à On-nontagué, en 1678.Il avait demandé à être enterré à la française c’est-à-dire dans une tombe et il avait également prié les Jésuites de dresser une croix près de son tombeau afin que ses compatriotes n’oublient pas qu’il avait été chrétien.Le Père de Lamberville, missionnaire à Onnontagué lors de la mort de Garakontié, écrivait à son supérieur à Québec, le Père Dablon : “ Je fais savoir à Votre Révérence la mort de notre cher hôte, de l’ancien et constant ami des Français, Daniel Garakontié, que nous avons mis en terre avec bien des larmes.“ On sait les obligations que toute la colonie avait à Garakontié.11 a tiré du milieu des feux des Iroquois plus de vingt-six Français qu’il a rachetés et qu’il a nourris et entretenus dans sa cabane jusques à ce qu’il a pu nous les ramener lui-même, comme il a fait; il a sauvé la vie à plus de soixante autres Français par les avis secrets qu’il donnait des desseins qu’avaient les Iroquois de faire un massacre général de tous ceux qui étaient montés chez eux avec nos Pères pour les instruire, et comme la résolution en était prise ils l’allaient exécuter si par ses conseils on ne se fut soustrait à la rage et à la perfidie de ces barbares.C’est le premier qui a porté ses compatriotes à faire la paix avec nous, qui est venu bien des fois pour cela en ambassade à Québec, qui l’a fait conclure et qui depuis ce temps-là nous l’a conservée, par son autorité et par ses conseils détournant toujours ailleurs les armes des Iroquois, en sorte que nous pouvons dire que si la guerre n’est pas recommencée avec les funestes et terribles effets qu’elle traîne avec soi nous lui’ en avons la principale obligation.“ Il n’a pas seulement été très considéré de ceux de sa nation dont il était comme la tête par le grand crédit qu’il s’était acquis, mais nos Français même en faisaient tant d’état qu’il a eu l’honneur de recevoir le baptême par les mains de Monseigneur notre évêque et d’être tenu sur les fonts par — 324 — Monsieur de Courcelles, pour lors notre gouverneur.Depuis ce temps-là, il ne s’est point démenti ; il a fait partout profession publique d'être chrétien non seulement parmi ses compatriotes dont il combattait hautement les superstitions mais même parmi les Hollandais chez lesquels, quand il allait pour la traite, il n’avait point de honte de se déclarer catholique portant publiquement son chapelet pendu au col.Jusques-là qu'allant à la Nouvelle-Hollande, il allait prier Dieu à deux genoux au milieu du prêche lorsque ces hérétiques y étaient tous assemblés, et lorsque le ministre lui voulut dire de se retirer, il lui répondit tout haut: — Attendez, je n'ai pas encore achevé ma prière, vous faites bien voir que vous n’êtes pas chrétien car vous n’aimez pas la prière.” P.-G.R.QUESTIONS Je lis quelque part dans les notes ou le Journal de l’officier plus tard maréchal de camp Desandrouins: “Un sieur de la Milice, piqueur depuis trois ans à Carillon, y a fait une fortune dont son ambition doit être satisfaite, et il repasse en France.” Qui était ce sieur de la Milice?Quelles fonctions exerçait-il dans la Nouvelle-France?On ne voit pas son nom parmi ceux qui furent jugés par le Châtelet.A.F.G.Dans la Relation de 1640, il est question d’un Anglais arrivé à Québec avec son serviteur, conduits dans des canots par vingt Sauvages Abénaquis.M.de Montmagny ne lui permit pas d abord d’entrer dans la ville, mais quelques-uns de ses sauvages étant tombés malades, on le garda quelques jours puis il fut conduit a Tadoussac pour regagner l’Angleterre par la h rance.Cet Anglais était parti de Quinibe-qui en Acadie “ pour venir chercher quelque passage par ces contrées vers la mer du Nord.” A-t-on conservé le nom de ce voyageur qui, d’après cette même Relation de 1640, connaissait parfaitement la mer du Mexique?F.E.G. 325 — CADRANS, SABLIERS, HORLOGES, MONTRES ET PENDULES SOUS LE REGIME FRANÇAIS Jadis, pour connaître les heures, grand nombre ne s’en rapportaient qu’à l’Angélus du matin, du midi et du soir.Dans les villes, on sonnait en plus le couvre-feu à neuf heures.Parfois, les agents du guet, en faisant leurs rondes, clamaient l’heure, à qui ne dormait pas.Cela suffisait à la plupart des anciennes gens.Cependant, refusons de croire que dans “ l’ancien temps ” on ne pouvait se procurer des montres, des horloges, des pendules, assez joliment façonnées.Non, ces appareils existaient, et nous le démontrerons par une série d’extraits tirés de documents, la plupart inédits.Nous n’épuisons pas le sujet et ceux qui nous suivront pourront faire large moisson.Cadrans solaires Le cadran solaire, connu dès les âges reculés, a bien pu, ici comme ailleurs, être un des appareils très usités pour mesurer les phases de la journée, au début de la colonie.Certains cadrans solaires étaient volumineux.Ils se fixaient sur un poteau, une colonne, un mur de maison, mais il y en avait aussi de délicats, qui se portaient en poche.Des cadrans, nous n’avons relevé que les deux mentions ci-après.Inventaire des biens meubles et effets dépendant de la succession de feu Jean Deshayes, hydrographe du roi, dressé le 22 décembre 1706, à Québec: “ Un petit cadran avec son étui” (B.R.H.1916, p.134).Immédiatement, exprimons un doute, s’agit-il d’un cadran solaire, d’un baromètre à cadran ou d’une petite horloge “avec étui de voyage” comme il en existait?Mystère.Beaucoup plus tard, le 4 mars 1752, le notaire Danré de Blanzy, en faisant l’inventaire de la ferme de la Pointe-Saint-Charles, note: “ Un cadran de plomb moulé sur un poteau.” Il nous semble qu’on ne peut hésiter sur celui-ci.Dans ces deux citations, si elles concernent bien notre sujet, il est question d’instruments scientifiquement construits.Mais le peuple se faisait des cadrans solaires rudi- 326 — mentaires, qu’on ne prenait pas la peine de coucher sur un document, parce qu’ils ne coûtaient rien et qu’ils étaient établis par des marques au couteau sur les chambranles des fenêtres ou sur les seuils des portes.Nous en avons vu, il y a cinquante ans, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan.Loin d’être une pratique isolée ou contemporaine, notre aïeul disait la tenir de ses grands parents.Le sablier L horloge de sable ou a sable (ou sablier) est d’usage très ancien, en ce pays du moins, et nous en avons le témoignage des documents judiciaires de Montréal.Au mois de mars 1678, les autorités ayant été prévenues Que des jeunes gens jouaient aux cartes et buvaient “ jusqu’à des heures indécises ’, on décida de faire une tournée d’inspection.I n soir, le sieur Migeon de Branssat, juge bailli de Montréal, Claude Mangue, notaire, et greffier du tribunal, François Bailly, substitut du procureur fiscal, et Jean Petit Boismorel, sergent-huissier, bref, le personnel complet de la justice seigneuriale se réunit au greffe de Ville-Marie.Bien que les auberges doivent fermer au couvre-feu sonnant, c’est-à-dire à neuf heures, il fallait charitablement donner a chacun le temps de réintégrer son domicile, le procès-verbal spécifie donc qu’on se mit en marche “ à 9l/2 h.passées c'i marquées par un sable a ce dessein.” Il est encore question de sables ou d horloges à sable dans les pièces indiciaires de 1683 (1).Horloges Comment definit-un une horloge?“ Une machine qui sei t a marquer et a sonner les heures”.C’est u principalement une grande machine qui marque et sonne l’heure pour (1) Une revue «l’Angleterre rapportait dernièrement, qu’il ia Chnmbre «les J.ords, on avait encore recours nu sablier ou horloge «le sable pour compter les minutes allouées à un debater.A la chambre des Communes on est moins conservateur et la pendule a remplace 1 ancien appareil.Le sablier se maintient ailleurs.11 règne encore dans plusieurs culsl-nés ou il rtgle la durée de la préparation de certains aliments. — 327 — le public Donc, il peut y avoir de grandes et de petites horloges; il y en a pour l’extérieur et pour les intérieurs.Dans l’histoire de la Nouvelle-France, la première horloge dont il soit fait mention appartenait au fondateur de Québec et voici comment on a résumé le passage des oeuvres du brave gentilhomme qui concerne le fait.“ Quand Champlain débarqua à Québec, les sauvages étaient émerveillés des choses qu’il apportait de France.“ Mais l’objet par excellence de leur admiration c’était une horloge.Pendant des heures et des heures, chefs, squaws et papooses restaient assis devant l’horloge, attendant la sonnerie ou comme ils disaient eux-mêmes, attendant qu’elle parlât.“ Si bien, que Champlain, ennuyé de cette assiduité envahissante, et d’autre part, n’osant point brusquer les visiteurs, s’avisa de tirer une morale de cette admiration: “ A telle heure, dit Champlain à ses alliés, l’horloge, quand elle parle, vous dit qu’il est temps de partir pour la chasse ou la pêche.A une heure, l’horloge vous commande de préparer vos repas et quand elle sonne six heures, elle vous ordonne de vous retirer dans vos wigwams ”.“ Cette interprétation très large des sonneries d’heures, ne lit qu’augmenter l’admiration des sauvages et eut le résultat qu’en attendait Champlain." Les sauvages, qui auraient probablement pris fort mal les reproches, s’empressèrent de suivre à la lettre les commandements de l’horloge et le fondateur de Québec se débarrassa ainsi sans misère et sans heurt de ses encombrants visiteurs.” Mais ce n’était pas là une horloge publique.Montréal fut peut-être la première ville à posséder une de ces machines.Elle ne lui vint cependant qu’à la fin du XVIIIe siècle, comme on le verra ci-après.Auparavant, les colons s’en rapportaient aux cloches des églises ainsi qu’il appert par un passage que nous extrayons des ordonnances du juge Charles d’Ailleboust.Le 24 septembre 1676, celui-ci décrète qu’à Montréal, sur la place, en face du Séminaire (aujourd’hui la place Royale) il sera tenu un marché deux fois la semaine, où les ha- — 3-28 — bitants pourront vendre leurs produits jusqu’à 11 h.du matin.Les cabaretiers, hôteliers, vendeurs, regrattiers ne pourront toutefois y acheter avant 8 h.du matin, en été.et 9 h.en hiver.A ces heures, vu qu'il n’y a pas d’horloge publique, permis a été donné par M.le curé de sonner en branle la cloche de l'église ’ ( Archives judiciaires de Montréal).Quelques années plus tard, les Messieurs du Séminaire ornèrent leur demeure d'une horloge, car les registres de la fabrique Notre-Dame, à la date du 24 janvier 1694, contiennent ce résumé d une délibération : '* Augmentation de 30 livre> de gages à Tourangeau, bedeau, par chaque année, à la charge qu il aura le soin de monter l’horloge de la dite église” ( Annuaire de V.M., I., p.350).C'est de cette horloge dont Benjamin Suite parle dans -es Pages d'histoire du Canada lorsqu'il dit: “ Avant 1701.le clocher du Séminaire portait une horloge.dont en 1770 les restes étaient relégués au grenier ”._i L’abbé de Belmont, ajoute-t-il, “supérieur de 1701 à 1732.ht venir de France l'horloge actuelle, au prix de 800 francs (ou livres).Son premier écart de régime se produisit en 17al.sous M.Xormant, supérieur après M.de Bel-111 ' ,r)t • Mais il parait que 1 horloge ne fut réparée que sous M.Montgolfier, supérieur de 1759 à 1789.Et alors “ le cadran fut gravé par Paul La Brosse (artisan montréalais) et dore par les Soeurs de la Congrégation ”.Quant aux aiguilles, leur fabrication en avait été confiée à un M.Lieber.I erminons ces notes sur les horloges par une mention extraite de l'inventaire de feu Charles J.-B.Chaboillez, dressé par le notaire Beek entre le 20 juin et le 24 décembre ^Lue horloge française qui se monte une fois par mois.” Montres 1 assons plutôt aux montres.Elles eurent assez de vogue, puisqu elles apparaissent souvent dans les documents.Jugez-en : 1693, 19 juin.— Inventaire des biens de défunte Jeanne Mance: une montre (ordinaire), puis une montre sonnante et à boite d’argent (Greffe Basset). 329 1710, 4 octobre.— Testament de l’abbé Pierre Rémy.11 lègue d’abord une montre de table aux Soeurs de la Congrégation enseignant à Lachine.A la tin de la seconde partie du document, il ajoute (p.11) un autre legs comme suit : “ M.Forget, l’un des ecclésiastiques de notre séminaire et maitre de l’écolle de la paroisse m’ayant dit qu’il aurait besoin d’une montre je lui lègue ma montre de table avec les 2 clefs qui servent à la monter et à la démonter, pour lui servir & à ses successeurs.” Une montre qui se monte et se démonte à la clef, qu’est-ce (lue cela peut-être?Je laisse la solution du problème aux mécaniciens.1748.— Au tarif des droits d’entrée des marchandises en Canada, établi en 1748, on constate qu’il fallait payer par montre d’or 9 livres de droit et par montre d’argent, 3 livres.1749.— Durant son voyage au Canada, le savant suédois Kalm note qu’il y avait à Montréal un “ artisan qui faisait d’excellentes horloges et montres, quoiqu’il n'eut que fort peu d’instruction ”.1756, 8 janvier.— A l’inventaire des biens de l’officier de Sarrobert (greffe Danré de Blanzy) figure une montre à boitier d’argent, estimée à 60 livres.1758, 13 juin.— (Greffe Simonnet) Charles-Borromée d’Ailleboust de Coulonges, lègue par son testament sa montre d’or à Thérèse du Lignon, domestique élevée dans sa famille.1760, 10 septembre.— (Documents judiciaires) — M.Perrault, échange avec M.de Fournerie une montre d’or guillochée.En retour, le sieur Perrault reçoit une montre d’or uni et neuf louis d’or.Pendules Nous passons enfin aux pendules, autrement dit “ aux horloges portatives qu’on place dans les appartements ’.Le mot pendule ne se trouve dans nos notes qu’à la date de 1748 et dans le tarif des droits d’entrées sur les mar- 330 chandises importées au Canada.Ce précieux tarif nous fait voir qu’il nous venait d’Europe des j>endules véritables et aussi des horloges qu’on appelait pendules, car il nous parait évident qu’en certains cas on ne saurait trop quel terme choisir.Voyons ce qui s’importait.Pendules à poids, frappées d’un droit de 3 livres, 12 sous.^ Pendules à ressorts, en boite, avec leurs poids, ornées de marqueteries ou bronze dorées — Droit exigé 9 livres.Combien coûtait une semblable pendule?Nous croyons le savoir par l’item suivant, extrait de l’inventaire des biens du maître maçon Paul Tessier, dressé par Danré de Blanzy, le 2 juin 1760: “ Une pendule à ressort avec sa boite, estimée à 350 livres.” A ce prix, une pendule était un objet de grand luxe car la livre ou franc d’alors avait un pouvoir d’achat équivalent à deux ou trois dollars d’aujourd'hui.Quant aux pendules sous le régime anglais et à ceux qui les fabriquaient, il y aurait matière pour un autre article.E.-Z.Massicotte QUESTION En 1757, il y eut un commencement de sédition dans la garnison de Carillon.Les soldats, parait-il, avaient décidé de tuer leurs officiers et de livrer le fort aux Anglais.Le commandant du fort, M.d’Hébécourt et un de ses officiers, Chassignol, capitaine de Guyenne, sauvèrent la situation.Ui> des soldats ayant crié : Aux armes, Chassignol le conduisit au corps de garde et dit à la sentinelle: — Vous me répondrez de cet homme-la.La sentinelle répliqua — Je n’ai d'ordre à recevoir de personne.Chassignol lui arracha sur le champ son fusil arme de sa baïonnette et allait lui plonger dans le ventre quand le soldat cria: merci.Ce capitaine Chassignol a-t-il joué un certain rôle dans la colonie?Où est-il mort?X.X.X. 33i — A TADOUSSAC EN 1662 En 1662, le sieur Asseline de Ronval fit un voyage d’agrément au Canada.C’est probablement le premier touriste qui visita notre pays.M.Asseline de Ronval laissa un Journal en abrégé de scs voyages tant par terre que par mer avec plusieurs remarques, circonstances et aventures très curieuses dont partie a été publiée dans le Rapport sur les Archives du Canada pour 1928.Nous en tirons la curieuse aventure dont le sieur Asseline de Ronval fut témoin à son arrivée à Tadoussac: “ Deux jeunes Iroquois aimaient tendrement la fille d’un de leurs capitaines.Ils convinrent que celui qui l’épouserait apporterait le premier la chevelure d’une femme ou fille de leurs ennemis; à ce sujet qu’ils iraient seuls en parti chacun de leur côté.11 est à remarquer qu’ils tiennent entre eux à plus grande bravoure de tuer une femme ou une fille que homme puisque il faut être assez hardi d’aller les chercher jusque dans leurs maisons ou très proche pour les trouver parce que en ce pays là elles n’en sortent presque point à cause des continuelles courses de si redoutables ennemis qui sont toujours en embuscade pour ixnivoir attraper quelqu'un; ils sont si patients et si dangereux ennemis que si ils croyaient prendre une personne ils resteraient huit jours sans se remuer d’une place à ne manger par jour que plein leur main de farine.“Quoique leur pays soit fort éloigné de Tadoussac, néanmoins un de ces amants y alla et, lorsque on sonnait la messe à la chapelle et cpie tout le monde s’y assemblait, cet Iroquois sortit du bois et alla sur une petite éminence qui est proche de terre ferme que la mer couvre presque tout à fait lorsqu’elle est haute et où l’on va à pied sec lorsqu’elle est retirée, sur laquelle il y voyait deux femmes qui cherchaient du coquillage.Ces pauvres femmes, lorsqu’elles aperçurent leur ennemi, elles fuirent de toutes leurs forces; néanmoins il y en eut une qui ne lui put échapper.Il la tua à coups de sagaye.Lui sans en être plus ému et comme si il ne lui était rien arrivé lui leva la chevelure, ce qui se lève facilement et la mit à sa ceinture.Après cette action, il fut ques- — 332 tion de sortir de cet endroit que la mer avait presque investie depuis qu’il y était arrivé, et lorsqu’il cherchait passage il fut aperçu de quelques habitants qui surent ainsi par la femme qui s'était sauvé, lorsqu’ils allaient pour entendre la messe, lesquels armés coururent à lui, après l’avoir blessé le prirent vivant et le livrèrent le lendemain à des Algonquins sauvages qui sont de nos amis qui se trouvèrent là fort à propos, lesquels le firent mourir cruellement.11 chanta jusqu’au dernier soupir de la vie, étant leur coutume de chanter dans les tourments, autrement ils passeraient pour lâches.Ce furent les Algonquins qui nous dirent la détermination de cet Iroquois et le sujet qui l’avait fait venir seul si loin.Il fallait qu’il fut un amant bien passionné pour lui faire prendre une si grande résolution.” QUESTIONS Lu peu avant 1716, il fut question d’une alliance ou, en tout cas, de la paix entre la France et l’Angleterre.C’est le Régent de France qui avait conçu cette idée et il chargea le futur cardinal Dubois des premières négociations à ce sujet.Il fut question de céder Mardick aux Anglais.Après maintes péripéties, il fut décidé d’envoyer à Mardick un technicien, l’ingénieur d’Iberville, pour voir sur place, avec les Anglais, ce qui pouvait être fait.Quel était ce M.d’Iberville ?Etait-il le fils ou le parent de notre fameux Pierre Lemovne d'Iberville?A.G.G.Antoine Duverger d’Aubusson, lieutenant dans les troupes, marié vers 1688 avec Marie-Jeanne Jarret de Ver-chères, \ euve de M.de L Etang, fut tué par les Iroqouis en 1691.Ce M.Duverger d’Aubusson était-il de la famille d Aubusson qui a donné deux maréchaux à la France, Fran-çi ns d Aubusson, duc de la Feuillade et de Roannais, et son fils, Louis d’Aubusson, duc de la Feuillade et de Roannais?Frio — 333 LA MORT DE L’INGENIEUR LOMBARD DES COMBLES M.Lombard Des Combles était le premier ingénieur de l’armée envoyée au secours de la Nouvelle-France au printemps de 1756.11 avait fait la traversée sur la Sauvage avec le chevalier de Lévis.Ce navire arriva devant Québec le 31 mai 1756, après une traversée de cinquante-six jours.M.Lombard Des Combles se rendit immédiatement à Montréal où était le marquis de Montcalm.Le 14 juin, il partait pour Frontenac afin de mettre le fort en défense.Quelques semaines plus tard, la petite armée de Montcalm se mettait en marche pour faire le siège de Chouaguen.M.Lombard Des Combles fut tué par un sauvage ami le 11 août 1756, pendant qu'il tentait de reconnaître le fort Chouaguen.M.Lombard Des Combles et M.Desandrouins étaient partis avant le lever du jour pour faire cette reconnaissance.Les grenadiers de la Sarre et un certain nombre de Canadiens et de Sauvages leur servaient cl’escorte.Arrivés à la lisière d’un bois de haute futaie, Lombard Des Combles laissa là M.Desandrouins et son escorte, et s’avança un peu plus avec quelques officiers de la Sarre.“ Tout à coup, dit Desandrouins, on tira deux coups de canon du fort: c’était le signal du lever.Mais, presqu’aussi-tôt, une décharge de coups de fusil éclata sur la droite, suivie de cris.Les Sauvages qui m’accompagnaient me firent signe de revenir.Je crus que les coups de fusil venaient d’une patrouille ennemie sortie dès le matin de ses retranchements : je me doutais qu’elle avait rencontré M.Des Combles et les officiers, et qu’elle les avait repoussés.Craignant qu’elle me coupât la retraite, je me retirai vers M.de Bour-lamaque venu aussi en curieux, et qui était resté avec les grenadiers.“ Mais j’avais à peine fait huit pas en arrière, que j’entendis M.de Saint-Luc, criant, tout désolé, que notre pauvre ingénieur était blessé à mort.Je courus de son côté pour lui porter secours si c’était possible.Je le trouvai expirant 334 — et étendu à terre, d’un coup de fusil, chargé d’une balle et d'une poignée de gros plombs, que lui avait tiré un Sauvage nommé Hotchig.“ Ce malheureux l’avait pris pour un Anglais qui venait à la découverte.Il le vit passer sous un tronc d’arbre, poussant sa canne devant lui.Il crut que c’était un fusil; entendit ou aperçut quelqu’un qui l’accompagnait, et ne balança pas de lâcher son coup; mais son intention avait été de le faire prisonnier.‘“Je fus assommé de ce récit et de l’état de mon pauvre camarade que j’embrassai, et lis transporter sur le champ dans sa tente où il expira une demi-heure après, malgré les soins des chirurgiens.“ AI.Des Combles avait reconnu le fort, et avait dit aux officiers qui l’accompagnaient qu’il avait été content de ce qu’il avait vu.Ce fut au moment où il faisait les premiers pas pour s’en retourner, qu’il reçut son coup de fusil, qui fut suivi de la décharge de toutes les sentinelles qui avaient cru qu’on tirait sur elles.” La mort de l'ingénieur Lombard Des Combles désola fort Alontcalm.Sur le moment, il songea à abandonner son entreprise contre le fort de Chouaguen.AL Des Combles venait justement d’etre fait chevalier de Saint-Louis.QUESTIONS Quelques jours après son arrivée à Québec, le gouverneur de Montmagny assiste aux funérailles d’un enfant sauvage avec le chevalier de L’isle, son lieutenant, AL de Re-pentigny, AL de Saint-Jean, “tous braves gentilshommes.” .MAI.de L’Isle et de Repentigny sont bien connus, mais qu’était AL de Saint-Jean?A.X.Quel est cet ilet du Richelieu nommé des Sauvages Ka-ouapassiniskakhi où AL de Champlain lit dresser une plateforme sur laquelle on posa un canon pour commander à toute la rivière?T.-Riv. — 335 — UNE DESCRIPTION DE QUEBEC EN 1666 Je n’aurai pas beaucoup de peine à vous faire la description de Kébec puisqu’il y a peu de choses à dire.Kébec est situé sur une pointe de terre qui est arrosée d’un côté du grand fleuve Saint-Laurent, large en cet endroit de 3 4 de lieue et de l’autre par la rivière Saint-Charles.Les navires de six cents tonneaux peuvent mouiller à la portée de fusil du port et sont là à couvert de tous les mauvais vents.Le fort est peu de chose.Il y a ville haute et ville basse.La ville basse est bâtie sur le bord de l’eau et de marée haute, on échoue les grandes barques tout près des magasins pour décharger les marchandises.11 y a quelques maisons assez considérables.On y en bâtit deux l’an passé dont l’une a été vendue vingt-deux mille livres, et l’autre en vaut bien quinze mille.La ville haute n’est considérable (pie par les églises et par les maisons religieuses.La paroisse qui est l’église cathédrale est très bien ornée: huit chandeliers d’argent, croix, bassins, lampes, etc.Mgr l’évêque a six ou sept prêtres dans son séminaire, qui vivent très bien avec nous.Nous avons cette année commencé une église qui sera achevée l’an prochain, et qui a cent pieds de long et trente de large.La petite chapelle dont nous nous servons à présent est fort bien ornée de beaux ornements, grands chandeliers d’argent, lampes et tout le reste.Nous avons pour plus de 1000 écus d’argenterie.Notre maison est de deux corps de logis, toute de pierre et couverte d’ardoise avec un beau dôme pour horloge.Les religieuses ursulines et hospitalières sont bien bâties.En un mot, les églises sont ici comme dans les bonnes villes de France.Les dimanches il y a autant de monde à la grand’messe et aussi bien accommodés comme les bons jours à l’église de Saint-Sauveur à Pont-à-Mousson.L’on n’y prêche que trois petits quarts d’heure et on ne les laisse pas passer (Lettre du Père Jésuite Thierry Beschefer, 4 octobre 1666, reproduite dans la Relation des Jésuites de 16641667). 336 HISTORIQUE DE LA PAROISSE DE SAINT-MAURICE, COMTE DE CHAMPLAIN (SUITE ET FIN) On remarque que les persécuteurs du bon missionnaire tombèrent tous dans la pauvreté et les chefs de ce mauvais mouvement prirent bientôt le chemin de l’exil accablés par le mépris public.La très grande majorité des habitants avaient défendu leur pasteur attaqué par les loups.M.Joseph Genest, homme de coeur et d’intelligence, fit bonne justice de toutes les faussetés inventées par ces méchants.Ce ne fut pas le seul service rendu à la paroisse par ce M.Genest; dans les grands troubles arrivés subséquemment, à l’occasion de l’église, le surintendant des Forges Radnor, fut le bras droit du curé dans toutes les occasions difficiles, et un appui efficace par sa connaissance des affaires et des hommes.Le bon M.Charest fut ensuite curé de St-Sévère, de Tingwick et de Kingsey; puis se retira du ministère et mourut à l’évêché des Trois-Rivières en 1871.L’abbé L.-G.-E.Duhault Le 25 septembre 1857, M.Duhault laissait les Cantons de l’Est pour venir prendre possession de la cure de St-Mau-rice déjà paroisse importante par sa population, par la fertilité de la terre et par l'industrie du fer, celle du bois de commerce.La population totale, en 1860, était de 3,106 âmes, la mission du Mont-Carmel comptait déjà 350 âmes, les forges Radnor 291 âmes, le nombre de communiants 1701, les chefs de famille 432.M.Duhault habitué au travail desservait seul cette immense paroisse.Ce travail lui paraissait léger comparé à celui de ses missions des Cantons.Curé de St-Hippolyte de Wotton, il avait sept missions à parcourir, St-Camille, St-Janvier de Weedon, St-George de Windsor, St-Olivier de Garthby, St-Gabriel de Stratford et St-Romain de Winslow, etc.presque un tiers de ce qui forme le diocèse de Sherbrooke.H déploya dans l’exercice de son ministère un zèle dont les habitants de toute cette région ont gardé le meilleur souvenir. 337 — Homme de beaucoup d’esprit et de belles manières, il plaisait aux gens.Conteur admirable, que d’anecdotes fines et piquantes il nous racontait de ses missions.M.Duhault passait pour surveiller ses affaires de près (ce qui est i>ermis), cependant je me suis souvent convaincu, étant son successeur, qu’il faisait la charité de la manière la plus large et la plus sacerdotale.Compatissant, les pauvres ont été soulagés abondamment par sa charité.D’un abord facile et toujours gai, il se faisait des amis de ceux qui avaient des rapports avec lui.Malgré toutes ces qualités, pendant les huit années de son administration de la paroisse, il eut de grandes difficultés à surmonter, surtout dans la construction de la nouvelle église.Peut-être que sa bonté, qui lui ôtait un lieu de fermeté, a été la cause de ces troubles.La paroisse formée, comme nous l’avons dit, des personnes venant de toute part et chaque habitant apportant d’où il venait des idées à lui, les Gendreau le Plaideur ne manquaient pas.St-Maurice avait le sien dans la personne d’Antoine J.surnommé “l’évêque Trempine ”.Il tenait son nom de Trempine, de son père qui avait, parait-il, abusé de la “ Trempette ” d’un voisin dans le temps du sucre.La chapelle en bois étant devenue trop petite pour une population si considérable, Mgr Cooke ordonna la construction d’une église en pierre qui put répondre au besoin.M.Duhault comptant sur l'affection de son peuple et sur le bon esprit qui semblait régner dans la paroisse depuis cinq ans qu’il l’administrait, crut pouvoir bâtir sans recours à la loi civile.Une répartition volontaire fut commencée pour se conformer à l’ordonnance de son supérieur.La chapelle n’était pas dans le centre géographique, une opposition se forma contre l’église projetée.Les habitants du Mont-Carmel, voyant la distance qui les séparait de St-Maurice, crurent le moment favorable pour eux de demander une église, ce (pii donnait une grande majorité à ceux qui voulaient construire sur .l’emplacement donné par le Révérend IL Fortin.Les esprits se montèrent chauffés par notre Gendreau le Plaideur.Cependant on procéda, les syndics furent nommés et MM.Louis-Etienne Levasseur, Joseph Laprise, Em- -33«- manuel Blondin, Joseph Genest, Isidore Biron eurent l’honneur d’être choisis pour cet emploi difficile et onéreux vu les circonstances.On ouvrit une liste de souscription, $3,200.00 furent présentées à M.Duhault, les travaux allaient commencer.L’opposition prit des proportions plus considérables que l’on pouvait croire, un grand nombre de personnes ordinairement paisibles et à esprit droit se laissèrent aller dans le courant.Un avocat de talent, mais bien pauvre, tenté par l'appât du gain, donna des conseils pernicieux à A.J.qui tomba dans le piège.On lui fit comprendre que le curé de St-Mau-rice n’avait pas le droit de faire bâtir l’église volontairement parce qu’un acte du parlement défendait â une société en commandite d’opérer sans être reconnue par un bill.Cet acte disait que quiconque formerait telle société, serait poursuivi pour conspiration et sujet à une pénalité de $400.00.Les protêts pullulèrent contre le curé et les syndics.M.A.J., à qui rien ne coûtait quand il s’agissait de faire de l’opposition et du bruit, voyant ses protestations sans effet, intenta une action en Cour Supérieure, contre le curé et les syndics.Ce fameux procès commencé en 1862 se termina en 1870, un an après la mort de M.Duhault.Les demandeurs eurent à payer de cette cause plaidée à Québec la somme de $574.00.Bâtir volontairement devenant impossible, lorsque l’opposition â l’église était regardée comme une bonne chose et que ceux qui voulaient se conformer â l’ordonnance de l’évêque étaient considérés comme des perturbateurs de l’ordre, il fallut avoir recours â la loi civile et employer les moyens coercitifs.A.J.crut le moment favorable pour marquer une place- d’église pour satisfaire son parti.Fort de son nom “d’évêque 1 rempine”, il plaça son temple au village des Carons, à environ soixante arpents de l’église actuelle, puis craignant qu il ne fût au centre, Dolphis Schiller eut l’honneur de voir son église schismatique s’élever sur sa terre en 1862.Notre Gendreau le Plaideur avait une théorie savante pour placer une église.L’ancien testament lui servait de — 339 boussole pour ne pas se tromper.Voici comme il énonçait son critérium : “ Un jour, Notre-Seigneur Jésus-Christ se pro-“ menant dans la ville de Jéricho, avait le Saint Sacrement “dans ses bras, arrivé au milieu du “tiratoire” (territoire) “ il s’écria: c’est ici que sera le temple.’’ Enfin un mandement fut lancé contre les récalcitrants, Mgr Cooke, qui aimait St-Maurice, qui en était le fondateur, leur disait avec un accent de douleur bien vive et bien profonde: “ Ah! N.T.C.F.détrompez-vous, ne vous laissez pas séduire par les hommes menteurs, qui vous disent que votre édifice sera bénit.“ Nous vous déclarons ici, solennel-“ lement, que nous n’irons point et que nous n’enverrons “ point bénir votre prétendue église, et que nous n’y mettrons “ point de prêtre pour la desservir.’’ L’édifice des révoltés fut conduit avec activité.Dès le premier été, on l’éleva à la hauteur des fenêtres et le carré de la sacristie fut terminé sans jamais être recouvert de son toit.A.J.(pii avait poursuivi M.Duhault pour avoir voulu construire sans répartition légale, adopta le même mode, sans être inquiété comme conspirateur, tant le curé avait à coeur de ne point rendre “ dent pour dent ”, “ oeil pour oeil Comme l’on ne faisait point attention aux avertissements de l’évêque, voici la teneur des peines portées contre les indociles.“ lo—Ceux cpii travaillent à cette église ne peuvent être admis aux sacrements.“ 2o—S’ils tombent malades, il faudra avant que le curé puisse entendre leur confession, qu’ils fassent une rétractation solennelle en présence de plusieurs témoins et qu’ils demandent pardon du scandale donné.“ 3o—S’ils refusent de le faire, leur Pasteur aura la douleur de les voir mourir sans les secours de la religion, et leurs familles, celle de les voir privés de la sépulture ecclésiastique.” (Mandement, 26 juillet 1864 par Mgr Cooke).Malgré ces menaces effrayantes, on travailla encore à l’église schismatique, mais avec moins de zèle; la lettre du bon évêque avait ébranlé le courage des pauvres égarés, qui n’avaient pas encore perdu la foi.Si les opposants travaillaient avec zèle, les amis de l’ordre ne négligeaient rien dans la construction de leur église. 340 — Le 7 août 1862, l’évêque inscrivait dans les registres: “Nous avons fait, dans cette paroisse, la bénédiction solennelle de la pierre angulaire d’une nouvelle église Dans le rapport de cette cérémonie, l’évêque ajoutait: “ 11 n'y a que vingt ans eut-être nous le dire.M.l’abbé Provancher, qui connaît si bien la flore du pays, doit connaître la chose.A quelque distance de ces sources sur la terre de M.Ferdinand Hamelin, nous avons les champs archéologiques de M.L.-W.-A.Genest et de W.Piret, ingénieurs de mines.Les “ Vases et fragments d’antiquité ” de ces MM.ont fait grand bruit en notre pays en 1877.Le grand vase ressemble beaucoup à un ustensile étrusque, ce qui donnait à penser à M.Piret que ce travail était fait par des peuples anciens ou encore que c’étaient des vases dont le docteur Sarrazin s’était servi pour l’analyse de nos eaux.Le tuyau qui tenait à ce vase a été déterré jusqu’à 84 pieds de profondeur, à cette distance, il y avait bifurcation.On a cru que cette curiosité naturelle n’était pas une production accidentelle.M.Benjamin Suite disait : “ le travail de l'homme est visible dans les " cercles qui entourent le vase et qui sont d’une régula-“ rite parfaite.Cette trouvaille est peut-être destinée à “ nous ouvrir la voie de découvertes importantes tou-“ chant les premiers hommes qui ont habité l'Amérique “ Septentrionale.” Tl paraît que ces tumuli ou en anglais “ mounds ” ne sont que des jeux de la nature souterraine, si l’on en juge par ceux qui ont été trouvés dans les environs de Philadelphie, mais moins beaux que ceux de Saint-Maurice.Te ne suis pas juge dans ces matières, mais il me semble que l’on n’a pas assez fait pour aider MM.Genest et Piret à continuer les travaux commencés.Cela est d’autant plus juste que ce tumulus a été admiré à l’exposition de Paris où, m’assure-t-on, il a été placé dans un musée de curiosités naturelles.Pétrole Il n’y a pas dans la province de Québec un endroit où les indices de pétrole soient aussi remarquables qu’à — 346 - Saint-Maurice.L’huile suinte sur les bords de la rivière au Lard, depuis les forges Radnor, jusqu’à l’ancien moulin bâti par Emmanuel Blondin, aujourd’hui la propriété de M.Georges Bistodeau.• > Quand les entrepreneurs du chemin de fer du Nord se décidèrent à prendre ici la pierre de taille pour le pont du Saint-Maurice, au lieu d’aller chercher celle du lac Champlain, qu’on avait employée jusqu’alors, on ouvrit une carrière près des hauts fournaux.A chaque mine qui éclatait une senteur de pétrole remplissait l’air à une assez grande distance.Les enfants accouraient après l'explosion puis remplissaient les vaisseaux de grande capacité de l’huile qui se trouvait dans les anfractuosités de la pierre.On se servait dans les maisons de ce pétrole en le mélangeant avec de l’huile déjà clarifiée.M.W.Logan, visitant ces lieux, disait que des dépôts de pétrole devaient se trouver au commencement des grandes tourbières qui existent entre le lac à la Tortue et les Forges.Ces dépôts ont suinté à travers la terre et les rochers jusqu’aux endroits déjà nommés.Si l’on .avait fait a Saint-Maurice les travaux de perforation qui se sont pratiqués à Saint-Grégoire, les résultats auraient peut-être été plus heureux.Toujours est-il que les pierres d’asphalte ou de bitume se rencontrent plus ici qu’à Saint-Grégoire et ces pierres sont souvent le signe de gisements considérables.Pendant que nous sommes aux Forges, signalons en passant les travaux importants de M.Graham, de Montréal, et de M.G.-B.Mail, qui sont actuellement à construire un haut fourneau pour réduire en acier le sable magnétique amassé autrefois sur les bords du Saint-Laurent, surtout à Champlain, et à Batiscan.Ces messieurs sont pleins d’espérance dans le succès de leur entreprise.Ils emploient la tourbe de la savane de Saint-Luc avec du sable ordinaire et de la chaux pour fondre ce gravier de nos rives.En voila bien assez sur le compte de la paroisse de Saint-Maurice.J ajouterai que son étendue est de 36,547 arpents, dont 26,946 sont en bon état de culture.Des — 347 étrangers à notre nationalité ont dit que les Canadiens sont des paresseux, aimant trop à fumer, à causer et à se divertir.Où trouvera-t-on un peuple qui dans l’espace de 58 ans, aura défriché, égoutté et rendu prospère une paroisse comme la nôtre ! On dirait que c’est au peuple canadien cpie le bon Dieu a recommandé de se multiplier.Ici on compte des familles de 23 enfants, celles de 17 et de 15 ne sont pas rares.Aussi ne soyez pas surpris si la paroisse de Saint-Maurice est la plus populeuse du diocèse des Trois-Rivières.Le dernier recensement nous donne 4,0(>9 âmes, sur ce nombre 2,340 sont communiants.J’ai déjà dit que notre jeune paroisse comptait 14 religieuses, elle peut se glorifier d’avoir donné au sacerdoce, MM.Julien Richard, le R.P.Jésuite Ol.Nault, Hor-misdas Béland, Léon Lamothe et M.Nérée Désilets à la veille d’entrer dans les ordres sacrés.Plusieurs enfants de la paroisse sont entrés soit chez les Pères Jésuites, soit chez les Frères de la doctrine chrétienne.La divine Providence a répandu la rosée du ciel sur ,notre plaine et lui a donné en abondance la graisse de la terre, voilà pourquoi nous disons avec un poète en remerciant le ciel de tous ses dons : “ Un instinct né chez tous les hommes “ Et chez tous les hommes égal “ Nous force tous, tant que nous sommes, “ D’aimer notre séjour natal.Jean Bart (1) (De la collection des notices historiques sur les paroisses du comté de Champlain, rassemblée par E.-Z.Massicotte).(1) Jean Bart était le nom de plume de M.J.-0.Prince, chanoine, curé il « St-Maurice. — 348 — A PROPOS DE L’ILE AUX COUDRES Concession pour le sieur Etienne de Lessart, 4 mars 1677 Louis de Ruade, comte de Frontenac, conseiller du Roy en ses Conseils, Gouverneur et Lieutenant Général pour Sa Majesté en Canada, Acadie, Isle de terreneuve et autres pays de La France septentrionale.A tous ceux qui ces présentes Lettres verront, Salut, Scavoir faisons, Que sur la requeste à nous présentée par Etienne de Lessart habitant de la Coste de Beaupré, tendante à ce qu’il nous plust luy vouloir accorder en titre de fief et seigneurie L’isle aux Coudres contenant environ trois lieues en superficie, ensemble les bastures qui sont autour d’icelle, où il désireroit faire un établissement, ensemble le droit de chasse et de pesche dans l’estendue des dits lieux.Nous en vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté, conjointement avec Monsieur DuChesneau, Coner du Roy en ses Conseils et Intendant de la Justice, Police et finances de ce pays, avons au dit Etienne de Lessart, donné, octroyé et concédé, donnons, octroyons et concédons par ces présentes, l’Isle aux Coudres contenant environ trois lieues en superficie, ensemble les bastures qui sont autour d’icelle.Pour jouir par luy ses hoirs et ayans cause à l’avenir, en fief et seigneurie avec le droit de chasse et de pesche dans 1 estendue des d.lieux, A la charge de la foy et hommage que le dit de Lessart ses dits hoirs et ayans cause seront tenus de porter au Chasteau St.Louis de Québec, duquel il relèvera aux droits et ordonnances accoutumées, et au désir de la Coustume de la Prevosté et Vicomté de Paris, qui sera suivie à cet Egard par provision et en attendant qu’il en soit autrement ordonné par Sa Majesté, comme aussi qu’il tiendra et fera tenir feu et lieu par ses tenanciers sur les concessions qu il leur accordera et à faute de ce faire qu’il rentrera de plein droit en possession de la dite terre Et conservera et fera conserver les bois de Chesne qui se trouveront propres pour la construction des vaisseaux de l’estendue des dits lieux et qu il donnera avis au Roy ou à nous des Mines, minerai ou minéraux sy aucuns s’y trouvent, Et y laissera et fera tenir tous chemins et passages nécessaires, "le tout sous — 349 Je bon plaisir de Sa Majesté de laquelle il sera tenu de prendre la confirmation des présentes dans un an.En tesmoin de quoy Nous avons signé ces présentes, à icelles fait apposer le sceau de nos armes et contresigner par l’un de nos secrétaires.Donné à Québec le quatriesme mars mil six cent soixante et dix sept.(signé) Frontenac Par Monseigneur Lechasseur, avec paraphe Pour copie conforme à l’original conservé aux archives du Séminaire de Québec.Amédée Gosselin, Ptre, archiviste Permission d'établir des habitants à l’Ile-aux-Coudres, 1er septembre 1710 A Monseigneur l’Intendant Monseigneur, Supplie humblement le Procureur du Séminaire des Missions Etrangères établi en cette ville soussigné et vous représente au nom du dit Séminaire que le supérieur et officiers d'iceluy auroient obtenu en l’année mil six cent quatre vingt sept de Monsieur de Denonville Gouverneur et de Monsieur Champigny Intendant de ce pays Concession de l’Isle aux Coudres et Batures qui sont autour d’icelle à titre de fief relevant du Château St.Louis de cette ville et ensuite la confirmation de la ditte concession de Sa Majesté par brevet du premier may mil six cent quatre vingt huit enregistré au Conseil Souverain le vingt huitième février mil six cent quatre vingt neuf et comme il se trouve de bonnes terres à placer des habitants dans la dite Isle, et qu’elles sont très rares aux environs de la Baie St Paul, plusieurs habitants nous auroient souvent pressés et sollicités de leur en accorder pour s’établir eux ou leurs enfants ce que nous n’aurions pu leur accorder à cause d’une clause qui est portée dans le dit titre de concession qui est qu’il ne sera fait aucune traite ez dits lieux avec les sauvages et qu’ils ne seront habitués par aucuns autres que par des Personnes du dit Séminaire, sur quoi le Suppliant vous remontre que les raisons de cette clause ayant cessées veu que depuis ce temps là la malbaye et plusieurs autres — 350 — lieux se sont établis où il y a des seigneurs et des habitants à qui la dite traite n'est point deffendue, quoiqu’ils soient bien plus près de Tadoussac, et d’ailleurs ceux qui nous demandent des habitations dans la dite Isle n’ayant aucunement en vue ce commerce qu’ils pourroient même plus facilement exercer dans les lieux de terres fermes où ils sont à présent, mais désirant seulement s’établir pour cultiver la terre et profiter des herbages qui sont le long de la dite Isle et sur ses battures, Il n’y a aucun sujet de craindre qu’ils puissent faire tort à la traite de Tadoussac.Ce considéré, Monseigneur, Il vous plaise pourvoir à la nécessité qu’ont les dits habitants fie trouver lieu à s’établir en permettant au dit Séminaire de donner des habitations dans la dite Isle sans aucune réserve non plus qu’à la malbaye, chez Dupré et aux Eboulements.A Québec ce ter septembre mil sept cent dix.(signé) Devarenne, ptre Yen la Reqte cy-dessus, ensemble la concession accordée en 1 année 1(>8/ par Mrs Denonville et de Champigny Gouverneur et Intendant en ce pays, la confirmation de la d.concession par brevet de Sa Majesté du 1er mai 1688 et l’enregistrement d’Iceluy au Conseil supérieur de cette ville le 28 février 1689, Attendu les concessions qui ont été données à plusieurs particuliers de seigneuries plus proches du domaine dt! Tadoussac que l’Isle dont est question, dans lesquelles véritablement il n’est accordé ni droit de traite ni droit de chasse et étant l’intention de Sa Majesté (pie toutes les terres soient établies à la charge néanmoins (pie celles qui sont proches ou dans l’étendue du dit domaine 11e luy fassent aucun préjudice.Nous permettons aux dits Sieurs du Séminaire d’établir des habitants sur la dite Isle aux Coudres et ce sans qu’ils puissent leur accorder aucun droit de traites ni de chasse.Fait en notre Hôtel à Québec ce premier septembre mil sept cent dix.(signé) Raudot et plus bas Par Monseigneur „ ., Seurrat , Y °ur cople confornie a l’original conservé aux archives eu Séminaire de Québec,.Amedee Gosselin, Ptre, archiviste BILLET D'OMNIBUS La session de la Législature de Québec ouverte en décembre 1873 et close en janvier 1874, fut marquée d’un événement insolite, car trois compagnies se firent autoriser a faire circuler des omnibus dans la ville et dans l’ile de Montréal.L’une d’elle était la Compagnie des Tramways "incorporée" depuis 1861 et dont les "chars à chevaux” circulaient sur rails, quand la température le permettait, c’est-à-dire, tout au plus, d’avril à novembre, car à cette époque, on n’enlevait pas la neige lorsqu'il lui plaisait d’étendre sa nappe sur les chemins.Aussi dès que le sol était recouvert de glace ou de neige, les tramways étaient remisés et remplacés par des traineaux ou sleighs.Or, la Compagnie des Tramways ne s’était fait autoriser qu’au transport des voyageurs par voiture sur rails ou sur patins, puisque dfins la session ci-dessus mentionnée, trois compagnies, y compris celle des Tramways, songent tout-à-coup aux omnibus: résumons les lois qui furent alors passées.1.—Loi amendant l’acte d’incorporation de la Compagnie de chemin de fer à passagers de la Cité de Montréal.Par cet amendement la compagnie était autorisée à augmenter son capital de $700,000.ainsi qu’à posséder et louer dans la cité et le district de Montréal des omnibus et d’autres véhicules de transport public.(37 Yict.30.) 2.—Acte incorporant la compagnie des Omnibus de Montréal.Cette compagnie était fondée par Robert Kerr, L.-H.Renault, Wm Almour, L.Desrosiers et Chs Desmarteaux, capital $50,000.Les ci-dessus nommés devenaient les premiers directeurs de la compagnie et celle-ci pouvait faire circuler des véhicules pour passagers dans la cité et la paroisse de Montréal, suivant un tarif à établir.(37 Yict.chap.31.) 3.—Acte incorporant la compagnie des Omnibus et de transport de Montréal.Parmi ceux qui demandent l’incorpo- 352 — ration, on mentionne Wm McNaughton, John O’Gilvy, Samuel Waddle, Henry Hogan, L.Nathan Benjamin.Capital de la compagnie, $300,000.00 — But, posséder et faire circuler des omnibus, des voitures, des sleighs, bagages, effets, denrées, etc.( 37 Vict.ch.32.) La Compagnie des Omnibus de Montréal ne semble avoir existé qu’une année ou deux et probablement fut absorbée par Tune des deux autres.Néanmoins, elle a laissé trace de son existence non seulement par sa charte; mais aussi par un billet ou ticket donnant droit à un voyage, qui portait (est-ce par hasard?), les couleurs du drapeau des patriotes de 1837-38.Le tiers de la partie supérieure était de couleur verte, le centre blanc et le bas rouge.Sur la partie blanche on voyait le profil d’un bel omnibus, tiré par des chevaux fringants.Un exemplaire de ce billet rarissime a été conservé et il appartient à M.Laurent Baugue, de cette ville, fils de l’ancien surintendant de la susdite compagnie.Les omnibus à chevaux après avoir eu leur heure de vogue, sont aujourd’hui au rebut.Le tramway électrique, puis l’autobus à essence, plus confortable et plus rapide, les ont fait disparaître à jamais.E.-Z.Massicotte QUESTIONS Quelle est cette madame de Montcalm qui était l’amie intime de la duchesse de Bourbon, mère du duc d’Enghien, l’infortuné jeune homme fusillé par les ordres de Napoléon Bonaparte, le 21 mars 1804?N’était-elle pas la femme du fils de notre valeureux marquis de Montcalm?N.B.Après les obsèques de la Mère Marie de l’Incarnation, sa tombe fut ouverte afin de permettre à un peintre envoyé par le gouverneur de la Nouvelle-France, M.de Courcelles, d’en tirer le pourtrait.La peinture en question périt dans l’incendie du monastère des Ursulines de Québec en 1686.Le nom de ce peintre a-t-il été conservé?X.X.X. — 353 — BANCS A PERPETUITE DANS L’EGLISE DE N.-D.-DE-MONTREAL Les archives de N.-D.contiennent environ 1600 contrats de banc, dont la majeure partie a trait aux bancs de l'église actuelle.Les anciens, moins nombreux, sont les plus intéressants.A quelques exceptions près, tous ces anciens bancs furent concédés à perpétuité, et on en compte au moins quatre-vingt-six.Nous n’en signalerons que quelques-uns.La plus ancienne concession de banc, que nous connaissions, remonte à quelques années après l’ouverture de l’ancienne église, et fut accordée à Jacques Leber, un des premiers colons de Ville-Marie; et ne fut accordée que pour un temps limité.Jacques Leber, le 14 avril 1685 (not.Basset) devenait concessionnaire d’une place de 7 x 3 pieds, pour y construire un banc, et “ pour sa vie durant et ses cinq enfants qu’il a présentement ( 1 ), en reconnaissance des grands bienfaits" rendus à l’église depuis vingt ans, “et notamment l’horloge de présent au clocher (2), qu'il a payée en France 323 lbs, 9 sols, qui font en ce pays 431 lbs, 5 sols, 4 deniers ”, et “ qui fait le son principal de laditte place.” Les paroissiens de Montréal, entre autres et dont les noms suivent, furent concessionnaires de bancs à perpétuité: René Fézeret, conc.26 novembre 1692 (Basset), continué par sa fille dame Gabriel de Thiersant jusqu’en 1735* quand elle passa en France; vendu conditionnellement en 1739 à Pierre Guy; vente confirmée par l’abbé P.Frs de Thiersant (petit fils de Fézeret) du diocèse de Paris, et de passage à Montréal, en 1764; Pierre Guy remboursa l’abbé de Thiersant des 100 francs que Fézeret avait payés pour le fonds du banc; # Jean-Baptiste Neveu, le 2 janvier 1716 (not.Adhé-mar) ; on le retrace jusqu’en 1796; (1) Louis, Jeanne, Jneques, Jean-Vincent et Pierre.CJ ) I,'horloge fut entretenue pendant plusieurs anales par François Prud'homme.Comme nous n’avons pas rencontré dans la suite qu’elle ait été remplacée, il est il présumer que.d'aprs les anciennes eravnres.elle marqua l'heure pour les citoyens de Montréal jusqu’il lu démolition de l'église en ÎH.’ÎO. — 354 — Pierre1 et François Prud’hohime, le 25 avril 1692 (Adhémar); parait avoir changé de nom vers 1742; Alphonse de Tonty, le ii décembre 1700 (Adhémar) ; est continué jusqu’en 1785 sous le nom de Tonty-Cabanac ; Pierre Trot tier-Desauniers, le 19 niai 1716 (Adhémar) ; occupé jusqu’en 1830; Thomas Joncaire, le 2 juillet 1712 (Adhémar) ; continué jusqu’en ï 7^7 sous le nom de Joncaire-Cuisy ; Jean Pauthier-Laverdure, le 15 janvier 1716 (Adhémar ) ; était passé à Dècouagne en 1780; Anthoine Adhémar, notaire et secrétaire de la fabrique, conc.2(» juin 1693 par Dollier de Casson curé, gratuitement IX)ur le fonds, mais paiera 10 Ibs.de rente annuelle; occupé jusqu’en 1830; Adrien Bétournay, conc.15 septembre 1697 (Adhémar), 60 lbs de fonds et 10 lbs de rente.Le 23 août 1729, le notaire N.-A.Guillet de Chaumont achète la moitié du banc à raison 7 lbs, 10 sols de rente; et en 1745, il achète l’autre moitié, vû l’abandon par Bétournay; En 1692, J.-B.Migeon de Branssat et Pierre Dailleboust d’Argenteuil achètent une place de banc (près de la chaire) d’un demi pied plus long que les autres.Le 30 avril 1702, en vertu d’une assemblée des marguilliers, les concessionnaires sont contraints de se mettre en conformité avec les voisins; et après avoir vidé une querelle devant les tribunaux.Jean-Bte Charly, conc.15 janvier 1716 (Adhémar) 120 lbs de fonds et 10 lbs de rente: paraît être abandonné en 1730; Jean Cuenet, conc.8 mars 1696 (Adhémar); ne fut occupé que quelques années; Jacques-Alexis Fleury Deschambault, lieutenant géné-1 al de roi, occupait, en cette qualité, un banc honorifique, dans l’église Notre-Dame, le premier en avant de l’allée à gauche du centie.Avant sa nomination, il avait acheté à perpétuité un banc qu’il passait en 1707 au nom de son gendre, h rançois Leverrier.A la mort de ce dernier, son fils Louis occupa le banc jusqu’en 1764, alors qu’il l’abandonna.En 1/66, Joseph h leur y Deschambault, seigneur de Saint-Llain, petit-fils de Jacques-Alexis, réclama la jouissance du banc de son grand-père, délaissé par la famille Le- — 355 — verrier, et adressa la lettre suivante aux autorités de l’église : A monsieur Jolivet, faisant les fonctions curiales en la paroisse de Montréal, et MM.les marguilliers en charge._ Joseph tleury dechambault a l'honneur de vous représenter que feu Alexis Dechambault son grand père avait acquis un banc dans la paroisse de Montréal dont il en avoit payez le fond, mais qu’ayant marié sa fille à M.Leverrier il céda d’autant mieux ledit banc à son gendre qu’il en avoit un dans la paroisse en sa qualité de lieut.-ga/ qu’il possédoit alors, et comme M.Leverrier lils est resté seul héritier de cedit banc, et qu’étant passez en France, se trouvant reliquataire au supliant d’une somme plus considérable que le fond dud.banc il luy consenty un billet pour avoir en son lieu et place le dit banc, d’ailleurs le supliant observe que ce banc vient de son grand père, et qu’il se porte héritier ayant cause.Il suplieroit d’examiner le contract qui s’explique pour tous les hoirs et ayans cause.C’est par ces raisons qu’il vous suplieroit de la mettre en possession de son banc en payant la mutation ordinaire.Et ferez bien.9 mars 1766.Déchambault Les autorités de l’église se rendirent à la requête du suppliant, qui occupa le banc! de famille jusqu à sa mort le 15 juillet 1784.Sa veuve, Catherine-Véronique Véron de Grandmesnil, continua de jouir du banc jusqu’à sa mort, le 2 février 1795.Puis le banc de la famille Deschambault fut vendu en 1796 au docteur Loedel.Charles Lemoyne, baron de Longueuil, concessionnaire le 10 janvier 1716 (Adhémar) à raison de 150 lbs de fonds et 15 lbs de rente; payé et occupé jusqu’à la démolition de l’église en 1830; Pierre Gauthier, de Varennes, concessionnaire le 25 avril 1719 (Adhémar) ; 112 lbs, 10 sols de fonds et 7 lbs, 10 sols de rente ; continué jusqu’en 1784, alors qu’il fut annulé et passé à un nommé Vienne ; — 356 — François de Berey, sieur des Essarts, et son épouse Jeanne Nafrechoux, concessionnaires le 20 décembre 1725 (Raimbault) d’un banc situé entre celui de Pierre-Jacques Paumereau et celui du sieur de Lacorne, à raison de 50 lbs de fonds, 10 lbs de mutation et 7 lbs, 10 sols de rente.Note du dossier : passé le 14 janvier 1763 à Jean-Bte Vassan.— Rentré à la fabrique.En 1712, Claude de Ramezay devint concessionnaire d’un banc.Le contrat fait défaut, mais le prix de la rente indique qu’il fut acheté à perpétuité.Continué sous le nom “ de Ramezay ”, le banc est abandonné en 1766.En outre de celui-là, les fils de Claude, Charles-Hector et Jean-Baptiste-Roch de Ramezay achetèrent, au prix de 10 lbs de mutation, 75 lbs de fonds et 11 lbs, 5 sols de rente, un banc " au rang du côté droit du milieu et le premier dudit rang” (Raimbault, 26 février 1723 ; passé au nom de “ les dames de Ramezay ” en 1725 ; puis “Delle de Ramezay”, puis “de Ramezay St-Ours ” jusqu’en 1766; passant à M.de St-Ours, puis aux héritiers de St-Ours, il disparaît en 1817.Le 11 décembre 1725 (Raimbault), un banc était concédé à Joseph Benoist, chirurgien-major des troupes, à raison de 50 lbs de fonds, 7 lbs, 10 sols de rente et 10 lbs de mutation.En 1742, le banc est continué par Claude Benoist son fils, aussi chirurgien, puis abandonné.Le 28 décembre 1792 ( J.-G.Dclisle), le banc de la famille Benoist est vendu à madame Bender, qui en paie la mutation, et doit payer la même rente.Dix ans plus tard, savoir le 21 mars 1802, les héritiers Benoist reclamèrent en justice leur banc de famille du docteur Bender, mais cessèrent leur poursuite le 19 décembre suivant.Le 7 décembre 1722 (Raimbault) Pierre Desrivon de Budemont devenait concessionnaire d’un banc, pour 50 lbs de fonds et ?lbs, 10 sols de rente.Abandonné, ledit banc était accordé, à raison de 15 lbs de rente, le 4 357 — août 1741, à Françoise de Coiiagne (1) et à Marie-Joseph Lemoine-Monnier (2) et leurs futurs époux (Adhé-niar).Une note inscrite sur le dossier mentionné sans date : passé à Michel Avrard, — rentré à la fabrique.Le 12 septembre 1733 (Raimbault), Michel Bégon faisait l'acquisition d’un banc de 100 lbs pour le fonds et 10 lbs de rente annuelle.Il n’y est pas question de mutation.— Note du dossier sans date : rentré à la fabrique.L’ordonnance de l’évêque de Saint-Vallier en 1719, à l’effet de payer 25 ou 60 lbs de mutation, semble n’avoir pas été mise en exécution.Du moins, nous n’avons pas trouvé de contrat qui la mentionne.Mais on se conforma à l’ordonnance du Conseil Souverain, le 7 juillet 1721, laquelle fixa la mutation à 10 lbs pour les trois villes et 30 lbs pour les campagnes.En 172H {Adhémar), Raymond Baby, marchand, achetait le banc no.19, situé entre celui du marquis de Beauharnois et celui de J.-B.de St-Ours-Deschaillon* aux conditions suivantes : 12 lbs, 13 sols, 4 deniers de ta-con (3), 60 lbs de fonds, 7 lbs, 10 sols de rente annuelle et 10 lbs de mutation.Ledit banc fut occupé par les héritiers jusqu'à la démolition de l’église.Pierre Busson dit Subtil, aubergiste, concessionnaire 26 mars 1735 (Adhémar), aux conditions suivantes : 100 lbs de fonds, 10 lbs de façon, 10 lbs de rente et 10 lbs de mutation.Note du dossier : rentré à la fabrique.Jean-Louis Plessis-Belair, conc.25 nov.1734 (Adhémar), 60 lbs de fonds, 10 lbs de rente et 10 lbs de mutation.Note du dossier : rentré à la fabrique.En 1745, la fabrique avait remboursé Belair du fonds de son banc, en même temps que ceux d’Ignace Gamelin, de Jacques Barsalou, de Jean-Baptiste Maillot et d’Angélique Jalot.(1) Fille majeure de Jean-Hapt.Decouagne.ingénieur du Itol A Louisbourg, elle épousait Oeores Degganne en 17ûl.ILl Fille mineure d'Alexis I.enndne-.Meunier ; n'appert pas qu'elle se marlrtt., , , ., (.'!) Lu fac;on comprenait, outre la structure les honoraires du notaire et du bedeau. 35» - \ ers l'année 1740, la vente des bancs de famille, où à perpétuité, semble diminuer ; et la plupart des bancs sont vendus pour la vie durant du concessionnaire et celle de son épouse.Le 17 mars 1761, les marguilliers autorisent Joseph Guyon Després, marguillier en charge, “à diminuer le prix des bancs, vu la dureté des temps.” Au commencement du XIXme siècle, la population de Montréal grandissait d’une manière surprenante.Dès 1790, on avait déjà songé à construire un temple assez vaste pour loger les fidèles ; et le projet ne devait être mis à exécution qu’en 1829.En l’an 1817, époque à laquelle nous faisons allusion, la population de Montréal s’élevait à environ 15,000 âmes, et ne pouvait plus trouver place suffisante dans l’ancienne église (1).Aussi les bancs atteignirent-ils un haut prix.Et nous ne pouvons donner une autre raison à l’exorbi-tance du prix de quelques bancs, que certains magnats de la finance se disputèrent alors.En 1817, des paroissiens payaient les sommes suivantes pour la rente annuelle de leur banc : James Desrivières McGill, 366 livres ; le capitaine Emmanuel d’Au-breville, 303 lbs ; Joseph Perrault, 306 lbs ; Antoine Larocque, 300 lbs ; Joseph Roy, 300 lbs ; Pierre Beaudry, 372 lbs ; Joseph Masson, 420 lbs ; Joseph Edge, 300 Ibs ; honorable Eustacbe-G.Chartier de Lotbinière, seigneur de \ audreuil, 361 lbs, 10 sols (contrat not.Cha-boillez 29-5-1812) ; en 1826, Marie-Claire Cuvillier, 306 lbs ; Robert-L.Morrough, 408 lbs, et sept ou huit autres qui payaient 200 lbs et plus.Le banc Lemaitre-Lamorille était continué par James McGill en 1796, et payé 7 lbs, 10 sols de rente annuelle.Pierre Desrivières en avait payé la mutation en l/t>9.McGill payait aussi en même temps son autre banc.(1) K il is^7.relise contenait dims la nef.le premier jubé, le deuxième jubé, le troisième jubé et les chapelles latérales diiU bancs- et louait üs chaises.Le maifruillier louait aussi, au bénéfice de .réalise bit lianes dans la chaplle de X.-Ii, de Bonsecours et Î50 bancs dans réélise des ItécoMets. 359 En 1826, les bancs à perpétuité -suivants existaient encore, et devaient-prendre tin avec la démolition de l'église (res périt domino),, et l’inauguration de l'église actuelle : J.-B.Lecopmte Dupré, 1741 ; Pierre Lascelle, 1777 ; François Lemaître Lamorille, 1(>92 ; Raymond Baby, 1728 ; Simon Rhéaume, 1723 ; Pierre Raimbault, 1722 ; Jacques Testard de Montignv, 1725 ; Charles Le-moyne de Longueuil, 1716 ; De Beaujeu, 1712 ; Pierre Trottier Desaulniers, 1716; Jean-Baptiste Hervieux, 1722 ; Jean Guichard, 1722 ; Antoine Magnan Lespé-rance, 1728 ; Etienne Auger-Biron, 1765 ; Jacques Por-lier de la Croizardière, 1758 ; Abraham Boitât, 1692 ; J.-1*.Migeon, 1 f*92 ; Pierre Dailleboust, 1692 ; Jacques Quenel Fonblanche, 1734 ; Henri Campeau, 1735 ; Pierre Sarault, 1735 ; Hubert-Lacroix, 1740; Pierre Guy, 1739 ; Antoine Adhémar, 1693.A la veille de la fermeture de l'ancienne église et à l’ouverture de la nouvelle, les fabriciens.réunis en assemblée le 5 juillet 1829, décidèrent que les bancs de famille ne seraient plus dorénavant accordés, et qu’ils ne seraient vendus que pour un temps limité, à savoir, les bancs de la nef pour cinq ans, ceux du premier jubé pour quatre et ceux du deuxième jubé pour trois ans.11 y a juste un siècle que les bancs à perpétuité sont abolis dans la paroisse de N.-D.de Montréal.C’est à peine même si on retrace de nos jours, parmi les locataires- de banc, quelques noms d’une famille ancienne.Pourtant, il y a une heureuse exception et pour une famille, dont les faits et gestes ont illustré l’histoire du pays.La famille de Beaujeu a son banc dans l’église de Notre-Dame depuis plus de deux siècles ; et ce qui mieux est, il faut l’espérer, le possédera encore plusieurs années.En 1712, Louis Liénard de Beaujeu faisait l’acquisition d’un banc à perpétuité.Le contrat est absent, mais la rente annuelle de 7 Ibs.10 sols en argent de France, ou 10 Ibs, argent du pays, et sans modification pendant plus d’un siècle, indique la perpétuité de la vente. Le banc “de Beaujeu ”, dans l’ancienne église, occupait rang de l’allée centrale de gauche, le deuxième du devant, derrière le banc d’Argenteuil, lequel fut aussi entre temps, le banc des seigneurs et le banc du colonel.Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu, seigneur de Soulanges et de la Nouvelle-Longueuil, conseiller législatif, protonotaire de Montréal, occupait ledit banc, lors de la transition de l’ancienne à la nouvelle église en 1830.Le fils de ce dernier, Georges-René Saveuse, comte de Beaujeu, conseiller législatif, le 18 juillet 1847 (notaire F.Doucet), échangeait le banc pour un autre dans la même allée, no.197 (1) ; et décédait le 29 juillet 1865.Adélaïde-Susanne-Catherine Aubert de Gaspé, continua d’occuper le banc, jusqu’à son décès, le 30 mars 1895.Dans son testament, la dame Georges-R.Saveuse de Beaujeu a inséré la clause suivante: “Je veux que l’aîné des enfants de mon fils Raoul et ses descendants jusqu’à la deuxième génération, louent et occupent un banc dans l’église de Notre-Dame de Montréal.” Les héritiers de Beaujeu accomplissent encore et avec fidélité cet acte de la volonté de la testatrice.La petite-fille de cette dernière, dame James William Domville, née Marie-Béatrice-Adèle Saveuse de Beaujeu, occupe régulièrement aujourd’hui le banc ancestral.O.Lapai ice QUESTION _Claude Larchevesque épousa à Québec, le 6 février 1645, Marie Simon, fille de François Simon et de Louise Lemoine.Larchevesque.devint un des citoyens importants de Québec et laissa plusieurs fils.Je n ai pu retracer la date et 1 endi oit de la mort de sa femme, Marie Simon.Qui peut me donner ce renseignement?C.L.(1) Les numéros de banes ont été changés depuis. REPONSES La Thérèse de la Nouvelle-France (XXX, p.246.) — Ce n’est point Bossuet, on le sait, qui a décoré le premier Marie de l’Incarnation du beau titre de seconde Thérèse.En 1672, quand elle mourut, il ne savait rien de sa vie.Or, en cette même année, la parole fameuse était lancée "par un docte et savant personnage”, nous dit-on.Recueillie par Dom Claude Martin qui l’inséra dans la Vie, c’est là que Bossuet la trouva pour la première fois en 1695 ( Bossuet,Correspondance, édition Urbain et Lévesque, t.VII, lettre à madame Cornuan, 1er juin 1695), et qu’il la prit, pour lui faire une fortune, deux ans plus tard, 1697, dans son Instruction sur les Etats d’oraison.11 l’amplifia un peu, comme de raison.Sous sa plume éloquente, la seconde Thérèse devint la Thérèse de nos Jours et du Nouveau Monde.Vingt-cinq ans après, dans sa Vie de Marie de l'Incarnation, le P.de Charlevoix l'appelait à son tour la Thérèse de la France (R.P.F.-X.de Charlevoix, S.J., La vie de la mère Marie de l’Incarnation, institutrice et première supérieure des Ursulines de la Nouvelle-France, Paris, Cl.Briasson — 1724).C’était la pensée même de Bossuet, mais dans une expression plus juste, puisque Marie a passé plus de la moitié de son existence à Tours, et qu’à cette date, des deux Frances il n’y en avait qu’une, politiquement.Grâce surtout à Bossuet, qui lui apportait pour la mettre à l’épreuve du temps, le poids de son génie et comme la consécration de l’Eglise de France parlant par sa bouche, le titre de nouvelle Thérèse est désormais acquis au nom et à la mémoire de Marie de l’Incarnation.Remarquons que Bossuet ne s’est prononcé qu’à la suite d’une étude attentive de ses écrits.Au moment où s’ouvrait la querelle du quiétisme, Marie était de ces autorités que chacune des parties voulait avoir dans son camp.Fénelon, qui la connaissait depuis plus longtemps que Bossuet par madame Guejon, sinon par son frère l’abbé de Fénélon, missionnaire au Canada, le revendiquait pour son sentiment.Le débat qui suivit ne servit qu’à montrer sa sublimité et sa parfaite orthodoxie (Marie de linear- — 362 union, écrits spirituels et historiques, réédités par Dom Albert Jamet, tome 1er p.55).Joseph Hébert, tué par les Iroquois (vol.XXXV, p.250) — Où Joseph Hébert, époux de Marie-Charlotte de Poitiers, a-t-il été tué par les Iroquois?La Relation de lt>61 (édition de Québec) p.35, répond : "Pour Monsieur Hébert, qui était blessé d’un coup de fusil à l’épaule et au bras, il a été donné aux Iroquois d’On-neïout là où il a été poignardé à coups de couteau par des ivrognes du pays.” Dans les Registres du Conseil Souverain, vol.1er, p.88, on voit que, le 21 décembre 1663, la veuve Hébert voulant faire enregistrer son contrat de mariage et autres documents déclare que “ jusqu’à présent, elle a tout à fait été incertaine de la mort assurée du dit feu Hébert, son mari, sinon, qu’en I année i(>6_>, à la fin d’octobre, il revint quelques prisonniers du pays des Iroquois qui l’assurèrent de cette mort, etc.” list-il possible que madame Hébert n’ait appris cette fâcheuse nouvelle qu’en 1662 alors qu’un an auparavant les Jésuites de Québec l’annonçaient avec une précision étonnante?II faut croire qu elle n’a pas cru suffisante les preuves de cette mort.Celles de 1662 l’ont convaincue.Amédée Gosselin, ptre.L’hibernation de l’ours canadien (vol.XXXV, p.275) — Nat pose une question à propos de “ la façon de vivre de l’ours en hiver", “où les Sauvages, (dit un document de 1634), trouvent l’ours dans des arbres creux où il se retire, passent plusieurs mois sans manger, et cependant il ne laisse pas d’être fort gras”.Mais on a nié le fait, dit Nat.Il est pourtant bien vrai, le fait, et l’on donne le nom d hibernation a 1 état d’engourdissement ou de sommeil hibernal où les ours et d’autres animaux passent l’hiver.Dès les premieres livraisons du Naturaliste canadien (vol.I, No.8, juillet 1869), l’abbé Provencher constatait le phénomène, en traitant des plantigrades (Ours, Ratons, — 363 — passent l’hiver dans l'engourdissement, sans prendre de nourriture.” Si l’on a sous la main le Nouveau Larousse illustré, on y trouvera, au mot “hibernal”, un petit article intéressant sur le sujet.Cependant, l’assertion du document de 1634, que l’ours “11e laisse pas d’être fort gras” malgré son terrible jeûne est contredite dans l’article auquel je renvoie Nat., et suivant lequel l’ours en sort très émacié — ce qui n'est pas étonnant, d’autant que la nutrition de l’animal, durant cette période de jeûne complet, résulte précisément de la désassimilation des graisses auparavant accumulées.On serait “émacié” à moins! Mais les cas de suspension temporaire de l’activité organique abondent dans la nature.Les arbres et arbrisseaux passent bien l’hiver engourdis, c’est-à-dire sans nutrition aucune! et les crapauds, les grenouilles, etc., ne mangent rien dans les vases où ils sont enfoncés! Et aussi tels insectes, à l'état chrysalidal ou à l’état adulte! Et tels poissons de l’Europe orientale, pris et gelés durs dans des blocs de glace, et qui reprennent leur activité après le dégel! Le plus fort, peut-être, c’est le cas de certains animaux de la zone tropicale, qui, eux, font leur “hibernation”, si l’on peut dire, durant la période des plus grandes chaleurs.Ils passent donc de longs mois dans l’engourdissement au sommeil, l’été, comme font nos ours et autres l’hiver.Tl n’y a d’ailleurs pas, pour les âmes sensibles, à s’apitoyer sur ces longs jeûnes des hibernants du Nord ou du Midi.Car, cela est bien connu, et depuis longtemps, “Qui dort dine.” Chanoine Huard L’âge de majorité (XXXIV, p.662)— La minorité autrefois s’étendait jusqu’à 25 ans.C’était un héritage de l’ancien droit romain, recueilli par la coutume de Paris.Il en fut ainsi en Canada jusque vers la lin du 18e siècle.Une loi adoptée en 1782 par le parlement britannique et entrée en vigueur le premier janvier 1783 (22 George III, c.1) fit déroger pour la première fois l’Angleterre à l’ancien usage et fixa l’âge de majorité à 21 ans.La loi nouvelle s’appliqua im- — 364 — mëdiatement au Canada comme à l’Angleterre.Les articles 246 et 324 de notre Code civil n’en sont que la reproduction.Quant à la France, c’est à l’époque de la Révolution, par la loi du 20 septembre 1791, qu’elle adopta la majorité de 21 ans, et la même disposition fut sanctionnée peu après par le Code Napoléon.Aeg.F.PUBLICATIONS DE J.-ERNEST CYR (î) L'ordre des Forestiers Catholiques.Conférence faite par J.-Ernest Cyr, chef ranger de la Cour Taché, No.252, dans la salle du collège des RR.PP.Jésuites, à Saint-Boni-face, Man., le 5 mai 1903, au profit de l'Oeuvre de la Cathédrale.La Prairie, conférence prononcée devant l'Institut Canadien, Ottawa, le 29 mars 1906.Winnipeg—1906.Les classes ouvrières au Canada.Conférence prononcée devant le Club Bclcourt, d’Ottawa, par M.Ernest Cyr, député de Provcnêhcr, le 21 Janvier 1907.Discours prononcé par M.J.-E.Cyr, député de Proven-cher à la Chambre des Communes, dans les salles du Club libéral de la partie est à Montréal, le 5 avril 1908.Monseigneur Joseph-Norbert Provencher, sa vie et son temps.Saint-Boniface, mars 1919.Monseigneur Alcxandre-Antonin Taché, O.M.I.— Saint-Boniface, décembre 1920.Monseigneur Louis-Philippe Langcvin, O.M.I.Saint-Boniface, décembre 1920.Le Révérend Père Zacharie Laçasse, O.M.I., 1925.Au pays des Esquimaux, conférence donnée sous les auspiècs de I Union Canadienne à Saint-Boniface.Saint-Boniface — 1925.La vénérable Mère d'Youville, fondatrice des Soeurs de la Chanté (Soeurs Grises), Saint-Boniface — 1925 P.-G.R.(1) Décédé à Saint-Boniface, Manitoba, en avril 1929. — 365 — MESSIRE PIERRE MAILLARD, APOTRE DES MICMACS De tous les missionnaires qui ont passé en Acadie, celui de qui le nom est plus particulièrement demeuré en vénération parmi les tribus indiennes et comme entouré d'une auréole, c’est bien Mosi Mcriai, qui consacra sa vie entière à l’évangélisation des Sauvages de l'Isle Royale et de 1 Isle St-Jean.Missionnaire infatigable autant que zélé, esprit cultivé, ayant acquis à fond la langue indigène, au point qu’on a pu dire qu’il était, en fait de langue, un sauvage naturalisé, le plus ardu, accompagnant partout les enfants des bois, M.Maillard se dévoua, trente années durant, au ministère hiver comme été.Leur premier soin, dès qu’ils avaient choisi un nouveau campement, était de construire une case-chapelle, avec une hutte, ou wiywan, pour leur Patlias.M .Maillard a composé, pour ses Micmacs, toute une liturgie empruntée au rit parisien de l’époque, comprenant des offices pour chacun des jours de la semaine, avec leçons, hymnes et psaumes doctrinaux.Il a laissé, en outre, nombre d’écrits précieux sur l’idiome, les moeurs et les coutumes de cette intéressante peuplade.C’est encore M.Maillard qui a développé et perfectionné le système d’écriture hiéroglyphique, adopté par la tribu.Son oeuvre fondamentale a servi de base à toute la littérature micmaque.Un écrivain protestant a pu dire de lui : “Ce fut un homme de grande habileté, de profonde culture et d’un tact infini.Le secret de la grande influence qu’il exerça autour de lui provient de ce qu’il avait su s’identifier parfaitement avec les âmes qu’il était venu sauver, vivant au milieu d’elles, partageant leurs joies et leurs tribulations”.(1) C’est assez dire ([ue l’abbé Maillard possédait, au plus haut degré, une âme d’apôtre.Pierre Maillard, missionnaire des Micmacs (17351752) fut mis à la disposition des Missions-Etrangères par le Séminaire du Saint-Esprit, où il avait fait ses études en compagnie de M.Frison de la Mothe et de M.Le Loutre.( 1 ) O.W.Vernoy -Century — Toronto 1 !•().'!.Cape Brecon at the beginning of the twentieth — 366 — Admis à la maison de la rue du Bac, vers la fin de 1734, il y séjourna huit mois et partit, au milieu de l’année suivante, pour l’Acadie.Originaire du diocèse de Chartres, et d'une famille très modeste, il était né vraisemblablement aux environs de 1710, puisque M.de Brisacier, en 1735, dit qu’il est un tout jeune prêtre, récemment ordonné.Arrivé à Louisbourg et destiné au ministère près des Sauvages, il fut heureux, pendant les deux premières années de son séjour, de profiter de l’expérience acquise par M.de Saint-\ incent.C’est à son école qu’il se perfectionna dans l’étude de la langue indigène.11 réussit merveilleusement dans ce travail d’initiation, à tel point qu’il se trouva en mesure de rendre le même service à M.Le Loutre, qui arrivait de France, en 1737.D abord chargé de toutes les missions indiennes, après le départ de M.de Saint-Vincent, en 1738, il donna à son nouveau confrère le soin des Sauvages de la Nouvelle-Ecosse, se réservant les groupes du Cap-Breton, d’Antigonish et du Prince-Edouard.De sa mission de Malujaouèche, non loin de II hycocomagli, il parcourait assidûment l’immense territoire conlié à sa vigilante sollicitude, et il acquit très vite un grand prestige sur les Sauvages, dont il sut faire pour la France de précieux auxiliaires.Il ne se faisait d’ailleurs aucune illusion sur la vertu de la constance de ses ouailles turbulentes et il comprenait la nécessité absolue de se tenir perpétuellement en contact avec elles, pour réprimer les excès et prévenir les défaillances, “parce que, disait-il, les Sauvages, sans leur missionnaire, pourraient ou manquer de fidélité ou faire trop d’actions barbares.’’ Il écrivait encore, le 13 octobre 1751 : Dans les circonstances où se trouvent les Sauvages, il ne se peut qu aucun de nous les abandonne, sans les exposer a 1 occasion de se livrer infailliblement à l’Anglais, qui n’en épie tous les jours que le moment.” a Fri conséquence, M.Maillard se trouva inévitablement mêlé à tous les événements de cette période tragique et seconda constamment son ami Le Loutre dans les efforts tentés par ce dernier pour maintenir fidèles à la domination française les Micmacs, aussi bien que les colons acadiens. — 3 67 — Le relations furent toujours cordiales et fraternelles entre ces deux hommes, si différents de nature, mais éminents l'un et l’autre; malgré la divergence des procèdes, leurs vues furent sans cesse unanimes.Sans doute plus réservé que son bouillant collègue, Maillard se tint d’ordinaire à l’écart de la mêlée et n’intervint en Acadie que par ordre, uniquement pour y remplir ses fonctions d’aumônier militaire.Les historiens ont coutume d'opposer, d’une manière absolue, au belliqueux Le Loutre le pacifique Maillard, comme si ce dernier était un pur intellectuel, un homme de cabinet, captivé par ses livres et ses manuscrits, tandis que l'autre, tel un vulgaire soudard, ne respirait que l’odeur de la poudre et se complaisait au tumulte des combats.C'est là un procédé simpliste, autant que peu exact, qui relève de la légende beaucoup plus que de 1 histoire.En réalité, patriotes ardents, ils savaient l’un et l’autre accomplir crânement tout leur devoir, au cours des expéditions militaires, aussi bien (iue durant les périodes d’accalmie relative.Ainsi, à l’occasion du siège d’Annapolis, par Du Vivier, ce fut Maillard, et non pas Le Loutre qui se trouva chargé d’accompagner la troupe de 300 Indiens, venus de 1’Isle Royale, au mois de juin 1744.Le gouverneur de Louisbourg, du Chamboy et M.Bigot, écrivant au ministre, disent expressément que M.Maillard, missionnaire des Sauvages, était avec Du Vivier, et que c’est à leur prière — disons: sur leur ordre — qu’il a été à l’Acadie avec eux.L’erreur des historiens provient indubitablement du trop fameux rapport du juge Yoathan Belcher, du juillet 1755 — onze ans après les incidents — qui parle des 300 Sauvages conduits par Le Loutre à travers la province, en 1744.Mais cette assertion tendencieuse et d ailleurs tardive de Yhonncte Yoathan ne peut prévaloir contre le témoignage formel de MM.du Chambon et Bigot 11 demeure donc établi, en dépit de toute opinion contraire, que M.Maillard prit une part très active à la campagne de 1744; il l’a reconnu lui-même dans une lettre à M.Edward How, et il semble bien que c’est là précisément le motif pour lequel Messieurs les Anglais le déportèrent, l’année suivante, après l’avoir attiré, par traîtrise, dans un giuet-apens.Quant à M.Le Loutre, il déclare, dans le Mémoire - 368 - conservé aux Missions-Etrangères, qu’il ne reçut l’ordre de marcher avec les Sauvages que l’année suivante, 1745, alors que M.Duquesne l’appelait — trop tardivement — au secours de Louisbourg investi par la flotte anglaise.Dès qu’il fut avisé de la capitulation de cette citadelle, M.Maillard suivit au fond des bois ses Sauvages dispersés, continuant d’exercer son ministère avec mille précautions, pour ne point tomber entre les mains de l’ennemi, qui surveillait toutes ses démarches.Les Anglais, connaissant la droiture et la noblesse de ses sentiments, eurent recours à son intervention pour éviter l’effusion du sang.En guise de reconnaissance, ils surent l’attirer à Louisbourg, sur la garantie d'un sauf-conduit et n’hésitèrent point à le retenir prisonnier, contre le droit des gens.Conduit tout d’abord à Boston, il fut déporté en Angleterre, d’où on le laissa regagner la France.L’abbé de l’Isle-Dieu disait de M.Maillard: “C’est un saint et vertueux ecclésiastique, qui a du zèle et du talent et qui est d’une grande utilité dans le poste qu’il remplit.” Son contemporain et son ami, l’abbé Le Loutre ne faisait que lui rendre justice, quand il disait : “C’est un trésor (pie ce missionnaire, auquel je crois que le Seigneur a donné le don des langues.C'est un ouvrier infatigable pour l’étude et les travaux inséparables des Missions: c’est un ministre rempli de l’esprit de Dieu.” Revenu de France avec la flotte du duc d’Anville, en septembre 1745» '1 arrive juste à propos pour reprendre di direction des tribus sauvages, au moment où M.Le Loutre se voyait contraint, par 1 épuisement de .ses forces, de prendre un congé de convalescence.En janvier suivant, Maillard va, sur l’ordre de M de Ra-mesay, rejoindre, à proximité de Cobeguid, le détachement canadien, commandé par Coulon de Villiers, et se trouve, par le fait même, présent, avec ses Sauvages, au fameux combat de Grand’Pré, le 11 février.Il ne faut jamais perdre de vue (pie les missionnaires des Sauvages relevaient directement du Roi et qu’ils devaient se tenir a la disposition des officiers pour remplir leur fonction (1 aumôniers auprès des troupes en campagne.On aurait — 369 — tort de se figurer qu’ils agissaient de leur propre initiative, alors qu’ils se trouvaient de fait en service commandé.Après l'affaire de Grand’Pré — qui fut un succès sans lendemain— Maillard se rend à 1’Isle St-Jean, pour favoriser les vues du capitaine Marin, qui projetait un hardi coup de main sur Louisbourg, avec une poignée de guerriers déterminés.J1 accompagne ensuite cet officier à la Baie Saint-Pierre, dans le sud du Cape-Breton, et, de concert avec lui, il s’interpose en faveur de plusieurs officiers anglais que les Sauvages exaspérés voulaient mettre à mort.Toujours fidèle aux instructions reçues, le missionnaire travaillait simultanément à calmer la férocité naturelle des Indiens et à les maintenir dans la loyauté au service de la France, unissant aux vues patriotiques les principes d’humanité.Ce n’était point toujours chose facile.Aussi pouvait-il déclarer au sieur Hopson: “Je ne fais aucune difficulté de vous dire que vous devez remercier Dieu que M.Marin et moi soyons avec les Sauvages sur votre isle.” Si vous saviez, monsieur, ce que c’est que d’avoir à conduire un troupeau semblable, tant pour le spirituel que pour le temporel ; ce qu’il faut faire pour les maintenir dans l’ordre et la tranquilité.De quel art oratoire il faut se servn pour les mettre au niveau de la raison, vous seriez tenté de dire qu’il faut que leurs conducteurs aient une magie qui leur soit propre et inconnue de tout autre.11 n’y a, je vous le jure, monsieur, que la religion qui soit capable de les rendre quelquefois traitables et dociles.’’ Après la débâcle de 1755 — que les Acadiens appellent le Grand Dérangement — M.Maillard se tint constamment en liaison avec Louisbourg menacé, secondant de toute son énergie M.de Drucour.Il pressa vainement le sieur de Bois-hébert de marcher, avec toutes ses forces réunies, au secours de la ville assiégée, dont il pouvait rompre le blocus.Tout fut inutile.Insouciant du devoir et sourd à la voix de l'honneur, Boishébert, qui tenait en main le sort de Louisbourg, déclina toutes les propositions du missionnaire; il continua de temporiser et de tenir sa troupe inactive jusqu’à ce que la malheureuse place, abandonnée à ses propres ressources, fut acculée à capituler.C’est ce qui fait dire au vicomte du Breil — 370 — de Pontbriand que ‘‘les conseils de Maillard, s’ils eussent été écoutés, joints à l'influence qu’il avait sur les Acadiens et sur les Sauvages de la région, auraient probablement empêché la chute de Louisbourg.” La responsabilité de Boishé-bert est si lourde et son attitude si étrange, qu’on serait presque tenté de se demander s’il n’agissait point en vertu de quelque mystérieux mot d’ordre.Après le reddition de cette ville, suprême boulevard de l'Acadie, M.Maillard comprit que sa présence était pour le moins inutile à l’Isle Royale; rassemblant ses guerriers, il s’en fut, à Miramichi, rejoindre son confrère M.Manach, puis de là se rendit à Port-La-Joie, sur l’Isle St-Jean, pour prévenir les habitants du triste sort qui les menaçait.Enfin, toujours suivi de ses fidèles Sauvages, il s’enfonça dans les bois, pour regagner sa mission de Malagonish aujourd’hui Chapel Island, près St Peter’s, où il reçut, le 25 novembre suivant, l’ultimatum grotesque de Henry Schomberg “commandant des troupes et vaisseaux armés du roi de Grande Bretagne.” Québec venait de succomber à son tour (1759); s’en était fait de la domination française en Amérique.Les conditions nouvelles, qui s’imposaient à lui par la force des armes, dictèrent au prudent missionnaire l’attitude qu’il avait à tenir désormais entre vainqueurs et vaincus.11 11e fut pas inférieur à sa tâche.Quand la citadelle de Louisbourg eut succombé, le 25 juillet 1758, après quarante-huit jours d’une défense héroïque et désespérée, le sort de l’Acadie fut définitivement réglé! Maillard eut la sagesse de comprendre, en ces délicates conjonctures, que toute résistance était vaine désormais et que seule, la soumission, avec certaines garanties, pouvait sauver de la ruine son belliqueux troupeau.Il dut se résigner a accepter les clauses que lui dictait, de Louisbourg, le gouverneur Winthrop, promettant à ceux qui feraient leur soumission, par un serment d’allégeance, le libre exercice du culte catholique et le respect des droits de propriété.Cette générosité, d ailleurs fort aléatoire, ne présente rien de très magnanime, après la terrible dispersion des malheureux Acadiens. — 37i — Les dernières troupes de France avaient repassé l’Océan, et pourtant les vainqueurs ne se sentaient point encore tout à fait rassurés.A travers les forêts de la Nouvelle-Ecosse et du Cap-Breton, des bandes insaisissables suivaient la piste de guerre et dressaient des embuscades.Malheur à qui tombait entre leurs mains; il était impitoyablement assommé et scalpé.Les infortunés colons d’Halifax vivaient dans des transes continuelles, osant à peine franchir les poternes de leur palissade.Rien ne pouvait fléchir désormais la férocité des enfants des bois, résolus à périr jusqu’au dernier, plutôt que de pactiser avec un envahisseur, dont ils connaissaient de longue date, les procédés d’extermination.Les Anglais commencèrent à comprendre, mais un peu tard, qu’ils avaient commis une très grosse imprudence, en chassant les missionnaires, seuls capables de mater les Indiens et de les induire à la soumission.Le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, sir Charles Lawrence, n’hésita point à faire appel au dévouement de M.Maillard et à utiliser le prestige dont il jouissait, pour désarmer les Sauvages et les maintenir en sujétion.Le missionnaire français fut donc appelé à Halifax et reçut une pension de 100 livres sterling.Un petit groupe de catholiques s’était déjà formé dans cette ville.11 était urgent de songer à ces âmes, exposées à la perversion dans un milieu nettement hostile au Papisme, et, puisque le gouverneur lui accordait toute facilité pour exercer auprès d’elles son ministère sacerdotal, le zélé missionnaire ne pouvait hésiter.Il quitta donc sa chère solitude des-lacs et des bois pour venir s’enfermer dans l’enceinte d’Halifax, avec son fidèle commensal Louis-Benjamin Petitpas.On lui accorda la jouissance d’une grange qui se trouvait à proximité de la Grande-Batterie, sur l’emplacement du Terminus actuel — South Terminal Station — à l’extrémité de Water Street.11 y établit un oratoire, avec la Ste Réserve, devant laquelle brûlait jour et nuit un luminaire.On peut dire qu’il réussit, en des circonstances extrêmement délicates, à désarmer les préventions et à conquérir toutes les sympathies.“M.Maillard sait se faire estimer des protestants par sa droiture et son libéralisme — écrit M. — 372 Launay, dans Y Histoire des Missions Etrangères.— Il ne tarda pas à faire tomber les préjugés autour de lui, par l’intérêt qui s’attachait à sa personne, à sa science, à ses hautes qualités.Il finit par acquérir l’estime générale et les meilleurs esprits le recherchèrent.Il se servit de cette influence pour rendre son ministère utile.” Bichon lui-même — peu suspect de sympathie pour les prêtres en général, qu’il qualifie de theophages — le tenait en très haute considération, en raison rie ses connaissances e de son excellent naturel: “Celui-ci est un homme de bien, dit-il; il a de l’esprit et du bon esprit, de la douceur dans le caractère et de la probité.” Un pareil témoignage, venant d’un adversaire avéré des missionnaires, est d’autant plus appréciable.“ Il était, dit M.Wood, un homme vraiment délicat, poli, bien élevé; un fort agréable compagnon.” De sa nouvelle résidence, le zélé missionnaire dirigeait tous les catholiques dispersés à travers la province, du côté de Boston et ailleurs.Il avait désigné des hommes de confiance pour le suppléer auprès de chaque groupement.C’étaient des catéchistes volontaires, chargés de veiller à l’instruction religieuse des enfants, de présider les prières publiques dans les réunions dominicales, d’administrer le baptême, de recevoir les promesses matrimoniales et d’assister aux funérailles.D’autre part, il s’efforçait de pacifier les Indiens.Le 8 juillet 1761, ij décida Joseph Agrimaut, chef de la tribu de Mesigash (Missaguesh), à signer un traité de paix.Le 9 novembre suivant, il intervint auprès de Francis Mins, chef de La Have, pour le décider a enterrer la hache, ainsi que le raconte l’abbé Sigogne, dans une lettre à sir John Sherbrooke.Au mois de juillet 1762, il devait se rencontrer à Lunen-bcig, avec cinquante guerriers du Cap Sable et trente autres de La Have, lorsqu’il tomba gravement malade.A ce moment, nous voyons intervenir près de lui un personnage singulier, qui jouera un rôle plus étrange encore, au moment de l’agonie et après la mort.Il s’agit du Rév.Thomas Wood, ex-chirurgien-major devenu predicant, puis aumônier des troupes au Fort Cumberland (1755), finalement 373 — chapelain du Parlement, à partir de 1759, et assistant du Dr Breynton, à St.Paul’s Church.Non seulement le sieur Wood se vante auprès d'une Société Biblique de Londres — dont il est l’agent salarié — d’avoir fait des visites et donné des prescriptions médicales au missionnaire mourant, mais il va jusqu’à prétendre que Maillard a réclamé, avant de mourir, son assistance religieuse et qu’il lui a laissé le soin spirituel des catholiques.Il est historiquement certain que le Dr Wood fut appelé auprès de M.Maillard, au cours de sa maladie, sans doute par la famille Petitpas et avec l’assentiment du malade lui-même; mais il est indubitable qu’il fut convoqué comme médecin et non pas en sa qualité de ministre du pur Evangile.( Pour plus amples détails sur cette affaire, voir dans la Revue Nova Francia — année 1927, pp.99-109 et 149-163 — les articles du P.David: “A propos du testament de M.Maillard).L’excellent docteur exagère sûrement, quand il se permet d’affirmer que M.Maillard lui a confié ses fidèles, de telle sorte qu’ils doivent recourir désormais à son ministère, à défaut de prêtre romain, et enfin qu’il a réclamé pour lui-même les dernières prières et les funérailles selon la liturgie de l’église d’Angleterre, en disant aux catholiques qu’elle est à peu prés la meme que la leur.M.Wood voulait ainsi capter la confiance des malheureuses brebis demeurées sans pasteur et s’introduire subrepticement dans la bergerie sous un accoutrement d’emprunt.Son but avoué était de “ déraciner chez eux la superstition du Papisme et de les amener graduellement à être de bons chrétiens dans la pure religion.La ruse était assez grossière.Elle fut vite éventée et les Sauvages, fidèles à la mémoire de leur vénéré Patriarche, refusèrent, à l'unanimité, le concours par trop intéressé du Prédicant-chirurgien.Toutefois, sur l’ordre du lieutenant-gouverneur, le corps du défunt fut porté au temple de Saint-Paul, ayant pour l’escorter les principaux dignitaires de la province.Le Dr W ood célébra lui-même l’office, selon le rite anglican, mais en langue française, et la dépouille mortelle fut confiée à l'unique cimetière de la ville. 374 — Ainsi, par les soins d'un vil intrigant, la cérémonie funèbre, ordonnée, sans aucun doute, pour rendre hommage au dévouement du missionnaire, devint une macabre parodie, en vue de donner le change aux malheureux catholiques et de les induire à penser que leur prêtre les livrait, de son plein gré, a 1 hérésie.Non seulement le citoyen Wood s’emparait indûment d’un cadavre à peine refroidi, mais il cherchait à ternir la mémoire du respectable défunt par l’ostentation d’une invraisemblable apostasie.Ce geste est sans excuse.Le Pasteur morticolc ne s’en tint pas là.Les documents authentiques nous révèlent qu’il n’hésita point à saboter le testament olographe de M.Maillard.11 réussit en outre à s'emparer des manuscrits que le mourant avait confiés à la garde du gouvernement d’Halifax, puis, il entreprit, non sans peine, de déchiffrer ces hiéroglyphes, afin de pouvoir réciter lamentablement — sans y rien comprendre — les prières connues des Sauvages, qui sont empruntées à la liturgie catholique.11 a tellement conscience de l’abjection de ses procédés qu il croit devoir s’en excuser, en termes formels, auprès de la Venerable Société, qu'il importune pour obtenir des subsides.Son intention bien arrêtée était de s’approprier ces papiers, qui ne lui appartenaient à aucun titre, et d’en tirer parti, en dépit de toute réclamation légitime.“ Ni monsieur le vicaire général (l’abbé de l’Isle-Dieu) ni le roi de l’lance, son maître — déclare-t-il, ne pourront les arracher de mes mains.” , ,()n assare qu’à la proposition que lui fit le Dr Wood de 1 assiste! spirituellement, le missionnaire mourant se contenta de lui indiquer d’un geste son bréviaire et qu’il ajouta : J ai sei vi Dieu toute ma vie et, chaque jour, je me suis prépare a la mort, en offrant le Saint Sacrifice de la Messe.” m ¦ iVl,nSl1 ™oumt le vénéré patriarche des Micmacs, Mosi J\l cial, le 12 août 1/62.Aucun monument ne fut placé sur sa tombe, mais, d’après une tradition recueillie plus tard par le Dr Kami, chaque année, au printemps, on voyait le tertre gazonné se couvrir spontanément d’une merveilleuse floraison, symbole du zèle et des vertus de l’apôtre.Lien mieux, son souvenir est demeuré vivace dans les coeurs, et, aujourd’hui encore, les pauvres Sauvages recon- — 375 naissants répètent les chants et les prières que M.Maillard leur enseigna avec tant d’amour.La fidélité constante des Micmacs est la plus merveilleuse justification de celui qui fut leur père et leur apôtre, inébranlable dans la Foi.A.David, S.Sp.QUESTIONS On sait que la duchesse du Maine, voulant substituer Philippe V d’Espagne à Philippe d’Orléans comme régent de France, tenta à plusieurs reprises de faire enlever le duc d’Orléans.Le dernier guet-apens organisé par elle était sous la direction du colonel réformé la Jonquière.Ce la Jonquière était-il de la même famille que notre gouverneur de la Jonquière ?Taffanel Dans le savant ouvrage de l’abbé Anthiaume, Cartes marines, voyages de découvertes chez les Normands, etc, publié en 1916, il est question du vice-amiral Nicolas LeRoy dit Dumé, originaire de Fly, évêché de Beauvais, qui vint “ à Québec en 1621 pour y occuper un poste de confiance.” Quel emploi aurait pu avoir un vice-amiral de France à Québec en 1621?N A VG.Quel est celui qui a, le premier, qualifié le Saint-Laurent de roi des fleuves ?Mar Dans sa lettre au Père supérieur des Jésuites de Paris du 22 novembre 1629, le Père Lalemant parle du naufrage et de la mort de son confrère et compagnon de voyage, le Père Noyrot, il dit même que le corps du bon religieux fut retrouvé et enterré mais il oublie de nous apprendre en quel endroit.Où le Père Noyrot et les treize personnes qui se perdirent avec lui furent-ils inhumés?S.J. — 376 — LE CASTOR, D’APRES NICOLAS DENYS Le castor est un poisson comme le loutre, il n’est pas si long, il est à peu près de la longueur et grosseur d un mouton, les pieds plus courts, ceux de derrière taillés ainsi qu’un oye, ceux de devant sont en forme de mains, la queue en est faite comme une solle couverte de petites écailles noires ; le dedans est une graisse ferme, semblable a des tendrons de veau, qui est un très-bon mangé bouilly et fricassé ; la chair se mange aussi bouillie, mais les cuisses et les épaules sont beaucoup meilleures rosties et ressemblent à une épaule et à un membre de mouton rosty, les arrestes sont de mesme, et la chair de semblable couleur ; pour le goust a quelque différence, autrement il ne serait pas poisson ; pour leur couleur ils sont d’ordinaire d’un minime brun, tirant sur le noir ou bien roux, il s’en trouve quelquefois de noirs, et mesme de blancs, ces peaux-là ont eu autrefois grand cours lors des chapeaux de castors, ils ne l'ont pas tant à présent, 1 on s’en sert pourtant pour fourrure en Allemagne, Pologne.Moscovie, ou autres lieux froids où on les envoyé, quoy qu’il y en ait en Moscovie, mais le poil n’en est pas si beau, ny si long ; outre qu’ils ont un secret en ce pays-là que nous n’avons point encore en France, de tirer de dessus une peau de castor, tout le duvet sans offenser le grand poil, ainsi la peau leur sert pour fourrure avec le grand poil et ils envoyent le duvet en France, qui est ce qu’on appelle laine de Moscovie.En France, on coupe le poil sur la peau pour avoir le duvet, et le grand poil est perdu, mais la peau sert à faire des pantoufes ou mulles du Palais à Paris : c’est là tout ce que 1 on peut dire de la peau et de la chair, qui n est pas ce qu’il y a de plus remarquable en cet animal, mais son naturel laborieux et disciplinable, son industrie et son obéissance dans le travail, en sorte qu’on aura peine a croire ce que j'en vais dire, et que j’aurais peine à croire moy-mesme si je n’en avois esté souventes fois le témoin oculaire.Tous les animaux dont on a le plus vanté l’industrie sans en excepter mesme le singe, avec tout ce qu’on luy — 377 peut apprendre et tous les autres ne sont que ce qu’ils sont, c’est-à-dire des bestes en comparaison du castor, qui ne passe que pour poisson : comme tel il luy faut de l'eau : pour cet effet il fait des lacs et de grands étangs ; et la pluspart de tous ceux qui sont en ces quartiers de la nouvelle France ont esté faits par les castors ; pour cela ils cherchent un ruisseau qui passe par quelque endroit étroit, dont les côtes soient hautes, comme entre deux montagnes ou coteaux, et où les bois, la terre et tous les matereaux propres à leur travail se trouvent en cet endroit-là ; ils font une digue ou chaussée, il s’en voit de cent cinquante et deux cents pas et plus de longueur, et de huit, dix, onze et douze pieds de hauteur, et sont aussi larges en leur base avec un talus proportionné à sa hauteur en sorte qu’elle soit assez forte pour soutenir la pesanteur de l’eau.Pour ce travail, ils s’assemblent jusques à deux, trois et quatre cents castors et plus, tant grands que petits : il faut sçavoir premièrement que le castor n'a que quatre dents, deux en haut et deux en bas, les plus grandes sont de la longueur de deux travers de doigt, les autres les ont à proportion de leur grandeur, ils ont des pierres pour les aiguiser, en les frottant dessus : avec leurs dents ils abattent des arbres gros comme des demie banques ; ils se mettent deux après, et un homme avec une coignée ne l’aura pas plutost mis a bas qu eux, et le font toujours tomber du costé qu’ils veulent le plus à leur commodité.Pour mettre tous ces ouvriers en besogne, et bien faire leur travail, il leur faut un architecte et des com-mandans : ceux-là sont les anciens qui y ont travaillé autrefois ; selon le nombre il y a huit ou dix commandans, qui néanmoins dépendent tous d’un seul, qui donne les ordres : c’est cet architecte qui va tantost à l’atelier de l’un, tantost à celuy de l’autre, et est toujours en action.Lorsqu’il a arresté le lieu où il faut faire ia chaussée, il y employe un nombre de castors à oster ce qui pourrait nuire, comme du bois abatu qui pourrait donner cours par le dessous de la chaussée, et faire perdre l’eau : ceux- — 378 là sont les massons : il en fait mettre d'autres à abattre des arbres, puis couper les branches de longueur d'environ deux pieds, ou plus selon la grosseur de la branche, ce sont les charpentiers ; d’autres sont pour porter le bois au lieu du travail où sont les massons comme les maneu-vres, les autres sont destinez à la terre, ce sont les vieux qui ont la queue la plus large qui servent de hotteurs : il y en a qui bêchent la terre, et la grattent avec leurs mains, ce sont les bescheurs, d’autres sont pour la charger, chacun fait son métier sans se mêler d’autre chose : chaque travailleur d un métier a un commandant avec eux qui veille sur leur travail, leur montre comme il faut faire : celuy qui commande aux massons leur montre à arranger le bois et bien poser la terre, ainsi chacun montre a ceux qui sont en sa charge, s’ils manquent, il les chastie, les bat, se jette dessus et les mord pour les mettre à leurs devoirs.1 out estant ainsi disposé, ce qui est bientost fait, tous les matins chacun va à sa besogne; sur les onze heuies ils vont chercher à manger, et ne reviennent qu envii on les deux heures, je crois que c’est à cause de la grande chaleur qui leur est contraire, car s’il fait clan-dé lune ils travaillent la nuit plus que le jour., ^ ()) ons-les donc tous agir pour faire leur chaussée, où sont les massons, les maneuvres y apportent le bois coupé de longueur ; chacun porte sa pièce selon sa force sur ses espaules ; ils marchent tous droits sur les pieds de (Ici i ici e, estant la ils posent la piece proche des massons, les hotteurs font de mesme, leur queue leur sert de hotte ; pour les charger ils se tiennent tous droits et leur queue poite a terre toute plate ; les chargeurs mettent la terre dessus qu’ils fondent pour la faire tenir, et tout le plus haut qu’ils peuvent venant en dos d’asne par en-îaut, puis ceux qui sont chargez marchant tous droits traînant leur queue après eux, qu’ils déchargent proche les massons, lesquels ayans des matereaux commencent a arranger leurs bois les uns contre les autres, et en font une couche de la longueur et largeur qu’ils veulent faire le tonds de la chaussée : à mesure que les uns posent du — 379 — bois, d’autres prennent de la terre à belles mains qu'ils mettent dessus, la foulent pour remplir l’entre-deux des bois ; quand elle est au dessus des bois ils la battent avec la queue dont ils frappent dessus pour la rendre ferme ; cette couche estant faite de terre et de bois de la longueur de la chaussée, ils remettent des bois et puis de la terre dessus, comme auparavant, et vont continuant toujours en la haussant, et le costé de l’eau à mesure qu'elle hausse se garnit de terre, qu’ils y mettent pour remplir les trous que les bois auraient pu faire : à mesure qu'ils mettent cette terre ils posent le cul sur le bord de la chaussée en sorte que leur queue pend à bas, et puis en levant leur queue frapent dessus la terre pour l’applanir, et la faire entrer dans les trous qu’il y pourrait avoir au bout des bois du costé de l’eau et empescher qu’elle n’v puisse avoir d’entrée, et mesme y mettent jusques à deux ou trois fois de la terre l’une sur l’autre, la battant de temps en temps avec leur queue, en sorte que l’eau ne peut passer au travers de leur digue ; lorsqu’ils battent comme cela de la queue, on les entend d’une lieue dans les bois.Pour pouvoir monter sur leur digue et y porter leurs mattereaux à mesure qu’ils la haussent, ils font aux deux bouts une montée au dedans et au dehors, jointe a la digue qui va insensiblement en montant vers le milieu de la digue, ils en font des deux costez, d’autant que l’on apporte les matercaux de part et d’autre ; on pourra dire que l’eau estant arrestée peut surmonter la digue et empescher leur travail, mais comme ce ne sont pas de gros ruisseaux cela n’arrive pas.Outre que c’est l’été et l’automne qu’ils font leur travail et pendant que les eauës sont basses, et avancent plus leur travail que l’eau ne peut monter, a cause de son étendue, mais à la fin il faut que l’eau monte plus haut que la digue, outre qu’elle grossit l’hyver et au printemps que les neiges fondent qui rompraient la digue, si elle n’avait passage, pour lors eUe passe pardessus où ils ont fait des conduits de distance en distance, comme des goutières par où l’eau sort, qui court par dessus la digue, — 380 — qui est si bien accommodée que rarement l'eau y fait brèche.Tout leur travail estant achevé, ils laissent emplir 1 étang d’eau, jusques à ce qu'elle ait cours pardessus la digue pour voir jusques où va le bord de l'eau à sa plus grande hauteur, afin de travailler a faire leurs logemens qu’ils font tout autour de l’étang, si ce n'est qu’il se trouve de la terre haute dedans l'eau, où il se met quelques castors qui y feront leurs logements, lesquels sont faits ainsi que des fours par le dehors, ils les bâtissent de branches de bois, dont un bout est en terre, et les autres ployées les uns dans les autres, qui font la voûte, laquelle estant faite, bien garnie de bois, ils font un étage haut par dedans, le dessous en est partagé en deux, par une cloison dont une partie du four ou logement est dans 1 eau, et 1 autre a terre ; tout le dessus et les costez sont massonnez de terre de mesme qu’un nid d'yrondeUe.Le logement fait, ils font leur provision d’hyver.car le castor ne mange point de poisson, il vit d’écorce de tremble qui est un bois fort léger ; il abat un arbre, le coupe par tronçons de longueur pour ranger en son logis, puis chacun porte son morceau et entrent par l’ouverture de terre, emplissent tout le haut de ce bois et aussi le bas qui n’est point à l’eau, l’arrange aussi proprement que sont les bûches de bois flotté dans un chantier, ayant tout remply à la réserve d’un trou qu’il laisse pour aller à teiie , il abat de gros arbres qu’il fait tomber tout autour et dessus son logement tout en confusion, afin que sa maison ne pai aisse pas, et ne puisse estre approchée sans faire de bruit.Chaque masle et femelle a sa maison avec leurs en-fans, qu ils gardent d une portée à l'autre, qui n’arrive qu une fois 1 année d’ordinaire, et mettent bas au printemps; ces petits tettent et ne mangent pas qu’ils n’ayent deux ou trois mois, quoi qu’ils mangent ils ne laissent pas de tetter jusques à ce qu’ils soient grands : lorsque la mèi e a mis bas, tous les petits de l’année précédente sont chassez de la maison, et alors ils s’accouplent et vont - 38i - chercher place pour bâtir un logement, s ils n en trouvent quelqu’un de tout fait.Quand ils sont dans leurs logements qui est l'hyver, ils ont tous lfc derrière à l’eau et la teste a 1 air, car ils ne peuvent pas demeurer longtemps sans respirer ; pour leur nourriture ils prennent une de ces branches ou morceau de bois ou deux selon la grosseur dont ils sont, mangent la peau, mettent le bois tout net, et ensuite poussent ce bois à l’eau par le trou où est leur derrière pour ne point embarasser leur logis ; leur bois qui est leur nourriture, est à couvert crainte qu’il ne se mouille ; s’il se mouillait la peau se gasterait et ne vaudrait plus rien a manger, c’est pourquoy i's massonnent leurs logis.Pour l’esté, ils ne font point de provisions, ils vont manger à terre, et se tiennent à 1 eau la plus grande pat-tie du temps, mais l’hyver lorsque leur étang gelle ils sont contraints de demeurer a la maison ; s ils allaient a 1 eau comme ils le peuvent faire, par dessous la glace ils n y pourraient pas vivre, estant prise par tout, et n y ayant aucune ouverture pour respirer, après tout cela je \ous laisse à juger, si l’instinct qu’on attribue au reste des animaux est fort différent en ceux-ci de la raison et du bon sens.Pour moy, je sçay bien qu il y a beaucoup d hommes, mesmes habilles en beaucoup de choses, qui seraient fort embarassez s’il leur fallait faiie eux-mesmes leurs logements, surtout s’il y avait autant de précautions à prendre, et aussi importantes a la conservation de leur vie, comme le sont aux castors la respiration, les ali-mens, l’eau et le soin de se dérober a la connaissance des chasseurs (Description géographique et historique des Cos-tes de l’Amérique Septentrionale avec l'Histoire naturelle du Pais).- QUESTION Connaissez-vous l’auteur de ce quatrain burlesque en même temps que trop vrai : , • Les amis de l’heure présente Sont du naturel du melon: Il en faut bien chercher cinquante Avant que d’en trouver un bon! 382 — UNE SUPPLIQUE DE M.DE BERMEN DE LA MARTINIERE Sous l’ancienne monarchie française, le populaire attribuait au roi un pouvoir mystérieux, presque miraculeux, pour la guérison des écrouelles et même des cancers.Si le malade avait la chance d’être touché par le roi, on était à peu près certain d’obtenir sa guérison.Cette croyance remontait, dit-on, au règne de saint Louis.M.Henri Robert écrit, parlant du sacre de Louis XVI : *’ La tradition s’était constamment maintenue en vigueur qu’au cours des fêtes du sacre, le roi consacra une journée à toucher, pour essayer de les guérir, toutes les plaies physiques lamentables des malades de son royaume.” C’était une tâche rebutante et méritoire." Deux mille quatre cents écrouelleux et cancéreux s’étaient alignés des deux côtés d'une longue allée d’arbres, traversant le parc à droite de l’église.“ A cause de la chaleur, dit le duc de Croy, qui y assistait, cela puait et était d’une infection très marquée, de sorte qu'il fallait bon courage et force au roi pour cette cérémonie, que je n’aurais pas crue, avant de l’avoir vue, si rude et si répugnante.” " Cependant Louis X\ I, sans se laisser rebuter par 1 odeur ni l'aspect de ces plaies affreuses, touchait paternellement chaque malade au front, aux deux joues et au menton, en esquissant le signe de croix, et disait chaque fois : “ Dieu te guérisse, le roi te touche.“ Lin médecin l’assistait, portant un vase de vinaigre où le roi trempait sa main avant de passer au malade suivant.Derrière lui, venaient les maréchaux de France et les grands officiers de la couronne.’’ Arrivé enfin au terme de sa pénible mission, Louis XVI se lava les mains au vinaigre d’abord, puis à l’eau pure et enfin à l’alcool de Heurs d’oranger, ce qui prouve qu’avant de connaître les microbes, on prenait déjà, em- - 3«3 - piriquement, des soins d'antiseptie à peu près suffisants pour les éviter ” (1).Claude de Bermen de la Martinière décédé à Québec le 14 avril 1719, à l’âge de S3 ans, avait occupé dans la Xou-velle-France les charges de judicature les plus élevées.M.de Bermen de la Martinière était né le 30 mai 1636 dans le bourg de la Ferté-Yidame, en France, où son père, ancien avocat au Parlement de Paris, exerçait la charge de bailli.Le château ancestral des puissants ducs de Saint-Simon était situé dans le bourg de la Ferté-\ idame.C'est là que le duc de Saint-Simon, qui avait été ministre de Louis XIV, se retira pour écrire les Mémoires qui l'ont fait passer à la postérité.Un des oncles du duc de Saint-Simon avait tenu M.de Bermen de la Martinière sur les fonts baptismaux.Le fonctionnaire canadien en profita pour entretenir avec le duc des relations assez suivies.Le grand écrivain lui accorda même sa protection.Quelques années avant sa mort, M.de Bermen de la Martinière écrivait au duc de Saint-Simon pour lui recommander ses enfants.Il disait de son fils aîné : " .Mon fils aîné âgé de 16 ans qui se donne l'honneur d’écrire à Votre Grandeur et de vous demander d’avance l’honneur de votre protection est attaqué depuis trois ans des écrouelles, ce qui l’a beaucoup retardé dans ses études, ne l’ayant osé presser, crainte d’irriter son mal, dont vous vous apercevrez assez, Monseigneur, parce qu’ayant la main fort tremblante je me suis servi de la sienne dans les copies de toutes les pièces que j’ai l'honneur de vous envoyer.On me conseille de l’envoyer en France pour être touché du roi, mais par malheur pour lui et pour moi je n’en ai pas le moyen à moins que le roi n’eût la bonté de lui donner son passage en -allant et revenant.M.de Yaudreuil le sait bien.\ ous nous feriez une charité insigne, Monseigneur, si par votre crédit vous lui pouviez procurer une place aux incurables et le faire toucher et comme il est jeune il pourrait peut-être guérir.En ce cas-là, je supplierais très humblement \ o- (1) Les grands procès de l'histoire, Vie série, p.181. 384 tre Grandeur, étant seigneur, comme vous l’êtes, d’une infinité de paroisses, d’avoir la bonté de le faire pourvoir de quelque cure ou autre bénéfice pour lui assurer sa vie après ma mort, car je ne le crois pas capable d’autre chose.11 n’est pas mal fait d’ailleurs et assez beau garçon .” La postérité, a-t-on écrit, est une impitoyable déca-naître la réponse du duc de Saint-Simon à la naïve et confiante demande de M.de Bermen de la Martinière.La lettre du vieux conseiller au Conseil Supérieur de la Nouvelle-France est conservée aux Archives de la Marine en France et on y lit en apostille de la main même de l’impitoyable railleur qu’était le duc de Saint-Simon : “ Lui envoyer la recette des écrouelles.Trop hasardeux de venir de si loin pour cela qui ne serait peut-être pas utile.” La réponse du duc de Saint-Simon était probablement vraie mais, à coup sûr, fort irrévérencieuse pour le grand roi qui lui avait accordé tant de faveurs.Nous ignorons si le secrétaire du duc de Saint-Simon envoya à M.de Bermen de la Martinière la recette pour les écrouelles, mais il est un fait certain c’est que le jeune homme guérit de son ennüveuse affection.Une couple d’années plus tard, il embrassait la carrière des armes et s’y distingua puisque son acte de sépulture au registre de Québec, à la date du 24 décembre 1761, le qualifie de chevalier de Saint-Louis.P.-G.R.QUESTION Quel est ce Nicolas Fromage, sieur des Trois-Monts, qui, le 12 septembre 1646, assiste à la prise de possession de la seigneurie de Sainte-Croix par le R.P.Lalemant, représentant les Dames Ursulines de Québec?Urs
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.