Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1935, avril
LE BULLETIN DES Recherches VOL.XLI LEVIS, AVRIL 1935 LA FAMILLE GAILLARD DE SAINT-LAURENT Guillaume Gaillard D’ordinaire, il est assez difficile d’établir l'année de l’arrivée des colons ou autres citoyens qui vinrent s’établir dans la Nouvelle-France.Pour le cas de Guillaume Gaillard, c'est le testament de Jean-François Hazeur, sieur du Petit-Marais, reçu par le notaire Bénigne Basset, à Montréal, le 5 octobre 1685, qui nous renseigne.Une des clauses dit : “ Item, donne et lègue à Guillaume Gaillard, son autre serviteur domestique, la somme de cinquante livres, argent de ce pays, attendu que le dit testateur lui paye son passage de France en ce pays, et qu’il ne devait gagner aucuns gages la première année de son service, mais seulement d’ètre nourri par le dit sieur testateur.” Guillaume Gaillard passa donc dans la Nouvelle-France au cours de l’année 1685 en qualité de serviteur domestique de Jean-François Hazeur, marchand à Montréal.La mort de M.Hazeur arrivée à Montréal le 2 novembre 1685 ayant mis fin à l’engagement de M.Gaillard, il vint s’établir à Québec.Né à Villeneuve-la-Comtesse, évêché de Xaintes, en 1669, du mariage de Hilaire Gaillard et de Catherine Leduc, Guillaume Gaillard avait reçu une bonne instruction.Peut-être même avait-il commencé l’étude du droit.Sous le régime français, au Canada, les avocats n’étaient pas admis à exercer leur profession.Ils étaient remplacés par 55^7 — 194 — des praticiens.Il semble que M.Gaillard exerça cette profession à Québec tout en s’occupant de commerce.Plus tard, M.Gaillard devint le représentant ou procureur de M.Rerthelot, comte de Saint-Laurent, propriétaire et seigneur de Pile d’Orléans.C’est lui qui eut tous les ennuis des démêlés de M.Rerthelot avec madame de La Forest, une plaideuse avisée et très intelligente.Le contrat de vente de File d’Orléans par M.Rerthelot à madame de La Forest avait été mal conçu.La faute n’en était pas à M.Gaillard, puisqu’il n’avait pas voulu traiter avec elle.Madame de La Forest se rendit en France et c’est là nue l’acte de vente fut rédigé sous les veux de M.Rerthelot lui-même.M.Gaillard avait donc à sortir d’une fausse situation dont il n’était pas l’auteur.11 ne s’en tira pas trop mal.En 1707, Alexandre Leneuf de Beaubassin, fils d’un ancien gouverneur de l’Acadie, nui s’était maintes fois distingué comme marin et soldat, avait obtenu des lettres de marque.11 voulait courir sus à l’Anglais nui faisait tant de mal à l’Acadie.Leneuf de Beaubassin était pauvre et il lui fallait une assez forte somme pour acheter un navire, le gréer et lui donner un équipage.Il se rendit à Ouébec et intéressa MM.Gaillard et Joseph Riverin à son projet.Le fi mai 1707.MM.Leneuf de Beaubassin, Riverin et Ga;#'iH formaient une société nour faire leur armement.M.Gaillard s’engageait à fournir les vivres nécessaires pour nourrir l’équipage de cent hommes, les ustensiles requis.etc., etc.M.Riverin s’engageait à fournir la frégate la Notre-Dame de JTictoire.qu’il venait de construire, navire de 90 tonneaux.armé de six canons de fer etc., etc.De son côté.M.Leneuf de Beaubassin prenait le commandement de la frégate en qualité de capitaine et de commandant.11 promettait d’agir “en honnête homme pour le bien et la réussite de l’armement”.Les gains et profits devaient être divisés comme suit: un quart pour le sieur Riverin.Les trois autres quarts devaient être partagés entre le sieur Gaillard et M.Leneuf de Beau-bassin et son équipage ("IL (1) Acte de Chn ni billon, notaire à Québec, 6 mai 1707. — 195 Retenu dans le port de Québec jusqu’à la fin de juillet 1707.M.Leneuf de Beaubassin prit la mer trop tard et revint à l’automne sans avoir fait aucune prise fl).MM.Gaillard et Riverin furent les vrais perdants dans cette entreprise.M.Leneuf de Beaubassin ne possédant pas un Hard, n’y avait perdu que son temps.A la mort de M.Hazeur, membre du Conseil Supérieur, en 170S.l’intendant Baudot suggéra M.Gaillard pour le remplacer.Le 15 septembre 1709, il écrivait au ministre: “Le sieur Gaillard est un homme très sage, simple dans sa conduite et aussi capable dans les affaires que peut l’être un homme de sa profession, et je crois que je ne puis pas vous en proposer un plus digne pour remplir l’autre place (cellede M.Hazeur)” (2).Le 28 octobre 1709, M.Baudot revenait à la charge auprès du ministre en faveur de M.Gaillard: "Ce dernier, disait-il, est un homme capable qui entend fort bien les affaires de judicature, ayant même travaillé longtemps sous le feu sieur de Villeray, premier conseiller, et qui est d’ailleurs un très honnête homme” (3).M.Baudot était si certain que le roi se rendrait à sa suggestion qu’avant même de recevoir les lettres de nomination de M.Gaillard, il le fit siéger temporairement au Conseil Supérieur.En effet, le procès-verbal de la séance du 20 janvier 1710 contient le passage suivant: “Sur ce qui a été remontré par Me Charles Macart,conseiller, faisant les fonctions de procureur général du Roi en ce Conseil, qu’attendu l’absence de plusieurs des Messieurs, dont les uns sont en France, d’autres à Montréal, d’autres sur leurs terres, et d’autres (pii par leurs infirmités ne peuvent assister régulièrement au Conseil, cela empêche souvent les jugements des procès, le Conseil a arrêté (pie Me Paul Denys de Saint-Simon, prévôt de la Maréchaussée en ce pays, et Me Guillaume Gaillard, praticien, seront priés d’assister au Conseil les jours cpi’il se tiendra, où ils auront voix déli- (1) A consulter sur cette “flibuste" le Rapport de l’archirixte de (/ot her itt.iii¦ 1922-1 «123, p.348.(2) Archives «le In province «le Québec.(3) Archives «le lu province «le Québec. — 196 — bérative, après que le dit sieur Gaillard aura prêté serment en la manière accoutumée, et le dit sieur de Saint-Simon ayant été fait entrer a pris séance C’est quatre mois plus tard, le 5 mai 1710, que le roi signa les lettres de nomination de M.Gaillard comme membre du Conseil Supérieur.Le 20 mars 1712, M.Gaillard achetait de M.Berthelot l’ile et comté de Saint-Laurent (ile d’Orléans) pour le prix et somme de 24,000 francs, argent monnayé de France.M.Berthelot en avait assez de cette propriété qu’il possédait depuis 1675 et qui ne lui avait jamais rapporté autre chose que des ennuis.M.Gaillard n'avait pas la fortune de M.Berthelot mais son talent d’organisation et son sens des affaires lui permirent de retirer des profits raisonnables d’une exploitation cpii avait fait dépenser toute une fortune à M.Berthelot.C'est M.Gaillard qui, le 28 octobre 1718, servit de prête-nom à l’intendant Bégon pour acheter de Françoise Du-quet, veuve d’Olivier Morel de la Durantaye, le fief Grand-pré, dans l’ancienne seigneurie de Notre-Dame des Anges.Cette propriété, par une confusion qui n’a guère été expliquée, est passée dans la légende sous le nom de château Bigot.Fn 1728, lors des sérieuses difficultés qui s’élevèrent entre le gouverneur de Beauharnois, l’intendant Dupuy, le Chapitre, etc, au sujet des funérailles de Mgr de Saint-Yallier, M.Gaillard, malade, un peu affaibli par l’age, se laissa circonvenir par 1 intendant Dupuy.Lui et son collègue, M.Rouer d Artigny.s attirèrent la disgrace du gouverneur de Beau-hainois.Celui-ci, le 15 mai 1/28, exila les deux conseillers, M.Rouer d’Artigny à Beaumont et M.Gaillard à Beauport, a\cc ordi e d \ demeurer jusqu’à nouvel ordre sous peine de dés< îbéissance.Le let octobre 1728, M.de Beauharnois expliquait à sa façon toute l’affaire au ministre: I av 1 honneur de vous envoyer une ordonnance de Air Dupuy a laquelle j’ay répondu en marge.Vous y verés.Monseigneur, le mensonge y régner de touttes les façons, mais la vérité toutte nue se trouve dans ma réponse. 197 “ Les deux conseillers qui ont donné occasion à cette ordonnance sont les Srs Gaillard et Dartigny, deux hommes attachés à M.Dupuy au point de leur faire signer et dire tout ce qu’il voulait.Comme il y en avait encore deux ou trois autres pour ainsy dire dans le même cas et que la justice ne se rendait qu’autant que la passion les conduisait, il estait public et chacun se plaignait de ne point plaider contre ces parties que s’estait contre M.Dupuy.“ Cela me fit prendre le party, Monseigneur, d’en envoyer un à Beauport qui n’est qu’à une lieue de Quéhce et l’autre à Beaumont qui n’en est qu’à deux, par un ordre que je leur envoyez de Montréal et auquel ils ont désobéi, M.Dupuy les ayant réfugiés chez luy.“Depuis son rappel le Sr Dartigny s’est fort exposé, il a esté pour prendre scéance au Conseil.M.le Procureur général m’a dit qu’il avait eu l’honneur de vous en rendre compte.Les propositions qui luy ont esté faittes d’v implorer ma clémence ne se sont pas accordées avec les sentiments que luy ont inspirés les personnes avec qui il demeure.Comme c’est lever le masque avec trop de hardiesse, je laisse partir M.Dupuy.Je vous advoue, Monseigneur, (pie ces deux Messieurs-là (entr’autres le Sr Dartigny) mérittent d’estre punis d’autant qu’ils estaient convenus chez moy (dans le terns que je les envoyez prier d’v venir pour leur parler à l'occasion de l’ordre (pie j’avais porté au Conseil), que je les commandais en particulier par conséquent ils devaient encore moins désobéir dans cette dernière affaire” (1 ).Le 12 avril 1729, le ministre blâmait fortement le gouverneur de Beauharnois d’avoir expulsé MM.Rouer d’Arti-gny et Gaillard du Conseil Supérieur.Le ministre lui écrivait qu’il s’était arrogé un droit (pie le roi n’avait confié à personne.D’ailleurs, ajoutait-il, la raison que vous donnez que ces conseillers suivaient aveuglement les avis de M.Dupuv n’a aucune valeur.Puis, il lui ordonnait de rappeler MM.Rouer d’Artigny et Gaillard à Québec.La conclusion de la lettre du ministre illustre les moeurs du temps.“ Pour sauvegarder (1) Archives de la province de Québec. 198 — l’autorité que vous avez compromise il ne sera rien dit à MM.Rouer d’Artigny de la désapprobation du roi ; au contraire.M.Hocquart a ordre de leur faire une mercuriale de la part du roi comme s’ils étaient coupables.” M.Hocquart fit ce (pie Sa Majesté lui avait ordonné.Le 3 octobre 1729, il faisait part au Conseil Supérieur des ordres du Roi.Le procès-verbal de cette séance le note ainsi: “ Sur ce qui a esté dit par Monsieur Hocquart commissaire général faisant les fonctions d’yntendant en ce pays que l’intention de Sa Majesté est que les srs Gaillard et Dar-tigny conseillers reprennent leurs places au Conseil comme auparavant l’arrest du quatre octobre mil sept cent vingt-huit ouy le Procureur Général du Roy le Conseil a ordonné et ordonne que les d.srs Gaillard et Dartigny reprendront leurs places au Conseil comme auparavant le d.arrest du d.jour quatre octobre” ( 1 ).M.Rouer d’Artigny reprit son siège au Conseil Supérieur le 10 octobre 1729.11 en était exclu depuis dix-sept mois ! Quant à M.Gaillard, il n’eut pas la consolation de retourner au Conseil Supérieur.Toutes ces tracasseries l’avaient mené aux portes du tombeau.11 décéda le 12 novembre 1729, un mois après sa réhabilitation.M.Gaillard avait épousé, à Québec, le 27 mai 1690, Marie Nepveu, fille de Philippe Nepveu et de Marie Sevestre(2).En secondes noces, à Québec, le 1er janvier 1719, M.Gaillard épousa Louise-Catherine Denys, de Saint-Simon, veuve de Dominique Bergeron, et fille de Paul Denys de Saint-Simon et de Marie-Madeleine de Peiras (3).Madame Gaillard décéda près de vingt ans après son mari, à Québec, le 22 avril 1749, à l’âge de 70 ans.Du mariage de Guillaume Gaillard et de Marie Nepveu étaient nés treize enfants: (1) Jugements (H délibérations ,du Conseil Supérieur.(2) Madame Gaillard décéda à Québec le 4 juillet 1715.Ci) Contrat de mariage, sous seing privé (27 décembre 1718), déposé au greffe du notaire Uivet, la 20 janvier 1710. — 199 I Charles-François Gaillard Né à Québec le 17 août 1790.11 s’adonna d’abord à la navigation et devint capitaine de navire.En 1718, M.Gaillard commandait le navire la Providence.Le 16 novembre 1718, la Proindence chargée d’une riche cargaison de pelleteries, faisait voile vers la France, lorsqu’elle frappa un écueil au cap Corbeau, près de la baie Saint-Paul.La plus grande partie de la cargaison fut perdue mais l’équipage put se sauver.L’équipage de la Providence se composait de M.Gaillard, capitaine; Pierre Delouche, second capitaine; Pierre Sauget, premier pilote; Mathieu Martin, second pilote; Jacques Vauchard, bosseman; Jean Busquet, maître charpentier ; Pierre Charrier, second charpentier ; Jacques Pertiller, voilier; Jacques Filleau, maître valet; Pierre Lefuer dit la Cerise, chirurgien; Jacques Bezeau, cuisinier; et des matelots Mathurin Bonneau, Jean Pinaud, Pierre Duruth, Jacques Massot, Jean Sauvain, Pierre Boyard, Pierre Venir.Joseph Pitre, François Perrot.Pierre Janot, Jacques Pollet, Jacques Soizon, Pierre Brossard, Pierre Clenteau.Ce naufrage fut l’occasion d’un procès qui occupa les tribunaux de Québec pendant plusieurs semaines et dût diminuer considérablement les profits des armateurs de la Providence si leur cargaison n’était pas assurée.Après cet accident, M.Gaillard s’occupa plutôt de commerce.Nous le voyons dans la suite mentionné plusieurs fois comme marchand à Québec.M.Gaillard décéda à Québec le 2 mai 1736, à l’âge de 46 ans.Il fut marié, à la Rivière-du-Loup (en haut) le 22 janvier 1719, cà Marguerite Lemaître Lalongée, fille de Jean Lemaître Lalongée et de Catherine Godefroy de Vieux-Pont.Elle décéda à Québec trois ans plus tard, le 4 janvier 1722.En secondes noces, à Québec, le 20 novembre 1730, M.Gaillard épousa Geneviève Desjordy de Cabanac, fille de feu — 200 — Joseph Desjordy de Cabanac, capitaine dans les trouas et major des Trois-Rivières, et de Madeleine Pezard de Latou-che (1).Madame Gaillard décéda à Québec le 20 février 1754.Elle n’avait pas eu d'enfants.Du mariage Gaillard-Lemaitre Ealongée étaient nés trois enfants: /.— Guillaume Gaillard.Né à Québec le 29 novembre 1719.Décédé au même endroit le 7 janvier 1721.IJ.— Marie-Marquerite Gaillard.Xée à Québec le 25 août 1720.Décédée à Charlesbourg le 25 août 1720.Ill.— t'hurles Gaillard.Xé à Québec le 20 septembre 1721.Décédé au même endroit le 21 janvier 1726.II Jacques Gaillard Né à Québec le 2 septembre 1692.Décédé au même endroit le 23 octobre 1692.III Marie-Louise Gaillard Né à Québec le 26 septembre 1693.Décédé au même endroit le 12 juillet 1695.IV Marie-Catherine Gaillard Née à Québec le 23 juin 1695.1 lécédée en bas âge.(1) Contrat de mariage reçu par le notaire Henry Hiché, à Québec, le 19 novembre 1730. — 201 — V Marie-Louise Gaillard Née à Québec le 22 janvier 1697.Les joies du monde n’avaient jamais rien dit à Marie-Louise Gaillard.Au mois d’avril 1712, elle entrait au monastère des Ursulines de Québec et elle fit profession le 2 juillet 1714.sous le nom de Mère de la Sainte-Vierge.Cette aimable religieuse qui fut supérieure de sa communauté, par commission de Mgr Dosquet, en 1735, passa à une meilleure vie le 13 novembre 1764.Les Annales des Ursulines disent de la Mère de la Sainte-Vierge: “ C'était une personne de beaucoup d’esprit, capable de tous les emplois, et qui a fait honneur à ceux qu’elle a exercés.Elle avait été mise pour la troisième fois maîtresse-générale des pensionnaires, quand elle fut frappée de sa maladie mortelle.Sa patience fut héroïque; malgré son âge et ses souffrances, elle tenait toujours à suivre nos saintes observances, et à être des premières au choeur à quatre heures du matin.L’obéissance l’obligea à garder enfin l’infirmerie; mais son zèle pour notre saint Institut n’v put être renfermé; elle obtint de pouvoir au moins instruire et préparer pour leur première communion, les jeunes enfants qui devaient approcher de ce divin banquet au grand jour de l’Assomption de la très-sainte Vierge.Sa ferveur lui avait également fourni des forces pour se préparer, par les exercices de la retraite, à la célébration du 50e anniversaire de sa profession religieuse, qui avait eu lieu le 2 juillet précédent.“ En septembre, des vomissements alarmants se joignirent à ses autres maux.Cette chère Mère nous était très-nécessaire ; nous finies l’impossible, tant par prières que par remèdes, pour la conserver à la communauté; Dieu, qui a compté nos jours et qui connaît le moment de récompenser ses élus, ne nous a point exaucées.Elle reçut les derniers sacrements le jour de la fête de Ste-Ursule, notre patronne, et trois semaines plus tard, elle était entrée dans la bienheureuse éternité.Toujours douce, patiente au milieu des douleurs les plus aiguës, sa volonté était perdue en celle de Dieu, ne 202 — pouvant plus vouloir que ce qu’il voulait.Sa vie silencieuse et intérieure, en même temps qu’extrêmement laborieuse, lui avait mérité de grandes grâces de son céleste Epoux.Son tendre amour pour la Reine des Vierges la portait à dédier à sa chapelle, dont elle fut longtemps sacristine, ses plus beaux bouquets et ses plus fraîches guirlandes; espérons que cette Mère de bonté la couronne aujourd’hui, en retour, des fleurs d’immortalité cueillies dans les jardins de son divin Fils.” VI Guillaume Gaillard Né à Québec le 20 novembre 1698.Décédé au même endroit le 17 août 1724.VII Maric-Madcleinc Gaillard Née à Québec le 8 novembre 1699.Décédée en bas âge.VIII Joseph-.Imbroise Gaillard Né â Québec le 18 mars 1701 ( 1 ).M.Gaillard fut ordonné prêtre le 11 juin 1721.En 1727, M.Gaillard était envoyé par l’évêque de Québec pour desservir les missions de Berthier, de Dautray et de Eanoraie.Dans les actes de naissances, mariages et sépultures qu’il rédigea pendant les dix-sept nu dix-huit ans qu’il exerça son ministère dans ces missions, M.Gaillard s’intitule missionnaire de Berthier.missionnaire de Dautray, et par- < (1) On a commis erreur par-dessus erreur au sujet du chanoine Gaillard.Mgr Tanguay (Dictiommin¦ jfônéaloglque, vol.1er, p.210) le fait mourir le 12 octobre 1705.Mgr T^angevin (iVo/cx sur le chapitre (le Québec.]>.2S0) le.donne comma fils de Pierre Key Gaillard et de.Françoise Cailleteau.M.l’abbé Unis (/.'/7e iVOrlcaii», p.Ü2) le dit fils de Jean-Bap/isto Gaillard de Saiut-I./turent.( elui-ei était lefrère du chanoine. — 203 — fois missionnaire de Berthier et de Dautray.Il est certain, toutefois, qu’il desservit aussi l’ile Dupas et Lanoraie.En 1745, Berthier recevait son premier curé-résidant.Le 12 octobre 1749, M.Gaillard était nommé chanoine du chapitre de Québec.Il remplaçait M.Boucault passé en France.Le 6 octobre 1760, pendant la vacance du siège de Québec occasionnée par la mort de Mgr de Pontbriand, le Chapitre nommait M.Gaillard curé de Varennes.Cette paroisse était une des plus importantes de la province.M.Gaillard avait cru qu’il s'y plairait.Il faut croire qu’il se trompait puisqu’il donna sa démission de curé de Varennes moins de six mois plus tard, le 30 avril 1761.Il reprit alors sa cure de Lanoraie.Le chanoine Gaillard décéda à Lanoraie le 2 avril 1771.Sa double qualité de seigneur et de curé le mit parfois en conflit avec son évêque.Nous avons sous les yeux une lettre de ce dernier au chanoine Gaillard du 6 mars 1761 où il lui reproche son esprit d’insubordination et ses dettes.IX Louise-Claire Gaillard Née à Québec le 4 juillet 1702.Elle entra au monastère des Ursulines de Québec et y fit profession le 25 février 1720, sous le nom de Mère Saint-Thomas.Nous lisons dans VHistoire des Ursulines de Québec : ‘‘Nous éprouvons une consolation toute singulière à réunir, dans un même souvenir, des âmes que rien, ce semble, n’a pu séparer, qui ont grandi dans une commune demeure, et que le Seigneur s’est ensuite attachées par la même vocation.11 s’agit actuellement de deux de nos anciennes mères, non-seulement unies par ce double lien de la naissance et de la vocation; mais dont les instincts, les goûts, les aptitudes, semblent à tous égards, avoir été identiques.Toutes deux, après s’être séparées du monde à la fleur de l’âge, à 15 ans, et à cinq années d’intervalle, ont parcouru la plus édifiante et utile carrière, jusqu’à ce que, parvenues à leur année jubilaire, elles — 204 l’aient célébrée clans toute la joie de leur âme, leur ferveur prenant un nouvel essor pour se disposer à la rencontre prochaine du divin Epoux.Elles se suivirent au ciel, presque au même intervalle où elles s’étaient suivies en Religion, et chose remarquable, ce fut la seconde, beaucoup plus faible de tempérament, qui dépassa alors la limite.Cette dernière, que le Seigneur rappelait le 14 novembre 1773, était la Mère Louise-Claire Gaillard de Saint-Thomas, fille de M.Guillaume Gaillard, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, et de Marie-Catherine Nepveu.“ Elle a porté le joug du Seigneur avec une ferveur exemplaire.Pour surmonter les incommodités dont elle souffrait habituellement, elle était une des premières sur pied le matin, se portant à tous nos saints exercices avec une ardeur qui entraînait à l'imitation.C'est surtout lorsqu’il s’agissait de l’instruction de nos jeunes élèves que son zèle s’enflammait davantage; elle oubliait alors complètement toutes ses douleurs et ses infirmités.Ce ne fut que dans sa 72e année que son courage et son énergie naturelle durent céder à la violence du mal; elle résigna ses laborieuses et utiles fonctions; et à peine avions-nous essuyé nos larmes, de la mort de notre chère Sr St-Jean-Laptiste.qu il fallût les voir couler de nouveau par la perte de cette chère Mère, qui a travaillé avec un grand zèle pour le bien de notre communauté.” X Guillaume Gaillard Né à Québec le 19 juin 1704.Décédé au même endroit le 29 août 1705.XI Léonard-Al ex and re G a ilia rd Né à Québec le 5 septembre 1705.Décédé à Québec le 12 octobre 1705 (1).(1) I' acte rie sépulture ne donne pas ses prénoms ni son âge. — 205 — XII Jcan-Baptistc Gaillard Le continuateur de la lignée.XIII Ignace Gaillard Né à Québec le 20 novembre 1710.Décédé à Repentigny le 29 juillet 1711.Jean-Baptiste Gaillard de Saint-Laurent Né à Québec le 31 août 1706.du mariage de Guillaume Gaillard et de Marie Nepveu.Comme on l’a vu plus haut, le 20 mars 1712, M.Gaillard père avait acheté l’ile et comté de Saint-Laurent ( île d’Orléans).M.Gaillard fils prit dès lors le nom de Gaillard de Saint-Laurent.Il fut moins prétentieux que Mme Vianney Bachot qui, en 1702, avait acheté la même île et comté de Saint-Laurent (sans la payer) et se faisait appeler comtesse de Saint-Laurent.Elle n’v avait aucun droit puisque le titre de noblesse (comte de Saint-Laurent) en vertu des lettres de création était resté dans la famille Berthelot qui vivait en France.L’ambition des conseillers au Conseil Souverain de la Nouvelle-France étai de se faire remplacer par leurs fils dans leur emploi de p: cature.A la mort de M.Gaillard père, en 1742, il y eut elques tentatives pour attribuer son siège à son fils mais T 'tait encore trop jeune et la place lut donnée à François-Et me Cugnet qui était, d ailleurs, beaucoup plus qualifié qu< 1.Gaillard fils.En 1736, deux r res devinrent vacants au Conseil Supérieur.Le roi.le 27 ars 1736, nomma à ces deux charges Guillaume Estèbe et o-Baptiste Gaillard de Saint-Laurent.Celui-ci fut installé h ' août 1736. — 206 — M.Gaillard de Saint-Laurent fut très assidu à ses devoirs de conseiller mais il n’eut guère le temps de montrer ce qu il pouvait faire puisqu’il décéda cinq ans plus tard, le 7 février 1742, à l’âge de trente-six ans.».Gaillard de Saint-Laurent avait épousé, à Québec, le 7 février 1735, Louise Desjordy de Cabanac, fille de feu Joseph Desjonh de Cabanac, capitaine dans les troupes et major des Trois-Rivières, et de Madeleine Pezard de Latouche.bille décéda à Québec un an après son mari, le 18 janvier 1/43 à l’âge de 42 ans.Elle laissait trois enfants dont l’aînée avait à peine six ans ( 1 ).I Louise-Marguerite Gaillard de Saint-Laurent Née a Québec le 9 août 1736.pariée, à Québec, le 15 janvier 1753, à Philippe Denys de la Ronde, officier dans les troupes du détachement de la manne, fils de Louis Denys de la Ronde et de Marie-Louise Chartier de Lotbinière (2)., k” J/58, M- Denys de la Ronde poursuivit, devant la 1 revote de Quebec, le chanoine Gaillard, tuteur de ses neveux pour obtenir le partage du fief et seigneurie de l’île cl Urlèans dont sa femme était une des héritières.II Louis-Joseph-Guillaume Gaillard de Saint-Laurent Né à Québec le 23 novembre 1737.rie fi!i-îtU"rnGrllard ïérita d’une l)artie du fief et seigneu-1 ,le d Orleans alors connue sous le nom d’île Saint- Laurent ; d ou son nom de Gaillard de Saint-Laurent.es le D janvier 1756, à peine âgé de dix-neuf ans il entrait comme cadet d’artillerie dans les troupes du détachement de la marine.l*abbé ke-JC°Aucil", r; ratnarint'haUTmt de bec, le)12 Sr n5rri°ee P“r notaire C1^e Barolet, à Qué- — 207 — Le 22 septembre 1758, M.Gaillard de Saint-Laurent obtenait l’enseigne de la première compagnie ordinaire du second bataillon du régiment de Guyenne, en remplacement du sieur Boubée L’Espin, promu à une lieutenance.Un an plus tard, le 1er octobre 1759, il était promu à la lieutenance de la compagnie de Cornier du même régiment, vacante par la mort du sieur de Restaurant.Dans l’automne de 1759, M.Gaillard de Saint-Laurent s’embarqua pour la France avec le régiment de Guyenne.En France, M.Gaillard de Saint-Laurent fut sans emploi pendant trois ans.A la nouvelle formation des régiments en 1763, il fut mis sur les contrôles en qualité de lieutenant, mais M.de Lavaltrie ayant réclamé ce rang, la Cour lui donna raison et M.Gaillard de Saint-Laurent dût reprendre son grade de premier sous-lieutenant.Il servit dans Dauphin-Infanterie jusqu’en 1767.M.Gaillard de Saint-Laurent semble avoir été employé au dépôt de recrues de Lyon de 1768 à 1783.Le 24 juin 1780, Louis XVI lui accordait une pension de deux cents livres sur son Trésor Royal.Le brevet de Sa Majesté disait: “Aujourd’hui, vingt-quatre juin mil sept cent quatre-vingt, le Roi étant à Versailles, Sa Majesté voulant donner au sieur Louis-Joseph-Guillaume Gaillard de Saint-Laurent une marque de la satisfaction qu’Elle a de ses services, Elle lui a accordé et fait don de la somme de deux cents livres de pension annuelle sur son Trésor Royal sans retenue pour par lui en jouir à compter du dit jour vingt-quatre juin mil sept cent quatre-vingt et en être payé par année, soit par le sieur Savalète (pie Sa Majesté a chargé d’acquitter actuellement les pensions, soit par tel autre qu’Elle en chargera à l’avenir et ce sur ses quittances par devant notaires à Paris et la représentation du présent brevet (pie, pour assurance de sa volonté, Sa Majesté a signé de sa main.” Le 28 août 1783, le Roi augmenta la pension de M.Gaillard de Saint-Laurent de 160 livres par année.M.Gaillard de Saint-Laurent décéda à Paris quelques années plus tard sans être revenu dans la Nouvelle-France.Nous croyons (pie M.Gaillard de Saint-Laurent décéda célibataire. — 208 — III Marie-Catherine Gaillard de Saint-Laurent Née à Québec le 29 juillet 1739.Décédée au même endroit le 15 septembre 1762, à l'âee de 24 ans.IV Jean-Baptiste Gaillard de Saint-Laurent Né à Québec le 12 mai 1741.Décédé avant 1742 puisque l’acte de tutelle de son frère et de ses deux soeurs du 3 mars 1742 ne le mentionne pas.APPENDICE Catalogui-: de la bibliothèque de Guillaume Gaillard, CONSEILLER AU CONSEIL SUPERIEUR Le Code civil.Le Code criminel.Le Code marchand.L’Ordonnance de Louis XIV.La Coutume de Bans par Ferrière.Le Traité des droits honorifiques.Les Questions de droit par Veson.Le Traité de la donation par M.Ricard.Le Journal des .ludicnces.Le Journal du Palais.Les Lois civiles par Domat.Les Arrêts, par Bardet.Recueil de Dccombe.7 raitc des successions et de communauté, par Le Brun Glossaire du droit français.( onjcrcnce des Ordonnances, par Bornière.I.c conseil sur le commerce, par Savary.Les styles civils et criminels.T raitc des tutelles. — 209 — Les Rcijles du droit civil.I.c Praticien français, par Lange.Arrêts not aides de différents tribunaux.L'Ordonnance de la Marine de 1681.Le style du Conseil.Le traite de la Preuve far témoins, i.c forfait maréchal.Dictionnaire latin français de Danet.( D après 1 inventaire dressé par le notaire Henri Hiché, le 11 janvier 1730.Matihkc Gaillard Il vint ici en qualité de commissaire du Roi et de subdélégué de l’intendant.Il arriva à Québec le 9 octobre 1686, dans le même vaisseau qui amenait l’intendant Champigny.Le marquis de Denonville écrivait au ministre le 10 novembre 1686: ‘‘J’espère beaucoup de la bonne réputation de M.Gaillard, commissaire, que Monseigneur nous a envoyé.J’aurais fort souhaité qu’il fut arrivé plus tôt pour pouvoir aller faire un tour à Cataracouy voir la disposition de toutes choses, niais n étant arrivé à Québec que le 9 octobre il ne peut pas arriver assez à temps pour pouvoir monter jusques à Cataracouy à cause des grands vents ordinaires en cette saison qui sont suivis par les glaces, outre qu’on a besoin de lui ici pour .' ,ue temps” fl).Le 16 novembre 1686, l’intendant Champignv écrivait à son tour au ministre: "M.Gaillard, commissaire, me paraît fort honnête homme et fort appliqué au service du Roi.Monsieur le marquis de I )enonville et moi lui avons donné toutes les instructions nécessaires pour les affaires de Sa Majesté, du côté de Montréal.J’espère qu'il en aura très grand soin” (2).M.Gaillard fit partie de l’expédition organisée en 1687 par le marquis de Denonville pour aller écraser les Iroquois dans leur pays.Le 31 juillet 1687, il signe l’acte de prise de possession de Niagara.M.de Denonville qui avait lui-même f 1 ) Archives de la province de Québec.(2) Archives de la province de Québec.4 210 — dicté cette pièce lui donne les titres de “ commissaire pour le roi attaché à l’armée et subdélégué de M.de Champigny, intendant du Canada” ( 1 ).Pendant cette expédition M.Gaillard eut une distraction qui lui coûta un joli prix.En partant de Pile au Chat, au-dessus du Long-Sault, pour revenir à Montréal, il y oublia sa cassette qui contenait tous ses papiers.Il ne s’aperçut de son oubli qu’une fois rendu à Montréal.Il lui en coûta cent écus ]x>ur l’envoyer chercher (2).Dans les instructions envoyées au gouverneur de Frontenac pour son entreprise projetée contre New-York, mémoire daté du 7 juin 1689, Sa Majesté lui ordonnait d’amener avec lui le commissaire Gaillard.Celui-ci devait dresser un inventaire exact des bestiaux, des grains, des marchandises, des effets, etc., qui seraient trouvés dans chacun des établissements dont on s'emparerait en territoire ennemi (3).Le 12 novembre 1690, le gouverneur de Frontenac écrivant au ministre de Seignelay, faisait de nouveau l’éloge de M.Gaillard: ‘‘Je ne saurais m’empêcher, Monseigneur, de vous témoigner le déplaisir que j’ai que vous avez rappelé le sieur Gaillard, commissaire.C’est une perte (pie nous faisons qu’il y aura de la peine à réparer parce qu’il sera difficile de trouver un homme qui ait autant de zèle pour le service du Roi, et d’exactitude pour les fonctions de sa charge (4).Le 10 mai 1691, l’intendant Champigny rendait le témoignage suivant du zèle et du bon travail de M.Gaillard: “ M.Gaillard a continué de faire son emploi durant l’hiver en ce pays avec la même attache et le même zèle qu’il a toujours eu.Il repasse présentement en France, ne l’ayant pu faire l’automne dernier.Il se charge de mes lettres pour vous les rendre, étant dans le dessein de se rendre auprès de vous assitôt qu'il sera débarqué (4).Deux jours plus tard, le 12 mai 1691, M.de Champigny revenait à la charge et informait le ministre que M.Gaillard avait une connaissance parfaite du pays.Vous pouvez avoir (1) E.-H.O'Callnglmn, Document* relatin' ta the Colonial History of the state of New-York, vol.IX, p.335.(2) Collection as fait?Ou n ont-ils pas été?A la Haie d’Hudson, en Louisiane, à Saint-Domingue, aux des, aux Indes, à Cayenne.Magistrats, cooils, tiaitants de fourrures, vaillants guerriers sur terre et sur mei, la renommée a chanté leurs louanges dans l’ancien monde et le nouveau.Lt puis, il y a tant à dire sur eux! Ce sont pour nous Plus que des noms.Ce qu’ils ont cru, senti, pensé, nous le saxons un peu, grace a deux séries de documents sauvés du naufrage qui guette la _ ' _ rt des confidences d’ordre privé.Joui le début du XV 11 le siècle, nous avons les neuf lettres adressées, entre 170S et 1716, de Québec et Montréal, à Jean-baptiste Le Gardeur de la Mothe-Tilly, lieutenant du part de Rochefort, par ses frères, soeur, beaux-frères.L’ainé d’abord Pierre-Noël Le Gardeur de Tilly — communément appelé M.Le Gardeur — conseiller au Conseil Supérieur de Quebec et capitaine d’une compagnie des troupes de la mari.ne; et ensuite: René Le Gardeur de Beauvais, lieutenant dans les mêmes troupes; Mme de Cirais, Marguerite Le Gardeur, veuve d’un capitaine au même corps; Jean-Baptiste Céloron de blamville, également capitaine, époux de Geneviève-Ger-frude Le Gardeur; enfin René Damours de Clignancour seigneur et traitant "à l’Acadie”, veut de Charlotte-Françoise Le Gardeur (1).Quarante ans plus tard, Mme Bégon — Elisabeth Roc-bert se chargea de nous renseigner au moyen de sa volumineuse correspondance avec son gendre Villeboîs.Ce précieux, cet inestimable recueil — journal et lettres — qui s’échelonne entre les dates 1748 et 1752, est entré tout récemment aux Archives de Québec.Ce sont, si l’on veut, écrites au jour le jour, les confessions d’une Canadienne.Ensemble de revelations, d’aveux, que l’on pourrait intituler; les Canadiens du XV Ille siècle peints par eux-mêmes — par la meil- (I) Ce s lettres, provenant des archivas de M.|e comte de Montn- rr M ra!,w Bi,rb°tin ,m ^ .¦' 'G11'- *a ( liesne.directeur des Archives du Cnnadn uni en -i luit panentr, en 1029, une photo-copie aux Archives de Québec.4 — 241 — leure des Canadiennes de ce temps-là.tout au moins de celles que nous connaissons- La plus intelligente peut-être, la plus spirituelle certainement et la plus touchante.Témoignage singulièrement émouvant que celui-là, tant il parait difficile d'en contester jamais la sincérité absolue et, dans bien des cas.la parfaite exactitude.Les partages de successions ont toujours été, pour les sentiments de famille, une terrible épreuve.La justesse de cet axiome se vérifia pour les Le Gardeur.A la mort de M.de Saint-Michel, ils en firent l’expérience, ( "était un capitaine de vaisseau, c’était un Tilly, Jean-Baptiste Le Gardeur.Son décès, à Rochefort, est du 2d août 1705 ( 1).Il ne laissait pas de postérité légitime.Onze ans plus tard, ses frères et soeurs n'avaient encore pu s’accorder quant au règlement de son héritage.Sans doute y avait-il quelques circonstances à leur décharge.En premier lieu, une raison qui dispense des autres: leur éloignement.“Nous sommes tous si écartés que nous ne nous voyons presque pas”, constatait Pierre-Noël Le Gardeur le 30 octobre 1711.Une partie de la famille était en France; d’autres, en Acadie, au “Nord”, c’est-à-dire, à la lîaie d Hudson, aux îles.En 1/09, M.Le Gardeur “mande à son frère qu’il regrette d’être sans nouvelles de ses fils établis à Saint-Domingue.Leurs lettres ont dû se perdre en route.Car il suppose qu’ils lui écrivent une fois par an.Il ne leur en demande pas davantage.Le même Tilly, deux ans plus tard, dans une autre lettre a son frère, montre jusqu’où pouvait aller l’ignorance réciproque dans laquelle on vivait les uns à l’égard des autres: Nous embrassons toute votre aimable famille, neveux et nièces, dont je ne sais pas le nombre ” (2).L’activité de la famille était multiple, diverses; la qualité de ses services, indiscutable.Ecoutons Clignancour en G 11: "Il y a un an et plus que je suis au service du Roi, sans en recevoir aucun bénéfice ni récompense; et j’ai été à la tête de tous les habitants de l’Acadie tout l’été pour la reprendre, ce que j’aurois fait s’ils ne se fussent raccomodés O) Tj.de Kiehemoml, Inventaire Sommaire des .1 ' ort de Rochefort.Ce dernier, marié précisément à Rochefort, propriétaire, par sa femme, d'une maison en la même ville, qu’il avait fait rebâtir, ce dernier Tilly était devenu absolument français.Son fils voulut redevenir canadien, ou plutôt se retremper aux sources de la Nouvelle-France.Car enfin, lui aussi était officier de marine depuis treize ans, lorsqu’en 1726, il vint au Canada et y prit femme en la personne de Geneviève Rocbert.C’avait été la chercher un peu loin- Mais cette alliance était de celles qui paraissent indiquées.La famille Rocbert de la Morandière tenait une place distinguée dans l’estime des Montréalistes.Son chef, M.Etienne Rocbert en était l’un des citoyens les plus considérables.Un temps, procureur du Roi en l’amirauté du Havre, mais surtout garde-magasin du Roi à Montréal et syndic des Récollets de cette ville.Les autres unions contractées par ses enfants — filles et garçons — le prouvent : Begun dès 1718, Hinque de Puygibault, Petit de Livilliers.C’est ce qu’il y avait de mieux dans la colonie.D’ailleurs, Rocbert, Bégon, Tilly étaient amis de tout temps.Dès 1710, M.Robert mettait ses relations commerciales à la disposition de Beauvais, fort ennuyé d’une saisie que M.Gaillard, marchand de Québec, avait faite sur les biens, situés en France, de ses enfants mineurs, les enfants de sa première femme, Marie-Barbe de Saint-Ours.M.Rocbert s’employait à la faire lever et M.de Beauvais lui cédait, en échange, tous ses droits sur la succession Saint-Michel.Le bon marchand de l’affaire, ce n’était certainement pas Rocbert.“J’ai de l’obligation audit sieur Rocbert, confessait à son frère LaMothe-Tilly M.de Beauvais.Ainsi vous ne sauriez me rendre un plus grand service que de lui faire — 247 — tomber cela” (1), c’est-à-dire de ne lui susciter aucune difficulté quant à la transmission des droits en question.11 y avait longtemps aussi que les Bégon et les Tilly se connaissaient.Claude-Michel Bégon — celui que l’on appelait le chevalier — était arrivé à Québec un an avant son frère, l'Intendant, en 1711.Tout de suite —¦ c’était à table chez le Gouverneur, M.de Vaudreuil — celui-ci lit les présentations; et, désignant Le Gardeur à Bégon: “Voilà, dit-il, le frère de Tilly.” Le repas fini, le chevalier, continue Le Gardeur, “vint a moi me dire qu’il estoit votre ami intime et qu’il me prioit de lui vouloir bien donner mes lettres, et autre chose, si je l’avois à vous le faire tenir, qu’il s’en feroit un plaisir II est très honneste.Je lui parloi fort de Monsieur son père et des obligations que feu mon frère Saint-Michel et vous et mon fils Le Gardeur lui avoient." Deux recommandations valent mieux qu’une.En termes véhéments, Le Gardeur reprochait à son frère de ne pas avoir encore prévenu en sa faveur l’esprit de M.Bégon, désigné pour l’intendance du Canada, “de sorte qu’il ne soit pas comme un homme qui tombe des nues arrivant en ce pays et sans nous connoître” (2).Aux objurgations de son frère, La Mothe-Tilly dut se rendre.Car, à peine débarqué, M.l’intendant témoigna aux Le Gardeur une bienveillance spéciale et des plus flatteuses.“La première fois que i’eus l’honneur de le voir, ce tut chez M.le Gouverneur qui me présenta à lui.Il demanda: est-ce là celui qui est capitaineT On lui dit que oui.Le lendemain, je fus chez lui, où il nu lit mille caresses, me prenant la main et me disant qu’il avoit esté ami de mon frère de Saint-Michel, que vous estiez le sien aussi, que vous lui faisiez cet honneur et me demanda aussi d’estre des siens, que je lui ferons plaisir d’aller manger de sa soupe le plus souvent que je pourrois- Madame sou épouse est un peu plus fière et froide.” Le chevalier, de u uveau, se trouvait là.Il 'ma fait mille amitiés et mille \sses.me disant qu’il v ’.droit estre capable de me rendre ; olque service et que vous estiez le meilleur de ses amis” .(1) Québec, lfl netobi ¦ UIO.(2) Québec, 30 ootobi 1.(3) Québec, 7 no\ eml ; , .712. — 248 — Au fond, ces Bégon étaient de bonnes gens.L’air de Blois, leur ville d’origine, le voulait ainsi.Morgue et envie, on y a toujours ignoré ce qui ailleurs divise les hommes.L’administration de l’intendant Bégon a pu être critiquée et non sans raison.Mais que ne pardonnerait-on à un homme qui, après avoir quitté sa place, obtenait — i>our sa femme et lui — ce certificat de l’éminent docteur Sarrazin: “Ils n’ont fait de ]>eine à personne et je ne sais s'il y a une famille dans le Canada à laquelle ils n’aient pas fait du bien” ( 1 ).Ils étaient bons, il étaient puissants: “fondés dans l’Etat”.Ils avaient beaucoup fait i*>ur la Marine; la Marine était pour eux une maison de famille.Appartenir de près ou de loin aux Bégon, ce titre suffisait pour assurer d’une belle carrière sur les vaisseaux du Roi.Dès la fin du XVIIe siècle, on se le disait dans les gentilhommières du Berry et de là sortirent plusieurs vocations maritimes.Nous ne voulons point médire des charmes de Mme de Tilly.Tout de même, le mariage Rocbert comportait i>our l'officier de marine des avantages positifs.Il n’était encore, en 1726, que chef de brigade des gardes-marine (2) Et il avait vingt-huit ans.11 était grand temps que les Bégon eussent de plus pressants motifs de le prendre sous leur protection.M.de Tilly laissa à sa femme le loisir d’avoir un enfant né à Montréal l’année suivante, 1727- Après quoi, elle s’embarqua pour la France, sans espoir de retour.Mais elle n’emmenait pas sa ]>etite Canadienne, car c’était une fille, appelée au baptême Marie-Anne.Mme Bégon la recueillit.Elle devait la garder vingt-trois ans.Au point de départ de cette pénible histoire de dissentiments familiaux, il y eut, de la part de Mme Bégon, des torts graves.Elle se montra trop bonne pour les Tilly.C’est toujours une imprudence.Quand nos obligés ne peuvent s'acquitter envers nous, ils en viennent presque fatalement à nous détester.(1) Snrra/.in à l'abbé llignon, 20 octobre 1720 dans A.Vallée, Michel Narra ;in Québec, 1027, p.235.(2) A.Mazas et Th.Anne, Histoire de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, l’aris, 1860-1861, 3 vol., t.II.p.140. — 249 — Mais Elisabeth Rocbert appartenait à cette catégorie de femmes qui ont besoin de se sacrifier.Elle s’était mariée par amour au chevalier Bégon.Que cette union n’ait pas eu d'abord l’heur de plaire à l’Intendant son frère, que M.de Vaudreuil ait voulu un moment traverser ce projet, c’était tout naturel; et qu’Elisabeth ait eu des ennemis ne l’est pas moins.La famille alors était toute puissante; les contrats de mariage étaient des traités par lesquels deux maisons accordaient leurs intérêts, l’individu n’était rien — à moins d’avoir du courage.Bégon en eut.Le charme de sa femme fit le reste.Peu à peu, il agit sur ses adversaires, les désarma et tout le monde, Bégon, Beauharnais — l’Intendante en était — Vaudreuil, s’empressa autour d’elle ( 1 ).Les contestations qu’elle eut à subir n’enlèvent rien aux mérites de Mme Bégon.Ils sont réels- Le Canada peut être fier de cette jolie femme.Marie-Isabelle Rocbert — que nous continuerons à nommer, comme ses contemporains Elisabeth — était une de ces délicieuse créatures qui ne savent pas aimer a demi, dont le coeur répugne à toute compromission avec la raison, avec l'intérêt, qui sont faites, par conséquent, pour être bien malheureuses.Elle le fut.Jamais, elle ne voulut renoncer à la mission qu’elle avait assumée le jour où lui fut confiée Marie-Anne de '1 illy.C ette enfant, une malade, une infirme, profita de la haute honorabilité des Rocbert, bénéficia de la position de Mme Bégon.Le chevalier fit au Canada une carrière convenable.En optant ]Kiur l’infanterie de marine, il avait renoncé aux chances d’avancement qu’il aurait eues dans le grand corps.Dès 1713, il y avait reçu le commandement dune compagnie.Et l’année suivante, on l’avait fait lieutenant de vaisseau, a titre honorifique.Capitaine d’infanterie, il était en réalité; capitaine, il resta.Comment aurait-il pu être davantage au Canada puisque, dans les troupes de la colonie, il n y avait (I) Yvonne Be/.nrd, Le* B,('non.Paris, 1930, |>.316-319.Abbé Augustei Gosselin, VKgli*e itn Canada dc.piii* .1 tl/e 'le La-ral; 1ère partie.Mur île Saint-ValUcr.Québec, 1911, p.319.Cf.]>.-G.Roy, Le* officier* il’état-major île* gourernement* île i/ni'hcc, Montréal et TrolH-Uivière* *on* le régime fronçai*.Lévis, 1919, p.31-32. — 250 — point de grade supérieur à celui-là?Mais il y avait pour un ]>etit nombre de capitaines, des emplois que l’opinion publique mettait bien au-dessus des compagnies: commandements des postes importants des Pays d’En-Haut, commendement et majorité des troupes, état-major des places.Par ce dernier terme, l’on entendait les gouvernements, lieutenances de Roi et majorités des trois villes canadiennes, Québec, Montréal et les Trois-Rivières.En 1726, à 43 ans, M.Bé-gon fut nommé major de Montréal et, successivement, lieutenant de Roi aux Trois-Rivières, puis à Montréal pour revenir gouverneur aux Trois-Rivières.Le gouvernement de Montréal se trouva être vacant en 1748 et M.Bégon allait probablement l’obtenir lorsqu'il trépassa.Petit gouverneur qu’un gouverneur des Trois-Rivières et, si l’on veut, petit personnage- Mais, dans le militaire de la colonie, on n’en connaissait que trois ou quatre plus importants que lui.Claude-Michel Bégon était mort à Montréal.Cette ville, sa femme, tant qu’elle vécut au Canada, ne la quitta guère.A part quelques séjours aux Trois-Rivières, elle fut toujours montréaliste.Elle l’était foncièrement: même en France, elle le resta.Le patriotisme canadien, on le sait, existait dès cette époque.A l’intérieur de la colonie, il y avait déjà aussi des patriotismes locaux.La rivalité qui couvait entre Québec et Montréal prouve à quel point, dans chacune des deux cités, ses habitants lui étaient attachés.Les demoiselles de Québec se montraient volontiers dédaigneuses des belles de Montréal, se jugeant beaucoup mieux élevées, bien plus élégantes et “parisiennes” (pie ces “provinciales”.Elles ne les traitaient pas de sauvagesses; mais, si elles ne le disaient pas, peut-être le pensaient-elles.Les Loups de Montréal — ainsi affublés par les Québécois — se vengeaient — c’était de bonne guerre — en leur répondant qu’à ce compte, eux n’étaient que des Moutons ( 1 ).Différences de ton qui, aux yeux des étrangers, semblaient imperceptibles.A Montréal, aussi bien qu’à Qué- (1) Mbl.Nat.Nouv.Acq.Fr 4 156 (Voyage de Bonnefons au Canada) p.48-49. — 251 — bec, ils ne voyaient qu’extrême jiolitesse et singulier raffinement clans les habitudes sociales.Pourtant, sous quelque latitude que ce soit, comment pourrait-on se soustraire au prestige de la capitale?Lorsque Marie-Anne de Tilly revint de Québec en novembre 1748, que de récits enthousiastes sa tante eut à subir! Car la petite Le Gardeur avait été conviée chez M.Bigot, l’Intendant.Elle avait mangé dans sa belle argenterie, elle avait appris “le bel air des' conversations à la mode”.Et “tout le reste n’est rien en comparaison” (1).C’est son père qui l’y avait emmenée, à Québec- Cette année-là, M.de Tilly avait fait une réapparition au pays de ses ancêtres.Il était monté à Montréal; et.le 15 juillet, il en était redescendu avec sa bile qu’accompagnait une cousine, Le Gardeur également: Marie-Catherine de Repentigny.C’était une bile majeure et célibataire de cinquante-huit ans qui ne savait pas vieillir, toujours affolée de mondanités, au demeurant très attachée à sa famille, entichée de tout ce qui était Le Gardeur.Mme Bégon, bonne et compatissante, l’avait recueillie chez elle: familièrement, elle l’appelait Mater.Au début de novembre, Tilly se rembarquait ]xjur la France.Ce fut là, croyons-nous, le dernier voyage qu’il bt au Canada.Et la vie reprit, comme auparavant, sous le toit de Mme Bégon.M.Rocbert, son père, vivait avec elle et avec sa petite-bile, Catherine Michel de Villebois, une enfant de dix ans.Sa mère morte, son père à la Lousiane, c’était en fait une orpheline.Elle souffrait de ne pas connaître son père.La tendresse de Mme Bégon empêchait qu’elle s’aperçut de l’absence de sa mère.Son aïeule était sa “maman”.Les lits des quatre femmes avaient été dressés dans la même chambre.Et cependant, la maison était grande.Mais Mme Bégon le voulait ainsi.Ce qu’elle voulait aussi, c’était ne pas assombrir la jeunesse de sa nièce, de sa petite-hlle, ne pas l’étouffer sous des images ou des pensées de deuil- Elle tenait à ce qu’elles pris- (1) 12 novembre 1748. — 252 — sent tous les divertissements qui n’étaient pas inconciliables avec "leur habit noir”.Mme Bégon ne pouvait se soustraire à certaines obligations mondaines: il lui fallait recevoir à dîner, à souper.Mais, autant qu'il lui était permis de le faire, elle s’isolait dans ses regrets, ses chagrins, passait son temps à “griffonner”.Au premier janvier 1749, elle décida que ce serait la petite \ illebois, assistée de Tilly — elle ne donnait pas d’autre nom à sa nièce — qui feraient les honneurs de la maison.Mais ni Mater, ni Tilly n’y voulurent rester, préférant visiter leurs amis.La plupart de ceux et de celles qui vinrent, ce jour-là, chez Mme Bégon ne virent donc que la fillette et n’eurent qu’elle à embrasser.Car c’était la coutume.Il fallait “baiser tout le monde”.Le 7 janvier, M.Rocbert, Mater et Tilly rendirent les visites à “toute la ville”.Le mois suivant avait lieu le grand événement qui se reproduisait tous les ans, à la même époque, et qui, tous les ans, métamorphosait l’existence des Montréalistes : le gouverneur général du Canada arrivait dans la seconde ville de son gouvernement où, pendant quelques mois, il allait séjourner.Montréal se sentait, à son tour, devenir capitale.Pour personne, le changement n’était plus important que pour Mme Bégon.Car, en 1749, le général du Canada, c’était le comte de la Galissonnière, fils d’une Bégon, neveu par alliance d Elisabeth Rocbert.Tante très jeune de cet illustre neveu.Elle avait à peu près le même âge que lui, trois ans de moins en réalité.On ne saurait nier que la Galissonnière ait été l’un des hommes les plus intelligents et les meilleurs du XV II le siècle.Or, une seule femme semble l’avoir compris: cette jolie et intuitive Mme Bégon.11 avait confiance en elle, en son affection, en son jugement : et cette sécurité faisait qu’il lui demandait, qu il acceptait ses conseils.L’on disait couramment qu’il ne pouvait rien lui refuser, il se servait d’elle comme traductrice d'anglais, il lui communiquait les nouvelles qu’il recevait.Lorsqu’il résidait à Montréal, il venait tous les jours, de cinq à sept, passer la soirée chez elle .( ette femme a eu son heure.Dans une certaine mesure, elle a influé sur les destinées du Canada. — 253 — Pendant ces mois d’hiver, la vie mondaine de Montréal jetait tout son éclat.Un brillant tourbillon entrainait, dans une fête continuelle, officiers, magistrats, marchands.On se translatait d’une maison à l’autre.Ce n’était que repas joyeux et bals endiablés.On dansait beaucoup au Canada, comme en France à la même époque.On se grisait de plaisirs et c’était nécessaire à Montréal, porte de l’ouest, au seuil du continent infini et des hasards sauvages Cette société charmante et frivole avait une souveraine adulée, Mme Bégon.Parmi les “puissances", les “grosses tètes" de la ville, c’était à qui lui ferait la cour.Le gouverneur de Montréal, l’avantageux et quelque peu douteux baron de Longueuil, lui qui ne se connaissait pas de supérieur dans la colonie, fréquentait assidûment son salon; et volontiers, il se faisait admettre à sa table.En de telles circonstances, on remerciait mentalement M.de F illy d’avoir laissé a sa belle-soeur une provision de vin de Malaga.Car le baron, s il mangeait d ordinaire comme un diable — surtout quand il n était pas chez lui et que ça ne lui coûtait rien — buvait toujours comme un démon.Jusqu’à s’enivrer pour de bon: c était assez la mode, en ce temps-là, dans la noblesse canadienne.Même lorsqu'il n’avait pas d’appétit, le vin de Champagne le réveillait.Chez Mme Bégon.on se distrayait en causant, >eul agrément que son deuil lui permit d offrir à ses hôtes.Mais ailleurs, on jouait, on chantait, on dansait surtout De cette agitation, de ces amusements, Elisabeth Roc-bert souhaitait que sa nièce et sa petite-fille prissent leur part.Elle-même, hors de chez elle, ne se montrait qu’à la paroisse ou au château, demeure du Général.Mais M.Rocbert, Mlles de Tilly et de Repentigny, la petite Villebois étaient invités partout.La santé de Tilly la privait souvent de figurer dans le monde.Le 3 février, puis le 7, lorsque, a deux reprises, "toute la ville" s’était transportée en carrioles, c’est-à-dire en traîneaux, jusqu’à la Longue Pointe pour y .attendre, l’Intendant d’abord, le Général ensuite, Marie-Anne avait dû garder la maison.Elle était si enrhumée qu’elle ne pensait qu’à son mal.A peine installé, le 9 février, M.Bigot donna un grand bal.Fit Tilly ne put y assister.Il fallait en effet qu’elle fût bien mal en point. — 254 — Dès qu’elle se sentait mieux, elle manifestait une activité un peu fébrile dans son ardeur à sortir de la maison, à s’évader d’elle-même; elle voulait s’étourdir.Comme tous ceux qui savent qu’ils n’en jouiront pas longtemps, elle trouvait la vie belle et avait hâte d’en profiter- De cette gaité factice qui aurait dû plutôt la faire pleurer, Mme Bégon, d’habitude plus indulgente, s’impatientait.Oh! certainement, elle ne laissait rien voir de ses sentiments.Mais, dans son journal, pour Yillebois, elle s’épanchait.“Tu connois Tilly qui ne se gêne point et qui est toujours la même.Une partie de salle la flatte plus que d’être avec nous” ( 1 j.Quand on est trop impressionnable, on devient facilement injuste.Mme Bégon l’était pour sa nièce.Au mois de janvier, le 20, le 28, alléguant la mort encore récente de M.Bégon, elle avait résisté aux sollicitations de M.de Lon-gueuil, de Mme Varin qui la réclamaient pour danser.C’était méritoire et c’était touchant.Une affection de poitrine la minait.Dans la famille, ils en étaient tous plus ou moins atteints.Mme Bégon lui avait déjà dû de perdre sa fille Marie-Catherine, mariée à dix-sept ans, morte à vingt.Elle-même, sa soeur Tilly succomberont à des rhumes mal soignés, inguérissables.Alors comme aujourd’hui, la tuberculose était une des plaies du Canada: conséquence, disent les médecins du surmenage que représentent, ]>our les femmes, des naissances d’enfants trop fréquentes, trop répétées.Au chateau de la Bristière, on conserve un portrait qui peut être celui de Marie-Anne.La tradition est formelle: il représente une demoiselle de Tilly- En bonne santé, cette jeune personne eût été ensorcelante.Elle n’était pas pour rien fille d’une Rocbert et elle avait hérité du charme de sa tante.Le peintre savait son métier.11 a réussi à atténuer sur ce visage les traces trop visibles de la maladie, mais il a fidèlement reproduit l’expression des yeux.Et ce regard douloureux poigne le coeur: on y sent toute la tristesse des destins inachevés, l’indicible mélancolie des fleurs fanées avant cpie d’être écloses.(1) 12 avril 174!». — 255 — Il y a lieu de croire que Tilly fut peinte en France, quelques années après son retour du Canada.En 1749, elle ne voyait pas si loin Depuis qu’elle et son père s'étaient retrouvés, qu’il lui avait parlé de la marine, de Rochefort, elle ne rêvait que du vieux pays, elle n’aspirait qu’à y retourner.Peut-être, avec la faculté d’espérance des malades, s’était-elle persuadée qu’un changement d’air la sauverait.Repasser la mer.Pour de toutes autres raisons, Mme Bégon le désirait également.M.de la Galissonnière n’avait gouverné le Canada que par intérim.Le Gouverneur en titre, marquis de la Jon-quière, avait été nommé dès 1746.La Galissonnière n'attendait que son arrivée, l’été prochain, pour retourner en France.Mme Bégon se rendait compte que i>our elle aussi il faudrait abandonner le Canada : elle n’y pouvait rester quand il l’aurait quitté.Après avoir été tout, comment se résigner à n'être plus rien?Ce n’eût plus été vivre, mais mourir tous les jours un peu plus.L’amitié de la Galissonnière, qui fut le grand orgueil de sa vie, lui avait créé une situation hors de pair: il lui avait aussi rendu impossible d’habiter désormais le Canada.On s’était trop humilié vis-à-vis d’elle pour jamais le lui pardonner Déjà, elle avait envoyé en France, ixnir y faire leurs études, son fils, son "petit Bégon” né en 1732, son petit-fils Yillebois qui avait onze ans.Regagner la mère patrie, c’était les y retrouver.Et puis, la pensée de son gendre l’obsédait plus que de raison.Il était jiour lors au Mississipi, ordonnateur-général, mécontent de ce poste, très beau cependant (1).Mais elle espérait qu’il reviendrait bientôt en France pour y demeurer; au pis-aller qu’il y passerait, appelé ailleurs à d’autres fonctions.De toute son àme aimante et passionnée, elle voulait le revoir.F211e ne le revit jamais.Un scrupule toutefois arrêtait Mme Bégon.Pour tous les empires du monde, elle n'aurait pas laissé son “cher père” tout seul au Canada.Il n’avait plus qu’elle, elle le savait bien.Ses fils, brus, petits-enfants ne péchaient point à son (1) P.-G.lîoy, Honoré Michel
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