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Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1935-05, Collections de BAnQ.

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LE BULLETIN DES Ileeuereues Historiques VOL.XLI LEVIS, MAT 1936 No 5 LA FAMILLE MARTIN DE LINO Mathieu-François Martin de Lino C’est M.Martin de Lino lui-même qui nous donne l’année de son arrivée dans la Nouvelle-France lorsqu’il écrit au ministre de Pontchartrain, le 25 octobre 1710: “ Le plus grand mal.Monseigneur, que j’ai pu connaître depuis vingt-huit ans que je suis dans ce pays”.C’est donc en 1682 qu’il s’établit à Québec puisque le recensement de 1681 ne le mentionne pas.Mathieu-François Martin de Lino était fils de Claude Martin, marchand bourgeois, de la ville de Lyon, paroisse Saint-Nizier, et de Antoinette Chalmette.11 se mit dans le commerce dès son arrivée à Québec.Aujourd’hui, à peu près les trois-quarts des habitantsde Québec parlent ou comprennent l’anglais, mais, à la fin du dix-septième siècle, la connaissance de l’anglais dans la capitale était presque un phénomène puisque M.de Lino était le seul citoyen, ou à peu près, à posséder cette langue.Où M.de Lino avait-il appris l’anglais?Dans son interrogatoire subi à la Bastille en février 1693, M.de Lino, répondant à M.de La Reynie, qui lui demandait s’il avait déjà été en Hollande ou en Angleterre, disait: “il v a été envoyé à deux diverses fois par son père, à l’âge de treize et de dix-huit années, et que c’était pour y apprendre la langue et qu’il y a été environ l’espace de deux ans à chacun voyage”. — 258 — C’est donc en Hollande ou en Angleterre que M.de Lino apprit l’anglais.Nous ne pouvons, à ce sujet, résister au plaisir de résumer une touchante anecdote que nous trouvons dans les Annales du monastère des Ursulines de Québec.Mgr de Saint-\ allier, dans une visite épiscopale à une mission sauvage, y vit une petite captive nommée Abigail, que le missionnaire avait baptisée sous les noms de Marie-Catherine.Cette enfant, originaire de la Nouvelle-Angleterre, quoique très affectionnée aux Sauvages qui la traitaient bien, ne parlait que sa langue maternelle, l'anglais.Mgr de Saint-\ allier, ayant racheté la petite Marie-Catherine, l’amena au pensionnat des Ursulines.à son retour à Québec.L enfant eut tant fie chagrin de ne plus voir ses amis sauvages, qu’elle en tomba malade.Le changement d’air et de nourriture avait aussi, sans doute, contribué à sa grave maladie.Mgr de Saint-Vallier, très inquiet de l’état de sa protégée, voulut lui procurer la consolation d'entendre parler sa propre langue.Les l rsulines, désolées du chagrin de cette enfant de cinq ans, qui ne cessait de répéter, en pleurant : “ 1 want my papa, I want my mamma ”, furent heureuses de recevoir l'évêque de Québec, qui amena avec lui le seul citoven de Québec qui parlait l’anglais, M.Martin de Lino.Marie-Catherine, prenant M.Martin de Lino pour un ancien ami, le reçut avec des cris de joie.Le brave homme la rétablit plus vite en lui parlant sa langue maternelle, que n auraient pu le faire les remedes de M.Roussel, le médecin de la maison.Plus tard, Marie-Catherine fut adoptée par une famille canadienne qui la traita très bien et elle finit par parler le français aussi bien que sa langue maternelle.M.Martin de Lino, nous venons de le voir, était le seul citoyen de Québec qui parlait l’anglais facilement.Le gouverneur et l’intendant étaient heureux de se servir de lui lorsque 1 occasion sen présentait.11 était devenu une espèce d’interprète officiel, sans cependant retirer aucun salaire.Cette connaissance d’une langue étrangère lui attira, quelques années plus tard, une aventure peu banale.En 1691, M.Robineau de Y illebon avait reçu l’ordre de s’emparer de Port-Royal, tombé au pouvoir des Anglais.Il — 259 — fut assez heureux de chasser les Anglais de l’Acadie et même de capturer un de leurs vaisseaux dans les eaux de la Baie Française.Quelques négociants de Boston, qui se trouvaient a bord de ce navire, furent faits prisonniers et envoyés à Québec, entrautres M.Nelson, riche marchand, le colonel King et M.Aiding.Nelson, qui était un homme de société, fut traité par le gouverneur Frontenac avec une bienveillance imprudente.Il fut reçu plusieurs fois à sa table.Lui-même donna des diners auxquels il convia les personnages importants de Québec.Le gouverneur, l’intendant et même Mgr de Saint-Val-lier furent ses hôtes.Nelson, profitant de la liberté qu’on lui laissait, recueillit des renseignements sur les fortifications de Québec, ses moyens de défenses, etc, etc.Il envoya ensuite le fruit tie ses observations aux autorités de la Nouvelle-Angleterre par des soldats qu’il avait corrompus.Lorsqu’on se rendit compte du travail fait par Nelson, il fut emprisonné et.dans l’automne de 1692, envoyé en France.Pendant ses longs mois de séjour à Québec, Nelson, qui parlait difficilement le français, avait été en rapports continuels avec M.Martin de Lino.La chose était toute naturelle, M.Nelson préférant se servir de sa langue maternelle.Dans le même automne de 1692, M.de Lino avant des affaires importantes à régler avec son oncle, M.Chalmette, s’embarqua pour la France.Quelle ne fut pas sa surprise en arrivant à Paris de se voir arrêté et enfermé à la Bastille! On le soupçonnait d’avoir eu des accointances avec le sieur Nelson et peut-être d’avoir trahi le roi.Prisonnier d’état, M.de Lino passa quelques semaines à la Bastille.11 dût sa liberté à M.de la Reynie.qui tit une enquête approfondie sur son cas.M.de la Reynie, homme d’expérience, ne trouva absolument rien contre le prisonnier et suggéra de le remettre immédiatement en liberté.“M.Martin de Lino parle bien l’anglais, disait-il dans son rapport daté du mois de février 1693; il a eu commerce avec Nelson et avec d’autres personnages anglais et c’est apparemment ce qui l'a fait soupçonner” (1).tl) Archives de la province de Québec. — 260 — M.Henri Lorin remarque que les autorités de la Nouvelle-France, qui étaient loin d’être sans reproches sur la surveillance qu’elles auraient dû exercer, avaient été heureuses de trouver un responsable obscur pour dissimuler leur négligence.Les autorités supérieures de la Nouvelle-France en 1692 étaient le gouverneur Frontenac et l’intendant Bochart Champigny.Ni l'un ni l’autre n’avaient demandé l’arrestation de M.Martin de Lino.Lu effet, M.de Frontenac écrivait au ministre, le 25 octobre 1693: “ Four le sieur de Lino, bien loin qu’il puisse être coupable de ce dont il était soupçonné, je dois lui rendre cette justice qu’il s’est toujours comporté avec fidélité dans toutes les occasions qui se sont présentées tant dans l’interprétation des lettres venues des Anglais que des papiers qu’on a trouvés, et qui ont été par lui traduits en français, nous ayant aussi depuis quatre ans servi d’interprète.Lorsque nous avons interrogé les Anglais qui avaient été faits prisonniers soit par les Français soit par les Sauvages, et même dans le temps que les Anglais vinrent assiéger Québec, et me firent sommer, comme aussi dans l’échange des prisonniers qui se lit dans ce temps-là, où il se comporta avec une affection digne d’un Ihiii Français, ce qui a fait que nous avons été surpris, M.l’intendant et moi, quand nous apprîmes qu’il avait été mis à la Bastille, ce qui nous a obligés de lui délivrer un certificat qui vous sera présenté par le sieur Chalmette, son oncle.“11 mériterait.Monseigneur, par tous les soins et les peines qu’il a eus jusques à présent dans toutes les affaires où je l’ai employé quelque récompense de Sa Majesté et poulie tort que sa prison a apporté à ses affaires, ayant été obligé de se servir de commissionnaires pour faire ses achats qui lui coûtent, à ce qu’il m’a assuré, plus de mille écus" (1 ).Quelques jours plus tard, le 4 novembre 1693, l’intendant Bochart Champignv écrivait, à son tour, au ministre, et se déclarait lui aussi très surpris de la détention de M.Martin de Lino à la Bastille: “ A l'égard du sieur de Lino, nous avons été très surpris de sa détention a la Bastille, ne nous paraissant rien dans son (1) Archives de In province de Québec. 261 — accusation que de très calomnieux et de très méchant, nous avant toujours donné des marques de sa fidélité et d'un attachement particulier pour le service du Roi, particulièrement dans toutes les occasions où il a été nécessaire d’interpréter 1 anglais, ce qu il a fait avec tant de désintéressement que je suis obligé, Mgr, de vous supplier d’v avoir égard et au tort qu'il a souffert par sa prison” (1 ).En lt>96, M.Martin de Lino passa en France dans l’intérêt des anciens intéressés de la Compagnie du Nord.Cette Compagnie avait fait un traité de société avec Le Movne d’Iberville au sujet de ses entreprises à la baie d’Hudson.Elle lui fournissait les fonds et avait une part dans les prises qu’il faisait.Le 26 mai 1696, le Conseil d’Etat rendait un arrêt qui ruinait pour ainsi dire la Compagnie du Nord.C’est à ce sujet que M.de Lino fut envové en France.Le 26 octobre 1696, MM.de Frontenac et Champignv écrivaient au ministre: “Us fies intéressés en la Cie du Nord) s’étaient disposés dès cette année et avaient pris toutes les mesures nécessaires pour aller prendre possession du susdit fort de Bourbon l’année prochaine conformément à l’arrêt de Sa Majesté rendu en 1694.par lequel il était ordonné au sieur d’Iberville de leur remettre en 1697 le dit fort et l’armement nécessaire pour sa défense, mais la crainte qu’ils ont eu d’entrer en discussion avec le sieur d’Iberville sur l’arrêt qu’il a obtenu sous de faux exposés cette année, qui lui en accorde la jouissance jusqu’en 1699, les oblige de différer leur armement jusqu’à ce temps auquel ils sont prêts d’en aller prendre possession et le dit sieur de Lino passe en France pour vous supplier, Monseigneur, de leur faire conserver l’intérêt qu’ils ont avec le sieur d’Iberville jusqu’en la dite année 1699, d’autant qu’il s’est servi pour la réussite de son entreprise, et se sert actuellement de leurs deniers, et nous espérons que vous connaîtrez comme nous qu’il y a besoin de justice." 11 vous représentera aussi l’importance qu’il v a que ce commerce et les équipements se fassent en Canada, comme il s’y est toujours fait par le passé et nous pouvons vous assurer que cela a produit un grand bien dans le pays en faisant subsister un nombre considérable de familles.(1) Archives tie h» province de Québec. 262 — Nous joignons à cette dépêche un mémoire semblable à celui que les intéressés ont chargé le dit sieur de Lino, qu’il «mi a 1 honneur de vous présenter.Nous le connaissons pour un homme sage et de probité qui a même rendu des services à la colonie dans les occasions où nous l’avons employé” ( 1 ).La mission de M.de Lino, en France, ne retarda que de quelques années la ruine de la Compagnie de la Baie du Nord.Fe gouvernement du Roi était si occupé par les guerres qu’il avait à soutenir en Europe qu’il ne trouvait pas le temps ni les moyens d’aider la colonie du Canada.C’est pendant ce séjour en France de M.de Lino qu'il se fit accorder une vaste étendue de terre en Acadie, à titre de fiel et seigneurie.Lacté de concession en fut signé à Québec par le gouverneur et l’intendant, le 29 mars 1797.Cette seigneurie, comme on le voit par le passage suivant des lettres de concession devait porter le nom de “Lino-ville” ! Sçavoir faisons, que sur la requisition à nous faite par le sieur Mathieu de Lino, marchand à Québec, à ce qu’il nous plût lu y vouloir accorder à titre de fief et seigneurie, haute, moyenne et basse justice, une espace de terre contenant cinq lieues ou environ sur pareille profondeur, scituée à la coste de 1 Acadie devant 1 lie St-Jean, à prendre depuis la concession du Sr Duplessis, trésorier de la marine, de la bave et rivière de Cocagne en tirant au sud est vers celle du sieur de la Yalière, avec les isles, islets, battures et caps de sa devanture, et de donner à la dite concession le nom de Lino-ville; Nous, en considération des services que le dit sieur de Lino a rendus à la colonie en qualité d’interprette en langue angloise qu il a toujours exercée gratis, et en vertu du pouvoir à nous conjointement donné par Sa Majesté luv avons donné, accoidé et concède, donnons, accordons et concédons la dite espace de terre, contenant cinq lieues ou environ sur pareille profondeur en la manière qu’elle est ci-dessus désignai a laquelle nous donnons le nom de “Lmoville’.pour en jouir pai luy ses hoirs et avans cause en propriété à toujours à titre de fief et seigneurie, haute, tnovenne et basse justice, avec droit de chasse, pesche et traite avec les Sauvages.’’ (1) Archives de la province de Québec. — 263 — Le 19 octobre 1697, MM.de Frontenac et lïochart Champignv écrivaient au ministre : “ 11 est constant par l’année 1692 et continué ensuitte par les années 1682 jusqu’en mil six cent quatre vingt douze.A dit que cette observation n’est fondée que sur une erreur de chiffre cpti est arrivée en transcrivant ce qui est écrit >ur la dite 25Ille- page, mais qu’il est facile de justifier que ce n est qu’une erreur par le texte mesme de ce t|ui est couché sur le dit feuillet et par les vaisseaux où il est porté que les marchandises ont esté chargées.Pourquoy il n’a rien couché sur son livre journal pour 1 année mil six cent quatre vingt dix.A dit que c'est parce que ce fut l’année du siège de Québek et qu’il ne fut point fait de commerce cette année-là.Sy luv répondant n’a point esté dans la Nouvelle Angleterre et connu le dit Nelson à Baston.A dit qu’il nv a jamais esté et n’a point veu le dit Nelson ailleurs qu’à Québek.S’il ne scait pas que pendant le temps que Nelson estoit sur sa parole à Québek il y pratiqua deux soldats françois qu’il fit déserter et par lesquels il fit donner advis au gouverneur de la Nouvelle Angleterre que deux vaisseaux du — 288 — Roy dt voient tenter quelque dessein sur quelque place sur la coste.A dit qu'il est part) de Québek le 14lllf‘ octobre dernier et qu’on ny parloit pas de ces déserteurs à moins que ce soient deux soldats qui désertèrent avec des Flamands qui estoient venus d’Orange.Et que pour scavoir de quel costé estoient allez ces quatre hommes luy répondant fut envoyé de l’ordre dudit sieur de Frontenac avec le sieur Provost, lieutenant de Roy, dans la prison obliger un Anglois qui estoit prisonnier de déclarer de quel costé les dits deux soldats et les dits deux Mamands estoient allez et que le dit sieur Provost fit serrer les poulces audit Anglois en présence de luy répondant, lequel Anglois déclara qu’il n’avoit point de connois-sance assurée mais qu’il avoit entendu dire à un des deux Flamans qu’ils passeroient du costé d’Orange et qu’il en sa-voit parfaitement les chemins.Sy luy répondant n’a pas connu les dits deux soldats déserteurs.A dit que non et qu’il ne se souvient pas les avoir jamais veu quoy qu’ils eussent longtemps demeuré à Québek.Ce que luy répondant a sçeu des praticques dudit Nelson à l’égard de ces deux déserteurs.A dit qu’il n’en a jamais rien sceus et que sy il en avait eu la moindre connoissance il n’auroit pas manqué d’en donner avis.Où luy répondant estoit lorsque les dits deux soldats désertèrent.A dit qu’il estoit à Québek et que sy ce sont ceux qui se sauvèrent avec les deux Flamans les dits deux soldats françois avoient desjà déserté, il y avoit quelques années, et s’es-toient retirez dans les colonies angloises.Estant revenus à Québek comme gens rebutez des mauvais traitemens des An-glois, ils désertèrent une seconde fois avec les dits deux Flamans après quinze jours ou environ de séjour seullement à Québek.S’il ne sçait pas que les dits soldats ont eu commerce avec le dit Nelson, et que ce fut par eux que le dit Nelson en-vova donner avis au gouverneur de Pas ton de l’entreprise qui devoit estre exécutez par les deux vaisseaux du Rov. — 289 A dit que non et qu'il n’a jamais veu que les dits soldats avent parlé aud.Nelson.S’il ne scait pas que la dame Dumont a eu part aux pratiques dud.Nelson à Québek à l’égard des deux soldats déserteurs.A dit qu il n en a eu aucune connoissance et qu’il n’en a sceu que ce qu’on en a écrit à luv répondant de La Rochelle suivant les nouvelles qu’on v avoit receu par le retour du vaisseau le Poilly et que la lettre qui luv a esté écrite par le sieur Peire sur ce sujet doit apparament estre dans ses papiers, et qu’on verra par la dite lettre que le dit Peire écrivoit à luv répondant que le dit Nelson avoit trouvé le secret de faire savoir à Baston par deux soldats l’armement qui se fai soit en ce pays-là et que les deux soldats avant esté pour surprendre le sieur de Saint Castin avoient esté arrestez et qu’ils avoient estez passez par les armes.Et qu’en mourant ils avoient déclaré qu’ils avoient esté esquipez par la dame Dumont.Sy personne ne luv a donné avis que les dits deux soldats eussent aussy déclaré quelque chose contre luv répondant.A dit que non et qu’il est mesme bien assuré qu’ils n’ont pu rien dire contre luv répondant.S’il ne scait pas que les deux soldats déserteurs avant d’estre passez par les armes ont déclaré qu’un marchand françois de la connoissance dudit Nelson devoit passer en France pour y apprendre les projets qu’on v feroit cette année pour le Canada et pour en donner avis en Angleterre, et s’en retourner ensuitte en Canada afin d’v donner aussy les avis nécessaires à Baston.A dit que non.Sy personne ne luv a dit qui estoit ce marchand françois qu’on soubçonnoit.A dit que non.Sv personne ne luy a dit que ce soupçon tomboit sur luv répondant.A dit que non.Sy les deux soldats déserteurs ont parlé de luy répondant et ce qui luv en a esté dit.A dit qu’il n’en a jamais entendu parler. S il n est pas vrav our accabler leur belle-soeur.Mais, non, Elisabeth Rocbert se sentait encore l’objet de soupçons injurieux.L'honneur! mot magnifique.Il a parfois été synonyme de désintéressement.Ce n’est pas de cette manière qu’en 1750, à Rochefort et dans la marine, on entendait l'honneur, l^a vanité, la noblesse, simple façade pour cette société.L’argent en aurait-il constitué l’armature?"Je n’entends parler dans cette maison (pie de ce qu’il faudrait faire pour gagner du bien, que celui-ci est bien heureux d’en avoir (7) Ce pays ici n’a d’admirable que le climat On n’y aime (pie l'argent et ceux qui sont riches; ceux qui ne le sont pas maudissent les autres’’ (8).Nou\-eau prétexte pour les Tilly d’en vouloir à Mme Bégon, et nouvelle querelle."Ils se sont imaginés que mon cher (1) 4 février 1751.(2) 24 mai, 18 juin.19 septembre 1750.(3) 11 décembre 1750.(4) 20 mars 1752.(5) 31 mars et 30 mai 1750.(6) 16 mai 1752.(7) 29 décembre 1749.(8) 3 mai 1750. — 300 père avoit de gros biens et qu'il me donnoit tout ce qu’il a” (1); “des sommes immenses”, dit-elle ailleurs (2).^ Ils croient que tout ce que je bois et mange leur est oté” (3).Mme Bégoq proteste qu’elle ne fait de tort à personne, quelle ne dépense que ce qui lui appartient.Comment ne pas lui faire crédit au moins sur ce point?Elisabeth Roc-bert semble avoir toujours ignoré ce que c’est que les petits calculs et les chicanes d intérêt.Aucune femme ne fut, plus qu’elle, étrangère à toute mesquinerie.Devoir s’avouer qu entre les âmes de sa soeur, de son beau-frère et la sienne, il n y avait pas de résonnance, être obligé de douter de la noblesse de leurs sentiments, voilà certainement la pire de ses misères.I n détail échappait aux I illy: a savoir qu’en dépit des main aises técoltes et du vin qui ne se vendait pas, la fortune des Bégon était solide, bien assise en Rlésois.Elisabeth Rocbert avait horreur de toute gloriole; on peut croire qu’elle u a jamais cherche a humilier personne; mais enfin le château de la C istiere — paroisse de ( our-C heverny — hérité de son mari, où son fils, le capitaine de vaisseau, vivra ses années de retraite, était une superbe demeure.Un jour, à bout de résignation, elle ne peut s'empêcher de coucher par écrit ce qu’elle ne veut point jeter à la face des Tilly: le reproche sanglant d avoir abusé de sa générosité.Car enfin leur fille aînée, si elle a été élevée et entretenue jusqu’à vingt-trois ans, par qui, si ce n est pas elle?Et à ces gens-là, elle vient encore de faire des présents au-dessus de ses moyens (4).Peut-on avoir la mémoire plus courte?La mémoire du coeur.Elisabeth Rocbert se sentait bien malheureuse Peut-être l’exquise sensibilité de Mme Bégon lui faisait-elle exagérer la méchanceté de ses proches! C’est le don fatal des nerveux de tout ressentir trop vivement.Ce qui, pour les autres, ne serait qu’une piqûre d’épingle, les blesse comme un coup de poignard, les atteint au plus profond de leur être.N’a-t-on pas le droit de supposer que les Tilly (1) H mai 1750.(2) 20 juin 1750.(3) 20 mars 1752.(4) 20 juin 1750. — 310 — étaient surtout des égoïstes, des gens du monde, superficiels à tous égards?Mais cette indifférence, dont se serait à peine aperçue une simple femme, suffisait pour mettre à la torture une organisation aussi fine, une nature aussi vibrante que celle d’Elisabeth.Pour respirer librement, elle avait besoin de reflection d'autrui.Elle souffrait de ne pas être aimée.Elle ne savait que se tourmenter à l’infini.Cette Marie-Catherine de Repentigny, dont pourtant elle connaît l'incurable frivolité, a-t-elle manqué à la promesse quelle avait faite de lui écrire du Canada, “ je t’avoue que j’en ai le coeur gros” ( 1 ).Sans cesse, elle tremble pour la santé de son père.Pourtant, il ne lui parle guère et sa société ne saurait être appelée une consolation.De la “consolation”, c’est ce qu'elle cherche partout sans la trouver.Les nerfs de cette frêle créature sont tendus à.l’extrême.Petite miniature de son aïeule, Catherine de Villebois adresse à son père ces appels pathétiques: “Si je suis encore longtemps sans vous voir, je mourrois (2) Je mourrois de chagrin si vous ne venez pas” (3).Cette femme charmante “la plus tendre qui fut jamais” (4), les siens ne l’ont pas comprise.Pareils malentendus arrivent quelquefois.L’hostilité qu’elle prêtait aux Tilly envers elle, Mme Bégon, quand elle voulait faire un peu de psychologie familiale, l’attribuait à la jalousie (5).Et l’explication n’a rien d’inadmissible Au fond, quelle sottise que cette attitude de la soeur et du beau-frère! Les Bégon étaient une famille accréditée à la Cour, puissante dans les bureaux de la marine, sans rivale à Rochefort.lmp peu d’années s’étaient écoulées pour qu’on eût oublié dans cette ville, quel homme avait été Michel Bégon.incontestablement le fondateur de sa grandeur et le meilleur peut-être des Intendants de Louis XIV (6).“On a toujours aimé ici les Bégon” (7).Sa place de petite-fille (1) 3 décembre 1750.(2) 4 février 1751.(3) 26 février 1751.(4) 10 décembre 1750.(5) 20 décembre 1740.20 juin 1750, 20 mars 1752.(6) Y.Bezard, op.cit., p.8.(7) 18 juin 1750. — 311 du grand Begun, Elisabeth Rocbert la tenait dignement.Elle aimait à obliger, on le savait.Elle était écoutée en haut lieu, on ne 1 ignorait pas.Volontiers, on s’adressait à elle et sollicitait-on sa protection.Non moins volontiers, elle écrivait lettre sur lettre de recommandation.“L’estime et l’amitié que ta mère s est acquise dans le pays lui donnent la confiance et 1 amitié de personnes qui peuvent beaucoup” (1).La confiance, l’amitié de La Galissonnière, elle les possédait toujours.Nul n’aurait pu les lui disputer.De Paris, l’ancien Général du Canada interrompait les fastidieux travaux de la Commission des limites entre les colonies françaises et anglaises pour correspondre avec elle (2).Avant du temps pour tout, il en trouvait encore pour composer des billets à la petite Catherine de Villebois (3).De passage à Rochefort, en 1750, c’est à Mme Bégon qu’il donnait toutes ses soirées.Libre aux Tilly de traiter leur soeur d’Iroquoi-se! Pour La Galissonnière, il n’y avait point de femme en France dont la conversation eût autant de charme.“ Nous avons le plaisir de causer à notre aise jusqu’à dix ou onze heures du soir, et puis il va se coucher” (4).Le commandant de la marine, le comte de Vaudreuil, et ses enfants ont pour Mlle de Villebois “des attentions de toute espèce” (5).M.de Vaudreuil lui fait souvent porter des bouquets.C’est aussi à elle que, par délicatesse, il envoie "les prémices” — les primeurs du temps — que ses moyens ne permettent pas à la grand-mère d’acheter: des fraises, par exemple, des cerises “en abondance” (6).L’intendant, M.lNormand.et sa femme, marquent aux deux femmes “des attentions peu communes” (7).Hommage plus significatif.Avant de prendre la mer, en direction de Québec, l’intraitable marquis du Quesne se présente chez elle.Pour elle, il s'humanise."11 n’est point (1) 20 février 1751.(2) 10 avril 1751.Ci) 4 février 1751.(4) 20 avril 1750.(5) 20 février 1751.(6) 13 mai 1750.ar le forgeron et m’a rendu compte de votre situation.Mes enfans, j ai pris beaucoup de part à la famine que vous avez essuyée, ce qui a été cause que vous n’êtres pas descendus cette année; le printemps a été si fâcheux que l’on 11a pu envoyer des vivres suffisamment à Niagara pour vous en fournir; je prendrai tant de précautions à l’avenir que cela n arrivera plus; vous savez ce que le commandant vous a dit de ma part à cette occasion ; et qu’il a partagé un morceau de pain avec vous.Mes en bans, le Xontagués est descendu ici comme vous me I avez dit par vos paroles, des Goyogouins, ( Ineyoutes, et les I acheRavoricus étaient avec lui.Quoique vous disiez qu’il n’a pas été a plaindre, les vivres ne leur ayant iwint manqué, ils m’ont cependant dit qu’ils mourraient de faim dans leur village également comme vous.Par un collier Mes enfans, on ne m’a point fait de mauvais discours sur votre compte, sinon que vos jeunes gens avaient volé au Portage.\ ous savez que voilà plusieurs fois (pie je vous répète a vous autres chefs que je ne veux absolument jsiint souffrir que l’on vole nies Français qui ont tant de peine à aller chercher des paquets bien loin.\ ous avez une quantité de vos jeunes gens au Portage qui boivent continuellement le poison des Anglais, ce qui leur gate 1 esprit, il y en a plusieurs qui sont entrés dans le fort, la dague à la main, sous prétexte qu’un soldat en avait frappé un, parce qu’il lui avait été pris quelque chose dans sa cabane. — 318 — J’ai été informé oint pour faire du mal, et qu’un père méprise l'intérêt quand il s'agit de la destruction de ses enfans.Non, mes enfans, je ne pleurerais pas doucement si j’apprenais que votre nation fut morte de faim.Je vous aime trop véritablement pour me consoler d’une pareille perte.J’espère que le Grand Maître de la vie vous aura tous sauvés et qu’en réfléchissant sur votre misère passée, vous travaillerez à cultiver vos champs et que vous ne vous dépouillerez plus pour avoir du rhum de l’Anglais.Mes enfans, je comptais vous renvoyer le forgeron; il m'a dit qu’il ne pouvait plus retourner chez vous, parce qu’il avait pensé y mourir de faim depuis qu’il y était, qu’il ne gagnait pas de quoi avoir un épi de blé d’Inde et que vous faisiez faire tous vos ouvrages par l’Anglais, j’en ai fait chercher un autre; si je le trouve, je vous l’enverrai, sinon je vous en donnerai un 1 année prochaine, que vous enune-nerez avec vous; essayez de descendre de bonne heure, parce que nous aurons plus de temps à parler ensemble des bonnes affaires.Mes enfans, comme j’ai des oreilles partout on m’a dit que les Nontagués avaient envie de vendre aux Anglais les terres de CasKauchagon et de vous faire faire la paix avec les Têtes Plates.Vous autres qui avez toujours eu de l’esprit, ne voyez-vous pas qu'il n’a autre dessein que de se fortifier, peut-être pour vous écraser un jour?Vous savez que toutes les nations sont en guerre avec les Têtes Plates et que par une pareille paix ce serait la leur déclarer à eux-mêmes.Au surplus, que deviendrait votre jeunesse, et où pourrait-elle aller se divertir?D’ailleurs votre sang a été répandu plusieurs fois chez cette nation.Mes enfans, à l’égard de CasKonchagon, vous devez vous ressouvenir que vous m’avez prié d’y laissé établir votre fils Joncaire, pour qu’il pût vivre plus commodément, et — 320 — que je vous ai refusé votre demande par rapport à l’Anglais qui vous aurait pu demander à faire un autre établissement, cela doit vous faire connaître que je ne trouverais pas bon que les Nontagués leur vendissent cette terre.Je leur en ai parlé; c’est à vous à vous y opposer; voilà tout ce que j’ai à vous dire ( 1 ).HENRY J ESSOR Originaire d’Angleterre, Henry Jessop fut nommé, en 1831, premier percepteur des douanes à Montréal.En 1832, Montréal était créé port d’entrée, et M.Jessop était promu contrôleur des douanes, mais ce poste fut aboli l’année suivante.En février 1833, M.Eerrier percepteur des douanes à Québec, décédait, et M.Jessop lui succéda dans sa charge.Il garda ce poste jusqu’à 1851, lorsque les douanes passèrent du gouvernement métropolitain au gouvernement canadien.M.Jessop repassa alors en Angleterre.A son départ de Québec.en mai 1851, ses amis anglicans, le lord bishop de Québec, l’honorable M.\V.Walker, H.Lemesurier, R.Wain-wright, J -B.Forsyth, le Révérend M.MacKie, A.-W.Mountain.etc, etc, lui offrirent en souvenir un superbe nécessaire de bureau en argent qui portait l’inscription suivante: “Presented to Henry Jessop.the Collector of H.M.Customs at Quebec, upon his leaving Canada, by a number of friends who desire by this parting token, as well to testify their general esteem of his character, as, in particularly, to manifest their sense of his zealous and efficient services as Church Warden, for a series of vears, of the parish of Quebec: and for his generous example and unwearied personal exertions in support of charities and benevolent institutions of the pla- (1) Archives tie la province de Québec.
de

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