Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 août 1936, août
LE BULLETIN DES s Historiques VOL.XLII LEVIS, AOUT 1930 No 8 L’HOTEL MALHIOT, RUE SAINT-JEAN, A QUEBEC L’hôtel Malhiot fut pendant plusieurs années une des meilleures hôtelleries de Québec.Sa renommée s’étendait même aux Etats-Lhiis.Quelques-uns des étrangers qui visitèrent Québec de 1812 à 1831 et qui ont publié leurs impressions de voyage font de grands éloges de l’excellence de la table et de la bonne tenue de cet hôtel.Le Quebec Directory publié en 1822 par Thomas Henri Gleason dit de l’hôtel Mal-hiot: “He may be considered enual to the Union Hotel.” Le compliment avait son prix quand on sait que l’hôtel Union avait été mis sur pied par une compagnie composée des principaux citoyens de Québec oui avaient eu l’ambition de faire de leur hôtel le plus bel établissement du genre dans toute l’Amérique du Nord.C’est au mois de mai 1812 que l’hôtel Malhiot fut ouvert au public.Dans la Gazette de Québec du 2 avril 1812, nous trouvons un avis signé François Malhiot: “Le soussigné informe respectueusement le public que la maison neuve (no 40, rue Saint-Jean), qu’il a érigée pour un hôtel, café et taverne, sera ouverte le premier jour de mai prochain.“ Les Messieurs dont les faveurs l’ont ainsi mis en état de se pourvoir d’un nouveau logement commode et le public en général peuvent compter sur la continuation de ses efforts pour les satisfaire par des soins assidus, les meilleures viandes et liqueurs, à fies prix raisonnables.3122 450 “ Les messieurs qui voyagent avec leurs chevaux et voitures trouveront des étables, etc, sur les prémisses.Ceux qui auront besoin de chevaux et de bonnes voitures, durant leur résidence, en trouveront aux prix communs.“ Les partis, soit par plaisir ou par affaires, pourront être traités en tout temps, au plus court avis.” L’hôtel Malhiot, bien tenu, gagna vite la confiance du public et la plupart des étrangers de distinction y descendaient.M.Malhiot, homme de progrès, érigea en arrière de son hôtel, en 1821, une maison de bain qui fit sensation à Québec dans le temps.La capitale n'avait pas encore d’aqueduc.Les maisons privées munies de bain étaient donc assez rares.L’établissement de bain de AI.Malhiot était à la disposition non seulement de ceux qui descendaient à son hôtel, mais aussi des citoyens de Québec.Les prix modérés de ces bains les mettaient à la portée de toutes les bourses.M.Malhiot, grisé par le succès et désireux d’attirer plus de clients a son hotel, se lança dans une autre entreprise.En 1824, on avait ouvert un théâtre (le Royal Circus ou Théâtre Royal), sur son terrain, tout à côté de son établissement de bain.Il se mit dans la tête d’exploiter lui-même ce théâtre.Les profits de l’hôtel furent bientôt engloutis dans cette exploitation et il se vit à la veille de la banqueroute.Le 3 février 1829, M.Malhiot publiait l’annonce suivante dans le Quebec Mercury : “To let for any number of years: 1 he Subscriber wishing to retire from business, will let that well-known house, called Malhiot’s Hotel, in St.John street.I he House is three stories high in front, and four stones in the rear, containing a spacious Ball Room.In the yard is another House, three stories high.The first floor contains 3 baths, with apparatus and stabling for a number of horses; and the second and third floors may serve as sitting rooms and bed rooms.In the rear of this house is the Theatre, which will lie let either separately or with the other premises.Enquire of the Proprietor.F.Malhiot — 451 — N.B.There is a spring on the premises, with three pumps, of never failing water.Quebec, Feb.3, 1829.” Aucun acheteur ne se présenta et, trois ans plus tard, le 23 avril 1832, l’hôtel Malhiot était vendu par autorité de justice pour satisfaire aux jugements enregistrés contre son propriétaire.C’est le juge en chef Jonathan Sewell, un des plus forts créanciers de M.Malhiot qui, pour sauver sa créance, acheta l’hôtel qu’il paya 3025 louis.Le juge Sewell n’avant pu trouver de locataire pour exploiter l’hôtel Malhiot, le transforma en magasin.Pendant ses vingt années d'existence bon nombre d’événements s’étaient déroulés à l'hôtel Malhiot, soit dans la salle à manger, soit dans le grand salon qu’on transformait au besoin en salle de concert.Notons ceux qui sont venus à notre connaissance: 12 octobre 1812.— Banquet offert par les officiers du 2e Bataillon de milice de Québec au colonel Scott et aux officiers du 103e Régiment.22 août 1816.— Séance de ventriloquie donnée par M.Potter, célèbre ventriloque américain.Août 1817.— Exhibition d’une Albinos — the Beautiful Albiness — (pii arrive d’Angleterre où elle a été reçue par la famille royale.13 octobre 1819.— Banquet offert par les citoyens de Québec à M.Bushby, capitaine du brick Gcort/c Syvics.qui a ramené à Québec Mgr Plessis, de son voyage de plusieurs mois en Europe.5 août 1820.— Concert de signor Hellene, de la fanfare Pandeau.Hellene joue cinq instruments musicaux différents.2 avril 1823.— Bal payant donné par M.Giannini.15 octobre 1823.— Concert donné par M.Keene, de Dublin, autrefois des théâtres de New-York et de Boston.10 septembre 1823.— Concert vocal par M.et Mlle Clark.14 octobre 1823.— Second concert par M.Keene.28 février 1827.— Bal offert par le “ Quebec Driving Club” au gouverneur et à la comtesse Dalhousie.Près de200 personnes présentes.Ce fut le jour de gloire de l’hôtel Malhiot.La fête fut d’une somptuosité sans pareille. — 452 — 16 août 1828.— Concert par Mlle George, Mine Gill et M.Ryan.20 août 1828.— Concert par M.et Mme Knight.25 août 1828.— Concert par M.Pearman, M.Gear et Mme Pearman.25 juin 1831.Concert de violon et de guitare par le professeur Muscarelli, d'Italie.Juillet 1831.— Le Canadien du 20 juillet 1831 dit: “ On peut voir à 1 Hôtel Malhiot chaque jour, depuis neuf heures du matin jusqu’à midi, et depuis deux heures de l’après-midi jusqu à neuf heures du soir, l’animal le plus étonnant qui ait jamais existé.Cette chèvre merveilleuse lit, épelle, dit l’heu-!e, la date du jour et l’année, connaît la monnaie, sait chiffrer, nomme les personnages les plus marquants des Etats-Unis! et fait mille autres tours d’adresse et de sagacité des plus sur-prenans.Le propriétaire étant aveugle de naissance, tire de H sagacité de cet animal le moyen de vivre avec sa famille, et cette circonstance doit être, au milieu d’un public bienveillant, un nouveau titre à son encouragement.” Août 1831.— F.Cops, de la Ménagerie Royale de Londres, exhibe à 1 hôtel Malhiot deux serpents de java et deux boas de l’île de Ceylan.Août 1831.— Le géant Modeste Malhiot, de Saint-Jean-Deschaillons, s’exhibe pendant plusieurs jours à l’hôtel Malhiot.Il avait six pieds et quatre pouces et demi de hauteur et pesait 615 livres (1 ).* * * Après la fermeture de l’hôtel Malhiot, le juge Sewell loua 1 edifice a MM.S.et A.Levy qui y établirent un important magasin de bijouterie, de vaisselle, etc., etc.Le 25 avril 1844, Montague Charles Sewell, héritier du juge Sewell, louait l’ancien hôtel Malhiot à John Grace, “con-ect îoner et restorer,” de Québec, pour l’espace de treize années.Le prix du loyer était de 1020 livres courant._________ P.-G.’ R.„ oJP Sur ,e fi^unt Malhiot- consulter le Bulletin des It.H., vol XXXIII, p.OOt>.’ — 453 — LES HORLOGERS TWISS ET AUTRES En Amérique septentrionale, c’est clans les états de la Nouvelle-Angleterre qu’il se febriqua le plus d’horloges, au XVIIIe et au XIXe siècle, mais c’est dans le Connecticut que vécurent et travaillèrent les horlogers les plus actifs et les plus renommés (1).Une raison de leur succès fut qu’ils réussissaient a faire des horloges à poids, avec mouvements en bois, qui fonctionnaient bien, qui surtout pouvaient se vendre à plus bas prix que les horloges avec mouvements en métal.Aux Etats-Unis, pour quatre dollars on se procurait une horloge de bonne apparence; si on voulait une caisse en beau bois, ou avec ornements sculptés ou tournés, on payait, dix, douze ou quinze dollars.Ces horloges eurent grande vogue dans la république voisine ainsi qu’au Canada et c’est sans doute ce qui clécida les frères Twiss à quitter le Connecticut où ils avaient fait leur apprentissage, pour venir s’établir dans la province de Québec.En exploitant leur industrie au milieu d’une clientèle qu’ils espéraient se créer et qu’ils se créèrent en effet; il leur fut possible de vendre à meilleur compte, puisqu’ils supprimaient des frais de transports, puisque surtout ils pouvaient étaler leur assortiment et fabriquer sur commande au gré des acheteurs.Le premier Twiss qui vint tenter fortune ici, se prénommait Austin.Tl a été dit qu’il arriva vers 1821, toutefois, en nos notes, nous ne relevons sa présence que le 10 mai 1823, alors que par devant le notaire Doucet, il loue, pour neuf ans, de Pascal Persillier Lachapelle, tanneur, un emplacement assez spacieux, ,à même la terre que le locateur possédait à “ l’endroit appelé la Côte des Neiges”.L’emplacement qui longeait la terre de Joseph Lacombe ne devait pas être très loin de la fameuse chapelle de Notre-Dame des Neiges, qui existe encore et qui est maintenant, après agrandissement, l’égliseparoissiale de la localité.(1) X.Hudson Moore, The OU! Clock hook. — 454 — I rois ans plus tard, le 28 septembre 1825, foseph 1 wiss, et son frère, Austin Twiss, de la Côte des Neiges, achètent de Joseph Barbeau Roisdoré, un emplacement, a Bapraine.Dans le contrat dressé par le notaire Lanctôt, Joseph prend la qualité de “marchand ambulant d horloges.” Tl appert donc, que le fabricant Austin voulait avoir un depot de ses instruments au sud du fleuve : que son i ere pai courait les campagnes à la recherche de clients; que peut-être il acceptait des paiements en nature, car la monnaie n’était pas commune il y a un siècle Mais le pionnier Austin Twiss fut terrassé par la maladie au debut de l’année 1826.Il laissait une veuve.\ incey Andcws et deux enfants.C est alors qu’entre en scène, un troisième Twiss ra.qui épousé la veuve de son frère et se fait nommer tuteur conjoint avec sa femme, mère des enfants d’Austin.,, , • Tra.1 Wlss et Joseph Twiss vendent l’im- meub e de Laprairie au boulanger Jacques Villeneuve.Apparaît maintenant, un quatrième membre de la famille I wissyi se prénomme Russell et il épouse, à 1 American Presbyterian Church”, de Montréal je 5 novembre 1834 Permella Hall, de l’état du Connecticut.A Toseph"10"16 eS temoinS du marié sont ses frères, Ira et Les Twiss inscrivaient leur nom sur le cadran des ho.oges qu ils fabriquaient et l’on trouvait encore de ces distHcTde jj ?'°Ui m°inS h0n état’ vcrs 192°.dans le district de Montreal et dans celui des Trois-Rivières 10in T Une CtjC reproduite dans le Star du 5 février né il vjnP T” pIuS-des qUatre Wres susmention-es, d en aurait eu un cinquième, Benjamin.Lelui-ci et Ira retournèrent à Meriden après miel- nioiLTeeS-: i°SeP.h Ct Rllssen Tw!ss continuèrent à ex-1 11et leur industrie au Canada de 1832 à 1837.A cette deiniere fiat0, ces deux frères se séparent et Russell partit établir son atelier en cette partie du comté de Montcalm, qui devait devenir la paroisse St-Liguori (1848) — 455 — Russell serait décédé en 1851 et aurait été inhumé à Rawdon.Il a été dit que les Twiss ont été les premiers horlogers américains à ouvrir boutique au Canada.C'est possible, mais ils ne furent pas les premiers à vendre leurs produits en notre pays, car Riley Whiting de Winchester, Conn., qui fabriqua de 1808 à 1835, a laissé traces de ses oeuvres parmi nous.Un M.J.-N.Boulet, de Lachine, possédait une de ses horloges en 1931 et M.le curé G.-A.Fonrouge, de Chambly, en conserve une qui lui vient de ses grands parents.Dans chaque cas, le nom du fabricant est inscrit sur le cadran.Tout dernièrement, un vieil écossais nous disait que les horloges, grand format et à poids, tenaient mieux le temps que celles qui sont mues par ressort.En plus, il ajoutait: “ Songez au mouvement compassé du long balancier, il semblait répéter ce doux refrain: Take-your-time Take-your-time Take-your-time Aujourd’hui, le rythme de la vie est tout différent.Tout le monde est pressé, énervé, bondissant et le furibond tic-tac des pendules nous clament: Hurry-Hurry-Hurry ”, Téléphone, radio, gramophone, frigidaire, avions, automobiles, motocyclettes, nous enlèvent loisir et nonchalance; le bruit est dans les rues comme dans les nues, comme dans les maisons et en toute saison.Nous arrêterons ici, la transcription de nos notes.Peut-être aurons-nous l’occasion de dire encore un mot sur l’horlogerie du XIXc siècle et sur quelques artisans de langue française.E.-Z.Massicotte QUESTION M.G.-M.Fairchild qui a laissé une certaine réputation comme écrivain était-il né aux Etats-Unis du au Canada.Sir J.-M.Lemoine le classe parmi les Canadiens; je vois dans un autre ouvrage qu'il était né aux Etats-Unis.Amer. — 456 — la métropole du canada Dans le dernier numéro du Bulletin des Recherches Historiques (juillet 1936), 1 lion, juge Rivard pose aimablement la question de l’exactitude du terme “métropole du Canada” en marge de mon article sur la fondation de Montréal, et j’avoue que 1 autorité dont il jouit en linguistique m’a fait réflé-11”’ s"’ la valeur des expressions qu’on emploie couramment, sans v.porter attention, en écrivant au fil de la plume.Si l'on s'en tenait uniquement à l’étymologie du mot mé-tiopnlc ( meter, mère, et polis, ville) ou aux enseignements de ! histoire, il est évident que ce qualificatif ne pourrait s’ap-pli'iuu a Monti c al.On désignait sous le nom de “métropole” en.Grèce, a Lome et dans les autres pays européens, une ville qui «unit londé des colonies et les gardait sous sa suzeraineté.Or il est fini depuis longtemps le règne de ces villes puissantes qui dictaient la loi à leurs vassaux; ce sont les états et non les villes seules, qui possèdent encore des colonies, et même, «ivec 1 évolution des idées, peut-on prévoir aujourd’hui la duree plus ou moins longue de ce système?Le terme “métropole n «i donc plus sa raison d être dans cette acception.La “ ville-mère ” ou métropole de colonies étant disparue, on reporta, par analogie, ce titre à la capitale d’un pays, au siege de son gouvernement, de même que, dans les premiers siècles du christianisme, et principalement depuis le concile de Nicée, il fut attribué aux villes résidentielles des archevêques qui prirent, de ce fait, le nom de “métropolitains.Mais toute langue évolue avec les siècles; elle s’enrichit de mots qui font image et qui.une fois lancés par un auteur de marque, passent, dans le langage courant sans être autrement discutes.Alexis de Tocqueville écrivait que “les metropolis sont comme de vastes centres intellectuels où viennent resplendir et se combiner tous les rayons de l’esprit humain ” et I heophile Gauthier affirmait à son tour: “Aujourd’hui, pci sonne ne le conteste, Paris est la métropole de l’art.” Il est evident que ces écrivains n’entendaient pas dire en cela que j art et 1 intelligence étaient asservis «à Paris ou à toute autre metiopole dans le sens indiqué plus haut, mais qu’ils vou- 457 — laient tout simplement signaler l’importance de ces villes dans ces domaines.Ces citations établissent bien, crovons-nous, que le mot “métropole” s’est insensiblement étendu par l’usac/e à toute agglomération de première importance, à toute ville reconnue comme chef-lieu politique, intellectuel, artistique, commercial, ethnique ou financier.Dans notre siècle matérialiste, une “métropole” s’entend couramment de la ville principale d’un pays; on dit de New-York qu’elle est "la métropole commerciale des Ktats-Unis ” et de Montréal qu’elle est “la métropole du Canada,” tant à cause du chiffre de leur population que de l'importance de leur développement commercial et financier, de même qu’en histoire naturelle on donne le nom de “ métropoles ” aux foyers où les spécimens d’une même famille se rencontrent en plus grand nombre.Si cette expression ne répond plus à son étymologie de “ ville-mère” dans le sens qu’on lui donne aujourd’hui, il n y a pas lieu de s’en étonner outre mesure et ce cas n’est pas unique.Prenons, par exemple, le mot “ brouette’ qui s étendait à l’origine d’une petite voiture à deux roues et qu’on nommait, pour cette raison, “birouette ” ( bis deux, et rouet-tc, petite roue); par suite des perfectionnements apportés à ce véhicule pour le rendre plus léger et d’un maniement plus facile, il n’a plus qu’une roue aujourd’hui et.pourtant, l’usage lui a conservé l’appellation originaire qui signifie “ voiture à deux roues.” En matière de langue, le caprice fait souvent fi de l’étymologie.Montréal bénéficierait donc du titre de “métropole du Canada” par suite de l’évolution du langage et ce terme lui aurait été consacré par l’usage.C’est pourquoi J.-C.Lamothe employait cette expression en 1903 dans son Histoire de la Corporation de la Cité de Montréal en disant que “les travaux d’embellissement de cette ville en ont fait la métropole du Dominion,” et l’écrivain de talent qu’était Arthur Dan-sereau disait de son côté, dans la préface de ce volume: “ Un titre de métropole, c’est une couronne qui jamais ne cessera d’être enviable et glorieuse.” — 458 — Ces raisons suffiront-elles à convaincre un logicien, tel
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