Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1939, avril
LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL.XLV LÉVIS, AVRIL 1939 No 4 LE COLLÈGE CLASSIQUE DE SAINT-ROCH DE QUÉBEC M*r Joseph-Octave Plessis porta toujours un vif intérêt à l ’instruction de la jeunesse.Dès 1795, étant curé de Notre-Dame de Québec, il avait établi une école au faubourg de Saint-Jean-Baptiste et une autre dans celui de Saint-Roch.La population catholique de ce dernier quartier augmentant considérablement, Mgr Plessis décida d’y ériger une église dont on commença la construction en 1811 ; détruite dans un incendie, elle fut reconstruite immédiatement et ouverte au culte en 1818.On avait élevé à ses côtés, en 1813, un presbytère heureusement épargné par les flammes dans l’incendie de l’église.C’est dans ce presbytère que M«r Plessis ouvrit, au mois d’octobre 1818, un collège « où des jeunes gens, doués de talent et appelés à l’état ecclésiastique, pourraient à peu de frais commencer un cours d’étude qu’ils iraient terminer soit au séminaire de Québec, soit au collège de Nicolet.» (Abbé Ferland — Monseigneur Joseph-Octave Plessis.') Il en confia la direction à MM.Hyacinthe Hudon et Claude Gauvreau qu’il venait de nommer chapelains de l’église de Saint-Roch, et leur adjoignit deux ecclésiastiques comme régents.M.Hudon, ordonné à Québec, le 9 mars 1817, avait été successivement vicaire à Saint-Denis-de-Richelieu, desservant à Montmagny et vicaire à la cathédrale de Québec, avant d’être envoyé à Saint-Roch.Quant à M.Gauvreau, M«r Plessis avait dû avancer son ordination (18 octobre 1818) pour le placer à Saint-Roch.Au mois de juillet 1819, quelques jours avant son départ pour l’Europe, M«r Plessis, dans les instructions qu’il donne — 98 — à son coadjuteur, M*r Panet, relativement à l’administration du diocèse en son absence, lui dit entre autres choses, qu’il pourrait mettre entre les mains de M.Hudon une somme de cinquante louis, prise sur les componendes, pour aider « à l’entretien et à la nourriture des pauvres ecclésiastiques qui composent la communauté de S.Roch, auxquels les revenus provenans de l’église sont insuffisans.» Il ajoute : « Il ne faut pas déplacer les ecclésiastiques de l'Église de S.Roch, mais outre M.McGilligan présentement en philosophie à Nicolet, destiné à leur être adjoint, cette automne, M*r est prié d’y laisser celui qui aura servi comme suppléant pendant les vacances des autres, ou de le remplacer par tel autre que désirera M.Hudon, en sorte qu’il s’y trouve deux séminaristes de plus, alin d’admettre les enfans à un nouveau cours d’étude.» Ce M.McGilligan, tonsuré le 10 octobre 1819 par Mgr Panet, fut professeur de langue anglaise au collège de Saint-Roch, jusqu’en 1821, alors qu’il abandonna la carrière ecclésiastique.M*r Plessis continue : « M.Joseph Aubry, sera fait sous-diacre et diacre à Québec aussitôt après les vacances, puis placé à S.Roch sous les ordres de M.Hudon, pour y faire une ou deux conférences de théologie par semaine, avec permission de prêcher dans cette église et dans toutes celles de la ville.Rien n’empêchera de l’ordonner prêtre dans le cours de l’année pour demeurer à la même place.» De fait, M.Aubry, ordonné le 13 février 1820, remplaça, comme chapelain adjoint à Saint-Roch, M.Claude Gauvreau qui avait été appelé au séminaire pour y remplir les fonctions de secrétaire de Panet ; chargé, l’année suivante, de la desserte de la cure de Sainte-Anne-de-la-Pérade, M.Gau-vreau se tua instantanément en tombant du haut d’une échelle lorsqu’il ornait l’autel de son église.En même temps qu’il assistait M.Hudon dans l’exercice du saint ministère à Saint-Roch, M.Aubry enseignait la théologie aux ecclésiastiques régents et professeurs au collège.Ces ecclésiastiques étaient MM.Charles-François Baillar-geon plus tard archevêque de Québec ; Philippe Angers qui décéda à Saint-Joseph-de-Lévis, en 1838 ; Jean-François-Xavier Baillairgé, professeur au séminaire de Québec, de 1827 à 1848, et économe au même endroit, de 1848 à 1880 ; Narcisse-Charles Fortier, secrétaire de MKr Panet, après M.Gauvreau, et ancien curé de Saint-Michel-de-Bellechasse. — 99 — M.Aubry devint en 1823 chapelain en titre de l’église de Saint-Roch, avec M.Baillargeon comme assistant ; il remplaçait M.Hudon nommé curé d'Arichat dans l’île du Cap-Breton.L année suivante, M.Aubry, quittait Saint-Roch pour enseigner la théologie au séminaire de Québec, charge qu il occupa jusqu en 1854- Il mourut professeur au séminaire de Sainte-Thérèse, le 28 mai 1873.M.Baillargeon fut nommé chapelain de Saint-Roch Va rfPart ^5 ^ Aubry.On lui donna comme assistant M.Hugh Paisley, dont la principale fonction fut d’enseigner la langue anglaise au collège.M.Baillargeon était encore chapelain de 1 église de Saint-Roch lors du décès de MIr Plessis, le 5 décembre 1825, mais au mois de septembre 1826, il fut nommé curé à Saint-François, île d’Orléans.En lui confiant la desserte de cette paroisse, M*r Panet lui écrivait : « Il est bien raisonnable, après les services que vous avez rendus pendant plusieurs années au nouvel etablissement de Saint-Roch, qu on vous accorde un lieu de repos où vous puissiez vous remettre de vos fatigues.Je profiterai de cette occasion pour vous dire par écrit ce que je vous ai dit de vive voix, combien je suis content de la manière dont vous avez conduit la maison qui vous a été confiée, regrettant de vous voir partir de cette ville.» M.Baillargeon, en effet, avait passé huit ans à Saint-Roch, quatre ans comme séminariste et professeur au collège, et près de quatre ans comme chapelain et directeur du collège.U méritait les éloges que lui décernait Mir Panet.Il semble bien que le collège de Saint-Roch termina son existence lors du départ de M.Baillargeon.Dans tous les cas, il ne paraît pas que M*r Panet l’ait maintenu au delà du printemps de 1827.Il lui fallait dans le moment aider le séminaire de Nicolet, celui de Saint-Hyacinthe et le collège naissant de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.Le collège de Saint-Roch, situé au milieu d une population pauvre et encore peu nombreuse, dans le voisinage immédiat du séminaire de Québec, ne pouvait se soutenir par lui-même, et M*r Panet ne pouvait le secourir.Il le laissa mourir de sa belle mort.Parmi les élèves les plus marquants qui y commencèrent leurs études classiques, on mentionne MM.Ferdinand Gau-vreau, premier curé de Saint-Sylvestre, puis de Memramcook, fondateur de l’hospice des lépreux, à Tracadie, en 1868, 100 enfin curé de Saint-Flavien où il décéda en 1875 ; Thomas-Benjamin Pelletier, préfet des études au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, de 1838 à 1848, et premier directeur du collège Masson, à Terrebonne ; M«r Charles-Félix Cazeau, secrétaire à l’archevêché de Québec, de 1830 à 1850, et vicaire général du diocèse, de 1850 à 1881.Outre le manque de ressources pour soutenir un pareil établissement, le cours d’étude qu’on y suivait ne pouvait convenir à tous les élèves.M.Ferlant! en fait la remarque dans sa biographie de M*r Plessis.« L’Évêque, dit-il, avait tracé lui-même le plan d'études qui tendait à abréger la longueur du cours ordinaire.Au bout de trois ans, les élèves devaient savoir le latin, l’anglais, les mathématiques, et avoir des connaissances fort étetldues dans la géographie et 1 histoire.Ce plan avait l’avantage défaire terminer le cours d étude en six années ; il réussit pour les élèves studieux et doués de bons talents ; mais, pour les jeunes gens d une capacité ordinaire, il n’eut pas le succès qu'en attendait son auteur.Possédant une merveilleuse facilité, il oubliait que la plupart des hommes n arrivent à la science que par un travail long et pénible.Cependant, pendant les dix ou onze ans que ce collège fut en opération, il fournit un bon nombre d élèves qui terminèrent avec succès leurs études dans d autres maisons, et honorèrent ainsi le petit collège où ils avaient reçu leurs premières leçons dans les lettres et les sciences.» L’abbé Ivanhoë Caron LA FAMILLE DE MICHEL BIBAUD Les historiens Bibaud et Garneau étaient originaires, par leurs ancêtres, de la même paroisse, en la ville de La Rochelle, et l'inoubliable Benjamin Suite exultait d’avoir eu le plaisir de constater ce fait singulier.Comme le colon Bibaud vécut dans la région trifluvienne, en la première partie de sa vie au Canada, on imagine bien que M.Suite ne négligea pas de rassembler tout ce qui concernait le Bibaud de la première génération, et il a publié ses copieuses notes dans le Monde illustré de 1896 et dans le Pays laurentien de 1916. 101 — I Le colon François Bibaud, immigra au Canada, à l'été de 1666, âgé de 25 ans.Après avoir travaillé au Cap-de-la-Madeleine, il connut des voyageurs en partance pour l’Ouest, et les accompagna.C’est ainsi qu’il se trouva présent, le 14 juin 1671, au Sault-Sainte-Marie, à la cérémonie de prise de possession, au nom du roi de France, d une large partie centrale de l'Amérique du Nord.Le 17 août suivant, François Bibaud était de retour à Québec et il épousait une canadienne de naissance, Jeanne Chalifoux, âgée de 17 ans.De cette union une fille naquit en 1674, à Bécancour.Dame Bibaud mourut avant 1681.L année suivante, le 17 novembre 1682, François Bibaud, domicilié à la rivière Nicolet, convolait cette fois, avec une petite française, Louise Esnard,âgée de 15 ans qui lui donna des rejetons dont proviennent ses descendants et notamment le suivant : II FRANÇOIS — Baptisé à S.-François-du-Lac, le 7 mars 1689, il épousa Angélique Bourdon, à Boucherville, le 14 août 1719- III — ANTOINE — Fils de François II, il naquit le 5 septembre 1722.Venu demeurer en 1 île de Montréal, il fit bénir son union à Saint-Laurent de Montréal avec Madeleine Sorieul.Antoine demeura au Sault-au-Récollet, puis à Saint-Laurent et présenta douze enfants au baptême, entre autres : IV MICHEL-ANGE — Agé de 26 ans, il épousa à Notre-Dame de Montréal, le 18 août 1777, Cécile-Clémence Frêne, âgée de 17 ans.Ce Michel-Ange Bibaud, écoula sa vie en s’adonnant au jardinage à la Côte-des-Neiges.C’est là que naquirent ses neuf enfants ; c’est là aussi que décéda sa femme le 8 octobre 1821 et que lui-même s’éteignit le 17 novembre 1825.Son acte de sépulture lui accorde 76 ans et 10 mois, alors qu'il ne devait en avoir que 74, car il ne peut être né qu'en janvier ou février 1749.Ce « chevalier du sol » fut père de Michel Bibaud, notre premier historien, et de Pierre Bibaud, le premier de la famille admis au barreau.Pour cette fois, nous nous bornons, à la lignée de l'historien.V — MICHEL — Né le 19 janvier 1782, à la Côte-desNeiges, partie de la paroisse de Montréal, il fut baptisé le lendemain à Notre-Dame et c’est ce qui a induit quelques 102 biographes à adopter le 20 janvier comme la date de naissance de celui qui devait se tailler une place honorable dans les annales des lettres et des sciences, au Canada.Très pauvre, Michel Bibaud, avec mille peines, réussit cependant à acquérir des connaissances très variées, puis il se livra à l’enseignement, à la traduction, au journalisme, à l'histoire, même à la poésie.A 30 ans d âge, le 11 mai 1813, il épousa Elisabeth, hile de feu Joseph Delisle, maître tonnelier, et de Marie-Anne Boilevin qui lui donna neuf enfants.Voici l'ordre dans lequel les naissances sont enregistrées.^ Elisabeth, b.13 juin 1813 — Angélique, b.18 juillet 1815 Michel-Charles, b.23 octobre 1816 — Pierre-Léopold, b.8 janvier 1818 — Jean-Gaspard, b.26 mai 1820 — AW-guerite-Cecile, b.25 novembre 1821 — François-Maximilien, b.26 novembre 1823 — Angélique-Hélène, b.23 juin 1825 et Charles-Edmond, b.24 avril 1828.Aux actes de baptême, Michel Bibaud est qualifié de " maître de langue », parfois de « littérateur »._ Ce distingué compatriote mourut septuagénaire le 3 août 1867, et sa femme le 13 mars 1868.Celle-ci était alors octogénaire et l'acte de sa sépulture n'a pas été facile à i epérei, car cette vénérable compagne d une de nos gloires nationales a été inhumée sous le nom de Belisle au lieu de Delisle.Sur deux de leurs enfants, c'est-à-dire sur le docteur Jean-Gaspard Bibaud et sur le professeur Maximilien Bibaud, nous aurons peut-être 1 occasion de faire connaître quelques-unes des notes que nous avons recueillies.E.-Z.Massicotte.GUERRES DES IROQUOIS CONTRE LES MONTAGNAIS Les massacres des premiers colons de la Nouvelle-France la destruction de la nation huronne, sont des faits connus.Mais les Iroquois se sont-ils contentés de porter la guerre chez les Hurons et les Français ?N'ont-ils pas aussi guerroyé contre les lointains Montagnais du Saguenay? 103 La solution de cette question intéresse avant tout notre histoire régionale, niais aussi, croyons-nous, lhistoire générale.En utilisant les données de la tradition de nos Indiens montagnais et les documents conservés aux Archives de la Société Historique du Saguenay, nous voulons essayer de donner à ce problème une réponse aussi complète que possible.LA TRADITION Plusieurs noms géographiques de notre région rappellent les incursions des Iroquois au Saguenay.Ainsi à Saint-Prime, au Lac-Saint-Jean, passe une petite rivière qui porte le nom de rivière des Iroquois.Aux sources de la rivière Shipshaw et de la rivière des Betsiamits, il y a un lac des Iroquois.Dans la meme region on trouve encore une montagne des Iroquois.Or voici comment les Indiens montagnais expliquent 1 origine de ces noms : « Autrefois, dit Thomas Kurtness de la Pointe-Bleue, en premier de tout, le Saguenay appartenait aux Iroquois.Les Montagnais les ont attaqués.Ils ont gagné la guerre et les ont chassés d'ici (Lac-Saint-Jean).» (Mémoires de vieillards, No 152 ; Collection de la S.H.S.) Monsieur Elisée Boudreau, de Chicoutimi, qui, dans sa jeunesse, a passé plus de sept années avec les Indiens, rapporte qu il les entendit parler souvent des guerres entre Iroquois et Montagnais.« Il n y a pas de doute là-dessus, afhrme-t-il, que les Iroquois sont venus faire la guerre ici : les Sauvages le disaient tous.Les Iroquois arrivaient au lac Saint-Jean par la rivière des Iroquois, celle qui passe à côté du village de Saint-Prime.Ce n est pas la rivière à l'Ours que les Iroquois ont suivie et où ils se sont battus, mais bien celle de Saint-Prime.C est par là que nous arrivions nous aussi quand nous descendions de la chasse : c’était le chemin ».(Mémoires, No 173).Dans une entrevue du 23 décembre 1938 avec M.Romuald Moreau, un métis qui habite la lointaine région des sources de la rivière Shipshaw et la rivière Betsiamits, notre interlocuteur nous a raconté ce qui suit : « Le lac de la Bataille, là où les Iroquois ont eu une bataille avec les Montagnais, c’est le lac Pipmaukin.Ce n’est pas le lac qu’on 104 appelle le lac des Iroquois.Le mot Pipmaukin veut dire « tire ! » Voyez-vous ; vous êtes là ; il y a un gibier, un orignal.Je dis : « Tire ! )) Pipmaukin !.La bataille n'a pas été un grand combat.Les Iroquois n’avaient que des flèches ; les Indiens d’ici avaient des fusils.Au lac Pipmaukin il y a une grande pointe et à côté une grande baie qui a 25 milles de profondeur.Les Iroquois arrivaient, se cachaient et surveillaient la boucane pour voir où les Indiens étaient campés.Ils disaient : « On va venir pendant la nuit les surprendre et enlever leurs pelle-tries ».Mais les Indiens se doutaient de leur présence.Vers le bout de la pointe, il y a une batture de sable et une île.Les Montagnais font un feu de campement sur la batture et se cachent dans 1 île pour guetter les Iroquois qui vont venir sur le feu.Quand les Iroquois arrivèrent, le feu les fit voir et nos gens tirèrent sur eux.Les nôtres les tuèrent presque tous.C’est de même qu'on disait que les choses s’étaient passées.Il y a bien longtemps, bien longtemps de cela .Le lac aux Iroquois, on l’appelle ainsi parce que une fois un chasseur Montagnais se trouvait là.Les Iroquois venaient par bandes et rodaient pour voler les pelletries.Ils arrivèrent une bande là et trouvèrent une femme avec un enfant de deux ans : — Où es ton mari ?— A la chasse.Oui !.Tu vas venir avec nous autres .— Non .Les Iroquois l'attachent et l’emmènent.Le chef commande 1 un des siens, qui pique un bois dans le corps de 1 enfant et le plante dans la terre avec le petit au bout pour que son pere le trouve là en arrivant.Us partirent avec la femme.Le pere a trouvé l’enfant.» (Mémoires No 251).D après M.J.-A.Burgesse, ancien commis au poste de a Hudson s Bay a la Pointe-Bleu, il n’y a pas de plus grande insulte pour un Montagnais que de s’entendre dire qu’il est un Iroquois !.1 U est donc certain, d après la tradition, que les Iroquois sont venus guerroyer au Saguenay.Voyons maintenant ce qu en disent les témoignages écrits. — 105 — LES DOCUMENTS Dans une intéressante étude archéologique publiée dans le Cahier des Dix (Vol.I), Monsieur Beaugrand-Champagne a démontré que, dans la période qui s’est écoulée entre la découverte du Canada (1534) et l'arrivée de M.de Champlain (1603), les Algonquins et les Montagnais, aidés des Hurons, réussirent à chasser les Iroquois des rives du Saint-Laurent et à les refouler jusqu au sud des Grands Lacs, Les Iroquois, dans l’espoir de venger leurs défaites, ne tardèrent pas à s allier aux Hollandais qui leur fournirent des arquebuses et de la poudre.D’un autre côté, on connaît l'empressement des Algonquins et des Hurons à lier amitié avec M.de Champlain.Les Montagnais furent les premiers à passer un traité d’alliance avec le futur fondateur de Québec, dès son voyage de 1603.Samuel de Champlain, dans la Relation de son voyage de 1603, rapportant le discours d’un sauvage amené en France 1 année précédente (discours prononcé devant une centaine de Montagnais assemblés sur la Pointe-Aux-Allouettes), écrit ce qui suit : « L’un des Sauvages que nous avions amenés commença à faire sa harangue, de la bonne réception que leur avait faite le Roi, et le bon traitement qu’ils avaient reçu en France, et qu’ils s'assurassent que sa dite Majesté leur voulait du bien et désirait peupler leur terre, et faire la paix avec leurs ennemis qui sont les Iroquois, ou leur envoyer des forces pour les vaincre.Il fut entendu avec un si grand silence qu il ne se peut dire de plus.» (Œuvres de Champlain, Vol.I, p.XVII).Plus loin, Champlain, note une victoire remportée par les Montagnais sur les Iroquois.« Arrivant à Tadoussac, écrit-il, nous trouvâmes les Sauvages que nous avions rencontrés à la rivière des Iroquois, qui avaient fait rencontre au premier lac de trois canots iroquois lesquels se battirent contre dix autres montagnais et apportèrent les têtes des Iroquois à Tadoussac ; il n'y eut qu’un Montagnais de blessé au bras d'un coup de flèche ».(Œuvres, Vol.I, p.56).On lit dans l'Histoire de la Compagnie de Jésus, rédigée en latin par le Père Joseph Jouvency un fait d’armes qui rappelle le célèbre combat des Horace et des Curiace.Quelques années avant 1610, deux bandes d'Iroquois et de Montagnais allaient livrer bataille, quand, au moment de prendre posi- — 106 — tion pour le combat, un des belligérents Iroquois sortit des rangs et proposa à ses ennemis de régler l’affaire par un combat singulier.La proposition fut acceptée et un chef Mon-tagnais releva le défi .Le Montagnais par d’habiles manœuvres et avec une adresse et un courage extraordinaires parvint à terrasser son ennemi.Il lui lia les membres puis le chargea sur ses épaules et l’emporta vers les siens.Les Iroquois, vaincus, prirent la fuite et les Montagnais, vainqueurs, livrèrent à la torture le malheureux prisonnier .(Relations des Jésuites, Thwaites, Vol.I, p.269).Tous les ans, jusqu’en 1660, les chefs montagnais avec leurs plus braves guerriers vont aider les Algonquins et les Français à repousser la sanglante invasion iroquoise.Mais « les Sauvages Irocois qui ont fait depuis une guerre très cruelle à toutes les nations de ces contrées n’avaient point encore osé venir si avant dans les limites du dit Ta-doussac ».(Aubert de la Chesnaye à Colbert .Archives Fédérales Cil A 7 Fol.277).C’est au printemps de l’année 1661 qu'on voit pour la première fois les Iroquois au pays des Montagnais.¦ A Québec, cette année-là, fut organisée au cours de 1 hiver une grande expédition pour découvrir par voie de terre la fameuse Mer du Nord (Baie d’Hudson).Le principal objectif était de conclure un traité de commerce avec les nombreuses nations qui s’y trouvaient.Les gouverneurs de Québec et des Trois-Rivières avaient eux-mêmes préparé cet important voyage.Ils avaient fait appel aux « coureurs des bois » les plus expérimentés : Deny s Guyon, Guillaume Couture, célèbre interprète, François Pelletier et Couillard Despré.Deux Pères Jésuites, Gabriel Druillet et Claude Dablon avaient accepté avec empressement d accompagner les voyageurs, heureux de découvrir de nouveaux peuples à évangéliser.Les Gouverneurs, en outre, engagèrent plus de deux cents sauvages des environs de Québec et confièrent le commandement de l’expédition au fils du gouverneur des Trois-Rivières, M de la Vaincre.Mais quelle route fallait-il prendre?Les Iroquois pour lors mettaient tout à feu et à sang dans la colonie infestaient toutes les rivières et guettaient les grands portâtes U n y en avait qu une seule qu'ils ne connaissaient pas et « qu on jugeait inaccessible à ces pirates », écrit le Père — 107 — Druillet.C était celle de la rivière Saguenay, lac Saint-Jean, rivière Ashouapmouchouan, etc .' Voilà pourquoi le 2 juin 1661, une flottille de 40 canots portant 200 voyageurs s'engageait dans le Saguenay, en route vers la Mer du Nord.Les Iroquois eurent-ils connaissance de leur départ ?Avaient-ils résolu de les suivre pour les massacrer ?Nous n'en savons rien.Ce qui est certain, c’est que le 6 juin, lendemain de la Pentecôte, un parti de 80 Iroquois attaquaient à l’improviste les français et les sauvages forcés d'abandonner l'expédition et de demeurer à Tadoussac à cause de la maladie.Trois français furent tués, un autre, Thomas Michel, fut blessé à mort tandis que les autres se sauvaient dans les bois d’alentour.Durant 1 nuit, tous réussirent à quitter Tadoussac à la faveur des ténèbres et naviguèrent en toute hâte vers Québec pour échapper au massacre.L’annaliste du Journal des Jésuites qui note ces faits se demande avec émotion si les Iroquois (' n’ont pas poursuivi ceux qui ont monté dans le Saguenay ».(Journal des Jésuites, p.296).On sait qu’effectivement les Iroquois n’osèrent s’engager sur la redoutable rivière qu’ils ne connaissaient pas, mais revinrent vers Québec jetant la terreur dans les populations qui habitaient la côte Beaupré et l’ile d’Orléans.Mais revenons à nos voyageurs.Il est vrai qu’ils n’avaient pas été poursuivis, cependant un autre parti d’iro-quois, montés par le Saint-Maurice, les avaient devancés et les attendaient au lac Saint-Jean.« Ce n’est pas tout, écrit le Père Druillet, nous les avons eus (les Iroquois) comme dans notre sein et au milieu de nous.Cent quatre-vingts de ces écumeurs nous dressèrent des embûches dans le Lac-Saint-Jean, où nous sommes restés assez longtemps pour visiter et consoler les restes d’une Église désolée; ne nous ayant point rencontrés, ils changèrent de route.S’ils nous eussent suivis et aperçus, ils nous pouvaient très aisément défaire, nous prenant ou bien lorsque nous étions à combattre les bouillons d’eau ou bien au milieu de quelque portage lorsque chacun allant et venant chargé de canot ou de paquets sans armes et sans défense .(Relation, 1661, Tbwaltes, V.46, p.286.) Lorsque les voyageurs furent rendus aux environs du lac Nekoubau, ils s’aperçurent que là encore ils avaient été devancés.On leur apprit que les Iroquois avaient exterminé 108 la nation des Écureuils et qu’eux-mêmes s'exposaient grandement s’ils s’obstinaient à poursuivre leur voyage.Cette triste nouvelle jeta l’effroi dans les rangs des Sauvages qui immédiatement décidèrent de retourner sur leurs pas.« Nous nous trouvâmes pareillement obligés, écrivent les Pères, de leur tenir compagnie, regrettant le tort que font les Iroquois à la Foi en empêchant la publication et retardant le cours de l’Évangile.» (Relation, p.290).Ainsi firent-ils échouer cette grande expédition de laquelle on attendait les plus heureux résultats.Voulant venger une défaite qu'ils avaient essuyée aux mains des Montagnais au printemps de l’année 1663, les Iroquois, au printemps suivant, partirent de leur pays au nombre de 100 guerriers divisés en trois groupes et envahirent le pays du Saguenay.Une trentaine de ces terribles guerriers vinrent attaquer un groupe de Montagnais qui s’étaient « renfermés dans une palissade de pieux, avec leurs femmes et leurs enfants », sur les bords de la rivière des Iroquois, qui se jette au lac Saint-Jean, près du village de Saint-Prime.La résistance fut opiniâtre.Or un jour un jeune chasseur, étant sorti du fort, découvrit les pistes des ennemis.Il revint promptement donner l'alarme à ses compagnons.Quatorze des plus braves sortirent de leurs retranchements pour opérer une reconnaissance.Les Iroquois étant de beaucoup plus nombreux, ils les cernèrent bientôt de tous côtés, en tuèrent quatre et firent plusieurs prisonniers.Comme les Montagnais s’étaient défendus avec grand courage, les Iroquois n'osèrent attaquer le fort et disparurent avec leurs prisonniers.Suivant leur cruelle habitude, ils commencèrent de les torturer, la nuit suivante.Cependant un des prisonniers réussit à rompre ses liens et retourna vers la « palissade où ses compagnons n’osaient sortir par crainte de l’ennemi ».Il leur adresse un vibrant discours et leur promet une terrible revanche, s’ils veulent le suivre.Enflammés par ces belliqueuses paroles, les guerriers montagnais s’élancent à la poursuite des Iroquois, bien décidés cette fois de combattre jusqu’à la mort.Ils rejoignirent leurs ennemis aux bords du lac Saint-Jean ou « ils s étaient assez fortement cabanés ».On attaque le lendemain dès le point du jour.« Ce fut pour lors que ces bons chrétiens ayant fait 109 leur prière pour commencer par là le combat, se ruèrent sur les Iroquois et forcèrent leur palissade avec tant de succès que dix-huit y demeurèrent sur place ; deux femmes furent faites prisonnières, et trois de leur compagnons qui étaient tombés entre les mains de l’ennemi furent heureusement délivrés .« Tous les Iroquois furent tués ou blessés, à la réserve d un seul qui, ayant pris la fuite dès le commencement de l’attaque sembla n’être resté que pour aller porter la nouvelle de leur défaite dans le pays des Iroquois ».(Relations, Thwaites, V.50, p.36).Qu'advint-il de l'autre parti d'une trentaine d’Iroquois, qui en cette année 1664 porta la terreur chez les Mistassins, à Nemiskau sur la rivière Rupert ?Le Père Charles Albanel, qui descendit la Rupert dans son célèbre voyage à la Baie d’Hudson en 1671, a noté dans sa Relation ce qui suit : « On y voit encore (à Nemiskau) les tristes monuments du lieu de leur demeure (les Mistassins) et les vestiges sur une île de roches d 'un grand fort fait de gros arbres, par l'Iroquois, d’où il gardait toutes les avenues et où il a fait souvent des meurtres ; il y a sept ans (1664) qu’il y tua ou amena en captivité quatre-vingt personnes, ce qui fut cause que tout ce lieu fut entièrement abandonné, les originaires s’en étant écartés.» (Relations, Thivaitcs V.56, p.182).Ainsi durant une période d’une vingtaine d’années, les ravages causés par les incursions iroquoises détruisirent presque complètement la nation montagnaise.Ce qui eut pour effet de ruiner le grand commerce des fourrures au Saguenay.Les chasseurs dans la crainte de rencontrer leurs ennemis cessèrent de descendre leurs pelletries au poste de Tadoussac.Ils se dirigèrent plutôt vers la Baie d'Hudson pour aller commercer avec les Anglais qui depuis 1670 y avaient établi des postes de traite.Charles Aubert de la Chesnaye dans son Mémoire adressé à Colbert en 1683 écrivait : « Ce fut dans ces temps que les Iroquois, ayant poussé tous leurs voisins entrèrent dans le Saguenay et dans la profondeur des terres où ils ont massacré la plupart des sauvages Montagnais, leurs femmes et leurs enfants, très souvent dans Tadoussac même, les Français qui y étaient pour faire la traite.» « Un si grand désordre a jeté les dits sauvages dans des craintes continuelles, les a empêché de faire leur chasse : 110 ce qui leur a produit la famine et la mort de quasi tous ».(Archives canadiennes, Cil A 7 fol.278).Les autorités du pays essayèrent de réparer les désastres causés par la désorganisation du grand commerce des fourrures .C’est dans ce but que l'intendant Talon tenta de nouveau la découverte de cette fameuse Mer du Nord où les Anglais, installés en maîtres opéraient un commerce-ruineux pour la Colonie.11 fit appel, au printemps de 1671 à Paul Denis de Saint Simon et au Père Charles Albanel, Jésuite.Ces deux intrépides voyageurs réussirent l'extraordinaire entreprise de découvrir la Baie d’Hudson par voie de terre.Ils prirent officiellement possession, au nom du Roi de France des contrées qui la bordent.Ils rencontrèrent dans leur célèbre voyage un bon nombre de Montagnais auxquels le Père Charles Albanel adressa de magnifiques discours.« En qualité de votre ami, de votre allié, de votre parent, leur dit-il, ce présent est une natte pour couvrir les fosses de vos morts qui ont été tués par l’Iroquois, votre ennemi ; et à vous qui avez échappé leurs feux et leurs cruautés, il vous dit que vous vivrez a 1 avenir.Onontio, (le Gouverneur) lui a ôté des mains la hache de guerre.Votre pays était mort, il l a fait revivre : pêchez, chassez et trafiquez partout, sans crainte d’être découverts de vos ennemis, ni par le bruit de 'os amies, ni par 1 odeur du tabac, ni par la fumée de vos feux.La paix est generale partout !.» (Relations Thwaites, V.56, p.174).Ce voyage eut d’heureux résultats.Une bonne partie ucs chasseurs Montagnais reprirent leur « ancien chemin » du lac Saint-Jean ; et les deux postes de Chicoutimi et de Métabetchouan connurent des jours prospères.La traite des fourrures redevint payante et la propagation de l’Évangile, florissante.Lorenzo Angers, ptre. LA MÈRE MALLET, DES SŒURS DE LA CHARITÉ La Mère Marguerite d’Youville est incontestablement la fondatrice des Sœurs Grises ou Sœurs de la Charité.Elle seule pouvait léguer à sa congrégation l'admirable esprit de charité dont Dieu 1 avait iavorisée.Cette qualité surnaturelle, Dieu a voulu qu elle se transmette de génération en génération chez les Sœurs de la Charité, et la Mère Marie-Anne-Marcelle Mallet, fondatrice de l'Hospice des Sœurs de la Charité de Québec, l'avait reçue à un haut degré.Elle possédait aussi, disons-le hautement, les qualités ou les dons de ceux ou celles qui sont appelés à commander : la bonté, la fermeté, 1 esprit de suite, la largeur de vues, la patience.Issue d'une respectable famille de la Côte-des-Nciges, près de Montréal, la Mère Mallet n’avait que quatre ans à la mort de son père.A douze ans, elle alla demeurer à Lachine chez une tante paternelle qui en prit grand soin.C'est à seize ans qu'elle se décida à entrer chez les Sœurs Grises.Au bout de trois ans, elle était admise au noviciat et elle fit profession à l'âge de vingt-et-un ans.La Mère Mallet avait quarante-cinq ans d age lorsqu'elle fut choisie pour la fondation de Québec, en 1849.Dans ses vingt-trois ans dévié religieuse, elle avait rempli presque toutes les charges de sa communauté, y compris celle d'assistante de la supérieure.Elle arrivait donc à Québec avec une bonne expérience et sa fondation en prolita.Dès 1849, plusieurs novices entraient chez les Sœurs de la Charité de Québec et depuis, chaque année, le nombre des appelées n’a cessé d’augmenter.La Providence voit au recrutement des Sœurs de la Charité.Les œuvres qu'on leur confie sont si nombreuses et si importantes ! La Mère Mallet dirigea les Sœurs de la Charité de Québec de 1849 à 1866.D'elle, on peut dire qu elle fut la fondatrice des Sœurs de la Charité de Québec.La Mère Marguerite d'Youville avait donné son esprit à ses filles de Québec ; la Mère Mallet avec son admirable formation a intensifié si possible parmi ses filles l’esprit de piété et de sacrifice de la grande fondatrice.Pourrions-nous énumérer ici toutes les œuvres fondées par la Mère Mallet ou dues à son initiative ?La liste en serait trop longue.Après avoir été supérieure générale de sa communauté pendant dix-sept ans, la Mère Mallet, avec une vertu admirable, une humilité touchante, 112 rentra dans les rangs, se pliant au joug de l’obéissance, s’employant à tous les offices que ses Sœurs voulaient bien lui confier.Dans l’église de Dieu, ceux ou celles qui ont su commander savent également obéir.La bonne Mère Mallet décéda le 9 avril 1871, dans sa soixante-septième année d’âge et sa quarante-septième année de religion.« Mère par le cœur, la fondatrice l’avait été aussi dans ses paroles, dans ses regards, dans ses actes.Elle l’avait été pour les orphelins, les pauvres, les infirmes ».SERAIT-CE « LE PETIT NAVIRE » DE LA CHANSON ?Il y a dans les Relations des Jésuites le récit d’un fait rapporté comme vrai et qui n’est pas sans ressemblance avec la célèbre chanson : « Il était un petit navire.» En serait- ce la source ?Aux connaisseurs de prononcer.Pour nous, nous croyons utile et intéressant de publier ici ce texte.Le contexte du récit : Le fait se trouve rapporté dans le chapitre, ajouté à Paris, à la seconde édition de la Relation de 1649- Celle-ci consacrée entièrement à la vie, aux souffrances et à la mort des saints martyrs de la Huronie, s’enleva, semble-t-il, rapidement.Il fallut réimprimer.Or, dans l’intervalle, on avait reçu du Canada une autre lettre sur le même sujet et qu’on jugea bon de publier sans retard.Après cette lettre, l'auteur parisien de ce chapitre ajoute : « Puis que nous avons inséré le fragment d’une lettre dans cette seconde édition, je croy qu’il ne sera pas mal à propos d'ajoustcr un trait fort remarquable, ou plustost un miracle de la divine Providence, sur l’équipage d’un Vaisseau, qui estoit party ce Printemps dernier pour aller en la Nouvelle France.(1).» Le récit (2) : « Ce vaiseau voguant en pleine mer, assez proche du grand banc, où on pesche les moulues, son grand mats rompit sa carlingue, ou en sortit, et transperça le fond du Navire, en sorte que les eaux y entrèrent en grande abon- i ^ Thvvaites a raison, croyons-nous, d'identifier ce navire avec celui que mentionne le «Journal des Jésuites », dernière entrée du mois d'août 1649 : « le navire le Nocuf parti de 4000CnU» m0yS de marS’ n’CSUnt irrivé- '* fm ccnsé Pcrdu i nous y pcrdismcs la ’valeur (2) Nous soulignons les passages qui offrent une plus grande ressemblance dans le récit et dans la chanson, quoiqu ils ne soient pas toujours disposés dans le même ordre. — 113 — dance.L équipage composé d'environ trente-sept personnes s’efforce d arrester cette source : Les uns tirent à la pompe, les autres puisent avec des seaux.Quelques-uns jettent les canons et la charge du Navire en la mer : mais ils ne peuvent avec tous leurs efforts épuiser ce torrent qui abyma le Navire en peu de temps.Comme ils avoient dfessein de faire pes-cherie, ils avoient embarqué trois Chalouppes, dans lesquelles ils se jetterent, sans avoir le moyen d'embarquer aucuns vivres avec eux ; on nous a rapporté qu'ils n’avoient sauvé qu un peu d’eau de vie.Les voila donc sans biscuit et sans eau douce, dans trois petits batteaux flottants à la mercy des vents et des ondes, qui venoient d’engloutir leur Navire.L une de ces trois Chalouppes s’écarta des deux autres dans une nuit, ou dans quelque tempeste ; nous ne sçavons pas encore ce qu elle est devenue.Les deux autres ayant recours aux vaux et aux prières, s'adressent à la tres-saincte Vierge, comme au rejuge ordinaire des pauvres abandonnez.• Us voguèrent treize jours sur ces abymes d’eaux, et firent environ trois cent quarante lieues sans manger et sans boire, sinon une petite goutte d’eau de vie ; quelques-uns disent, que souvent ils se contenaient de tremper un baston dans cette liqueur, et qu'ils le sucçoient deux fois le jour pour toute nourriture.Je ne sçay lequel des deux est plus estonnant, ou qu’ils aient vescu si long-temps sans manger, ou qu’ils soient demeurés tant de jours sans périr au beau milieu de l'Océan.Comme ils se sentoient affoiblir, ils parlèrent de tirer au sort, pour voir qui d'eux serviroit d'aliment aux autres.L’un d’eux assez gros et assez replet, leur dit, Ne tentez point le hasard, je n en voy point dans la trouppe qui vous puisse mieux nourrir que moy.Sur ces entrefaites parut une tortue de mer auprès de leurs Chalouppes, ils s’en saisissent, et l’ayant embarquée ils en succèrent le sang qui les soutint quelciue peu de temps.La vigueur qu’ils avoient tirée de ce froid aliment, estant passée, ils parlèrent derechef de tirer au sort à qui seroit mangé des autres.Enfin, le sort tomba sur ce bon gros garçon qui s es toit présenté ; Hé bien, leur dit-il, ne vous disoy-je pas bien que Dieu vouloit que vous me mangeassiez ?Voilà donc la victime toute preste : mais comme les François ne sont pas des Sauvages, l’horreur de manger de la chair humaine, et encore toute crue (car il est bien croyable qu’ils n'avoient ny bois ny foier) fit que l'un d'eux monta sur le haut du mats pour jetter sa veue le plus loing qu’il pourroit sur la mer, de J14 bonne fortune il apperceut un Vaisseau, il s’écrit.Navire, Navire, je voy un Navire.A cette parole tout le monde commence à revivre ; ils tirent droit à ce Vaisseau qui fut bien estonné voyant tant de monde.Ils se jettent à genoux, prians qu'on leur sauvât la vie.C’estoient des Anglois’ qui au commencement firent difficulté de les recevoir, disans qu ils n avoient pas assez de vivres pour tant de personnes.Ils les supplient à mains jointes de leur donner seulement tous les jours le gros d’un pouce de biscuit pour les empescher de mourir.Quelques femmes Angloises qui se trouvèrent dans ce Vaisseau, se jettèrent aux pieds de leurs maris, les conjurans d avoir pitié de ces pauvres naufragans, s’offrant inesmc de jeusner une partie du temps en leur considération.Les hommes fléchis par la tendresse de ces bonnes femmes, les receurent ; Et pour premier mets, ils donnent à chacun un \eric d eau douce, puis un peu de bouillie : le lendemain ils leur en donnèrent un peu davantage, pour eslargir petit à petit leur estomach, retressy par un si long jeusne.En un mot, ils leur sauvèrent la vie, et puis ils les menèrent en c s c Madère, ou ils les déchargèrent.Ces bonnes gens .urent assez mal traitez, à ce qu ils disent, jusques à ce qu ayans fait rencontre d un Pere de nostre Compagnie ; et luy ayans raconté leur déconvenue, les habitans de cette Isle voyans que nos Peres les secouroient, leur donnèrent oit amoureusement toutes les choses dont ils avoient besoin.Ce naufrage a causé bien de la perte à nos Peres de la Nouvelle tance, et à plusieurs de ses habitans ; mais Dieu soit beny que les hommes se soient sauvez, nous n'en avons appris les particu aritez qu en gros, et comme a bastons rompus.une des plus remarquables est que ces pauvres naufragans estans arrivez en France, sont allés tous ensemble accomplir leurs vœux es maisons de la Saincte Vierge à Saumur, et de oainctc Anne en Bretagne, devant que de rentrer en leurs propres maisons, ny saluer aucuns de leurs parens ou amis (3)» A notre avis, ce récit et le texte de la chanson sont identiques sur les points essentiels : 1) des navigateurs désempares, souffrant de la disette, 2) qui tirent au sort pour savoir lequel d entre eux va servir à sustenter la vie des autres, 3) le sort en a désigné un quand le merveilleux vient sauver la vie de tous et changer notre mélancolie en joie.(3) Thwaitcs, The Jesuit Mations and Allied Documents vol.34, 228-234. 115- Lcs variantes de la chanson ne nous semblent qu accidentelles et pourraient s'expliquer soit par les déformations que les répétitions orales ont fait subir à l’histoire, soit par la volonté du chansonnier.11 est clair, par exemple, que pour la chanson, le petit navire vogue mieux sur la Mer Mé Mé Méditerranée que sur l'Atlantique.De même, les petits poissons qui sautent dans le navire et par où linit heureusement la chanson, ne sont-ils pas un souvenir de la « tortue de mer », premier épisode merveilleux du récit ?La parole est aux spécialistes en chansons canadiennes.Léon Pouliot, s.j.PEINES ET CHATIMENTS SOUS M.DE MAISONNEUVE Le premier tribunal de Montréal date de 1648 et M.de Maisonneuve décida de le présider, probablement sans rémunération, parce que ia colonie naissante n'avait que de faibles revenus.A ce tribunal pouvaient se plaider toutes les causes criminelles, correctionnelles ou civiles, mais le gouverneur-juge qui connaissait tous les colons avec qui il était en contact journalier, se montra rarement d'une grande sévérité.De 1648 à 1663, il y eut des contraventions, quelques délits, deux « attentats à l'honneur », deux cas de bigamie ; cependant les peines infligées furent des amendes honorables ou des amendes en argent, des confiscations de bien, des bannissements de la seigneurie de Montréal ; on ne mentionne qu’une seule condamnation à mort et comme il n’y avait à Ville-Marie ni bourreau ni gibet, le malheureux fut expédié à Québec.Bref, ce ne fut qu'au mois d'août 1663, que M.de Cho-medey infligea pour la première fois l'amende et la prison et c’est la dernière fois qu'il présida le tribunal seigneurial.Cette même année, Montréal eut deux cours de justice : celle des Seigneurs avec un nouveau juge, aussi une sénéchaussée (ou tribunal royal) créée par le Conseil Souverain.Reprochait-on au fondateur d'être trop indulgent ?Ou bien les autorités de la Nouvelle-France désiraient-elles simplement prendre le contrôle des affaires judiciaires dans toute — 116 l’étendue du pays ?Comme de part et d’autre on ne voulait céder, le conflit dura trois ou quatre ans, pour se renouveler plus tard.Mais comme nous avons déjà traité cette dernière question, nous n’y reviendrons pas.Tout ce que nous avons voulu signaler, c’est que dans les registres des décisions du tribunal il n’est jamais question de la peine de réclusion en un lieu spécial, à Ville-Marie, avant 1663 E.-Z.Massicotte.LA NUIT DU 13 SEPTEMBRE 1739 Le 13 septembre 1739, pendant que les armées de Montcalm et de Wolfe se rencontraient sur les Plaines d’Abraham, les religieuses des trois communautés de Québec étaient réunies à l’Hôpital général.«Nous vîmes de nos fenêtres ce massacre, dit l’annaliste de l’Hôpital général .C’est là où la charité triompha et nous fit oublier nos propres intérêts, et les risques que nous courions à la vue de l’ennemi ; nous étions au milieu des morts et des mourants, que l’on nous amenait par centaines à la fois, dont plusieurs nous touchaient de très près.Il fallut ensevelir notre juste douleur et chercher à les placer.Chargées de trois communautés et de tous les faubourgs de Québec, que l’approche de l'ennemi avait fait déserter, jugez de notre embarras et de notre frayeur .» Plus de mille personnes se trouvaient réunies sous le toit de l’Hôpital général au soir fatal du 13 septembre 1759.Que de cris d’angoisse, que de gémissements de douleur ! Les religieuses des trois communautés non occupées aux soins des blessés s’étaient réunies à la chapelle de l’Hôpital pour implorer la miséricorde de Dieu sur elles-mêmes et sur leur triste patrie.La nuit était venue, une nuit fraîche et étoilée, délicieuse à l’homme aux jours de bonheur, dit le récit de l’Hôpital général.Tout à coup, on entend un grand bruit à la porte du cloître.Les craintes redoublent partout dans la maison.Un pressentiment dit à toutes ces femmes excédées des fatigues de la journée que c’est l’ennemi qui est à la porte.Les plus braves se décident à aller ouvrir.Elles ne se sont pas trompées.C’est un - 117 — détachement nombreux de Montagnards écossais qui est là rangé en bataille.L’officier commandant, le capitaine Macdonald, s avance et demande à voir les supérieures des trois communautés réunies à l'Hôpital.Il dit qu'il a un message important à leur communiquer.Le capitaine Macdonald, qui s aperçoit quel émoi a causé l’apparition de ses soldats parmi ces faibles femmes, salue les supérieures avec politesse.Il leur parle en français.Il tâche de les rassurer en leur disant que le général Murray leur est très sympathique et qu'il ne fait investir l’Hôpital et prendre possession des routes qui y conduisent que pour empêcher les ennemis, c est-à-dire les frères, les’parents, les amis de la plupart de ces religieuses de venir les forcer dans leurs retranchements.Quelle nuit terrible pour toutes les personnes enfermées dans 1 Hôpital général ! Disons ici que tout le temps de l'investissement de l'Hôpital général par les soldats anglais leur conduite et leur discipline furent irréprochables.LE MATELOT JOHN BOWTHORP Au registre paroissial de la Rivièrc-Ouclle, à la date du 26 octobre 1860, on trouve l'acte de sépulture suivant : « Le vingt-six octobre mil huit-cent-soixante, Je, prêtre « soussigné, curé de cette paroisse, ai inhumé John Bown-« throp (Bowthorp), décédé avant hier, âgé d'environ « soixante ans, ancien marin anglais, de cette paroisse — « Ch.Bégin, ptre ».Par quelle circonstance extraordinaire cet étranger dort-il son dernier sommeil dans le cimetière de la Rivière-Ouellc paroisse exclusivement canadienne-française ?La Providence arrange parfois curieusement les choses pour arriver à ses fins.John Bowthorp était un matelot, originaire du comté de Norfolk, en Angleterre.Parti enfant de son pauvre foyer, il s'était embarqué comme mousse sur un vaisseau marchand, et, depuis, avait voyage sur toutes les mers du monde.A l'automne de 1835, le voilier VEagle, sur lequel Bowthorp était matelot, fut pris au milieu des glaces entre la Rivière-Ouclle et la Rivière-du-Loup.L’équipage, forcé d’abandonner le navire, parvint, en sautant de glace en’glace, 118 - à trouver un refuge sur 1 ’île aux Lièvres.Là, ces pauvres diables seraient morts de faim ou de froid sans l'héroïsme d'un brave habitant de la Rivière-Ouelle, Charles Pelletier, qui, avec l'aide de quelques concitoyens, réussit à les ramener sur la terre ferme.Les marchands anglais de Québec récompensèrent Pelletier de son dévouement en lui donnant une médaille en or qui portait une inscription rappelant son exploit.Pelletier fut, à partir de ce moment, connu des habitants de sa paroisse sous le surnom de Pelletier la médaille.Pendant qu'il était sur l'île aux Lièvres, Bowthorp, en voulant abattre un arbre afin de faire du feu, reçut un coup de hache sur la jambe qui le rendit presque infirme.L’équipage de VEagle devait remonter à Québec immédiatement.11 ne pouvait être question d’y conduire le blessé.En plus de son affreuse blessure, il avait contracté une inflammation des poumons à la suite des misères endurées sur l’île.Le seigneur C.-E.Casgrain, de la Rivière-Ouelle, et sa femme, charitables et dévoués, s’offrirent de le garder au manoir jusqu'à sa parfaite guérison.Pendant plus de trois mois, c'est M.Casgrain lui-même qui eut soin du pauvre matelot et le pansa, chaque jour, sous la direction du médecin de la paroisse, le docteur Brassard.John Bowthorp, malgré sa rudesse native, se prit d’affection pour ses protecteurs et resta à leur emploi comme groom.Jamais serviteur ne fut plus dévoué, plus fidèle, plus attaché à tout ce qui l’entourait que ce matelot à l'écorce apparemment si rude.En 1846, M.Casgrain accepta la charge d’assistant-commissaire des Travaux Publics et dût aller habiter à Montréal, du moins pour un certain temps.Son fidèle serviteur l’avait suivi dans la métropole.A la fin de novembre 1847, à la suite d'un voyage au lac Témiscouata, M.Casgrain tomba malade.Bientôt, les médecins déclarèrent qu’il était en danger et l'avertirent de faire ses derniers arrangements.M.Casgrain était un homme très religieux et il se prépara à la mort avec une piété et une résignation qui édifiaient tout le monde. 119 Mais, avant de partir pour le grand voyage, le pieux Casgrain voulut rendre un dernier service à son groom.John Bowthorp était protestant mais plutôt indifférent en matière de religion.Écoutons ici madame Casgrain dans les édifiants Mémoires de famille qu'elle a laissés à l’intention de ses enfants : « Ce fut alors, dit-elle, que M.Casgrain fit venir auprès de son lit John Bowthorp et lui demanda de réciter à son intention le Souvenez-vous qe'il avait fait traduire en anglais pour lui.Quelques jours après (c'était un dimanche), il me pria de lui laisser John seul pour garde-malade.Je me rendis à vêpres et, à mon retour, je retrouvai votre père le visage rayonnant de joie.11 me dit que John avait consenti a se faire catholique, ajoutant qu'il fallait envoyer chercher, dès le lendemain, un prêtre pour le catéchismer.John fut trouvé suffisamment instruit, de sorte que peu de jours après, à la grande joie de votre père, il fit son abjuration, et fut baptisé dans la chapelle privée de Mgr de Montréal.» En effet, John Bowthorp fit son abjuration le 11 février 1848, précisément dix-huit jours avant la mort de M.Casgrain, comme le prouve le document suivant : a (< Ée onze février mil huit cent quarante-huit, nous, prêtre soussigné, après en avoir reçu les pouvoirs de Sa Grandeur Monseigneur Bourget, évêque de Montréal, nous avons reçu la profession de foi de John Bowthorp, âgé de cinquante-sept ans, né en Angleterre, dans le comté de Norfolk, du légitime mariage de Charles Bowthorp et de Elizabeth Key, né et élevé dans l’hérésie de l'Église Episcopalienne d'Angleterre.Nous l'avons baptisé sous condition, et l’avons absout des censures encourues par la profession de l'hérésie, et, ce, en présence de Edouard Charles Fabre, accolythe! de William Coffin, Ecuyer, de Charles Casgrain, d'Auguste' Casgrain, de Dame Elizabeth Baby, qui, ainsi que plusieurs autres témoins, ont signé avec nous.(Signé) E.-B.Casgrain (signé) C.-E.Fabre Acol.John Bowthorp C.-E.Casgrain, Jr Auguste Casgrain William Casgrain W.-H.Cofun C.Chiniquy, Ptre. — 120 — M.Casgrain décéda à Montréal le 29 février 1848.Il y eut bien des larmes versées à ses funérailles.Aucunes ne furent plus sincères et plus abondantes que celles du matelot converti John Bowthorp.P.-G.R.HOTEL POPULAIRE QUI DISPARAIT L'Aurore des Canadas du 17 et du 24 juillet 1846 informe ses lecteurs que madame A.Timothée Saint-Julien « vient de faire faire de grandes réparations à l’édifice sis à l’encoignure sud-est des rues Sainte-Thérèse et Saint-Gabriel et qu’elle y ouvrira Y Hôtel du Canada.» L’édifice en question avait autrefois été occupé par la Compagnie de fourrures du Nord-Ouest, mais il était, dans le moment, la propriété de Georges Desbarats, imprimeur de Sa Majesté qui l'avait acquis en 1844, quelques jours avant que Montréal devint officiellement la capitale du pays.M.Desbarats avait-il l’intention d’y installer son imprimerie ?C’est bien probable, mais il ne mit peut-être pas son projet à exécution puisqu’en 1846, il laissait transformer son immeuble.Madame Saint-Julien était une femme d'affaires, de grande habileté et de parfaite honnêteté, en sorte que son établissement devint bientôt une hôtellerie select que la Société pouvait fréquenter sans redouter les écarts.On tenait cette dame en si grande estime qu’elle se vit, après 1849, confier l’administration du second Hôtel Done-gana dont nous avons déjà fait l’historique.Le successeur de dame Saint-Julien semble avoir été l’Italien Sérafino Giraldi longtemps intéressé à l’industrie hôtelière du Montréal d’autrefois et dont les descendants sont aujourd’hui à New-York.En 1868, 1'Hotel du Canada était passé à Victor Marcotte qui logeait vingt-et-un pensionnaires régulièrement, outre les clients de passage.De 1872 à 1879, le sieur Aimé Béliveau prit possession de l’hôtel, « le renouvela et le garnit de tout le luxe moderne ». 121 C'est au cours d’une des années ci-dessus que l’immeuble fut la scène d’un drame qui mit la ville en émoi.Un Français de bonne famille, disant s appeler « Charles Lormier »> était venu demeurer chez le sieur Béliveau, après un séjour aux États-Unis où il s était enfui avec une jolie dame.N’ayant pu trouver d’emploi chez les Américains à cause de son ignorance de l’anglais, il se rendit à Montréal, mais il y arrivait au début d une crise financière.La compagne du dévoyé ayant alors « devant elle la perspective certaine de la misere et n aimant pas assez le jeune émigré pour partager son infortune, chercha et trouva consolation ailleurs », ce dont s’aperçut son amant .Comme ce malheureux avait en plus le moral affecté par l’éloignement de son pays et par des embarras financiers, il tenta de se suicider dans la nuit du 21 au 22 février 1874.On le transporta à 1 Hôtel-Dieu dans un état critique, mais nous n’avons pu savoir quel a été le sort du blessé.La même année, mais au mois de novembre, l'humoriste Hector Berthelot donnait une conférence dans le même hôtel, alors sous la gérance de ce Jos.Riendeau qui devait, à son tour, avoir place marquante.Berthelot qui demeura longtemps à I'Hotel du Canada s ingénia à y faire dérouler diverses scènes de son pseudo « roman de mœurs » : Les Mystères de Montréal lequel est supposé nous initier, à la façon de Ponson du Terrail, aux intrigues d'un maître filou en passe d’escamoter une fortune.Par une fantaisie berthelotienne les principaux personnages du roman s’appellent comme les huîtres alors les plus à la mode : Saint-Simon, Bouctouche, Malpecque, Cara-quette, etc.* * * Graduellement, la rue Saint-Gabriel perdit de son attrait d'il y a soixante ans ; pour cette raison peut-être, l’immeuble de l’encoignure Sainte-Thérèse se vit déserté, puis changé en manufacture de ci ou de ça.Et tel il était, lorsque l'incendie le réduisit en un monceau de ruines, par un beau jour de mai 1938.E.-Z.Massicotte. 122 LE LIEUTENANT HORSLEY Le lieutenant Richard Howard Horsley, de la marine royale d'Angleterre, avait vu toutes les mers connues et visité les grandes et belles villes de l'univers.Quand vint l'heure de la retraite pour le vieux marin c’est Québec qu’il choisit pour vivre ses dernières années.Il est vrai que le marin avau une lille à Québec, mais dès sa première visite dans la capitale, il avait été attiré, charmé, par le pays et il avait décidé d’y finir ses jours.Né à Londres le 12 novembre 1756, Horsley fut embarqué comme mousse sur un navire de guerre, à l’âge de douze ans.Un peu plus tard, il entra à l’Académie navale, où, après deux ou trois ans d’études, il obtint son premier grade.De 1768 à 1789, Horsley servit sur les navires de guerre Otter, Spy, Kennington, Prince George, Victory, Defense, Blenheim, Glory, Prince of Wales, Pallas, Dictator, Marie-Antoinette, Canada, Terror, Victory, etc., etc.M.Horsley lit toute la guerre de l'Indépendance des États-Unis et c’est pendant cette rude campagne qu'il gagna ses épaulettes de lieutenant.De 1789 à 1794, Horsley servit dans la mer des Antilles.Son navire, en 1793, porta secours aux colons de Saint-Domingue attaqués par les noirs en révolte.Quant vint la déclaration de guerre de l’Angleterre à la France, en 1793, 1 escadre des Antilles reçut ordre de s’emparer de la Martinique et de la Guadeloupe.Horsley participa à ces opérations.En 1805, le lieutenant Horsley fut choisi pour servir sur la frégate Victory commandée par le fameux Nelson.Il prit part à la bataille de Trafalgar et fut sérieusement blessé à la jambe, presqu'au même moment où Nelson recevait son coup de mort.Obligé de prendre sa retraite, le lieutenant Horsley reçut pour récompense de ses services 5000 acres de terre à prendre près de Kingston, province d’Ontario, et une pension annuelle reversible sur sa veuve et ses enfants mineurs.En 1821, le lieutenant Horsley passa au Canada pour tirer parti de sa concession de terre.Il avait amené sa famille avec lui. 123 A.prcs avoir fait certaines démarches pour exploiter iui-meme la concession de terre qu'il avait obtenue dans la province d Ontario, M.Horsley se rendit compte qu’il v perdrait sa santé et peut-être son petit capital.C’est alors nU l d > a m Sc retirer à Québec> chez sa fille, madame «aiflairge.11 y a vécut heureux, tranquille, entouré de sa femme, de ses enfants et petits enfants, pendant plusieurs années.Il décéda le 2 mars 1828, à l’âge de 71 ans et fut inhume dans le cimetière Saint-Mathieu de la rue Saint-lean.Madame Horsley, née Helena Welling, décéda à Char-lesbourg le 13 août 1844, et fut inhumée au cimetière Saint-Mathieu, a coté de son mari.Richard Howard Horsley et Helena Welling avaient eu douze enfants : v .l0.Rl^ard ^orsley né à Jamaica, Long-Island, New-iork, le 29 octobre 1785.Décédé de la fièvre jaune à l’île de la Jamaïque en 1807.2° Elizabeth Horsley née à Jamaica, Long Island, New-î ork le 2 avril 1787.Décédée à la Jamaïque, le 24 août 1791.\ John Horsley né à Montégo le 23 juin 1791.Décédé au meme endroit le 11 juillet 1791.4 William Horsley né à Montégo le 11 juillet 1791 (jumeau).Décédé au même endroit le 29 juillet 1791.^ Charles Horsley né près de 1 île de Cuba le 6 octobre 1793.o Décédé à la Jamaïque le 6 mars 1794.6 James Hallet Horsley né à Lymington, en Angleterre le 15 septembre 1798.Il fut officier dans la marine de guerre britannique, et décéda au Brésil le 17 mai 1832.Marié à Marianne Stanton, il laissa deux enfants.Un de ses fils a fondé^une famille à la Nouvelle-Ecosse.7 Helen Bedford Welling Horsley née à Lymington, en Angleterre, le 19 octobre 1799- Mariée, à Québec, le 24 octobre 1822 à Henry Harvie, libraire.Décédée à Québec le 31 décembre 1835.8 Charles Welling Horsley né à Lymington, en Angleterre le 26 mars 1801.Décédé à Saint-Kills, île de Saint-Christophe en 1823.9° George Horsley, né à Lynungton, en Angleterre, le 4 juin 1802.Noyé accidentellement dans un voyage à la Jamaïque en 1823.ai/- ,10° ,CbarJ°tte Janvrin Horsley, née à Brixton, île de Wight, le 17 avril 1804.Mariée à Québec le 22 mai 1824 â Théophile Baillairgé. 124 - 11° Marie Horsley née à Shorwell, île de Wight, le 1er mars 1807.Décédée à Londres le 17 février 1812.12° Henry Horsley né à Londres le 21 décembre 1809 Décédé au même endroit le 1er août 1810.Tous les enfants du lieutenant Horsley avaient été baptisés dans la foi anglicane.Onze moururent anglicans.Charlotte Janvrin, mariée à Théophile-F.Baillairgé, eut onze enfants.Anglicane, en épousant M.Baillairgé, elle s’était engagée à faire baptiser ses enfants dans la foi catholique.Elle tint parole.Tous les enfants Baillairgé furent baptisés et élevés dans la foi catholique.Madame Baillairgé étudia la religion dans les manuels de controverse pendant toute sa longue existence.Enfin, en 1884, elle se décidait à abjurer.Elle fut baptisée dans la chapelle du séminaire de Québec le 1er avril 1884, par l’abbé Cyprien Tanguay plus tard Mgr Tanguay.Elle avait 87 ans et neufs mois.Elle décéda le 7 janvier 1892, et lut inhumée au cimetière Saint-Charles.Le lieutenant Horsley était poète à ses heures.On trouvera plusieurs de ses poésies dans la brochure que G.-F.Baillairgé, son parent, a consacré à Théophile Baillairgé.Ajoutons que la plupart des renseignements généalogiques donnés ici sur la famille Horsley ont été tirés de cette brochure.P.G.R.LES FUNÉRAILLES DE PETER HUNTER Québec est le pays des belles démonstrations.Qu’elles soient joyeuses ou tristes, elles sont toujours grandes, imposantes, décentes.Les funérailles du lieutenant-gouverneur Peter Hunter, le 24 août 1805, eurent ce caractère.Nous en trouvons un compte-rendu émouvant dans le Quebec Mercury du même jour.Hunter était décédé dans une maison de la rue Sainte-Anne, à quelques centaines de pieds, conséquemment, de la cathédrale où devait avoir lieu le service funèbre.Le cortège se mit en marche dans l’ordre suivant : le major de brigade, la milice de Québec, la fanfare et le corps de tambours du 49e Régiment, le 49*' Régiment, le 6' Régiment, la fanfare et le corps de tambours du 6" Régi- — 125 ment, 1 Artillerie Royale, onze canons de campagne, le lieutenant-colonel Broclc, commandant, le clergé, le corps médical, 1 entrepreneur de pompe funèbre, le cheval uu défunt, le canon de campagne transportant la tombe, puis les serviteurs du défunt, les employés civils des départements militaires, les officiers et soldats non commandés, etc, etc.Pendant que le convoi se dirigeait vers l’église cathédrale, de minute en minute, le canon faisait entendre un bruit sourd,' triste, énervant.A la porte de la cathédrale anglicane, le corps fut reçu par les fanfares et les corps de tambours, et des détachements de troupe présentant les armes.Après le service funèbre le convoi se remit en marche pour le lieu de 1 inhumation, au cimetière protestant de la rue Saint-Jean.Tous les soldats avaient l arme renversée, ainsi que le veulent les règlements militaires.Avant de descendre la tombe dans la fosse, onze pièces de canon firent leur décharge et les soldats d infanterie tirèrent leurs fusils.Les coins du poêle étaient portés par six officiers supérieurs.Par respect pour la mémoire du lieutenant-gouverneur Hunter, les troupes, officiers et soldats, portèrent le deuil pendant une semaine et les cantines de régiments furent fermées du jour qui précéda les funérailles au lundi suivant.P.-G.R LE ROMANCIER ALPHONSE THOMAS Le 6 août 1841, naissait à Montréal, Alphonse, fils de Guillaume Thomas, couvreur, et de Marguerite Barret.Les père et mère d'Alphonse vivaient dans l’état d’Iowa, lorsque revenu exercer son métier de menuisier à Montréal,’ il épousait le 19 mai 1862, Mélina-Amélia Duclos.Patriote, grand liseur et fervent chrétien, le jeune ouvrier se mit à 1 étude et il parvenait, en 1882 et 1885, à publier deux romans comme on les aimait alors ; Gustave ou Un héros canadien, puis Albert ou l Orphelin catholique.Ces ouvrages, dit un auteur anonyme ; « sont des oeuvres de polémique religieuse.L auteur a eu pour objet de prémunir la jeunesse contre les séductions et les sophismes ».On trouve en ces pages 126 - « des descriptions de lieux et le récit d’incidents qui ont une valeur littéraire, géographique et anecdotique ».Ce romancier mourut à Saint-Joseph de Chambly le 17 juillet 1905, et fut inhumé à Montréal, trois jours après.Dans l’acte de sépulture, le défunt est dit « agent de commerce ».E.-Z.Massicotte.ORDRE DE M.DE VAUDREUIL A M.CHAUSSEGROS DE LERY (9 Juillet 1758) Pierre Rigaud Mis de Vaudreuil Commandeur de l'ordre Royal et Militaire de S‘ Louis Gouverneur et Lieutenant General pour le Rov en toute la nouvelle france terres et pays de La Louisiane.Dans le cas que par maladie ou autre accident que nous ne pouvons prévoir M.de Longueuil Gouverneur des 3- Rivieres ne peut remplir la mission que nous luy avons confié, nous ordonnons à M.de Lery capitaine d’une des compagnies des troupes du détachement de la Marine de prendre le commendement des canadiens et sauvages que nous avons confié à M.de Longueuil et d’exécuter tout ce que nous avons prescrit aud‘ Sr de Longueuil dans les instructions que nous luy avons remis./.Fait à Montréal le 9.juillet 1758.Vaudreuil.LA PERRUQUE AUTREFOIS 11 y aurait de quoi à faire un gros volume, paraît-il, sur l’histoire de la perruque à travers les âges.Elle était connue des anciens puisque Martial et Juvénal se moquent des femmes qui, de leur temps, se rajeunissaient parleurs faux cheveux, et des hommes dont les cheveux changeaient de couleur selon les saisons.Mais nous ne voulons pas remonter si loin dans le passé.Contentons-nous de noter que, sous le régime français, on a vu au Canada tout comme dans la vieille France, la perruque de ville, la perruque de campagne, la perruque carrée, la perruque de Palais, la perruque 127 - ronde, la perruque à bourse, la perruque nouée, la perruque a oreilles, la perruque à deux queues, la perruque à calotes, etc, etc.Comme on le voit, il y avait des perruques pour tous les goûts.La perruque était surtout portée par la noblesse, mais elle n était pas le privilège exclusif de cette classe de la société.L Église a toujours eu la perruque en horreur, du moins pour le clergé.Un M.Thiers — pas l’ancien président de la brance a publié tout un traité pour montrer que la perruque est une parure mondaine et indécente chez un ecclesiastique*.11 va même plus loin.La perruque bouclée et poudrée, d après lui, est directement contre les décrets et les canons des conciles.Un abbé au visage fleuri relevé d une jolie perruque lui paraît un monstre dans l’Église.La perruque ornementée pour les prêtres s’introduisit dans la Nouvelle-France mais Mgr Dosquet, dès 1735, lui donna le coup de grâce.Dans son mandement « pour remédier à certains abus » du 24 février 1735, Mgr Dosquet, écrivait : «Quoique nous ne puissions désapprouver l'usage des perruques à ceux qui ont peu de cheveux dans un pays où le froid est excessif, nous défendons à tout ecclésiastique de la porter sans nécessité et sans en avoir obtenu la permission par écrit de nous ou de nos grands vicaires ; ce qui ne s’accordera qu à la condition qu’on la porte si modeste qu’on puisse juger que le seul besoin la fait prendre ».Il ne s agit ici, il va sans dire, que de la perruque ornementée, c est-a-dire de luxe.Il n y a jamais eu d’interdiction pour la perruque telle qu’on la porte de nos jours.P.-G.R.Qui était Cccile Ganondaris ?A.B.Qu’entend-on dans les communautés de femmes par biens des religieuses et bien des pauvres ?H D. 128 QUESTIONS Le Moniteur universel de Paris, publiait le 17 septembre 1887 l’entrefilet suivant : « Le comité des inscriptions parisiennes va faire placer sur la maison portant le n°5 delà rue de la Banque, à Paris, une plaque commémorative dont voici le texte : Dans cette maison est mort le 31 août 1811 Antoine de Bougainville né à Paris, le 11 décembre 1729.Est-ce le même Bougainville qui servit en la Nouvelle-France sous Montcalm ?Et si cette plaque fut posée, existe-elle encore ?Edouard Mirât.On a dit que madame d’Ailleboust avait été demandée en mariage par le gouverneur de Courcelles et encore par 1 intendant Talon.Où a-t-on pris cela ?Furet.Qu était, sous le régime français, la peine de la hart ?Avoc.Combien y a-t-il eu de Jubilés ici sous le régime français ?S- J- N'y a-t-il pas eu ici deux abbés Seré de la Colombière ?Étaient-ils parents du célèbre Jésuite de ce nom ?XXX Qui était l’aide de camp du général Murray en 1762 ?Mil.Où se trouvait la Pointc-au-Baril ?XXX
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