Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 mars 1945, mars
Vol.51e LÉVIS — MARS 1945 No 3 LE BULLETIN Recherches Historiques ORGANE DU BUREAU DES ARCHIVES de la PROVINCE DE QUÉBEC O notre Histoire, écrin de perles ignorées Je baise avec amour tes pages vénérées DES DIRECTEUR PIERRE- GEORGES ROY LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.51e LÉVIS — MARS 1945 Nol QUI ÉTAIT M.D’HÉBÉCOURT ?Qui était M.d'Hébécourt qui, sur les ordres de M.de Bourlama-que, fit sauter le fort de Carillon dans la nuit du 26 au 27 juillet 1759?M.d'Hébécourt, officier du régiment de la Reine, était arrivé dans la colonie dans F été de 1755 avec le contingent de troupes amené ici par M.de Dieskau.Il avait dû se distinguer peu avant son départ de la France ou avait plusieurs années de services puisqu'il reçut la croix de Saint-Louis quelques mois après son passage dans la Nouvelle-France.M.d'Hébécourt, par ses connaissances militaires, son esprit de discipline et peut-être aussi par son entregent, devint vite l’ami de Montcalm, du chevalier de Lévis, de M.de Rourlamaque, de M.de Bougainville et de tous les autres chefs militaires de la colonie.Chacun d'eux dans les lettres qui nous ont été conservées parle toujours en excellents termes de cet officier de la Reine.Tous le vantent et se donnent la main pour lui faire obtenir des promotions ou des faveurs.A l'automne de 1757, le marquis de Montcalm, qui préparait sa campagne de l’année suivante contre les Anglais, confia le commandement du fort de Carillon à M.d’Hébécourt.En faisant part de son choix au ministre Paulmv par sa lettre du 4 novembre 1757, M.de Montcalm faisait l'éloge de l'intelligence, de l'habileté et de l'esprit de discipline de M.d'Hébécourt.De nouveau, M.d'Hébécourt fut commandant du fort de Carillon pendant l'hiver de 1757-1758.Ce fort était situé à l’extrême frontière de la colonie et était exposé à recevoir les premières attaques de l'ennemi.Le marquis de Montcalm qui n’avait pas une grande confiance dans les officiers des troupes de la marine, presque tous Canadiens, préférait donner ce commandement à un officier des troupes régulières.Dans sa lettre à M.de Crémille du 1er avril 1759, le marquis de Montcalm se loue des services de M.d'Hébécourt et déclare qu'il est un de ses meilleurs officiers.Il ne faudrait pas croire que M, d’Hébécourt eut toujours la vie facile au fort Carillon.Les soldats de ces forts éloignés, sans confort, — 126 — sans distractions d’aucune sorte, devenaient souvent intraitables surtout pendant la froide saison où ils étaient enfermés entre les quatre murs du fort.Au commencement de l’hiver de 175 , des soldats de la garnison de Carillon exaspérés parce qu'on n’avait pu leur fournir leur équipement au complet, se mutinèrent.M.Desandrouins écrit qu’ils décidèrent de massacrer leurs officiers et de livrer le fort aux Anglais.Nous croyons qu’il a grandement exagéré les torts de ces soldats.En tout cas, M.d’Hébécourt fut attiré, un bon matin, sur le terrain de parade, par un bruit de voix inusité.Il s’y rendit avec ses officiers et demanda aux soldats pourquoi ils faisaient tant de tapage.Tous parlaient ensemble et le commandant ne comprenant rien à leurs explications leur ordonne de se disperser.Un des soldats cria — Aux armes ! M.Chassignol, capitaine de Guiesne, un des officiers de la garnison, saisit ce soldat au collet et le conduisit au corps de garde, en criant à la sentinelle : — Vous me répondrez de cet homme-là.La sentinelle répondit: —Je n’ai d’ordre à recevoir de personne.Chassignol jugea que le moment était venu de se montrer énergique.Il enleva à la sentinelle son fusil armé de sa bayonnette et allait lui plonger dans le ventre quand la sentinelle, se ravisant, lui demanda pardon.Cet incident calma les manifestants et tous rentrèrent dans le de- ¦ voir.M.d’Hébécourt rapporta aussitôt l’incident au marquis de Montcalm qui se hâta de lui envoyer quelques hommes sûrs pour maintenir la garnison dans la subordination.Il est à noter que la garnison était en grande partie composée de soldats réguliers.Preuve que ceux-ci ne se conduisaient guère mieux que les soldats canadiens.Quand, en juillet 1759, l’armée anglaise forte de 11,000 ou 12,000 hommes s’approcha du fort de Carillon, M.de Bourlamaque, ainsi que la chose avait été décidée par M.de Montcalm, ordonna à la plus grande partie de la garnison de se replier sur le fort Saint-Frédéric puis sur l’ile-aux-Noix.La garnison partit du fort Carillon au milieu de la nuit.M.d’Hébécourt fut laissé au fort avec 400 hommes.Il avait instruction de tenir quelques jours pour permettre à la petite troupe de se rendre à Saint-Frédéric.M.d’Hébécourt se défendit pendant quatre jours avec ténacité puis dans la nuit du 26 au 27 juillet, se retira à son tour avec tout son monde dans la direction du fort Saint-Frédéric.Il avait en partant détruit ses canons et fait sauter le fort.M.d’Hébécourt s’était acquitté de sa mission avec bravoure et habileté.Il n’avait pas perdu un seul homme au cours de sa retraite. 127 De l’île-aux-Noix, le 10 octobre 1759, M.de Bourlamaque écrivait au chevalier de Lévis, à la veille de; demander certaines grâces au ministre pour les officiers réguliers qui servaient au Canada : “Je joins ici pour vous seul, si vous le voulez bien, un état des grâces que je crois les plus justes et auxquelles je vous supplie de vous intéresser davantage.Vous verrez aisément que je ne donne la préférence qu'aux bons.D’Hébécourt, sur toutes choses, Louvicourt, Bartouille et Wolf.D’Hébécourt désire fort le brevet; mais si la chose ne peut réussir, il voudrait au moins une pension et c’est bien juste” (1).Le chevalier de Lévis se rendit à la demande de M.de Bourlamaque et, le 10 novembre suivant, il recommandait M.d’Hébécourt au maréchal de Belle-Isle, ministre de la guierre, dans les termes suivants : “ Je demande le grade de lieutenant-colonel pour le sieur d’Hébécourt, capitaine au régiment de la Reine, officier de grand mérite.Cette grâce ne peut donner que de l’émulation aux troupes qui servent au Canada” (2).M.d’Hébécourt partit pour la France avec son régiment après la capitulation de Montréal.Que devint-il ensuite?Comme bien d’autres officiers qui servirent sous Montcalm dans la Nouvelle-France son histoire finit, du moins pour nous, avec la fin du régime français.A l’aide des Archives de la vieille France si riches encore malgré les destructions de la Révolution, il serait possible de retracer la plupart de ces officiers et de leur donner la part qui leur appartient dans l’histoire militaire de leur pays.Qui se chargera de cette tâche patriotique ?P.-G.R.OÙ Mgr BAILLARGEON EST-IL NÉ ?Dans son épitaphe, faite par lui-même, Mgr Charles-François Bail-largeon, archevêque de Québec, avait écrit qu’il était né à Yîle-aux-Grues, le 26 avril 1798, et qu’il avait été baptisé au même lieu} le lendemain (3).L’acte de baptême du vertueux prélat, au registre du Cap Saint-Ignace, se lit pourtant comme suit : “ Le vingt-sept avril mil sept cent quatre-vingt-dix-huit, par nous, prêtre soussigné, curé du Cap Saint-Ignace, a été baptisé: Charles- (1) Lettres de M.de Bourlamaque, p.58.(2) Lettres du chevalier de Lévis, p.252.(3) L’abbé Benjamin Paquet, — 128 — François, né hier, du légitime mariage de François Baillargeon, cultivateur, habitant à l’île-aux-Oies, et de Marie-Louise Langlois-dit-St-Jean, son épouse.Le parrain a été: Charles Langlois-dit-St-Jean, aïeul de Tenfant; et la marraine: Judith Rouleau, femme de Charles Baillar-geon, aïeule de l’enfant.Le père absent; les autres ont déclaré ne savoir signer, de ce enquis suivant l’ordonnance ”.Griault, ptre.Mgr Baillargeon était l’aîné d’une famille d’au moins douze enfants.François Baillargeon (1772-1860), son père, fils de Charles Baillargeon (1735-1800), et de Judith Rouleau, de Fîle-aux-Oyes, avait épousé, le 25 juillet 1797, au Cap Saint-Ignace, paroisse dont faisaient alors partie les îles-aux-Oies, aux-Grues, au-Canot, etc., Marie-Louise Lan-glois-dit-St-Jean (1770-1838), fille de Charles Langlois-dit-St-Jean (1740-1815) et de (feu) Marie-Angélique Gagnon (1740-86), de la desserte de FUc-aux-Grues.Le même jour et, à la même messe, avait aussi eu lieu le mariage de Julie Langlois (1777-1865), soeur de Marie-Louise, qui devenait l’épouse de David Painchaud, également de l’île-aux-Grues.Charles Baillargeon (1735-1800), époux de Judith Rouleau, le grand-père de MgI Baillarg-eon, décéda à Fîle-aux-Oics, et fut inhumé au Cap Saint-Ignace, le 5 avril 1800.L’acte de sépulture lui donne 66 ans, soit deux ans de plus que son âg*e, puisque né du second mariage de Jean Baillargeon avec Catherine Isabelle il avait été baptisé à Saint-Laurent, I.O., le 26 juillet 1735.Les grands-parents paternels de Mgr Baillargeon demeuraient donc aussi à Tile-aux-Oies, près de deux ans après la naissance du futur évêque.Les actes de baptême des six premiers enfants des père et mère de Mgr Baillargeon, de même que l’acte de sépulture de l’un d’eux, relevés sur les registres du Cap Saint-Ignace, entre 1798 et 1804 inclusivement, portent tous la mention que ces ’époux demeuraient alors à l’île-aux-Oies.En outre, le 20 juillet 1803, en présence du notaire Boisseau, à Saint-Thomas de Montmagny, avaient comparu: François Baillar-geon et Marie-Louise Langlois, son épouse, demeurant à Fîle-aux-Oies, qui vendaient leur part dans la succession de feu Marie-Ang*élïque Gagnon, épouse de Charles Langlois, de F île-aux-Grues, leur père et beau-père, à Prisque Langlois (1768-1834), leur frère et beau-frère, aussi : de Fîle-aux-Grues.Les parents de Marie-Louise Langlois, mère de Mgr Baillargeon, avaient toujours demeuré à l’île-aux-Grues.Ils devaient cependant posséder une partie de l’île-au-Canot, où se trouvait alors une maison, cons- — 129 — truite après 1725 (2), qui existe encore, et où habite maintenant, seule sur cette île, la famille de M.Joseph-Liguori Lachance.L'île-au-Canot avait, en effet, été concédée, le 16 septembre 1685 (greffe Gilles Ra-geot), à Jean Langlois-dit-Saint-Jean, le grand-père de Charles Langlois, époux d’Angélique Gagnon, grands-parents maternels de Mgr Baillargeon.L'acte de baptême, au registre du Cap Saint-Ignace, du septième enfant des Baillargeon, né le 25 septembre 1805, indique que ces époux n’habitaient plus à Fîle-aux-Oies, puisqu’ils demeuraient, pour lors, à l’île-aux-Grues.Mais celui du huitième enfant, l’abbé Etienne Baillargeon (né le 8 décembre 1807), en date du 1er mai 1808, au Cap Saint-Ignace, mentionne que le père était cultivateur à l’île-au-Canot.C’est donc en 1806 ou en 1807 que la famille Baillargeon se transporta à l’île-au-Canot.Elle y demeurait assurément dans l’hiver de 1807-08, comme en fait foi l’acte de baptême de l’abbé Etienne Baillargeon, et comme l’a d’ailleurs écrit Mgr Baillargeon lui-même, le jour de sa consécration épiscopale, à Rome, le 23 février 1851, dans une lettre à son frère, l’abbé Etienne, curé de Saint-Nicolas: “ En face de l’île-aux-Grues, est une petite île, appelée île-au-Canot.Là habitait, seul, il y a maintenant quarante-trois ans, un jeune et pauvre ménage.six enfants (3).Les actes de l’état civil des enfants de François Baillargeon et de Marie-Louise Langlois, nés ou décédés, entre le 20 octobre 1809 et le 28 septembre 1822 (registres du Cap Saint-Ignace), comprenant l’acte de baptême de l’honorable (Dr) Pierre Baillargeon, sénateur, né le 8 novembre 1812, et baptisé le 1er décembre suivant, indiquent l’île-aux-Grues comme domicile de la famille.Les époux Baillargeon ont donc habité Fîle-au-Canot, de 1806 ou 1807, à 1808 ou 1809, c’est-à-dire, durant trois ou quatre ans.Mais c’était au moins huit ans après la naissance du futur évêque.La famille comptait alors six ou sept enfants, comme l’a écrit Mgr Baillargeon (3).Par suite, il est certain que Mgr Baillargeon n’a pas vu le jour sur F île-au-Canot, contrairement à ce qu’a écrit M.J.-M.Lemoine.Les actes de la tonsure, dans la cathédrale de Québec, des abbés Charles-François Baillargeon, en date du 7 octobre 1818 (4) ; et Etienne Baillargeon, le 27 septembre 1829 (5), font naître le premier à l’île- (2) L’aveu et dénombrement de Paul Bécard sieur de Fondville, enseigne dans les troupes du détachement de la marine, pour les îles-aux-Oies (petite), aux-Grues, au-Ca-not, etc, rendu, le 5 mars 1725, dit : “Que sur l’isle-au-Canot, il n’y a aucun domaine esta-Wy, étant concédée en entier à Louis St-Jean (Langlois) et Jean Gosselin”, (second mari de Marie Cadieux, veuve de .Jean Langlois-Saint-Jean, premier concessionnaire de l’île-au-Canot).— (Archives de la Province de Québec, Aveux et Dénombrements du régime français, cahier I, fol.210.).(3) “M£r Baillargeon, archevêque de Québec” (1870), p.24, par l’abbé Benjamin Paquet.(4 et 5) “Rapport de l’Archiviste de la province de Québec” respectivement, pour 1932-33, pp.139-140 ; et pour 1934-35, p.359. — 130 — aux-Grues, le 25 (au lieu du 26) avril 1798; et l’autre, au Cap Saint-Ignace.Il s’agit là, évidemment, d’imprécisions cléricales.Ces actes de la tonsure ont, en effet, pour objet de noter surtout le baptême et la paroisse où il a eu lieu.Disons en passant que l’abbé Etienne Baillargeon avait reçu la tonsure en même temps que le trop fameux abbé Charles-Télesphore Chiniquy (5).Dans son Histoire de Hle-anx-Grues, écrite en 1879, et publiée, en 1902, M.Auguste Béchard raconte ce que la tradition rapportait en ce temps-là, au sujet de la naissance du pieux évêque: Ce dernier serait né sur l’ile-aux-Grues, parce que sa mère, qui demeurait à l’île-au-Ca-not, serait traversée à l’île-aux-Grues pour l’événement.C’est encore ce qu’on affirme partout, de nos jours, sur ces îles.i .» ^ - • ' La biographie de “ Mgr Baillargeon, archevêque de Québec ”, publiée en 1870, par l’abbé Benjamin Paquet, laisse entendre que Mgr Baillargeon naquit à l’île-aux-Grues.En effet, on y lit (p.24) : “ Cette lettre pourrait peut-être faire croire que l’illustre prélat est né à l’île-au-Canot, mais il n’en est rien; peu après sa naissance, ses parents habitèrent cette île pendant quelque temps et revinrent ensuite résider de nouveau à l’île-aux-Grues ”.L’auteur paraît avoir ignoré que la famille Baillargeon habita tout d’abord à l’île-aux-Oies.Etant donné que les époux Baillargeon demeuraient à l’île-aux-Oies, lors de la naissance de leur illustre enfant, est-il plausible que ce dernier soit né à l’île-aux-Grues, comme le veut la tradition?La chose n’est pas impossible, mais voyons plutôt: Il n’y avait alors sur l’île-aux-Grues que deux proches parents de Marie-Louise Langlois, chez qui cette jeune femme aurait pu se retirer pour l’événement: Charles Langlois, son père, et Julie Langlois (1777-1865), sa soeur cadette, épouse de David Painchaud.Notons qu’Angélique Gagnon, la mère de Marie-Louise Langlois, était morte depuis douze ans, et que Charles Langlois, son mari, était remarié depuis cinq ans.Quant à la soeur de la jeune femme, Julie Langlois,-mariée depuis à peine neuf mois, elle demeurait vraisemblablement chez ses beaux-parents.Dans une circonstance comme celle-là, pourquoi madame Baillargeon aurait-elle laissé le foyer conjugal, probablement dans la maison de ses beaux-parents, à l’île-aux-Oies, pour venir à l’île-aux-Grues, où elle n’avait rien à gagner?On sait, par ailleurs, qu’à basse marée l’île-aux-Oies est reliée à l’île-aux-Grues par une batture, couverte de foin sauvage, et sur laquelle passe un chemin à peine praticable de nos jours, au printemps.La distance entre ces deux îles est de cinq à six milles.Dans l’état où se trouvait la future mère, à l’approche du 26 avril 1798, elle n’aurait certes pas commis l’imprudence de franchir en charrette une distance d’au moins sept milles, sur un chemin très mauvais.Quiconque connaît le — 131 — moindrement les lieux ne tirera pas d’autre conclusion que la nôtre sous ce rapport.Ce serait enfantin de supposer que Mgr Baillargeon ait ignoré que ses parents avaient demeuré à lhle-aux-Oies, imméaiatement après leur mariage — il avait plus de 40 ans, lorsqu’il perdit sa mère, qui cieceda le 5 août 1838, chez son fils, l’abbé Etienne, alors curé des Eboulements; et 62, quand mourut son père, le 25 décembre 1860, au presbytère de Saint-Nicolas, également chez son fils, l’abbé Etienne Baillargeon, curé de cette paroisse.Nous sommes portés à supposer cependant, que — les années aidant — les parents du vertueux prélat avaient peut-être fini par confondre les faits se rapportant à la naissance de leurs deux premiers enfants.Ce sont là des oublis, dont on a souvent l’occasion de se rendre compte, dans les dépôts d’archives de l’état civil.En effet, c’est: “ Marie Baillargeon, née le onze avril, mil sept cent quatre-vingt-dix-neuf, du légitime mariage de François Baillargeon, cultivateur à nie-aux-Oyes, et de Marie-Louise Langlois, qui avait été baptisée, sous condition, à Vîle-aux-Grues, le seise du même mois, par P abbé Griault, curé du Cap Saint-Ignace et des îles voisines”, et non pas Charles-François, le premier né de la famille.Du moins l’acte de baptême de Mgr Baillargeon, rédigé par le même prêtre, un an auparavant, n’en fait pas mention, ce qu’on ne manquait ordinairement pas de signaler dans les actes.Dans l’incertitude où il se trouvait, n’ayant peut-être jamais pris connaissance de son acte de baptême, Mgr Baillargeon aurait-il pris le parti de mentionner, dans son épitaphe, comme lieu de sa naissance et de son baptême, l’île-aux-Grues, plutôt que l’île-aux-Oies, parce qu’a-près tout, il s’agissait bien là de la paroisse dont faisait partie l’île-aux-Oies, lorsqu’il rédigea son dit épitaphe?D’un autre côté, voici ce que nous écrit, à ce sujet, un ami, originaire de l’ile-aux-Grues, où demeure encore sa famille (8) : Si la jeu- ne femme avait projeté de se rendre à l’île-aux-Grues pour l’événement attendu, soit à cause de meilleures sages-femmes, etc., peut-être serait-elle partie à la fin de mars ou au commencement d’avril, afin de profiter des chemins d’hiver, qui sont très bons.Le voyage, d’une île à l’autre, aurait d’ailleurs bien pu se faire par le fleuve, en canot.C’était autrefois le moyen de transport le plus utilisé entre ces îles.Il y a une quinzaine d’années, alors que les chemins d’hiver étaient mastiqués, des gens de l’île-aux-Oies se sont rendus à l’île-aux-Grues, en canot, pour y faire baptiser un enfant.Voilà pourquoi, à moins de preuves plus probantes, je crois que Mgr Baillargeon a mentionné le véritable lieu de (6) Aveu et dénombrement de l’Hôtel-Dieu de Québec, pour (la grosse) île-aux-Oies, rendu, le 5 décembre 1739.(Archives de la Province de Québec, Aveux et Dénombrements du régime français, cahier II, fol.693).- sa naissance dans son épitaphe, et que la tradition rapportant qu’il est né à l’île-aux-Grues, doit être maintenue ”.On ne pourra probablement jamais déterminer l’endroit précis où ont demeuré François Baillargeon et Marie-Louise Lang-lois, à l’île-aux-Oies, de 1797 à 1804 ou 1805.Depuis 1713, la grosse île-aux-Oies appartient aux dames Religieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec, de même que la majeure partie de la petite île-aux-Oies, acquise plus tard.Charles Baillarg-eon et son fils François n’y ont jamais eu de terre en propre, puisque, dès 1739, il n’y avait plus aucune concession en censive, ni antre, les dites dames faisant valoir leur dit fief, en entier par elles-mêmes (6).Par suite, à l’île-aux-Oies, les Baillargeon ne pouvaient avoir d’autres emplois que ceux d'hommes à gages ou de fermiers des dames de l’Hôtel-Dieu, ou d'engagés de ces mêmes fermiers.Il est vraiment trop difficile d’aller plus loin, heureux, cependant, d’offrir ces quelques notes à celui qui, plus tard, ne manquera pas d’écrire la vie du saint évêque que fut Mer Baillargeon.Léon Roy LES VEUVES SANGUINET “Un hasard a voulu que nous trouvions enfin le décès de Marie Hamel, veuve d’Ambroise Sanguinet, (voir B.R.H.de février 1944, pp.55 et 56).Consignons-le en addition de notre article: c'est à S.-Michel de Napierville, le 14 novembre 1889, qu’elle est décédée.L’acte de sépulture, fait le surlendemain en présence de ses petits-fils, Albéric et Dominât Robert, lui attribue 98 ans.On la vieillissait de 5 ans.” Gaston DEROME (7) Contrat de mariage, le 16 février 1767 (greffe Louet fils).De ce mariage naquirent entr’autres enfants, à Saint-Laurent, 1.0.: Judith, baptisée le 2 décembre 1767 ; Charles, baptisé, le 3 décembre 1769 ; et François, le père de M^r Baillargeon, baptisé le 2 février 1772 (obligeance de l’Institut Généalogique Drouin) — Il y a erreur de filiation; quant au grand-père de Msr Baillargeon, dans “Les Généalogies des Familles de File d’Orléans”, par l’abbé Forgues.— L’acte de baptême de Marie-Louise Langlois, dit Saint-Jean, la mère de Msr Baillargeon, née à l’Ile-aux-Grues, le 20 novembre 1770, se trouve à l’Islet.(8) M.l’abbé Robert Painchaud, professeur au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.Voici les dates de naissance des autres frères et soeurs de Msr Baillargeon : (3) Antoine, 17 août 1800 (décédé, le 28 septembre 1822) ; (4) Marie-Geneviève, 18 janvier 1802; (5) Charlemagne, 16 mars 1S03 (décédé, le 21 mai suivant) (6) Alexis, 1er mai 1804; (7) Louis-Marie, 25 septembre 1805; (8) Etienne; (9) Marguerite, 20 octobre 1809 (décédée le 9 septembre 1810) ; (10) Marguerite, 21 avril 1811; (11) Pierre; et (12) Marie-Justine, 10 avril 1814 (décédée le 18 mai suivant). — 133 — LES PREMIERS SEIGNEURS DE CH AM ELY Quels ont été les premiers seigneurs de Chambly?La question fa cile a poser, est peut-être difficile à résoudre.‘ ’ En 1925, nous avons dressé la liste des commandants du fort de Chambly, mais cette liste ne renseigne pas sur les premiers seigneurs (1).Bien que nous restions quelque peu dans l’incertitude, mieux vaut i ii umnaitie ce que nous avons afin d’aider les chercheurs " U nécefsité de se défendre contre les Iroquois inspira l’idée de construire, en 1665, des forts aux rapides de la rivière Richelieu ” (2) Uhu qui nous intéresse particulièrement fut érigé par le capitaine Jac- '’".V?de ^ U1 1.668, cet °fficier passe en France d’où il revient a I ete de 16/U.Il continue alors de commander au fort puis, le 29 oc-tohre 1672, 1 intendant Talon concède à l’estimé capitaine un fief considerable qui englobe l’emplacement du fort.Cette largesse va-t-elle attacher le militaire au sol?Non pas.L année suivante, M.de Chambly qui aime les mutations accepte detre gouverneur de l’Acadie et il vend son fief le 22 octobre 1673 à Jean de Lean sieur du Martenais (3), bourgeois de Tours.Sur la seigneurie, il y a un moulin, des granges et des bâtiments aussi trois paires de boeufs, deux vaches, un taureau, deux génisses’ trois grands porcs et deux petits.L’immeuble est estimé à 10,000 livres tournois et 1 acquéreur devra payer 500 livres de rente annuelle ou solder en une ou deux fois, à son gré.Jusqu’à l’acquisition finale le bien foncier demeurera hypothéqué par privilège spécial.En plus un parent de 1 acheteur, Jean de Leau, sieur de Lamothe, sera caution et restera au Canada.Cet important contrat est passé à Québec, en l’hôtel de MKr le comte de Frontenac, gouverneur du pays, lequel signe avec M.de Cham- blv, les deux sieurs de Lean.M.de Saurel et le notaire Pierre Du- quet(4).Pétard, au mois d’octobre 1674, Philippe Goyau, procureur cle Al.de Chambly concède quelques terres en la seigneurie vendue ( a ), ensuite, le 24 novembre, Jean de Leau de Lamothe fait à son tour des concessions.(Il B.R.H., 1925, p.453.!“] ®ulte et °- Malchelosse.Le fort do Chambly.Dumantré ^ ^ d°Ut nous devons co*,ip * M.Léon Roy, ce bourgeois aurait signé Toun n°US a m fournl pur M- w‘on Uoy.Les deux Do Leau, négociants de l'ours faisaient commerce avec le Cnnnda depuis 1666.LO Adhemnr, 12 au 17 octobre 1674 134 — En 1676, le sieur de Leau-Lamothe paraît endetté; il retourne en France et abandonne ses droits à Gédéon Petit dont le nom reviendra ci-après.Le fort de Chambly, a-t-on dit, était alors devenu un poste de contrebande (6).Avec l’année 1677, M.de Chambly revenu à Québec, rend la foi et hommage le 1" novembre, ce qui indique qu il a repi is la propriété de sa seigneurie.> % .Que se passe-t-il ensuite?Le 11 mars 1679, étant à Paris, M.de Chambly fait cadeau de son fief à demoiselle Marie-Françoise Thava-net.Le seigneur, plutôt nomade, prévoyait sans doute qu’il ne reverrait plus le Canada; l’exploitation d’une seigneurie l’intéressait peu et il aimait autant la donner à une personne qu’il estimait et qui était peut-être sa parente.En 1680, M.de Chambly change de climat, il devient gouverneur de la Martinique où il termina sa carrière en 1687 (7).Qui représente Mademoiselle Thavanet au Canada depuis qu’elle est seigneuresse?Serait-ce M.de Saint-Ours?Or voici du nouveau.Le 17 mars 1689, Joseph Hertel, sieur de la Fresnière, au nom et comme procureur de “damoiselle Marie-Françoise Thavanet, fille majeure”, présente à l’intendant Bochart de Champigny une requête en laquelle il déclare que M.de Chambly ayant fait donation à ladite demoiselle de sa terre et seigneurie, ledit Hertel a voulu en prendre possession officiellement.Pour ce, il a amené un notaire qui en a dressé acte le 12 février 1688.Par ce document, il s’est approprié la maison et manoir seigneurial.Des bestiaux, il ne s’en trouvait plus qu’un boeuf, une vache, et deux taureaux.Les autres animaux ayant été tués et mangés par les Iroquois de La Prairie, M.de Saint-Ours, qui prétend être le fermier de la seigneurie, réclame les animaux vivants et il possède aussi tous les ustensiles et meubles mentionnés en un inventaire qu’en a fait faire Gédéon Petit qui l’a précédé en ladite seigneurie.Le requérant réclame les animaux, en plus il demande que Sa Majesté le Roi paie le prix des animaux tués par les Iroquois (8).La seigneuresse Thavanet décéda en ou avant 1694 et elle devait avoir passé partie de ses biens à une demoiselle Elisabeth de Masselin, car l’une et l’autre laissèrent leur avoir à Marguerite-Joseph Thavanet (9), mariée à Joseph Hertel de la Fresnière et celui-ci, le 11 octobre 1694, rendit la foi et hommage pour la seigneurie de Chambly dont il était possesseur par sa femme.(0) B.K.H., 1925, p.454.(7) B.R.H., 1910, p.322.(8) Cette requête est conservée dans les archives judiciaires de Montréal.(9) Ce nom est écrit Thauvenet dans plusieurs actes.MBr Tanguay a fait erreur en disant, vol.I, p.305, que ce fut M.de Chambly qui donnn sn seigneurie à Madame Hertel.Celle-ci, on l’a vu, hérita d’une Thauvenet ou Tavanet qui était probablement sa soeur. — 135 — A partir de cette date M.P.-G.Roy, dans l'Inventaire des fiefs et seigneuries, vol.II, p.196, nous fournit les noms des divers personnages, français ou anglais, qui furent successivement propriétaires de cet historique bien-fonds.E.-Z.M a ss I COTTE LA CHAPELLE DES MATELOTS À SAINTE-ANNE-DEBEAUPRÉ Charland, O.P.“Madame Saincte Anne, 3 vol.I — Autorités : (BRH: Bull, des Rech.Hist.) A) qui rejettent la légende: (comme fait historique) » bLS- S- “H!st de AColonie française au Canada”, V.11, pp.Z JS, 362.Toutes ces suppositions ne sont appuyées sur aucun fondement certain”.Charland, III, 554.Q b) Jouve> p-i : “Ee Frère Didace Pelletier”, pp.82, 84, 93: Charland, III, p.456: “Si les habitants en 1658 souhaitaient avoir une chapelle, c est qu ils n’en avaient pas encore”.c) Gaulier, abbé: “Canada, Perche et Normandie” (1900) : “Ces Percherons, presque tous établis là, reportèrent sur Beaupré, l’affec-bonqu ils avaient eue pour le sanctuaire de Ste-Anne du Carrefour, en Perche.” BRH : v.7, p.216.PDT.rd)i nagn^’r Philéas’ archiviste: “Une vieille famille canadienne”.PKii, 17, p.275.Même texte.e) Roy, P.-G.: “Toutes Petites Choses” (1944), p.92: “Ce n’est la qu une legende.Les conclusions du P.Bélanger, ne nous ont pas absolument convaincu.” B) qui ignorent la légende: ou hésitent: Lcdne, R.P.C.Ss.R.Catholic Encyclopedia: “Anne, S.-A.ûe Leaupre , pas un mot. 136 — b) Ferland, historien, curé de S.-A.-de-Beaupré, après M.de la Tour et M.Hubert.“Une modeste chapelle, probablement en souvenir de S.-A.d’Auray.” Hist, du Can., I, p.437.c) Lejeune, O.M.L, Diet.gén.du Canada, II, p.572: “Telles sont les origines authentiques”: il ne parle pas de la chapelle du voeu.d) Charland, R.P., O.P.“Le Culte de sainte Anne en Occident”, (III, p.410): “Passons vite, puisque l’érudition ne veut plus que des matelots.aient fait voeu”, p.410.“Qui empêche que M.Lessard ait fait voeu.?, p.410.En tout cas, les archives:“L’auteur corrige aimablement nos erreurs de 1898, 1904.(il s’agit du P.Jouve, A), a), Id., p.410.e) Lamontagne, R.P.C.Ss.R.(anonyme) Annales, 1905, p.69: “Vraisemblablement.(p.72).ils se seraient abandonnés.aurait déterminé Lessard, et.n’a-t-il pas eu en vue?De là l’origine.chapelle aurait été bâtie.?le fait est, dès qu’il y eut une église.les matelots.f) Simard, R.P.Joseph, “Guide du Pèlerin”, 1907, (anonyme), (p.3) : “Quoi qu’il en soit de la valeur historique de cette tradition, un fait certain c’est que.” _ N.B.—On peut ajouter à cette liste: Morel, abbé Thomas, curé de Ste-Anne de 1661 à 1667, qui fut appelé lui-même à transporter la prétendue “chapelle des matelots” de la grève sur “le bord du coteau”, et qui fit le récit circonstancié des premiers miracles, n’en dit pas un mot.Incarnation, Vén.Marie de, parle en 1665, des miracles de Ste-Anne, sans faire mention de la prétendue chapelle.Laval, MKr de, n’en parle pas davantage en approuvant le livre de M.Morel, en 1680.Les seules autorités en faveur de l’historicité de la tradition, deux : 1) La Tour, Ls-Bertrand, abbé, (1700-80).M.de La Tour, qui d’après MBr Têtu, BRH, v.14, p.22, semble avoir eu de “remarquables talents pour la chicane”, demeura à peine deux ans à Québec, (de 172931 ) où il occupa toutes sortes de positions.Après être retourné en France, en 1631, il s’y livra à la prédication, et publia 20 volumes de ser- — 137 — nions, etc.et 20 volumes de réflexions, etc.Ce n’est qu’en 1761 30 ms apres son séjour à Québec, et plus de 100 ans après les é -én I mon s de Beaupré, en Europe, à Cologne, loin des sources de renseignement.',, qu il en traite, indirectement, dans les Mémoires sur MBr de I a ?!’ m Sans PfefuYe ni ^férence, ni même de date qu’une ei.,i|Kllc fut bâtie pour satisfaire la dévotion des matelots” Cf I eieu ne, Dictionnaire : La Tour”.' ' ' JLU~ N-R-1) Semarllue: M- * te Tour ne dit pas: par les matelots, ni.pour accomplir un voeu 2) ?LrXte SUifit i?eine à justifier une opinion, non à établir une these historique.2) M.Hubert curé de Ste-Anne, 1767 à 77.plus de 100 ans après les événements, ne fan que répéter la légende, sans y ajouter plus S portance, et en y mêlant une erreur manifeste: (contraire à l’affirma tion catégorique de la donation de Lessard) : “avant 1660.il y eut une chapelle bâtie par les matelots dès le commencement de la colonie.” “U B' a Am,e" P- 39' ^ II — Arguments 1) Le grand et décisif argument contre la chapelle des matelots ZLTZZt!: d0mtim “e « ‘'tecumentcomem- " ' voTmtéacheaSe°,n taW*aMS °nl depuis '«nfïtemps d'a- 2) crèments1SSent aSS'Ster aU divin serviœ et Participer aux sa- taairèmfnt!re.de Die“ * S°" ServiCe” ’ ‘ ' Lessard donne ™‘ avait existé TJJZT* ^ matelotS « ]tur voeu, pourtant, si la chose bule.’ L d en aurait certainement parlé dans ce long préam- ne (Perche Ste:Al.lnepaient des gens venant surtout de l’Or- quemate ots^T de> Normandie’.et d™c plutôt cultivateurs • ’ ^Cssaid lui-meme, étant de Séez, (diocèse) c-à-d.de l’Or- ’L aU 11011 pas matelot, mais “enseigne de milice”, B R H, 33, p.549. — 138 — 3) D’ailleurs, à cette époque, la dévotion à sainte Anne était la 'dê* votion à la mode : A ce sujet, MBr Laval lui-même ne ciaignait pas d écrire, dès 1680: “Nous affirmons avec certitude, que tous les habitants de cette contrée ont (feruntur) pour sainte Anne (divam Annam), une dévotion spéciale qui les distingue de tous les autres peuples.” Inutile donc de rechercher un fait extraordinaire aux origines.Les Jésuites et les Sulpiciens, les gens de S.-A.du Carrefour, en Normandie, comme ceux de S.-A.d’Auray en Bretagne, tous ont travaillé à garder cette dévotion à Beaupré et dédièrent leur église à S.Anne.Conclusion : Il semble, que pour un esprit désintéressé, il y ait moyen de bien expliquer tous les documents historiques et de concilier en même temps toutes les opinions des auteurs, en résumant le débat a ces 5 points : 1.les colons se construisirent une chapelle, parce qu’ils en avaient besoin; 2.ils la dédièrent à s.Anne, parce qu’ils venaient tous de la France où cette dévotion était à son apogée, et de régions (Auray, le Carrefour) où il y avait des centres de pèlerinage en .son honneur ; 3.cette chapelle qu’ils considéraient déjà comme miraculeuse, comme celles-là de France, le devint tout à fait à partir du miracle de Guimont, et des autres notés par M.Morel ; 4.cette chapelle, ou plutôt la seconde, fut “appelée” dans la suite, “chapelle des matelots”, parce qu’elle fut fréquentée par de nombreux matelots, et que “arrivés là”, selon Kalm”, ils en avaient fini avec les dangers de la navigation”, (qui se faisait toute par le nord); l’imagination populaire en conclut facilement qu’elle dût être aussi bâtie par des matelots ; de là, les assertions de MM.La Tour et Hubert.5.c’est en ce sens qu’on peut encore aujourd’hui l’appeler chapelle des matelots.Ainsi se trouvent conciliés, dans la justice et la paix, opinions et auteurs: Justitia et Fax osculatae sunt.Ps.84, 11.A.X. — 139 — RÉPONSE ‘‘FT'vü p “Fr0,f” (mai >944- P- 135> - L« foyoUque les officiers de 1 Ile Royale réclamaient de Bigot, étaient à n’en pas douter des fayots ou fallots, espèce de haricots que l’on appelle communément petites feves dans la province de Québec.Le mot fayot, (prononcé fayot en certaines parties de la France), du latin phascolus s’emploie encore couramment en Acadie., JvCs fay°ts salés devaient donc être des haricots en gousses, salées a la façon de nos “ petites fèves” en conserve.Voici ce que dit, au mot fayot, Pascal Poirier, dans le Glossaire acadien : Les Acadiens ont pris ce mot en Touraine et l’ont transplan- te en Amérique.C’est un mot de race, nonobstant le peu de cas „ (lu cn fom messieurs les Académiciens.La vieille langue populaire le (( connaissait et 1 employait à cote de favcrolc, de fasêolc, faciol hlwico-„ k et d?fam°\ Seulement elle l’écrivait faillot.Ce légume bienfai-„ fnt s aPPelle faV°le a Geneve, fia joie à Lyon et, à Cambrai, fa note.u .ouvriers de Paris l’appellent et le prononcent fayot, seulement les scribes epellent le mot fayot.Le fayot diffère de la fève Mûr il „ fou''”]t un fru,t beaucoup plus petit.On le rame ; ce que la fève ne souffre pas; et puis il se mange vert, avec son écosse.” YVîîf !T ttwtTr«U".Uf'0esicOUrantdansla lanSue populaire du , et du XVI11 s,edes, qu’il doit se rencontrer en plusieurs autres documents canadiens du temps.René BAUD R Y, c.s.c.LE MARIAGE MANQUÉ DU CHEVALIER DE BEAUHARNOIS Plusieurs membres de la noble famille des Beauhârnois ont été meles a notre histoire.Citons parmi les plus importants: de Beauharnois, intendant de la Nouvelle-France, de 1/tV a 1/05.C‘larles de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France, de 17^6al747.Guillaume de Beauharnois du Colombier, chevalier de Beauvillé, officier des troupes, qui vécut au Canada de 1702 à 1705.Claude de Beauharnois, capitaine d’un vaisseau du Roi, qui vint au anada plusieurs fois et fut le premier seigneur de Villechaune ou ffeauharnois. — 140 — Jeanne-Elisabeth de Beauharnois, qui devint l’épouse de l’intendant Michel Bégon et suivit son mari dans la Nouvelle-France.Ces quatre personnages étaient frères et madame Bégon était leur soeur.' ., Deux ou trois autres Beauharnois de moindre importance vécurent aussi ici pendant quelques années.Mentionnons-en un qui occupa un certain rang dans la hiérarchie militaire de la colonie.Le chevalier de Beauharnois était le fils de Claude de Beauharnois, premier seigneur de Villechaune, et de Renée Hardouineau.Conséquemment, il était le neveu du gouverneur de Beauharnois, de l’intendant de Beauharnois et de madame Bégon.Né à Rochefort le 16 janvier 1717, il se destina à l’armée.A l’âge de dix-sept ans, en 1734, le jeune de Beauharnois obtint une commission d’officier dans les troupes de la marine et passa dans la Nouvelle-France la même année.Son oncle, Charles de Beauharnois, était gouverneur de la colonie depuis huit ans.M.de Beauharnois n’avait pas d’enfant.Veuf, il vivait seul au château Saint-Louis.Il versa toute son affection sur son neveu.Le jeune officier la méritait.Sage, studieux, sans fortune, il avait la légitime ambition de se créer une belle situation dans l’armée et il agissait en conséquence., Mais un officier de dix-sept ans ne passe pas toutes ses journées et encore moins ses soirées dans les livres qui touchent le métier des armes.De plus, le château Saint-Louis où il habitait avec son oncle était bien vide, bien désert, à part les jours de réceptions officielles puisque le gouverneur y vivait à peu près seul.Et le Québec de cette époque était gai, presque farhilial.Son étendue était si peu considérable que toutes les bonnes familles se connaissaient et se fréquentaient.Le neveu du gouverneur, on peut le croire, était reçu dans tous les salons avec plaisir, avec cordialité.C’est dans une de ces réunions mondaines que le chevalier de Beauharnois rencontra mademoiselle Lajus.Belle, aimable, enjouée, elle avait toutes les qualités ou les dons pour conquérir le coeur d’un garçon de dix-sept ans, éloigné des siens.C’est ce qui arriva peu après les premières rencontres des deux jeunes gens.Ils se jurèrent un amour éternel.Mais l’oncle était là.Au début, il s’était peu occupé de ces amours d’enfants.Il croyait que cette passion aurait la durée d’un feu de paille.Un mariage entre le chevalier de Beauharnois, fils de famille, destiné à une haute situation, avec la fille d’un humble citoyen de Québec, roturier et probablement sans biens, n’était pas possible.Les préjugés ou, si l'on aime mieux, les sentiments du gouvernement du Roi étaient encore plus opposés à ces mariages que les familles nobles elles-mêmes.Quel- — 141 — ques années auparavant, le ministre de la marine n’avait-il nas vertement blame Mgr de Saint-Vallier pour avoir passé outre à l’opposition du gouverneur de Vaudreuil au mariage de son neveu M de LanH gnac, avec mademoiselle Martin de Lino?hn tout cas, aussitôt que le gouverneur de Beauharnois constata que les sentiments de son neveu pour mademoiselle Lai us ne clnn "“'TSH * TV,7«S fra,'K'S ',"0yenS >,0,,r s(Parer les amoureux" A I automne de 1738, le chevalier de Beauharnois s'embarquait à Qm'bee pour a France.Il avait un “congé” d'un an.L’oncle espérait que 11 officer oublierait pendant son séjour là-bas sa flamme québécoise.• lais c est le contraire qui arriva, comme nous le voyons par une lettre "iir elre bien certain que son neveu n’épouserait pas mademoiselle La-jus aptes son depart, il 1 amena avec lui.Comment finit cette histoire d’amour?L’absence et l’éloignement sont les meilleurs calmants des grandes passions.h ucs (H Bulletin des Recherches Historiques, année 1010, p.264. — 142 — Fait comte de Roches-Baritaud en 1750, il prit du service dans la marine et voyagea.Six ans après son départ du Canada, en 1753, il épousait Marie-Anne-Françoise Mouchard de Chabau, celle qui fut connue un peu plus tard dans la littérature sous le nom de comtesse Fanny de Beauharnois.Chef d’escadre en 1766, le*comte de Roches-Baritaud décéda quelques années plus tai d._ _ Maintenant il s’agit de savoir qui était cette demoiselle de Lajus pour laquelle le chevalier de Beauharnois avait conservé une passion extrême pendant au moins dix années.A l’époque où le chanoine Hazeur de l’Orme écrivait à son frère la seule famille de Québec qui portait le nom de Lajus, était celle du chirurgien Jourdain Lajus.L’excellent chanoine qui tirait du grand mettait des "de” à peu près à tous les noms de ceux dont il s’entretenait avec son frère.Le chirurgien Lajus ni aucun des membres de sa famille n’avaient droit à la particule et ils ne l’ont jamais mise à leur nom.Jourdain Lajus de ses deux mariages avait eu vingt-quatre enfants, seize garçons et huit filles.Comme la plupart de ces dernières décédèrent en bas âge ou avant 1738 il est relativement facile d’identifier celle qui attira l’attention de l’officier de Beauharnois et gagna son amour.Pour nous, c’est Elisabeth-Simonne née à Québec le 22 avril 1719.Conséquemment, elle avait deux années de moins que son soupirant.t „ Au départ du chevalier de Beauharnois pour la France en 1747, mademoiselle Lajus était âgée de vingt-huit ans.Ceux qui amusent les jeunes filles pendant des années et ensuite les laissent en plan se rendent-ils compte du tort qu’ils leur font?Dans le cas de mademoiselle Lajus, heureusement, le mal ne fut pas irréparable.Trois années après sa rupture avec M.de Beauharnois, un nouveau parti se présenta.Victor Almain, écrivain ordinaire de la marine, employé dans les bureaux de l’Intendance à Québec, un des bons partis de la colonie, demanda mademoiselle Lajus en mariage.Leur union fuQbé-nie à Québec le 16 octobre 1750.M.Almain décéda un peu après 1759, et sa veuve contracta une nouvelle union, à Saint-Joseph de Lévis, le 2b octobre 1769, avec Louis Couillard des Ilets, co-seigneur de la Rivière du Sud, veuf de Catherine Lepage.Madame Couillard décéda à Québec le 27 février 1796, à l’âge de 76 ans., Etrange destinée tout de même ! Si mademoiselle Lajus avait ete épousée par le chevalier de Beauharnois elle serait devenue par alliance la tante de cette créole connue dans l’histoire sous le nom de l’impératrice Joséphine.En effet, avant d’être mariée à Napoléon Bonaparte, Joséphine Tascher de la Pagerie avait été mariée au vicomte de Beau-harnais qui mourut sur l’échafaud pendant la Révolution.Le nom Beau-harnais est une déformation du nom Beauharnois.P.-G.R. — 143 — UNE TRAVERSÉE DE L’ATLANTIQUE EN 1763 C eux qui ont fait la traversée de l’Atlantique dans les luxueux paquebots d’avant-guerre munis de toutes les commodités des grands hôtels peuvent difficilement se faire une idée des ennuis et des incommodités des navires qui faisaient le voyage entre l’Europe et l’Amérique il ) a deux siècles et plus.A bold des paquebots modernes, la traversée se fait en quelques jours, six ou sept au plus.Les traversées de jadis ne s opéraient pas en moins de trois ou quatre semaines et parfois plus.Nous avons sous les yeux le contrat intervenu le 3 juillet 1763 entre le sieur Nicolas Lemesurier, maître du navire le Dauphin, de Guer-îuscy, et un ccitain nombre de Canadiens qui voulaient passer d’Angleterre au Canada.La plupart de ces Canadiens étaient des anciens officiers des troupes de la marine, transportés en France en vertu des capitulations de Québec et de Montréal et qui voulaient revenir dans leur pays.Nicolas Lemesurier s’engageait à les conduire de Londres à Québec dans le Dauphin.Il devait leur donner la nourriture ordinaire de son équipage.Comme extraordinaire il embarquait à bord de son vaisseau 25 jambons, de 15 à 20 livres de poids, 180 poules, 15 moutons, une demi-barrique d’eau de vie, 100 livres de beurre, 8 livres de thé et 8 livres de café, 35 livres de sucre et trois cochons gras.Comme breuvage Lemesurier s’engageait à fournir à ses passagers de la bière et du cidre! A première vue, ces provisions paraissaient amplement suffisantes pour moins de vingt passagers mais il ne faut pas oublier que la traversée pouvait durer plusieurs semaines.Le Dauphin était un navire de commerce ordinaire peu ou pas aménagé pour lecevoir plusieurs passagers.Les Canadiens devaient faire la traversée dans l’entre-pont et aménager à leurs frais les cabanes (sic) dont ils auraient besoin pour se loger.Le contrat est signé d’une part par Nicolas Lemesurier et de l’autre par MM.Monteroy, le chevalier de Niverville, M.de Sabrevois, M.Hertel, M.de la Chevrotière, M.Meyer, M.Bertaud du Boishu, Piedmont, Montesson fils, Schindler, Boucher de Montizambert, Bouvet, Bleury, Baby, Juchereau Duchesnay.Quatre domestiques accompagnaient les passagers.^P115 4ïnorons à quelle date les Canadiens arrivèrent à Québec, mais 1 important est qu’ils revinrent au pays.Ce document prouve une fois de plus que si, à la Conquête, un grand nombre de Canadiens pas-sei eut en b rance la plupart revinrent dans leur patrie quelques années plus tard. — 144 — UN PROTÉGÉ DE LONGFELLOW Ce n'est pas d'hier que les Canadiens français vont compléter leurs études aux Etats-L'nis.En 1845, Elie Lacerte, d'Yamachiche, terminait son cours classique au séminaire de Nicolet.Lui et son cousin, L.-L.-L.Désaulniers se rendirent à Boston (Cambridge) pour y étudier la médecine, à Harvard.Le fameux poète Longfellow était alors professeur de langues mortes à cette institution.Le ieune Lacerte.fils d'un cultivateur peu fortuné, avait outre l’ambiti n d’arriver, le talent, et l'amour du travail.Il ne possédait à peu près pas d’anglais, mais il eut la bonne fortune de connaître un brave ministre protestant qui se lia d'amitié avec lui.Il ne lui cachait pas son admiration des prêtres qui pour quelques piastres instruisaient les jeunes Canadiens.Après sa première visite, en le quittant, il lui dit: " call again Ne sachant pas ce que cela signifiait, il s’empressa d'aller consulter son dictionnaire.Cette année-là, on inaugurait le monument de “ Bunker Hill Le president des Etats-Unis y figurait au milieu d’un grand déploiement militaire.En passant sur la Tremont Street avec son cousin, quelle ne fut pas leur étonnement d’y lire sur une enseigne " Dr Migneault ”.La curiosité les poussant, ils entrèrent et furent reçus par le secrétaire du médecin, un jeune Pacaud (oncle d’Ernest Pacaud, le futur journaliste politique).Le bon ministre présenta notre compatriote à Longfellow qui ne tarda pas à découvrir chez lui des talents pédagogiques, et l’installa comme professeur de français de la fille du gouverneur de Massachusetts.avec un salaire substantiel.Ses études médicales terminées, il s’établit à Cambridge dans un centre irlandais.Tout alla bien pendant quelque temps, jusqu’au moment où survint un médecin, frais déballé d’Irlande.Au prône et en particulier, le curé de la paroisse moussa si bien le nouveau venu que notre Canadien dut déguerpir.I! s'installa à Yamachiche, où la clientèle était clairsemée et peu rémunératrice, puis, il se livra au commerce, et il en fit un succès.Député de St-Maurice, pendant quelques années, à Québec et à Kingston, il termina sa carrière agent des biens des Jésuites, aux Trois-Rivières.Contemporain de Mgr Laflèche, on le voyait souvent arpenter la rue Bonaventure, avec le vieil évêque.C était un lettré qui nous récitait volontiers les fables de Lafontaine, les vers de Virgile et d’Horace.E.L. — 145 — LAMENNAIS ET LE CANADA On a déjà écrit que Lamennais dans sa révolte contre l’Eglise avait eu quelques partisans au Canada même parmi les membres du clergé Us ne furent pas nombreux, heureusement.On compte parmi ceux-là 1 abbe Louis Laud, ancien curé de Saint-Jean-Baptiste de Rouville.' ‘ ccrit daas son Répertoire du clergé canadien qu’en , .
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