Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1950, avril
Vol.56 Lévis — Avril - Moi - Juin 1950 Nos 4-5-6 LE BULLETIN DES recherches Historiques O notre Histoire, écrin de perles ignorées Je boise avec amour tes pages vénérées DIRECTEUR ANTOINE ROY Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix de l'abonnement: $3.00 par année.DIRECTION ET ADMINISTRATION 2050, Chemin Gomin, çaikjtc cnv r.SOMMAIRE Pages 67 71 78 90 98 LETTRE DE TALON AU PÈRE ALBANEL (1671).JACQUES ROUSSEAU et ANTOINE Rnv i _ 1° Baie d'Hudson .~ M'SS,on Po,lfi9^ du Père Albanel à LOUIS RICHARD - La famille Loedel.HUBERT LETOURNEAU - Historique d'un Monument (suite).SIGNATURES et PARAPHES “TCol,ONN#ULT* '» “ "°N0,IUS "»»"• - U «ü»'^.UBALDE .AUD», _ ^ A|„ondre B|jœ =t a ^.LÉON ROY - Joseph Mignau dit Aubin." wmmm -E'* u «c «aU„C! A„IÏÉ 1,3 Gérard morisset___c.,.'28 Ecritures Notariales.CHANOINE ÉMILE CHARTIER a - près I Affaire de Saint-Denis".ion QUESTIONS et RÉPONSES 11 12 13 143 LETTRE DE TALON AU PÈRE ALBANEL — 1671 — c*j i noujn Gu.an (^L^eiurcnb ^ tinon ct'tJ’ctfnJtitiL- */'tjftJ amm turnon JcuUCmrnArQccjury /cu/y t.^6o uh_J9 e____________ '0olitierrt', SrlcJ T9 eJ^Jtnurri Joey y_ u&Hjj 'remit u ¦fyc/a Me tirant en CteaOti^ tS ejtu^cj?foutut amUCtjtrurjcS— Th>uj ¦ye'OS?ctn#ra./* tuu.&i4 Qayis ct^hnu^/ £& jb&r ct> Ÿ’-U’^tape }C-qyAtp-*ÿ SuiûryZ'T-J O'H'fàrmtou^ BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.56 Lévis — Avril - Moi - Juin 1950 Nos 4-5-6 La Mission Politique du Père Albanel à la Baie d'Hudson Par JACQUES ROUSSEAU et ANTOINE ROY fcyiN novembre 1670, l’intendant Talon annonce à Col-mlj bert ( 1 ) que des Indiens ont vu deux vaisseaux euro-M ^ péens dans la baie James.Sous la conduite de Chouart des Groseilliers et de son beau-frère Radisson, les Anglais venaient de s’établir dans la “mer du nord’’.Les deux coureurs des bois avaient eu des ennuis avec le gouvernement de la Nouvelle-France.Celui-ci s’était emparé en 1660 du produit de leur traite, le plus fort amoncellement de fourrures qu’on ait vu encore dans la colonie.Ne pouvant obtenir justice ni au Canada ni en France, ils avaient mis leurs services à la disposition du roi d’Angleterre.C’est ainsi que débuta la Compagnie de la Baie d’Hudson, sous la présidence du prince Rupert, son premier gouverneur.(2) Aussi Talon décide-t-il d’y faire (1) Lettre reproduite par Margry, Découverte et établissement des Français dans l’ouest et dans le sud de l’Amérique septentrionale, 1:83-85, 1875.(2) Sur l’histoire de la fondation de la Compagnie de la baie d’Hudson et le rôle de Radisson et des Groseilliers, voir surtout: Nule, Grace Lee.Caesars of the Wilderness.Medard Chouart, sieur des Groseilliers and Pierre Esprit Radisson, 1818-1710.386 pp.New York, 1943.71 — 72 — "passer par terre quelques hommes de résolution pour inviter les Kilistinons.de descendre chez nous”.Le choix se porte sur le père Albanel, missionnaire jésuite, et le sieur de Saint-Simon.(3) Ils doivent “faire des mémoires sur tout ce qu ils découvriront, lier commerce de pelleteries avec les sauvages et surtout reconnoistre s’il y a lieu d’y faire hiverner quelques bastiments.” Talon ajoute qu’il a donné commission au sieur de Saint-Simon de prendre “possession réitérée de ces territoires au nom de sa majesté.Le père Albanel part le 6 août, avant le sieur de Saint-Simon, pour aller choisir à Tadoussac un bon guide.Une fois rejoint par son compagnon, départ pour le lac Saint-Jean, où le 17 septembre, ils rencontrent cinq canots d’Attikamègues et de Mistassms qui leur apprennent que deux navires ont mouille dans la baie d'Hudson et fait la traite avec les indigènes.Le pere Albanel n’ayant pas de passeport envoie donc à yuebec un français et deux sauvages pour en quérir de M.Ief Ct demander des instructions.(4) Le 1er juin l%27,A-u™f ?art du lac Saint-Jean pour la baie d’Hudson et Jean ,l" ‘ 6 * mCme année’ d est de «tour au lac Saint- nourr'Mi'r 3 ^'i1,CU ^ raconter ici Par le menu le vovage.On poi ra lire sur le sujet une etude parue récemment et qui rende Te, "lrr,ï hTa|,T du *re Albanel, une description - yaffes et 1 analyse idéographique du premier.(5) archivinîildLP|réCitée dtair strus presse quîmd M.Antoine Rov, Talon à A hanelT’hf ¦ Qï®*'- une lettre dé sur dès afneT l',, T J' , TT?« »" jour nouveau 12 août 1671 avait V,L'( '' a J3le d Hudson.Cette lettre du Sim™ narn,n dé n ,Trem,SC pa^.Talon Sieur de Saint-doussac En void ktexte.P°Ur " rejoi,,dre Alb™el à Ta- ProvinL J,?‘ f archiviste de ta (•») D’après 1,.Journal ,1„ A„?SSl,dans ilnrory, op.cit.Jésuites do 1671-1672.Voir 7ViL„7r* dnns 1,1 Relation des (t>) Rousseau, Jncnnes Tue , : ' à In baie James en 1672 et 1674 Rerue ^1,)aneI au lac Mistassini et 3, No 4, mars 1950.‘C d Rm°lrc ^ VAmèriquc française, vol. — 73 — Mon Reverend Pere A Quebec ce 12.aoust 1071.on, ?r; de S‘.si“on Sebastien sont partis plus tard que Je n’aurois souhaité, la recherche quil a fallu faire de deux fusils de service nous a qUt ‘\ne.tem|>H' Afals j’estime ‘lue si le vent qui soufle au commancement de leur navigation dure seulement vingt quatre heures ils seront assez tost rendus auprès de vous.n de 0o"!Ixir^ n remP,v le mémoire que vo\ luy avez laissé avec toutte lexactitude quil a pA si quelq.’ chose y manque (qui ne peut estre considerable) cest parce quil ne s'est pas trouvé, On v a adjousté ce qu ont trouvé a propos le ¦».de B‘.Simon et Sebastien, ce dernier a vft emballer une bonne partie des denrées, je croy que vo’ en serez content et que vo .trouvez suffisamment non seullement de quoy faire la despense de vostre voyage mais encore des presens aux Sauvages sil vo’.reste des denrées ce q,le J0’ e8tJmerez devoir se faire elles seront a votre dispos on, bjt le sr.de S .simon quoy que je luy aye recommande loeconomie qui se peut faire honnestement po’.remplacer les cousts et faire quil ne soit point a charge au Hoy n’en usera que comme vo’.le desirerez mas-seurant fort que touttes choses seront tousjo’.bien dispensées quand elles le seront i>ar vos ordres.Avec un homme moins esclaire que vous je me serois plus estendu dans mon instruction Mais je renferme mes espérances en ce peu de mots Mitte sapientem et Nihil dicas et je prie dieu de tout mon coeur quil bénisse vostre voyage, quil vo’.accompagne de son ange Et quil ramenne remply de lumières et de satisfaction cependant souvenez vous de prier dieu po’.moy aini.v que vo’.me lavez promis vo’.asseurant que jemployeray en eschange quelq’.bonnes âmes po*.le prier po’ vous Je vo’.embrasse et suis Mon Reverend Pere Vostre très humble et très affectionne serviteur TALON Donnez moy de vos nouvelles autant et si souvent q’.vo'.le pourrez.Je nay pas jugé a propos de vous envoyer des canots parce que jay craint quils ne se fussent brisez, je vo’.envoyé un ordre po’.en prendre de Mr.S*, denis ou des sauvages damitié ou de force Si joublioia a vous dire a”>l est de consequence que vo’.tascliiez a faire le voyage que vo’.allez entreprendre po’.estre de retour lannée prochaine ou bien si vo’.prenez le tour que vo’.dites faites en sorte que jaye de vos nouvelles dans ce temps la parce quil faut que je sache que vo’.avez fait dans vostre voyage, Envoyez un homme exprès.Ce document appelle quelques commentaires.1.La recherche de deux fusils de service par l’intendant de la Nouvelle-France, — somme toute le premier ministre de la colonie, — a quelque chose de réjouissant et de pénible, à la fois.Si ce passage ne révélait pas l’état de pauvreté de la co- — 74 — Ionie en 1671, on se croirait en pleine opérette.Non moins révélatrice cette recommandation d’économie au sieur de Saint-Simon “pour qu’il ne soit point à charge au Roy”.On construisait Versailles alors! Or, aujourd’hui, à une époque où le coût de la vie est si élevé, un voyage en canot aller et retour entre Québec et la haie James coûterait environ $2,000.dont $1,100.pour six guides mistassins et $700.pour la nourriture des guides et trois Blancs.A l’époque d’AJbanel, par contre, on obtenait aisément des guides pour leur provision de tabac et un cadeau insignifiant.Quant à la nourriture, elle provenait surtout de la chasse et de la pêche.2.Le notn du deuxième compagnon français du père Albanel pose un problème.Le sieur de Saint-Simon le mentionne lors d’une enquête en 1688 (6), mais la transcription défectueuse de la copie accessible ne permet pas de l’identifier correctement.On lit Pennara ou Pennasca.Il s’agit peut-être de Sébastien Provencher, baptisé en 1628, d’après Tanguay, et dont les trois enfants naquirent en 1664, 1670 et 1673.Thomas Chapais (7) prétend que le compagnon d’Albanel et de Saint-Simon était un “autre Français nommé Couture.Ce Couture, continue Chapais, était le fils de Guillaume Couture, ambassadeur de M.de Tracy à Orange en 1666.” Or, d après Tanguay, aucun fils de Couture ne se nommait Sébastien.La lettre de Talon n’apporte aucune précision.Toutefois, 1 indication du prénom seul suggère qu’il s’agit d’un domestique ou d’un homme de peine.3.Albanel est le chef de l’expédition et Saint-Simon en est le subalterne.C est ce que révèlent la fin du deuxième paragraphe ( le Sr de St.Simon.n’en usera que comme v" le desirerez masseurant fort que touttes choses seront toujo* bien dispences quand elles le seront par vos ordres” ) et surtout le troisième paragraphe, alors qu’il écrit: “Avec un homme moms esclaire que vous je me serois plus estendu dans mon instruction, mais je renferme mes espérances en ce peu de mots Mitte sapienten et nihil dicas”, c’est-à-dire “soyez sage (6) Pour référence, Voir Rouxseau, op.eit n„.(7 Thomas- Jean Tnlon, intendant de la Nouvelle-France.Québec, 1904. 75 — et ne dites rien”.Tout laisse croire que le Sieur de Saint-Simon n’est qu’un aide destiné à porter la responsabilité des événements d’ordre politique.Les documents officiels déjà connus présentaient le sieur de Saint-Simon comme chargé de mission politique, quand en réalité il n’est que l’adjoint d’Al-banel.La dernière phrase du post-scriptum, d’ailleurs, ne semble pas laisser de doutes sur ce point.En effet, c’est d’Albanel, et non de Saint-Simon, que Talon attend des nouvelles.Alba-nel est effectivement l'agent du gouvernement, et c’est comme tel que le gouverneur Baily le considère en 1674, lors du second voyage.4.Le post-scriptum révèle un aspect odieux des relations entre le gouvernement de la colonie et leurs alliés amérindiens.Talon annonce en effet qu’il a envoyé un ordre pour prendre des canots de M.St.Denis, un fonctionnaire de Tadoussac, ou “des sauvages d’amitié ou de force”.Notons que l’ordre émane du plus sympathique des intendants.Si le comportement des Européens à l’endroit des Indiens fut tel au début de la colonie, on comprend que les peuiplades indigènes du pays aient toujours regardé les Blancs avec suspicion.Dans la province de Québec, après trois siècles de contacts, les Monta-gnais et les Canadiens français constituent toujours deux groupements complètement étrangers à l’autre, et parfois dans le même village.Et il n’en est pas autrement dans les autres parties du Canada et des Etats-Unis.5.La phrase du post-scriptum “si vous prenez le tour que vous dites” laisse entendre qu’Albanel se proposait de revenir par un autre chemin.Il est peu probable que le voyageur ait songé à revenir par mer en contournant l’Ungava et le Labrador.Les canots d’écorce ne se prêtent pas facilement à une telle navigation.Par contre, les routes par terre, connues alors, sont au nombre de cinq, comme nous l’apprend déjà le père Druillettes dans la relation de 1657-1658 (8).Ce sont les suivantes: 1) Lac Supérieur, lac Nipigon, rivière Ogoki, rivière Albany; 2) Lac Huron, rivière Spanish, rivière Mat-tagiami, rivière Moose; 3) Rivière Outaouais, lac Temiska- (8) Druillettes, Gabriel.Divers chemins du Canada à la mer du Nord.Thwaites, 44 : 234-257. — 76 — ming, rivière Abitibi; 4) Trois-Rivières, rivière Saint-Maurice, rivière Nottaway; 5) Saguenay, lac Saint-Jean, lac Mistassini, rivière Rujiert.Comme Albanel a fréquenté en 1660 les Indiens Outaouais venus du lac Supérieur avec Chouart et Radisson pour apporter la plus forte collection de pelleteries qu’on ait encore vue, il est possible qu’il s’est alors renseigné sur la route conduisant du lac Supérieur à la baie d’Hudson, la “mer du Nord’’ dont on se préoccupait tant alors.D’autre part, comme le père Albanel parlait très bien le Monta-gnais, il pouvait s’entendre avec toutes les peuplades habitant le pays traversé par ces cinq routes.Qu’il s’agisse des Muskegon des parages de la baie James, des Mistassins et des At-tikamègues de l’intérieur du Québec, des Algonquins du Té-miskaming ou des Ojibway des Grands Lacs (comme les Mis-sisauga du nord du lac Huron et les Outaouais du nord du lac Supérieur), leurs langues, étroitement apparentées, sont toutes les dialectes de la famille algique que comprennent les personnes parlant montagnais.Le voyage du père Albanel à la baie James pose un autre problème, qui ne se rapporte pas au document reproduit plus haut, mais qu il importe d’envisager ici, car il n’en a pas été question dans l’étude de Jacques Rousseau, parue dans la Rc-¦wie d’Histoire de l’Amérique française: Albanel et Saint-Simon ont-ils pris contact avec des Groseilliers et Radisson ev^)72\ T1 n en .CSt aiucunernent question dans le journal d Albanel, reproduit dans les Relations des Jésuites, ni dans le témoignage de Saint-Simon devant une commission d’enquête en 1688.Le journal d’Albanel nous apprend que le missionnaire est arrivé le 28 juin 1672 à l'embouchure de la Rupert, ou se trouvaient une embarcation de dix à douze tonneaux, et deux maisons desertes.La présence du vaisseau peut nous laisser croire que l’équipage n’est pas loin.Nous savons d’ail-etii s par le récit d’employés de la Compagnie de la baie vièrÆnn 2-T es °"* Ia>ssé l'établissement de la ri- v^re lvupert e premier juillet 1679.(9) Leur départ s’est donc effectue pendant que les Français étaient à Miskoutenagachit, nàs II f,eT ?reS' / ,Se!'a't «"vraisemblable qu’Albanel n’ait pas su des Indiens de la baie James que Radisson et des Gro- (9) Nute, Grace Lee, Caesars of the wilderness (New York), 1943, p.138. seilliers se trouvaient avec les Anglais.Les deux coureurs des bois étaient les intermédiaires entre les Indiens et la Compagnie.Il est normal qu’Albanel ait essayé de communiquer avec eux.Dans “The Narative of Mr Peter Esprit Radisson in Refferance to the answer of the Comm™ of France to the Right and Title of the Hudson Bay Company” (10) on peut lire: .the two brothers [Chouart et Radisson] were par- doned for having.Served Strangers [c'est-à-dire les Anglais] .& they Shewd themselves faithful Subjects by giving up their Fortunes to the promises made by the Jesuite Albanel who made two voyages for that purpose into the Bay and afterwards to England [.] the said Radisson can produce the Letter which the said Jesuite left in the Bay and was Delivered to him by the Savages.” Or.Radisson était dans la Baie en 1672, mais non en 1674, étant retourné en Angleterre en 1673.En outre, il serait simplement normal qu’Albanel, lors de son séjour à la baie James en 1672, ait laissé aux Tndiens une lettre destinée aux traiteurs français.En 1674, Albanel apportera une lettre à Des Groseilliers et la lui remettra directement.Aussi il est peu probable que ce soit cette dernière jqu’ait eu en vue Radisson.(10) Reproduit par Nute, op.clt.pp.347-351. La famille Lœdel Par LOUIS RICHARD Ottawa Le docteur Pierre-Charles Loedel, co-propriétaire, par sa femme, de la seigneurie de I.avaltrie et ancêtre de plusieurs familles distinguées de Joliette, fut une des belles figures des premiers temps de cette ville.Beau-frère de monsieur Barthélemy Joliette, le docteur “Lel”, ainsi qu’il était familièrement appelé, fut un des collaborateurs du fondateur de L’Industrie, devenu la ville de Joliette, et son panégyrique mérite une place d’honneur dans les annales et l’histoire de Joliette.Il était né à Montréal le 19 juin 1796 (1), le fils du chirurgien Henry Loedel et de son épouse canadienne-française, Marguerite Gamelin, et fut baptisé ce même jour, dans la foi catholique, à l’église Notre-Dame, à Montréal.Les biographes du docteur Loedel ont dit, avec raison, croyons-nous, qu’il était d’origine allemande.Né à Montréal, Pierre-Charles Loedel était, par conséquent, bien canadien, mais son père, le docteur Henry Nicholas Christopher Loedel, le fondateur de cette famille au Canada, paraît être venu d Allemagne.De là les origines allemandes du pionnier de Joliette.C est plutôt de ce père dont nous voudrions parler dans la présente étude, afin de mieux faire connaître la famille dont était issu notre personnage joliettain.Nous laisserons aux historiens de Joliette le soin de faire le portrait détaillé du fils.,, é,°rsque les troubles éclatèrent aux colonies anglaises d Amérique en 1775, l’Angleterre, à court de soldats pour S,.,ip('1v„fI;’oane., 1,,lbli(iues du Canada, série C 207, p.4.Aussi “La Gazette de Québec”, 28 novembre 1825. — 85 — 1825, victime du typhus contracté, comme son père, en soignant des malades atteints de ce mal, à l’hôpital général.Le docteur A.-A.Foucher, de Montréal, dans un discours au deuxième congrès des Médecins de Langue Française de l’Amérique du Nord, dont il était président, dit ce qui suit ( 13) : “L’Hôpital Général anglais fondé à Montréal en 1819 “contenait dans ses règlements, à l’article 3, chapitre 3 l’ar-“rêté suivant: “La situation de médecin ou chirurgien ne “pourra être donnée qu’à ceux qui auront un diplôme de quet-“que université ou collège dans les limites de l’empire Britan-“nique.” Cette mesure rendait l’accès à cet hôpital impossible “à ceux qui avaient acquis leur éducation médicale au pays.“Si d’un côté, elle assurait à l’hôpital le secours de médecins avant suivi des cours réguliers, par le fait même, elle “accordait aux favorisés de la fortune des positions que leur “mérite personne! ne leur aurait peut-être pas obtenues.” Ces remarques pouvaient viser les cas tels que les deux fils Loedel, Henry et Pierre-Charles, diplômés d’universités d’Angleterre, mais le docteur Foucher, à cette occasion, s’empressa d’ajouter : “Cependant les médecins de cette institution ont joué un “rôle si important dans l’histoire médicale du pays qu’il n’est “que juste de reconnaître que ces remarques ne s’appliquent “pas à eux.“En effet, nous avons vu les Drs.Col dwell, Robertson et “Loedel enseigner privément la médecine; ce furent les pre-“miers médecins de l’Hôpital Général anglais et ce furent eux “qui plus tard (en 1829) fondèrent l’Université McGill (14).” Pierre-Charles se fixa à l’Assomption.Le soir du 5 mars 1821, au manoir seigneurial de Lavaltrie, il épousait Marie- (13) Extrait d'une lettre du docteur Foucher à monsieur le chanoine Frs-RégLs Bonin, le 4 octobre 1929, communiqué il l’auteur, en 1944, par M.l’abbé O.Valois, secrétaire de la Société Historique de Joliette.(14) Il s’agit Ici du docteur Henry-Pierre Loedel, mort prématurément on 1825.La faculté de médecine de l’Université McGill fut fondée vers 1823 et non 1829 tel que mentionné dans la lettre du docteur Foucher.Le docteur Henry-Pierre Loedel eut à peine le temps de voir s'épanouir l’œuvre à laquelle il collaborait. 86 Antoinette Tarieu Taillant de Lanaudière, fille cadette de feu l’honorable Charles Gaspard de Lanaudière, seigneur de La-valtrie, et de Suzanne-Antoinette Margane de Lavaltrie.C’est ainsi qu’il devint le beau-frère de monsieur Joliette lequel épousa Marie-Charlotte Tarieu Taillant de Lanaudière, autre fille du seigneur de Lavaltrie.Le mariage de monsieur Loedel fut célébré devant le ministre protestant John Jackson, pasteur de l’église anglicane Christ Church, de William-Henrv, ainsi que se nommait alors la ville de Sorel, et celui-ci en a dûment consigné l’acte au ré-gistre de son église, à Sorel.Pierre-Charles Loedel et Marie-Antoinette de Lanaudière eurent une fille qui épousa le docteur Bernard-Henri Le-prohon.Ceux-ci furent les parents de monsieur Charles-Bernard-Henri Leprohon, ancien shérif de Joliette.John Justus Diehl, beau-frère du docteur Arnoldi, fut un ami intime des docteurs Loedel et Blake et il les avaient désignés ses exécuteurs dans son testament.Après sa mort, son jeune fils, Pierre Diehl fit un apprentissage avec les deux médecins après quoi ils se chargèrent de terminer son éducation en Europe et l’envoyèrent étudier la médecine à l’Université et Infirmerie Royale d’Edimbourg, en Ecosse.Il y rencontra là Jacques Labrie, de St-Eustache, alors étudiant.Diehl revint au pays diplômé et dès 1811 fut un des examinateurs pour le district de Montréal.Il devint l’associé de son oncle, le docteur Arnoldi, et eut une brillante carrière qui justifia pleinement l’intérêt que lui témoignaient les docteurs Loedel et Blake qui l'avaient traité comme leur fils et à qui il lut reconnaissant de la direction qu’il avait reçue d’eux (15).Le docteur Charles Blake décéda le 22 avril 1810.Sa veuve, Harriett Antill, épousa en secondes noces Bernard-Antoine Panet, en 1814.Le docteur Blake avait eu une fille qui épousa le juge Thomas Cushing Aylwin.Le 15 avril 1818, le gouvernement concéda par lettres patentes au docteur Loedel, à titre d’ancien milicien, les lots B.Abboît,Pr°V,nCe °f Q,lel,ee” »*“r Maude — 87 — 11 du quatrième rang et 11 du cinquième rang dans le canton de Godmanchester, comté de Huntingdon.Situées au nord-ouest de la rivière Châteauguay, environ mi-chemin entre Dewittville et Huntingdon, ces terres sont arrosées par un petit cours d’eau qui porte encore aujourd’hui le nom de rivière Loedel sur les cartes géographiques cadastrales modernes du ministère de la colonisation du gouvernement de la Province de Québec, bien qu’à notre connaissance il n’y eut jamais de membres de cette famille en résidence sur ces terres.Le docteur Loedel, frêle de santé depuis la longue maladie qu’il subit à la suite de l’épidémie de typhus de 1799, fut frappé d’apoplexie, vers les sept heures du matin, à sa résidence de la rue Saint-Urbain, à Montréal, le 14 janvier 1830.Malgré les meilleurs soins, il expira vers les deux heures de l’après-midi, le même jour (16).Ses funérailles eurent lieu le 20 janvier et il fut inhumé dans la voûte du docteur Blake au cimetière anglican de Montréal.On le disait âgé de 75 ans.L’acte de sa sépulture est contresigné par son fils, Pierre Charles Loedel, et son gendre, William Hall (17).La veuve du docteur Loedel, Marguerite Gamelin, survécut neuf ans à son époux et vécut ses dernières années à Joliette, chez son fils, le docteur Pierre-Charles, où elle mourut le 11 février 1839.Elle fut inhumée dans l’église de Saint-Paul de Lavaltrie, du côté de l’Epître, dans la nef.le 15 du même mois, et une inscription qui existe encore dans cette église rappelle sa mémoire (18).(16) Voir la déclaration du docteur Arnold!, en date du 1er avril 1830.Archives Publiques du Canada, série O 206, p.36.(17) L'acte de sa sépulture nu régistre de l’église anglicane Christ Church se lit comme suit: "Henry Nicholas Christopher Loedel of Montreal Physician died on “the fourteenth day of January One Thousand Bight Hundred and Thir-“ty.Aged seventy five years, and was hurled on the twentieth following, "by me.” (Signé) II.II.Stevens, Ev.g Lecturer.Witnesses present : (Signé) Wm.Hall “ Peter Charles Loedel (18) On sait qu’il n’y avait ni église imroissiale ni cimetière à L'Industrie en 1839.C’est pourquoi l’inhumation de Madame Henry Loedel eut lieu il Saint-Paul. — 88 — Le docteur Henry Nicholas Christopher Loedel et son épouse Marguerite Gamelin eurent douze enfants, tous baptisés catholiques à l'église Notre-Dame, de Montréal, sauf, peut-être Marie, leur 3ème enfant, au sujet de laquelle nous n’avons pu trouver l’acte de baptême ou de naissance aux ré-gistres de l’état civil.Voici leurs noms: 1.—Marguerite-Louise, née le 4 décembre 1784 et baptisée le même jour; mariée le 12 septembre 1803, à David Thomas Kennedy, médecin, à l’église Notre-Dame; décédée le 25 et inhumée le 28 octobre 1817, à Montréal (Notre-Dame).2.—Joseph-Henry, né le 26 février 1786 et baptisé le même jour, décédé le 11 et inhumé le 12 août 1786.à Montréal (Notre Dame).3.—Marie (Mary), née le 3 avril 1787; lo.mariée le 4 mai 1805, à Andrew Winckelfoss, seigneur de St.François le Neuf, à l’église anglicane Christ Church, à Montréal, et 2o.mariée à Isaac Jackson, “capitaine du 4ème régiment” • décédée le 20 août 1837, à Albany, N.Y., E.U.4 —Charte (Clwrlottc)-Margncritc, née le 8 et baptisée le 10 novembre 1788; mariée le 5 septembre 1814, à William Hall, collecteur des douanes à Montréal pendant 40 ans.à l’église presbytérienne de la rue Saint-Gabriel, à Montréal; décédée le 20 et inhumée le 23 août 1841, à Montréal (Notre-Dame).S.—Catherine-Henry (Henriette), née le 23 octobre 1/90 et baptisée le même jour; lo.mariée le 22 juillet 1811 à John William Clemow, capitaine du régiment De Watteville, a l’église presbytérienne de la rue Saint-Gabriel, à Montréal ’ 2o.mariée te 23 avril 1836, à Isaac Jones, à la même église! decedee le 30 novembre 1845 à Kingston, Ontario.6—Henry-Pierre, né le 21 novembre 1792 et baptisé le meme jour; médecin chirurgien, co-fondateur de l’hôpital général anglais de Montréal et de la faculté de médecine de l’Uni versi te McGill de Montréal; décédé le 23 et inhumé le 26 novembre 1825; a Montréal (Christ Church).7.—Marie-Louise, née le 18 août 1794 et’baptisée le même lour; lo.manee le 30 janvier 1813, à Sorel, à François Guillaume de Lonmier, lieutenant des Canadian Fencibles, tue a la bataille de Chrysler s Farm, le 11 novembre 1813; 2o. — 89 — mariée en 1826, à Andrew Skeane MacDonald; décédée le 17 et inhumée le 20 décembre 1870 à Montréal (Notre-Dame).8.—Pierre-Charles, né le 19 juin 1796 et baptisé le même jour; marié le 5 mars 1821 à Marie-Antoinette Tarieu Taillant de Lanaudière, au manoir seigneurial de Lavaltrie ; décédé le 5 et inhumé le 9 avril 1879, à Joliette (St-Charles Borromée).(Pierre-Charles Loedel et son épouse Marie-Antoinette 1 arieu Taillant de Lanaudière sont les ancêtres du révérend Père Hector Leprohon.C.S.V., décédé à Joliette, le 7 août 1949, de Madame Emile Prévost et de Mesdemoiselles Bernadette et Lucille Leprohon, de Joliette).9.—Joseph-Jacques (James), né le 2 et baptisé le 3 mai 1798; avocat, gouverneur de Lima, au Pérou; marié à Mercedes Rendon; décédé le 30 janvier 1854, à Lima, au Pérou.10.—Jean-Edouard, né le 2 et baptisé le 3 mars 1800; officier des douanes, à St.Jean, P.Q.; marié le 18 juillet 1825, à Emilie Patenaude, à St-Jean; décédé le 31 mars 1865, à St-Jean, P.Q.• ))—Guillaume, né le 19 janvier 1802 et baptisé le même jour; décédé le 3 et inhumé le 4 février 1802, à Montréal (Notre-Dame).12.—Emilie-Christiana, née le 17 et baptisée le 19 janvier 1803; mariée le 28 juin 1823, à John Gordon, officier et premier commis du département de l’ordonnance, en l’église anglicane de la garnison, cà Montréal ; décédée le 2 et inhumée le 5 septembre 1879, à Montréal (Notre-Dame).Madame John Gordon (Emilie-Christiana Loedel), devenue veuve avec quatre filles, en 1837, vint demeurer à L’Industrie.où était son frère le docteur Pierre-Charles Loedel, et leur mère, Madame Henry Loedel.Les quatre filles de Madame Gordon, toutes mariées à Joliette, épousèrent Alexandre-Louis Mailhot, Pierre-Louis-Hubert Turgeon, seigneur de St-Charles de Bellechasse, Denis-Emery Papineau, notaire, et André Panneton. Historique d’un monument.(SUITE) Des Archives de la Province Par HUBERT LETOURNEAU Québec L’on se souviendra facilement que, dans une première partie, il fut question de l’histoire du Monument des Braves, pour ce qui précède la Conquête.Nous en venons maintenant, à une bonne partie de ce qui la suivit.La grande personnalité que fut P.-J.-O.Chauveau, dont le célèbre discours sur nos Braves constitue tout un document historique et même un de ces morceaux d’éloquence de tous les temps, — et dont notre petit peuple peut s’enorgueillir à juste titre — semblait désigné pour nous faire une synthèse sur nos monuments des Plaines.Dans un beau travail, paru dans le Journal de I Instruction publique (1 ), il nous parle fort bien du monument Wolfe-Montcalm, du monument Wolfe et du monument des Braves.Cependant, la palme me paraît devoir etre attribuée à P.-B.Casgrain (2), pour ce qui a trait à la topographie.Il est celui que nous avons consulté, pour notre premiere partie.Après la Conquête, une part du terrain du Moulin de Dumont passe en propriété à Louis-François-Borgia Levas- m -i ' ç111' le } £embî-c devant le notaire Panet, en ht bail a Samuel Sills, négociant de Québec.Mais le sieur umont n avait pas disposé du moulin et de la tannerie nuis- norâble T ** à « -Lter?c’es't Zt vendlr 17fiTyaCa dwf qm en devient acciuéreur, le 10 no-CnIrlwpIi 7^ ù.de.vant le notaire Panet.En 1799, l’honorable dir lMnl t touL devant le notaire Têtu, à Jean Guillet 6 iu „ «SPT' LeS,her,tie.rs de celui-ci firent le Partage, le ~J l850’ devant le notaire Tessier; et ce fut Julie-Hen- .s zsssr-*apud UMcal ^ co,lférenees' Qucbec (•>) I -II.Casgraiu, I.e Moulin de Dumont, apud B.U.H., 1905, p.70.— 90 — — 91 — riette Tourangeau, qui devint propriétaire.Ses héritiers vendirent à la Société St-Jean-Baptiste, le 19 juin 1855, devant le notaire Huot, un lopin de terre de soixante pieds carrés (4), où se trouvaient les fondations en ruines du Moulin de Dumont, pour la somme de $240 (5).Outre qu’il convenait que le Monument s’élevât le plus près possible du Moulin de Dumont, la Société St-Jean-Baptiste, — à qui M.Julien Chouinard avait concédé une partie de son terrain (voisinant celui des Tourangeau) pour l’ensevelissement des restes des Braves, — avait eu le tact de ne pas masquer la villa de son généreux donateur (6).Plus tard, — comme la référence de la note 4 l’indique, — la Société livrera au public le terrain et le monument.Aujourd’hui, c’est la Commission des Champs de Batailles qui possède, non seulement les lopins de terre mentionnés, mais tout un immense terrain qui les entoure (acheté probablement des héritiers Tourangeau), et dont elle a fait “un parc qu’on aime à reconnaître le plus beau de la cité de Québec” (7).Si la topographie actuelle de ce lieu historique n’a plus rien que le coteau Ste-Geneviève de son ancien aspect (8), peut-être convenait-il d’en refaire pour ainsi dire l’évolution, dans notre première partie et celle-ci, afin de fournir à notre imagination la trame où broder avec amour, dans nos moments de promenade et de rêverie, les évènements épiques de notre glorieux passé.Mais, ce fut fort longtemps après la Bataille de Ste-Foy, — quatre-vingt-quatorze années s’écoulèrent (9) — que l’on songea à la mémoire de nos Braves, et à leur rendre gloire.Au commencement de notre historique, nous avons mentionné une conspiration du silence possible, et apporté certaines raisons.Le temps avait amplement fait son œuvre: tout retard devenait une injure à nos Braves.Dans un bel arti- (4) Canada, 27-28, Victoria, chapitre 55 (30 juin 1864), Acte déclarant propriété publique le monument des braves de 1760, érigé à Salnte-Foye; apud H.-J.-J.-B.Chouinnrd, Fête nationale des Canadiens-Français, Québec, 1881, pp.582-583.(5) Olivier Robitaille, M.D., apud H.-J.-J.-B.Chouinard, loc.cit., p.74.(6) Ibid., p.74.(7) Hormisdas Magnan, La banlieue de Québec et le quartier Belvedère, apud B.R.H., 1915, p.71.(8) Ibid., p.70.(9) P.-B.Casgrain, B.R.H., 1905, p.69; Olivier Robitaille, loc.cit., p.52. — 92 — de ( 10), reproduit d’ailleurs dans Journal of Education (11), et que l’on trouve compilé sous la plume de J.M.LeMoine (12), le Morning Chronicle d’octobre 1863 relate à peu près ainsi certains faits.“Depuis longtemps la charrue du fermier, la pelle et le pic de l’ouvrier, alors que de nouvelles fondations s’établissaient le long du Chemin Ste-Foy, relevèrent des restes humains — reliques évidentes de la Bataille de Ste-Foy.Des armes rouillées et ruinées, des costumes et des boutons portant les armes ou les numéros des régiments français et anglais, trouvés à.faible distance de ces ossements, disaient à qui ceux-ci appartenaient.En 1853-54, un nombre extraordinaire de ces fragments d’humanité blanchis — tristes souvenirs d’une lutte passée — fut réuni, et la Société St-Jean-Baptiste conçut l’idée de les enterrer tous dans un seul endroit.” Or, il s’agirait précisément de déterminer à qui au juste revient l’honneur de l’initiative toute première.Le docteur Olivier Robitaille, qui sera le Commissaire-ordonnateur des deux premières cérémonies (13) pour le Monument des Braves’ alors que le major L.-1.Suzor le sera pour la troisième et dernière (14), — au début de ses Mémoires inédits, qui forment tout le chapitre IV de la compilation de H.J.J.B.Chouinard (15), nous raconte d’une façon charmante comment, ‘ par une belle après-midi de septembre 1852, F.-X.Carneau, L.-G.Baillargé et lui-même allèrent voir de leurs yeux des ossements découverts dans des éboulis “près d’un ravin divisant la propriété des héritiers Tourangeau de celle ,,u M.Julien Chouinard, riche marchand de la basse-ville ; cependant, nulle mention d’une découverte d’ossements par son ami, „ .Julien Chouinard.Eh bien, cela me semble une injustice: P.-B Casgrain, à qui l’on doit reconnaître db rhlrP d erCî’Ttudc.' sinon un beau St-Vle d’écrivain, — d cia,remen^ 'L’."maure* l’érection du monument est tlue a feu M.Julien Chouinard, riche négociant de Que- (10) Morning Chronicle, Quebec 1863 éioi TJ«rnTal«f,^"«ation, vol.VII (1863), p, 127 (la) JÆieVKteâS^,n ÏSeries’Qucbec’1804’pp- m'm (H) The Quebec Mercury, July 19, 1863, p.3; Olivier Robitaille, loc.cit., p.91.(15) Olivier Robitaille, loc.cit., p.51, note 1. — 93 bec” ( 16).Ce qu’il ajoute forme une solide preuve de sa thèse.Cela soit dit en passant, et sans trop rabaisser le mérite du docteur Robitaille, qui devient l’ânie dirigeante des multiples démarches en vue d’ébranler la situation présente et, finalement, de voir surgir un monument.Lors de cette excursion sur le Chemin Ste-Foy, le chroniqueur Robitaille rapporte que “notre historien national, animé par un noble enthousiasme au souvenir de ce glorieux fait d’armes, nous fit un récit plein de feu de la lutte suprême de nos ancêtres” ( 17).Heureux homme d’avoir entendu F.-X.Garneau, dans un pareil moment! C’était assez, peut-être, pour infuser un enthousiasme créateur.C’est bien, d’ailleurs, ce qui arriva au docteur Olivier Robitaille; à qui nous souhaitons, du reste, que la postérité conserve son nom.Après le 24 juin 1853, l’avocat L.-G.Baillargé donne sa démission comme Commissaire-ordonnateur de la Société St-Jean-Baptiste (18).Cette Société, avec comme Président l’honorable Louis Panet, lui nomme aussitôt un remplaçant dans la personne du docteur Olivier Robitaille.Dès l’automne précédent, la Société avait été dûment alertée de la découverte des ossements en question.Sitôt nommé, le nouveau Commissaire-ordonnateur conçut l’idée de donner à la Société "l'occasion de faire une grande démonstration”, d’autant qu’elle “comptait dans ses rangs l’élite de la population canadienne” (19).Aussi, dans une assemblée générale de la Société St-Jean-Baptiste en mars 1854, tout marche rondement.Le Président, l’honorable Louis Panet, occupe son poste.Un rapport, sur l’exhumation des Braves, est présenté.Après quoi, plusieurs résolutions (20) sont adoptées à l’unanimité.Les membres du Comité spécial sont nommés.Travail immense de ce Comité: on joindra à la fête civique et militaire une fête religieuse.Il faudra fournir à l’Archevêché un certificat pour les ossements des soldats catholiques.Le Commissaire-ordonnateur s’occupe de la fête civique et militaire.Il lui faudra obtenir le condo) P.-B.Casgrain, B.U.H., 1905, pp.71-72.(17) Olivier Robitaille, loc.fit., p.52.(18) Ibid., p.53.(19) Ibid., p.53.(20) Ibid., p.53. — 94 — cours des autorités militaires, nécessaire pour les armes indispensables au char funéraire, pour celles que porteront les pompiers, et pour les pièces d’artillerie.Les circonstances favorisent ce concours: l'Angleterre et la France combattent ensemble en Crimée; l'honorable E.-P.Taché est colonel de la Milice et ami du général Rowan, Commandant de l’Amérique britannique et Administrateur de la Province.Alors le docteur Robitaille nous dit ses tractations heureuses avec sir James Alexander, aide-de-camp du Général, et avec le colonel Thorndick (21), commandant de l’Artillerie; le colonel Grabbe, commandant de l'Armée, accorde des compagnies du 66e et 71e régiments pour une garde militaire (22).Le point saillant de la procession sera le char funéraire: “M.Joseph Légaré, artiste distingué, s’était chargé d’en faire le dessin, et d en surveiller 1 exécution.M.Légaré nous donna une pièce monumentale qui eut les honneurs d’une rq>roduction dans Y Illustrated London News et dans Ylllmtration de Paris (23).L.-G.Baillargé, ancien Commissaire-ordonnateur, et P.-J.Jolicoeur (24), Secrétaire-archiviste, apportent leur temps et leur talent.En définitive, le 5 juin de la présente année fut fixé pour le grand jour.Il est souvent d’un grand profit, pour l’histoire, de consulter les journaux de l’époque.Ce n’est pas toujours facile: les collections sont parfois incomplètes.Ainsi à la Inbliothè-que de l’Assemblée législative.Le Canadien ne commence f|uen 1X60, et le Mormnq Chronicle du temps ne s’y trouve pas.Au Bureau des Archives de la Province, Le Canadien pour 1854 existe, mais non pour la suite.D’une façon géné-udejon peut dire que c’est The Quebec Mercury, — dont le -1 ' * omtne le colonel Thorndick fl’innnfA+nif raie(*t manoeuvres par des amateurs (les pomplere) M °"T'” mûrier, ancien soldat delà nrnmio pompiers j , M.Louis Lemoine, ar- oue tout se passerait militairement - ce nTi’ f,m Ie* (llriKeait* donna l’assurance du «'ulonel, Men ïté Ïr «ZrvVr ' réal,Sa en * I’«HiW-»ment (23) n!!dle; R^’itftllle’ Io°- c»t.DP.56-58.|K-ii]ile canndien ¦'rédigé et* iigné'paMl Ser rO Saint-Jean-Baptiste nu reste, on laisse entendre 1te?JSL'^«Mirehlviste.Dans ce tnani-(im-f de l'Hépital-Général, où l’on dresserai s.eront transportés au einie- fnt rien.D’ailleurs, il eût été difficile de ils o0l°?ne f"néraire.Or, il n’en res déjft enterrés lù : au dire de l’Annanie à Ie"rH confrères militai- avait enseveli ces militaires un mm an acI^Ueile* Mère Saint-Alphonse, on mais non dans un cimetière.** asnrd le terrain de l’Hôpital, — 95 — Bureau des Archives possède une excellente collection — qui narre le mieux ces évènements du jour.La Quebec Gazette du 1 juin 1854 reproduit le Programme paru dans Le Journal de Québec; et le 6 juin, elle mentionne que la Cathédrale fut remplie au point que les retardataires durent rester dehors.Dans le Quebec Mercury du 1 juin 1854, il est dit que l’on prépare la fête depuis plusieurs mois, que l’intérêt est ainsi excité, et l’on donne le programme.En date du 6 juin, le reportage est excellent et sympathique; le discours du colonel E.-P.Taché est résumé dans ses grandes lignes (courage militaire d’autrefois, indépendance éventuelle, milice à créer pour repousser les invasions, même celle du Czar de Russie) ; à la fin on cite, en lettré, le mot du poète latin : Dulce et décorum est pro patri'a mori.Mais il y a quand même le journal Le Canadien.Dès le 31 mai 1854, il donne le programme du 5 juin prochain: il annonce que les autorités militaires ont prêté leurs concours ; et il est le seul à donner correctement le côté musical de la cérémonie dans la Cathédrale : Dies trac de Mozart et I.iJtcra solennel.chantés par la Société musicale des Amateurs Saint-Jean, sous la direction de Stanislas Drapeau, avec un chceur additionnel de 150 personnes exercé par Ernest Gagnon, organiste de Saint-Jean, qui touche l’orgue; sans oublier un nombreux orchestre dirigé par Antoine Belleau, professeur de musinue.C’est encore seulement dans ce journal que l’on apprend que le colonel E.-P.Taché, l’orateur de la cérémonie, proposa à son auditoire l’érection d’un monument, à la demande du Président de la Société St-Jean-Baptiste ; et que l’adoption fut unanime et enthousiaste ; ce qui porta à annoncer que la souscription était ouverte.Détail intéressant ajouté: toute la presse anglaise fut sympathique, hormis The Quebec Observer, où la cause se trouvait être “une tête excentrique de ce journal”.Cette première cérémonie du 5 juin 1854.en faveur de nos Braves, ne trouve cependant pas de meilleur chromnueur que le Commissaire-ordonnateur lui-même, le docteur Olivier Robitaille (25).C’est lui seul qui rapporte les paroles du Président de la Société St-Jean-Baptiste, l’honorable Louis Panet, et celles en réponse du général Rowan, Administrateur de la Province.Nul aussi bien que lui ne parle avec exactitude (25) Olivier Robitaille, loc.cit., pp.59-72. — 96 — et enthousiasme de l’imposante cérémonie clans la Cathédrale (h laquelle assistèrent les évêques du premier Concile provincial).Il donne de larges extraits du discours militariste du colonel, l’honorable E.-P.Taché.On v voit là seulement, que ce fut l’abbé Joseph Auclair qui bénit la fosse, à même le terrain donné par M.Julien Chouinard.Les relations de l'auteur avec les militaires se lisent avec intérêt, surtout à propos du colonel Thorndick.Sans doute prend-il ait Quebec Mercury la citation : Dulcc et décorum.Lors de la première cérémonie (translation des restes), on avait décidé l’érection d’un monument.Le 27 février 1855 : assemblée générale de la Société St-Jean-Baptiste: motion de l’honorable E.-P.Taché, secondée par le docteur Olivier Robitaille (26).Un Comité du monument se forme avec plusieurs citoyens de marque (27).On prend les arrangements pour l’érection du monument; on posera la pierre angulaire, en faisant une deuxième cérémonie grandiose, le 25 juin 1855.Sur une motion de L.-G.Baillargé, secondée par Joseph Légaré, une souscription est lancée dans le public (28).En peu de jours, elle obtient $1.400.avec Lord Elgin, le général Rowan et l’Archevêque de Québec, en tête.Le plan du monument, dressé par l’architecte Charles Baillargé, exigera une somme de $5.000, la statue de bronze non comprise.Les fondations auront de l’importance, à cause de la haute colonne de fonte.On songe aux inscriptions pour le monument: sir James Alexander en propose une trop longue; d’autres sont discutées; finalement, on se résoud à ne mettre que ce qu’on voit aujourd’hui sur les panneaux du piédestal (29).La question du terrain se résolva à ce moment, avec le résultat et le prix que 1 on sait: $240 à payer aux héritiers Tourangeau.Joseph Larose, entrepreneur, décrocha le contrat de la pose de la colonne, au prix de $900; mais il fallut payer $100 de plus; on ne trouvait pas de roc pour la base, il fallut de la pier- !!’!'!" p- °* >’ou peut la lire en toutes lettres.(-i) Ibid., p.73: où Ion donne les noms Journal de l’Education, vol.VII (1863), p.me ' '°'r’ ' tlia,,Tpau' 97 — re de Deschambault (30).Malgré tout, le travail du Commissaire-ordonnateur, en vue d’une deuxième cérémonie, tut beaucoup moindre que l’année précédente: les difficultés s’étaient évanouies, car les préjugés avaient disparus; les détails de la fête se trouvaient simplifiés, du fait de la répétition.Il n’y avait qu’à préparer le programme de la procession.Toutes les classes de la société comprenaient le but de la fête: rendre honneur aux Braves, “sans chercher, avait dit le général Rowan, à laquelle des armées rivales, ces hommes valeureux avaient appartenu” (31).Donc, le concours de tous était assuré pour cette deuxième cérémonie : la pose de la pierre angulaire du monument aux Braves, au jour fixé le 25 juin 1855.Les militaires seraient en plus grand nombre, cette fois.Des invitations avaient été envoyées aux diverses sociétés nationales, aux compagnies de pompiers et aux Indiens de Lorette.Le programme de la fête avait été publié et distribué.Tout à coup, une nouvelle circule de bouche en bouche: Un navire de guerre français a été signalé dans le bas du fleuve ! Immense joie de la population! Le Comité d’organisation de la fête diffère la pose de la pierre angulaire, afin d’y inviter les Français (32).Du 25 juin, la deuxième cérémonie fut reportée finalement (on fut obligé d’attendre patiemment l’arrivée de la corvette française La Capricieuse) au 19 juillet.Mais, encore plus que la première fois, ce fut un grand jour.(30) Olivier Robitaille, loc.eit., pp.74-75.(31) Ibid., p.01: réponse du général Rowan aux paroles de l’honorable Jjouis Panet, au cours de la première cérémonie.(32) Ibid., pp.75-70. — 98 — Signatures et Paraphes MARIE-BARBE DE BOULLOGNE épouse de Louis d'Ailleboust de Coulonges troisième Gouverneur de la Nouvelle-France Elle décéda à Québec le 7 juin 1685 ANDRÉ DE LEIGNE Lieutenant-général de la Prévôté 1663-1748 FRANÇOIS-CHARLES DE BOURLAMAQUE 1716-1764 JAMES MURRAY 1719-1794 'etâSU OLIVIER LE TARDIF 1603-1665 — 99 — Signatures et Paraphes LOUIS ARMAND DE LOM D'ARCE Baron de Lahontan 1666-1715 ¦sytlviCtrtd FRANÇOIS LE MERCIER ALEXANDRE DE PROUVILLE Marquis de Tracy 1602-1670 GUILLAUME VIGNAL Sulpicien 1604-1661 CHARLES DE PLANTAVIT Chevalier de la Pouse Généalogie de la famille de Saint-Ours.Dauphiné et Canada.(SUITE) Par CLAUDE DE BONNAULT Paris III Rameau de Saint-Ours XIII.—Charles-Louis-Roch de Saint-Ours, dit le chevalier de Saint-Ours (fils de Roch et de Charlotte des Champs de Bois hébert), seigneur de Saint-Ours et de Saint Jean Deschaillons.Baptisé à Québec, le 24 août 1753.En décembre 1773, le “chevalier Saint-Ours l’Echaillon” signe la pétition des gentilshommes et marchands canadiens en faveur des lois françaises et des anciennes limites.(1) En 1774, il était fait major dans les milices.(2) En 1775, il s’engagea dans un des corps de volontaires levés pour défendre le fort Saint-Jean contre les Américains.Il fit partie du détachement de M.de Longueuil, jusqu’à la reddition du fort aux Bostonnais, le 3 novembre.(3) Conduit aux Etats-Unis, il y resta prisonnier jusqu’en 1777.Le 26 juin de la même année, le général Guy Carleton, gouverneur général, ayant “composé un régiment de Canadiens , il était nommé lieutenant dans la compagnie du capitaine Rouville.(4) En décembre suivant, il était choisi comme aide de camp par le même Carleton, fonction qu’il remplit sous les divers gouverneurs qui se succédèrent au Canada jusqu en 1794.(5) le r.?hortt et A- G- Doughty.Documents.t, I, pp 490-493 Abbé Caron, Débuts du régime anglais.p.155.’ B.IL H., mi ro.d252-m™6™ °rochai™‘ de s'être inféodé an La Gazette de Québec le flétrit comme un “oligarque” famille Jwherem-J^che^y^^éy^'^ 80^1 P*G- ®°y.La gueules ft une tête de saint Denis d’argent P' ‘ A (1) Réflexions sur les écritures notariales, Revue du Notariat de ta /’.de Q., décembre, 1948, p.148. Après “L’Affaire de Saint-Denis”.1er -12 décembre 1837.D’après un mémoire de Brown.Par Mgr EMILE CHARTIER Sherbrooke Ce n’est pas le moindre étonnement de l’historien de constater que, lors du soulèvement de 1837-38, trois des principaux meneurs, au Bas-Canada, étaient des Anglais: le docteur Edward Burke O’Callaghan, Thomas Storrow Brown et le docteur Wolfred Nelson.Sur les sentiments qui animaient ces trois chefs on est pai fakement fixé.O Callaghan révèle les siens dans une lettre à Chapman du 15 décembre 1837 (Wolfred Nelson, le petit-fils: IVolfred Nelson et son temps, Montréal, 1946, p.25.) Nelson ne s’exprima jamais là-dessus avec autant de clarté et de pondération que dans sa lettre de 1831 à messire J.-Sabin Raymond (Mgr Choquette: Histoire du séminaire de S.-Hyacinthe, 1911, I, pp.197-8).Quant aux idées de Br,T",’,e-eS ?ous sont connues par un mémoire de lui qu’a publié 1 historien de sir G.-Etienne Cartier, John Boyd (Revue canadienne, nouv.série, XVIII, 1916.pp.50-69 et 110129.) ri L5Ur„act'vité a fa*t l’objet des études enthousiastes de lhon.L.-O.David (Biographies et portraits, Montréal 1876 — Les Patriotes de 1837-38, Montréal, 1884) Ces monographies se complètent par l'article d’Alphonse Lusignan sur L affaire de S.-Denis” (Ancien Canada français, III, 1890, pp.213-221) par le volume de l’abbé Arthur Aliaire (Histoire de S.-Dcnis-sur-Richclicn, S.-Hvacinthe, 1905), par la solide synthèse de Gérard Filteau (Histoire des patriotes, vols, Montreal, 1938-42) et par l’ouvrage précité du petit-fils Nelson (1946).Ce qu’on sait moins, c’est ce qu’il advint de Brown et c e Nelson apres le 1er décembre 1837.Le petit-fils de ce dernier a bien noté quelques détails concernant les aventures de son grand-pere entre cette date et sa capture le 12 décem- — 130 — — 131 — bre (pp.80-1); niais le récit, trop général, en est vraiment trop écourté.De Brown on savait seulement, croyons-nous, ce qu’il en a écrit lui-même dans le mémoire cité par Boyd: “(Après la bataille de S.-Charles) Je partis en voiture pour S.-Denis, afin d’y conférer avec le docteur Nelson.Une semaine plus tard, Nelson et moi, avec quatre compagnons seulement, nous quittâmes S.-Denis pour gagner la frontière des Etats-Unis.Comme j’étais trop affaibli pour les suivre, nous nous séparâmes dans les bois.Ils furent tous saisis.Quant â moi, après une foule d’aventures romanesques, je passai mon chemin sans encombre et j’atteignis le Vermont le 9 décembre.” Ces “aventures romanesques”, il nous semble qu’on peut les suivre aujourd’hui à la trace, à l’aide d’un autre mémoire de Brown lui-même.Le texte anglais, dans lequel un tiret remplace partout le nom de Nelson, se trouve dans la Montreal Gazette du 30 décembre 1837.Le journal déclare l’emprunter au New York Daily Express, sans indiquer la date.Comme le texte français ci-après, ce document est signé B; mais, comme on le verra par le mémoire même, il est bien de Brown en personne.C’est un de ces “volumineux articles fournis par Brown à la presse new-yorkaise”, comme dit Boyd.Notre texte français, dont l’original dut demeurer entre les mains des héritiers de Boyd (peut-être Montarville de La Bruère et, après celui-ci, le séminaire des Trois-Rivières) et dont copie peut se trouver aux Archives fédérales d’Ottawa (Revue canad., note p.50 ut suprà), nous ne le tenons qu’en copie.Elle a été faite à Waterloo (1910) par Oscar Masse, passé plus tard au greffe de Montréal et décédé récemment.Cette copie, que nous devons à la bienveillance de la famille, nous la reproduisons telle quelle, mais après l’avoir découpée en journées pour permettre de mieux suivre les “aventures romanesques” du seul chef patriote qu’on ne put saisir.Toutefois, certains passages en demeureraient obscurs, si on ne les éclairait au préalable par trois autres pièces.L’une est la déposition (5 février 1838) de Célestin Parent, le serviteur et guide de Nelson jusqu’à Stukely.Comme Brown et Nelson se sont séparés le lundi 4 décem- — 132 — bre, comme Parent et Nelson sont partis de S.-Pie le mercredi 6 décembre, nous pouvons suivre ainsi la marche de Nelson jusqua sa capture, le 12, pendant que Brown courait de son côté vers la liberté et l'atteignait le 9.La pièce se lit comme suit : Nous partîmes d’abord vers le 0 de décembre de St.Pie, le I>r Nelson, Charles Drolet (de St.Pie), M.Paré (le notaire de St.Pie) et moi.Rendus au township de Roxton, un nommé François Chicoine (de S.-IMe) nous rejoignit chargé d'une lettre du curé de St.Pie, nommé Charles Larocque, au dit Charles Drolet, le (lui) conseillant ainsi que M.Paré de revenir sur leurs pas, car il ne voyait pas qu’il y eût de danger pour eux de le faire.Cette lettre fut reçue le soir et, le lendemain matin, Drolet et Paré s’en retournèrent.J’étais parti, moi, ft la réquisition de Drolet, pour aider ft porter le bagage, ayant été, pendant environ 5 ans, au service de Jos.Toussaint Drolet son père.Je voulus alors retourner avec Drolet et Paré; mais, comme le Dr Nelson se trouvait seul, le jeune Drolet me persuada d'accompagner le Dr Nelson, ce que je fis en effet.Je ne devais aller avec le Dr Nelson que jusqu'au chemin de Stan-stead; mais nous fûmes arrêtés ft Stukely 3 jours après s’être (nous être) séparés de Drolet et Paré, et 5 jours après notre départ de St.Pie.Le Dr Nelson me dit, chemin faisant, qu’il était parti de St.Denis avec le capitaine Jalbert et, je crois, Rodolphe DesRivières et s’était rencontré ft St.Oésaire avec Thomas S.Brown, Siméon Marchessault et, je crois, quelques autres, avec qui il aurait voyagé un bout de chemin ; et s’était séparé d’eux à une rivière qu'il avait traversée ft l’eau et s’était rendu à St.Pie, d’où je partis avec lui comme mentionné plus haut.Cette déposition appelle deux remarques.Le curé de S.-Pie est alors le futur Mgr Charles Larocque, passé de cette cure (1836-40) à celles de L’Acadie (1840-44) puis de S.-Jean-d Iberville (1844-66), devenu à cette date troisième évêque de S.-Hyacinthe (1866-75).Il semble bien que 1 intention de Nelson fût, d’après ce document, d’entrer dans le Vermont par la route Montréal-Stanstead.Comme la vallée du Richelieu était étroitement surveillée, il y avait .danger a descendre au sud et à tenter d’atteindre le pays vermontais par S.-Jean.Lacolle et le lac Champlain.Mieux valait remonter de S.-Césaire à S.-Pie, — 133 — obliquer vers l’est, prendre par les bois et y longer le chemin des diligences, tout en se tenant à une distance respectueuse.Dès lors, le fugitif avait le choix entre deux routes, la première préférable parce quelle était plus courte: Par Granby (103 milles) Par S.-Jean (121 milles) (1) à Chambly 18 m.à Laprairie 9 m.à S-Oésalre 33 a S.-Jean 27 à Abbotsford 39 à Henryvllle 40 à Granby 48 a Bedford 49 à Shefford 62 a Philipsburg 56 it OuUet (Magog) 80 à Frellgsburg 68 à Georgeville 90 a Dunham 74 à Stunstead 103 à Churchville 82 à Brome 90 à Potton 106 à Georgeville 108 à Stanstead 121 (1) Il y avait on outre deux grandes routes partant de Québec: De Québec à Stanstead, 221 milles De Québec à Hereford, 132 milles aux Trois-Rivières 90 m.a S.-Nleolas 6 m.à Nlcolet 102 a Leeds 33 a S.-Antolne 114 a Ireland 50 a Drummondville 136 a DudsweU 86 a Melbourne 159 a Eaton 106 a Sherbrooke 187 a Clifton 116 a Compton 200 a Hereford 132 a Hatley 207 a Stanstead 221 Seulement, Nelson ignorait que, dès octobre et même septembre 1837, des lettres de Waterloo avaient signalé au gouvernement une effervescence des cantons voisins et 1 avaient prié de lever des troupes pour étouffer la révolte dans l’oeuf.Aussi toutes les voies de la région de l’est avaient été pourvues de factionnaires soit officiels soit appartenant aux Missisquoi Volunteers ou aux Irish Riflcrs, avec instruction, comme dira Brown ironiquement, “d’arrêter les giens en mission spéciale”.Pour avoir ignoré ce barrage, Nelson alla se jeter dans les filets, pendant que Brown, prenant la direction sud-ouest par Dunham et Stanbridge, leur échappait et atteignait Berkshire. — 134 Une autre pièce complète la précédente: la déposition (5 février 1838) de l’Abénaquis François (non Thomas) Portneuf, le guide qui porta le bagage de Nelson depuis Roxton, semble-t-il, jusqu’à Stukely.Elle se lit comme suit: J’ai été pris dans le township de Stukely, où j’avais fait rencontre dans les bois du Or Nelson avec un nommé Parent, qui m'engagea pour le conduire à travers les bois du côté des Etats-Unis d’Amérique.Après trois jours de marche, nous fûmes pris et emmenés en la ville de Montréal, où je suis maintenant prisonnier.J’étais, lorsque je le rencontrai dans les bois, à faire la chasse.Enfin, les manuscrits d’Ottawa nous renseignent sur la capture du docteur Nelson à Stukely et son emprisonnement à Montréal.D’après eux, Il fut capturé dans les bois du township de Stukely, près d’une étable appartenant it Nicholas Oilman, ù 3 heures du matin, le 12 décembre 1837.Ils étaient quatre: le Dr, un serviteur français, un vieux guide indien et un chien, dont les aboiements les trahirent.Deux hommes, Peter Mairs et Horace Iî.Goddard, les livrèrent nu lieutennnt-eolonel Knowlton.Des 500 louis promis pour la capture, une fois déduites les déiienses de Knowlton, le résidu fut partagé entre les Volontaires de Missisquoi qui conduisirent les prisonniers à Montréal: John Goodwill, Wm Moffat, Jesse Winchester, Franklin Lincoln, Otis Lincoln, James Berry, Capt.Alonzo Wood, Stephen A.Berry, Joseph Moffat, Jonathan Allard, P.O.Ketridge, Milton A.Bowher, Horace Goddard, Willard Moffat, Mark Whitcomb, Peter Mairs, Orange Ellis, Amos Holt et Dr Foster.A la lumière de ces trois documents, il ne reste plus d’obscurité, croyons-nous, dans le mémoire de Brown que voici : Préambule (23 novembre — 1er décembre) Une brigade de ces Anglais invincibles avait été repoussée à Saint-Denis, (23 novembre) et une autre venait, pour me servir d’un cliché en honneur, de battre.en retraite ù Saint-Chnrles (24-25 novembre), cherchant le salut dans les baraques (barraks) mômes à Montréal (20 novembre).O’est alors qu’on nous apprit (1er décembre) qu’une troisième brigade, dépêchée ù Saint-Denis, venait d’atteindre Saint-Ours, neuf milles de là.Constatant qu’il ne se produisait pas de soulèvement, ce qui permettait au gouvernement de concentrer toutes ses forces sur notre valeureux district, Nelson et moi tînmes conseil sur la conduite à suivre.Nous aurions pu nous maintenir en force, quitte ù retraiter en attirant l’ennemi après nous; mais c’eût été permettre ù ces Européens forcenés d’assouvir leur soif de sang américain dans le carnage des vieillards ù cheveux blancs et — 135 — des enfants ft txnicles blondes, sans jmrler du pillage et de l’incendie: histoire de faire un exemple qui détournât les comtés voisins de tout dessein de se joindre ft nous.Aussi conseillftmes-nous ft nos yeux de retourner chez eux pour le montent, tout en se tenant prêts ft se rassembler au premier signal.Pour notre part, nous savions qu'une amnistie avait été garantie à tout le monde, pourvu qu’on nous livrât au gouvernement; mais, n’éprouvant aucune ambition démesurée ft nous laisser immoler en victimes expiatoires ltour les méfaits politiques du comté de Richelieu et craignant que l’auguste représentant du cotillon qui gouverne l'Angleterre ne songeftt, dans son désir de se ménnger une entrevue avec deux individus qui lui avaient causé tant de souci, ft mettre ft prix leurs têtes, ce qui en aurait fait des objets d’une grande commodité, nous décidâmes, tout bien considéré, d’entreprendre un voyage aux Etats-Unis.Les têtes furent en effet “mises à prix”, mais le 12 décembre seulement, par une proclamation de lord Gosford.Elle offrait 500 louis par personne pour la saisie des trois meneurs, Nelson, Brown et O’Callaghan.Le ton gouailleur qu’adopte le fugitif à l’égard de la cour d’Angleterre n’a pas lieu de scandaliser.Sans doute, c’était un “loyaliste”, né au Nouveau-Brunswick en 1803.Mais il ne pouvait oublier que.le 6 novembre précédent, le Doric Club l’avait écharpé et défiguré au point qu’il devait plus tard en perdre l’oeil droit.Surtout, comme ses deux partenaires, il avait trouvé, dans la situation politique faite au parti canadien par les “bureaucrates” ou Family Compact, toutes sortes de motifs solides pour s’insurger contre la Couronne (voir le mémoire cité par Boyd.) Brown a raison quand il affirme qu’“une amnistie avait été garantie à tout le monde, pourvu qu’on les livrât (les chefs) au gouvernement.” Après l’affaire du Doric Club et sous la pression de Colborne, le gouverneur permit, le 16 novembre, d’émettre des mandats d’arrestation contre presque tous les chefs patriotes, entre autres Brown.Cette autorisation maladroite n’empêcha pas ce dernier de prendre à S.-Charles, les 23-25 novembre, la direction des opérations contre la colonne Wetherall ; c’est de là que lui vint son surnom de “général”.1er décembre (vendredi) Vendredi au soir, 1er décembre, Nelson et moi quittions Saint-Denis, — 136 — accomiiagnés de einci autres qui jugeaient aussi à propos d’émigrer.Nous voyageâmes toute la nuit en charrette.Dans le mémoire publié par Boyd (Rczme canadienne, ut supra), Brown ne parle que de quatre compagnons; ici, il en mentionne cinq.C’est sans doute qu’ici il inclut leur guide.Kn dehors de Nelson et de Brown lui-même, les cinq sont Siméon Marchessault, l’instituteur de S.-Charles, et, de S.-Denis, Rodolphe des Rivières, le capitaine Jalbert.le docteur Kimber et le conducteur de la charrette, Laurent Trudeau.Deux d’entre eux, Marchessault et des Rivières furent, par proclamation du 28 juin 1838, exilés aux Bermudes avec Nelson, Bouchette, Goddu, Gauvin, Bonaventure, Vigter et Masson, en somme les huit signataires de l’aveu de culpabilité que Simpson leur avait extorqué dans la prison de Montréal.2 décembre (samedi) et arrivâmes, le lendemain de grand matin, ù Saint-Oésaire.Nous nous proposions de passer directement dans les cantons avoisinant “ ^.fnf“r,le ’ m”'s on noU8 avertit que nous irions nous jeter dans la gueule du loup.On nous apprit que des gardes étaient de faction le long des chemins, avec consigne “d’intercepter les messieurs en mission spéciale” On nous conseillait de voyager A travers les bois, où un guide sùr saurait nous tracer un itinéraire.Après déjeùner, nous traversâmes, par le flanc droit, sur la rive nord de la lamaska et contlnufimes à marcher jusqu’à la nuit tombante, alors que nous débouchâmes dans une immense éclaircie, oeuvre de quelque ouragan wind fall), où les troncs tordus et les arbres renversés et enchevêtrés pêle-mêle faisaient un maquis d’où nous nous dégageâmes comme du fretin qui pénètre en travers d’un filet à saumon.Enfin, nous arrivâmes au bord d’un marais où l’obscurité nous contraignit a faire balte.La proximité de quelques cabanes nous empêcha de faire du feu.Pour compenser le manque de sommeil depuis une couple de Jours, j eus 1 aubaine de pouvoir m’adosser à un arbre, sans oser bouger même d une semelle, crainte de mettre les pieds dans l’eau.Le déjeuner en question leur fut servi chez T.-Bpte Bousquet.i PeS ^ctl.0”na,res et de leur consigne, nous avons dit plus haut 1 origine: des lettres de dénonciation adressées au gouvernement par les ultra-loyaux de Waterloo.La direction prise ici par le groupe ne paraît pas très precise.Puisqu on part de la rive nord, on pointe soit sur 137 — Milton soit sur Granby; mais nous verrons ci-après pourquoi il ne peut être question de ce dernier endroit.D’autre part, l’incident que mentionne plus loin le post-scriptum s’est produit à Milton; ce canton ne serait-il pas le site de “l’éclaircie” et du “marais”?Cet écart vers le nord s’expliquerait par deux motifs: le désir de se rapprocher du parcours de la diligence sur la route de Stanstead, sans s’exposer à passer par “le village tory de Granby”; la méprise, heureuse en ce cas, que commit le guide, comme il est dit ci-après.a décembre (dimanche) Hélas ! vers les deux heures, une pluie battante, qui dura jusqu'au matin, vint me déranger de ma confortable posture.Dés que le jour parut, nous nous remîmes en marche.Le beau temps était revenu ; mais de toutes parts des arbres dégouttaient, nous donnant la sensation d’une douche administrée dans une glacière.La forêt canadienne ne ressemble guère il un bois vermontols, où vous pouvez cheminer, il travers d’ ides) arbres majestueux, sur le tapis moelleux des feuilles que les années ont accumulées.Non: le sol liumlde et spongieux fait sourdre à la surface les racines, que le vent éparpille ensuite dans toutes les directions, multipliant les crevasses et les interstices où foisonne le taillis touffu.I*our avancer, il vous faut enjamber mille obstacles, grimper sur des troncs d'arbres renversés, vous désempétrer d'un fourré inextricable, où vous avancez avec la rapidité d'une mouche franchissant une soucoupe de miel! ("est un bas-fonds où 1a trace de chaque luis s’emplit d'eau.Iæ sol recèle partout des flaques d’eau congelée, ce qui vous tient constamment sur le qui-vive, partagé entre des expectatives agréables et des appréhensions déplaisantes, selon que vos pieds enfoncent dans l'eau glacée ou se maintiennent sur la surface traîtresse.Nous poussâmes de l’avant jusqu’au soir et, trouvant un endroit sec, nous y fîmes du feu : après quoi nous nous préparâmes un lit de branches d’épinette, pour goûter un peu de repos tandis que nos habits sécheraient.Pour nourriture, nous avions, en cours de route, arraché quelques navets qu’un colon compatissant “avnit oubliés pour les glaneurs dans sou champ”, selon le précepte de la Loi lévitlque.Pour breuvage, les sources de la savane fournissaient provision assez abondante pour nous permettre de nous désaltérer à la façon des Hébreux, au temps des Juges.Je puis ainsi contater que nous étions dépourvus d’aptitudes militaires, vu que iiersonne d'entre nous ne "lniiait l’eau avec sa langue”.Cette description du maquis canadien, représenté ici par la toundra de Milton et sa rivière Noire, ne manque pas de pittoresque.Peut-être s’inspire-t-elle de celles de Fenimore Cooper, le romancier américain avec lequel, comme on le verra un peu plus loin, Brown paraît être assez familier. — 138 Brown a aussi — on le verra mieux encore également plus loin — le culte de la métaphore et de la comparaison.Il n’y en a pas ici de plus juste que celle par laquelle, ayant à se “désempêtrer d’un fourré inextricable”, il se représente avançant “avec la rapidité d’une mouche franchissant une soucoupe de miel !" On perçoit du même coup et les embarras et la lenteur de la marche.Notre narrateur aime encore à faire montre de son érudition scripturaire, signature authentique du protestant.Le Lévitique (XXIII, 22) lui suggère le rapprochement entre les gerbes que le maître du champ doit y laisser traîner poulie plaisir de ses moissonneurs et les.navets qu’un colon semble avoir abandonné sur le sien à l’intention du fugitif.Du livre des Juges (VII, 6) il tire une malice: les soldats de Gédéon.se faisant une écuelle de leur paume, y lapaient 1 eau (lambuerant) ; lui et ses compagnons se désaltéraient bien à même les sources et sans écuelles, mais Brown en conclut qu’“ils n’ont pas d’aptitudes militaires”! Il l’avait assez prouvé lui-même à S.-Charles.4 décembre (lundi) ÏH‘ bonne heure le lundi, nous parvînmes à l’orée du bols; et grande fut notre consternation en découvrant (pie nous allions nous jeter dans la gueule d’un loup autrement féroce que celui que nous avions évité.Nous nous trouvions en effet aux portes mêmes du village tory de (ïranby, où des militaires étaient en faction.Notre guide, tel Nntty Bumpo, trompé par les défrichements, avait fait fausse route.Rebroussant chemin, nous découvrîmes, à un mille de là la branche nord de la Yamaska.Nelson, (pii est dt stature kentuckyenne, s’engage dans la rivière, qu’il réussit à traverser, nous invitant à en faire autant.Mais, prenant notre compagnon pour étalon (ételon).de comparaison et constatant que notre jaugeage inférieur nous donnerait, si nous risquions l'aventure, figure de sous-marins, nous nous rangeâmes de l’avis (le notre guide .pii nous assurait qu’il y avait là-bas un meilleur gué.En nous y rendant, nous perdîmes Nelson (le vue et, une fois arrivés, notre guide, sous prétexte d’aller à la découverte, nous quitta pour ne plus revenir.Ainsi nous nous trouvions séparés de Nelson et désertés par notre guide.Mes compagnons de route, fatigués d'errer dans les bois, prirent le parti de retourner dans leur paroisse.Je les informai .pie, pour ma part et quelque (quelle (/„(¦) fût leur destination, je ne pouvais remettre mon voyage aux Etats-lnis.Apercevant une cabane en bois rond, je résolus de my rendre directement, au lieu de rôder longtemps autour avant d’y pénétrer selon notre stratégie des trois derniers jours.Mes amis tentèrent vainement de me détourner de mon projet; ce que voyant, ils s’enfoncèrent — 139 — dans le bols, tandis que je me dirigeais vers la cabane.(J’ai oublié de dire que, ayant découvert un carré de patates, nous pûmes, une seconde fois, nous régaler de légumes crus.— Avant mon départ de Saint-Denis, je m’étais blessé à un pied : et j’avais tout un côté du corps enflé des suites d’une chûte de cheval à Saint-Charles, alors que j’avais failli me rompre le cou.) Je trouvai, dans la cabane, une Irlandaise qui me dit que son mari était absent depuis plusieurs jours — probablement dissimulé tout prés derrière un arbre.Son attitude respirait la paix.Elle n’avait à manger rien que des patates et s’offrit charitablement à m’en faire bouillir; mais, ayant su d’elle qu’il y avait un Yankee établi un mille en aval, je décidai de me rendre à son camp.En y arrivant, une voix de femme gourmandant sa progéniture me lit tressaillir d’aise; c’était bien l'accent yankeet L'habitation se composait d'une seule pièce, où se trouvait un foyer bien allumé dont la fumée se dégageait par une ouverture pratiquée, dans le toit.Je demandai du lait à la maîtresse de céans qui, me reluquant d'un oeil méfiant, exprima un doute qu’elle en eût, “les enfants ayant tout mangé.” Toutefois, je m'étais ù ]>cine approché du feu qu'elle me servit un bol de lait accompagné d'une miche; et j’entendis bientôt le lard rissoler dans la poêle îi frire au-dessus de la brise.O femme! rpte tu habites un palais ou une masure, avec quelle spontanéité ton coeur, si frivole, qu'il soit, sait compatir ft la misère et ù la détresse ! Son mari entra peu après, sombre et soupçonneux; mais, apprenant que j’étais un Vermontois et un républicain, tout alla bien.Je ne connaissais rien de rien de lu politique canadienne ; mnis je dissertai savamment des essences forestières et des plantes des bois! La famille comptait neuf enfants.Une fillette fit la jolie remarque "qu’il y avait tout plein d’enfants, mais peu de quoi les habiller”! L’été, comme il n’y a pas de voisins pour débiner votre tournure, ça ne compte pas; et, l’hiver eh bien! on ne sort pas! Pourtant, ce colon est un homme industrieux (pli sera, quelqu’un de ces jours, propriétaire d'une belle ferme.A la veillée, les grands garçons découpaient d’un tronc d'arbre des planches que le i>ère varlopait et (pli devaient servir à bâtir une grange.Je couchai avec les enfants, (pii se tassaient ou se recroquevillaient les uns contre les autres comme un nid d'anguilles.Peut-on bien s’attendre (pie des bambins élevés en plein bois sachent s'orienter dans une pauvre couchette?Natty Bumpo (Cooper écrit Bumppo), un guide indien, est l’un des personnages les plus attrayants que fasse évoluer, dans ses Leatherstocking Talcs, l’imagination fertile de Fenimore Cooper.Comme ce héros de roman, faute de flair notre guide a égaré son parti.Il l’égare jusqu’“aux portes du village tory de Granby”.Dès qu’on atteint en effet la bifurcation de la Yamaska, on tombe dans le secteur des douze comtés octroyés aux “loya- — 140 listes”, celui que l’Acte de 1867 (clause 80) tentera de leur constituer en tief.Aussi le qualificatif que Brown applique à Granby pourrait s’étendre à Waterloo, à Stukely, etc.Que Nelson ait pu franchir la rivière à pied s’explique par le fait qu’il mesurait 6 pieds et 2 pouces en hauteur, ce que Brown appelle avec justesse “une stature kentuckyen-ne”.Mais on s’amusera du ton ironique auquel il recourt, en s’inspirant d’un procédé de la physique, pour opposer sa propre taille à celle du colosse.Si Nelson passe de la rive nord à la rive sud de l’embranchement nord, bien qu’il doive ensuite remonter jusqu’à S.-Pie, ce peut être avec une double intention: ou bien le traverser de nouveau un peu plus haut et le suivre du côté droit ou bien continuer jusqu’à Farnham et longer le côté gauche en repassant par S.-Césaire.De cette dernière façon, le fugitif échappait plus sûrement encore à ‘‘la gueule du loup”.Mais le résultat imprévu fut que Nelson et Brown ne se retrouveront plus au cours de leur randonnée.Même, Brown cheminera dorénavant seul, puisque Mar-chessault, des Rivières, Kimber et Jalbert refusent de le suivre aux Etats-Unis.Ils en seront d’ailleurs punis; tous furent capturés, les deux premiers durent s’exiler aux Bermudes et le dernier subir un procès pour meurtre dont il eut toutes les peines du monde à se tirer indemne.De la blessure dont il se plaint Brown avait déjà parlé dans le mémoire cité par Boyd: ‘‘(A S.-Charles), je me hâtai vers le camp, baible comme je l’étais (vu les coups reçus du Doric Club), je fus projeté, sur le sol glacé, à quelques verges en avant de mon cheval.Mais, entre les mains d’un homme qui accomplit un grand devoir, son corps est un véritable mécanisme : je remontai en selle, sans ressentir de mal.S il avait pu prévoir ses misères présentes, il eût été moins optimiste.L histoire de la famille “à l’accent yankee” montre quelle défiance les loyalistes ’, par conviction ou par intérêt, entretenaient alors à l’égard des patriotes.S’ils étaient soupçonnés non pas même d’avoir donné asile à l’un des proscrits, mais seulement de 1 avoir favorisé de quelque façon, ils risquaient la prison.La réception amuse Brown.Il en tire un démenti au dicton que l’on prête à François I : — 141 — “Souvent femme varie — Bien fol est qui s’y fie”; il exprime même son démenti avec le mode lyrique.Mais il est encore plus fier de montrer avec quelle habileté de prestidigitateur il réussit à se faire prendre pour un Yankee tout à fait étranger au mouvement de 1837.Pourtant, cm peut juger jusqu’à quel point il était devenu “Canadien” rien qu’à le voir employer “il y a tout plein de”, l’un de nos provincialismes et de nos archaïsmes les plus savoureux.Tout au long de ce récit, l’on aura senti l’émotion discrète qui l’anime.Non seulement Brown s’intéresse à chaque membre de la famille, à ses projets et à son progrès, mais il se met en frais de gentillesse pour en parler; il v a presque de l’art dans ces deux expressions imagées: “ils se rccroque-inllaient comme un nid d’anguilles” et “élevés en plein bois, (pouvaient-on leur demander de) s'orienter dans une pauvre couchette?” 5 décembre (mardi) L« mardi matin, après tin copieux déjeûner, je passai la Yamaska en canot.Te fis trois milles dans le bois et atteignis l’affluent sud de la rivière où, dans une éclaircie, je trouvai une nouvelle embarcation dans laquelle une Canadienne me Ht gagner l'autre rive.Je marchai jusqu'à trois heures, alors que j’arrivai aux défrichements et, m’étendant dans un tnillis, je dormis jusqu’à l’obscurité.Mon infirmité me faisait pâtir; tout de même, je m’engageai résolument sur la route et franchis un pont, mettant à profit une relève du gardien qui, à son grand dépit, apprit, le lendemain, qui j’étais.En quittant Nelson, Brown était allé franchir la Yamaska là où se trouvait “un meilleur gué” pour atteindre, un mille plus bas, la cabane du Yankee.Voici qu’il la traverse de nouveau, rejoint ainsi l’embranchement (non l’affluent) sud de la rivière et le franchit à son tour.C’est dire qu’il se dirige exactement vers Dunham, où nous le retrouverons plus loin.Nous avons dit ci-devant de quelle infirmité souffrait Brown, depuis sa chute de cheval à S.-Charles.La fin de ce paragraphe atteste la vigilance qu’exerçait le gouvernement: sur ces minuscules rivières, qu’on pouvait passer à gué en tant d’endroits, les ponts eux-mêmes étaient gardés par des factionnaires qui se relayaient! 6 décembre (mercredi) A minuit, la fatigue me contraignit ii faire imite et je me reposai Ju«- — 142 qu’au jour sur une couche de branches d'épinette pour continuer ensuite jusqu'il environ deux milles du village de Dunham, oil je pris ft travers bois avec Stnnbridge pour objectif.A une cabane, je demandai du lait, mais fus éconduit; et l'homme répandit dans le village le bruit de mon passage, quoique déconfit d'apprendre qu’il aurait fait sa fortune en s’emparant de moi.Je marchai ainsi quatre longues heures sans trouver ni pain ni lait et j’appris, îi la fin, que je n’avais avancé que de cinquante perches.De fait est que l’un de mes pieds ne m'était plus guère de secours.Mes pauvres jamltes fonctionnaient îi la façon d’un compas, dont une branche reste immobile tandis que l’autre, décrivant un demi-cercle, se projette en avant alors qu’elle prend appui itour dégager l’autre et recommencer le manège.Après quelque repos, je m’acheminai de nouveau et il était tard dans l'après-midi quand je débouchai dans un endroit défriché où je distinguai cinq fermes.Je décidai de m’enquérir à la dernière s’il y avait un sentier pour traverser la forêt sur une distance de cinq milles.J’avançai donc, feignant l’assurance et après avoir déchargé mn carabine, comme si j'étais à la chasse.J’avais absolument besoin de repos et, malgré toute ma bonne volonté, je n’aurais pu aller plus loin.Non seulement la jambe que j'avais tirée toute la journée refusait de se laisser traîner plus loin, mais l’autre jambe, qui avait si patiemment accompli sa tfielie jusque-là, refusait de remorquer davantage sa soeur.En présence de pareille mutinerie, tout ce que j'avais à faire était d’aller frapper à l’une des quatre maisons, en inventant la meilleure histoire possible.En en approchant, je rencontrai le propriétaire ft qui je dis: “Je me proposais de m’engager dans le bois ; mnis le temps me paraît tellement à la neige que je vais attendre jusqu’au mntin".D’homme me dévisagea un instant et s’écria : “Brown, je vous reconnais ; mais vous avez ici quatre amis et vous êtes en sûreté.J’arrive justement du village et l’on est sur vos traces.De bonhomme Cup’er était justement à nettoyer sa carabine.J’ai dit au vieux C.qu’elle raterait; mais il a juré qu’il vous tuerait, s’il vous rencontrait.Je n’ose vous nmener ù la maison, mais venez ft la grange.’’ Mes quatre «mis tinrent conseil ; mais ils ne surent arrêter d'autre plan de salut que celui d’atteindre la frontière ft travers les bois.Je les informai humblement que leur projet était d’exécution impossible, ft moins qu’on ne me fournît une autre paire de jambes.Ce que voyant, on m’apporta à souper, on me donna des couvertures et Cette pape révèle les dangers que couraient tous les proscrits, mais surtout les misères par où Brown en personne dut passer.De celles-ci il parle avec tristesse, en insistant sur les désagréments que lui occasionnait sa jambe gauche.Pourtant, il y déploie une certaine coquetterie: lui qui tout-à-l’heure recourait à la physique et à l’astronomie, il emprunte maintenant à la mathématique l’imagte du compas, à la mé- — 143 — canique celle de la remorque.Et tout cela simplement pour peindre les efforts qu’il impose à sa seule jambe valide afin qu’elle secoure l’insuffisance de l’autre! Heureusement, tous les colons n’étaient pas des “loyalistes”.On voit avec plaisir ici Brown échouer chez des gens plus humains.Ils ne sont pas dupes probablement du truc dont il se sert pour leur donner le change; mais quand même ils poussent la charité jusqu’à partager avec lui leurs maigres ressources et à l’héberger, au risque même de leur propre liberté.7 décembre (jeudi) Je passai deux nuits et une journée sous le foin, dans le fenil.Oe répit permit il ma jambe de désenfler.Mais n’allez pas croire que tout danger fût disparu.Les femmes, trouvant le secret de ma cachette trop lourd fl porter fl elles seules, avnlent demandé de l’aide aux comméres du voisinage.Aussi je jugeai convenable de changer de logement.Si Brown put ainsi passer “deux nuits et une journée” caché dans un fenil — notre “tasserie” —, c’est que les quatre amis, si empressés à l’accueillir lors de son arrivée le 6, lui continuèrent leurs soins durant toute la journée du 7.On aime à lire le récit de pareils actes de bienveillance et de pitié; ils compensent pour l’âpreté des poursuites dont Nelson finira par devenir la victime.Tl eût été surprenant d’entendre Brown parler de la langue des femmes autrement qu’avec ce ton de douce ironie.Pour alléger la lourdeur de leur secret, ses hôtes féminins ne le confient pas à leurs voisines, mais “demandent” aux commères du voisinage “leur aide” pour le porter! On retrouve ici le Brown qui se pâmait tantôt devant la compassion d’un coeur de femme, ce coeur pourtant “si frivole"! 8 décembre (vendredi) et m’installai pour une journée dans une autre grange.Après quoi, mes jambes ayant repris quelque vigueur, je me remis en marche vendredi au soir, escorté d’un jeune homme qui s’offrit fl me servir de guide.Sachant l’étroite surveillance dont j’étais l’objet, nous nous enfonçâmes dans les bois, fl une grande distance des routes.La bienveillance, qui continue à soulager le fugitif, continue pareillement à édifier son lecteur.Que dire de la condescendance de cet adolescent à l’égard d’un proscrit? — 144 — Voyager “à une grande distance des routes”, c’était se tenir aussi loin que possible du canton et de la baie de Mis-sisquoi (on écrivait Missiscoui).Aussi bien, c’est de cette région que provenaient les Irish Riflers et les Volunteers, ceux-là même qui escorteront Nelson jusqu’à la prison de Montréal, le 12 décembre.La surveillance de ces “loyaux” ne se relâche évidemment pas; Brown ne peut marcher que “le soir”, et encore à condition de prendre “à travers les bois”.9 décembre (samedi) Malpré la neige qui gênait la marche, nous parvîmes enfin il Ohaffey-în-Rerkshire, Ktat de Vermont, avant le jour.Parti de Saint-Denis avec la ferme détermination de me rendre aux Etats-Unis en sûreté, personne n’a jamais salué avec autant d’allégresse la terre de la liberté.Samedi, je vins plus au sud.Le premier journal de Montréal qui me tomba sous la main offrait, en effet, une récompense pour ma tête et celle de Nelson.Bien que nous ayons préséance sur la liste, je n’aime pas la classification qu’on a faite et considère l'évaluation fixée bien Inférieure à la valeur que je lui attribue moi-même.Somme toute, il n’en faut pas tenir rigueur il ce pauvre Lord Gosford; nos faits et gestes ont déjil occasionné tant de dépenses au trésor de la petite reine qu’il est charitable de supposer qu on n'avait pas les moyens de faire davantage.Le cri que pousse Brown, à son arrivée sur le sol ver-montois, étonne moins quand on se rappelle que sa famille, avant d’émigrer au Nouveau-Brunswick, habitait Boston.Le journal de Montréal ne dut lui tomber sous la main que le 13 ou le 14 décembre, soit 4 ou 5 jours plus tard.Car cnn.aniatl0n cle ,or
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