Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 octobre 1950, octobre
Vol.56 Lévis - Octobre-Novembre-Décembre 1950 Nos 10-11-12 LE BULLETIN DES Recherches Historiques REVUE D’ARCHEOLOGIE, D'HISTOIRE, DE BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE NUMISMATIQUE, ETC.DIRECTEUR ANTOINE ROY Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix de l'abonnement: $3.00 par année.DIRECTION ET ADMINISTRATION 2050, Chemin Gomin, SAINTE-FOY, Québec.SOMMAIRE Octobre—N ovembre—Décembre GERALD MALCHELOSSE.— Gonzague Ducharme.187S-19S0.219 SOMMAIRE Octobre—N ovembre—Décembre GERALD MALCHELOSSE.— Gonzague Ducharme.1875-1950.219 GERARD MARTIN.— La Bibliothèque des Archives de la Province.223 Rév.Frère J.B.GAREAU, c.s.v.Pièces concernant le régime seigneurial Archives de la Province.225 Rév.Frère STANISLAS, s.c., — Victimes du Massacre de Lachine, d’après M.de Belmont.228 Dr ARTHUR CAUX.— Une exposition agricole qui tourne mal.Meurtre de Corrigan à St.Sylvestre en 1855.229 Rév.Frère DOMINIQUE.— L’Ile aux Reaux et la famille Charles Campagna .235 Rév.Frère ANDRE.— Les Renaud de Mascouche.237 SIGNATURE du Comte de Malartic.240 ROLAND J.AUGER.— Noms canadiens peu répandus.Les familles Seize, LcSeize et Louis Seize.241 HUBERT LETOURNEAU.— Le Mouvement des Braves (fin).249 LOUIS VINCENT.— L’Instruction chez les Hurons en 1802.258 CLAUDE DE BONNAULT.— Notes pour servir à l’établissement d’une liste des capitaines de milice au Canada sous le régime français.259 VALCARTIER en 1825.Liste des habitants.273 NOTES D’IDENTITE.LES AMYOT.275 TABLE des Matières du 56ème volume.1950.278 BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.56 Lévis - Octobre-Novembre-Décembre 1950 Nos 10-11-12 Gonzague Ducharme .¦ (ÿv.< : Ma '¦ 1875¦1950 Avec Gonzague Ducharme, décédé le 31 août 1950 en 1 hôpital Saint-Luc, à Montréal, et inhumé à Saint-Gabriel-de-Brandon, le 2 septembre, est disparue une figure originale et bien connue des intellectuels de la métropole, du Canada et même de 1 étranger.C’était un érudit en histoire canadienne, un bibliophile averti, un libraire d’un type particulier.— 219 — 220 Le désir de se livrer à la carrière de l’enseignement le conduisit à l’Ecole normale Jacques-Cartier, à Montréal, en 1891, alors que le savant abbé A.-H.Verreau en était le principal.Diplômé en 1894, Ducharme s’était immédiatement après consacré à la pédagorie.Il a été professeur à la Commission des écoles catholiques de Montréal, d’abord deux années à l’école Montcalm, sous M.Lacroix, puis dix-huit à l’école Champlain, sous feu H.-O.Doré, père du futur surintendant de l’Instruction publique.Il prit sa retraite en 1914 pour fonder la librairie Ducharme, spécialisée dans les livres canadiens, un commerce qu’il faisait déjà, depuis 1911 au moins, à sa résidence, rue Fullum, tout en faisant de l’enseignement.A la librairie Ducharme, d’abord rue Notre-Dame, au-dessus de la librairie Derome, où est aujourd’hui la maison Granger Frères, et depuis 1917, boulevard Saint-Laurent, les collectionneurs ne manquaient pas d’aller bouquiner .et faire causette avec le propriétaire, dont la personnalité était en même temps et attachante et sympathique.Sa démarche était aussi légendaire que son magasin.Ducharme fut un émule et un digne successeur de Philéas Gagnon, de Québec, dont la précieuse collection de Canadiana est aujourd’hui la propriété de la bibliothèque municipale de Montréal.Sa réputation de spécialiste en Canadiana dépassa celle de son maître, elle franchit les limites de son étroite province.Aussi Ducharme fut-il, de partout, le plus consulté en matière d’incunables et de livres rares.Son autorité en imposait aux autres libraires, — qui ne le valaient pas.Berthelot Brunet a dit de lui qu’il était le “dictionnaire Tanguay de tous les chercheurs.” Ducharme avait fait de sa vie deux parts, l’une au commerce du livre, l’autre, en marge de la première, à la bibliographie canadienne.De sa double besogne, il savait qu’il ne travaillait pas tant pour lui-même que pour les autres.Tout en maintenant un comptoir de livres, il dressait un catalogue des publications canadiennes.Il rendait service à tous ceux qui lui demandaient des conseils.Sa vie aura été extrêmement utile à ses contemporains, — bibliothécaires, écrivains, collaborateurs ou élèves des écoles de bibliothéconomie.Son fichier de Canadiana est une oeuvre de grande classe, un travail de bénédictin, quelque chose comme au-delà de 400,000 fiches, toutes écrites de sa main.Il y besognait quotidiennement depuis quarante ans. — 221 — Ce fichier ne constitue pas rigoureusement un répertoire de toutes les publications canadiennes.Ne croyons pas que tous les livres que l’on a imprimés chez nous pendant la guerre sont des Canadians, n’en déplaise à ceux qui en pensent le contraire.Saint-Exupéry par exemple, Maritain ou Bainville, pour importants qu’ils soient, ne peuvent pas voir leurs livres rangés dans cette catégorie.Du reste, y tiennent-ils?Pas plus que nous.Un Canadians est un livre écrit par un Canadien — français, anglais, israélite ou autre langue, — soit à Montréal, soit à New-^ ork, soit à Paris, ou encore un livre écrit par un étranger, mais qui traite du Canada ou des Canadiens.Les ouvrages de Champlain, de Charlevoix, de Margry, de Gaffarel, de Lauvrière, de Le Liant, de Marie Le Tranc sont des Canadians, tout autant que ce bouquin d’Alain Grandbois publié à Péking, que de ces brochures du Père Marcel-Marie Desmarais imprimés en espagnol à Sao Paulo, au Brésil, ou que les ouvrages de nos compatriotes franco-américains parus en Nouvelle-Angleterre.Né le 13 janvier 1875, du mariage de Joseph Ducharme et de Mathilde Lanoie, à Saint-Gabriel-de-Brandon, Gonzague Ducharme y épousait, le 6 mai 1901, Albina Tellier, fils de Zéphirin Tellier et de Kate Monday et petite-fille de Bernard Monday, le fondateur de Saint-Gabriel-de-Brandon.Auteur anonyme d’une monographie paroissiale très fouillée de Saint-Gabriel-de-Brandon et de ses démembrements: Saint-Damien, Saint-Didace, St-Charles-de-Mandeville, Saint-Cléophas, Saint-Edmond, etc., parue en 1917, Ducharme fut nécessairement l’organisateur tout désigné des grandes manifestations qui se déroulèrent, le 23 août 1925, pour célébrer le centenaire de Saint-Gabriel-de-Brandon.C est lui qui en rédigea le programme, une brochure de 32 pages.Malgré sa vaste érudition, Ducharme n’a guère écrit d’autre chose.Quelques articles de revues qu’il signa au Pays lau-rentien (1916) et au Bulletin des recherches historiques, et c’est tout.Il se contentait de livrer ses connaissances aux familiers de son établissement.L’histoire l'intéressait d’une façon spéciale.Il lisait beaucoup, retenait tout.Membre de la Société historique de Montréal dès sa réorganisation par Mtre Victor Morin en 1916, il en avait longtemps suivi les réunions mensuelles.Il était directeur de la Société de bibliographie du Canada depuis sa fondation en 1945. — 222 — Très peu suffisait à cet homme simple, économe, casanier.Sa famille, ses livres, son commerce, et puis sa maison de campagne, sur les bords du lac Maskinongé, où il passait ses étés, remplissaient toute sa vie.Son bonheur n’en exigeait pas davantage.Gérard MALCHELOSSE, p g __ On pourra consulter avec profit sur Gonzague Du- charme : Gustave Bellefleur et Donat Durand, Profils normaliens, tome I.L’Oeil, 15 déc.1944, article de Alfred Ayotte.La Revue populaire, déc.1939, article de Henri Croteau.Montréal-Matin, 12 janvier 1945.La Patrie, 3 sêpt.1950.Le Devoir, 9 septembre 1950, article de Louis Robillard.Le meilleur cadeau à faire UN ABONNEMENT AU Bulletin des Recherches Historiques 2050, Chemin Gomin, Sainte-Foy La Bibliothèque des Archives de la Province Bibliothécaire en chef aux Par GERARD MARTIN Archives de la Province II y a quelques années, un montréalais un peu loustic menait à Québec une enquête à sa manière, histoire de s'amuser.“Où se trouve, demanda-t-il à plusieurs québécois de classses différentes, agents de police, fonctionnaires, commis de magasin, etc., où se trouve la Bibliothèque de l’Institut canadien?” Fort peu le savaient; la plupart ignoraient même l’existence d’une telle bibliothèque, et leur étonnement n’aurait pas été plus grand si on leur avait demandé le passage du Nord-Ouest.Si maintenant on reprenait cette petite enquête, mais cette fois au sujet de la Bibliothèque des Archives de la Province, combien pourraient donner une réponse satisfaisante?Combien connaissent ce lieu “plein de silence et de recuillement” au beau milieu d’un des plus magnifiques parcs de l’Amérique du Nord?Cette bibliothèque occupe en effet une des salles — la salle Gar-neau — des Archives de la Province, situées au rez-de-chaussée de l’édifice des Archives et du Musée, dans le Parc des Champs de Bataille.Née pour ainsi dire avec le service des archives proprement dites, dont elle était le complément nécessaire, elle s’est accrue constamment d’une moyenne d’un millier de volumes par année, grâce aux soins diligents des deux archivistes qui se sont succédé à la tête du service: monsieur Pierre-Georges Roy et monsieur Antoine Roy.Elle atteint aujourd’hui 25,000 volumes, sans compter des milliers de brochures.Si l’on considère que la très grande partie de cette collection concerne l’Histoire du Canada, et les sujets qui lui sont connexes, on se rendra compte que c’est un endroit de documentation presque unique pour tous les fervents de l’histoire canadienne, que ce soit la grande épopée à panache ou la vie plus humble des paroisses et des familles de chez-nous.Aussi, la bibliothèque des Archives est-elle le rendez-vous d’une élite: historiens, professeurs d'histoire, généalogistes, monographistes, biographes.On vient même des Etats-Unis consulter ses richesses.Outre les oeuvres de Champlain, Lescarbot, Sagard, Charlevoix, Hennepin, Sixte LeTac, La Potherie, Pierre Boucher, etc, elle possède — 223 — 224 — une foule d’histoires générales ou particulères; on y trouve, par exemple, plus de 40 volumes sur la seule période de la Guerre de Sept ans.Près de 1,000 volumes sont des biographies, 180 sont des généalogies, et 350 sont des histoires de paroisses.La section de bibliographie canadienne et américaine est assez complète, si on y ajoute les quatre grands répertoires de Sabin, Har-risse, Church et Evans qui sont sur microcartes, et le colossal Cumulative Book Index, de Wilson.La bibliothèque possède en outre une collection de périodiques assez imposante, si on tient compte de son âge et de sa spécialisation: la Gazette de Québec, le Mercury, la Minerve, le Courrier du Canada, la Revue Canadienne, l’American Historical Review, Notes and Queries, l'Intermédiaire des chercheurs et curieux, etc, des collections comme celles de la Champlain Society, Hudson’s Bay Society, Literary and historical Society of Quebec, Société Royale du Canada, Canadian Historical Association, etc.La bibliothèque des Archives, par son bibliothécaire, est membre d’un façon active de l’American Library Association, de la Canadian Library Association, de l’Association des Bibliothécaires du Québec et de l’Association canadienne des bibliothécaires de langue française; elle bénéficie donc des dernières techniques prônées par ces associations professionnelles.Depuis quatre ans il s’y opère une réorganisation totale sur une base absolument technique et d’après des systèmes universels: classification décimale Dewey adaptée aux besoins d’une bibliothèque spécialisée en Histoire du Canada, et catalogue dictionnaire selon les règles de l’American Library Association et de la Library of Congress.Son catalogue a cela de particulier que le dépouillement des volumes, en fiches analytiques, est poussé à l’extrême.La réorganisation n’est pas encore terminée, et déjà près de 80,000 fiches dirigent le chercheur à travers le dédale des sujets, des titres et des auteurs.Au comptoir du fichier, des tableaux expliquent la simplicité du catalogue, la logique de la classification, et l’étroite corrélation de celle-ci à celui-là.La bibliothèque des Archives est ouverte à tous, de 10 heures A.M.à 5 heures P.M., sauf le samedi après-midi et le dimanche.Cest une chose à voir.Et de la vision passagère à l’habitude de séjour, il n’y a qu’un pas. Pièces concernant le régime seigneurial au Bureau des Archives Par le Fr.J.-B.GAREAU, C.S.V.Laiton Les informations que le Bulletin donne ici pourraient être utiles aux personnes désireuses de faire des recherches sur le système seigneurial, tel qu’il a fonctionné au Canada, ou sur des seigneuries particulières.C'est une simple énumération des principaux documents que le Bureau des Archives possède sur le sujet: documents manuscrits, soit originaux soit en copies authentiquées, qui peuvent être mis à la disposition des chercheurs sérieux.Véritables reliques du temps passé, ces pièces remontent jusqu’au milieu du dix-septième siècle, quelques-unes même avant, et s’échelonnent ainsi sur un espace de trois siècles et plus.Dans ces sources précieuses on trouve toute 1 histoire du régime seigneurial, depuis son établissment en pays canadien jusqu à son abolition.On y peut trouver aussi des matériaux pour l’histoire de chacune des seigneuries.Le Bureau des Archives est souvent consulté par correspondance sur des questions seigneuriales.Il serait préférable que l’on y vienne faire ses propres recherches, ce qui serait plus facile et plus intéressant pour les chercheurs, lesquels pourraient ainsi travailler sur des pièces originales, que J on mettrait à leur disposition.Voici une liste des principales sources que l’on peut consulter, toutes pièces manuscrites ou, comme il est dit ci-dessus, en copies dactylographiées avec soin.|__Le Bureau a d’abord une collection de Dossiers des seigneu- ries.Elle se compose de quarante-cinq grosses boîtes.Dans ces boîtes sont distribués les cartables de toutes les seigneuries, environ deux cent vingt-cinq.Le cartable d’un arrière-fief accompagne celui de la seigneurie dont il dépend.Depuis la publication de l’Inventaire des Concessions en Fief et Seigneurie par M.Pierre-Georges Roy, cette collection a été tellement — 225 — — 226 — augmentée qu’on en prépare présentement une nouvelle édition, sous la direction de M.Antoine Roy, archiviste.Cet inventaire imprimé est un excellent point de départ pour les recherches sur chaque seigneurie.Il mentionne, en effet, en une liste abrégée, la concession primitive de la seigneurie, les actes de foi et hommage, les aveux et dénombrements, les mutations de propriétaires, les partages, etc.Excellent guide, indispensable à ceux qui s’intéressent à l’histoire d’une seigneurie en particulier.2.—A côté, il y a des registres originaux qui viennent de certaines seigneuries confisquées par le gouvernement, lequel s’est trouvé ainsi en possession de ces registres.C’est ainsi que le Bureau des Archives possède 28 registres pour la seule seigneurie de Lauzon, confisquée par le gouvernement après les malversations d’Henry Caldwell.11 y a aussi deux registres de la seigneurie de Bélair, et un de chacune des seigneuries de Batiscan et du Cap-de-la-Madeleine.Ces trois dernières appartenaient aux Jésuites au moment de la confiscation de leurs biens, en 1800.3.—Les Actes de Foi et Hommage sont réunis en cahiers manuscrits.Ce sont des pièces de copie faites sur les originaux, dont plusieurs viennent des greffes des notaires à Québec, à Montréal et aux Trois-Rivières.Ces pièces nous renseignent sur les propriétaires des seigneuries à telle époque, et même sur les possesseurs précédents, parfois depuis la concession primitive.En les consultant, on peut avoir la suite des propriétaires, le mode d’acquisition de chacun, les partages survenus par hérédité ou autrement dans la seigneurie.La collection comprend huit registres, dont quatre pour la domination française et quatre pour la domination anglaise.Le premier registre français a été retiré à cause de son état de détérioration, et remplacé par une copie imprimée.Comme la cérémonie de la foi et hommage se faisait parfois à Montréal devant l’intendant; ou son représentant il y en a aussi des actes dans les greffes de certains notaires; mais le grand nombre se trouve à Québce dans les registres cidessus.4-—Les registres d'Aveux et Dé?iombreme7its, au nombre de cinq, fournissent aussi d abondants détails sur les seigneuries.On sait que la cérémonie de la Foi et Hommage devait être suivie de la présentation, par le seigneur, d’un état complet des habitations et terre de ses censitaires; cest ce qu on nomme l'Aveu et Dénombrement.En consultant les Aveux et Dénombreme7its successifs de telle seigneurie on peut en suivre le développement. — 227 — 5.—La collection des Procès-verbaux des Grands-Voyers.On trouve de nombreuses informations sur les seigneuries, en consultant cette collection, qui comprend 27 registres reliés et 28 grosses boîtes de rapports manuscrits de ces inspecteurs des routes.6.—Les douze boîtes de manuscrits intitulés "Papiers Couillard-Després” contiennent des renseignements précieux sur les seigneuries de la Rivière-du-Sud (Montmagny) et les fiefs St-Luc et Lespinay dépendant de la même seigneurie, sur celles de l’islet St-Jean, de l’Is-let Bonsecours et de Port-Joli.On trouve aussi des détails intéressants sur plusieurs autres seigneuries.7.—Dans les 110 registres de la Prévôté de Québec, il est souvent question de démêlés judiciaires au sujet de seigneuries.Ces registres sont indéxés pour la plupart.Il est facile de trouver la question qu'on veut étudier.8.—Il faut en dire autant des registres du Conseil Supérieur, et surtout des Insinuations du Conseil Supérieur, où les principales décisions du Conseil au sujet des seigneuries étaient consignées, avec d’autres pièces s’y rapportant.9.—Il y a aussi huit registres manuscrits, transcription des Arrêts du Conseil d’Etat (Conseil du Roi) concernant la colonie du Canada, dont plusieurs avaient rapport au système seigneurial ou à des seigneuries particulières.10.—Dans les documents Papineau-Bourassa se trouvent nombre de pièces concernant la seigneurie de la Petite-Nation et quelques autres.Voilà des sources abondantes que le Bureau des Archives met à la disposition des chercheurs.Ce sont toutes des pièces manuscrites.La bibliothèque des Archives fournit les pièces imprimées.Il est à souhaiter que nombreux soient ceux qui en profitent.—-— Victimes du Massacre de Lachine D'après M.de Belmont Par le Fr.ST AN I LAS Montréal J'ignore si quelqu’un a déjà publié, entièrement déchiffrée, la liste des vie- times du Massacre de Lachine que M.de Belmont a jointe à son histoire manuscrite du Canada, liste que M.Désiré Girouard a reproduite en fac-similé dans son ouvrage, LAKE ST.LOUIS.Cette liste n’est pas complète puisqu’elle indique un total de 80 personnes alors qu'elle n’en mentionne que 67.Tout de même, la voici: Jan pare son enfant de 3 ans —Jean Paré; son enfant de 3 ans Jan roy sa fille de 2 ans — Jean Roy; sa fille de 2 ans 1 fae de Jan perusso — La femme de Jean Pérusseau Jan fournier martin — Jean Fournier; Martin Jan fagerin massacre — Jean Fagueret massacré Janbarbarri fae neuf enfas — Jean Barbary, femme, neuf enfants Noel plessi brûle — Noel Plessis, brûlé.Noel sa fae men es nus — Noel et sa femme emmenés nus canaple sa fae tete coupée — Canaple; sa femme, tête coupée pierre tessier safae 7 enfans — Pierre Tessier; sa femme; 7 enfants smichel sa fae unefille 8 enfans — St-Michel; sa femme; une fille; 8 enfants simondavo safamc les m&mellondev — Simon Davaux ; sa femme, les ma- 3 enfans melons dévorés; 3 enfants vincent alix safae 2 enf — Vincent Alix; sa femme; 2 enfants michel presso safame anceinte — Michel Presseau; sa femme en- evantree ceinte éventrée faede huguet fille de 2 ans — Femme de Huguet; fille de 2 ans matias chatouto safae 2 enf — Mathias Chatouteau ; sa femme ; 2 enfants tenechartier tete coupee sa fae fils — René Chartier, tête coupée ; sa fem- etfille pris me, fils et fille prisonniers Jan reno — Jean Renault alexandre — Alexandre 80 personne 30 maison toute lesbetes — 80 personnes; 30 maisons; toutes 1 les bêtes Le meilleur cadeau à faire UN ABONNEMENT AU Bulletin des Recherches Historiques 2050, Chemin Gomin, Sainte-Foy — 228 — Une exposition agricole qui tourne mal Meurtre de Corrigan à S.Sylvestre en 1855 Par LE Dr ARTHUR CAUX St-Flavien Latbinière Les expositions agricoles dans le sud de Lotbinière ne datent pas d’hier.Celle de Parkhurt tenue dans un décor enchanteur de collines et de beaux bois francs que surplombent les dentelures des monts Notre-Dame est une attraction de choix pour les cultivateurs progressifs de la région.La paix et l’harmonie y régnent comme il se doit et la langue française résonne en se mêlant aux accents de l’anglais sans dommage d’aucune sorte, pour les exposants.Il n’en fut pas toujours ainsi si nous écoutons la tradition et s’il faut en croire de sérieux historiens et les poudreuses archives.En 1855, il y avait 35 ans que les premiers colons avaient pris possession des terres du haut du chemin de Craig.C’était principalement des Irlandais, des Ecossais, des Anglais et un tiers de Canadiens français.Les progrès de la colonisation avaient été rapides.Læs terres neuves produisaient abondamment et les pâturages nourrissaient de magnifiques moutons et bestiaux.Il semble bien qu’une société agricole groupait dès cette époque les cultivateurs de S.Sylvestre ainsi que ceux des cantons de Leeds, et qu’une exposition annulle venait clore la saison d’automne et récompenser les éleveurs les plus méritants.Les exposants de 1855 avaient en plus de leurs produits, apporté à cette foire régionale leurs anthipathies et leurs rancunes nées de causes multiples.C'était le 17 octobre.La ferme de John Mackell capitaine de milice, voisine de l’église et du presbytère anglican, (près de la route de raccourci qui va du chemin de Craig vers le village S.Sylvestre) était pleine de bétail venu de dix milles à la ronde et la foule des propriétaires et des curieux était dense.Tout se passa bien jusque vers les 11.30 hres du matin.Les juges accomplissaient leur travail avec le sérieux et la compétence voulus.Quand vint le tour du troupeau de moutons de Patrick Donoghue du rang S.Paul, les amis Irlandais de Donoghue ne furent pas satisfaits du jugement porté par Hugh Corrigan un notable orangiste de Leeds — 229 — — 230 — avec qui ils avaient maintes fois eu maille à partir et à qui ils en voulaient spécialement depuis plusieurs mois.Une tradition recueillie par Mrs Travers veut que la chicane ait commencé par une vantardise de Corrigan qui avait affirmé dans une taverne de la région, (il y en avait trois à S.Gilles et probablement antant à S.Sylvestre) qu'il était le meilleur homme batailleur.Patrick O’Neil du moulin de S.Patrick avait relevé le défi.Malgré les représentations du Rév.Wm.King pasteur anglican du Sud, la rencontre eut lieu un dimanche après-midi.Pat.O’Neil aidé de Wm.Kilfoyle et de Robert Kelly administrèrent une bonne râclée à Corrigan.Que pouvait-il faire contre trois?Battu, il fut aussi mauvais perdant que ses adversaires étaient de piètres gagnants.Ils se pourvut en justice et ses assaillants durent payer L 2 — (8.00) par arrangement.Peu après le règlement du procès, Corrigan rencontre sur la place publique Patrick Kelly et lui demande ce qu’il pense de la Loi.“C’est plus fort que l’eau bénite de ton curé?” D’une rencontre à l’autre, les relations s’envenimaient et des projets entre amis se faisaient pour une revanche prochaine.L’exposition agricole leur fournit un prétexte et le jugement de Corrigan sur les moutons de Donoghue fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres.Vers midi et quart, la bagarre éclata.Les invectives firent place aux coups de poings, de pieds et de bâtons.Richard Kelly, Laurent Paquet, J.P.Robert Corrigan, Hugh Corrigan et.Frs-Xavier Dion de S.Nicholas juges de l’exposition se mirent en sûreté en se perdant dans la foule.Mais Hugh Corrigan fut rejoint par les amis de Donoghue et malgré l’assistance de Peter Stocking qui fut aussi maltraité, il fut tellement battu qu’il s'affaissa sur la place.On le transporta dans la maison d’Andrew MacKee, voisin où le Rév.King lui prodigua les premiers soins.Le Dr Reed de Leeds fut ensuite mandé d’urgence.Sur place, les juges de paix Laurent Paquet et Thomas Walker ainsi que le capitaine de milice Mackell ne prirent aucune disposition — 231 — pour arrêter les auteurs de ce désordre, croyant comme ils le dirent à l’enquête, n’avoir eu affaire qu’à une chicane dont la région était souvent témoin.Le lendemain, le Dr Reed s’inquiéta de l’état de son malade.Prévoyant sa mort, il suggéra que la déposition du mourant fut prise en bonne et due forme.Le juge de paix Laurent Paquet résidant non loin de là fut mandé ainsi que le Rév.King.Dans sa déposition ante-mortem, Corrigan incrimina d’assaut: Patrick, Francis et Edward Donoghue, Pat.O’Neil, George Bannon, Richard Kelly, Pat.Mono-ghan, John McCaffrey; Hugh et Matthew Hopkins le furent par la suite.Le même soir, Laurent Pâquet envoya un exprès à Québec demandant au shérif l’aide de la police pour arrêter les coupables et des mandats d’assaut.Corrigan mourut le 19 octobre.Le 20, Laurent Pâquet signa des mandats d’arrestation pour homicide contre les inculpés qu’il remit au constable J.P.Murphy venu de Québec à S.Sylvestre avec 13 policiers.Mal guidés et renseignés les policiers se découragèrent vite et retournèrent bredouilles à Québec.On peut se figurer à quel diapason montèrent les discours et à quel dégré s’échauffèrent rapidement les esprits dans le canton.Irlandais catholiques et orangistes partisans, des assaillants, amis de Corrigan menaçaient d’en venir aux prises et se préparaient en conséquence.Les amis de Corrigan, à tort ou à raison, craignirent que les amis des inculpés n’enlevassent le corps de Corrigan pour le mutiler afin de faire disparaître les traces des coups et ils vinrent le chercher sous escorte armée pour le transporter à l’église de Leeds.Quatre jours plus tard, le 24 octobre, le coroner J.J.Panet tint une enquête à Leeds et les jurés rendirent un verdict d’homicide coupable prémédité.William Harrison J.P.de Leeds reçut mandat du coroner d’arrêter les inculpés.Assisté de quelques hommes courageux du voisinage dont Wm.King jr.fils du pasteur anglican, (futur médecin de la région) Harrison dirigea les perquisitions, nocturnes le plus souvent, chez les inculpés et leurs amis.Ces recherches conduites et 232 exécutées par les orangistes chez les Irlandais catholiques donnèrent lieu à beaucoup de frayeur et de nervosité et aussi à de la rancune.Une troupe armée s’organisa à S.Sylvestre pour repousser la force par la force.Ce pauvre Laurent Paquet qui avait émis un mandat d’arrestation contre les coupables, en émit un aussi contre Harrison chargé par le coroner de mettre la main au collet des coupables.On accusait Harrison de violences et d’avoir fait main-basse sur des munitions et même de la menue-monnaie, lors de ses perquisitions.Les amis des coupables annonçaient à coup de fusils l’arrivée des hommes de Harrison.Ceux-ci croyaient être tombés dans un guet-apens.Ils proférèrent des menaces de lynchage.De côté et d’autre on se crut victime du parti adverse.L’émeute et la guerre religieuse parurent imminentes selon les lettres du Rév.King, de Laurent Piquet et du Curé O’Grady au Secrétaire d’Etat Geo.Etienne Cartier.Dès le 27 octobre, Sir Edmund Head gouv.général demandait la coopération du public, des shérifs, juges de paix et constables afin d’assurer l'arrestation des coupables.Une requête des catholiques envoyée le 10 novembre, proteste contre les dires et menaces des protestants.De son côté, le Rév.King vers la même date, demande au Gouvernement, protection contre les catholiques.Le 14 novembre, le major Johnston J.P.de Sherbrooke fut délégué à Saint-Sylvestre afin de s’enquérir si les accusés étaient encore dans la place et quels moyens seraient les plus efficaces pour les appréhender.Il eut des entrevues avec les Rév.O’Grady et King et comme il se devait, avec les notables de l’endroit dont Laurent Paquet J.P.Johnston confirma semble-t-il Paquet dans l’opinion que les suspects pouvaient êtres admis à caution et que ce serait le moyen le plus efficace de mettre la main dessus.La seule information que l’enquêteur rapporta fut celle-ci: les accusés jouissaient de la sympathie de leurs co-paroissiens et ces derniers refusaient de donner aucun renseignement à leur sujet.Vu qu’aucune arrestation n’avait pu être faite au 20 novembre, le Gouvernement offrit une prime de L200 ($800.00) pour l’arres- — 233 — tation des coupables.Personne ne se fit délateur pour ce prix.Le 26 novembre, la prime fut portée à L 100 ($400.00) pour l’arrestation du chacun des accusés, avec le même résultat.Les accusés étaient encore tous en liberté au 10 décembre et toujours introuvables.Les troubles ne faisaient qu’empirer dans les montagnes de Lotbinière.Le sécrétaire Geo-Etienne Cartier ordonna alors à la police riveraine de Montréal de s’organiser pour la recherche et l’arrestation des coupables.Le colonel W.Ermatinger J.P.le cap.Johnston J.P.et le cap.Armstrong furent placés à la tête d’un corps de policiers et de deux compagnies du 16e régiment, en tout 200 hommes environ.Deux escouades partirent de la Pointe-Lévy l’une pour Ste-Marie de Beauce, l’autre par le chemin de Craig tandis qu’une 3e venant de Bécancourt devait les rencontrer au village de Saint-Sylvestre, le 21 décembre, un vendredi.Pendant les trois jours qui suivirent, ces policiers et soldats fouillèrent les fermes dans les rangs du canton aidés des juges de paix locaux et de ceux de Leeds.Malgré la prime offerte, aucun des suspects ne fut découvert.Les cachettes étaient nombreuses.On accusa même plus tard Laurent Paquet d’avoir aidé les coupables à esquiver les recherches.Ses courses en traineau de côté et d’autre avaient paru suspectes.Devant l’inutilité des recherches, à la veille de Noël, le corps armé revenait à Québec, par le Grand Prone Road.Cette ligne de chemin de fer avait été inaugurée le 10 novembre 1854.A la station de Craig’s Road, l’aiguilleur était Patrick Kelly frère de Robert l’un des suspects.Des rumeurs couraient qu’il y avait des risques de sabotage.Toutes les précautions avaient été prises.Cependant, en dépit de tout, le train, à peine parti, dérailla! La locomotive et le tender se couchèrent sur le côté et deux chars bondés de soldats penchaient dangereusement.Heureusement le cap.Armstrong eut la présence d’esprit de commander à ses militaires de rester assis ce qui enpêcha, parraît-il, le déraillement complet et ses suites.Des amis d’Armstrong tentèrent plus tard de lui obtenir une gratification pour ce geste.Au milieu de la confusion qui suivit, un homme fut aperçu fuyant à travers champs.Les soldats lui donnèrent la chasse et l’arrê- 234 — tèrent bientôt.Il fut reconnu comme étant Abraham Ramsay fils de Pierre, natif de Saint-Gilles.C’est un jeune homme de 23 ans à qui la troupe aurait fait un mauvais parti si les chefs ne s’étaient interposés.Vers la mi-janvier, probablement à la suite de promesses illégales, peut-être aussi la lassitude de cette vie en marge de la société aidant les suspects se livrèrent.Ermatingr revenait de Saint-Sylvestre à Québec le 18 janvier 1856 avec 9 suspects.Un 10e Matthew Hopkins s’était livré à Québec, la veille.James Hogan, encore en liberté se livra quelques jours plus tard.Ce déplacement de troupes coûta au pays la jolie somme de L 900 (13,600.00) ' Au mois de février commença le procès qui fut riche d’incidents de toutes sortes.Le solliciteur général Dunbar Ross le conduisit pour la poursuite.Il semble que ce furent les avocats O’Farrell et Chabot qui défendirent les accusés.Laurent Pâquet donna du fil à retorde à la Couronne.Assigné comme témoin, il ne put se rendre au jour fixé par suite de maladie subite.(Ulcère stomachal semble-t-il.) Sa version sur la déposition ante-mortem de Corrigan ne fut pas la même au procès que celle donnée à 1 enquête du coroner.Il jura que le mourant avait mis en doute sa certitude de la mort par un "may be” encore jamais mis de l’avant.Les témoignages furent contradictoires et la preuve ne pût admettre cette déposition de Corrigan.Les témoins de l’agression se contredirent également.Dunbar Ross considérant que la preuve était illégale et inconvenante, refusa de continuer la poursuite.La cause fut abandonnée et les suspects acquittés.Ln octobre 1856, des commissaires furent nommés pour enquêter sur la conduite de Laurent Pâquet dans cette affaire.Leur rapport le blâme sévèrement et recommande l’abolition de sa commission de Juge de Paix. L’Ile aux Reaux et la famille Charles Campagna Président de la Société Généalogiqué Par le Fr.DOMINIQUE Canadienne-Française, Section de Québec C’est le 6 mars, 1708 que Charles Campagna devient propriétaire de l’Ile aux Reaux (Genaple) ; il l’achète des RR.PP.Jésuites qui l’avaient reçu en concession de la Compagnie de la Nouvelle France; il s’engageait à payer 15 livres de rente par an et devait la cultiver.il la garda du 6 mars, 1708 jusqu’au 10 février, 1710.C’est à tort que l’on désigne cette Ile par le nom de l’île aux Reaux, son vrai nom est File aux Ruaux.Sur la carte de Bellin, édition de 1764, le géographe écrit :ILE AUX RUOS et les anciens missionnaires comme Champlain l’appelaient L’ILE AUX RUOS.On appelle encore en France un détroit qui sépare l’ile Jersey des Rochers de Drouilles et d’Egrebon dans la Manche, le Ruaux.L’ile aux Ruaux est située dans le fleuve St-Laurent à une lieue au sud de St-François de l’ile d’Orléans; elle fait partie de la déserte de cette paroisse; elle a 250 arpents de superficie.Le 10 février, 1710 Campagna cédait son île au sieur Joseph Ri-verin, marchand de Québec — devant Chambalon — l’acquéreur devait continuer de payer la somme de 15 livres aux Jésuites.Le 7 mai, 1718 (Notaire Rivet) Charles Campagna rachetait File aux Reaux de Michelle Hoir, veuve de Jos.Riverin en plus des 15 livres de rente annuelle, il s’engageait à livrer 10 cordes de bon bois de chauffage rendues sur la grève de Québec dans le cours de l’été de 1719.11 garda l’ile jusqu’en 1723.Le 22 octobre, 1723, par devant le Notaire Barbel, il cédait son île au sieur Charles Guillemin, conseil du Roi au Conseil supérieur.Guillemin devait continuer à donner la rente de 15 livres aux Jésuites et payer au vendeur 600 livres de prix principal,c’est-à-dire 300 livres comptant et la balance payait la somme due par — 235 — 236 — Campagna au sieur Guillemin jcependant, Catnpagna se réservait le droit de prendre sur la dite île une fois seulement le bois nécessaire pour faire 400 planches et 200 madriers de bois de pin, 6 arbres de noyer et 2 de chêne.En 1757, l’Ile Reaux appartenait à Guillaume Guillemin — probablement le fils de Charles—qui la vendit le 24 mars de la même année à Charles Vallée (Notaire Panet).Aujourd’hui l’Ile est la propriété de M.Elzéar Boulanger de Montmagny qui y coupe chaque année un peu de bois; on y fait aussi pacager des bestiaux appartenant aux habitants de l’Ile-aux-Grues et de l’Ile-aux-Oies ; en automne, on y chasse l’outarde.Vient do |ia.raitro HISTOIRE du CANADA-FRANÇAIS (1534-1763) par CLAUDE DE HONNAULT En vento à la LIBRAIRIE D U C H A R M E MX», rue St-Laurent, Montréal Les Renaud de Mascouche Secrétaire de la Société Généalogique Canadienne-Française, Par le Fr.ANDRE, s.c.Section de Québec Les Renaud établis à Mascouche vers 1730 venaient de Char-lesbourg et descendaient de Mathurin Renaud de St-Etienne d’Ars, Ile de Ré, diocèse de Larochelle; son fils Mathurin s était marié à Québec le 7 octobre 1669 à Marie Pelletier, c’est 1 ancêtre canadien.Un autre Renaud du nom de Guillaume a aussi fait souche à Charlesbourg et compte aujourd’hui de très nombreux descendants.Je vous dirai d’abord un mot de Mascouche qui se trouvait dans la seigneurie de Repentigny, appelée plus tard "Lachenaie” et ensuite comment les ancêtres Renaud de Charlesbourg entreprirent ce voyage et colonisèrent ce coin de pays.1—Mascouche Le territoire sur lequel est situé le coquet village de Mascouche est un vaste plateau d’une égalité presque uniforme rompu seulement par la colline du “Grand Coteau” et la coulée peu profonde que s’est creusée dans la suite des siècles la rivière St-Jean-Baptiste.Une opinion veut que le mot Mascouche en langue indienne signifie: prairie.Il est vraisemblable de croire, écrit M.L.A.F.Crépeau, que les vastes plaines adossées au “Grand Coteau” (petite chaîne des Laurentides qui traverse toute la paroisse) aient inspiré aux Sauvages la pensée de désigner cet endroit enchanteur par le nom de Mascouche : prairie.Le territoire de la seigneurie “des Plaines” qui confine à celui de Mascouche s’appelait de temps immémorial “les Plaines”.Le premier Seigneur de Terrebonne s’appelait aussi “Seigneur des Plaines.Le "Grand Coteau”, seule éminence digne de remarque dans cette région traverse toute la paroisse du sud-ouest au nord en partant du lac des Deux-Montagnes pour finir au Cap Tourmente.Il fournit une eau excellente et contient en abondance une terre à brique de première qualité.Mascouche fait actuellement partie de l’ancienne seigneurie — 237 — — 238 — de Lachenaie, comté de l’Assomption, diocèse de Joliette.Le Tillage de Mascouche se compose actuellement presque en totalité de rentiers ; les autres paroissiens se livrent aux travaux agricoles ; on y compte aussi plusieurs gens de profession.2—Le fondateur de la seigneurie Pierre le Gardeur de Repentigny arrivait en notre pays le 11 juin 1636 sur “Le Courpron” en même temps que M.de Mont-magny, les illustres familles de Repentigny et La Poterie, en tout 45 personnes.M.de Repentigny était accompagné de sa mère et de ses soeurs .Quelques années plus tard, il obtient de la Compagnie de la Nouvelle-France, par un acte passé à Paris, le 16 avril 1647, un immense domaine qui fut la seigneurie qui porta d’abord son nom et plus tard celui de Lachenaie.Il rendit de grands services à la colonie et sut conquérir l’amitié de tous par sa sagesse et son esprit de justice.Cette illustre famille avait les surnoms de Tilly, Repentigny, de Villiers, de St-Pierre, de Beauvais, de Courcelle, de l’Ile, de Courtemanche, de Croisille, de Montenom, de Moncarville, etc.De 1644 à 1646, M.de Repentigny fit plusieurs voyages en France et les vieilles annales le désignent sous le nom d’amiral.Il mourut en mer en 1648 ; sa mort, d’après les Relations des Jésuites fut précieuse devant Dieu et il était solidement résigné à ses volontés.Son fils, Jean-Baptiste le Gardeur de Repentigny avait obtenu un vaste domaine sur le St-Laurent; il travailla lui-même avec ses fils pour le défricher et le mettre en valeur.Les historiens ne disent pas quel était ce domaine, mais tout porte à croire d’après des documents conservés dans la famille Crépeau de Mascouche en date de 1717 que ces premiers défrichements furent faits aux rapides de St-Henri de Mascouche et que ce fut lui qui fit bâtir le manoir encore existant aujourd’hui en parfaite conservation.Ce premier héritier du fondateur de la seigneurie de Lachenaie avait eu de Marguerite Nicolet, son épouse, 22 enfants dont sept moururent sur le champ de bataille.Jean-Baptiste de Repentigny fut inhumé à Montréal le 6 septembre 1709; son épouse le suivit dans la tombe le 21 janvier 1722. — 239 — Lors de la cession du Canada a l’Angleterre, les derniers descendants des LeGradeur désirant retourner en France, vendirent leurs biens à Dame Madeleine Chossegros de Léry en 1764; puis le major Gabriel Christie, le nouveau propriétaire, les revendit à Jacob Jordan qui les céda à Pierre Pangman; ce dernier à sa mort laissa ses biens à sa fille et à son gendre, M.Georges Henry Monk qui les administra jusqu’à la majorité de sa femme, le 13 février 1829.La famille Pangman fut la dernière propriétaire de la seigneurie de Lachenaie; aujourd’hui, M.Uldaric Corbeil est le propriétaire du manoir qui fut vendu à l’enchère le 10 décembre 1881.3—Colonisation et défrichement On dirait à la lecture de documents trouvés à Mascouche et datés de 1722 qu’il y avait alors comme une agence d’immeubles presque analogue à celles qui fonctionnent de nos jours.Et l’on verra pourquoi et comment plusieurs colons de Charlesbourg se sont transportés à Lachenaie et Mascouche aujourd’hui.Les documents assurent que Pierre le Gardeur de Repentigny, seigneur de Lachenaie marié à Agathe de St-Père, concède ses terres sur lesquelles repose actuellement le village de Mascouche au sieur de Lauzon, marchand de la basse-ville de Québec; un nommé loussaint Vandrie et ses frères font affaires avec les colons à Montréal et ainsi s’établit le courant de migration.4—Les Renaud Abrégé d’un acte de vente entre Toussaint Vandry qui avait acheté la propriété en question de Pierre Lozon de Québec et Michel Renaud de Charlesbourg: “Une terre de 4 arpents de front sur 50 de profondeur située sur la rivière St-Jean-Baptiste de la Mascouche, tenant d’un bout de la rivière l’autre bout aux terres consédées, tenant d’un côté à Jean Leclerc et de l’autre bout à Pierre Truchon avec environ un arpent de bois abattu sur icelle.Le vendeur ayant acquis cette terre du dit Pierre Lozon par contrat passé par Maître Seney, notaire royal à la Pointe-aux-Trembles de Montréal. — 240 Achetée par Michel Renaud pour 400 livres; 35 livres payables en blé à 35 sols le minot et le reste payera au mois de septembre à Québec.Témoins : Louis filiatro et Athanase Gravel tous deux habitant la dite place Jésu, vendeurs et acquéreurs”.Cette dernière terre se trouve aujourd’hui à être au centre du village.Une partie des dépendances de la fabrique sont bâties dessus.Autre acte: 14 juin, 1730.“Michel Renaud jouira sans nul trouble ni empêchement et à titre de concession du restant de terre qui se trouve derrière sa terre et en payera les rentes suivant le procès-verbal qu’en fournira l’arpenteur”.Fait à la Chenaye le Gardeur de Repentigny, le 14 juin, 1730.Ce document fait foi que Michel Renaud et son frère Charles-François vinrent de Charlesbourg rester à Lachenaie; il n’y avait pas d’église à Mascouche, c’est pourquoi les actes religieux les concernant se trouvent à Lachenaie.Les Renaud se sont succédé de père en fils.Aujourd’hui (1910) M.Jean Baptiste Renaud, brave cultivateur habite une maison ancestrale bâtie en pierre qui passe pour être la première construction de la paroisse.Et c’est ainsi que les Renaud, Allard, Dufresne, Muloin, Cha-lifoux, Bohémier, Desjardins, Baudoin, Rochon, et bien d’autres émigrèrent de la région québécoise vers Lachenaie et Mascouche; je laisse à d’autres plus renseignés que moi de trouver la raison exacte de cet exode.Anne Joseph Hippolyte De Maurès Comte de Malartic 1730-1800 Noms canadiens peu répandus Familles Seize, Le Seize, Louis Seize De la Société Historique Par ROLAND-J.AUGER de Montréal J’avais longtemps été intrigué de rencontrer des familles Louis Seize chez nous.Ayant été, durant mes études classiques, avide lecteur de tout ce qui avait trait à l’énigme Louis XVII, je pensai, du fait, résoudre le mystère.Pourquoi, en effet, notre Canada français, l’un des plus beaux fleurons de 1 ancienne couronne de France, n’abriterait-il discrètement, et ce, depuis près de 160 ans, les descendants directs (en lignée masculine) des rois, ou, plus précisément de l’infortuné Louis XVI et de Marie-Antoinette, dont le fils, le dernier dauphin de France, épargné par la Révolution, aurait gagné l’Angleterre, puis le Canada?Pourquoi pas?Et j’essayai alors de trouver des textes solides pour préparer ma thèse jusqu’au jour où j’ouvris le Dictionnaire Tanguay qui fit crouler tout mon échafaudage, car le premier Louis Seize canadien naquit et mourut avant Louis XVI français, proclamé et sacré comme tel.Tant pis, me dis-je, il me reste à connaître ce que fut le nôtre 1 et c’est le fruit de ces recherches que je livre aujourd’hui.Nos familles Seize, Le Seize, et Louis Seize, répandues surtout dans le district de Lachute, Pointe-Calumet et les environs (il y en a quelques-unes à Montréal) sont d’origine lorraine par leur commun ancêtre Louis Seize, venu de Richecourt-le-Châ-teau, au diocèse de Metz, en France.Aujourd hui, cet endroit semble bien être Réchicourt-le-Château (Moselle) petit chef-lieu de canton de 672 habitants, (Petit Larousse Illustré, 320e édition, [m3] p.1638).Les parents de Louis Seize, François Seize et Marie Thibault, poussèrent l’instruction de leur fils qui possédait, entre autres choses, une très agréable calligraphie, bien moulée, et, à toutes les fois qu’il était requis, comme ceux qui savaient écrire, il signait son nom en belles lettres rondes : Louis Seize.(1) Sans jeu de mots avec G.Lenotre, de l’Académie française, cet excellent historien de la Révolution Française que la question Louis XVII a longteinps travaillé; voir en effet de cet auteur “Louis XVII ou Le Prisonnier du Temple , “Hervagault ou Louis XVII” dans ‘‘Rois sans Royaume de la collection Flammarion, etc.241 242 Né en 1724, car on le dit âgé de 60 ans à sa mort, en 1874, notre homme reçut en outre une belle éducation qui, doublée de son instruction, le faisait rechercher comme témoin ou parrain, ici, comme on le varra.Louis Seize arriva en Nouvelle-France à la fin du régime français.Il n’est pas impossible qu’il fût soldat, quoi que son surnom, car il en avait un, fusse celui de son lieu d’origine.Il est en effet parfois qualifié de Louis Seize dit Richecourt.La première mention que nous avons trouvée à son sujet est de 1761.Il est alors domicilié à l’Ile-Perrot, et il achète du Guillaume Lalonde, fils, “une terre de 4 arpens de frond sur 20 ar-pens de profondeur a prendre dans une concession de 5 arpens de frond sise et Située En la seigneurie de la susdite ile pereau tenant sur le devant au Bras de riviere qui procédé du fleure saint Laurens et dautre bout par derrière aux terres non concédé Joignant du ncosté a pierre Heneau Et toutte en Bois de bout (.) moyennant la somme de 200 Livres Laquelle somme ledit acquereur promet et soblige de Bailler et payer audit Vendeur en deux paymens Egaux de 100 Livres chacuns .etc,” (gr Vuatier).Le contrat de vente, passé à Soulanges, est rédigé en présence des sieurs Joseph Lefebvre dit Laciseraie et Noël Lefebvre, son frère, tous deux de l’Ile-Perrot.Louis Seize se fit bon défricheur car dès l’année suivante il possédait \l/2 arpents en valeur.Le 16 mars 1762, on ne sait trop pour quel motif, notre homme décidait de vendre “a Joseph Marie Cullerier aussi habitans de laditte isle pereau & y demeu-rans (.) une terre (.) sise et située En la susdite Ile pereau (.) joignant d’un côté a amable lefebvre & dautre a pierre heneau avec quatre arpens et demis ou Environ de terre En superficie En valleur et le reste en bois debout & Sans aucun Bas-timens sur Icelle .etc.” (gr Vuatier).Louis Seize avait demandé et obtenu le double du prix qu’il avait payé.Au bas du même acte, il acquitte le nommé Cullerier - le 12 juillet 1762, pour la balance des 250 livres à lui remises la veille.A la fin du régime français, époque où vécut Louis Seize, la monnaie en cours était encore la monnaie de cartes.Or, M.Pierre-G.Roy raconte qu’en 1682, l'Intendant de Meulles, s’apercevant que nous achetions plus de la France que nous ne lui ven- (2) Cette terre passa ensuite aux mains de Michel Heneau le 22 mars 1764 (gr Vuatier). — 243 — dions, comprit pourquoi le Canada se trouvait sans argent, et conçut alors l’idée d’en fabriquer au moyen de sa signature dans l’espoir que le Roi lui ferait l’honneur de rencontrer ces obligations.Louis XVI approuva la mesure mais ne paya guère.Faute d’imprimerie, on devait écrire ces sortes de “bons” à la plume, et on adopta le dos des cartes à jouer qui abondaient dans les magasins, parait-il, et qui avaient plus de consistance que le papier ordinaire.L’Intendant signait et apposait son sceau de cire.Le trésorier de la Colonie, parfois le Gouverneur signait aussi.Après 1720, on eut recours aux cartons, mais c’était la même chose, en empirant, si bien que rendu à 1760, il y avait plus de 80 millions de francs de ces écritures qui n’étaient pas payées et que le Trésor français répudia, (P.G.Roy, Petites Choses de Notre Histoire).Au mois de mai 1763, une ordonnance du roi d’Angleterre obligeait tous les porteurs de billets français à déclarer leurs valeurs.C’est ainsi que Louis Seize, à l’exemple de ses compatriotes, fit rédiger un bordereau par le notaire Panet, pour la somme de 539 livres (dans le Rapport de l’Archiviste, 1924-25, page 243).Le 27 juin 1763, dans la petite église de Châteauguay, qui lui rappelle celle de Réchicourt-le-Château qu’il n’allait plus revoir, Louis Seize unissait sa destinée à celle d’une canadienne qui représentait la 4e génération de sa famille au pays, la jeune Charlotte Gendron, fille de Pierre et de Louise Lafontaine (de s n vrai nom Louise Quay dit Dragon).L’acte se lit ainsi: “L’an.1763 le 27 juin apres la publication de trois bans (.) entre Louis Seize fils de françois Seize et de Marie Thiebault a richecour le Chasteau, Evechez de Metz d’une part, et charlotte gendron fille de pierre gendron et de Louise Lafontaine de cette paroisse dautre part (.) etc.etc.” (registre de Châteauguay, année 1763).Louis Seize conduisit sa jeune épouse (lui était alors dans la quarantaine) à St-Denis sur la rivière Richelieu immédiatement après leur mariage.Le couple demeura au moins un an dans cette paroisse, car, le 22 août 1764, Louis Seize était témoin à une vente de maison, rue Cul-de-Sac, basse-ville de Québec,, par l’abbé Jean-Baptiste Fréchet, curé de St-Denis, au négociant Charles-Ferdinand Curtius, son beau-frère (gr Courville).C’est sur ce document qu’on relève une très belle signature de Louis — 244 — Seize dit Richecourt *.Ajoutons que son homonyme de Versailles n’aurait pas mieux signé même si l’Histoire 3 4 eût devancé son règne de dix ans ! LA FAMILLE GENDRON L'ancêtre Louis Seize s’était allié à une famille de Château-guaj, celle de Pierre Gendron (et Gendras) et de Louise Quay dit Dragon, mariés le 31 juillet 1731 aux Trois-Rivières.Louise Quay-Dragon avait été mariée à François Chevalier dont elle était veuve.La plupart des documents la nomment Louise Lafontaine, du nom de sa mère (note de Tanguay).L’on connaît 5 enfants de ce couple, tous mariés à Châteauguay: Pierre en 1755 avec Désanges Rufiange, François en 1756 avec Anne Durand (donation Soupras, 8 fév.1783), Louis en 1762 avec Ursule Rufiange, Marie-Josette en 1765 avec François-Amable Rufiange, enfin, Charlotte en 1763 avec Louis Seize.Après ses pérégrinations à l’Ile-Perrot où il acheta une terre, à Châteauguay où il se maria, à St-Denis où il servit de témoin au notaire Courville, et au Bout-de-l’Ile où furent baptisés ses aînés, Louis Seize décide enfin de se fixer à la Pointe-Claire, vers 1770.C’est là qu’il passera les 14 dernières années de sa vie.Vie assez obscure.Aucun document ne mentionne sa profession ou son métier.Les notaires ne nous éclairent pas davantage.Tout laisse croire qu’il fut journalier et demeurait dans le village.Son salaire suffisait à peine à pourvoir à ses 6 enfants et à son épouse.Il fut l’humble ancêtre dont nos archives ont à peine conservé le nom.Mais à l’instar de tous les autres, Louis Seize devait passer à la postérité par sa progéniture.Et c’est à ce titre qu’il est égal à tous nos pères venus de France et dont le nom se transmet encore de génération en génération après un, deux ou trois siècles.Cinq fois déjà Charlotte Gendron avait donné le jour à de frêles petits êtres.En époux chrétiens et patriotes fervents, le père et la mère attendaient fébrilement la naissance d’un 6e héritier.On était au début de 1775.Dès les premiers signes de la délivrance, Louis Seize courut chez la sage femme qui avait of- (3) Communication de Mlle Stella Lemieux, des Archives Judiciaires de Montréal ; qu’elle en soit ici remerciée.(4) On sait que le roi Louis XVI ne succéda à son aïeul Louis XV qu’en 1774. — 245 — fert son assistance, Catherine Legros, une voisine.Malgré les soins attentifs de cette dernière, la jeune maman, après avoir souri au nouveau-né, un petit garçon, faisait le sacrifice suprême et retournait à son Créateur.Elle avait 34 ans et fut inhumée le surlendemain (24 février 1775) ainsi que l’atteste l’acte de sépulture suivant.Lam mil Sept cent Soixante Quinze et Le Vingt quatre février je Soussigné ay inhumé dans le cimetiere de cette Paroisse Le corps de marie Angélique Gendrcn decedee Le vingt deux du dit mois âgée d’Environ trente quatre ans femme de Louis Seize resident en cette Paroisse témoins Jean Baptiste ménard qui a signé et Jacques proux qui na su Signer de Ce Enquis.” (reg.de Pointe-Claire).Quelques mois après la mort de sa femme, Louis Seize perdait son benjamin, Dominique, (précisément celui qui coûta la vie à sa mère) qui mourait à l’Hôpital-Général de Montréal et y fut enterré le 21 niai 1775.Notre homme restait maintenant seul avec 5 enfants: Angélique qui avait 10 ans, Joseph qui en avait 8, Louis 6, Suzanne-Eugénie 4, et Marie-Anne 2.Le mystère et le silence qui entoure la fin de sa vie semble bien expliquer la profonde tristesse dont Louis Seize fut accablé par ce vide immense soudainement opéré dans sa vie.Louis Seize reçut toutefois la sympathie de ses proches, notamment celle de la famille Agace dit Desloriers 6 * 8 à qui fut confiée la petite Eugénie et où il fut toujours le bienvenu, et celle de la famille Dépelteau où il se retira avec ses enfants.Le 22 juillet 1775, il était parrain, avec Catherine Legros, du fils de Marie Angélique Leclerc dit Ladouceur, à la Pointe-Claire.C’est encore Catherine Legros 8 qui s’occupa de placer la petite Eugénie chez le bourgeois Jean-Baptiste Dezery-Latour, maître menuisier de Montréal, en 1779.(5) Pierre Agace dit Deslauriers, maître tisserand, natif de la ville de Rouen, paroisse de St-Gervais, avait épousé Catherine Legros, cette sage femme qui avait assisté Charlotte Gendron sur son lit de mort.11 mourut à 79 ans et fut inhumé à Ste-Anne du Bout-de-l’Ile le 26 mai 1770.(6) Son mari étant décédé auparavant (voir note précédente), elle ne pouvait plus garder chez elle la jeune enfant, et, de concert avec le père, elle avait fait rédiger le certificat suivant par le curé de Pointe-Claire: "Catherine Legros veuve du nommé deslauriers ayant la petite Louise Seize fille de Louis Seize chez elle depuis près de trois ans et S’étant engagée envers le père de cette enfant de La garder jusqu’à l’âge de douze ans pour l’élever chrétiennement et ne pouvant le faire elle souhaiterait de la placer entre bonnes mains suivant son engagement, ce que je certifie.A la pte claire 14 juin 1779.Sartelon ptre.” (document annexé à l’acte d’engagement ci-haut). — 246 — En effet, c’est le 23 juin 1779 qu’elle engageait la petite chez les Dezery-Latour.Cette riche famille, qui habitait alors rue St-Gabriel, acceptait l’enfant “âgée de huit ans et demi Jusqua lage Complette de 18 ans (.) à titre de domestique pour et pendant l’espace de neuf ans et demi aux charges par led.Latour de nourrir chauffer éclairer Soigner Tant en santé quen Maladie laditte Eugenie Louis Seize (.) la faire elever luy faire faire sa premiere communion, luy apprendre à lire Si elle a toutefois dispositions, la traiter doucement humainement comme il convient et promet len-tretenir dans la Religion Catholique et luy faire faire ses devoirs Chrétiens .etc.etc.” (gr Leguay).A ses 18 ans, Eugénie devait recevoir une cape de camelot commun, un mantelet et un jupon de soie et d’indienne, 6 chemises de toile de Russie, 6 mouchoirs de coton, douzaine de coiffes de mousseline, une paire de bas et une paire de souliers de cuir avec boucles 7.Le chagrin minait l’infortuné père.Sa mère n’était plus, ses enfants étaient placés ici et là, autant de peines qui brisaient le coeur paternel.Ces deuils, ces séparations le firent vieillir prématurément.Tl mourut le 7 mars 1784, à 60 ans, et fut inhumé à la PointeClaire le lendemain : “Le huit mars mil sept cens quatre Vingt quatre par moi pretre soussigné a été inhumé dans le ciem-tiere de cette paroisse le corps de Louis Seize décédé D’hier âgé d’Environ soixante ans.Le bedeau present.Conefroy ptre.” Il ne restait plus de cette famille que cinq orphelins, dont l’âge variait entre 19 et 11 ans, qui pourtant seront les continuateurs d’un autre beau nom vraiment et “royalement” français en terre canadienne.FAMILLE DE LOUIS SEIZE 1 — Angélique, baptisée le 29 octobre 1765 à Ste-Anne du Bout-de-l’Ile; le 28 juillet 1808, étant alors domiciliée à St-Mi-chel de Vaudreuil, elle était marraine de son neveu Joseph Seize, fils de Joseph Louis Seize, à l'Ile-Perrot.Elle était apparemment célibataire; reste de destinée inconnu.2 — Joseph, né le 19, et baptisé le 21 octobre 1776 à Ste-Anne du l!out-de-l’Ile ; il est témoin au mariage de son frère Louis, en 1790; le 2 juillet 1798, à Pointe-Claire, il épouse Geneviève Poirier, fille de Baptiste Poirier et de Charlotte Lecompte.Au contrat de mariage, passé par le notaire Thibaudeau le 27 juin précé- (7) Autre communication de Mlle Stella I.emieux — 247 — dent, il ameublissait sa terre de 3 arpents de front sur 20 de profondeur, qu il possédait à l’Ile-Perrot et dont les voisins étaient “par devant le fleuve St-Laurent, par derrière à Jean Lacombe, d un coté à Paschal St-Denis et d’autre à Dominique Sabourin père”, ainsi que sa paire de boeufs, une vache et une taure, un cheval avec son attelage complet et une charrue garnie et prête à marcher.Le 8 mars 1800, sa terre passait à Antoine Lefebvre (gr Thibaudeau).Enfants connus: Sophie, b.23, s.25 sept.1799 Ste-Anne ud Bout-de-l’Ile ; Joseph, b.28 juillet 1808 à l’Ile-Perrot ; Sophie, b.21 fév.1813 à l’Iie-Perrot.3 — Louis, né en 1769; le 15 novembre 1790 il épousait à l’Ile Perrot Marie-Josephte St-Denis, fille de Michel et de Marie Pilon, de Vaudreuil.Le notaire Soupras, qui reçut leur contrat de mariage le 8 novembre précédent, fit entrer dans la communauté future comme bien immobilier, — ce, à la demande du marié, — la terre de 3 arpents de front par 40 de profondeur, que ce dernier possédait à la seigneurie d’Argenteuil,“tenant par devant a La grande Rivière, Par derrière aux terres Non concédées, joignant d’un coté à Joseph lemay Et d’autre à Thomas Dubois.” Comme la plupart des jeunes Canadiens, notre homme se laissa tenter par le goût des voyages au loin, et, le 27 décembre 1803, il s’engageait à McTavish Frobisher & Co.pour aller au Témiscamin-gue et en Abitibi (gr Louis Chaboillez), Rép.des Engagements pour l’Ouest, par E.Z.Massicotte, dans Rapp.de l’Archiv.de la Prov.1944-45, page 376.Le 30 mai 1809, Louis Seize s’obligeait envers Joseph Allar (gr Thibaudeau).Enfants connus: Louis, marié à Emilie Phara dit Vivarais le 10 septembre 1821 à Rigaud ; Michel, qui épousait Marguerite Charlebois le 28 septembre 1829 aussi à Rigaud.Suzanne-Eugénie, née le 25 baptisée le 27 janvier 1771 à Pointe-Claire; à la mort de sa mère, elle fut successivement adoptée par la famille Agace dit Deslauriers, et engagée chez J.B.Dezery-Latour, maître-menuisier de Montréal, le 23 juin 1779 (gr Leguay) ; destinée inconnue.5 — Marie-Anne, née le 15 et baptisée le 17 avril 1773 à Pointe-Claire; sépulture le 21 mai 1775 à l’Hôpital-Général de Montréal.Sa naissance coûta la vie à sa mère.248 SOURCES Mes recherches se sont confinées au vieux Palais de Justice de Montréal où j’ai puisé aux sources manuscrites suivantes: Registres de catholicité des paroisses de Pointe-Claire /1763-18107, Ste-Anne du Bout-de-l’Ile 71778-18507, Vaudreuil et Ile-Perrot 71786-18107; Index des mariages de 1800 à 1850 sur petites fiches des Archives; Index des Insinuations de 1783 à 1787; Tutelles, Curatelles, Insinuations & Clôtures d’inventaires, de 1775 à 1787 (gros bouquins sans index conservés dans les voûtes) ; index partiel des tutelles & curatelles du régime français et partie du régime anglais, sur petites cartes; Répertoires et index des notaires Vuatier, Leguay, Duvernay fils, Saouste, Hantraye, Simonet, La-lanne fils, Soupras, Gabrion et Thibaudeau.Vient de paraître: Les terres de la Grande-Anse des Aulnaies et du Port-Joly par Léon ROY Cet ouvrage renferme de nombreux renseignements inédits sur les familles suivantes : AUTIN - BÉRUBÉ - BLONDEAU - BOIS - BOUCHARD BOUCHER - BRISSON - CARON - CASTONGUAY - CHÂ-TEAUNEUF - CHOUINARD - D’AUTEUIL - DESCHÊNES DESJARDINS - DESSAINT - DIONNE - DUBÉ - DU-CHOUQUET - DUFAULT - DURAND - DUVAL - ÉMOND FRANCŒUR - FRASER - GAGNON - GAUVIN - GUY GRONDIN - HUOT - JALBERT - JEAN - LAFRANCE LANGLOIS - LAUZIER - LEBEL - LECLERC - LÉVESQUE LIZOTTE - MARTIN - MICHAUD - MIGNER - MIGNAULT MIVILLE - MARION - MORIN - OUELLET - PELLETIER PIN - PINELLE - SAINT-AMANT - SAINT-JORRE SAINT-LAURENT - SAINT-PIERRE - SANTERRE - SAS-SEVILLE - SAUCIER - SOUCY - SOULARD - TAILLON THIBOUTOT.En vente chez l'auteur: 30, rue Déziel, Lévis.$2.50 franco. Le Monument des Braves Par HUBERT LETOURNEAU Des Archives de la Province Il est temps de mettre fin à toute une série d’articles (1)-La clarté française nous impose peut-être de dire que le premier de ces articles ne voulait qu'amorcer l’intérêt sur le Monument des Braves, par un sujet d’une certaine actualité durant le mois de novembre: Nos Braves, nos morts.Puis, comme il s agissait d’un monument qui avait su capter notre admiration par ses belles lignes, ses proportions exquises et son site enchanteur, il avait paru seyant de causer architecture et beauté.Vint le moment où il fallut traiter des faits historiques concernant ce monument.Dès que le sujet prenait plus d’ampleur et de sérieux, il sembla bon de passer d’un simple quotidien, si louable fût-il, aux pages d’une revue, austère il est vrai, mais seul vrai organe pour les curieux en histoire.Le premier article, dans le Bulletin des Recherches Historiques, traita de l’histoire du monument avant la Concjuête ; le deuxième, de ce qui la suivit, mais s arrêtant, faute d’espace, en plein pathétique : la venue de La Capricieuse.C est dire qu’il reste à relater ce moment épique, et quelques autres faits entourant le monument, entre autres la cérémonie du 19 octobre 1863, alors qu’on enleva le voile qui couvrait la statue de Bellone, don princier d’un illustre descendant du grand Napoléon.Oui, un navire de guerre français avait été signalé du Bic, dans le bas du fleuve Saint-Laurent, au temps même où la fête civile et militaire devait se réaliser.C’était La Capricieuse.Que firent les organisateurs de la société Saint-Jean-Baptiste, face à ce caprice du sort?Très à même de ressentir 1 immense joie de la population de langue française à la nouvelle de cette arrivée, ils s’apprêtèrent tout de suite d’exploiter à fond cette providentielle venue.Car, si le Gouvernement du pays s empressa, comme il se devait, d’envoyer son remorqueur Advance, dès le 9 juillet le bateau à vapeur de l’honorable I'.Baby, 1 Amiral, allait de son côté, avec quelques sommités canadiennes à son bord, au-devant (1) Cf.Le journal L’Action catholique, novembre et décembre 1948; le Bulletin des recherches historiques, octobre-novembre-décembre 1949 et avril-mai juin 1950.249 — — 250 — de la corvette française .C’est que, sans hésiter, le Comité d’organisation de la Société remettait à l’arrivée des marins et soldats français, — avec espoir d’un déploiement plus sensationnel, — la glorification des illustres guerriers de 1760 * * 3 * 5 6 * (8).“Comme cela entrera bien dans le tableau”, devaient se dire les membres de ce Comité, “quelques dignes représentants de la France qui, jadis victorieuse sur le champ de bataille de Sainte-Foy, combat présentement en Crimée aux côtés mêmes de son ancienne rivale 1 Angleterre !” C’était donc un événement heureux, surtout par sa valeur symbolique, qui s’offrait; et de vrais Canadiens auraient manqué à leur devoir de ne pas s’en saisir.Le lendemain du départ du vapeur l’Amiral, la municipalité de Québec votait la somme de $900, afin de “recevoir dignement le commandant de La Capricieuse, M.de Belvèze, et ses officiers” u).Quant aux citoyens de Québec, anxieux d’exprimer leur cordialité, ils équipèrent à leurs frais un autre vapeur, se rendirent jusqu à 1 ile d’Orléans et, de là, escortèrent jusqu’à leur ville la corvette française; en cela, plus récompensés que les dignes passagers de 1 Amiral, obligés de revenir sans avoir rencontré La Capricieuse (5>.On se tromperait étrangement si l’on croyait que la seule ville de Québec était ébranlée par une pareille arrivée: tout Montréal entrait déjà en ébullition, sans parler des nombreuses villes qui s’attendaient bien à recevoir la visite d'une telle délégation ; mais avouons-le, se basant sur toutes les circonstances inouïes que lui-même rapporte, il y avait de quoi s’exalter peut-être sans mesure, pour une fois que les pauvres Canadiens pouvaient s’en donner à coeur joie; quitte à ce que le sympathique commandant de Belvèze expiât cet excès, — commenté par la Diplomatie anglaise, — par une mise prématurée à sa retraite (,s).(7) The Quebec Gazette.17 juillet 1855.(8) La Minerve, 17 juillet 1855: voir le texte de la lettre du commandant de Belzève à monsieur R.Ryan, vice-consul de France, en date du^ 3 juin 1855 : il s’agit d’une mission purement commerciale, Qui a un caractère d opportunité à cause de la sympathie qu’a suscitée l’alliance Angleterre-France en Crimée.—- Cf.The Quebec Mercury, 17 juillet 1855: une courte mise au point du but de la mission française: en vue d’un échangé de bois et de ble canadiens contre les produits industriels et artistiques de France.(91 The Quebec Mercury, 19 juillet 1855 : bien avant 1 heure du rendez-vous des milliers de personnes affluèrent vers la ville: les traversiers, à chacune des traversées, étaient bondés de monde.(10) Souvent des poètes sont les interprètes des sentiments du peuple.Le Journal de Québec, 14 et 21 juillet 1855: les trois poètes du chansonnier A.Mar-sais : — un Français séjournant au Canada et qui aimait bien ses habitants, au dire du Père Hugolin, O.F.M., dans B.R.H., 1910, p.277.Cependant La Minerve, 16 août 1855: nous présente quelques poèmes a cette occasion cl Uctave Crémazie, le poète national de l’époque.(11) B.R.H., 1904, p.156.(12) Ibidem, p.157. — 252 — Brièvement, que se passa-t-il donc ?Ici, il faut citer en partie les deux plus enthousiastes reportage de cette venue parmi nous."Le 13 juillet, à six heures du soir, la corvette faisait son entrée dans le port, en tirant 21 coups de canon pour saluer le pavillon britannique qui flottait sur la citadelle.La vue d’un vaisseau français, mouillé vis-«à-vis de la vieille cité de Champlain, excita vivement la curiosité publique.Une foule enthousiaste stationnait sur les quais et sur la terrasse Frontenac, acclamant par de chaleureux vivats l’arrivée de ce vaisseau de guerre, si impatiemment attendu” .“La Capricieuse, avec ses 34 canons, le premier navire de guerre de sa Majesté impériale Napoléon à saluer le Gibraltar de l’Amérique, ancra à 7 h.p.m.précises hier .C’est un vaisseau de belle apparence quoique un peu ancien’’ .Puis, le soir même, le Maire de Québec se rendit à bord de la corvette souhaiter la bienvenue.Le lendemain, samedi le 14, adresse du Maire, rédigée par l’historien F.-X.Carneau
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