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Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1953-01, Collections de BAnQ.

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7"-JL-/?Vol.59 LÉVIS — JANVIER - FÉVRIER - MARS 1953 No 1 No 681 LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES REVUE D’ARCHEOLOGIE, D’HISTOIRE, DE BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE NUMISMATIQUE, ETC., ETC.an J ' 1 DIRECTEUR ANTOINE ROY Autorité comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix d« roborniMimt: $3.00 par année.DIRECTION ET ADMINISTRATION 2050v Saint-Cyrille, QUÉBEC.SOMMAIRE Janvier - Février - Mars 19 5 3 LA DIRECTION.— In Memoriam.Madame Pierre-Georges Roy L Abbé Honorius PROVOST.— Au berceau du Petit Séminaire de Québec .GERARD MORISSET.— Boisberthelot de Beaucours.JEAN-JACQUES LEFEBVRE — Les Archambault au Conseil Législatif.Quelques précisions sur Sir Horace, l'hon.Louis et l’hon.Pierre-Urgel Archambault .HONORABLE JUGE E FABRE-SURVEYER.- Jean-Baptiste Dechar-nay, notaire royal.P^19CE^1952e l0 ("hambre de Commerce de la Province de Québec.GERARD BOUSQUET.Jérémie-Denis Laporte, zouave pontifical JEAN-JACQUES LEFEBVRE.- L'Hon.P.-E.Roy.GERARD MARTIN.— Chronique du Bibliothécaire .D.-M.HAYNE.La première édition de notre premier roman CLAUDE DE BONNAULT.— Généalogie de la famille de Saint-Curs (Dauphine et Canada).(Suite) QUESTIONS .3 5 23 29 34 35 44 46 49 51 60 I/V MEMORIAM ^°i) Lea amis du Bulletin ont appris avec regret la perte cruelle que notre revue vient de faire dans la personne de Madame Pierre-Georges Roy, décédée à Lévis le 26 février dernier.Pendant près d'un demi-siècle, Madame Roy a été la collaboratrice la plus dévouée et la plus utile de notre fondateur, Monsieur Pierre-Georges Roy.On sait ce que représente de travail la publication d'une revue, plus particulièrement d'une revue comme la nôtre.Correction des épreuves, dressage et révision des listes, adressage des numéros et des comptes, tenue de livres, etc., etc.Toutes ces besognes, Madame Roy, avec un dévouement inlassable, les a faites pendant de longues années et c'est grâce à cette collaboration de tous les instants que le Bulletin a pu vivre* Comimgne idéale et mère de famille exemplaire, Madame Roy a aussi été la plus active collaboratrice de Monsieur Roy au Bulletin.Ceci, bien peu de gens le savaient, car Madame Roy ne le disait jamais et ne voulait pas qu'on le dise.Profondément émus, par tous les témoignages de sympathie que nous ont adressés les amis du Bulletin, nous les en remercions de tout cœur et plus que jamais faisons appel à leur concours et à leur précieuse collaboration.JW ms ÇPiszzs- &fso%cjsi LA DIRECTION 3 Nous avons des raisons d’être fiers du passé de notre pays VOUS SEREZ FIERS DE VOS TRAVAUX D’IMPRIMERIE EXÉCUTÉS CHEZ I M P R IM E URS LITHOGRAPHES • ÉDITEURS • àiw*lL g! L L I i.'l 1 ) Studio d’Art 8125 St-Laurent MONTRÉAL 14 DUpont *5787 4 BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.59 LÉVIS — JANVIER - FÉVRIER - MARS 1953 No 1 Au berceau du Petit Séminaire de Québec Archiviste adjoint Par l’abbé HONORIUS PROVOST Université Laval Mercredi matin, le 12 novembre 1952, devant les communautés du Séminaire, Mgr Ferdinand Vandry, Supérieur général et Recteur de l’Université, dévoilait une plaque commémorative, gracieuseté de la Commission des Monuments historiques, plaque apposée sur un rustique monument, dans la cour entre le Petit et le Grand Séminaire.Le texte coulé dans le bronze se lit comme suit : « Ici s'élevait la maison de Guillaume Couillard, gendre de Louis Hébert, premier colon de Québec.Acquise par Mgr de Laval, elle servit de berceau au Petit Séminaire, fonde en 100».Ce monument a été érigé à l’occasion du centenaire de 1 Université Laval, avec des pierres retirées des vieilles fondations.» Louis Hébert, Guillaume Couillard, Mgr de Laval, le Petit Séminaire et l’Université : voilà, en vérité, plusieurs figures ou souvenirs historiques réunis dans un même symbole.Ce n’est pas en quelques minutes que nous pourrions même en esquisser l’histoire.Contentons-nous des traits les moins connus, parce que les moins souvent répétés.Nombre de nos compatriotes, qui ont fait leur généalogie, s’honorent de compter dans leur lignée ancestrale les noms de: Guillaume Couillard et de Louis Hébert, les premiers colons de Québec.Le Séminaire de Québec se rattache, lui aussi, directement à ces pionniers, non par les liens du sang, mais par les liens du sol.Quand Mgr de Laval eut fondé le Séminaire de Québec, le 26 mars 1663, et qu’il eut logé quelque temps son person- 5 6 nel dans sa demeure épiscopale, il se rendit compte qu’il lui fallait de l’espace vital et des terrains pour son institution.Aussi décida-t-il la veuve de Guillaume Couillard, Guillemette Hébert, à lui vendre, pour une honnête représentation, un terrain attenant à la cathédrale et à l’évêché, terrain formant partie de l’héritage qu’elle avait eu de son père, Louis Hébert.Dans l’acte de vente, passé devant maître Romain Becquet, notaire, le 10 avril 1666, le terrain est ainsi décrit: “un fief noble et enclos de terre en la haute ville de Québec, sur lequel il y a maison et étables, jardins et terres labourables, borné d'un costé aux terres de l’Eglise qui les sépare par la clôture qui est entre les deux, d’autre costé le long de la grande Rivière St.Laurens, et de celle de St.Charles, d’un bout aux terres du Sieur d’Auteuil, et d’autre bout au clos des R.M.Hospitalières et autres terres appartenantes à la ditte dame Couillard.” Cet enclos ou fief noble, que nous savons s’être appelé ensuite “fief Sault-au-Matelot”, fut mesuré peu après par l’arpenteur Martin Boutet et trouvé avoir environ 18 arpents en superficie.Le fils aîné de Louis Hébert, du nom de Guillaume, avait eu lui aussi sa part de terrain, après la mort de son père.Comme il avait hérité pareillement, selon toute vraisemblance, de la maison paternelle, la maison qui se trouvait sur le terrain acheté par Mgr de Laval en 1666 était plutôt celle où avaient habité Guillaume Couillard, sa femme et ses enfants.A quelle date remontait-elle?Couillard s’était marié en 1621.T ar ailleurs, plusieurs documents de 1639 attestent qu’il avait déjà sa maison à lui, distincte de la vieille maison possédée par son beau-frère.C’est donc entre ces deux dates, 1621 et 1639, que la maison Couillard avait dû être construite.En quel état se trouvait-elle, quand Mgr de Laval l’acheta en 1666?La veuve Couillard l’habitait-elle encore?Autres questions auxquelles nous ne pouvons donner aucune réponse.Nous arrivons à 1668.L’actif intendant Talon s’affaire à transformer la colonie ; le ministre Colbert, du haut de sa puissance, procède à coups d’ordonnances et gare à qui n’obéit pas! Mgr de Laval lui-même doit acquiescer à des vues qu’il desapprouve et ouvrir par obéissance un petit séminaire.L est une histoire connue mais si savoureuse qu’il faut la relire dans son texte primitif, extrait d’un vieux bouquin de nos archives intitulé Annales du Petit Séminaire.“Ce qui 7 donna occasion à cet établissement, lit-on sur la première page, fut que Mr Talon intendant receût un ordre de la cour, de travailler à franciser les Sauvages, et, pour y réussir, proposa à Mgr de Laval, pr.Evêque de Québec d’élever des enfants de la nation des hurons, et aux Jesuittes des algonquins; et, comme pour les franciser, il etoit nécessaire de les mêler avec d’autres enfans français, l’on retira du collège des Jesuittes qui tenoient des pensionnaires tous ceux dont on payoit la pension en tout ou en partie.L'on fit pour ce sujet accomoder promptement la vieille maison ou avoit logé Mdme Couillard que l’on avoit acheté d’elle depuis quelques années; il fut composé d’abord de huict françois et de six hurons qui entrèrent le jour de la St Denis".9 octobre 1668.Il y a donc à présent 284 ans.Mais ce n’était qu’un accommodement temporaire.Le problème de construction se posait de façon catégorique.Ce n’est pas dans une maison privée ordinaire que l’on pouvait loger convenablement quatorze écoliers et, sans doute, un ou deux ecclésiastiques pour en avoir soin.Mgr de Laval voyait loin et ne reculait pas devant les grands moyens.En 1675, il échangeait l’Ile d’Orléans, partie de sa seigneurie de Beaupré, contre File Jésus, près de Montréal, et de cet heureux marché il encaissa un retour de 25,000 francs.Tout de suite fut commencée la construction d’un petit séminaire en maçonnerie, dont il ne reste rien aujourd’hui.Les travaux furent si bien conduits que la bénédiction solennelle de l’édifice eut lieu le 8 décembre 1677, après quoi les élèves s’y installèrent, au nombre de quinze.La maison Couillard, premier logis du Petit Séminaire, fut donc à nouveau dépeuplée.Et non seulement dépeuplée, mais démolie peu après jusqu’aux fondations, puisque, dès le printemps suivant, continuant son programme de construction, Mgr de Laval faisait commencer, sous les ordres du Frère Luc, récollet, un nouveau grand séminaire, qui n’était autre que l’aile de la procure actuelle, la plus ancienne partie du Séminaire qui subsiste encore, au moins dans ses murailles, malgré les sièges de Phips et de Wolfe, malgré les incendies complets de 1701 et 1705 et les incendies partiels de 1865 et de 1952.La première pierre de l’aile de la procure fut posée solennellement au mois de mai 1678. 8 Mais les fondations de la vieille maison Couillard restèrent sur place.Loin de travailler inutilement à les démolir, on trouva, dans la nouvelle construction, assez de matériaux d’excavation pour les remblayer et les enfouir complètement, si bien que, pendant longtemps, on en perdit même le souvenir.Après la construction de l’aile de la procure, qui dura de 1678 à 1681, tout le terrain d’en face, jusqu’à la rue des Remparts, devint un grand jardin potager, jusqu’à la construction du Grand Séminaire actuel, en 1880.Ce n est qu’en 1866, près de deux siècles après leur enfouissement, que les fondations du premier Petit séminaire furent retrouvées, grâce à l’intuition de l’abbé Charles-Honoré Laverdière, prêtre du Séminaire illustre à plus d’un titre: archéologue, historien, géographe, dessinateur, mathématicien, musicien.et tout ce que vous voudrez.Et donc, au commencement d octobre 1866, en creusant pour poser le pied d’un paratonnerre, à droite de la porte du jardin, des ouvriers trouvèrent un reste de vieux mur.Ils en défirent une partie, sans qu’on prit garde à ce que ce pouvait être et refermèrent la fosse.Quelques temps après, M.Laverdière, ayant entendu dire qu’on avait trouvé un mur à cet endroit^ et soupçonnant que ce pouvait bien être un reste de la maison achetée par Mgr de Laval de la veuve Couillard, en 1666, demanda au Supérieur que l’on fit de nouveau ouvrir la tranchée; et l’on put constater la position exacte de cette maison primitive.Le journal manuscrit du Séminaire, qui se fait encore au jour le jour par le Supérieur, signale l’événement, à la date du octobre 1866."D’après de très anciens plans, ecrit-il, on savait à peu près où elle (la maison) devait se trouver ; on croyait que le tout avait été recouvert par le Séminaire bâti depuis.On a trouvé ces fondations tout entières devant la porte du Séminaire du côté du jardin Le long-pan du cote du Séminaire est à environ deux pieds du Séminaire auquel il est presque parallèle.Le pigmon du cote du sud est a 13 pieds du milieu de la porte du Séminaire no rte*0]L’\ m r T' ^ * 4° P,eds du milieu de cette même porte.L autre long-pan est à 21 et 24 pieds du premier” Nous voyons, par ces precisions de l’annaliste, que la découverte fit sensation et fut prise au sérieux. 9 Ce que le Journal n’ajoute pas, c’est qu’on referma encore une fois la tranchée, laissant les choses telles quelles.Mais, pour parer à un nouvel oubli, M.Laverdière dressa des vieilles fondations un plan à l’échelle, avec notes détaillées, et ce plan est conservé aux archives du Séminaire.On y voit (jue les fondations supportaient deux corps de logis contigus, l’un d’environ 30 pieds par 24, face à la porte du Séminaire, l’autre d’environ 27 pieds par 21, sur la gauche; ils avaient un pignon mitoyen.M.Laverdière signale que la deuxième construction paraissait plus ancienne et plus pauvre en matériaux.Est-ce que ce n’était pas la maison Couillard proprement dite, et l’autre partie peut-être une allonge faite pour les besoins du Petit Séminaire, lorsqu’il s’y logea?Nous en sommes réduits à des conjectures.M.Laverdière suggère que la plus vieille partie ait pu remonter à Louis Hébert et la moins ancienne au temps de son gendre Couillard.Mais nous avons déjà écarté comme improbable l’hypothèse qui tend à identifier le berceau du Petit Séminaire avec la maison primitive de Louis Hébert, celle-ci ayant passé plutôt à son fils aîné et non à son gendre.Quelle fut l’argumentation de M.Laverdière et quelle sera la nôtre, pour affirmer qu’il s’agit bien, à tout le moins, de la maison Couillard?Tout d’abord, il est inconcevable qu’on ait pu, en aucun temps, mettre là un édifice permanent, depuis que l’aile de la procure existe, c’est-à-dire depuis 1678: il aurait été pratiquement collé sur le mur du Séminaire et aurait obstrué la porte du jardin.D’ailleurs, on a des plans et des vues du Séminaire à différents temps et on n’y voit aucune construction répondant à ces vieilles fondations, sauf en un seul cas, sur un plan de 1670, donc avant la construction de l’aile de la procure, où une maison assez imposante est indiquée comme étant le “logement des pensionnaires” ; et cette maison, par l’orientation et l’échelle des distances, sinon par la forme, correspond exactement aux vieilles fondations qui nous occupent.Or, nous nous rappelons qu’en 1670 les écoliers ou les “pensionnaires”, comme on les appelait alors, par opposition aux “ecclésiastiques”, occupaient depuis moins de deux ans “la vieille maison où avoit logé Mdme Couillard que l’on avoit acheté d’elle depuis quelques années”, pour reprendre les termes mêmes des Annales du Petit Séminaire déjà citées.La conclusion peut 10 donc être retenue connue certaine: nous sommes en face ou pour mieux dire sur l’emplacement de la maison Couillard, et le socle du cairn est juste assez large pour faire le trait d’union entre elle et le mur du Séminaire auquel il est soudé.Depuis la découverte de 1866, bien des années ont passé.L’oubli avait de nouveau recouvert les vieilles fondations et bien peu d’entre nous en soupçonnaient encore l’existence.Il a fallu, pour changer le cours des choses, un nouveau concours de circonstances.Que ne devra-t-on pas au progrès de la machine?Pour édifier des garages, on a donc nivelé le terrain, l’an dernier, et fait un pavage permanent.Et les ouvriers achevaient de transporter aux vidanges nos vieilles fondations, lorsqu’on s’est avisé d’en récupérer quelques restes: deux pièces de chassis en cèdre, pas mal vermoulues, il est vrai, et un petit tas de pierres grossières.Les pièces de bois ont été placées en lieu sûr, pour quelque usage ultérieur, et un tronçon est visible au musée de l’Université.Quant aux pierres, elles sont entrées tant bien que mal, avec d autres plus solides, dans la confection d’un cairn, sur le site même de la maison Couillard.Avec la plaque commémorative que la Commission des Monuments historiques y a fait apposer, ce petit monument veut être un rappel permanent qui preseïvera désormais de l’oubli le berceau du Petit Séminaire de Québec.Honorius Provost, ptre, sous-archiviste du Séminaire.Service : “Photos-Documentaires” “PHOTOSTAT” Spécialistes en copies de document* Seule maison du genre à Québec Ouvrage confidentiel TéL» 2-6427 TREMRï.AY R DTO\ 1„( 12.i, Côte d'Ahrahani.Québec, Que. Boisberthelot de Beaucours Directeur de l’Inventaire Par GERARD MORISSET des Oeuvres d'Art de la Province L’homme de qui je voudrais esquisser brièvement la carrière, Jean-Maurice-Josué Boisberthelot de Beaucours (1), est né dans les environs de Quimper, en Bretagne, vers l’année 1662.Comme il est d’usage chez les jeunes Bretons, il passe toute sa jeunesse dans la marine.Garde dès l’année 1682, il est lieutenant en 1688, puis enseigne de vaisseau en l’année 1695 ; en mars 1693, il est nommé capitaine d’une compagnie des troupes de la marine.C’est comme lieutenant qu’il s’embarque en 1688 pour la Nouvelle-France.En arrivant à Québec, il n’entend parler que d’escarmouches sanglantes avec les Iroquois, et de menace d’invasion de la part des Bostonnais.Le pays est en train de devenir une sorte de camp retranché.Dans le temps où l’admirai Phipps navigue vers Québec avec ses trente-huit vaisseaux de ligne, le major François Provost encercle la petite ville d’une enceinte de pieux et de terre battue, et Boisberthelot de Beaucours dirige les travaux de défense aux.Trois-Rivières.Après l’échec de Phipps, Frontenac réfléchit sur la vulnérabilité de la Nouvelle-France.Il y a bien çà et là de méchants fortins de pieux au confluent de certaines voies-fluviales; il y a bien Québec avec la fragile enceinte de Provost, qu’on appelle déjà les «anciens retranchements»; il y a encore les Trois-Rivières avec sa redoute en pieux.Sont-ce là des ouvrages défensifs capables d’arrêter l’ennemi au cours de la prochaine campagne?Le gouverneur ne se fait point d’illusion, ni ses lieutenants.Il faut donc refaire le plus tôt possible l’enceinte de terre et de pieux, mais en réduisant considérablement le parcours et en la flanquant de redoutes qui croisent leurs feux sur le plateau de l’ouest; il faut ensuite fermer les courtines avec des portes de maçonnerie qui donnent sur les deux principales voies de la ville; (1) Il signe parfois Dubois Bcrthclot; sous sa plume, Beaucours se transforme parfois en Beaucourt.11 12 il faut encoie éiiger à la ville basse, précisément à la pointe aux Roches qui s’y prête, une batterie de quinze canons établie sur une assiette en maçonne ( 2 ) ; il faut surtout, et Frontenac y tient, reconstruire de fond en comble le château Saint-Louis et le fort qui le protège (3).Le gouverneur voit plus loin: il songe aux fortifications permanentes des Trois-Rivières et de Montréal; et il fait étudier le moyen d’interdire à l’ennemi la porte naturelle de la Nouvelle-France — cette vallee de la Richelieu qui invite à l’invasion.Boisber-t .lot de Beaucours a été mêlé de près à la plupart des entreprises defensives que je viens de signaler.Le plus urgent est la défense de la capitale.A l’époque ou b rontenac veut en pousser les travaux, Beaucours se bat contre les Iroquois, dans les environs du fort Cataracoui De retour de son heureuse expédition, il entre en scène.On peut légitimement se demander comment un marin peut-il agir comme ingénieur militaire; car c’est bien à ce titre que le nom de Beaucours paraît dans les contrats relatifs aux fortifications de la ville, pendant l’année 1693.Sans doute le gouverneur n’a-t-il pas le choix: Villeneuve doit quitter le pays, et Levasseur deNéré, son successeur, se fait attendre.Mais il connaît bien le sieur Beaucours pour l’avoir vu à l’oeuvre aux I rois-Rivières; il aime son caractère et estime ses vastes connaissances ; bref il le considère comme le seul homme capable de mettre un peu d’ordre dans un système défensif a la fois faible et compliqué.Des le printemps 1693.Beaucours se met à la besogne De concert avec le gouverneur, il rectifie le tracé de la nou-\ e enceinte, de maniéré quelle exige moins de défenseurs donc qu elle soit plus facile à défendre; de la redoute duCap-’ aux-Diamants jusqu au coteau de la Potasse, il fait construire un epaulement de terre battue, flanqué de deux bastions iaM0rÏT iet ihcns?é (le pieux (4) : n trace les P,ans et rédige es devis de la redoute du Cap-aux-Diamants, qu’il fait exé- Plan deSSn-BSSV^NQTÈuN" 1691 ^ C'aude BAILLIF d’après un François de LA JOUE fïaunè'norTail Fr°ntenac é,ait '’œuvre de l’œuvre de BEAUCOURS.* ^ ^onna!t sur k place d’Armes, qui était ministre, 4 novendlrf'ÏS'llettre fi?Frontenac au Quebec, 1928, p.167.PP archiviste de la province de Québec. 13 cuter en quelques mois par Pierre Janson dit Lapalme et Jean Lerouge ( 5 ) ; il dessine et met aussitôt en chantier les trois grandes redoutes qui feront plus tard l'orgueil de tout Québec, les redoutes Royale, Dauphine et Saint-Roch — niais il passera bien de l’eau sous le pont avant qu’on y mette la dernière main: enfin il trace les plans des portes Saint-Louis et Saint-Jean — la première a été construite par Janson et Lerouge; la seconde, par François de La Joue et Bernard dit Larivière.FORTIFICATIONS DE QUEBEC Le “cavalier du Moulin”.Boisbcrthclot de Beaucourt, architecte, 1693.J can I.e Rouge et Pierre Janson dit La Palme, maitres-maçons.Transcrivons ici l’un des contrats relatifs aux travaux que Beaucours a dirigés au cours de l’année 1693.Il s’agit d’une butte fortifiée qui se trouvait autrefois au milieu du bastion Saint-Louis (6) et qu’on a appelée le Cavalier du (5) La minute du contrat a été soustraite du greffe de Maître Genaple — sans doute à cause du secret militaire.(6) Il faut se rappeler que les bastions Saint-Louis et Saint-Jean étaient autrefois beaucoup plus à l’est que les bastions actuels.Voir le plan de Québec de CHAUSSEGROS de LERY, 1721. 14 Moulin, à cause du voisinage d’un moulin à vent qui appartenait à un nommé Dupont; le moulin a disparu depuis longtemps, mais les courtines et le bastion du cavalier existent encore au bout de l’avenue du Mont-Carmel, dans la cour de l'Hôpital militaire; c’est Maître Genaple qui tient la plume: «burent présents Jean Le Rouge et Pierre Janson dit Lapalme maçons entrepreneurs en cette Ville, lesquels ont entrepris et se sont obligés à Monseigneur de Champigny Noroy, intendant de Justice, police et finances en ce pays, de î endic fait et parfait dans un mois d’huy à ce plus tard la muraille de la plate forme qui est à faire sur la bute à l’entour du moulin qui sert de cavalier dans le bastion St Louis de cette d.Ville de Québec, et de tailler dans le roc l’Assiette du fondement de lad.muraille, laquelle sera faite en la forme, matière Epaisseur et hauteur marquez par le dessein qui En aura fait Signé & mis les mains Monsr.le Chevalier de Beaucoui Capitaine réformé au détachement de la Marine en ce pays Servant d'ingénieur pour les fortifications de cette Y die; Le tout fait et deûment de pierre du lieu avec bon mortier a sable et Chaux vive au dire d’ouvriers & gens à ce conno.ssans, et les angles de Pierre de Beauport; et même fournir par lesd.Entrepreneurs de tous ouvriers, matériaux et Echafaudages necessaires.Ce marché fait à la Charge qu il leur sera fourny toute la poudre qu’il le faudra pour les mine qui seront à faire pour tailler dans led.roc l’assiette de lad.muraille Et outre Moyennant la somme de quarante Six Livres que Mondit SeigY l’Intendant leur fera payer des deniers de Sa Majesté pour Chacune Thoise Cube qu’il se trouvera de Muraille a fur et à mesure qu’elle se fera Sur ryCent:U,ivareesSte L> ' * ^ ^ avanc* 'a SOmme ^ Au printemps de l’année suivante, un nouvel ingénieur nul, aire arrive à Québec, Levasseur de Néré.Beaucours En I607 dl! SCrvice dans les Groupes de la marine.En 1697 il commande une compagnie en Acadie- sent nns plus tard, il guerroie en Nouvelle-Angleterre- en 170s il es.à Plaisance, dans Pile de Terre-Nemè et sl distingue ™ M, de Subercase.B.entot rappelé à Québec à cause de |a ten- 4 Ji7Ureh'ra d' °”** Uimiticr d.M,î,r, Me do 15 sion entre l’Angleterre et la France, il lève des cartes militaires des trois gouvernements de la colonie; il travaille à l’enceinte de pieux de la ville de Montréal ; il trace les plans de la Prison de cette ville et rectifie l’alignement de quelques-unes de ces rues; il s’intéresse au canal de Lachine, à la demande des Messieurs de Saint-Sulpice; bref il est partout où il y a des travaux publics à entreprendre et des fortifications à restaurer.Dans une lettre au ministre, datée du 16 juillet 1707, Vaudreuil lui rend hommage: «C’est un officier très appliqué et propre à tout, et qui mérite Monseigneur l'honneur de vostre protection.» FORTIFICATION1 DE QUEBEC Profil et élévation de la Redoute Royale.Au plus fort de la crise, c’est-à-dire de 1707 à 1709, il remet en bon état, à l’aide des corvées des habitants, la ligne un peu fatiguée de l’enceinte de la ville; il restaure les trois grandes redoutes — Cap-anx-Diamants, Royale et Dauphine-, il fait parachever les fortifications permanentes que Levasseur de Néré a commencées en 1699 — c’est-à-dire les bastions Joubert, de la Glacière et Saint-Louis et leurs courtines en pierres; il consolide les plates-formes des batteries de la ville basse; enfin il prévoit, comme le fait s’est produit à l’automne 1690, une descente de l’ennemi sur la côte de Beauport; et pour parer à cette menace, il établit un réseau de retranche- 16 merits légers le long de la Canardière.De nouveau, le gouverneur Vaudreuil loue comme il convient le zèle et l’habileté de l’ingénieur militaire: «J’étois aussy très persuadé, écrit-il au ministre de la marine en 1711, que le sieur de Beau-court ne négligeoit rien de son côté pour mettre la ville en état de soutenir un siège, et par toutes les occasions il me revenoit que, d’un jour à l’autre, les fortifications avançoient à vue d’oeil.» FORT DE CHAMBLY Dessin de Joseph Bouchet te vers 1810 •"•‘KPi i.dft W-'V .-.JSlSiüs fi ¦ Pendant cpie ces travaux se poursuivent à Québec même Beaucours trouve le moyen de mettre en marche d’autres ouvrages militaires importants.C’est ainsi qu’en 1709-1711 il donne tous ses soins à une fortification qui a joué un rôle d importance de 1755 à 1813, le fort de Chambly; commencé a 1 automne 1/09, cet ouvrage s’élève rapidement sous la surveillance de Beaucours; en septembre 1711 les travaux sont achevés.’ ‘ Ainsi s’élève ce Breton intelligent, tenace et grand ravailleur, ce marin expérimenté et cet ingénieur plein de ressources Le marquis de Vaudreuil consacre ses mérites en demandant pour son protégé la croix de Saint-Louis: le 14 juin 1712 arrive de Versailles la nomination de Beaucours au poste d’ingénieur en chef de la Nouvelle-France - en même temps, Louis XIV lui accorde la croix., Apres tant de travaux, c’est maintenant la paix: trois années pendant lesquelles l’ingénieur imagine des projets de 17 fortifications, trace des esquisses — notamment pour l’enceinte de Montréal — et cherche à perfectionner des dispositifs de défense.Sait-il qu’à Versailles on lui a déjà trouvé un successeur?En tout cas, on ne le voit point récriminer contre le gouvernement du duc d’Orléans.Dès avant l’arrivée de Chaussegros de Léry, son successeur, le chevalier de Beaucours recommence sa vie errante.Ingénieur militaire à File Royale (1715), commandant à Port-Toulouse (1716), commandant intérimaire à File Royale (1716), commandant à Port-Dauphin (1717), commandant à File Saint-Jean (1722), partout il s’acquitte de sa tâche avec son zèle, sa conscience et sa sérénité habituels.Cependant, devenu sexagénaire, il commence à sentir le poids des ans.Il cherche maintenant à se rapprocher du coeur de la Nouvelle-France; il voudrait vivre de nouveau dans cette ville de Québec dont il connaît les monuments et les rues, et qu’il a fortifiée avec toute son ingénieuse astuce; et s’il n’est pas possible d’aller finir ses jours dans la capitale, du moins que ce soit à Ville-Marie.C’est le gouvernement des Trois-Rivières qui lui échoit au début de l’année 1730; mais ce n’est là qu’une étape: au printemps de l’année 1733, il est promu au poste de gouverneur de Montréal.Désormais il mène une vie rangée de fonctionnaire: il renonce au voyage.Il s’applique de son mieux à réparer les ravages qu’ont causés les sinistres des années 1721 et 1734: il édicte des ordonnances de police et de construction; il se préoccupe de l’aménagement de sa ville: sans trop forcer la note, il se préoccupe d’urbanisme.Une entreprise l’intéresse particulièrement: les fortifications de Mbntréal.C’est son successeur, Chaussegros de Léry, qui en a tracé les plans et qui en dirige l’exécution au milieu de difficultés inextricables.Que pense-t-il des ouvrages de Chaussegros de Léry?On en saurait vraiment peu de chose s’il n’existait un document de Beauharnois qui reflète l’opinion de Beaucours, non sur l’ensemble des ouvrages mais sur des détails.Par exemple : « Mr.de Beau-court Gouverneur de Montréal nous ayant représenté que lorsqu’on a étably les fortifications de cette Ville, il auroit esté fait autour de l’enceinte de lad®.Ville la quantité de seize portes, dont liuict Grandes pour la Commodité des Charois et transports, et huict petites pour faciliter aux habitans les 18 moyens d’aller à l’eau plus commodémen et plus promptement dans les occasions d’incendies qui ne sont que trop fréquents.que la quantité de seize portes estant trop considérable pour tenir la ville en sûreté et en estât de deffense, et qu il est même impossible d’en pouvoir ouvrir et fermer tous les jours un nombre si considérable.» ; et de l’avis de quelques personnes autorisées, le gouverneur ordonne de murer quelques-unes de ces portes.L architecture attire particulièrement le chevalier de Beaucours.Lui qui a passé les belles années de son existence à construire des courtines et des bastions, il a pris goût à l’art de bâtir.On se rappelle qu’il a tracé vers 1708 les plans de la Prison de Montréal; ce monument, qui a disparu au BIu siècle, était situé rue Notre-Dame, sur l’emplacement de la première cathédrale anglicane.Deux ans après, il apporte des retouches au plan du portail de Notre-Dame de Montréal Vers l’année 1714, il trace les plans de l’église de Sainte-Anne-de-Bellevue ; c’est l'ingénieur Franquet qui nous l’apprend en ces termes: «L’église a esté bastie du dessein de M.de Beaucourt, cy-devant ingénieur et gouverneur de ATontréal ®.» Inutile de dire que cet édifice religieux n’existe plus depuis longtemps.En l’année 1748.le chevalier de Beaucours est mis à la retraite.Après soixante-dix ans de bons et loyaux services sa pension de trois mille livres ne suffit pas à le faire vivre! Le vieillard en est réduit à la plus extrême pauvreté.Le gou-verneui et 1 intendant consentent à intervenir en sa faveur auprès du gouvernement de Versailles: «M.de Beaucours ancien gouverneur de Montréal, à qui vous avez procuré là îetraite a commencer du 15 février dernier, doit au roi environ 1 800 livres qu’il a touchées de trop sur ses appointements de la présente année.Comme cet officier, dont vous connoissez le mente, est dans la dernière indigence étant oblige de vendre ses meubles journellement pour subsister nous vous prions de vouloir bien lui accorder cette sommé en gratification.» Quelques paragraphes suivants.La Galis-sonmere et Bigot, reviennent à la charge: «Il seroit disgracieux de voir un officier de distinction par sa place et'par lui-meme et d un age aussi avancé, être réduit à la mendicité.» ÏÛ ,e - 19 Le chevalier Boisberthelot de Beaucours est mort à Montreal le 9 mai 1750, à l’âge de quatre-vingt-huit ans- il a ete inhumé deux jours après dans l’église Notre-Dame.’ FORTIFICATIONS DE QUEBEC T " -< I-a redoute du Cap-aux-Diamants, connue aujourd’hui sous le nom de cavalier du bastion du Roi, construite en 1693 d’après les dessins de Boisberthelot de Beaucourt.L’oeuvre du chevalier de Beaucours se réduit maintenant à peu de chose.A Québec même, il reste la redoute du Cap-aux-Diamants, dont la partie supérieure a subi des transformations profondes à la fin du siècle dernier; il reste encore les courtines et le bastion du Cavalier du Moulin ; ses autres ouvi ages n existent plus qu’a 1 état de dessins conservés aux Archives des Colonies à Paris.Ces dessins sont fort bien faits.Beaucours, on le constate aisément, sait dessiner avec précision, même avec élégance.Qu’il représente la redoute Dauphine ou la redoute Saint-Roch, le trait est léger et juste, le modelé es tagréable.Dans cette robuste architecture militaire, l’ornement est prosent comme une incongruité: il n’y a que les éléments essentiels à la défense : les silhouettes sont sévères, comme il convient; les formes sont pleines et fort bien étudiées: Beaucours 20 est un architecte qui ne dit que ce qu’il a à dire, mais qui le dit bien.Le plan de la redoute Saint-Roch m’intéresse particulièrement à cause de la présence d’une chapelle au milieu de la place d’armes; l’ensemble est un ouvrage de quatre bastions en maçonnerie et de courtines de pieux, le tout entouré de douves profondes alimentées par les eaux de la Saint-Charles ; la chapelle, dont la flèche porte un coq énorme, est un petit édifice en bois, sans transept.S’il faut en croire Jodoin et Vincent, auteurs d’une Histoire de Longueuil, c’est Gaspard Chaussegros de Léry qui aurait dirigé, d’après des dessins de Vauban, la construction du fort de Chambly.Il y a là deux erreurs manifestes.A l’époque de l’érection de ce fort (1709-1711), Chaussegros de Léry n’avait pas encore mis le pied en Nouvelle-France; il n arrivera à Québec qu’en 1716.Ensuite ce n’est pas Vauban qui a donné le dessin de ce fort ; c’est le chevalier de Beau-cours.Dans son Journal de la campagne de 1758, Bougainville écrit ces mots à la hâte: «25 juin.Partis à 5 heûres; halte à la petite rivière de Montréal, où nous nous sommes embarqués jusqu’à trois quarts de lieue de Chambly.Fait à pied le portage jusqu’au fort.C’est Mr de Beaucourt qui l’a fait construire sur la rive gauche de la rivière Sorel (aujourd’hui la rivière Richelieu).Quatre bastions en pierre, place d armes dans l’intérieur, assez spacieuse.Le plus joli fort du Canada avant que Mr de Pouchot eût construit Niagara, et chose qui tient du prodige, Air de Beaucourt n’a pas volé le roi en le faisant construire.» Dans son Journal, Montcalm écrit les mêmes choses et dans des termes à peu près identiques; il répète même le commérage de la fin- « et chose qui tient du prodige, etc.» Ce plus joli fort duCanada, Bougainville, qui n’est pas ingénieur militaire, le voit parfois dun oeil tout autre; dans la Situation du Canada il lui trouve assez peu de qualiés: «St Jean et Chambly, situés l’un a 1 endroit ou le lac Champlain change de nom et s’appelle la riviere Sorel en premier mouillage des barques, l’autre à quatre lieues plus bas sur la même rivière, ne peuvent arrêter un ennemi qui marcheroit avec seulement quatre pièces de canon.» 1 Il faut convenir que Bougainville a raison: le fort de Chambly n aurait sûrement pas résisté à des assiégeants pour- 21 vus d’artillerie et capables de s’en servir; il n’a pas même résisté à l’érosion, puisque toute la courtine du côté nord s’est écroulée dans la rivière.A la vérité, il ne faut pas être grand clerc pour constater que ce fort est un ouvrage à l’ancienne mode.Trop hauts, les bastions et les courtines n’ont pas suffisamment d’assiette ni d’épaisseur ; de plus, le dessin même du fort accuse son archaïsme et, du même coup, sa faiblesse : les bastions et les courtines sont, en coupe, ceux que l’on construisait en France sous le règne de Louis XIII; c’est dire que Vauban y est tout à fait étranger.Au reste, tout dans ce fort est la négation même des idées de Vauban: la hauteur désuète des murailles, l’absence de cavalier et de douves, le tracé des bastions avec leurs flancs escamotés et leurs fasces trop fuyantes, l’emplacement même du fort situé trop près de l’eau.En vérité, Chambly retardait de cent ans sur le génie militaire du début du XVIIIe siècle.« Le plus joli fort du Canada avant que Mr de Pouchot eût construit Niagara.» Bougainville a raison.Le fort de Niagara, que les Américains ont su conserver et restaurer avec soin, est la forteresse qui se rapproche le plus de l’esprit de Vauban; forteresse de petite taille, soit; mais forteresse si bien conçue et si bien exécutée qu’elle a permis au capitaine Pouchot de tenir pendant près de trois semaines contre des forces huit fois supérieures aux siennes.Marin, soldat, ingénieur militaire infatigable, chef prudent et expérimenté, fonctionnaire intègre, grand travailleur et grand honnête homme, le chevalier Boisberthelot de Beau-cours a été un admirable serviteur du roi en Nouvelle-France.GERARD MORISSET LIBRAIRIE DUCHARME, Limitée (Fondée en 1911 ) LE PLUS GRAND CENTRE DE CANAD1ANA EN AMERIQUE 300,000 ouvrages anciens et nouveaux, neufs et périodiques, documents publics, etc.Spécialité : Canadiana épuisés, histoire, littérature, voyages, incunables, généalogies, géologie, biographies, usagés, monographies, sciences, etc.Achat et vente de bibliothèques privées Rayons de bibliothèques à bas prix Agents et fournisseurs des bibliothèques canadiennes américaines et européennes, msf.utions, collèges, couvents, colleciionT.eurs etc.CATALOGUES FOURNIS SUR DEMANDE Distributeurs des Cahiers des Dix Séries complètes, numéros détachés, 1935-1952, abonnements reçus.Estimateurs pour compagnies d'assurance-feu Rédacteurs d'index pour livres et revues LIBRAIRIE DUCHARME, Limitée 995, boul.Saint-Laurent, G.DUCHARME, Fondateur.Montréal, Canada G.MALCHELOSSE, Gérant.LAncaster 1875 22 Les Archambault au Conseil législatif Quelques précisions sur Sir Horace, l’hon.Louis et l’hon.Pierre-Urgcl Archambault Conservateur des Archives Par JEAN-JACQUES LEFEBVRE Judiciaires de Montréal UNE TRADITION MILITAIRE Trois Archambault représentèrent la division de Repen-tigny au Conseil légistatif pendant cinquante années consécutives de 1858 à 1908 (1).Ce sont les hon.Pierre-Urgel Archambault, Louis Archambault et le plus illustre des trois, le fils de ce dernier, sir Horace.Sir Horace Archambault (1857-1918) Sir Horace Archambault, natif de lAssomption, fut doyen de la faculté de droit de l’Université Laval de Montréal, procureur général de la province sous les gouvernements Marchand et Parent de 1897 à 1905, bâtonnier de la province en 1900, enfin juge à la plus haute Cour de la province (le banc du roi) en 1905, juge en chef en 1912, et administrateur de la province à deux reprises, en 1914 et 1918.Il avait été créé chevalier (sir) de l’Ordre de Saint-Michel et de Saint-George en 1905.L’hon.juge Joseph Archambault m’a relaté que sir Horace, fils d’un militant du parti des Cartier, des Chauveau et des Chapleau, opta pour le parti libéral.De stature peu élevée, il avait l’esprit acéré.L’hon.juge E.-F.Surveyer m’en fait aussi grand éloge.L’hon.Louis Archambault Apportons quelques rectifications aux biographies connues de l’hon.Louis Archambault.Commissionné notaire en 1836, il était né à Longue-Pointe le 7 novembre 1814, non pas en 1817, comme on l’a écrit partout à la suite d’une erreur initiale des Parliamentary Companion ou Guide, où il figura longtemps.Cette dernière date officieuse en aurait fait un notaire à 19 ans! Il était petit-fils de Jacques et de Thérèse Archambault, mariés en la même paroisse en 1782 ( 2).(1) Joseph Desjardins, Guide parlementaire historique.1902, 72.Gustave Turcotte, le Conseil législatif de Québec, 1933, 2S3.(2) V.C.Tanguay, Dictionnaire.II, 48.23 24 Sa mère, née Catherine-Thérèse Raymondvert (17921828), était la petite-fille de Raymond Verre, de Périgueux, marié à Longue-Pointe en 1763 (3) et fille de Louis Raymondvert, marié à Longueuil en 1792 à Marie Lamarre.Le frère de sa mère, Louis Raymondvert, épousa en 1828, à Longue-Pointe, Marie-Anne Morrogh, originaire de Québec, soeur du protonotaire de Montréal (4).Ses parents avaient contracté mariage à Longue-Pointe en 1811.Son père, Jacques Archambault, convola à Laprairie en 1830 avec Marguerite Barbeau (1798-1861), veuve du capitaine Michel Curot (1769-1817), un capitaine de 1813 à la milice d’élite.Un frère de son père, Laurent, né à Longue-Pointe en 1796, notaire de 1820 à 1859 à L’Acadie, P.Q., marié là en 1824 à Emérande Denaut, est le plus ancien des trois notaires Archambault, de Saint-Jean-d’Iberville, dont l’un, Eugène, est décédé vers 1930 à 96 ans.Par son 2e mariage, Jacques Archambault (époux de Marguerite Barbeau), est le bisaïeul, entre autres, de notre contemporain, M.Jacques Archambault, D.Sc., biologiste au ministère de la Santé de la province à Montréal.C’est à Saint-Roch-de-l’Achigan, belle et riche paroisse du plateau laurentien, où les abords des fermes sont si remarquables d’ordre et de propreté, que Louis Archambault, notaire, débuta dans l’exercice de sa profession.11 y contracta un premier mariage, le 5 août 1839.avec Héloïse Roy (5) dont il eut, à tout le moins, deux filles, Eugénie mariée à l’Assomption en 1861 à Wilbrod Dorion fils du docteur Charles D., et Herminic (1841-1876), mariée à l’Assomption en 1865 à Achille Archambault, petit-fils du lieutenant-colonel François Archambault, de Saint-Roch-l’Achi-gan., Sa Première union dura moins de dix années, puisque le 1/ juillet 1848, Louis Archambault convolait à Terrebonne avec Elise Dugal (fille de François D.et de Félicité Séguin) et qui fut la mère, entre autres, de sir Horace Archambault, e Mgr Alfred Archambault (1859-1913), le premier évêque de Johette en 1904.Tous deux naquirent à L’Assomption.U) V.C.Tanguay, Dictionnaire VII, 446.Q; m' ^Jassicotte, novembre 1923.Dominique Charbonneau.(6) V.L Histoire du Notariat au Canada, III, 353 et passim. 25 Louis Archambault avait transporté son étude au chef-lieu du comté de L’Assomption, qu’il représenta à l’Assemblée légistative sous l’Union, pendant sept ans (1858-61; 186367), puis à la Chambre des Communes, de 1867 à 1871, cependant qu’il était entré au Conseil légistatif de la province l'année même de la Confédération.La nouvelle constitution n’avait pas prévu au cumul des fonctions publiques.Il siégea au Conseil plus de vingt années et démissionna en 1888, alors que son fils (Horace) lui succéda.Commissaire — on dirait aujourd’hui ministre — de l’agriculture et des travaux publics, il fit partie du Conseil exécutif de la province sous les gouvernements Chauveau et Ouimet et il démissionna avec celui-ci en 1874, à la suite de l’affaire des Tanneries-de-Saint-Henri.Louis Archambault est resté dans l’histoire comme le principal auteur et inspirateur de la loi organique du notariat québécois de 1870, qui établit une seule Chambre des notaires pour la province et dont il fut le premier président.L’historien du notariat, J.-Edmond Roy, rend en son ouvrage (6) un hommage non déguisé à ses talents.L’hon.Louis Archambault mourut à l’Assomption en 1890.Picrrc-Urgel Archambault (1812-1871) C’est peut-être dans la biographie du premier des Archambault, Pierre-Urgel, à accéder au Conseil légistatif, []ue Gustave Turcotte est le plus incomplet.Essayons de rebâtir cette biographie, comme si Turcotte en avait eu tous les éléments en mains.Pierre-Urgel Archambault naquit à L’Assomption le 11 janvier 1812 (7) dans une famille de miliciens.Son grand-père, Amable Archambault (1738-1797), agriculteur, marié d’abord à Marie Harnois (8), et remarié à L’Assomption en 1779 à Marguerite Mercier, était lieutenant dans la milice de sa paroisse quand il mourut à L’Assomption en 1797.Son père, Pierre-Amable Archambault (1784-1861), marchand, de L’Assomption, capitaine en 1811 au bataillon de milice commandé par le lieutenant-colonel de Lanaudière, (7) Je remercie ici M.le curé Bonin, de L’Assomption, qui m’a permis, à l’été ’52, de consulter à loisir les registres de sa belle paroisse.(8) V.C.Tanguay, Dictionnaire II, 47. 26 fut lui-même nommé lieutenant-colonel du premier bataillon de L’Assomption en 1839.Sa mère, Madeleine Bruguière (1786-1868), était fille du capitaine J.-B.Bruguière (1734-1820), commissionné capitaine à L’Assomption pendant la guerre de l’Indépendance américaine, et major, en 1804, de la division de milice de L’Assomption.Un frère cadet de son père, François Archambault ( 17871842), marchand en la paroisse voisine de Saint-Roch-de-l’Achigan, marié à L’Assomption en 1806 à Françoise Cormier, était aussi lieutenant-colonel dans la milice lors de son décès survenu à Saint-Roch.Pierre-Urgel Archambault, fut comme son père, au deuxième tiers du siècle dernier, l’un des principaux marchand de L Assomption, alors centre le plus important des paroisses du nord-est de Montréal et par où passait le gros du trafic, avant l’inauguration des chemins de fer.Major du 1er bataillon de L’Assomption en 1851, Pierre-Urgel Archambault devint lieutenant-colonel commandant de cette division en 1859 (9).Il fut également maire de L’Assomption.Candidat au siège de Repentigny lorsque le Conseil législatif devint électif sous 1 Union, il fut élu à cette Chambre à deux reprises et il (1867).-, .- — «• Vin U vvuc V^ilCUllUI V- siégea de 1858 à la Confédération Son frère, Alexandre Archambault (1828-1879) avocat en 1851, marié à Montréal en 1852 à Léocadie Homier, lut deux ans député de L’Assomption sous l’Union ( 1861-63).Pieior^UTrge-1 ,Archambault avait épousé à L’Assomption en 1835 Josephine Beaupré (1815-1860), fille de Tulie Mercer (1785-1832), et de Benjamin Beaupré, marchand, qui avait ete codepute de L’Assomption avec Jacques Trullier-Lacombe de 1816 a 1820.Par son mariage, P.-U.Archambault était devenu le beau-frère, entre autres, de Edouard-Etienne Rodier (1804-1840), avocat, de Montréal député de L Assomption pendant les Troubles et l’un des patriotes de (9) Note de M.Lucien Brault. 27 1837, à qui L.-O.David et Aegidius Fauteux ont dressé de belles pages dans leurs ouvrages respectifs sur les Patriotes.Pierre-Urgel Archambault convola vers 1862 avec Louise Poulin, qui lui survécut.Il mourut, jeune encore, à L’Assomption, le 19 août 1871, et on note à son acte de sépulture qui eut lieu dans la crypte de la chapelle Bonsecours de L’Assomption, les signatures de son fils, Oscar, son neveu par alliance, Damase Dorval, tous deux avocats, et du futur sir Antoine-Aimé Dorion, L.-G.de Lorimier, avocat, P.-M.Galarneau, Hubert-Wilfrid Cha-gnon (le futur juge), L.-J.-A.Derome, F.-L.Genand, Cy-riac Chaput, etc.Etaient nés du premier mariage de Pierre-Urgel Archambault et de Joséphine Beaupré (il en est peut-être d’autres) : Gcorçjinc (1842-1876), qui épousa d’abord à L’Assomption en 1861 Candide Bruneau, fils du juge Jean-Casimir Bruneau et de Marie Dupuis.Elle convola en 1875 avec le futur sir Louis-Olivier Taillon, avocat, de Montréal, premier ministre de la province en 1887 et en 1892 et ministre des postes du Canada en 1896.Ce dernier mariage dura moins de six mois.Sir Louis, resté fidèle à son souvenir (10), ne se remaria pas.Picrrc-Amable-Oscar, né à L’Assomption en 1843, décédé à Montréal en 1898, avocat en 1864, marié à la Cathédrale de Montréal en 1869 à Emma Leclair.Il exerça sa profession à Montréal et à L’Assomption.C’est surtout en ce dernier lieu que naquirent ses enfants; Athala, mariée à L’Assomption en 1858 au docteur Lud-ger Forest (1829-1905), qui fut député de L’Assomption à 1‘Assemblée législative de 1886 à 1890; Laura, mariée à L’Assomption en 1864 à Michel Boulet, de Joliette, dont le fils, notre éminent contemporain, le docteur Rodolphe Boulet, né à Joliette en 1867, mort en Suisse en 1935, spécialiste en oto-rhinologie, fut président (1918) (10) V.Madame Francoeur, Trente ans rue Saint-François-Xavier, Montréal, 192& 28 du Collège des médecins de la province de Québec, et chevalier de la légion d’honneur; Tancrcde, né en 1846; marchand de L’Assomption, marié à L Assomption en 1869 à Stéphanie Galarneau, il convola en 1883 avec sa belle-soeur, Caroline Galarneau.Le général J.-P.-U.Archambault Le fils de ces derniers, le général J.-Pierre-Urgël Archambault (11), né à L’Assomption le 20 décembre 1890 fut eleve du Mont-Saint-Louis de Montréal.D’abord lieutenant au 85ieme, il passa au 22ième en 1914, et fut blessé à Vimy et à Chenisy.1 itulaire de l’Ordre du service distingué (D S O ) il devint capitaine au 22ième en 1919.Aide-de-camp du gouverneur general du Canada, 1922-1926, il passa alors à l’Lle d état-major d Angleterre.Il était lieutenant-colonel au nmrbp * 3 ?* df Quÿec en 1932, lorsqu’il fut nommé 1935 Utre general au dlstrict de Halifax (N.E.), 1932- Directeur du personnel aux quartier généraux de la Defense nationale a Ottawa en 1935, il devint brigadier gé- 1939 Ct COmmandant du dl'strict militaire de Montréal &en canadfXT F"'’ "" W-de la 8e brigade de la 3e divison canadienne en Europe, ,1 était, en 1942, commandant de centre, aux quartiers generaux des Unités de renfort.Le général J.-P.-U.Archambault a épousé en 1922 Tean ûnÆSe,te’ d0m 11 ‘ ^Bénard JEAN-JACQUES LEFEBVRE ! 942 ( 11} V' P°rtrait et notes " la Biographies françaises d’Amérique, Montréal, Jean-Baptiste Decharnay, notaire royal Par l’Hon.E.FABRE-SURVEYER Montréal Jean-Baptiste Decharnay fut le dix-huitième et dernier des notaires appointés dans Québec entre le 2 août 1717, date de la déclaration du Roi au sujet de la conservation des minutes des notaires, et la cession de la colonie (1).Quand il reçut sa commission, aucun notaire n’avait été appointé depuis trois ans.Il était né en 1727, dit Mgr Tanguay, à Saint-Martin, diocèse de Langres, du mariage de Didier Decharnay, avocat au parlement de Paris, et d’Elizabeth Noirot.Le 16 mai 1750, désigné comme “praticien”, il était chargé par les héritiers de la succession d’Adrien Leclerc de faire rendre compte à un locataire de la succession des loyers dûs pour la maison occupée par lui.Quand vint-il au Canada?Nous l’ignorons.Mais le 7 janvier 1755, à Québec (où il habitait rue Sous le Fort), il épousait, après contrat passé devant Saillant, notaire, Marie-Louise Page Quercy, fille de feu sieur Joseh Pagé Quercy, bourgeois de cette ville et de Marie-Renée Frérot.Elle était veuve de Jean Dubois, de deux ans l’aînée de son mari, et demeurait rue du Cul de Sac.Ce contrat qui stipulait un bon nombre de clauses accessoires, fut signé par des personnes en vue: du côté du futur, Guillaume Guillemin, conseiller du Roi, lieutenant général de l’Amirauté (2) ; Ignace Per-thuis, conseiller du Roi et son procureur au siège de la prévôté (3) et Jean Taché, négociant.Du côté de la future, sa sœur, Anne-Catherine Pagé Quercy; son oncle maternel, François Daine, Conseil du Roi, lieutenant général au siège de la prévôté de Québec, époux de dame Marie-Angélique Quercy (4); Nicolas Boisseau, conseiller secrétaire du Roi, grefffier en chef du Conseil Supérieur et directeur du Do- (1) J.-Edmond Roy, Histoire du notariat (Lévis, 1899), 1.1.p.351.(2) Revue d’histoire de l’Amérique française (Montréal, 1952), p.168 (Article d’E.Fabre Surveyer).(3) P.-G.Roy, La Famille Perthuis (Lévis, 1953), p.26.(4) t.VI, 352, et passim.29 30 maine, aussi son oncle maternel à cause de dame Marie-Anne Page Quercy, sa première épouse (5); Nicolas-Gaspard Boisseau fils, greffier de la prévôté, son cousin germain (6), Messire Joseph Perrault, chanoine de la Cathédrale.Louis et Jacques Perrault, négociants, tous trois frères et cousins germains de la future, et Antoine-Pierre Houdin, son ami (7).Decharnay était déjà père d’une fille lorsqu’il reçut sa commission de notaire royal.Sa commission est en date du 29 décembre 1755.Ce que je ne m’explique pas, c’est que les formalités que le candidat notaire devait remplir pour obtenir cette commission, et qui sont, dans son cas, reproduites in extenso par J.-Edmond Roy (8) sont postérieures en date à cette commision, et que le fiat du procureur du Roi est en date du 12 janvier 1756.Decharnay signa son premier acte dès le 14 janvier 1756 et son dernier, le 25 mai 1759.Son greffe contient 613 actes.Dès 1757, Decharnay commençait à se porter acquéreur de terrains faisant partie de la seigneurie de Kamouraska, appartenant aux héritiers Morel de la Durantaye.Ces achats se continuaient en 1758, et le 6 novembre de cette année, il jurait foi et hommage pour le fief et seigneurie de Kamouraska, tout en admettant qu’il ne possède pas la totalité de cette seigneurie.Le 16 mars 1759, il faisait une nouvelle acquisition.Après sa mort, sa veuve complétera ses achats (9).Un de ses actes notariés les plus remarquables fut l’inventaire de la succession de Louis-Guillaume Verrier, procureur général du Conseil Supérieur, décédé le 13 septembre 1758.Cet inventaire est surtout intéressant par ce qu’il comprend le catalogue des livres de Verrier, au nombre de près de trois mille, et que M.Antoine Roy, archiviste de la Province, publiera prochainement.La liquidation de cette suc- (5) J.-Edmond Roy, Op.cil., pp.355, 356.(6) F.-J.Audet et E.Fabre Surveyer, Les Déutés au premier parlement du Bas Canada (Montréal, 1946, 1.1.pp.57 à 61).(7) Merci à mademoiselle Désilets, des Archives judiciaires de Québec, qui nous a communiqué ce contrat.(8) Op.cit., pp.268 à 272.(9) P.-Geo.Roy, Inventaire des concessions, etc.(Beaucevitle, 1928), III, pp.135 à 137. 3i cession fut rendue pénible par la conquête du Canada.Pendant le bombardement de la ville de Québec, les notaires de la ville s’étaient réfugiés à Charlesbourg.Du reste, Dechar-nay avait cessé d’exercer dès le mois de mai.Il mourut en avril 1760 au Cap St-Ignace où il s’était réfugié.Après sa mort, sa veuve se transporta avec tous ses biens à la Pointe aux Trembles où sa maison fut pillée, tous ses biens et beaucoup de ses papiers disparurent (10).D’après Mgr Tanguay, Decharnay aurait eu trois enfants: Marie-Louise, née le 12 octobre 1755 et mariée le 18 décembre 1780 à Jean-Baptiste Magnan (11) ; Marie-Louise-Renée, née le 8 décembre 1756, et Louis-Didier, né le 6 avril 1758.A cette énumération, il faut ajouter Elizabeth, morte en janvier 1788 et inhumée le 24 de ce mois à la Cathédrale de Québec.Agée de 27 ans à son décès, elle serait née en 1761 et serait un enfant posthume.Nous n’avons pu nous procurer les dates des décès des membres de la famille Decharny.Nous savons du moins que Louis Didier n’a pas dû survivre à son père ; que la fille cadette, Marie Louise Renée, vivait encore le 25 septembre 1785, lors du second mariage de sa soeur, et que le 22 janvier 1790, madame Decharnay vivait encore.Louise et Elisabeth étaient vivantes à cette date.Pour ce qui est de la seigneurie de Kamouraska, madame Decharny fit des concessions en septembre 1764 et le 15 mars 1765 et 27 avril 1766.Le 8 mai 1765, elle achetait de Brigitte Morel de la Durantaye et de François Morel de la Chaussée leurs parts dans la seigneurie et le moulin à farine.Le 9 mars 1770 et le 30 mars 1772, elle faisait d’autres achats.Le 4 mai 1781, son gendre Jean Baptiste Magnan, grand voyer et aide major de la ville de Québec, tant au nom et comme fondé de procuration de sa belle-mère, comme mari de Marie Louise Decharny et pour acquitter sa belle soeur, jurait foi et hommage pour la seigneurie.(12) (10) Rei'iie d'histoire de l’Amérique française (Montréal, 1952)’, p.172.(11) Voir à son sujet une notice dans le Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec, 1949-50, p.288.(12) Nos remerciements à M.Marius D’Amours, protonotaire, et à M.I.-B.Lévesque, protonotaire adjoint à la Rivière-du-Loup, qui nous ont permis d’ajouter quelques actes à ceux relatés dans Y Inventaire des concessions. 32 Madame Decharny fit acte de seigneuresse.Le 2 décembre 1782, le notaire Jacques Colin, qui avait demandé le droit d’exercer sa profession pour les seigneuries de la Rivière Ouelle et de la Rivière du Loup, reçut une commission qui lui permettait cet exercice au delà de ces seigneuries, notamment à Kamouraska.Il transporta donc ses pénates de la Rivière Ouelle , à Kamouraska.Ceci n’eut pas l’heur de plaire à la seigneuresse, qui fit savoir à ses vassaux qu’elle ne voulait recevoir en aucune façon un acte fait de la main de Colin, donnant la préférence au notaire Louis Cazes de Sainte Anne de la Pocatière.Colin s’en plaignit au gouverneur Haldi-mand dans une lettre du 23 septembre 1783.Joseph Edmond Roy (13) semble critiquer la seigneuresse.Mais le notaire Cazes recevait des actes pour elle au moins depuis le 24 mars 1780: il avait reçu le contrat de mariage de sa fille, madame Magnan, en décembre 1780, puis, l’inventaire de ses biens et la renonciation de sa veuve à la succession.Ce qui excita l’ire du notaire Colin, c’est qu’à partir du 19 août 1783 au 23 septembre 1783, la seigneuresse signa, devant le notaire Cazes, une vingtaine d’actes de concessions.Malgré les protestations du notaire Colin, madame Decharny continua de faire recevoir des actes par le notaire Cazes.Colin reçut cependant le contrat de mariage de la fille de la seigneuresse, le 25 août 1785, alors qu’elle épousa Pascal Jacques Taché.Au contrat, la mariée est appelée Marie-Louise-Renée, et sa soeur, Louise tout court, ce qui Mgr Tanguay.Enfin le 22 janvier 1790, madame Decharnv vendait à sa fille unique, devenue depuis le 26 septembre 1785 l’épouse de Pascal Jacques lâché, bourgeois des postes du Roi, qui fut député de Cornwallis du 20 mai 1798 au 4 juin 1800, sa part dans la seigneurie.Madame Taché, dont Philippe Aubert e Gaspé, dans ses Mémoires, fait le plus grand éloge, mourut a Kamouraska le 18 septembre 1813, âgée de 55 ans et 10 mois, vivement regrettée (14).Le nom du notaire Decharny s’était éteint.Un homo-n> me, Jacques, de Saint Marc, ville de Liège, épousa à Québec, le 26 octobre 1760, Marguerite Alary, veuve de Pierre Louis.147 fl3) l'Edmond R°y.Op.cil., t.2, (Lévis, 1900), pages 78, 89, 129, 141, 146, (14) P.-Georges Roy, La Famille Tache, (Lévis, 1904), passim. 33 D’après Mgr Tanguay, ils eurent trois enfants, dont deux fils jumeaux, né à St.Nicolas, le 30 mai 1761.L’un d’entre eux mourut au berceau.Nous ignorons ce que devint l’autre.Quoi qu’il en soit, il ne paraît y avoir aucune parenté entre les deux homonyme.E.FABRE SURVEYER.Déposez régulièrement, le succès est eu bout Solide comme le rocher de Québec LE FOYER DE L’EPARGNE s Fondit tn 1848 Siège social: 21, rue St-Jean La Banque d’Economie de Québec 12 succursales à Québec et 2 à Lévis Présidents de la Chambre de Commerce de la Province de Québec 1909-1952 Isaïe-F.PREFONTAINE Montréal 1909-1910 Georges-Alfred VANDRY Québec 1911 Edouard-Alfred DU BUC Chicoutimi 1912 Armand CHAPUT Montréal 1913-1915 Joseph PICARD Québec 1916-1917 Renaissance de la Fédération — 1934 Alfred MAROIS Québec 1935-1937 William LAMP,TON Trois-Rivières 1938 Alfred-Henri PARADIS Montréal 1939-1941 Paul-Emile POIRIER Saint-Hyacinthe 1942-1944 Joseph-Albert AUCLA1R Gif fard 1944 Edgar GEN EST Montréal 1945 Louis-Olivier REGNIER Saint-Jean 1946 Charles-Boromée BEAUDET Mont-Joli 1947 Eudore BOIVIN Chicoutimi 1948 Maurice TRUDEAU Montréal 1949 Joseph -Em i 1 ien LEP, C EU F Québec 1950 Laurent PARADIS Trois-Rivières 1952 Jos.-Albéric ARCHAMBAULT Sherbrooke 1951 n C°mpilation du secrétariat de la Chambre (à Montréal).Notes de M.Léon Communication de M.Jean-Jacques LEFEBVRE.34 Jérémie-Denis Laporte, zouave pontifical Par GERARD BOUSQUET Montréal Nous célébrons cette année le quatre-vingt-cinquième anniversaire du départ de nos Zouaves Pontificux pour Rome.Il convient de marquer cet anniversaire en vous racontant la vie de l’un des nôtres dont “la conduite fut synonyme de courage chrétien, de noblesse de sentiments et de foi ardente” comme le disait si bien Mgr Régin.Dans la cathédrale de Montréal figure son nom parmi les cent trente volontaires du premier détachement qui répondirent à l’appel de Pie IX en 1868.Après de longues années de recherches, nous avons pu reconstituer sa vie.en se basant d’abord, sur son “Journal personnel” qui.quoique laconique, ne raconte pas moins sa vie.et, deuxièmement, sur les lettres que nous avons pu retracer.Avant de vous présenter cet homme courageux, il importe de se demander le pourquoi du geste que nos zouaves ont posé.l’importance de cet acte, ensuite, nous tenterons d’exposer aussi brièvement que possible, à la lumière des faits historiques, la noblesse de ce geste.Etait-il raisonnable d’envoyer plus de cinq cents fils du Canada défendre les biens temporels du Père de la chrétienté?Pourquoi notre jeunesse d’alors brûlait-elle d’aller défendre les intérêts temporels du Pape?Ce généreux élan n’était-il pas un enthousiasme de jeunesse auquel il ne falait pas donner suite?Le Pape avait-il besoin de nos Canadiens?Nous comprenons mal aujourd’hui, dans ce siècle d’aplatissement et de commercialisme, le geste spontané et magnifique et le sacrifice de leur vie à un idéal : car.c’était pour eux comme une obligation morale et sociale qu’il leur fallait remplir.Pour des lâches, ce sacrifice peut paraître, à première vue, iutile : mais, pour des âmes nobles, pour ceux qui ont du 35 36 souffle, le mot sacrifice porte quelque chose de royal en lui.Ce sacrifice du zouave ressemble étrangement à celui du missionnaire qui s’en va au loin, se dépenser pour son Dieu.Tout homme courageux veut faire acte de courage pour manifester le courage qui est en lui.“Fortis enim in tendit fortiter agere” nous dit Saint Thomas d’Aquin.On sait que le Pape martyr avait les yeux tournés vers le Canada afin de combler la perte que Sa Sainteté avait faite de l’armée française qui avait été rappelée en France par Napoléon 111 pour des raisons qui dépassent le cadre du présent article.En 1867, Garibaldi avait tenté de s’emparer de la ville de Rome; mais il fut défait à Acquapendente et dans plusieurs villes des environs de Rome.Il revint à la charge le 3 novembre de la même année, mais il fut écrasé à Mentana par 3,000 zouaves, sous l’habile commandement du général de Charette, après une bataille qui dura cinq heures et durant laquelle deux Canadiens furent blessés.Depuis la victoire de Mentana, le nom de zouave était devenu synonyme de bravoure et de dévouement, lisons-nous dans “Nos Croisés”.La victoire de Mentana remportée à un contre dix était bien de nature à frapper l’imagination populaire et à susciter des vocations parmi notre sainte jeunesse.Les rapports enflammes que présentaient nos journaux du temps et le triste sort que 1 on voulait réserver au Pape étaient bien de nature à déclancher ce mouvement d’ensemble parmi nos compatriotes et à les induire à voler au secours du Pape que Ion voulait déposséder de ces Etats.p est donc à Mentana qu’il faut remonter pour trouver 1 origine du grand mouvement qui poussa tant de nos jeunes compatriotes vers Rome à la défense de la Papauté “Nos St’ Le n0ble exemPle de nos deux Canadiens, blessés (MM.Larocque et Murray) “réveilla une vocation nouvelle dans notre jeunesse” (Nos Croisés) Comme les croisés du Moyen-Age, c’est au cri de : Dieu le veut .que nos Canadiens laissèrent les rives du St-Laurent pour voler a la defense du Pape martyr, alors que “Satan et ses satellites ne cessaient de dechainer leur furie contre notre religion Cf.Minerve. 37 Comme Mgr Cook le disait si bien “Le Canada n’est-il pas un pays béni du Ciel.N’est-il pas comblé de grâces comme l’Italie?Le Canada se devait de démontrer par des actes concrets son respect et son attachement au Saint-Siège.La piété filiale du Canada ne devait donc pas se borner à des démonstrations en paroles seulement.Aussi, la presse d’exression française, à la suite des exhortations des évêques canadiens-français, fit-elle une campagne d’envergure dans tous ses journaux.Le Pape, dans sa haute sagesse, bénit-il tous les efforts faits par la presse catholique et l’encourageait-il à continuer son appui.Le Pape appréciait vivement les services que la presse rendait à sa personne et surtout à la défense de sa royauté temporelle Mieux qu’un Pierre l’Ermite ou qu’un Godfroi de Bouillon, la presse catholique prêchait le bon combat et aida puissamment à recruter une petite armée parmi nos canadiens français.Nous venons de tenter de prouver que le geste de nos zouaves était légitime parce qu’il défendait des intérêts légitimes : en répondant à 1 appel de son clergé et de sa presse.Les journaux et les sermons dans les églises du Canada p u
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