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Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1958-01, Collections de BAnQ.

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Vol.64 Lévis — Janvier-Février-Mars 1958 No 1 N* 701 LE BULLETIN DES Recherches Historiques O notre Histoire, écrin de perles ignorées Je baise avec amour tes pages vénérées DIRECTEUR ANTOINE ROY Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. 0* F ]> Quand en l’an 2000, on écrira l’histoire du Canada français, il ne faudra pas omettre: J.-ALEX.THÉRIEN, c.c.s., président imprimeurs LITHOGRAPHES STUDIO D’ART • ÉDITEURS • 8125, SAINT-LAURENT * MONTRÉAL 11 ?DU, 8-5781 fsfls H 88G l 5 B g RECHERCHES HISTORIQUES REVUE D’ARCHEOLOGIE, D’HISTOIRE, DE BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE NUMISMATIQUE, ETC., ETC.PUBLIÉE PAR ANTOINE ROY DIRECTEUR VOLUME SOIXANTE-QUATRIÈME 1958 LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix de l'abonnement: $3.00 par année DIRECTION ET ADMINISTRATION 2050, Saint-Cyrille Ouest, QUÉBEC SOMMAIRE Janvier-Février-Mars 1 958 Pages ANTONIO DROLET.— Regis de Trobriand, auteur du Rebelle.(Québec 1842).’ , FERNAND OUELLEl.— Le Destin de Julie Bruneau-Papineau (17961862) . BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Vol.64 Lévis — Janvier-Février-Mars 1958 No 1 Régis de Trobriand, auteur du Rebelle (Québec, 1842) Par ANTONIO DROLET Bibliothécaire, Université Laval En 1842, paraissait à Québec, au Bureau du Fantasque, journal édité par Napoléon Aubin, un roman, Le Rebelle, qui, comme son titre peut le laisser supposer, portait sur les troubles de 1837-1838.L’ouvrage indiquait comme auteur, Régis de Trobriand.C’était déjà une réimpression, puisque Le Rebelle avait d’abord été donné en feuilleton aux lecteurs du Courrier des Etats-Unis.Dans son ouvrage, Le romantisme littéraire au Canada français, (Paris, 1933) Lawrence A.Bisson fait justement remarquer que Régis de Trobriand “n’est jamais mentionné dans les histoires littéraires du Canada”, (p.49, note1).Il écrivait en 1933: depuis, M.Auguste Viatte, dans son Histoire littéraire de l’Amérique française (Paris, 1954) nomme Régis de Trobriand à deux reprises.•• Cependant, Bisson ne s’arrête pas à l’observation citée plus haut.Il ajoute, à la page 49 de son livre : “Tout porte à croire que c’est Aubin lui-même qui s’est caché sous ce pseudonyme.” A la page 265, il a toute une explication pour appuyer sa note de la page 49 : “Voici la solution que je propose: Aubin prit part à l’insurrection de 1837-38 et fut jeté en prison en 1838.Selon moi, le roifian doit être d’Aubin, qui se servit d’un pseudonyme pour ne pas attirer l’attention sur un ouvrage qu’on aurait pu considérer comme tendancieux ou même séditieux, si l’on avait su qu’il en était l’auteur.Il le publia donc avec le pseudonyme de Trobriand, mais comme il 5 6 ne voulait pas que ses amis ignorassent le vrai auteur, il imprima le livre avec son portrait.Aubin n’est mort qu’en 1890; il est donc tout à fait vraisemblable que ses contemporains ont voulu respecter son incognito de son vivant et pour cette raison, ils n’ont pas critiqué son livre, ni discuté l’identité de l’auteur, qui devait être un secret de Polichinelle.” Cette hypothèse est joliment bâtie et tient vraiment du roman, c’est le cas de le dire.La réalité est beaucoup plus simple, pour être moins fantaisiste.Il est assez curieux d’ailleurs que Bisson indique de ce même auteur, Régis de Trobriand, un article sur les Mémoires d’Outre-Tombe, dans 1 Avenir (journal de Montréal).Le sujet n’avait, cette fois, rien de tendancieux, et on ne voit pas que Napoléon Aubin aurait jugé opportun d’utiliser encore le pseudonyme que lui attribue Bisson, à propos du Rebelle.La vérité est beaucoup plus simple, et Régis de Trobriand fut beaucoup plus qu’un pseudonyme.Il a bel et bien existé et vécu en Amérique.Né en France, fils d’un général de l’armée de Napoléon, il fit un voyage aux Etats-Unis et au Canada en 1841, et revint se fixer à New-York quelques années plus tard.A part d’être l’auteur du Rebelle, il fut l’éditeur du Courrier des Etats-Unis de 1854 à 1861, alors qu’il entra dans l’armée américaine, à l’occasion de la Guerre de Sécession, et il parvint au grade de colonel, après des années de service militaire actif.A part le Rebelle, et l’étude sur les Mémoires d’Outre-Tombe, le baron Philippe Régis de Trobriand écrivit Quatre ans de campagne à l Armee du Potomac, paru à Paris, en 1867; et Vie militaire dans le Dakota, 1861-1869, que ses descendants, vivant aux Etats-Unis, publièrent en edition privée à Paris, en 1926.Une partie de cet ouvrage a été reprise en traduction sous le titre Army Life in Dakota (Chicago, Lakeside Press, 1941).Ce dernier volume, orné d’un portrait de Trobriand, est precede d’une Préface, où l’on trouve des notes intéressantes sur sa vie aux Etats-Unis.Au sujet du Rebelle, il resterait une question intéressante à élucider : est-ce le premier roman inspiré par les troubles de 1837?Antonio DROLET Le destin de Julie Bruneau-Papineau (1796-1862) Par FERNAND OUELLET Des Archives de la Province INTRODUCTION La correspondance de Julie Bruneau, épouse de Louis-Joseph Papineau, comprend 92 lettres réparties sur une période de trente-neuf ans.Si on ajoute les post-scriptum aux lettres de son mari et de ses fils, la Collection Papineau-Bourassa ne renferme qu’une centaine de documents produits par la douloureuse madame Papineau.Ceci fait une moyenne de moins de trois lettres par année.Cependant la répartition chronologique de ces documents est assez inégale.Pendant plusieurs années, nous n’avons qu’une seule lettre (1823, 1832, 1842, 1852, 1856 et 1857).Par contre nous relevons 7 lettres en 1836, 8 en 1838, 10 en 1839, 6 en 1843 et 7 en 1858.Des vides considérables existent.Par exemple, aucune lettre n’a été conservée entre les années 1818 et 1823 et de mars 1823 à janvier 1829.Cest dire que si nous possédions uniquement cette documentation, il serait difficile, malgré l’intérêt d’un grand nombre de ces lettres, de poser un diagnostic valable sur le cas de la femme de Papineau.Néanmoins, en examinant la correspondance de son mari, complétée par celle de Théophile Bruneau, il est possible de préciser l’étendue et l’importance des vides qui existent dans cette documentation.Il est certain qu’un grand nombre de pièces sont disparues faute d une conservation adéquate.Mais nous pouvons affirmer avec certitude qu’une intention principale a présidé au triage fait par Papineau et ses descendants.En 1830, pour ne citer que cet exemple, la famille Papineau fut frappée par la mort d’une fille, Aurélie, à peine âgée de quatre ans.La réaction des époux Papineau à cet événement douloureux fut extrême.Les lettres adressées par Papineau à sa femme nous renseignent sur leur état d’esprit respectif.Julie Bruneau en fut profondément atteinte: dépression, perte d’appétit, maladie, rêves “lugubres” et lenteur à surmonter cet événement.Aucune des quelques lettres qu’elle fut alors capable d’envoyer à son mari n’ont été préser- 7 8 vées.L’analyse de la correspondance de Papineau apporte la conviction que l’élimination de ces documents a été faite en conséquence des manifestations d’excessive émotivité quelles contenaient.Le même geste a été posé à plusieurs moments de grande tension émotive chez la femme de Papineau.En réalité, le triage pratiqué à travers ces lettres, s’il atteint partiellement son objectif qui était d’enlever les expressions trop fortes d’emotivité, ne rend pas les lettres inutilisables pour une étude caracté-rolog'que.Il ne faut pas oublier qu’à l’époque du romantisme la sensibilité était a l honneur.Il en était de même des sentiments familiaux dans une société où les valeurs sociales étaient étroitement liées et sous la dépendance des valeurs familiales.Nous savons aussi que I apmeau conservait ses papiers en vue d’écrire une histoire canadienne et aussi dans le but de corriger les témoignages de ses adversaires politiques a son egard ».Ses descendants, Amédée Papineau et, ensuite / ugu-.tine Rourassa ont cherché à respecter les intentions du Grand Homme.Une première élimination a été exécutée par Papineau lui-meine au fur et à mesure des événements.Les deux dernières ont ete faites par A.nédée et Augustine Bourassa.Dans leur démarche ceux-ci se sont efforces de ne rien enlever qui puisse masquer l’atta- f 'e.men, dCA ap",eau a sa famille- Cette attitude particulièrement forte chez Augustine Bourassa.qui portait une sorte de vénération a son grand-pere, apparaît nettement dans les notes qu’elle rédigea apre-s la parution de l’etude du chanoine Groulx sur les idées religieuses des nièceeaUl' ¦fCOnSeqUTlt Ie Critère emPloyé pour l’élimination des pieces demeurait assez large.A partir de ces lettres éclairées par la correspondance de Papineau, il devient possible di dégage des indices du caractère et de la personnalité de Julie Brune™ et Julie Bruneau était née à Québec en 1796.Elle faisait partie d une famille de sept enfants et elle était l’ainée des filles Son^ère icrre Bruneau, qui était marchand, résidait à la basse-ville, Placé 1810 ™M7 l r'egfia a b Chambre d Assemblée du Bas-Canada de 1810 a 1817 Jubé fit ses études chez les Ursulines de Québec Non! rr, wz éiaV“dire 1 K.Ouellet, Correspondance de J.Papineau, RAPQ, (51.53)_ p.165-168. 9 “Vous m’avez toujours été si bon, vous avez déjà tant fait pour mon établissement, que j’espère que vous serez content d’apprendre que je m’occupe du soin de vous seconder, de le completter, en me donnant une femme qui sera heureuse avec moi, avec qui je serai heureux.Hier jour de la naissance de Mademoiselle Julie Bruneau, j’ai demandé et obtenu son consentement et celui de ses parents à ce que je l’épouse.Je vous demande le vôtre et celui de ma chère maman et je suis sur que vous m’aimez trop tous deux pour que j’aie à craindre un refus.Vous me permettez de vous donner une fille qui par son éducation, sa douceur, ses vertus ne manquera pas de gagner votre affection et que vous chérirez bientôt comme vous chérissez tous vos autres enfants.Je souhaite contracter mon mariage le plutôt possible après la Session du Parlement : mais je n’en veux rien dire pour le moment, parce que je veux s’il est possible obtenir de l’Evêque de Québec des dispenses, pour me marier à cette époque, chose peu ordinaire qu’il me refuserait peut-être s’il savait que j’aurais pris cette résolution dans ce tems ci”.2 Papineau obtint ses dispenses et le mariage eut lieu le 23 avril 1818.Le mauvais état de la route Québec-Montréal empêcha son père d’assister au mariage3.Cette jeune fille douce, timide et mélancolique allait connaître une existence troublée et douloureuse.Sans doute elle avait rêvé et réalisé un brillant mariage.Papineau n’était-il pas avocat, seigneur et Orateur de la Chambre d’Assemblée?Les qualités physiques et morales de même que la personnalité de cet homme qu’elle aimait et connaissait depuis près de dix ans l’avaient aussi attirée.Mais elle était peu apte en raison de son caractère et de son éducation à faire face aux difficultés que comportaient l’éducation d’une nombreuse famille et l’engagement de son mari.Cette impuissance devant la vie a été considérablement aggravée par les circonstances: les luttes politiques, la rébellion, l’exil et les difficultés familiales.Cependant ces problèmes ne brisèrent jamais complètement l’affection qui l’unissait à son mari.Après sa mort, en 1862, Papineau écrivait: “Mais moi, j’ai le malheur de survivre à elle et à lui.Elle était plus jeune que moi de dix ans.Elle m’avait aimé, soigné, consolé, encouragé pendant quarante-cinq ans de mariage, épouse 2 Papineau à son père (19 janvier 1818).APQ, P-B: 127.3 J.-J.Lefebvre.La vie sociale du Grand Papineau.Dans la RH AF, (1958), p.482. 10 et mère aussi incessamment dévouée à tous ses devoirs qu’il est possible d’être.” 4 CHAPITRE I PORTRAIT PSYCHOLOGIQUE DE JULIE BRUNEAU Peu après son mariage, Papineau n’avait pas tardé à réaliser les tendances dépressives de sa femme.En 1820, il lui écrivait: “Je vois pauvre Maman que tu t’abandonnes à trop de douleur.”5 * 7.L’année suivante il revenait à la charge: “je demande que tu aies du courage, de la force pour supporter les misères de la vie auxquelles nous sommes tous exposés de manière à ce que s’il nous en arrive nous nous encouragions l’un l’autre, la tendre amitié qui nous lie et la persuasion qu’elle est inaltérable nous est une grande consolation”.8 Bientôt il pouvait porter un diagnostic sur le “tempérament” de sa femme.11 n’hésita pas à la mettre en garde contre ses tendances à la mélancolie.Continuellement il lui conseillait de secouer sa léthargie qui s’appliquait à un type particulier de caractère dont Papineau connaissait les inclinations les plus négatives ".Dans les notes de Joseph Papineau, on trouve une description du type mélancolique.“le melancholique qu’on reconnaît ordinairement à la maigreur de son visage pâle ou plombée, ses cheveux noirs ou très bruns, ses soursils épaix et son frond ridé, a lesprit profond et le jugement solide; mais une lenteur très grande dans toutes ses irresolutions, on le voit souvent réver seul, il est dans une défiance 4 Lettre au Supérieur des Frères hospitaliers de Lyon à l’occasion de la mort de Lactance arrivée peu après celle de sa femme (26 déc.1862).APQ, P.-B : 615.Voir aussi la lettre à Mme Langevin.APQ, P-B: 614.5 Papineau à sa femme (20 décembre 1820).RAPQ, (53-55), 191s.° Papineau à sa femme (7 janvier 1821).Ibid., 195s.7 A ce sujet, nous disposons des notes prises par son père sur les différents caractères.QPA, P-B: 1.“pour se conduire avec un chacun selon ses moeurs eJ,,sulvailt ce 9U> lui agrée, il faut avant toutes choses setudier à connoitre leurs différais caractères, la principale distinction sen peut faire par les ages, par les qualités; et surtout par le fond du temperament qui est le principe de ses inclinations; car l'age et la qualité ne font que modifié le temperament en l’afoeblis'ant ou le fortifiant, en general le temperament se connoit par les inclinations qui se découvrent elles-memes par les actions, ce qui est dit ici n’est pas pour apprendre a connoitre les temperaments, mais seulement pour en faire les distinctions- afin que lorsqu on les aura cousus on en puisse tirer avantage, et qu’on chache a quoi chaque temperament porte un homme — il y a quatre temperaments principaux.Leux dont 1 humeur dominante est 1—humide et chaude sont appelés sanguins.?.‘es *r0 , et secs sont les Mélancholiques.3 — les chauds et secs sont dits bilieux et colères.4 —les froids et humides sont les putuiteux." 11 perpétuelle, et croit toujours qu’on le veut tromper, il est ingénieux et balin; parle peu, et le plus souvent avec ambiguité dans la prehension qu’il a de souffrir, il cache avec soin non seulement son propre secret, mais celui des autres ; il est obstiné dans son sentiment dont il ne demort qu’avec peine, et sa dissimulation est difficile a penetrer parce qu’elle est conduite avec prudence, toute sorte de raillerie lui deplait, et il ne se communique pas facilement.parce que naturellement il aime la retraite et la solitude: il a peine a souffrir qu’on se familiarise avec lui, et cest ce qui fait quil aime peu et froidement et quil hait fortement, et quelques fois pour de très médiocres sujets que sa defiance timide lui grossit toujours — il est avare; croyant que toutes choses lui manquent; et par cette même défiance il n’est pas moins irrcconsiliable avec ceux qu’il a offensés, qu’avec ceux dont il croit avoir reçu quelqu’injure.Il ne se réconsilie dordinaire que pour ménager plus sûrement sa vengeance et lorsquil a le dessus sur un ennemi il le traite impitoyablement.” 8 Ce portrait du mélancolique comportait un certain nombre de traits qui étaient le signe d’un mode particulier d’organisation mentale.L’émotivité s’exprimait d’une façon caractérisée: excitabilité, méfiance, pessimisme et misanthropie.Cette émotivité s’y présentait sous une forme spécialisée: avarice et autres manies.L’inactivité y apparaissait dans la tendance à la mélancolie, le goût de la solitude et du rêve, l’indécision et la timidité.La secondarité s’y révélait par l’attachement aux habitudes, la rumination du passé, par le repli sur soi-même, le sens de la réflexion et de la dignité, le manque d’impulsivité et la rancune.Ainsi analysé par référence aux propriétés constitutives du caractère, ce portrait du mélancolique correspond au type sentimental de la caractérologie contemporaine.L’analyse qu’en a faite Le Senne dans son Traité 9 éclaire alors le jugement porté par Papineau sur sa femme.En effet les caractéristiques essentielles du sentimental s’appliquent bien au cas de Julie Bruneau.Elle apparaît alors comme une hyper-émotive, très inactive, à très longue secondarité et à conscience très étroite.1.— Les propriétés constitutives du caractère: L’on ne saurait se méprendre en parlant d’hyper-émotivité à propos de la femme de Papineau.Elle s’est révélée excitable à l’ex- 8 Idem.° Le Senne.Traité de caractérologie, Presses Universitaires de France, 1957, p.209-291. 12 trènie.Les événements, même les plus inoffensifs, et les êtres étaient pour elle une source d’angoisse, de crainte et de douleur.Cet état d âme permanent s est accentué peu de temps après son mariage.La maternité lui est apparue comme une épreuve redoutable.Il est vrai qu’elle dut se préparer à cet événement, souvent en l’absence de son mari, dix fois au cours des quinze premières années de son mariage.Dès 1820, pour ne pas dire plus tôt, la douleur s’installa en permanence chez les Papineau.Dès lors Julie offrit le spectacle d’une mère incapable de faire face aux tâches qu’exigeait le soin de ses deux enfants.Lu 1S22, attendant un troisième enfant, elle se montra déprimée à l’excès.Papineau lui écrivit alors : “la lettre en me donnant le chagrin de te voir toujours dans 1 abattement d esprit, l’ennui, le malaise habituelle dont tu te plains ne me laisse qu un motif de consolation.L’espoir que j’ai que ta maman est avec toi, qu’elle t’encourage, te console”.10 L année suivante, Papineau fut obligé de se rendre en Angleterre afin de s’opposer au projet d’Union des Canadas.Elle accepta ce voyage au nom de la résignation chrétienne et du devoir patriotique.Mais bientôt elle éprouva un sentiment de profond désarroi.Au mois de mars, elle écrivait à son mari: “Dans quelle situation suis-je?j’éprouve tout à la fois un ennui dont rien ne peut me distraire et mille inquiétudes de différentes espèces qui viennent nécessairement assiéger mes idées et font de moi une être assez malheureuse pour que je ne compte plus sur le prétendu bonheur que l’on croit pouvoir goûter dans ce monde car en vérité les peines ne cessent de se succéder les unes aux autres sans interruption; si je puis seulement parvenir au but de souffrir avec patienece et sans me plaindre; et par là mériter quelques choses pour l’autre vie; c’est je crois tout ce que l’on peut attendre de consolation même dans cette vie.Je m’efforce d’y travailler, je ne me plains à personne je souffre en silence”.11 Ce texte est capital pour comprendre le caractère de la femme de apineau.Apres le depart de son mari, aucun événement particulier n était venu troubler le rythme de la vie quotidienne.Les enfants étaient e11, J00"* sante “même 51 Amédée ne laissait] pas d’être toujours méchant et tout le clan familial se portait bien.Pourtant elle éprouva p3!1- 3 sa femme (13 janvier 1822).RAPQ (53-55) 2(Pc 11 Lettre a son mari (21 mars 1823), APQ, plp) 643.’ ° 13 un fort sentiment d’abandon et de crainte.Quoique les “vents [aient] étés favorables’’, elle était hantée par la peur d’un naufrage.Sous l’effet de ce danger sans cesse grossi par son imagination, l’émotion envahissait et perturbait totalement le champ de sa conscience.Le sentiment douloureux de son impuissance à réagir contribuait à augmenter son inquiétude et se résolvait dans une impression d’ennui qui imbibait tout son être.C’est pourquoi elle ajoutait dans sa lettre: “Je sens bien qu’en écrivant souvent je n’aurais toujours que les mêmes lamentations et rien d’amusant à te mander je ne pourrais que te fatiguer et t’ennuier en ne t’entretenant que de mes souçis”.12 Le retour de Papineau occasionna une détente temporaire chez sa femme; mais il n’apporta aucune solution réelle à ses problèmes émotifs.Une maladie de ses enfants marqua un renouveau d’instabilité.Le 15 janvier 1825, Papineau lui écrivait : “Tu as l’ennui de demeurer seule, de la fatigue à l’excès et de l’inquiétude à raison de l’indisposition de nos chers enfants pour qui tu vis plutôt que pour toi-même.Comme je plains tes peines et regrette de ne point partager tes soins”.13 A partir de 1826, sa vulnérabilité ne cessa de s’accroître sous l’effet des tensions occasionnées par les rivalités politiques, de maternités répétées et de l’isolement dans lequel elle vivait.Le climat d'instabilité qui entourait sa vie ne pouvait qu’aggraver les tendances négatives de son caractère.Papineau songea, dès lors,
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