Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1961, avril
Vol.67 Lévis — Avril-Mai-Juin 1961 No 2 N° 714 LE BULLETIN DES Recherches Historiques ORGANE DU BUREAU DES ARCHIVES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC DIRECTEUR ANTOINE ROY *5 es Ll LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix de l'abonnement: $5.00 par année DIRECTION ET ADMINISTRATION 2050, Saint-Cyrille Ouest, QUÉBEC SOMMAIRE Avril-Mai-Juin 1 96 1 Pages LIONEL AUDET LAPOINTE.— Les Canadiens en Californie .67 PRESIDENTES, Société d’étude et de conférence (Montréal) 1932-1961 70 JEAN-JACQUES LEFEBVRE.— Le patriote André Papineau (1793-1853) 71 PHILIPPE CONSTANT.— La famille du Père Camille Lefebvre (1831189S).73 JULES VERNE et L’Avenir du Canada (Français).85 LES DISPARUS.— Félix.Léopold Richer .87 5Sï& R 068 Mlcj BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Si tous les Audet sont des Lapointe, tous les Lapointe ne sont pas des Audet.Ainsi, il y a des Godard-Lapointe, et c’est de cette souche que descend le Père Joseph Edouard Lapointe, surnommé le "Padre” des Indiens de la Basse Californie.Un autre québécois, car il naquit dans la vieille Capitale le 25 mars 1880, et était l’oncle du Révérend Joseph Epiphane Lapointe, curé de Beaumont, Alta, en 1957.Il fut ordonné à Québec même à l’âge de vingt-et-un ans, après avoir obtenu une dispense spéciale du Pape.Deux ans plus tard il arrivait à San Diego, Californie.Lors de sa mort le 19 novembre 1932, dans un numéro du "The Southern Cross”, hebdomadaire catholique, presque tous les articles sont consacrés à ce mort, à peu près ignoré chez nous.Et dans ces articles, cet inconnu fait figure de héros légendaire, de personnage hors cadre.On l’y qualifie — (et l’on prend soin de spécifier que ce n’est pas forcer les mots) de Las Casas de la Basse-Californie, ce fameux missionnaire espagnol qui consacra toute sa vie chez les Indiens de l’Amérique du Sud."Tout San Diego a été attristé cette semaine, dit donc d’abord la “Southern Cross”, à la nouvelle de la mort inattendue de l’abbé Edouard Lapointe, prêtre pionnier et missionnaire indien, tandis que les Indiens du Comté pleurent sa perte comme celle de leur ami le plus aimé, d’un homme qui a donné sa vie entière pour leur bien spirituel et matériel, de l’homme qui connaissait chacun d’eux, qui était près d’eux, à la naissance et à la mort, partageait leurs joies et leurs douleurs et, quand ils avaient besoin de secours, le leur apportait.” Vol.67 Lévis — Avril-Mai-Juin 1961 No 2 Les Canadiens en Californie 67 flQ ÿ QLitBtL 68 L abbé Lapointe mourut à 1 age de cinquante-deux ans, à la suite d une opération, à l’Hôpital de la Miséricorde.Il desservait l’église qu il avait bâtie à El Cajon, où il demeurait, ainsi que huit réserves indiennes du comté de San Diego.Dans chacune d’elles, il maintenait une petite chapelle.Il desservait également Santa Ysabella, la mission bicentenaire qu il avait fait restaurer en 1927, ainsi que toutes les colonies éloignées, disant la messe à intervalles fixes à Descanso, Campo, Mesa Grande, Sequam et Jamul.Comme les “padres” des jours anciens, il marchait d’une réserve indienne a une autre, célébrant la messe, baptisant les petits, écoutant les plaintes de ses ouailles et s’efforçant d’améliorer leur sort.Plus tard, un membre de la famille Spreckels lui fit cadeau d’un cheval.Il fit ses courses a cheval jusqu’au moment où quelqu’un lui donna une petite voiture.Il poursuivit ainsi ses courses jusqu’à la mort du cheval.Cest vers ce temps-la a peu près que les autobus commencèrent à circuler et il s’en servit alors comme moyen de transport.Puis Madame Schumann-Heink lui fit cadeau d'une Ford dont il se servit jusqu’à ce qu’elle fut hors d’usage.Il n’était pas rare, à la tombée du jour, de 1 apercevoir campé dans quelque vallée isolée, une couverte autour des épaules, tout près de son feu de camp et lisant son bréviaire à la lumière de ce feu.Maints soirs, l’abbé Lapointe campait dans les montagnes, en route vers quelques lointaines réserves, ou vers le foyer isolé dé quelqu’un de ses fidèles, loin de la réserve.Il ne fut pas seulement le “curé ’ des Indiens, mais il se fit partout leur avocat, sollicita pour eux la faveur des corps publics et des particuliers.Du reste, quel plus grand éloge pourrait-on faire de lui que celui que prononçait devant son humble dépouille le doyen de San Diego, le T.R.John M.Hegarty : “Sa tâche était la plus dure du diocèse mais jamais il ne se plaignait”.Aussi bien, celui qu’on appelait le “padre” des Indiens a-t-il reçu dans la mort le plus émouvant hommage qui se puisse imaginer.Comme il était décédé à San Diego, le bruit courut qu’il y serait inhumé, mais les Indiens supplièrent que celui qui les avait tant aimés dans sa vie ne fut point éloigné d’eux dans la mort.Et il dort son dernier sommeil à 1 ombre de Santa Ysabella, la mission bicentenaire qu’il avait fait restaurer.Pendant neuf jours les Indiens allèrent, chaque soir, prier autour de cette tombe, chanter les hymnes, réciter les prières que leur avait apprises le grand mort., .^ ^re Lapointe laissa aux Indiens toute la fortune qu’il avait héritée de ses parents, soit $60,000.00. 69 A son arrivée, la mission Santa Ysabella n’était qu’une maisonnette de bois.Tout près, suspendues aux campaniles, des cloches que les Indiens avaient apportées de la Mission Rosarita.Une portait l’inscription: N.S.de Loreto, 1723; l’autre, San Pedro 1767.Le 14 septembre 1924 était grande fête à Santa Ysabella car l’on posait la pierre angulaire de la nouvelle chapelle.Durant l’été de 1926, les cloches furent volées et jusqu’à ce jour leur disparition est restée mystérieuse.En ce jour de fête plusieurs des Indiens présents se rappelaient avec joie et orgueil ce qu’avait coûté de travail et de sacrifices la construction de cette chapelle.Tous avaient apporté leur appui, catholiques et non-catholiques, Indiens et Ranchers.On racontait à ceux (pii voulaient bien l’entendre, la grande charité du missionnaire.Quoique décédé depuis vingt ans en 1952, la mémoire de ce grand prêtre canadien-franqais, à la tête toute blanche, n’était pas oubliée.Le 10 août 1952, l'on posait la pierre angulaire de "Father Lapointe Memorial Hall" à la Mission Indienne de Santa Ysaliella, c’était l’épanouissement du rêve du grand "padre”.Le 24 du même mois, bénédiction du nouveau monument élevé sur la tombe du Père Lajxiinte.Quelle admirable et féconde carrière que celle de ce petit canadien-français de la Californie! Lionel Audet-Lapointe Présidentes, Société d'étude et de conférences (Montréal) 1932-1961 LEBRUN, Madame 1.GARIEPY, Madame Louis-Henri (née Rita LAURIER) BOUCHER, Madame Roméo (née Aimée GINGRAS) .ROCHON, Madame Fernand (née Annette DORE) .LE TELLIER de SAINT-JUST, Madame (née Yvonne CHARRETTE) .BAUDOUIN, Madame Oscar (née Annette McEVOY) DUPUY, Madame Pierre (née Thérèse FERRON) .HUDON, Madame Maurice (née Alexina BEAUDRY).PARADIS, Madame Alfred (née Andrée GIBEAULT) CHOQUETTE, Madame Claude (née Pauline GEOFFRION) RAYMOND, Mlle Marie., , ROCHE, Madame Redmond (née Alice BRUNELLE) .BACHAND, Madame André (née Madeleine VIEN) BRUNELLE, Madame Jean (née Marielle DORVAL).LANGLOIS, Madame Paul (née Suzanne FORTIER) .GELLY, Madame Laurent (née Madeleine BOYER) 1 Communication de M.Jean-Jacques Lefebvre.Matidats 1932- 1933 1933- 1934 1934- 1936 1936-1939 1939-1942 1942-1943 1944-1956 1946-1948 1948-1950 1950- 1951 1951- 1953 1953-1955 1955-1957 1957-1959 1959-1961 1961- 70 Le patriote André Papineau (1793-1853) Un autre patriote, et qui paya durement sa participation aux événements de 1838 comme l’un des 58 exilés en Australie, est resté jusqu’ici imparfaitement identifié 1 2.Un renseignement verbal, pris à la volée, et un recoupement documentaire ont permis de le replacer en son cadre familial.Petit-fils de Pierre P., marié au Sault-au-Récollet en 1739 à Marie-Josephte Brignon-Lapierre (1714-1784) et établi à Saint-Laurent de Montréal dès 1750, fils de Joseph Papineau (1748-1808), lui-même né et décédé à Saint-Laurent, et de Catherine Serre-Saint-Jean, mariés à Saint-Laurent en 1775, André Papineau était né en 1793 ou 1794 selon l’âge qui lui est attribué à son décès, mais il ne parait pas avoir été baptisé à Saint-Laurent ou à Montréal.En 1823, il épousait à Saint-Benoît (Deux-Montagnes) Reine Madore, fille de François.Elu par les insurgés de Beauharnois, capitaine, pendant les événements de novembre 1838; arrêté, il subit son procès en février 1839, avec dix concitoyens.Sept furent trouvés coupables de lèse-majesté par la Cour martiale, et de ce chef, condamnés à la peine capitale.La peine commuée, il fut l’un des 58 exilés d’Australie, d’où il ne revint qu’en 1845.Une tradition de famille veut qu’il se soit noyé dans le canal de Beauharnois.Son acte de sépulture, au registre de Saint-Clément de Beauharnois, n’en fait pas mention.Il est dit simplement “décédé du 9 juillet 1853, âgé de 59 ans, époux de Reine Madore”.A son témoignage, il avait sept enfants en 1838.Nous en connaissons un, Narcisse (1826-1910) marchand, d’abord à Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds (Jacques-Cartier) et plus tard à Saint-Timothée de Beauharnois.Il avait épousé à Sainte-Geneviève de Pierrefonds, en janvier 1860, Adèle Gamelin-Gaucher (1839-1914) fille de Guillaume Gamelin-Gaucher (1810-1885) —celui-ci né au Sault Saint-Louis et décédé à Sainte-Geneviève — qui fut député de Jacques-Cartier sous l’Union en 1864, et à la Chambre des Communes de 1867 à 1872, et de Charlotte Berthelot (1815-1884) 1 V.A.Fauteux, Patriotes, 1837-1838, Montréal, 1950, p.345.Le P.Augustin Leduc, Beauharnois, 1920, 176, 178.2 V.Les Berthelot, B.R.H., janvier, mars et avril 1935.71 72 Narcisse Papineau eut cinq lils, Godefroy P., pharmacien à Montréal, marié à Montréal en 1898 à Mirza Saint-Georges, dont une fille, Yvette, mariée à Outremont, en 1931, à Rodolphe Lefebvre, fils de Rodolphe, et petit-fils de Frédéric Lefebvre (1842-1921), avocat, basse remarquable, qui finit sa carrière aux Archives judiciaires de Montréal3 ; J.-C.Gustave P., (1879-1956), non marié; Cliarles-Léopold P., (1872-1917) négociant, de Montréal, marié à Montréal en 1906 à Marie BisaUlon, originaire de Laprairie, dont un fils, Mc Paul Papineau, avocat (1949), de Montréal, marié à Montréal en 1950 à Laure Beaulieu ; Aimé (1871-1926), marié à Saint-Léon de Westmount en 1903 à Eva La-fleur, fille tie J.-B.Lafleur (1842-1909) avocat, et d’Herminie Yon, dont un fils, Jean, marié à Outremont, en 1933, à Isabelle Des-laurïers ; celui-ci remarié à Valleyfield vers 1955 à Mlle Meloche.Louis-Joseph Papineau (1861-1938), né à Sainte-Geneviève de Pierrefonds, décédé à Valleyfield, avocat en 1883, recorder de Valleyfield de 1893 à 1908, marié à la Cathédrale de Montréal en 1893 à Blanche Gervais; député de Beauharnois à la Chambre des communes de 1908 à 1925; enfin, trois filles: Berthe (1881-1946) mariée à la Cathédrale de Montréal en 1914 à Victor Joannette (1875-1950), originaire d’Oka, notaire pendant cinquante ans (1900-1950); Evêlinc (1876-1958), mariée à la Cathédrale de Montréal en 1913, au docteur Zéphirin-Hormisdas Ethier (1874-1951) dont un fils, le docteur Jacques P.Ethier, médecin (1942), de Montréal; et Antoinette (1862-1949), mariée à Saint-Timothée en 1881 à Alexandre Mathieu (1854-1938), fils de Marie-Josephte Dupras et du major Etienne Mathieu (1805-1872), de Lachenaie, premier député 4 île l'Assomption à l’Assemblée législative sous la Confédération (18671871), dont, entre autres, deux fils, Alexandre Papineau Mathieu (1887-1952), avocat, de Montréal, et Me Armand Mathieu, avocat c.r., de Montréal, marié à Latirierville en 1928, à Rachel Roberge.Issus de l’union Mathieu et Roberge: une fille, Louise, et un fils, Me François Mathieu, avocat, de Montréal.Jean-Jacques LE FEB V R lé 3 V.K.-Z.Massicottc, Anecdotes Canadiennes ill.II, Montréal, 1928, p.93.4 R.Masson, Généalogie des Familles de Terrebonne, III, Montréal, 1931; p.1724; J.-C.Lamothe, Histoire de la Corporation de la Cité de Montréal.Montréal, 1903, pp.804-806. La famille du Père Camille Lefebvre (1831-1895) fondateur de 1T niversité Saint-Joseph (Acadie) et son professeur, George Singer (1859) Par Philippe CONSTANT "L histoire a ses oubliés, dont la foule ensevelie sans figures et sans noms ignorera toujours les hommages du souvenir.Pourtant, certains d’entre eux méritaient, peut-être, de survivre à l’égal de ceux dont la mémoire a persisté.ht, bien qu ils aient marché jadis en tête de leurs contemporains, rien il est resté de cette suprématie ! Aussi, quand on vient, par cas fortuit, à rencontrer l'un de ces inconnus, et à pouvoir l’exhumer, prend-il la valeur d’un symbole.Dressé en représentant de la masse des autres, perdus à tout jamais, il les rappelle ensemble à la lumière du jour.“L’oubli reprend les noms, a écrit le poète.C’est vrai, et la fosse qu’il creuse est commune à tous.Mais il ne les reprend point de même, et ne les efface pas d’une égale façon.Il respecte les uns avant de les détruire.Par contre, il saisit de suite les autres, et les emporte prématurément, à moins qu'il ne les diminue d'abord avant de les ensevelir.I-ôtais ROULE, I.acépède .Paris, Flammarion, 19,12, p.7.L Université Saint-Joseph, de Moncton, Nouveau-Brunswick, qui a tant fait ]x>ur la renaissance acadienne, célébrera l’an prochain le centenaire de sa fondation.On sait que l’un des fondateurs de cette institution, d'abord collège, a été le Père Camille Lefebvre, provincial des Clercs de Sainte-Croix, et qu’il a sa statue au campus de l’Université.Le Père Lefebvre n’était pas acadien, mais un vieux canadien du pays de Maria Chapdelaine.Au lendemain de sa mort, l’un île ses anciens élèves, Pascal Poirier, qui devint le premier sénateur d’origine acadienne, lui consacra un bel et savant ouvrage \ fort documenté, et non dépourvu d’une teinte d’émotion, comme on écrivait la biographie avant 1914.Le Père Camille Lefebvre a également fait l’objet de plusieurs études et en 1919, l'Action française - de Montréal le choississait comme l’un des douze précurseurs dans les oeuvres de défense de la nationalité.1 Pascal Poirier, Le /’.Lefebvre el l'.leadie, Montréal, Beauchemin, 1898.-‘ Décembre 1919, pp.529-536.73 74 Pascal Poirier résume de la façon suivante la lignée canadienne du P.Camille Lefebvre.Son premier ancêtre canadien fut Pierre Lefebvre, né à Boy-Guillaume, dans le diocèse de Rouen, en Normandie, en 1652, et qui vint s’établir, tout jeune homme, à Laprairie, où il épousa, en 1673, Marguerite Gagné, veuve de Martial Santon.“Il engendra, — pour suivre la méthode de généalogie biblique,— François, qui engendra Louis, qui à son tour engendra Louis, de qui est né un autre Ixniis, qui fut le père de Camille Lefebvre.“Louis se maria trois fois.Il eut de ses deux premières femmes une nombreuse postérité.De sa troisième, née Marie-Véronique Bou-thillier, et veuve de Jean-Baptiste Moquin, il n’eut qu’un seul enfant, Camille.C’est celui dont nous essayons d’esquisser la vie.“Avant de s’établir à Saint-Philippe, Louis Lefebvre fit l’école buissonnière, chère encore aux Canadiens du commencement de ce siècle, et qui consistait à parcourir en trappeurs les immenses étendues qui constituent aujourd’hui le nord et l’ouest canadien.“Louis Lefebvre arrivait directement de “Michel-Makinah” mè dit mon hôte, quand il vint s’établir définitivement, en 1794, à Saint-Philippe de Laprairie; dans tous les cas, “c’était dans les langues.” "Il avait amassé quelque argent, et il commença par s’acheter une belle grande terre sur laquelle il se construisit lui-même une maison.C’est dans cette maison, sans style, tenant le milieu entre les anciennes maisons normandes, a toiture se projetant en corniche relevée à ses rebords, et les maisons acadiennes d’un cachet plus anglais, qu’est né le P.Lefebvre.“Louis Lefebvre mourut le 7 février 1846, âgé de près de quatre-vingts ans.".Camille Lefebvre avait quinze ans quand il perdit son père.L héritage paternel était presque tout passé aux mains des enfants des deux premiers lits, de sorte que la troisième femme, Marie-Véronique, resta, avec son enfant, dans un état assez voisin de la misère.C’était une personne courageuse et douce, craignant Dieu et mettant en lui tout son espoir.Dieu et Camille, cette mère n’aimait rien autre chose autant sous les deux et au delà.“.L’école trouverait peu sa raison d’être dans bien des campagnes canadiennes, sans le catéchisme qu’il faut apprendre pour faire sa première communion.C’est à Saint-Jacques-le-Mineur, dont l’église, en droiture, n’est éloignée que d’une lieue environ de la maison de Louis Lefebvre, que Camille fit la sienne.Sa mère venait d’être frappée de paralysie, et son père, brisé avant luge par le surmenage de la vie des bois et l’excès du travail, était devenu à peu près impotent.L’enfant fut placé à Saint-Jacques-le-Mineur, chez sa marraine, Marie-Louise Bouthillier, épouse de “Fanfan” Moquin, pieuse et charitable personne, qui l’entoura de soins et de la plus tendre affection. 75 .Heureusement pour le futur fondateur de l’Université de Mem-ramcook, il s’ouvrit, vers ce temps-là, sous les auspices de l’abbé Proulx, à Saint-Philippe même, tout près de l’église, dans le bâtiment qui sert encore aujourd'hui d’académie, une école extraordinaire.Des laïques: Donohue, un Irlandais; Tournad, un Français; George Singer, un Allemand, y enseignèrent successivement le latin."Louis Lefebvre résolut d’y envoyer Camille."¦ • • C’est sur ces entrefaites que le vieux coureur-des-bois mourut, âgé de 78 ans."La mort de son père fut pour Camille la première grande douleur de sa vie.Il reprit le chemin de l’école de George Singer.”.Sa mère avait épousé, en premières noces, Jean-Baptiste Mo-quin.De ce premier mariage étaient nés deux enfants, Ambroise et Flavie.Quand mourut son second mari, Louis Lefebvre, elle resta, comme nous l'avons vu, seule avec Camille, alors âgé de quinze ans, dans une situation de fortune assez précaire.Flavie avait épousé Médard Demers.Celui-ci s’empressa de recueillir la mère et le jeune homme, qui demeurèrent avec lui, Camille jusqu’à son entrée en religion, et sa mère jusqu’à sa mort.”3.Ce centenaire fera peut-être naître d’autres études sur le sujet.Versons ici quelques précisions.PIERRE LEFEBVRE (1646-1694) LE FONDATEUR DE LA LIGNEE CANADIENNE Il est exact que l’ancêtre du P.Lefebvre, Pierre Lefebvre (16461694) était originaire de Normandie, mais il était né en 1646 ou en 1647, et non en 1652.Arrivé à Montréal, à tout le moins en 1670, il fut témoin, en septembre de cette année, au mariage de Mathieu Faye.Lui-même se maria à Laprairie en septembre 1673 avec Marguerite Gagné (1653-1720), née à Québec, décédée à Laprairie 4 5 et veuve de Martial Sauton (1642-1672), qui s’était noyé au lac Saint-François, l’année précédente, et dont elle avait deux fils, Pierre, né à Montréal en 1669, et Mathieu, né en 1671, qui devinrent coureurs des bois®.Au règlement de la succession de leur mère (1725), l’un d’eux est dit aveugle, vivant en Caroline.Ce n’est pas d’aujourd’hui que les Canadiens sont aux quatre coins du continent.Pierre Lcfcbzrc avait été, dès 1675, concessionnaire à la Côte 3 P.Poirier, op.cil., pp.4 à 26.4 En marge de trois siècles d'histoire domestique, revue de l’Université d'Ottawa, 1947 ; et tirage à part, Montréal, 1947.5 V.A.Adhéniar, notaire, 6 et 20 août 1692; 14 et 17 septembre 1694.Marcel Girard, Histoire de lu Louisiane française, Paris, Presses universitaires, 1953, I, 42, 73, 136. 76 Saint-Lambert de Laprairie, à l’endroit même où s’élèvent aujourd’hui Préville et la propriété de l’ancien conseiller législatif, Georges-A.Simard (1953), plus de 160 arpents de terre, dont sa succession ne put disposer qu’après le décès de sa veuve (1720), quand le dernier de ses fils, Gabriel (fl.1693-1748), le voyageur, fut devenu majeur.Pierre Lefebvre avait tenté lui aussi de voyager aux Pays d’En Haut (1684), mais sans grand succès.Il s’éteignit prématurément à Laprairie au printemps 1694.Sa veuve lui survécut vingt-cinq ans.Pierre Lefelnre et Marguerite Gagné avaient eu quatre filles, dont trois se marièrent, et cinq fils, dont quatre contractèrent mariage également et firent souche : Pierre L., (1686-1756), devenu capitaine de milice à Laprairie, marié à Laprairie en 1711 à Louise Brosseau (1692-1760); et Laurent (fl.1690-1735), voyageur, marié à Québec en 1717 à Genctnève Baudin (fl.1695-1735) dont la fille aînée, Louise L., (17181793), née à Québec, décédée à Xlascouche, mariée, 1740, à J.-B.Fou-cher (1691-1775), fut la mère de Messire J.-B.Boucher (1741-1812) qui fut curé de Mascouche, de la Pocatière et de Lachenaie.Le dernier fils de Laurent, Antoine L., (fl.1729-1784), né à Laprairie, épousa au fort Vincennes (Indiana) en 1757, Louise Caron (1741-1802), née au Détroit, décédée à Vincennes.Deux fils seulement de Pierre L., et de Marguerite Gagne laissèrent une descendance en ligne masculine aujourd’hui connue, Joseph et François.L ainé, Joseph L., (1674-1742), épousa à Montréal en 1703 Marie Tcstard de Folleville (1679-1754).Voyageur, circa 1717-1721, dans l'Ouest, et le Sud, il descendit aussi loin qu’au territoire actuel de l’Etat de 1’Indiana.Il était major des milices de Laprairie lors de son décès; et le suivant, François : FRANÇOIS LEFEBVRE (1679-1727) François Lefebvre (1679-1727), né et décédé à Laprairie, épousa, après contrat de mariage dressé par G.Barette, notaire royal, à Laprairie en 1718, Marie-Louise Vandandaigue (1687-1725), née à Beau-port, décédée à Montréal.Elle était veuve, en deuxièmes noces, de Jean Boutin (1684-1715), de Lorette, qu’elle avait épousé en 1712.Elle n avait que 1/ ans à son l,r mariage célébré en 1704 avec Jacques Garais (1677-1708), dont une fille Louise G., (1705-1783 Québec), mariée à Charlesbourg en 1725 à Pierre Labadie, établi, dès ^1729, à Québec, où il mourut en 1753. 77 François Lefebvre et Louise Vandandaigue n’eurent qu'une fille, Louise (1718-1785), née a Laprairie, décédée à Saint-Philippe, mariée d’abord en 1736 à Joseph Pinsonneau, puis en 1746 à Paul Dcneau (1706-1772), né et décédé à Laprairie, voyageur, qui partait pour des années sans donner de ses nouvelles, et un fils Louis, le suivant.François Lefebvre avait sa propriété à La Tortue, voisin de ses cousins Gagné, à l’endroit même où il y eut à la fin du siècle dernier, et jusque vers 1920, le quai où s’amarrait le bateau traverser de la Tortue à Montréal.Il avait été également le concessionnaire (1714) de l’Ile-a-Boquet, dans le fleuve, ainsi dénommée par les Jésuites du nom de l’un de leurs donnés, ou employés à vie, et où passèrent longtemps les moutons de la Tortue.Elle vient d'être rasée au cours des récents travaux de la canalisation du Saint-Laurent.L’inventaire des biens de François Lefebvre fut dressé en juillet 1726, par G.Barette, notaire.LE BISAÏEUL DU P.CAMILLE LEFEBVRE LOUIS LEFEBVRE (1720-1805) Louis Lefebvre (1720-1805)—né à Laprairie, décédé à Saint-Philippe— se porta acquéreur en 1741 ° d’une propriété à la Côte Saint-Joseph, pour lors de Laprairie, et de Saint-Philippe, à la constitution de cette paroisse en 1744, et qui avait été concédée en janvier 1734 (G.Barette, Notaire) à son beau-frère, Joseph Pinsomeau-Lafleur.Ses descendants en ligne masculine la gardèrent jusque vers 1945.Il y fit sa carrière.Marié à Laprairie en 1741, après contrat de mariage dressé par G.Barette, à Agnes Pinsonneau (1712-1769), de beaucoup son aînée — le grand Napoléon ne fut pas indemne de cette faute de goût — Louis Lefebvre avait été l’un des premiers marguilliers de Saint-Philippe, circa 1760.Il laissa quelque 1.000 livres dans la faillite de l’Affaire, dite du Canada en l763-’65.L’inventaire de ses biens fut dressé en 1769 par Lalanne, notaire.Ils avaient eu une fille, Agnès (1752-1792), née à Laprairie, décédée à Saint-Philippe, inhumée dans l’église, mariée à Saint-Philippe, en 1773, à Barthélemy Dupuis (1741-1808), un frère, entre autres, de Louis-Albert Dupuis (1731-1805), premier capitaine des milices de Saint-Philippe pendant trente ans (1776-1805); et trois fils : Pierre (1746-1822), capitaine de milice en 1789, qui succéda à ° G.Barette, notaire, 23 juillet 1741.Cette propriété avait été concédée à son beau-frère, Joseph Pinsonneau, le 10 janvier 1734, G.Barette, notaire. 78 son beau-frère, Louis-Albert Dupuis, précité, à titre de premier capitaine de la paroisse de Saint-Philippe (1805-1814) ; il avait épousé en premières noces, 1771, Marie-Josephte Dupuis (1737-1776), et en deuxièmes noces, 1779, Jeanne-Arnable Sorcl (1764-1841), née à Montréal, décédée à Saint-Philippe ; le fils ainé du capitaine Pierre Lefebvre, Louis-Albert L., (1788-1859), pionnier de Saint-Remi de Napierville, capitaine de milice en 1831, y fut lieutenant-colonel commandant, 1846-1856, du Sème bataillon de milice du comté de Huntingdon ; François-Michel (1750-1835), né à Laprairie, décédé à Saint-Philippe, marié à Saint-Philippe en 1773 à Marie Pouliot (1750- 1839) ; enfin, le suivant, Louis.L’AI EU L DU P.CAMILLE LEFEBVRE Louis Lefebvre (1742-1802)—né à Laprairie, décédé à Saint-Philippe— fut l’un des premiers concessionnaires (1765) à la Côte Saint-André de Saint-Philippe, où ses descendants se retrouvaient encore un siècle plus tard.Il avait épousé à Saint-Philippe en 1766, Louise Prévost (1745-1787), née à Beauport, décédée à Saint-Philippe, fille de J.-B.Prévost et d’Elisabeth de l’Espinay.En 1791, Louis Lcfebire convola à Saint-Philippe avec Marie Aucotn (17361809)—cpii lui survécut — une Acadienne de la dispersion, originaire de Beaubassin, fille de Jean A., et d’Anne Saunier, et veuve de Clément Rougier, qu’elle avait épousé en 1773 à Laprairie, où elle s’éteignit en décembre 1809.Louis Lefebvre, l’aïeul du P.Camille, mourut subitement (1802), comme il devait survenir à son petit-fils, le P.Lefebvre, trouvé mort en son lit, ainsi qu’en témoigne Pascal Poirier.Louis Lefebvre et Louise Prévost avaient eu deux filles et deux fils, devenus adultes, et qui se marièrent: Louise (1780-1841), née et décédée à Saint-Philippe; y épousa en 1810, Christophe Pinsonncau; et Catherine (1792-1845), née et décédée à Saint-Philippe, épousa à Saint-Philippe, d’abord en 1816, Joseph Richard; puis en 1823, J.-B.Ferras ; Athanasc Lefebvre (1774-1821) né à Saint-Philippe, décédé à Laprairie, marié: a) à l’Acadie en 1797 à Archange Viel-Cossee, dont une soeur, Louise, avait épousé à Saint-Philippe en 1784, Daniel Finstcrer (1747-1839 l’Acadie), sculpteur; h) à Saint- Constant, en 1818, à Josephte Bruncau (1S56)7.7 V.Famille Bruncau, Mémoires Société généalogique.juillet 1959, p.134. 79 Athanc.se Lefebzre était aubergiste à Laprairie, et il y compte encore aujourd’hui des descendants de son nom, et en ligne féminine, nommément, MM.Ernest et Ludger Gagnon, ingénieurs professionnels, Aimé Gagnon, agronome et professeur, et Thérèse Gagnon, épouse de M.Urgcl Lefebvre, ancien maire de Saint-Philippe; et le suivant, Louis.LE PERE DU P.CAMILLE LEFEBVRE Louis Lefebvre (1768-1846) né et décédé à Saint-Philippe — fils ainé de Louis Lefebvre et de Louise Préz'ost — fit le voyage de Michil-limakinac, selon Pascal Poirier, qui en parle assez longuement.Il épousa en premières noces, à Saint-Philippe, en 1794, Angélique Besnard-Carignan (1778-1817), née et décédée à Saint-Philippe, fille d’Augustin B., et à'Angélique Roy — qui s’y étaient mariés en 1775 — petite-fille d’Augustin B., et de Véronique Bisaillon 8.Louis Lefebvre convola à Saint-Philippe en 1818 avec Agathe Tremblay (1796-1826), de vingt-deux ans sa cadette, fille d’Augustin T., et d’Agatlie Daigneau.En troisième noces, il épousait à Saint-Philippe, en 1826, Véronique Boutillier, qui devait être la mère du P.Camille Lefebvre.LES CONSAGUINS DU P.LEFEBVRE De sa première union avec Angélique Bcsnard, Louis Lefebvre eut neuf enfants devenus adultes, tous nés à Saint-Philippe, entre 1795 et 1817, dont l’un, Joseph (1805-1831), décédé jeune, célibataire, fut inhumé dans l’église de Saint-Philippe.Leurs deux filles et six fils qui se marièrent sont: Angélique (1797-1860), née à Saint-Philippe, décédée à Saint-Valentin, épousa à Saint-Philippe, en 1818, Hubert Lamourcux; Zoé (fl.1817-1840) épousa à Saint-Valentin, en 1839, Urbain G andrca u ; 1.— Louis, né en 1795, marié à Saint-Philippe en 1814 à Marie Tiller; 2.— Eustachc (fl.1798-1871), marié trois fois: a) à Saint-Philippe en 1821 à Louise Tremblay (1803-1823), soeur d’Agathe T., précitée, deuxième épouse de son père; en 1824, à Hippolytc Belle (.1809-1829) ; en 1833, à Sophie Giroux (fl.1814-1871) ; 3.— Barthélemy (fl.1800-1840) épousa: a) à Saint-Philippe, en s C.Tanguay, Dictionnaire généalogique.II, 67. 80 1822, Susanne Hebert (1797-1833), née à Saint-Philippe, décédée à Napierville, fille de Pierre Hébert (1835) premier capitaine des milices de Saint-Philippe lors de son décès ; b) convola a Napierville en 1835, avec Rosalie Lefebvre, née à Montréal en 1814 — fille de François L., et de Rosalie Trudeau—et dont le témoignage au procès des Patriotes de Napierville est rapporté aux State Trials.11 ; 4.— Abraham (1804-1878) né et décédé à Saint-Philippe — inhumé dans l’église — épousa à Saint-Philippe en 1836, Louise Vautrin, veuve de Charles Beaudin, de Saint-Edouard de Napierville10; S- — Vital (fl.1808-1840) épousa en 1833 Olive Mouette; — Pierre (1813-1882) né à Saint-Philippe, décédé à Montréal; épousa à Saint-Edouard-de-Napierville en 1842, Hermine Sard [Chord ou Sauret?].De son convoi a Agathe Tremblay, Louis Lefebvre avait trois fils: François-Xavier (1819-1888), né et décédé à Saint-Philippe, marié a Zoé Moquin (1826-1861), circa 1847, en lieux, aujourd’hui inconnus, peut-être au Corbeau, près Champlain, X.Y.11 ; Bernard (1823-1881) né à Saint-Philippe, décédé à Montréal, marié à Saint-Philippe en 1847 à Sophie Coupai (1884 Montréal); David (1825-1879), né à Saint-Philippe, décédé à Montréal, marié à Saint-Remi-de-Napierville, 1849, à Domitilde Besset.LA FAMILLE MATERNELLE DU P.CAMILLE LEFEBVRE LES BOUTILLIER Enfin, en juillet 1826, Louis Lefebvre, deux fois veuf, convolait à Saint-Philippe avec Véronique Boutillier, née à Longueuil, le 24 septembre 1786, et qui devait mourir à Saint-Philippe le 25 janvier 1854.Elle était fille de Michel B., (1758-1832 Laprairie) et à’Archange Provost (1760-1824) dont le mariage avait été célébré à Varennes en 1782, et petite-fille de Michel Boutillier et de Marie-Josephte Provost, aussi mariés à Varennes en 1753,2.Véronique Boutillier avait épousé en premières noces, à Laprairie en 1819, Jean-Baptiste Moquin (1770-1822), veuf de Catherine David et fils de François M„ marié en 1745 à Marguerite Pinsonncau 1S.Elle en avait eu une fille, Flavie M.mariée en 1846 à Medard Demers ° V.State Trials.II.82.lae (l'Abral“»n Lefebvre, Hermine Lefebvre-Poissant tl866-19.il).de Saint-Philippe, tante et marraine de l'unique soeur, Marcelle de duUpU1i efehvre lg"eS’ qUC cellli'ci aPPrit 0,1 son enfance la carrière distinguée ’.'J'C- Poissant, Généalogie île la Famille Poissant, Montréal, 1909, v.note p.1 lo.’ ’ 12 C.Tanguay, Dictionnaire généalogique.II, 433.1:1 C.Tanguay, Dictionnaire généalogique.VI.80. 81 (1817-1897), l’hôte et le guide de Pascal Poirier, à Saint-Philippe en 1896.Medard Deniers — fils de J .-B.Deniers et de Françoise Come au,, celle-ci visiblement une Acadienne — convola à Saint-Philippe en 1877 avec Césarie Hébert.11 mourut à Saint-Philippe en ‘97.Quant au fils de J.-B.Moquin et de Véronique BoutiJlier que Mé-dard Demers appelle banfan Moquin, Ambroise, il avait épousé à Longueuil, en 1845, Priscille Lamoureux.Ces proches alliances de famille ne sont pas toujours facile à suivre.Notons enfin que J.-B.Moquin — issu de J.-B.Moquin et de Catherine David, précités — s’était allié (Laprairie, 1835) à Louise BoutiJlier, soeur de Véronique — et qui avait été marraine du P.Camille Lefebvre.Ce sont eux qui l’accueillirent quand il devint orphelin, en leur demeure de Saint-Jacques-Ie-Mineur avant que le futur fondateur du collège de Memramcook aille étudier au presbytère de l’abbé Morin, curé de Saint-Philippe, dont la filiation est restée inconnue des annalistes, mourut subitement à la Tortue de Saint-Philippe, chez Alfred Pinson-neault u, seigneur de Lery [Napierville].UN PROFESSEUR DU P.CAMILLE LEFEBVRE Pascal Poirier relate encore que le P.Camille Lefebvre avait reçu ses premières leçons d’éléments latins à une école de latin, tenue au village de Saint-Philippe, par un Irlandais, Donohue, un Français, Tour-mule, et un Allemand, George Singer.Donohue est connu, il s’appelait plutôt O’Donohue, Henry.Il avait épousé vers 1840, Julie Dupuis (avant 1858).En décembre 1858, son fils Ulrie, âgé de 13 ans, fut inhumé à Napierville.Encore domicilié à Napierville, il avait convolé à Montréal, en 1860, avec Angélique Mayer, une veuve, de Saint-Antoine Abbé (Châteauguay).Tournade, le Français, est inconnu du signataire de ces lignes, mais George Singer est parfaitement identifié.Pascal Poirier a beau lui donner du “Herr”, il n’était allemand que par son grand-père.GEORGE SINGER (1823-1859) George Singer (1823-1859) — né et décédé à Saint-Philippe — y avait épousé en 1853 Marguerite Lemire, dont la mère, née Proulx, donne à penser quelle était nièce de l’abbé Antoine Proulx (1810-1878), qui fut vingt ans (1847-1866) curé de Saint-Philippe, et de Mgr Louis Proulx (1804-1871), curé de la Cathédrale de Québec en 1850, et vicaire-général de l’archevêque de Québec en 1867.14 Bulletin des Recherches Historiques, avril 1928. 82 Au témoignage de Maximilien Coupai (1938), notaire, de Saint -Remi de Napierville, l’école de latin de Saint-Philippe avait été fondée sous le curé Pigeon (1838) 15.Son père, Camille Coupai, plus tard capitaine de milice de Saint-Edouard et de Saint-Michel de Napierville l’avait fréquentée.George Singer avait, entre autres, un frère, M.J.-Augustin Singer (1828-1887), Sulpicien, de Montréal, ordonné prêtre en 1852; d’abord vicaire chez les Irlandais de St.Patrice de Montréal, il fut plus de vingt ans (1864-1886), attaché à l’église Notre-Dame-de-Grâces de Montréal; et une soeur, Cécile, née en 1834.mariée à Montréal en 1854 à Alfred Bissonnet, médecin.LE MAJOR FREDERICK SINGER George, Auguste et Cécile Singer étaient issus de Frederick Singer (1796-1859), né et décédé à Saint-Philippe, marchand, de Saint-Philippe, qui y avait épousé en 1818 Cécile Hert (1800-1838), et convolé, à Laprairie en 1839, avec Joscphtc Barbeau (1797-1879 Montréal), veuve de Louis Plante, et soeur du lieutenant-colonel Louis Barbeau (1864), de Laprairie, qui y fut près de cinquante ans notaire, et dont le minutier a été incendié.Frederick Singer avait dû faire cession de ses biens (acte de Médard Hébert, notaire) à ses créanciers en 1833.Capitaine de milice à Saint-Philippe, Fred Singer — il signa toujours ainsi — avait été l’un des Chouaguens de 1837 et, sans doute de ce fait, fut promu major des milices en 1839.FREDERICK SINGER, LE PIONNIER (1812) Le major I’.Singer était lui-même fils du pionnier Frederick Singer (fl.1760-1812), probablement venu avec les troupes allemandes amenées au pays en 1776 sous le général de Riedesel.Frederick S., premier, épousa à Montréal en 1789, Marie Anne Billard (1791).Il convola area 1792-1795, en lieux aujourd’hui inconnus, avec Charlotte Ldr marre (fl.1780-1830), probablement originaire de Saint-Philippe.Elle s y remaria, en 1817, avec Laurent Pigeon — frère du curé Pigeon, de Saint-Philippe — veuf de a) Marie-Josette Saint-Aubin (mariage à Saint-Laurent en 1808) ; b) et de Marie Josephte Basinet (mariage à la Longue-Pointe en 1804), fille de Pierre Basinet, capitaine de milice, et de Marie-Joscphtc Archambault.En 1830, Catherine Lamarre était marraine à Saint-Philippe avec son beau-frère, le curé Pigeon, de son petit-fils posthume François-Benjamin Singer, devenu notaire et auteur.15 Rapport, Société de l’Histoire de l'Eglise, 1946, pp.140-144. 83 Le pionnier, Frederick Singer, un temps établi à Lachine, se fixa à Saint-Philippe vers 1795.Il était commis de la Cie du Nord-Ouest lors de son décès [1812], Il avait testé devant Etienne Henry, notaire, le 8 juillet précédent en faveur de ses enfants.Le règlement de sa succession fit l’objet d’un litige, porté (1826) à la Cour du banc du roi, à Montréal.Outre son fils homonyme précité, il avait eu : Paul S., (1798-1885), né et décédé à Saint-Philippe; épousa vers 1825, Henriette Starnes (1806-1859) ; leur fille, Edwige S., mariée au Dr Laurent-David [Supernon-] Lafontaine (1823-1892), de Saint-Edouard de Napierville10, député de Napierville à l’Assemblée législative de Québec (1870-11381), fut la mère, entre autres, d Eugene Lafontaine (1853-1935), juge en chef de la Province de Québec pendant dix ans (1922-1932) ; Flavic S., (1800-1841) mariée à Saint-Philippe en 1823 au Dr Ti-molcon Quesnel, pour lors de Saint-Philippe, plus tard de l’Acadie, fils de l’immigrant français Joseph Quesnel (1809), figure bien connue en l’histoire des lettres canadiennes; leur fille, Héloïse Q., épousa en 1845, a l’Acadie, le Dr Basile Larocque, de l’Acadie.Sophie S., (1807-1899) épousa en 1827, Eus'ebe Hébert, fils du premier capitaine Pierre Hébert, précité ; enfin, leur dernier fils, Benjamin (1804-1830), marchand à Saint-Philippe, y épousa en 1827, Catherine Hert (1869), soeur de sa belle-soeur, Cécile, précitée.Catherine Hert convola à Saint-Philippe en 1833 avec Jean-Baptiste Barette (1800-1858) sculpteur, originaire de Saint-Vincent-de-Paul, fils de Prisque B., et de Louise Valiquct.C’est le fils posthume de ces derniers, Benjamin S., et Catherine H., François-Benjamin Singer (1830-1876), né à Saint- Philippe, décédé à Sherrington, notaire en 1865, marié probablement à Saint-Luc-sur-Richelieu, à Elisabeth Hamilton (1832-1907 Montréal), qui est l’auteur des faux Souvenirs d’un Exilé Canadien (Montréal, 1871), mais qui sont pleins de couleur.Un fils du notaire auteur, Auguste Singer (1875-1957), épousa à Montréal en 1896 Blanche Auger, fille de Joseph-Cyrille Auger (18301901), originaire de Terrebonne, d’abord notaire plus de vingt-cinq ans, 1851-1877, puis régistrateur de Montréal et auteur de droit17.18 V.Auguste Achintre, Portraits et Dossiers parlementaires du premier Parlement de Québec, Montréal, 1871.17 V.N.-E.Dionne, Inventaire chronologique.1904, Nos 2520 et 2776, 84 Auguste Singer, dernier représentant de cette famille connu de l’au teur de ces lignes, était greffier à l’ancienne Cour de circuit de Mont réal dans les années 1930.Philippe CONSTANT. Notes de lecture JULES VERNE ET L'AVENIR du CANADA [Français] “M.Etienne Richet, un explorateur français, vient de publier une lettre que lui adressait, voici quelques années, Jules Verne, le fameux romancier qui vient de disparaître.On la lira avec intérêt : “Amiens, 12 février 1S96.“Monsieur, “Au moment oit vous partez, monsieur, pour le compte du gouvernement anglais, avec l’audace tranquille qui caractérise la jeunesse, à la découverte de terres inconnues, je ne veux pas qu’on puisse dire un jour chez nous qu’aucun compatriote n’a salué vos débuts.“Vous me faites songer à ces Français du dix-huitième siècle, n’ayant que la cape et l’épée, mais de cœur ferme et d’esprit hardi, qui nous donnèrent ce Canada, choisi comme champ de vos exploits."Tel qu’il nous apparaît, ce pays a un rôle à jouer dans l’évolution française en Amérique; ce rôle est des plus importants, et il dépend de vous, peut-être, de transformer des obstacles apparents en réels auxiliaires de notre action.“Depuis des années, loin de nos agitations vaines, il se produit par de là l’Atlantique toute une épopée: c’est la montée silencieuse, à travers les forêts et les prairies du Nouveau Monde, d’une France nouvelle.Si rien ne vient entraver le mouvement de la population, les Canadiens-Français compteront, dans un siècle, quarante millions d’âmes sur les cent millions que contiendra le Dominion.Le nouveau peuple occupera en entier, à cette époque, outre le bassin du Saint-Laurent, ceux de l’Ottawa, du Saint-Maurice et du Saguenay, la péninsule du Labrador et les territoires immenses situés au nord des lacs Huron et Supérieur.“En regardant la carte d’Amérique, nous voyons que ce pays — cinq fois plus grand que la France! — occupe tout le nord-ouest de l’Amérique septentrionale.85 86 "D’après les données ethnologiques que nous possédons déjà, c’est ainsi que devra se constituer et se localiser la France américaine de l’avenir."L’avenir! Il serait téméraire de prophétiser.Mais il est permis de croire que, réalisant les appréhensions de son fondateur, l’illustre Washington, le colosse américain croulera et que trois ou quatre grands Etats s’élèveront sur ses ruines."Eu présence de cette éventualité, quiconque connaît les tendances de la race allemande et la position qu’elle occupe en Amérique peut prédire qu’un empire allemand surgira dans la vallée du Mississipi, qu’elle contrôle déjà par sa langue, sa littérature, et son influence sur les affaires publiques.( et empire naissant aux rives du Mississipi ne fait-il pas songer à un autre empire sur les bords du Saint-Laurent, jouant sur le continent le rôle de la France en Europe; pays de civilisation et de liberté, pays généreux, prêt à combattre pour un grand principe ou pour la défense d une cause sainte, champion de l’art et de la pensée, manifestant dans le nouveau monde les initiatives fécondes et les vertus brillantes de l’âme française?"C’est un rêve, je le sais, un rêve ambitieux, mais un noble écrivain n’a-t-d pas dit que “tout ce qui a été fait de grand dans le monde a été fait au nom d’espérances exagérées?” Dans les aventures du genre de celle que vous tentez, les circonstances sont parfois plus fortes que les hommes.Mais, quoi qu’il puisse advenir de vous et de vos compagnons de route, laissez-moi vous dire avant votre départ, que j ai 1 admiration la plus haute pour ceux qui honorent l'humanité par leur courage et leur énergie.Mes vœux et mes pensées vous accompagneront durant votre périlleux voyage et je mets ici, à votre adresse, toutes les sympathies du vieux conteur.* 1 1 Publié dans: "La Vérité’’ du 22 avril 1905.“Jules VERNE” LES DISPARUS LEOPOLD RICHER (1902-1961) Léopold Richer était essentiellement un journaliste.Il connaissait bien les ressources comme les faiblesses de son métier.Dans son discours de réception à l’Académie canadienne-française, il parlait de cette faim de l’immédiat qui caractérise le journalisme, profession où, plus qu’en bien d’autres, tout est toujours à recommencer.Un texte est actuel par ses nombreuses allusions à des faits qui viennent d’avoir lieu, à des personnes et a des actes dont le souvenir, bien souvent, s’effacera très vite.Pourtant, Léopold Richer a été passionnément épris de ce métier.Pour lui, écrire était un besoin, mais pas par dilettantisme ; sa plume vigoureuse fut toujours au service de l’idéal qui était le bien.C est d abord d Ottawa qu’il mena la lutte; alors correspondant du “Devoir”, sa chronique quotidienne, était l’une de celles qu’on lisait avec le plus d’intérêt; il y poursuivait un objectif élevé, entendant véritablement servir avec les moyens dont il disposait: Après cette brillante période outaouaise, Léopold Richer fonda, à Montréal, son hebdomadaire “Notre Temps” grâce auquel, pendant quinze ans, il fut en mesure d’aborder, en toute liberté d’esprit, les multiples aspects de la vie intellectuelle et sociale des Canadiens français.De par sa façon de comprendre sa tâche journalistique, Richer a incontestablement influencé le comportement de ses contemporains.D’autre part, aux débuts de son hebdomadaire, il attira autour de lui une équipe de jeunes talents à qui il donna l’occasion de s’exprimer.En outre, en dehors de ses articles, Léopold Richer réussit à consacrer une partie de son temps à des problèmes plus importants et publia plusieurs études politiques et sociologiques.Pour conclure cette brève esquisse de l’homme que fut Léopold Richer, nous reprendrons ces lignes écrites par son ami et collaborateur Roger Duhamel, de l’Académie canadienne-française, au lendemain de sa mort, survenue le 2 janvier 1961 : “On a pu se méprendre sur une certaine brusquerie de ses manières et voir passer dans ses yeux le reflet du mépris.” Ceux qui l’ont bien connu savent qu’il se défendait contre lui-même, qu’il dissimulait sous des dehors distants un grand fond de tendresse et de générosité.Dans l’intimité, il éclatait volontiers d’un rire sonore et communicatif.S’il était impitoyable pour les idées fausses et les théories saugrenues, il témoignait de la mansuétude pour les palinodies des hommes.” 87 Felix
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