Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 janvier 1966, janvier
Vol.68 Lévis — Janvier-Février-Mars 1966 No 1 No 717 LE BULLETIN DES Recherches " .REVUE D'ARCHEOLOGIE, D'HISTOIRE, DE BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE NUMISMATIQUE, ETC., ETC.DIRECTEUR ANTOINE ROY T 888 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa.800596 LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES Prix de l'abonnement : $5.00 par année DIRECTION-ET ADMINISTRATION 2050, Saint-Cyrille Ouest, QUÉBEC SOMMAIRE Janvier - Février - Mars 1966 ANTOINE ROY.— Le Bulletin .KALM.— Portrait de Kalm.JEAN-JACQUES LEFEBVRE.— L’inspirateur de l’Institut Leclerc de St.Vincent de I aul, Messine Uldéric Leclerc.Pages .3 JEAN-ERIC LABIGNETTE.du Canada .LIONEL AUDET-LAPOINTE Resty .JULIEN DEZIEL._ ascendance familiale Les Chevaliers de Malte dans l’histoire — Les Canadiens en Californie.Robert Mgr Jos.-David Déziel (1808-1882).Sa vie et son JEAN-JACQUES LEFEBVRE.— Le fondateur de Montréal, Chomedey de Maisonneuve, tutoyait-il ses administrés?.y DOCUMENTS Acte de mariage de Sir J.A.Chapleau et Marie-Louise King.1874 .La vie quotidienne à Montréal en 1756.Emancipation des enfants mineurs mineurs de J.B.Pereyre.Acte de sépulture de Geneviève Gatin.1769.LOTERIE NATIONALE DU CURE LABELLE.LEON POULIOT.— Les Voyages de Mgr Bourget à Rome.EMILE PALARDEAU.— Joseph Robert.Patriote de 1837.LEOd“ 5ffi°£- mJ-VSS1""™ d“.p; p“' u J” •“ s""1»»* ^ ROBERT-LIONEL SLGUIN.—Quelques “Aventures” Dominicales en N F 55 QUESTIONS .59 25 27 37 39 40 41 41 42 45 47 49 F Rae b LE BULLETIN des Recherches Historiques Vol.68 Lévis — Janvier-Février-Mars 1966 No 1 Le Bulletin Nous sommes heureux de vous présenter de nouveau le Bulletin des Recherches Historiques, après une absence malheureusement beaucoup plus longue que nous ne l’aurions voulu.Cette livraison de janvier, février, mars 1966 (No 1, du 68''""' volume) devient le sept-cent-dix-septième numéro de la série commencée en janvier dix-huit-cent-quatre-vingt-quinze, par Monsieur Pierre-Georges Roy.Nous osons espérer que les historiens, les généalogistes, les chercheurs et les amateurs d’histoire du Canada, se réjouiront de la réapparition du Bulletin et qu’ils nous apporteront leur aide et leur concours en s’y abonnant le plus tôt possible.Si nos correspondants le veulent, nous croyons pouvoir développer substantiellement, dans les numéros qui suivront, la section Questions et Réponses, qui comme on le sait est ouverte à tous.Chaque numéro, d’au moins soixante-quatre pages, fournira, au cours de l’année, une matière variée et intéressante, grâce à nos dévoués collaborateurs, à qui nous offrons, dès maintenant, nos remerciements les plus sincères.ANTOINE ROY „ .J “ticK K A L M EIU dole d.1764 "" MuUB de Po-i (Bjoroebo.a>.Flnloode.imJLVLC".*¦ *•”" * d Heliinki, hiitorien de Kolm' qui laeXbiene,0°l|l'9ean‘:e du, profe,seur Martti Kerkonen, autoriser O la reproduire dan, le Bulhtin."°U$ '°ire Une ph°'° «» "°u> L'inspirateur de l'Institut Leclerc de Saint-Vincent de Paul, Messire Uldéric Leclerc (1839-1900) Archiviste en chef Par JEAN-JACQUES LEFEBVRE CW S"//^eure, Montreal Avec le problème de la délinquence juvénile, toujours à l’ordre du jour, d semble que la réforme pénitencière, ou la réhabilitation des anciens formats, soit ce qui préoccupe le plus législateurs, magistrats et sociologues.Il est bien connu que la question a fait, dans les années 1936-1937, 1 objet d une Commission royale d enquête, qui fut présidée par M.le juge Joseph Archambault, de la Cour Supérieure, et dont le Rapport (de 444 pp.) a été publié en 1938.Au pénitencier de Saint-\ incent-de-Paul, qui a eu encore récemment la manchette des journaux avec la révolte incendiaire des détenus, on a tenté d appliquer, depuis quelque temps, un système de réformation selon .es lignes d’un plan qui avait été dressé jadis par un ancien aumônier de 1 institution, lequel, prétend-on, serait pas ou peu connu de nos jours, de la direction ou du personnel administratif à Saint-Vincent.Ceci dit sous toutes réserves, n’ayant vu ni les publications officieuses, ou officielles, du genre, ni communiqué avec les officiers de l’administration.S il en était ainsi peut-être serait-il opportun de rappeler que l’inspirateur de cette institution est pourtant connu des annalistes.Il suffit de se rapporter au monumental Dictionnaire biographique du Clergé.(Montréal, 1910, p.327) de l’abbé J.-B.-A.Allaire.L abbé J.-Uldéric Leclerc, né à Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds, près Montréal, le 6 août 1839, de François Leclerc et de Josephte Demers, fut ordonné à Montréal le 14 juin 1862.D abord vicaire, pendant deux ans, au village voisin de sa paroisse natale, à Vaudreuil, il devint adjoint, en 1864, de l’aumônier du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, aussi originaire de Sainte-Geneviève, M.Isaïe Sauvé (1833-1865).Quatre ans plus tard (1868), il en devenait l’aumônier titulaire, poste qu il remplit pendant quinze années, soit jusqu’à sa nomination, en 1883, comme curé de Saint-Joseph, paroisse importante alors de Montréal, de l’ouest de la ville.Il devait présider aux destinées de cette paroisse pendant dix-sept ans, jusqu’à son décès, le 31 août 1900.Dans 1 intervalle, son Ordinaire l’avait honoré en l’appelant au chapitre de la Cathédrale de Montréal et en le nommant vicaire forain.5 6 Messire Uldéric Leclerc demanda à être inhumé, à Oka, peut-être parce que les auteurs de ses jours y reposaient.Profitons de l’occasion pour établir sa lignée canadienne et des données sommaires sur une famille que n’a pas connue C.Tanguay, en son Dû tionmire généalogique.Ses parents, François Leclerc et Marie-Josephte Demers — celle-ci fille de J.-B.D., et de Charlotte Préjean — avaient contracté mariage en sa paroisse natale de Sainte-Geneviève, en janvier 1817.De même ses grands-parents, André Leclerc et Marguerite Portsche fille d Ambroise P.et de Marguerite Billy — s’étaient également mariés à Sainte-Geneviève au mois d’août 1788.Lors du mariage de leur fils, François, en 1817, ils étaient domiciliés à Sainte-Thérèse de Blainville.Enfin, le bisaïeul de 1 abbé Uldéric Leclerc — le père d’André précité — Jean-Baptiste Leclerc (fl.1735-1788), un Picard d’Amiens, probablement un soldat des armées de Montcalm et de Lévis, avait contracté mariage — sans avoir passé de contrat — un mois avant la signature du fameux traité de Paris — à Pointe-Claire, le 10 janvier 1763, avec Marie-,Amable Roy, fille de François R., et de Charlotte Chamaillard (1761, ?Pointe-Claire).Dans laquelle de ses pièces le grand Wilde fait-il dire à l’un de ses personnages —est-ce à Mercutio?—qu’il est dans le ciel plus de choses que notre esprit n’en contemplera jamais.Ainsi de la forêt des Archives, l’on est loin d’avoir jamais fini d’y tracer de nouveaux sentiers.Jean-Jacques LEFEBVRE. Les Chavafiers de Malte dans l'Histoire du Canada Par JEAN ERIC LABIGNETTE Paris L’ORDRE DE MALTE ET LA FRANCE AU XVIIème SIECLE.A l'aube du XVIIème siècle, l’Empire Ottoman n’avait pas, du moins dans ses prétentions, abandonné la lutte religieuse contre la Chrétienté.Les Tentatives de l’Islam pour conquérir l’Europe ne furent définitivement brisées qu’avec la victoire de Jean Sobieski à Vienne en 1683.Mais dès la fin du XVIème siècle, il avait dû relâcher son étreinte sur les bords de la Méditerranée où l’Occident Catholique lui avait infligé deux désastres: le siège de Malte en 1565 et la bataille de Lépante en 1570.Jean de La Valette avait ruiné tous les efforts de l’armée de Mustapha et Marc-Antoine Colonna et Don Juan d’Autriche avaient anéanti l’armada de l’Abdéraman.L’étendue des pertes en hommes et en navires affaiblissait pour longtemps le moral et la puissance des forces turques.L’Europe divisée en Etats rivaux ne voulut pas mettre à profit ce moment favorable pour entreprendre l’anéantissement de la nation qui l’avait tant inquiétée et la laissa se décomposer d’elle-même.La Chevalerie était en décadence.L’esprit de croisade ne subsista que sur l’Ile de Malt dernier refuge des descendants des preux.Cette indifférence pour la lutte contre l’Islam était la conséquence d’un sentiment de sécurité inspiré par le délabrement de la puissance turque.En effet, à mesure que passaient les générations le fanatisme de la Porte s’étiolait.Le souverain de Constantinople était le prisonnier des immenses conquêtes de ses prédécesseurs : les peuples vaincus n'avaient pas été assimilés, les gouverneurs des pachaliks lointains s’étaient presque rendus indépendants et l’armée Impériale était juste suffisante pour assurer la police des territoires voisins de la Métropole.De plus, la douceur de vivre des bords de la Méditerranée avait envahi les moeurs du sérail et avec elle la perfidie bysantine.Les révolutions de palais étaient aussi fréquentées à Stamboul qu’à Byzance.Les Turcs avaient bien détruit ou effacé dans la ville les monuments ou inscriptions grecs et latins mais il demeurait le charme du cadre et du climat ainsi que la plupart des habitants dont les vices s’insinuèrent chez les vainqueurs.La corruption du pouvoir entraîna la faiblesse de l’Etat.Soliman le Magnifique fut le dernier des grands empereurs ottomans; sous ses successeurs l’autorité du Commandeur des Croyants dégénéra en faiblesse et en incapacité.Dans le même temps la Chrétienneté s’était fortifiée.Les rois Capétiens avaient fait l’unité de la France qui était devenu 7 8 une puissance militaire, la maison de Habsbourg avait réuni une grande quantité de couronnes et dans l’est de l’Europe des pays de marche s’étaient créés avec la vocation historique de contenir l’Islam : c’était le grand Duché de Moscou, les Royaumes de Bohème et de Hongrie, la principauté d’Autriche.Enfin dans le sud, en Méditerranée l’Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem s’était installé solidement à Malte que lui avait donné Charles Quint en 1530.La Valette était devenue une forteresse inexpugnable et ses navires étaient fort nombreux.Ils appartenaient pour la plupart au type de la galère.C’était le bâtiment de guerre classique de la Méditerranée dont la technique éprouvée et mise au point depuis des siècles avait atteint sa perfection.Dans l’édification de cette puissance militaire et navale de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem chaque nation avait apporté sa contribution, particulièrement les plus voisines, les royaumes de Naples et de Sicile, les royaumes d’Aragon et de Castille ; mais l’apport de la France fut le plus considérable.Un simple fait est caractéristique de la prépondérance du pays de Saint-Louis dans l’histoire de l’Ordre de Malte: sur vingt huit Grand’Maîtres qui régnèrent sur Elle de 1530 à 1798 onze furent des Français.Sur les huit “langues" entre lesquelles se répartissaient les chevaliers, trois étaient françaises : la langue de Provence, la langue d’Auvergne et la langue de France.Après la bataille de Lépante il n’y eut plus entre les navires du Grand Turc et les navires Chrétiens de grandes rencontres navales sur la Méditerranée, mais ses eaux demeurèrent des zones dangereuses jusqu’à la prise d’Alger en 1830.En effet 1 Afrique du Nord qui nominalement relevait du Sultan avait une population très faible répartie surtout le long du littoral.Celui-ci abritait de petits ports qui étaient autant de repaires de pirates.Leurs chefs vassaux émancipés de la Porte faisant contre les Chrétiens une guerre de course autant par cupidité du butin que pour la gloire de Mahomet.Leurs entreprises étaient parfois fort hardies et ne se limitaient pas à 1 attaque de navires en haute mer.Ils lançaient des coups sur de petits villages de pêcheurs parfois même sur de petites villes des côtes d’Italie, de France et d'Espagne.Outre des objets de prix, ils s’emparaient des femmes et des jeunes gens susceptibles d’être d’.un bon rapport sur les marchés d’esclaves.L’Ordre des Frères Mineurs s’était fait une sorte de spécialité du rachat de ces malheureux captifs ; il était accrédité auprès des Etats Barbaresques pour ce genre de négociations.L’activité navale des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem contribua fortement à rendre ces actes de pirateries plus rares.Leurs galères sillonnaient la mer sans arrêt.Ils appelaient “caravanes” les raids qu’ils accomplissaient le long des côtes fréquentées par les pirates barbares- 9 ques.Ce terme de “caravane” évoque plutôt à l’esprit une théorie de chameaux évoluant à travers le désert, mais dans le langage du temps il signifiait voyage, entreprise, sur mer comme sur terre.Les exploits de ces derniers croisés, racontés et embellis par les navigateurs leur faisaient une propagande considérable.Ils rappelaient que l’esprit de Chevalier existait encore bien qu’il disparaissait des moeurs de la noblesse.Aussi le prestige de l’Ordre était-il immense et nombreux étaient les jeunes gentils-hommes qui aspiraient à "entrer dans la Religion de Malte”.Une autre chose contribuait à donner une grande influence à cette congrégation : c’était sa richesse.Les Chevaliers en entrant en religion faisaient abandon à leur mort de tous leurs biens à l’Ordre et comme beaucoup étaient de familles puissantes ces “dépouilles” comme on nommait les biens ainsi légués, étaient considérables et leur somme faisait une fortune prodigieuse.Pour se rendre compte de l’importance du “temporel” que possédaient en commun les religieux hospitaliers il suffit de remarquer le nombre de localités de France, villages ou hameaux qui portent pour nom: “Le Commanderie” “Le Prieuré”, “L’Hôpital”, “Saint-Jean” .bien souvent l’origine de ces appellations vient de ce qu’ils appartinrent à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem.Devenir Chevalier de Malte n’était pas chose aisée.L’accès de l’Ordre était réservé aux seuls candidats en mesure de produire seize quartiers de noblesse c’est à dire d’administrer la preuve que leurs seize trisaieux étaient nobles.Le contrôle de cette qualité était très rigoureux.Quand un gentilhomme avait fait acte de candidature, le bailli de la langue dont il relevait, constituait une commission d’enquête chargée de vérifier l’authenticité et la valeur des documents que le postulant produisait pour prouver sa noblesse de quatre générations.Souvent la commission se déplaçait dans les localités qui étaient ou avaient été la résidence de sa famille.Un rapport accompagné d’un volumineux dossier était envoyé à La Valette où siégeait le chapitre de l’Ordre.Celui-ci décidait après examen de l’admission ou du rejet du candidat.Mais la naissance n’était qu’une des conditions requises pour l’entrée dans l’Ordre de Malte.On exigeait encore du futur Chevalier une moralité irréprochable, une vocation religieuse et des vertus militaires.C’était là une des grandes caractéristiques de la congrégation : le Chevalier de Malte était à la fois un moine et un soldat.A l’origine lorsque le pieux Gérard fonda l'Hôpital en 1099, il lui avait donné pour unique mission la gestion des hôpitaux où les pèlerins se rendant au tombeau du Christ étaient soignés des maux qu’ils avaient pu contracter en route.Les religieux n’avaient que les fonctions de frères hospitaliers.Beaucoup étaient prêtres et tous faisaient voeu de chasteté.Leur existence était uniquement monacale.Ce fut en 1130 10 que le Pape Innocent II leur ordonna de prêter main forte aux convois de pèlerins et d'être soldats en même temps que moines.Cette décision du Saint-Siège transforma entièrement leurs statuts, et comme les temps étaient farouches, L’Ordre prit rapidement un caractère militaire.Les religieux furent armés Chevaliers, les servants, sorte de frères convers,.devinrent des servants d’armes et le Grand’Prieur devint Grand’Maître.Mais, l’esprit religieux et monacal subsista en même temps que le souffle guerrier et le Chevalier de Malte fut toujours un Chevalier-Moine.II importe d’être bien pénétré du double caractère de ces hommes pour comprendre l’extrême abnégation dont ils firent preuve au cours des nombreux combats qu’ils soutinrent, principalement durant le siège de Rhodes de 1522 et celui de Malte de 1565.Une fois à Malte, le nouveau Chevalier subissait un noviciat de plusieurs années dans 1’ “Auberge” de sa langue à la Valette.On appelait Auberge .dune langue un des somptueux édifices qui tenaient lieu à la fois de couvent et d’hôtel et où résidaient les Chevaliers.L’Auberge de la langue de France et celui de la langue d’Auvergne ont été malheureusement détruits en 1944, celui de la langue de Provence subsiste et il est devenu un Musée, ceux de plusieurs autres langues notamment celui de la Langue de Castille ont été épargnés par le temps, et les guerres ils sont de merveilleux témoins des architectures des XVIème et XVIIème siècles.C’étaient des sanctuaires de la Chevalerie dans l’Ile des Chevaliers.Disraéli les appelait “des palais construits par des gentlemen pour des gentlemen”.Des quelques renseignements que l’on possède sur l’existence de ceux-ci, il ressort que leur existence était partagée entre des exercices militaires et des exercices spirituels ; existence très particulière qui absorba la personnalité de beaucoup dont toute la vie se passa sur l’Ile ou dans des aventures sur mer.La Cathédrale de Saint-Jean à La Valette est entièrement pavée de pierres tombales, toutes rigoureusement identiques et se distinguant seulement par la composition du blason qui y est figure en mosaïque de couleurs et par le nom du Chevalier qu’elles recouvrent et qui est bien souvent un bon vieux nom de France.Mais chez certains de ces religieux guerriers l’immense rocher à a vegetation rabougrie sur lequel ils vivaient, morceau détaché de la terre d Afrique, provoquait une sensation de dépaysement, une nostalgie de la patrie lointaine, un désir de la revoir.A ce malaise les statuts de 1 ( rdre apportaient un remède : lorsque le Chevalier avait accompli cinq caravanes et séjourné durant cinq ans dans l’Ile de Malte il avait la faculté de retourner dans son pays où l’Ordre lui accordait le revenu d’un de ses innombrables domaines.Il y terminerait ses jours en menant une vie devote et chantable a moins que son souverain ne voulft utiliser ses ervices en lui donnant une commission dans l’Armée ou la Marine. 11 Ceci échut à plusieurs d’entre eux lorsque les rois de France du XVIIème siècle entreprirent de doter leur pays d’une marine et d’un Empire Colonial.En effet, la France n’avait alors que peu de navires au long cours et moins encore de navires de guerre.Au Moyen Age les guerres sont l’Angleterre, au XVIème siècle les guerres contre la maison d’Autriche et les guerres de Religion avaient détourné les esprits des aventures Outre-Mer et toutes les ressources du Royaume avaient été employées à l’entretien des armées de terre.Tout au plus peut-on signaler les expéditions de découvertes de Jean Ango, des frères Parmentier, de Jacques Cartier entreprises moins pour fonder des colonies de peuplement que pour manifester la volonté du Roi de France de s’opposer au traité de Tordesillas qui lui refusait des possessions en Amérique.Il en fut de même de l’expédition de Durand de Vilegagnon Chevalier de Malte qui fonda un premier établissement à Rio de Janeiro.Ce dernier personnage qui eut des parents au Canada est le premier Chevalier de Saint Jean de Jérusalem qui fut utilisé par son souverain à des fins colonisatrices.Ce fut avec le Commandeur de Chaste qu’un membre de cet Ordre joua pour la première fois un rôle dans l’histoire du Canada.Il s’appelait Aymar de Clermont et sa seigneurie de Chaste avait été érigée en commanderie.Catherine de Médicis qui le protégeait lui donna la dignité de vice-amiral des mers du Ponant ce qui dirigea ses activités vers la “Mer Océane”.Il participa aux entreprises qu'avait ordonnées la Régente en 15S2 pour soutenir contre Philippe III d’Espagne les prétentions au trône de Portugal de Don Antoine prieur de Prato.Dans un coup de main sur Terceria, Ile des Açores, il essuya un échec.Il avait réparti son monde sur deux navires mais par suite des vents contraires celui qui le portait n’arriva que plusieurs mois après l’autre et les troiq>es sans chef ne firent rien de bon.Cruellement vexé par cette mésaventure et en but à la malignité de ses ennemis il écrivit pour se justifier une relation de cette expédition malheureuse.Catherine de Médicis lui conserva sa faveur.Quelques années après en 1589, il eut un rôle important dans les destinées de la France.Henri de Navarre conquérait péniblement le royaume de France et s’était en partie emparé de la Normandie.Pour qu’il en fût définitivement maître, il fallait qu’il pût s’emparer de Dieppe.Par Dieppe, il pourrait recevoir assistance de la Reine Elisabeth d’Angleterre souveraine protestante.Or le gouverneur de cette place n’était autre que le Commandeur de Chaste.Contre toute attente ce dé-feuseur de la Sainte Eglise rendit les clefs au roi Huguenot qui le maintint dans son poste et lui donna en plus le gouvernement d’Arques, place importante qui couvrait Dieppe.Cette ville était une pépinière de marins au long cours qui commençaient à fréquenter Terre-Neuve pour la pêche à la morue et le Canada récemment découvert pour la traite des four- 12 rures.On ne sait pas si le Commandeur de Chaste fit dans cette période de sa vie quelque voyage au Canada, mais ce qui est certain c’est qu’il employa tout le crédit dont il jouissait auprès du roi Henri IV pour inciter son souverain à y faire quelques établissements.Il avait fait la connaissance de Samuel Champlain et collabora étroitement avec lui lors du premier voyage de celui-ci au Canada en 1603; malheureusement la mort ne lui permit pas de faire partie de l’expédition à laquelle il avait consacré ses efforts et son argent.Par un bizarre concours de circonstances, lors de son quatrième voyage en Nouvelle-France, Champlain devrait encore perdre en la personne d’un Chevalier de Malte un protecteur et un ami.Il s’agissait cette fois d’un grand seigneur : Charles de Rourbon, Comte de Soissons.Ce personnage appartenait à la célèbre maison de Coudé branche cadette de la famille royale dont le chef le Prince de Condé avait la qualification de “premier prince de sang”.Nous connaissons par Champlain la part qu’il prit dans l’organisation de son quatrième voyage au Canada.Le comte de Soissons était alors gouverneur de Dauphiné après 1 avoir été de la Normandie.“Or Cognoissant Monseigneur le Comte de Soissons Prince pieux et affectionné en toutes sainctes entreprises par 1 entremise du sieur de Beaulieu, Conseiller et aumônier ordinaire du Roy, je m adressay à luy et luy remonstray l’importance de l’affaire, les moyens de la régler, le mal que le désordre avait par cy devant apporté et la ruine totale dont elle était menacée, au grand déshonneur du nom Prancois, si Dieu ne suscitait quelqu’un qui la voulut relever.Comme il fut instruict de toutes les particularités de la chose et qu’il eust vu la Carte du pays que j avois faicte, il me promit sous le bon plaisir du Roy d en prendre la protection.Aussi tost après je presentay à sa Majesté et à Mosseigneurs de son Conseil une requeste avec des articles tendant a ce qu il luy pleust vouloir apporter un règlement en cet affaire, sans lequel ainsi que j ay diet elle s’en alloit perdue ; et pour ce sa Majesté en donna la direction et gouvernement à mondit Seigneur le Comte lequel deslors m honora de sa lieutenance".Ce prince “pieux et affectionné en toutes sainctes entreprises” était chevalier de Saint Jean de Jérusalem et c’est a lui que Champlain dut sa lieutenance pour la Nouvelle-France.Malheureusement le Comte de Soissons trépassa un mois après avoir ete nommé Gouverneur de Canada, le 1er Novembre 1612.Le titre resta dans la maison de Condé dont le Chef Henri de Bourbon Prince de Conde confirma Champlain dans la lieutenance de Canada.Malheureusement le Prince de Condé n’avait pas le même esprit apostolique que son oncle le Comte de Soissons et la perte de celui-ci fut considérable et pour le Canada et pour l’Ordre de Malte.En effet Henri IV n’était pas un prince très pieux et pour lui le Canada ne signifiait guère que quelques comptoirs de fourrures. 13 Il en fut différemment avec son fils Louis XIII lorsqu’il eut pris pour premier Ministre le Cardinal de Richelieu.Homme d’Eglise celui-ci ne pouvait que s’intéresser aux intérêts de la religion et à la propagation du Christianisme à travers le monde.Homme d’Etat il voulait accroitre la puissance de la France en lui donnant une marine en même temps qu’un Empire Colonial.A vrai dire ses idées d’homme d’Etat contredisaient ses idées d’homme d’Eglise.La doctrine mercantiliste de l’époque ne vovait dans les colonies a créer que des comptoirs d échanges destinés à développer le commerce et par là à accroitre la puissance de la nation, la doctrine évangélique n’était favorable aux colonies qu’en tant qu’elles étaient des régions où se propagerait la foi du Christ.C’est le compromis entre ces deux tendances qui caractérisa la fondation du Canada.Pour que la Nouvelle-France ne soit pas un repaire de forbans comme l’était Terre-Neuve il fallait placer à sa tête des gens d’une haute moralité.Le monde des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem permettait de trouver de tels auxiliaires du pouvoir et Richelieu leur était d autant plus favorable qu’ils étaient considérés comme gens d Eglise donc de son état.Ils avaient auprès de lui des émissaires tout désignés: le Commandeur de la Porte était l’oncle du Cardinal et les frères Isaac et Gabriel de Rasilly étaient et ses parents et ses confidents.Il ne faut donc pas être surpris de trouver parmi les premiers des fondateurs de la Nouvelle-France une pléiade de Chevaliers de Malte: le Commandeur de Chaste, le Comte de Soissons, le Chevalier Bréhaut de Lisle, le t he-valier de Montmagny, le Commandeur de Rasilly, le Chevalier Brasdefer de Chateaufort.Par la suite on verra encore un chevalier de Saint-Jean de Jérusalem gouverneur du Canada le Chevalier de la Barre dont par un curieux caprice du destin le petit fils mourut sur l’échafaud pour avoir commis des “sacrilèges”.Enfin quelques militaires de terre ou de mer qui servirent en Canada au cours du XVII et du XVIII siècles appartinrent à l’ordre de Malte.Mais ce fut surtout au XVII siècle que la présence des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à de hauts postes eut sur l’avenir de la colonie une influence déterminante.Cette influence a été reconnue et signalée par la plupart des historiens qui ont traité de l’histoire du Canada.C’est à J.-Edmond Roy que revient 1 honneur de lui avoir le premier consacré une petite étude particulière dans son opuscule intitulé “l’Ordre de Malte en Amérique , paru à Québec en 1888.A cette époque les voyages en Europe étaient plus difficiles que de nos jours et bien des fonds d’archives étaient inaccessibles, aussi en saurait-on tenir rigueur à cet auteur du caractère un peu incomplet de son écrit.Il a eu le grand mérite d’indiquer une route dans laquelle 1 auteur du présent travail s’est à son tour engagé en essayant d apporter quelques précisions complémentaires sur l’étrange existence de ces chevaliers errants qui des rives de la Méditerranée à celles de l’Ontario ont 14 accompli un merveilleux apostolat pour la gloire de leur Religion et de leur Patrie.Les recherches sur ces personnages sont arides, complexes et bien souvent décevantes.Il faut se rappeler qu’en remontant dans le temps, au-delà de la première moitié du XVIIème siècle, les documents d’archives commencent à se raréfier au point de ne plus permettre d’évoquer la personnalité de bien des hommes illustres et à plus forte raison de gens moins importants.Aussi ne faut-il pas être surpris si toutes les tentatives pour faire revivre la figure d’un Brasdefer de Châteaufort qui fut pourtant le successeur intérimaire de Champlain, d'un Bréhaut de Lisle qui fut le bras droit de Montmagny et de quelques autres chevaliers de Malte ayant été au Canada, ont été voués à l’insuccès.Deux faits sont la cause de cette rareté des documents, le premier est évident : les archives les plus anciennes ont eu à courir davantage de risques de destruction ayant traversé davantage de guerres, de révolutions, d’incendies, etc.Le second est que jusqu’à la fin du XVIIème siècle la noblesse était peu instruite et chose plus grave, s’en vantait.Il y avait chez elle une sorte de dédain de l'intelligence.Un gentilhomme ne rougissait pas de ne pas savoir écrire son nom.Certes, il n’en était pas ainsi pour les Chevaliers de Malte mais beaucoup d’entre eux n’avaient qu’une instruction rudimentaire ce qui les portait peu à écrire.Sillery était un lettré, mais Montmagny et Rasilly étaient des gens ayant fait de petites études secondaires, sans plus.Telles sont semble-t-il les causes de la grande rareté des documents sur ces personnages pourtant si intéressants.CHAPITRE II LE CHEVALIER CHARLES HUAULT DE MONTMAGNY ^La petite ville de Montmagny est située à environ 15 kilomètres de Pans.C’est une agglomération suburbaine dans laquelle les usines et les constructions nouvelles ont ruiné la beauté sylvestre d’antan.Rien n’y rappelle les siècles passés.Les trois ou quatre habitants qui s’intéressent à leur histoire locale ne savent même pas exactement à quel endroit de la “rue du Chateau”, se trouvait la demeure de la famille Huaull.Seule la vieille église malgré quelques remaniements a conservé un aspect archaïque.On y a retiré de dessous un plancher, il y a de cela quelques années deux pierres tombales que l’on a scellées contre le mur intérieur l’une portait le nom d’Adrien Huault frère du gouverneur du Canada, I autre de quelque parent du même nom.Toutes deux portaient e blason d or a une fasce d’azur chargé de troil mollettes d’éperon d or et accompagne de trois coquerelles ou bouquets de noisettes de gueules. Montmagny était pourtant le fief principal de la famille Huault et tout porte à penser que le jeune Charles Huault de Montmagny y passa une partie de son enfance bien qu’il fut né à Paris.Sa famille était originaire de Touraine et elle s’était établie dans la région de la capitale lorsque ses membres eurent accédé aux hautes charges parlementaires qui lui conféraient la noblesse.Son père avait donné son prénom à son fils.Charles Huault, seigneur de Montmagny, Richebourg et autres lieux fut successivement maître des requêtes et intendant de Poitou.Il avait épousé une jeune fille de sa condition Antoinette du Drac, fille d’Adrien du Drac, seigneur de Mareuil, conseiller au Parlement de Paris.De ce mariage étaient nés sept enfants : trois filles et quatre garçons, dont Charles était le dernier né.L’aîné Louis suivit la tradition parlementaire de la famille et devint Conseiller au Grand Conseil, le second Claude mourut jeune, Adrien le troisième fut officier de chevaux-légers.Suivant les usages de la noblesse d’alors Charles le dernier né devait être militaire ou homme d’Eglise, il fut l’un et l’autre et quelques années après avoir quitté la maison des Pères Jésuites où il avait fait ses études il entra dans l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.Il avait alors une petite fortune personnelle.La règle de Malte voulait que les biens du chevalier revinssent à l’Ordre à son décès.Mais utilisant un subterfuge dont on trouve plusieurs exemples dans les “insinuations” du ChStelet, sortes d’enregistrement officiel de certains actes, Charles Huault de Montmagny profita du moment transitoire où il avait été reçu dans l’Ordre mais n’avait pas encore fait profession, moment où il-était encore libre de disposer de ses biens, pour en faire don à ses frères et soeurs dans le dessein visible de ne pas diminuer le patrimoine de la famille.C’est ainsi que les “insinuations du Châtelet” font état de l’acte suivant: "Charles Huault de Montmagny reçu Chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem demeurant en l’Ile de Malte, actuellement logé à Paris rue des Barres, paroisse Sairit-Gervais : donation sous certaines conditions à Louis Huault sieur de Montmagny, conseiller du Roi au Grand Conseil, à Adrien Huault écuyer sieur de Messy (en partie) et à Charlotte Huault femme d’Antonin de Gouy sieur d’Arcy conseiller du Roy aux Conseils d’Etat et Privé ses frères et soeur, de moitié de la terre et seigneurie de Messy en France et de moitié de deux maisons contiguës à Paris rue Saint-Antoine appelées.l’hôtel de Baillet — 19 décembre 1623 — AN Insinuations du Châtelet vol.VI-7076 fo.288 V°.” On n’a que peu de renseignements sur son séjour à Malte mais il paraît y être resté au moins sept ans de 1623 à 1630.Un aussi long stage pour un jeune homme ne pouvait que marquer profondément sa personnalité.Moreri dans son dictionnaire signale sans donner ses sources que le chevalier de Montmagny commanda les galères de l’Ordre dans une rencontre avec la flotte du Bey de Rhodes sur lequel il aurait remporté une victoire.Il 16 aurait encore exercé le même commandement en 1630.Moreri est un auteur généralement bien informé, par contre les archives de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sont très pauvres en récits d’opérations et l’on en est réduit à ces brefs renseignements sur l’activité de Charles Huault de Montmagny à Malte.Ils permettent du moins de constater qu’il avait appris avec succès son métier d’officier de marine et qu’il avait fait ses preuves sur mer comme combattant et comme chef, ce sont là des informations dignes d’être retenues.Entre les années 1630 et 1636 toutes les recherches sur sa biographie ont été vaines.Demeura-t-il à Malte?Prit-il du service dans la Marine Royale?Il dut certainement revenir à Paris car il y fit connaissance des membres de la Compagnie des Cent Associés et il dut montrer en haut lieu quelques talents pour que la Cour lui donnât un poste aussi important.Que pouvait il espérer de ce gouvernement?Il était d'une famille aisée mais il avait peu de besoins; chevalier de Malte, il avait fait voeu de chasteté et ses biens restants devaient revenir à son ordre à son décès.Ce qui semble l’avoir poussé à briguer ce poste c’est son zèle pour le bien de la religion à laquelle il s’était consacré : au Canada il emmenait avec lui un de ses confrères de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem: le Chevalier Brehaut de Lisle d’une famille de Bretagne et qu il avait connu à la Valette.A Québec où il devait remplacer Champlain, apparemment tombé en disgrâce, on lui apprit que le grand homme venait de mourir.Celui qui le reçut fut un autre Chevalier de Malte le chevalier Bradefer de Châteaufort.Si l’on songe que l’Acadie était gouvernée par le Commandeur de Razilly, on ne peut que constater l’importance qu’avait la Religion de Malte dans les affaires de la Nouvelle-France.Un chevalier de Saint-Jean de Jérusalem à Québec assisté par un autre du même ordre, un autre à Trois-Rivieres que commanda un temps Brasdefer de Châteaufort, un quatrième en Acadie.A Samuel Champlain qui était un saint homme succédaient quatre religieux pour lesquels la propagation de la foi chrétienne était le but principal qu’ils avaient assigné à leur existence.Combien cette naissance de la Nouvelle-France était différente des autres entreprises coloniales dont le lucre et la soif de 1 or étaient les buts avoués et le prosélytisme chrétien un élément secondaire! Arrivé à son poste Montmagny paraît s’être mis aussitôt à l’ouvrage.Il fit le plan de la future ville de Québec ou plutôt il essaya de donner un peu de logique à la disposition des futurs édifices et ceci dans la mesure où il ne faudrait pas démolir ceux qui existaient déjà et qui étaient construits sans aucun souci d’urbanisme.On lui doit la première enceinte continue de l’établissement, enceinte palissadée à l’épreuve des flèches et arquebuses des Indiens.Mais c’étaient là des défenses bien précaires, les mousquets de 1636 étaient fort longs à recharger et d’une justesse très mediocre.Dans un combat corps à corps le nombre demeurait le facteur 17 décisif et les quelques centaines d hommes de la Nouvelle-France se trouvaient en état d’infériorité évident contre les quelques milliers d’indiens principalement les Iroquois cjue la colonie dans son début était susceptible d affronter.Par un nouveau malheur la métropole n'était guère en état de fournir de gros efforts pour la défense de ses possessions outremer.Les frontières du royaume étaient menacées et cette même année 1636 est restee dans 1 histoire sous le nom d'“année de Corbie” petite ville de Picardie qui fut le théâtre d’une sorte de victoire de Verdun et où les soldats de France déconfirent les “Impériaux”.Ne pouvant compter que sur ses faibles forces, Montmagny fut contraint de temporiser.Il s employa à traiter avec les chefs indiens et conclut avec eux des traités de paix et d amitié.Mais la notion de foi jurée est d'origine chrétienne et pour un barbare elle ne constituait qu’un équilibre temporaire que l’intérêt pouvait détruire à la première occasion.Ce fut une époque à la fois douloureuse et héroïque du Canada naissant.D’une part les sauvages Iroquois avaient pris conscience de leur supériorité numérique, de l’autre il fallait développer l’économie de la colonie en créant des habitants dont la production agricole créerait un courant commercial et assurerait la subsistance de la population.En 1637 le gouvernement se trouvait à Trois-Rivières lorsque les Iroquois vinrent assiéger le poste où se trouvait une mission dont les néophytes étaient des Hurons.La situation était critique lorsqu’apparut de l’Isle son fidèle compagnon de l’Ordre de Malte.Malgré la disproportion des forces celui-ci engagea le combat et mit en fuite les Iroquois.Mais une pareille situation était si alarmante qu’un mouvement de repli sur Québec se prononça chez les habitants des pays d’En-Haut.Dans sa détresse Montmagny fit-il appel à son second souverain Jean Lascaris Grand'Maître des Chevaliers de Saint-Jean?Les relations des Jésuites de 1637 font état d’un échange de lettres entre le gouverneur et le Grand’Maître.Cependant à Paris malgré un certain ralentissement dans l'activité des Cent-Associés le prosélytisme chrétien suscitait de nouveaux secours encore bien insuffisants cependant.En 1 Eglise des Carmélites de Saint-Louis en l’Isle deux petites sattvagesses étaient baptisées solennellement.Puis en 1639 Québec reçut avec solennité une mission de soeurs Ursulines et Hospitalières du Précieux Sang qui venaient de Dieppe.Elles se rendirent dès le lendemain de leur débarquement à la mission Saint-Joseph qu’avaient fondée les Révérends Pères.Jésuites.Cet établissement avait été fondé deux années auparavant près de Québec avec des fonds généreusement dispensés par le Commandeur de Sillery qui s’intéressait vivement à la Propogation de la Foi chrétienne.Montmagny le remercia en ces termes: “Monsieur, je ne puis m’empêcher de publier partout votre rare bonté et votre incomparable humilité.C’est un échantillon de votre renonciation entière au monde qui ne se fait pas sans donner sujet d’admirer la grandeur de la 18 miséricorde divine sur vous qu’avez tant reçu d’honneurs dans de si hautes dignités et charges que vous avez si dignement exercées avec tant d’applaudissement.Il ne se pouvait faire autrement puisque le grand Dieu de toute éternité vous y avait destiné en ce temps là ; mais à présent nous voyons en vous des projets et des desseins bien plus sublimes et plus saints comme est celui d'établir un séminaire en la Nouvelle-France.Cela s’appelle suivre l’intention de Dieu à qui soit à jamais honneur et gloire, il ne se peut que le tout ne réussisse à votre contentement puisque c’est pour l’exaltation de son nom et de la Très-Sainte Vierge-notre bonne maitresse.” Cette lettre d’un religieux de Saint-Jean de Jérusalem met en évidence la piété dont était embrasé le gouverneur du Canada.Elle imprégnait tous les actes de sa vie.Il se répandait en charités envers les pauvres gens, portait le dais du Saint-Sacrement à la Fête-Dieu, lavait les pieds des pauvres le Vendredi Saint, interdisait les préséances dans les églises.C’est à lui qu’on doit la coutume de célébrer la fête de Saint-Baptiste le 24 juin avec un éclat particulier.Mais quelque intense que peut être cette ferveur religieuse, elle ne pouvait pas remplacer la force temporelle.Un fait demeurait constant : la disproportion numérique entre la petite colonie française et les tribus iroquoises était trop grande pour que celles-ci ne soient pas tentées d’abuser de leur supériorité en submergeant les nouveaux venus.La compagnie des Cent-Associés ne parait pas s’en être rendu compte.Aussi en 1640, le Père Lejeune fut-il envoyé en France par le gouverneur pour y exposer à la Cour les dangers d une pareille situation.Il ne semble pas avoir été très bien compris car les renforts envoyés de France demeuraient insuffisants.La même année débarquait à Québec un Jeune officier : Chomedy de Maisonneuve.Il avait pour mission de construire un poste en amont du fleuve à Hochelaga.Il n’amenait avec lui qu’une quarantaine d’hommes.Cet effectif parut insuffisant à Montmagny.La région de Québec était déjà peu sure ; vouloir établir un poste à cent lieues emàmont avait toutes les apparences d’un projet déraisonnable.Montmagny le fit connaître au téméraire nouveau venu.Ce fut le début d’une de ces pénibles inimitiés entre deux chefs de valeur comme toute l’histoire est parsemée.Les rapports de Maisonneuve et de Montmagny rappellent ceux de Vaudreuil et de Montcalm et de bien d’autres de ces officiers d’un mérite certain, mais que la sotte vanité jdu coq gaulois a altéré.“La vanité, dit un vieux proverbe, est une outre d’où la moindre piqûre fait jaillir des tempêtes.Ce.furent pendant des mois des mesquineries dans les rapports entre les deux hommes.Par exemple une nuit de 1642 où les gens de Maisonneuve ayant causé du scandale, Montmagny fit mettre à la chaîne le plus turbulent qui se trouvait être un certain Jean Gorry secrétaire de Maisonneuve.Celui-ci prit la chose pour un affront' personnel et offrit un festin au trublion, une fois qu’il eût été libéré.Finale 19 ment Maisonneuve argua que ses instructions portant l’établissement d’un poste à Hochelaga étaient formelles et qu’en différer plus longtemps 1 execution serait une tache à son honneur.Piqué au vif le gouverneur s’inclina mais afin d’écarter tout reproche de pusillanimité il exigea d’être du voyage.Ici se trouve posé un de ces pénibles dilemnes qui hantent l’esprit de tous les chefs d’une colonie troublée: faut-il tit on dispose?jpation restreinte ou une occupation étendue avec les forces doi )n dispose?Les partisans de l’occupation restreinte estiment qu’elle assure la concentration des forces que si elles étaient réparties sur tout le pays en de petits postes pourraient être détruites en détail.Les partisans de l’occupation étendue pensent qu’elle permet de surveiller tout le pays et par là d’empêcher l’organisation de forces rebelles et leur concentration.La vérité est que l’occupation étendue ne peut se faire qu'avec de gros effectifs et dans le cas du Canada d’alors, Montmagny raisonnait sainement en pensant qu’il était imprudent d’aller -s’établir à Hochelaga.Mais le destin ou plutôt la volonté de Dieu détruit souvent l’ordre apparent des phénomènes et la fondation de cet établissement qui fut une grande imprudence fut aussi une merveilleuse réussite.En 1642 trois navires quittèrent Québec pour remonter le fleuve, ils portaient environ cinquante passagers, parmi ceux-ci, outre la troupe il y avait Montmagny et Maisonneuve, le Père Vimont, le Père Poncet, Mlle Mance, Mme de la Peltrie et Charlotte Barré sa demoiselle de compagnie.Et ils fondirent Villemarie.De retour à Québec le gouverneur prépara un projet qu’il devait réaliser quelques années plus tard lorsqu’il eut reçu quelques hommes de renfort.La création d’un poste-étape entre Québec et Montréal.Il choisit comme site l’emplacement actuel de la ville de Sorel au confluent de la rivière Richelieu avec le fleuve Saint-Laurent.De là un fort qui fut appelé Fort-Richelieu permettait de contrôler les voies d’eau par où les Indiens se déplaçaient quand ils opéraient leurs excursions; il constituait aussi un relai pour les convois et les courriers se rendant d’une ville à l’autre.Montmagny dirigea personnellement les travaux qui faillirent être ruinés par une attaque de sept cents Iroquois.Le combat fut très rude et le gouverneur dut payer de sa personne ce qu’il fit avec beaucoup de courage.Il avait d’ailleurs une belle carrure qui en imposait aux Indiens.Il avait également du goût pour les exercices physiques ; seigneur de la Rivière du Sud et Elle aux Oies qui lui avaient été concédées en fief par la Compagnie il s’y adonnait à la chasse et à la pêche.Les animaux de la forêt tout nouveaux pour ce parisien l’intéressaient et il était particulièrement amusé par les élans ; il essaya même, mais en vain de les domestiquer.Sans doute était-il contrarié de chevaucher un âne car lorsqu’on réussit à faire passer un cheval sain et sauf dans la 20 colonie, les habitants lui en firent hommage.Ces goûts plutôt féodaux ne l’empêchaient pas d’être un homme d’une certaine culture; en 1646 il donna la comédie et fit jouer le Cid par des acteurs improvisés.Les cinq ou six lettres qu’on a de lui ne sont pas celles d’un écrivain mais elles dévoilent uh homme qui a fait de bonnes études secondaires.A mesure que les années s’écoulaient les affaires du royaume de France se rétablissaient.A Richelieu avait succédé Mazarin, et Louis XIII étant mort, la reine Anne d’Autriche avait pris la Régence.Le nouveau règne bénéficiait des conséquences de la sage administration de l’Ancien.Mazarin ne s’intéressa pas particulièrement au problème religieux, c’était un homme d’affaires.Il laissa la Compagnie des Cent-Associés négliger ses obligations et Montmagny se trouva en grande difficulté du fait de Ce désintéressement de la métropole à l’égard des colonies.Par ailleurs Maisonneuve avait des appuis à la Cour et il les mettait à son profit pour miner la position de son chef.On prétexta que la raison du rappel de Montmagny était la décision prise en haut lieu de ne plus laisser plus de trois ans en fonction les gouverneurs des colonies; ceci à cause de leur tendance à exagérer leur autorité quand ils demeuraient trop longtemps dans ce poste.On citait comme exemple celui du gouverneur de Louvilliers-Poincy cousin de Montmagny qui avait refusé de reconnaître l’autorité de son ennemi Patrocle de Thoisy que 1 on avait nommé à sa place.Quel que peut être le véritable motif du rappel de Montmagny celui-ci fut décidé en 1648 et il fut remplacé par Louis d’Ailleboust de Coulonges.Il accepta sa disgrâce avec une grande dignité et remit solennellement les pouvoirs de gouverneur à ce dernier.Lorsqu il fut de retour en France son ordre religieux reprit possession de lui et il fut investi de la charge et de receveur du Grand Prieuré de h rance, poste de confiance dans lequel il devait exercer les fonctions de trésorier du Prieuré de sa langue.Dans ce temps là retourna-t-il à Malte ?Si aucun document ne subsiste relativement à sa présence à Malte à cette époque il semble bien que le Grand Maitre Lascaris et son ambassadeur le bailli de Souvre aient eu de nombreux contacts avec lui.La raison en découle de la façon suivante : La Valette la grande forteresse de Malte n avait pas cent années d existence.Les ouvrages monstrueux qui subsistent encore n’étaient pas achevés au moment du siège de 1565 et il avait fallu réparer les dégâts causés aux remparts avant de parachever ceux-ci.Ils ne fureitt achevés que sous le magistère d’Adrien de V ignancourt vers la fin du XVII siècle.Pour réaliser ce travail d’architecture militaire et le doter d’une artillerie moderne il fallait de très grosses sommes d’argent et malgré les énormes revenus de l’Ordre Saint-Jean de Jérusalem la balance des comptes risquait de devenir déficitaire.Le Grand Maître Lascari eut alors l’idée d'acquérir des biens en Amérique non pas pour y exercer un apostolat mais pour se procurer des 21 ressources financières pour la continuation des fortifications de La Valette.Or il s’était trouvé que la “Compagnie de l’Isle de Saint Christophe” pour le peuplement des “Isles” jusqu alors presque inhabitées avait parmi ses membres le Chevalier de Launay-Razilly et le Commandeur de la Porte, grand prévost de Champagne et oncle du Cardinal de Richelieu.Le Chevalier d’Esnambuc gouverneur-général des Isles de l’Amérique étant mort en 1636 ceux-ci firent nommer à sa place en 1638 après quelques tractations le Commandèur Philippe de Louvilliers de Poincy qui fut nommé capitaine-général de l’Isle de Saint-Christophe.Il avait pour appointements le droit “de 50 livres de pétuu à lever par tête d’habitant ou à son choix du vingtième ad valorem des marchandises de traite”.C’était un personnage d’importance, titulaire des commande-ries de la Magdeleine-Saint Thomas prè^ de Joigny, d’Oisemont fief jadis des Razilly, et de Coulours en Bourgogne.Il était de plus chef d’Escadre dans les armées navales du Roi de France.Entré en fonction en 1638 il s’employa avec ardeur et industrie à créer des plantations de tabac et de cannes à sucre et y acquit une richesse énorme.Le succès fait toujours des envieux surtout lorsqu'il est dû à des irrégularités.Poincy était un peu tyrannique et ses procédés discutables.Une cabale se forma contre lui, elle avait à sa tête un personnage du nom de Pa-trocle de Thoisy.On agit à la Cour et l’on obtint en 1648 du Cardinal Mazarin le rappel de Poincy et la nomination de Patrocle de Thoisy.Mais le commandeur était en force ; il s’était fait construire une citadelle, possédait plusieurs navires armés en guerre et une troupe considérable.Son monde lui était fidèle.Il refusa purement et simplement de se démettre de son autorité en faveur de son ennemi et en écrivit à La Valette.C’est alors que Lascaris voyant toute la richesse que Poincy avait créé à Saint-Christophe s’avisa qu’elle serait d'un grand secours pour l’Ordre de Saint-Jean.Il donna des instructions dans ce sens au bailli de Souvré.“Il le chargea, dit l’abbé de Vertot, de travailler à obtenir de ce prince (le roi Louis XIV alors en minorité) deux articles qui lui paraissaient très importants: le premier était de contenir par son autorité royale les entreprises du Sieur de Patrocle de Thoisy chef du parti opposé au Commandeur de Poincy et son ennemi capital, l’autre consistait à acquérir les droits de propriétaire de l’Isle en même temps d'y faire comprendre les isles de la Guadeloupe et de la Martinique et autres isles voisines”.En même temps qu’il donnait ces instructions au bailli de Souvré, son ambassadeur auprès du roi de France, il nommait le chevalier Huault de Montmagny procureur général de l’Ordre pour instruire l’affaire de Saint-Christophe avec la mission “de se transporter dans les isles de l’Amérique qui relevaient de la couronne de France et avec le pouvoir de choisir un autre chevalier pour l’accompagner dans ce voyage et pour le remplacer s’il venait à mourir.” On ne connaît pas 22 les détails des tractations de Souvré et de Montmagny mais on en sait le résultat: non seulement Poincy fut absous de son crime de rébellion mais encore, en 1651 il fut nommé “lieutenant-général pour le Roy dans toutes les isles de l’Amérique, terres et confins en dépendans.” Quant à Montmagny on ne sait pas exactement ce qu’il devint.Les archives de La Valette contiennent une lettre de lui datée de Paris le 4 janvier 1652 ; on y lit “Monseigneur, j’ai différé d’écrire à vostre Eminence jusques-à ce que j’eusse apris des nouvelles des isles de l’Amérique, pour l’informer de l'état de ces pays là, ce que j’ay pu aprendre de nouveau sont des choses fâcheuses de premier abord, l'une est qu’un mauvais vent qu’on nomme dans ce pays là ouragan qui tous les six ou sept ans fait beaucoup de mal au pays a jeté aux costes dix huit navires qui estoient à la rade de Saint-Christophe chargés de frets à leur (bord?) ; de sorte que les navires, les marchandises et la plupart des hommes sont perdus, monsieur le Commandeur de Poincy y aura perdu quelque chose selon l’apa-rence, mais on ne sait pas encore combien.L’autre nouvelle est que Monsieur de Thou est de retour en France, il m’a escrit de Nantes, une lettre assez.courte par laquelle il nie mande qu'il est de retour en France par ordre de Monsieur le Commandeur de Poincy, qu’il a vu à Nantes Monsieur le Maréchal de La Meilleraye de la part de qu’il fesait estât de partir au plustot pour aller à Poitiers trouver Monsieur le Bailli de Souvré pour lui rendre une lettre de Monsieur le Commandeur de Poincy et que dans peu de temps il se rendra à Paris.Cette venue de Monsieur de Thou et sa courte lettre qui me sera donné au (ici un mot illisible) cognoissant du subject de son retour me donne à penser qu’il y a quelque chose d extraordinaire.Quand je luy aurai parlé à Paris je ne manquerai pas d escrire à Vostre Eminence ce que j’en aurai pu apprendre.J oubliais de faire savoir à son Eminence que les cannes de sucre de Saint-Christophe sont quasy toutes ruinées par ce mauvais vent.C est de son Eminence le très humble et très obéissant serviteur et religieux.“Cette lettre est signée: “Frère Charles Huault de Montmagny”.Cette même année 1652 Saint-Christophe avait été vendu à l’ordre par contrat passé à Paris et ratifié à Malthe.Cette cession, dit Vertot, se fit à deux conditions la première que l'Ordre s’obligeait de payer aux habitants de l’Isle tout ce que la Compagnie des marchands propriétaires leur pouvait devoir, la seconde mille livres tournois.Dans ce marché on comprit non seulement la propriété et la seigneurie de l’Isle de Saint-Christophe et des petites isles voisines comme Saint-Barthélémy, Saint-Martin, Sainte-Croix et quelques autres, mais encore les habitations terres, esclaves noirs, marchandises, munitions et provisions : ce qui fut depuis confirmé par les lettres patentes de Louis XIV expédiées à Paris du mois de mars 1653.Après cette acquisition le Grand Maître nomma le Chevalier de Sales pour aidé de ses conseils le Bailli de Poincy.” Il 23 ne parle plus de Montmagny et désigne comme second de Poincy le Chevalier de Sales.Ce faisant il contredit Moreri qui relate que “le Chevalier.de Montmagny fut reçu lieutenant général de la religion le 1er mai 1653 et fit son entrée en cette qualité dans l’Isle de Saint-Christophe qui était pour lors à l’Ordre de Malte à la place du Commandeur de Poincy Benjamin Suite dit expressément que Montmagny mourut à Saint-Christophe mais il ne cite pas ses sources.Jean-Eric LABIGNETTE.BIBLIOGRAPHIE Manuscrits: Archives Nationales C 11 A, cartons 1, 2, 3, 4.Insinuations du Châtelet VI — 7076, VII 129 et 130.Archives de l’Ordre de Malte à La Valette Vol 58 où se trouvent trois lettres de Montmagny reaffaires de Saint-Christophe Vol 1.200 et vol 2.926 (Preuves de noblesse).Ouvrages et Bulletin des recherches historiques de la Province de Qué-articles: bec.Articles de J.-Edmond Roy et Benjamin Suite.R.P.Dutertu — Histoire Générale des Isles 1654 P.Cul-tru — Le Commandeur de Poincy à Saint-Christophe (revue de l’Histoire des Colonies Françaises, 1915).Moreri — Dictionnaire historique ; 1659.Vertot (abbé de) — Histoire des Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, 1661. 24 Gracieuseté de Tél.: 522-1535 LIBRAIRIE GARNEAU Ltée • Livres canadiens • Littérature générale • Livres religieux • Livres techniques • Livres d'art • Jeux éducatifs, disques • Papeterie Expositions de livres sur demande (.atalogues expédiés gratuitement 47-49, rue Buade, 34 Ste-Anne, Québec 4e HOMMAGE D'UN AMI Hélas ce sont les livres qui nous donnent nos plus grands plaisirs et les hommes qui nous causent nos plus grandes douleurs.Quelques fois même les pensées consolent des choses, et les livres consolent des hommes.JOUBERT Les Canadiens en Californie Robert Desty Par LIONEL AUDET-LAPOINTE St-Sauveur des Monts La petite histoire nous apprend que nombre de nos ancêtres avaient l’art d’allonger leur nom.Pour Robert Desty ce fut le contraire.Disposant d’un nom très long d’Ailleboust d’Estimauville de Beaumouchel, il l’abrégéa pour lui donner une forme anglo-américaine et le nom qu’il adopta Destv, est composé des deux premières syllabes de d”‘Estimau-ville”.Robert Desty fut baptisé à Québec sous les noms de Robert d’Estimauville de Beaumouchel, le 16 février 1827.On prétend que le nom de son père était Jean mais j’ignore le nom de sa mère.Il était le petit-fils de Robert-Anne d’Estimauville de Beaumouchel, né à Louisbourg, le 3 décembre 1754, auteur du pamphlet bureaucrate “Cursory View of the Local, Social, Moral and Political State of the Colony of Lower Canada”, paru en 1829.Sa mère devenue veuve en 1837 vint s’établir à New York et l’instruction du fils Robert a été anglaise dès le début, alors qu’il y avait peu, sinon point, de Canadiens de langue française où il résidait.Il étudia le droit dans la ville de New York ; il fut instituteur plus tard dans la Pensylvanie.Il aurait participé à la guerre du Mexique 1846-1847, ce qui est douteux.Du moins" le nom de Robert Desty n’est pas sur la liste des Volontaires ou de l’armée régulière en service pour cette guerre.Il est fort possible toutefois qu'il se soit enrôlé sous un autre nom.Lors de la “fièvre de l’or” en 1849-50, il se dirigea vers la Californie mais je ne trouve son nom dans le bottin de San-Francisco qu’en 1866.Il fut admis au barreau dans l'un des comtés de la Californie supérieure, où il remplit le poste de procureur de district (District Attorney) ; plus tard il vint s’établir à San-Francisco pour y exercer sa profession et c’est durant cette période qu’il publia plusieurs volumes sur le droit.Il fut aussi Principal de l’Ecole West-End, à San-Francisco, 1867-68.Tous ses ouvrages furent publiés par les célèbres éditeurs de droit Bancroft-Whitney Company, de San-Francisco.En 1879 il fut élu sénateur des comtés unis de San Francisco et de San Mateo, mais son adversaire, un nommé Frued, contesta l’élection sous prétexte que Desty n’était pas sujet américain, qu’il avait négligé de se faire naturaliser avant son élection et qu’il était connu sous un nom d’emprunt.Une commission d’enquête fut instituée.Desty prétendit qu’il était citoyen américain quand même vu qu’il était domicilié en Californie avant même la création de cet Etat et que sa mère avait épousé un citoyen américain après sa majorité.On ne tint pas compte 26 de ses prétentions et on lui refusa l’admission au Sénat, un évènement qui lui causa beaucoup de chagrin et le dégoûta de la politique au point qu’il ne cessa d’y faire allusion jusqu’à sa mort.Après cette défaite il alla travailler pour les éditeurs d’ouvrages de jurisprudence “West Publishing Company, de St Paul, Minnesota.En 1888, il vint s’établir à Rochester, New York, où il rédigea une série de volumes intitulés: “Lawyer’s Reports Annotaded” pour les éditeurs “Lawyer’s Co-Operative Publishing Company”.Sa santé laissant à désirer, en décembre 1894 il alla habiter Trenton, New Jersey, mais revint à Rochester.Il voulait couronner son oeuvre par la publication d’un traité sur la loi des Contrats.Il y travailla pendant quatre années avant son décès.Ce célèbre juriste américain connu sous le nom de Robert Desty, ayant un jour à signer son nom sur un document qui lui permettait de déterminer sur des droits successifs, on apprit, non sans étonnement dans certains milieux, que son vrai nom était un nom français et qu'il n’était ni plus ni moins qu’un Canadien-français de naissance.Il mourut à l’Hôpital St Mary à Rochester, New York, le 27 septembre 1895, à l’âge de soixante-huit ans.Desty n’avait aucun parent à Rochester et ce fut la firme qui l’employait qui se chargea des funérailles.Le service funéraire fut tenu dans la chapelle protestante du cimetière Mount Hope, à 3.30 hrs de l’après-midi, le 29 septembre.Le Révérend Warren C.Hubbard, recteur de l’Eglise protestante Episcopalienne, était en charge.Il laissait sa femme et un fils adoptif demeurés à San Francisco.Celle-ci aurait télégraphié demandant que le corps fut expédié en Californie mais apparemment sa demande fut ignorée.On dit qu’elle avait de la fortune.Ce Robert Desty fut, comme on a pu le constater, une grosse légume dans le monde du Droit aux Etats-Unis.Voici l’appréciation de l’oeuvre de cet éminent juriste franco-américain par un anglo-américain dans le “New York Law Journal” lors de sa mort : “Son style simple et lucide lui a mérité des éloges de la part des avocats et des juges les plus éminents.Il était naturellement bien doué, d'une constitution physique très robuste et d’une intelligence à la fois perspicace, active et vigoureuse.Il possédait un tempéramment supérieur que les circonstances défavorables de sa jeunesse et que son séjour sur la côte du Pacifique n’avaient pas réussi à altérer.Les nombreux traités dont il est 1 auteur et qui servent à l’usage quotidien des tribunaux et des jurisconsultes maintiendront sa célébrité tandis que ceux qui l’ont connu intimement conserveront pour sa mémoire un souvenir des plus affectueux.” Lionel AUDET-LAPOINTE. Mgr Jos.-David Déziel (1808-1882).Sa vie et son ascendance familiale Par JULIEN DEZIEL, O.F.M.Montréal Y a-t-il bien des villes, même chez-nous, qui daignent ou peuvent se réclamer d’avoir pour fondateur un curé?En fait, c’est ce qui se répète et se publie depuis longtemps à Lévis.Quand Mgr Frs-Xavier Gosselin, en 1895, devenait curé de Notre-Dame de Lévis, il faisait un éloge de ses deux prédécesseurs, Mgr Déziel et Mgr Gauvreau et désignait le premier comme “fondateur de cette ville, prêtre qui, avec son regard d’aigle percevait de si loin les brillantes réalités de l’avenir, faisait éclore dans sa puissante intelligence les desseins les plus féconds et, grâce à sa parole éloquente et toute de force, savait triompher de tous les obstacles et conduire ses desseins à ses heureuses exécutions” 1 Il y a moins de quinze ans, un historien de Lévis publiait un ouvrage intitulé “Trois Curés de Lévis” dans l’intention avouée de “raviver un peu la reconnaissance que les citoyens de Lévis doivent au fondateur de leur ville et à ses deux successeurs immédiats” et il lançait avec un brin de fierté lévisienne une comparaison aussi narquoise qu’incontestable: “Lévis est la première ville de la province de Québec qui a élevé une statue à son fondateur.A Québec, Champlain a attendu son monument près de trois siècles.La statue de Maisonneuve, à Montréal, ne date que de 1895.Laviolette, aux Trois-Rivières, a lui aussi attendu sa statue pendant plus de deux siècles et demi.La ville de Lévis a donc donné l’exemple à ses trois grandes soeurs”.2 Qui fut donc ce Mgr Jos.-David Déziel?Un homme d’origine modeste doué d’un dynamisme puissant, un esprit subtil qui semblait particulièrement à l’aise dans les rencontres litigieuses comme conciliateur et meneur d’hommes.Essayons de ranimer quelques traits de cette belle figure que, malgré ses mérites, le temps estompe dans la mémoire de ses concitoyens.Le souvenir d’un homme pareillement énergique est un stimulant pour ceux-là qui vivent, parfois inconsciemment, de son héritage spirituel.Même si son rayonnement a été restreint aux endroits qui ont jouit de son ministère et à sa ville qui lui doit des réalisations capitales, il reste que son exemple, depuis trois-quarts de siècle, continue d’étonner le voyageur qui étudie tant soit peu les origines de Lévis.1 Cité par P.-Geo.R'oy,Trois Gosselin, Lévis,1947,p.240.2 P.-Geo.Roy, l.c.p.8.curés de Lévis,Mgr Déziel Mgr Gauvreau,Mgr 27 28 Joseph-David Déziel est né le 21 mai 1806, à Maskinongé, d’une famille terrienne modeste.Son père, s’il avait moins d’argent que de courage, avait par contre une fière ambition de pousser ses enfants plus loin qu’il n’avait pu aller lui-même dans la culture de l’esprit.Au début du dix-neuvième siècle, l’instruction n’était pas chose facile pour des campagnards canadiens.Après la conquête, combien de tentatives les autorités anglo-protestantes n’ont-elles pas lancées pour conquérir l’élément français catholique! Même le petit centre de Maskinongé recevait en 1801 une école publique de Y Institution royale et, malgré que ce fût la seule école locale, la famille Déziel, comme bien d’autres, refusa d’y envoyer ses enfants.Des instituteurs quasi bénévoles passaient dans les foyers distribuer l’enseignement primaire et les.plus courageux devaient envoyer leurs fils au loin continuer des études supérieures.C’est ainsi qu’à l’automne de 1819, Gabriel Déziel, le père du jeune Jos.-David, se rendait avec son jeune fils dans la métropole pour le placer au Collège de Montréal.Il était prêt à conunencer son cours classique.Deux ans plus tard, des événements importants devaient rapprocher de chez-lui le jeune collégien: le diocèse de Montréal, se détachait de celui de Québec et Nicolet voyait son petit collège déjà existant monter au troisième rang parmi les institutions du pays grâce à des lettres patentes d’incorporation octroyées par le gouvernement britannique.Joseph-David Déziel fut donc étudiant au collège de Nicolet de 1821 à 1827, année où il fut reçu à la tonsure ecclésiastique.Il poursuivit ses études théologiques au séminaire de Nicolet tout en donnant du côté des jeunes quelques heures par semaine à l’enseignement et à la surveillance.Le 5 septembre 1830, le jeune lévite était ordonné prêtre à Nicolet par Mgr Signai pour se voir aussitôt désigné au ministère paroissial.En l’espace de cinq ans, il connut le vicariat dans trois paroisses, d’abord à la Rivière-du-Loup (Louiseville) un an, puis un an à Gentilly et enfin trois ans dans sa paroisse natale, S.-Joseph de Maskinongé.En juillet 1835, voilà déjà que l’évêque de Québec l’assigne à urle cure d’importance située pratiquement à l’extrémité du diocèse, à S.-Patrice de la Rivière-du-Loup.Cette paroisse de la côte sud était immense et comprenait le territoire de sept ou huit paroisses actuelles.Après deux ans, il a peut-être semblé que la sérénité de la paroisse S.-Patrice n’était pas le champ propre à un homme du tempérament de l’abbé Déziel.Son évêque lui trouva une belle occasion de se révéler diplomate.Une paroisse du district de Trois-Rivières voyait ses habitants divisés, pres-qu en guerre, à 1 occason d’une construction d'église.Une équipe détruisait la nuit ce que 1 autre avait édifié le jour.On ne s’entendait pas sur le choix du meilleur endroit à fixer.En quatre ans, quatre curés s’y étaient succédé sans pouvoir créer l’unité.Elle avait nom S.-Pierre-les-Becquets.Le jeune curé Déziel y fut transféré en octobre 1837.Or, en 2!» peu de temps, il réussit à concilier les partis si bien qu’en octobre 1839 l’église bâtie et ouverte au culte.Il y demeura encore quatre ans après quoi il fut appelé à la cure de S.-Joseph de la Pointe de Lévis.Trente-sept ans plus tard, alors que Mgr Déziel fêtait ses noces d’or, à Notre-Dame de Lévis, ses anciens paroissiens de S.-Pierre lui faisaient cadeau d’un splendide missel accompagné d’une adresse d’hommage où il était affirmé que “les vieillards disent encore à leurs enfants ce que vous faisiez pour le bien de la paroisse”.Arrivé à S.-Joseph de Lévis en octobre 1843, le curé Déziel prenait une succession engageante.Son prédécesseur avait, quelques années auparavant, rebâti l’église incendiée en 1830 et il était urgent de bâtir un presbytère nouveau, car l’ancien tombait en ruines.L’opinion publique fut vite alertée.Le printemps voyait les ouvriers à l’oeuvre et tout était fini à la fin de l’été 1844.Pendant que se bâtit son presbytère, le curé Déziel devient urbaniste.Il traçait avec un arpenteur les rues d’une extension considérable de sa paroisse, cela, vingt ans avant que cette extension ne devînt le village de Lauzon.Un an s’est à peine écoulé depuis l’arrivée du curé Déziel à la Pointe de Lévis et déjà un mouvement populaire commençait à réclamer une subdivision de sa paroisse.Le curé de S.-Joseph était trop observateur pour ne pas prévoir une scission, aussi ne mit-il aucune entrave au mouvement d’opinion publique.De 1845 à 1850, "dans un espace de cinq ans on adresse à l’évêque quinze requêtes et contre-requêtes.Chacune porte en moyenne cent cinquante signatures et ce chiffre s’élève parfois jusqu’à trois cents” (J.-Edm.Roy.) Mais l’évêque laisse mûrir la question jusqu’en juillet 1850.Il décide alors d’ériger une paroisse nouvelle sous le vocable de Notre-Dame de la Victoire.L’endroit choisi pour devenir son centre était celui où trente ans plus tôt, un seigneur de Lauzon, Sir John Caldwell, avait tenté de créer sa ville d’Aubigny.Le biographe de Mgr Déziel, J.-Edmond Roy, ne manque pas de faire ressortir le contraste des moyens et des résultats.“La ville d’Aubigny est passée dans la légende.Caldwell et ses millions sont disparus.Ce qui demeure, c’est la création de Mgr Déziel: la ville de Lévis.(.) Voici un homme qui manie des millions.Il ébauche misérablement un simulacre de ville dont il faut retrouver le nom dans les poudreuses archives.On donne un curé de campagne à ces falaises désertes et vingt ans après, une ville de dix mille âmes s’élève”.3 A l’été 1852, le curé Déziel était nommé à la direction de la nouvelle paroisse qu’il venait de fonder, Notre-Dame, détachement de la paroisse qu'il laissait, St-Joseph.L’église de Notre-Dame ne devait se terminer qu’en 1853.Les sacristies et le presbytère ne se firent que l’année 8 J.-Edmond Royjtgr Dézielja vie je s oeuvres, Lévis,Mercier,1885,160-XX PP-, p.55. 30 suivante.Tout cela est bien vite dit, mais il faut savoir les péripéties diffi-qu’en 1853.Les sacristies et le presbytère ne se firent que l’année suivante.Tout cela est bien vite dit, mais il faut savoir les péripéties difficiles par lesquelles ont dû passer ces réalisations pour reconnaitre le tempérament tenace et infatigable du curé Déziel.Et puis cela n’était encore que le commencement, car les fondations de Lévis vont se multiplier.“Collège, couvent, hospice, tout s’est élevé comme par enchantement.On s’est demandé souvent comment ce prêtre qui n’avait pour toute fortune que son bréviaire et sa soutane, put trouver des ressources pour faire face à toutes ces fondations”.4 Le projet du collège de Lévis prit corps en même temps que celui de la paroisse Notre-Dame, en 1851.En juin de cette année là, le terrain nécessaire était donné par trois généreux paroissiens, MM.Pierre Carrier, Thomas Fraser et Mme veuve François Bisson.Des corvées s’organisèrent bientôt pour faire monter de terre le premier édifice du collège.En octobre 1853, les classes s’ouvraient et les Frères de la Doctrine Chrétienne assumaient la tâche de l'enseignement.On y donna d’abord le cours commercial ; mais l’idée du curé Déziel comme aussi la demande publique étaient dès les débuts en faveur de l’enseignement classique.Cependant ce n est qu’en 1860 que des professeurs du Séminaire de Québec succèdent aux Frères pour présenter le cours classique selon les exigences universitaires, mais sans supprimer la section des classes d affaires.L administration du collège est encore à ce moment entre les mains du fondateur, le curé Déziel.Plus tard, en 1874, le Séminaire de Québec se retire de Lévis et, au printemps de 1875, les autorités religieuses et civiles en font un collège indépendant.L’acte d’incorporation date du 23 février 1875.M.le curé J.-D.Déziel apparaît comme Supérieur parmi les personnages mentionnés dans la charte e.Il faut encore remonter à 1852 pour trouver les origines d’une autre fondation du curé Déziel, le couvent des Soeurs dans lequel il rêvait d’un futur pensionnat pour jeunes filles et d’un hospice particulier pour prêtres à la retraite.Autour de cette question, le brave curé multiplia pendant quelques années une correspondance qui montre tout son zèle désintéressé et sa diplomatie d’apôtre.Finalement, le 11 juin 1857, couvent et hospice sortaient de terre ; on bénissait la pierre angulaire.Les RR.Soeurs de la Charité, de Québec, commencèrent leur service à l’automne de 1858.L’édifice demeurait propriété de la fabrique N.-Dame jusqu’en 1861, année où la communauté des Religieuses en faisait l’acquisition.4 J.-Edm.Roy,l.c.,p.58.6 Nom originaire des Frères des Ecoles Chrétiennes.8 J.-Edm.Roy,l.c.,p.83. 31 L’élan était donné, le progrès n’allait plus cesser.L’accroissement de la population comme celui des activités industrielles et commerciales menait la paroisse à une puissance de 6,694 habitants, selon le recensement de 1861.Cette année là, le 18 mai, la ville de Lévis recevait du Lieutenant-Gouverneur sa charte d’incorporation.Son premier maire élu était un digne marchand, M.Louis Carrier.Au printemps de 1865, M.le curé Déziel qui n’a que cinquante-neuf ans commence à sentir les pénibles conséquences de son travail gigantesque.Il est sérieusement malade.Son médecin et ses intimes le persuadent de prendre un repos.Il n’ose pas y songer étant donné que toutes ses épargnes sont passées à régler les comptes de ses fondations.Mais ses amis ne désarment pas.Quelques animateurs parlent d’une souscription spéciale et en peu de jours les paroissiens viennent lui offrir une bourse en lui suggérant de faire un voyage en Europe.Le bon curé, avec des amis pour compagnons, fit donc une tournée de onze mois en Europe.Il en revint par New-York en juillet 1866, heureux et rétabli.Il n’avait pas voulu prévenir son remplaçant de la date de son retour, mais à sa grande surprise, une foule considérable l’attendait à la gare et un cortège s’était formé, musique en tête, voitures garnies de fleurs, pour ramener triomphalement le curé Déziel à son presbytère.J.-Edmond Roy rapporte que même un journal anglais de Québec publiait le lendemain: “L’arrivée du curé Déziel dans sa paroisse ressemblait à l'entrée d’un général victorieux dans la capitale d’un pays conquis”.Le brave curé, fort intrigué de toute l’affaire, découvrit plus tard que son compagnon de voyage, Mgr Benjamin Paquet avait secrètement télégraphié à Lévis quand ils étaient sur le chemin du retour.En voyage, il avait dû penser constamment à ses gens de Lévis.Il rapporta d’Europe quantité d’oeuvres d’art qu’il destinait à l’église, au couvent ou au presbytère, surtout des tableaux, originaux ou copies de grands maitres italiens.Le curé Déziel se remit à l’oeuvre.En 1868, il fait installer un orgue de son église, il fonde des sociétés de secours mutuels ou de bienfaisance et se tient en perpétuelle activité.Il a même ses 72 ans d’âge quand il entreprend avec l’Honorable L.-Ed.Couture, conseiller législatif, un de ses plus grands bienfaiteurs, la construction de l’Hospice St-Joseph de Lévis qui ouvrit ses portes en septembre 1879.Ce fut sa dernière grande entreprise.Il a été un homme d’un jugement très apprécié, un chef psychologue, un éminent théologien consulté par les évêques.Animé d’une grande charité, il a suscité des générosités d’où sont sortis trois église, trois presbytères, un couvent, un collège classique, un hospice et combien d’oeuvres moindres. 32 L’année 1880 marqua son jubilé d’or sacerdotal.En juin, S.S.Léon XIII lui conféra la dignité de camérier secret et les solennités du jubilé furent fixées aux 31 août et 1er septembre.Mgr Taschereau lui-même y prononça un sermon et plus de cent soixante quinze prêtres vinrent de tous les coins de 1 archidiocèse.Ce fut une fête chômée de deux jours dans toute la paroisse, et Lévis s’offrit un feu d’artifice qui aurait été, selon les textes du temps, le premier du genre au Canada.Un opuscule, publié par les soins de I honorable Alphonse Bernier, réunit un rapport complet des événements, discours, adresses, réponses, etc.(Lévis édit Mercier, 1880).' Mgr Déziel mourait le 25 juin 1882 dans son presbytère, à l’âge de 76 ans, après moins d’un mois de maladie et d’inactivité.Un des premiers soucis de son successeur, Mgr Gauvreau, fut selon les mots de P.-Ge°t Roy, “une oeuvre de justice et de reconnaissance”.Il proposa, dès octobre 18S2, une souscription pour l’érection d’un monument à Mgr Deziel.La reaction publique fut si encourageante que le monument couronne d une statue de bronze était dévoilé le 27 septembre 1885 en présence des plus hautes personnalités civiles et ecclésiastiques et devant une foule estnnee a dix mille personnes.La statue de bronze est l’oeuvre de L.-Philippe Hébert.Un peu de généalogie., .|USqU’t.ce j°ur* i! nous semb]e bien qu’aucune étude généalogique n a ete publiée sur les familles Déziel Labréche en Canada.Après bientôt trois siècles d’implantation en terre canadienne, elles ne sont pas es plus nombreuses et elles sont passablement dispersées.Tous les Dé-zie et les Labreche qu’on rencontre actuellement en Canada et en Nouvelle-Angleterre sont issus de l’un ou de l’autre des deux frères Jean et Pierre Delguel-d.t-Ubreche.Sauf un certain nombre de Labréche (Dugas) Duras 1er Mar.1708 Jean Beauport Bapt 1681 à Paris.Ils r rS U?” e" Canada e" 1665 avec ,e piment de Cari-gnan-Salheres.Militaires tous les deux et ayant dû traverser ensemble su le meme bateau les frères De|guel ont reçu de y ,e même ^ b qaUl ,7me n f^of^ers en devaient très souvent.Cette dou- dLmen I0"’! ^ Ubrkhe’ 56 tr°Uve simulta™ment dans les documents des trois ou quatre premières générations canadiennes.Peu à dLs la" famille ^ ^ ^ ^ motif aPParent
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