Le coin du feu, 1 novembre 1894, Novembre
Is (OI N DU Revue Mensuelle Si, ! NOVEMBRE 1894 Feu ( Administration : | 03 Hue St.ItAMIiel.so m:isæ-a.xe,e Chronique .Mme Dandurand.| Ici et La, .• # * Travers Sociaux, .Marie Vieuxletnps.La Cuisine, .Tourac-Broche La Dentelle, .,, 1 Conseils de la Mère Grognon, Mme Datmencs.’ * * Les Chefs-d’Œuvre de la Litté i RATURE La Renaissance, ?* Universelle, • • * Savoir Vivre, • • * * * j I ETTRES D’UNE MARRAINE, .Ern.Raymond.Hygiène .* • * * Max O’Rell et “ Les Colonies 1 ” .Max O’Rclt.Lettres d’A.mdassadrices, .Marie Drousart, \ Facultés Féminines, , .Bclonino.Chronique LES PANORAMAS DE PARIS.L’un de ses établissements nous montre l’intérieur du fort d’Issy, semblable à ceux qui relient à intervalles réguliers, la ceinture de fortifications qui entoure Paris, et qui doivent la protéger à l’avenir contre toute invasion.Nous voyons le fort en pleine activité, résistant à l’attaque de l’ennemi dont on voit les feux sur les hauteurs environnante:, tirant du canon et réparant les brèches que les obus ouvrent dans ses retranchements.Ces hauts remparts se composent de rangées superposées de paniers en forme de tonneaux et remplis de sable.La tente du commandant est adossée à ce mûr.Les officiers du génie causent à la porte, tandis qu’au centre de la place un peloton de soldats mange tranquillement la soupe.A l’affût des canons dont la gueule enflammée projette au deliois par des meurtrières, les artilleurs sont occupés à charger et a décharger leurs pièces.Un obus ennemi tombe et éclate au milieu d’un de ces postes ; un homme est soulevé en l’air, et l'épaisse fumée qui enveloppe le groupe nous voile un plus horrible spectacle.Les débris fumants de cet autre projectile à moitié enfoncé dans le sol, là tout près, vient vraisemblement de faire de nouvelles victimes, puisque quatre hommes emportent sur un brancard le corps inerte d'un soldat blessé ou mort.Au milieu d’un bosquet du jardin des Tuilleries, sur ce sol si fertile en souvenirs historiques s’abrite le panorama de l'Histoire du siècle.C’es.non loin de là que s’élevait le palais des Tuilleries, bâti par la terrible Catherine de Médécis, occupé depuis par les rois et les empereurs, envahi par la populace sanguinaire sous Louis XVI, et définitivement incendié en 1S71 par les communards (pères des anarchistes d’aujourd’hui).Nous sommes aussi tout près de l’Orangerie.Quarante et un des arbres qu’011 y entretient soigneusement dans des caisses, datent du temps de François I, le roi sous lequel notre pays fut découvert en 1535.Il y a là également le marronnier du vingt mars, célèbre par son extraordinaire précocité.C’est en effet aux alentours de cette date que l’arbre historique chaque année montre ses premières feuilles.Deux légendes existent à son sujet.Les bonapartistes veulent que cet épanouissement prématuré soit un hommage de la nature au roi de Rome, fils de Napoléon I, qui naquit ce jour là.D’après l'Histoire de la Terreur de Mortimer Ternaux, 322 LE COIN DU FEU cette floraison hâtive serait plutôt un souvenir de la nuit tragique du io août,—nuit qui vit sombrer la monarchie française.“ Les malheureux soldats massacrés, dit cet auteur, durant la retraite à travers le jardin (les Suisses qui défendirent la famille royale au io août 1792) furent, dit-on, enterrés au pied de ce fameux marronnier auquel sa précocité a valu le surnom d'arbre du vingt mars.Ainsi l'arbre bonapartiste, selon la tradition populaire, ne devrait la force miraculeuse de sa végétation qu’à l’engrais humain fourni par les derniers défenseurs de l’ancienne monarchie." C’est donc après avoir traversé ce décor suggestif qu’on entre au panorama de l'Histoire du siècle pour récapituler, à l’aide des tableaux peints par MM.Gervex et Stevens, les événements d’une époque si féconde, et Lire la connaissance visuelle des personnages ayant joué un rôle dans la révolution de 17S9, sous la 1ère République, à la cour impériale du grand Napoléon, dans les guerres épiques de l’empire, sous la restauration monarchique, dans la brillante comédie du second empire et les temps qui la suivirent jusqu’à nos jours.Ils sont tous là, l’innocent et paterne Louis XVI, ses défenseurs les de Brèzé, Malherbe ; les premiers républicains avec l’honnête Lafayette et le grand Carnot à leur tète ; les jacobins Robespierre, Danton, Mirabeau, le hideux Marat, le beau Camille Desmoulins.Des scènes de la Terreur mettent une tache sanglante dans ce spectacle lumineux, puis s’élève la gloire de la jeune République, hardie et conquérante, et après elle la splendeur de l’épopée impériale.L’Empereur apparaü beau comme un éphécie, majestueux comme un héros de Sophocle, et entouré du légendaire état-major : Ney l’invincible, l’intègre Davoust, Murat, Masséna, Augereau le brave, le lion furieux, etc., ect.Les souverains que le colosse abattit, les rois qu’il créa pour leur paitager l’Europe passent aussi sous nos yeux.A la légende homérique succèdent les restaurations éphémères, les oscillations du pouvoir allant des rois au peuple, du peuple à un usurpateur, du petit et présomptueux Napoléon au peuple encore.Toujours les mêmes foules, tumultueusement, acclament ou conspuent ces fétiches d’occasion et de passage, leurs enthousiames sur la toile synoptique se confondent presque avec leurs fureurs, et les barricades suivent de près les arcs de triomphe.La guerre de 1S70 vient à son tour avec ses tristes héros.Au milieu d’eux s’exhibent le pauvre Napoléon, le souverain pataud et les fantoches qui, à la tête de son armée, menèrent les français à la boucherie.Ce pitoyable é'at-major est comme une caricature, un misérable pastiche de l’autre, celui de l’oncle, dépassé tout à l’heure et qu’en se retournant un peu on aperçoit encore dans un flamboiement d’apothéose.Les horreurs de la guerre civile ne nous sont point épargnées, mais derrière la fumée sanglante de Paris incendié par des parisiens se lèvent les grands patriotes : Gambetta, Thiers, Jules Favre.Les révolutions artistiques qui illustrèrent notre siècle doivent aussi se faire jour à travers la cohue des événements et des catastrophes.On voit Victor Hugo au schi de la phalange qui l’aida à affranchir la littérature française du despotisme classique.On n’est pas fâché de contempler toutes ces figures célèbres des piemiers romantiques.A certainesintonalions des spectateurs qui nomment tout haut le îvun de ces écrivains et de leurs successeurs, on devine les sympathies secrètes.A mesure qu’ils reconnaissent ceux qu’ils ont lu et qu’ils aiment, on les entend s’écrier: Tiens ! c'est ça Musset ! ou, Voilà Lamartine! C’est lui ce beau jeune homme élégant appuyé près d’une colonne — Chateaubriand ! C’est Chateaubriand qui cause avec cette belle personne qui est Madame Récamier.Ah ! Balzac ! Je vois Balzac 1 — Quoi, vraiment, c’est George Sand, cette femme brune, coiffée en bandeaux! Je me la figurais autrement !” Et dans ces exclamations diverses qui distinguent dans la foule tel ou tel personnage, on sent l’admiration convaincue qui lire hors de pair l’auteur d’élection.Les grands peintres, les acteurs et les actrices célèbres nous sont enfin présentés, lis sont là, Talma, Frédéric Lemaîire, Rachel, B.auvallet, la Patti, Got, Mellu Reichemberg, Coquelin, Bartet, etc., groupés, et causantavec unecordialité plus grande sur la toile que dans la vie réelle.La Sarah, comme on pense, ne s’est pas laissé oublier ; elle trône au premier rang dans le costume de la reine de Ruy B/as.Et voilà comment on apprend l’histoire en France.(à suivre.') M"' ' Dandurand. Travers Sociautf.XVIII.DE I.A CONDITION SOCIALE.La glorification des filles riches au couvent a de bien cruels revers.Quoique dans le monde le vil métal soit aussi tout-puissant, il ne réussit pas toujours à dominer le mérite et la vraie distinction.La société n’admet pas sans conteste les catégories in ventées par de petites pensionnaires, et les reines de l’école éprouvent souvent en rentrant dans leurs familles de profondes humiliations.C’est qu’elles découvrent une classification sociale toute différente de celle qui les éleva au premier rang, et toute leur gloire passée ne les console point de l’actuelle déchéance,—bien au contraire—elle fait ressentir avec plus d’amertume l’infériorité de-la condition nouvelle.A qui pourtant ces enfants doivent-elles s’en prendre de leur déception ?Est-ce au monde que régissent certaines conventions, et qui, à tort ou à raison, institue de lui-même un premier, un second, un troisième rang, ou bien à leur ambition démesurée qui visait trop haut ?Quelle triste et déraisonnable chose que cette jalousie avec laquelle tant de familles empoisonnent leur vie, et combien stérile—combien désastreuse plutôt—cette fièvre de se hausser au niveau des autres, de se distinguer, d’éblouir, coûte que coûte.Dans ce pays, les moins favorisés sous le rapport de l’élévation sociale n’ont pas même-comme dans les états où il existe une noblesse — la ressource de reprocher leurs privilèges à ceux qu’ils envient.S’il fallait absolument imputer à quelqu’un leur prétendue infériorité, ce serait à leurs pères qui n’ont pas su leur préparer une situation meilleure qu’il faudrait qu’ils s’en prissent.Car on peut presque dire, qu’à la lettre on est en cette contrée démocratique ce que l’on veut ou ce que l’on se fait.On en voit la preuve Mans la grande inégalité sociale qui existe si •souvent entre les membres d’une même famille.Le préjugé de la “ naissance, ” qui ailleurs est pour les uns une barrière, pour les autres un tremplin ou un piédestal, en fait, n’existe pas parmi nous, Le prestige du nom est inconnu ; les enfants d'un homme célèbre ou honoré n’héritent de son prestige comme de la considération publique que s’ils savent soutenir et continuer par un méiite personnel la réputation du | ère.C’est de son vivant même qu’ils entrent en pleine obscurité dans le cas contraire ; alors, à moins de s’en sauver par un mariage brillant, leurs enfants et les descendants du grand homme auront tout à recommencer pour arriver à la notoriété.L’aristocratie qui règne dans notre société est donc le produit d’une sélection spontanée, d'une évolution naturelle contre lesquelles il est puéril de s’élever.Elle n’est pas cette caste hautaine et fermée qui dans les vieux pays monarchiques se croit sérieusement d’une essence supérieure et considère avec mépris le reste de l’humanité.Elle est au contraire accueillante au mérite.Son domaine d'ailleurs est propriété publique.Née d’hier, sortie elle-même d'humbles familles, elle n’a pas d’aunes héraldiques ni de barrières blazonnées à opposer aux nouveaux candidats.Certaines conditions d’éducation et de fortune vous admettent d’emblée dans son sein sans qu’il soit besoin d’autres passe-ports.Je sais qu’on accuse le monde de se laisser trop facilement éblouir par la richesse, et d’ouvrir toute grande ses portes à des gens qui n’ont d’autre valeur que celle de ieur gros sous ; je sais également qu’on rencontre dans les plus beaux salons, des personnes ayant la voix, le langage et la tenue de femmes de halles, comme dans les plus humbles maisons de nos campagnes on en voit quelquefois qui ont des façons de grandes dames.Le reproche n’est pas sans fondement, mais il faut l’étendre à toutes les classes de la société.Cet engouement pour tout ce qui brille, qui fait absoudre tant de misères et de défauts chez les riches, se retrouve partout.C’est la badauderie populaire éternellement renouvelée autour du veau d’or ; c’est le culte qu’on lui rend de tous côtés qui élève les enrichis bien plus que leurs prétentions mêmes. 324 LE COIN DU FEU Cette promotion de faveur qui leur est généralement accordée, au demeurant, n’est pas toujours aussi déraisonnable qu’elle en a l’air.La fortune entraîne comme conséquences naturelles la facilité de voyager, la faculté de s’instruire et de cultiver les arts ; elle suppose les recherches délicates, un certain raffinement.Il n’est pas rare qu’elle rende meilleur, et qu’en tombant entre bonnes mains elle serve à accomplir de belles et bonnes choses.Si l'or civilisateur—on peut le dire aussi bien que l'or corrupteur—ne réussit pas toujours à policcr du premier coup le bonhomme de spéculateur qui l’amasse, il aide puissamment à transformer ses héritiers.Pourvu que ceux-là aient une mère sensée qui sache les élever, ils peuvent atteindre—et l’on voit ce prodige s’accomplir tous les jours—à un degré de parfaite distinction.Dans cette aristocratie des cités canadiennes, et à côté d’elle, dans les petites villes et les vil.lages, il y a des nuances à observer : Nous sommes un peuple réfractaire à la tradition, et cela tient peut-être aux fluctuations de la politique qui transforment si souvent le sort des familles, et à celles des fortunes qui se font et se défont si aisément, donnant à notre société ce caractère changeant et kaléidoscopique.Mais si l’on veut retrouver un vestige des coutumes d’autrefois et la tradition bien conservée de la politesse proverbiale, de l’hospitalité large de nos pères, c’est dans nos bonnes familles de la campagne, où les années n’ont apporté aucun changement, qu’il faut les aller chercher.Je ne surprendrai que ceux qui ne connaissent pas notre pays en disant que chez celles-là on rencontre avec la distinction des manières un grand souci de la culture intellectuelle.Voilà une élite qui vaut pour le moins celle des villes.Et dans les grands centres mêmes, il y a des débris d’anciennes et illustres maisons déchues de leur puissance d’antan, mais ayant retenu dans la simplicité, dans la pénurie peut-être de leur vie, la noblesse des sentiments et des goûts élevés.Pour n’être pas mêlées au train bruyant du monde qui s’amuse, ces braves et dignes gens n’en valent pas moins.Je voudrais que leur susceptibilité ne souffrit pas autant du dédain des sols infatués de leur vogue momentanée, ainsi que des grands airs de rastaqouéres récemment hissés sur le pavois.L’orgueil, où qu’il se trouve, est toujours déplacé, mais il paraît surtout ridicule en ce pays d’égalité.Tous, tant que nous sommes, il y a dans l’obscurité de notre passé, dans la médiocrité de quelques-uns de nos proches, et dans l’incertitude de ce que sera l’avenir pour nos enfants, de quoi en rebattre de la prétention à la cuisse de Jupiter.Rien, cependant, ne peut empêcher que l’ordre social tel qu’établi ici, comme partout ailleurs, ne subsiste.Que chacun tâche donc de vivre heureux dans sa sphère sans se morfondre à envier son voisin.Quel que soit le degré de l’échelle que nous occupions, nous sommes tous égaux devant Dieu et devant la loi.Du reste, il ne tient qu’à nous, dans une certaine mesure, d’appartenir à telle ou telle classe, puisque, je le répète, l'éducation, le bon ton de notre maison et de nos manières sont avec quelques hautes positions officielles tout ce qui détermine l’admission dans celte élite de notre société.Ce qui en exclut beaucoup de familles c’est le relâchement des manières et l’absence de décorum dans lesquels elles vivent.Les enfants grandissent sans savoir ce que c’est qu’une bonne tenue, que l’étiquette de la table, que la politesse dans la famille, envers les visiteurs et les personnes âgées, que la façon de conduire les domestiques et de garder avec eux la réserve qu’il convient.Ils poussent sans règle, sans contrainte, et certaine bonne bourgeoise croit vanter sa maison quand elle dit: “Chacun ici agit et commande à sa fantaisie.” Avec une telle ignorance des usages les plus élémentaires, sans le vernis et l’aisance gracieuse que donne une éducation soignée, on ne peut pourtant pas prétendre à briller au premier rang.On a tort, au surplus, de condamner les personnes qui se montrent un peu exclusives dans le choix de leurs relations.De quel droit voudrait-on les forcer à recevoir telle eu telle personne et à agrandir le cercle de leurs amis ?Si vous jugez vos devoirs sociaux assez considérables et vos connaissances assez étendues, pourquoi vous ferait-on un crime de refuser de les aug- LE COIN DU FEU 325 menter encore ?Ce 11’est pas par mépris pour M"IC Une Telle que vous vous dispensez de la visiter, mais tout simplement parce que vous ne sentez pas le besoin d’ajouter une étrangère au nombre de vos relations.Ce serait de la tyrannie que de vouloir vous l’imposer.Il ne faut pas s’offenser de la hauteur que nous marquent les gens mal élevés, car ceux-là seuls croient nécessaire d’affirmer leur prétendue supériorité avec des façons impertinentes.Le sentiment de leur propre dignité suffit aux grandes âmes à les consoler du mépris des petites gens.Marie Vicuxtcmps.ta Dételle BRUXELLES.Bruxelles 11’eut jamais de rivale pour ses fines dentelles ! Anciennement ses ouvrières travaillaient aux fuseaux du fil de lin d’une extrême finesse et d’une grande ténuité ; ce beau fil cod ait jusqu’à 12,000 cation de Bruxelles.Pour remplacer le vrai réseau aux fuseaux dans les dentelles de qualité supérieure et quelquefois dans les autres, on fait un réseau à l'aiguille qui s’appelle gaze : c’est souple et joli, lorsque c’est régulièrement travaillé.Depuis longtemps déjà, à peu d’exceptions près, on ne travaille à Bruxelles que le point à l’aiguille ; ¦*£.%.1 .•//- "h j rf*.• .+ + * *¦ francs la livre, mais il en fallait si peu que, pour travailler une paire de barbes de 100 florins (iSr francs), on ne donnait à l’ouvrière que pour 1 florin de fil, et il lui en resia it souvent ; en ce temps-là, les barbes de dentelle jouaient un grand rôle dans la toilette des dames : à la Cour, les Princesses du sang av lient seule, le droit de laisser tomber de leur coiffure les barbes dans toute leur longueur.Dans les plus anciennes dentelles de Bruxelles, le réseau, les fleurs et les jours qui agrémentent le dessin, sont travaillés ensemble ; on peut voir au musée de l’Etat des voiles de bénédiction de ce travail ancien ; plus lard, on fait des petites bandes de réseau aux fuseaux, qui sont rejointes d’une façon presqu’invisib'e pour y appliquer les fleurs travaillées séparément aux fuseaux ou à l’aiguille, Depuis son apparition, le tulle mécanique a été substitué aux bandes de ré eau ; on en fait des dentelles de toutes qualités, nommées appli- dans les quartiers populeux, on n’entend plus le cliquetis des fuseaux ; autrefois, il était très réjouissant de voir les dentellières assises devant leurs portes, travaillant, jacassant et gourmandant les enfants qui prenaient leurs ébats au milieu de la rue.Constatons que les ouvrières de Bruxelles ont gardé le secret de blanchir et de réparer les dentelles d’une façon parfaite, en leur conservant toute la souplesse et la beauté du neuf.u INC HE.Des premières dentelles de Binche ressemblent aux dentelles de Flandre, et se confondent avec elles ; c’est le même genre de travail, ce qui fait supposer que les femmes venues de Gand dans la ville aux cent tours, à la suite de Marie de Bourgogne, fil e de Charles le Téméraire, inspirèrent aux Binchoises le goût de la dentelle.Ce travail devint bientôt lucratif, à cause du séjourù Binche des grandes dames et des seigneurs qui rendaient 326 LE COIN DU FEU visite à la royale châtelaine.Plus tard, il y eut trafic entre les Bruxellois et les dentelleuses de Binches : des commandes avec modèles furent données, puisque nous rencontrons alors de grandes ressemblances entre les dentelles des deux localités ; quelquefois, la dentelle de Binche, moins légère, est plus riche, plus compliquée et comme travaillée d’inspiration par des mains de fées ; des dessins émaillés de jours, de réserves de guipure et de différents réseaux, forment un ensemble charmant.Nous ne savons plus qui a dit qu’avant 1830, Binche était une ruche de dentellières, mais nous savons que les abeilles de cette ruche gagnaient tant d'argent en travaillant la dentelle que les maris pouvaient aller se promener sans souci du lendemain; aujourd'hui c’est le revers de la médaille, et si nos souhaits ne se réalisent pas l’industrie de la dentelle ne sera bientôt plus qu’un souvenir dans la bonne ville de Binche, en Hainaut ! FLANDRE.I2Ü Le point de Flandre comprend la guipure à fond de barrettes oujbrides et la dentelle à fond réseau.Nous ne séparons pas les deux Flandres en parlant de la dentelle, car si la Flandre occidentale l’emporte pour la dentelle blanche, la Flandre orientale apporte son contingent en dentelle noire.Partout on fait de la dentelle : aussi les Flandres bénissent-elles cette industrie, qui fait disparaître la mendicité de ses pauvres villages et donne un peu de vie à ses villes calmes et tranquilles.Au temps de sa splendeur, la ville de Gand était renommée pour ses riches dentelles, et si les industries linière et autre n’avaient pris ses ouvrières, elle pourrait à présent reproduire sur ses dentelles les merveilleuses et fantastiques orchidées de ses magnifiques serres, comme elle rappela autrefois les tulipes de M illande, que nous retrouvons dans ses dentelles, du temps où la mode favorisait cette (leur sans grâce et sans parfum.Bruges, qui prête souvent son nom au point de Flandre, a rep-is depuis soixante ans le genre de travail des temps passés, sans beaucoup de succès d’ailleurs.Il y a quelque vingt ans, ses édiles, loin de favoriser n >tre art national, prêtèrent la main, dit-011, au départ pour l’étranger d’une partie des meilleures ouvrières.Aujourd’hui Bruges relève de ses ruines un.ancien monument pour y installer un musée de dentelles ; la collection a été offerte par un amateur, M.le baron Liedts.Les points de Flandre et les lacis y sont très bien représentés, et nous ne connaissons nulle part une collection aussi complète de vieux souvenirs de l'industrie dentellière des Flandres.m alines.wtesgBB r&t-'.v;1 w.- Î3&SÊ& ipir* mmmm ÜIl LE COIN DU FEU 32 7 MA I.I NES.La Malines et toutes les fines dentelles travaillées dans ^province d’Anvers servaient anciennement à garnir les bonnets ; en ce temps-là, toutes les femmes mariées en portaient ; on en rencontre de toutes les époques et de tous les genres de dessins ; depuis quarante ans, on fait de la Malines qui sert à garnir les robes, mais elle ne jouit pas d’un succès soutenu : son mérite n’est plus apprécié, on lui préfère les dentelles plus voyantes, mais, ajoutons, moins seyantes.VALENCIENNES.La Valenciennes, chassée de son berceau par la guerre, a conservé le nom de son lieu d’origine ; depuis plus de deux siècles elle s’est implantée clic/ nous.C’est à Ypres que l’on travaille les -yy» »••»•*» ¦WN L-V 'A&t.plus belles et les plus hautes Valenciennes.Cette ville a le monopole du beau ; rntis, si l’industrie y éta t florissante il y a quinze ou vingt ans, il n’en est plus de même aujourd’hui, ce qui prouve encore une fois que la mode, oubliant les qualités de beauté et de solidité de la Valenciennes, dédaigne ce qui est durable.La Valenciennes de moindre qualité se fait à Courtrai, à Poperinghe et un peu de tous côtés, dans les deux Flandres ; Bruges a la spécialité de la Valenciennes à treilles rondes, et comme la politique doit s’ingérer un peu partout, il existe une Valenciennes dite “libérale ” (treilles carrées), nous n’avons pu savoir pourquoi, et laissons ouverte cette question de “ folk lore ”.GRAMMONT.Autrefois, dans la partie sud de la Flandre orientale, on travaillait les dentelles blanches légères et les blondes ; vers 1840, feu M.Lepage implanta le travail plus rémunérateur de la dentelle noire, qui, depuis, a acquis une grande renommée due à sa perfection et à son prix relativement peu élevé ; la même dentelle se fait à Aude-narde, Enghien, etc., mais elle n’est connue que sous le nom de dentelle de Grammont.Nous citerons encore, pour ne rien omettre dans la grande famille des dentelles belges : les points de Brabant, plus mats et plus remplis que les points de Flandre; les dentelles à l’aiguille du pays de Liège : on peut en voir un volant d’aube, dont rien n’égale la richesse, la variété du dessin et la parfaite exécution, dans le trésor de l’église cathédrale de Liège ; la dentelle, ou plutôt le délicieux travail sur mousseline, fait à Dinant ; les différentes dentelles de fantaisie, non classées ; puis les grosses dentelles de Couvin, en soie noire, qui servaient jadis à garnir les pelisses des femmes de f Entre-Sambre-et-Meuse.L’ouvrière dentellière est honnête, bonne et serviable ; le travail paisible de la dentelle la laisse calme et peu disposée aux plaisirs bruyants et aux extravagances des ouvrières de fabriques ; attachée au sol natal, elle se déplace difficilement, et si, par obligation ou par entraînement, elle s’expatrie, son travail dégénère, comme nous avons pu le constater chaque fois que nous en avons eu l’occasion.Ravivons donc la mode des belles dentelles, dont la place d’ailleurs est marquée dans toutes les solennités des heureux jours ; n’oublions pas qu’en protégeant l’industrie dentellière, nous protégeons un art national ! M“K Daimerics. La Renaissance.C’est une époque sur laquelle nous avons des notions un peu confuses, parccque rien dans ce pays, en architecture ou en art, ne nous instruit des transformations qu’elle opéra ; rien ne précise à nos yeux cette résurrection universelle dans le monde matériel et moral, résurrection rendue si sensible en Europe dans les monuments et les œuvres d’art.C’est pourquoi nous avons cru utile de résumer ici l’histoire de ce grand événement.L’époque de la Renaissance embrasse trois siècles entiers, le XlVe., le XVe.et le XVIe ; elle va de 130S, date de l’apparition de la Divine Comédie de Dante, à la mort de Henri IV (16to).Ces trois siècles ont vu se consommer la plus complète rénovation de l’esprit humain ; lettres, sciences, arts, législation, tout marche de front) tout progresse en même temps dans cette grande époque ; l’étude et la compréhension des littératures anciennes aide à la fondation des littératures modernes ; la découverte de l’imprimerie donne un libre essor à la pensée ; l’érudition est enfin mise en possession des textes sans lesquels elle s’épuise dans le vide ; la peinture prend pour règle l’observation directe de la nature et de la réalité; la statuaire se débarrasse des langes qui l’emmaillottaient, et en étudiant les antiques, crée des chefs-d’œuvre qui leur sont comparables; l’architecture retrouve les grandes régies de l’art perdues depuis les Romains et remplacées par la fantaisie de l’art gothique; Roger Bacon pose les fondements de la science moderne en établissant que, hors de l’observation, il n’y a rien de certain, et en faisant lui-même dans cette voie de profondes découvertes.Vesale et Servet s’avisent en même temps d’analyser le corps humain, chose qui avait jusqu’alors paru fort inutile, et renouvellent par l’étude de l’anatomie toute la science médicale ; les légistes substituent le droit coutumier, puis le droit romain, au droit féodal plein d’incohérence et d’abus ; enfin, Copernie et Galilée, portant leurs regards au delà de la terre, révèlent le véritable système du monde, et Christophe Colomb fait la conquête d’un nouveau continent.Cet ensemble prodigieux de découvertes a de quoi surprendre autant que cette rencontre fortuite en apparence, de tant de grands esprits qui renouvellent à la fois en France, en Italie et en Allemagne toutes les faces du savoir.Ainsi la Renaissance, accomplie seulement au XVe.et au XVIe.siècle par la découverte et la diffusion de l’imprimerie, avait eu son aurore dès le XIIle.siècle, et s’était lentement continuée jusqu’au milieu du XlIIe.Roger Bacon (qui vécut de 1214 à 1294), se retrempant dans l'étude des sciences physiques, découvrait à chaque pas les admirables lois de la nature, les propriétés non encore soupçonnées des corps, les lois de l’optique, la force élastique de la vapeur d’eau, celle des gaz, inventait le télescope, la poudre à canon, et, stupéfait lui-même des vastes horizons que l’expérimentation offrait à la science, il s’écriait : “ La magie n’est rien ; l’esprit humain peut tout en se servant de la nature.” Cette audace de pensée si nouvelle ne pouvait manquer de scandaliser une société ignorante et à demi-barbare.Le savant faillit être brûlé vif.Mais la science artificielle du moyen-âge avait la vie trop dure pour mourir ainsi tout d’un coup.Si la poésie peut créer au gré de sa fantaisie, si la science est fille de l’observation, tout était à recommencer.Tant d’in-folio écrits par les docteurs, tant de chaires fondées pour commenter les in folio des docteurs, tant de sottises écrites et professées vont devenir inutiles.Les sciences alors comme les lettres subissent une honteuse reculade, à Oxford comme à Paris, à Louvain comme à Poitiers et à Montpellier ; ces grandes universités, qui auraient pu être des foyers de rayonnements, ne servent qu’à intercepter la lumière.La chimie de Roger Bacon se perd dans l’alchimie ; les mathématiques, sérieuses au XI le.siècle, sont réduites cent ans après à la confection des carrés magiques; l'astronomie en voie de progrès et de découvertes devient l’astrologie ; la sorcellerie et la magie envahissent tout.Cependant, le généreux effort du XlIIe.siècle ne fut pas perdu, et si le XlVe.fut stérile en France, il marqua en Italie l’aurore de la grande Renaissance.Ce sont nos épopées, nos chansons de gestes si profondément oubliées aujourd’hui mais alors traduites dans toutes les langues d’Europe, et LE COIN DU FEU 329 lues, imitées avec ferveur quPprovoquent le1 réveil de l’esprit humain.Dante, Pétrarque et Boccace, les promoteurs de la renaissance italienne, eurent pour maîtres nos poètes provençaux ; Boccace puisa à pleines mains dans les fabliaux de nos troubadours.L’Arioste un siècle plus tard ne fit que continuer dans son Orlando furioso notre cycle chevaleresque.Il est donc injuste de faire partir de l’Italie le mouvement initial de la renaissance littéraire, il faut le restituer à la France.Ce qui appartient sans conteste à l’Italie, qui durant tout un siècle marcha à la tête de la civilisation occidentale, c’est la restauration des études classiques, la mise en lumière des modèles du beau antique, dans les lettres comme dans les arts.En même temps que Dante et Pétrarque fondent la langue vulgaire, l’italien, et osent abandonner pour leurs œuvres vivantes le latin barbare des écoles, ils sont les promoteurs les plus assidus de l’étude du latin comme langue morte.Pétrarque surtout fut un infatigable collectionneur de manuscrits latins ; il les faisait rechercher partout, les copiait de sa main, les faisait copier par ses secrétaires, les adressait à ses amis avec prière de les transcrire de nouveau et de les répandre le plus possible.L’invention de l’imprimerie (1455) date de cette période de la Renaissance.La diffusion de l’imprimerie fut très lente, et ce ne fut qu’après avoir reproduit des bibles, des almanachs et des livres d’école qu’elle répandit les grands modèles classiques; Virgile ne fut imprimé qu’en 1470, Homère en 14S8, Aristote en 1498, Platon en 1512.En France l’ère de la Renaissance ne s’ouvrit à proprement parler qu’au retour des SAVOIR L’ADRESSE, Comment doit-on écrire l’adresse, placer le timbre-poste?On prend une seule ligne pour la qualification ou le titre suivi d’un nom, ou le nom seul.MONSEUR LOUIS R013EL rue.18 PARIS guerres de Louis XII., de Charles VIII.et de François I.en Italie ; sous Louis XL les savants grecs émigrés de Constantinople la préparèrent.Grâce à eux on commença à exhumer des monastères les manuscrits anciens ; eux-mêmes apportaient de l’Orient une multitude d’épaves de l’antiquité grecque.L’étude du grec négligée durant tout le moyen âge grâce à l’axiome: Grœcum est, non legitur, reprit faveur, et avec elle l’érudition littéraire, la philologie.Le mouvement des sciences ne peut pas se suivre chez chaque nation isolément ; il y a dès cette époque entre les savants, un puissant élément d’idées qui les rend pour ainsi dire solidaires les uns des autres, et qui fait qu’une découverte opérée dans le nord est presqu’aussitôt connue et perfectionnée dans le midi.En Italie la renaissance littéraire et scientifique poursuivit sa carrière parallèlement à la renaissance artistique.La Hollande, l’Allemagne et la Suisse, par leurs savants imprimeurs, leurs lettrés, leurs hellénistes, leurs théologiens entrent en ce moment dans ce grand concert de la Renaissance.La France ne sentit le même enthousiasme de rénovation qu’après en avoir eu le spectacle sous les yeux dans les guerres d'Italie.La réforme de la législation s’opéra à la fois dans toute l’Europe ; il en fut de même des derniers progrès de la science.Aucune nation ne prime l’autre, toutes concourent au but avec une remarquable unanimité.Tous ces progrès sont simultanément réalisés de 1540 à 1630.Avec Galilée 1642 on touche à l’extrême limite de la Renaissance.VlVRÊ.LE PAPIER.MONSIEUR LE DOCTEUR MOREL A ÉTAMPES Scinc-et-Oise.COMTE GAÉTAN DE BANVILLE.(La mode supprime le mot “monsieur” ou 330 LE COIN DU FEU madame ” devant un titre, entre gens du même monde.) Si l’on écrivait à des personnes d’autrefois.personnes formalistes, imbues des coutumes disparues, âgées, ayant droit au respect, on mettrait deux fois monsieur ou madame sur l’adresse.Monsieur, Monsieur le général de C., L’habitude, l’obligation de répéter cette qualification sur l’adresse d’une lettre vient, assurément, de l’ancien usage de la formule latine Dominas Dominas, qui indiquait le supériorité d’un seigneur féodal sur de simples feudataires.C’est comme si on disait à son correspondant: “ Je reconnais votre supériorité sur moi.” Le timbre-poste s’applique très régulièrement à l’angle droit de l’enveloppe.Quel papier doit être employé?Son plus ou moins d’élégance dépend des ressources que l’on possède.Mais il faut se garder de tomber dans le mauvais goût, comme lorsqu’on se sert de papier allemand, de qualité si inférieure et d’ornementation si criarde, si vulgaire.Le papier anglais est trop lourd, trop glacé.Le papier français, au contraire, répond à toutes les exigences ; à double et triple titre, encourageons donc l’industrie de notre pays.Le format dépend des relations.Pour écrire à un supérieur, on ne prendra pas une feuille de proportions minuscules, ni couleur d’azur.Pour demander un service à un personnage, pour une supi lique, une pétition, format assez développé, papier ministre.Dans tous les cas, des enveloppes assorties.Un peut faire porter à son papier ses initiales, son monogramme, ses armoiries (correspondait e sérieuse), son emblème, sa devise de fantaisie, son prénom, le diminutif de ce prénom, etc., etc.(correspondance familière).On ne doit jamais écrire en travers sur une page déjà couverte de caractères.Cette habitude est à réprouver même pour l’intimité.On impose, ce faisant, une trop pénible fatigue aux yeux qui nous lisent.Il faut ajouter une autre feuille si la première est insuffisante.Avant de répondre à une lettre, il est bon de la relire.Il serait extrêmement impoli de demander un renseignement déjà donné, de poser une question à laquelle il a été répondu ou au-devant de laquelle le correspondant est allé, etc.Une autre impertinence, c’est d’écrire incorrectement le nom des gens qui ont signé lisiblement ou avec lesquels on est en relations.En ces circonstances, on ne leur donne pas non plus uniquement leur qualité.lorsqu’ils en ont une.Par exemple : “ Monsieur le percepteur de il faut : “ Monsieur un tel, percepteur à.” I.E BILLET, LA CARTE-LETTRE, LA CARTE POSTALE.Le billet n’est qu’une courte lettre, On y observe toutes les règles du savoir-vivre que nous avons indiquées.Entre amis intimes, en famille, la carte-lettre s’emploie fort bien, quand on a peu de lignes à s’écrire.Ces cartes sont extrêmement commodes pour les personnes dont le temps est précieux, en ce sens qu’elles vous offrent à la fois le papier, l’enveloppe, la fermeture, l'affranchissement.Les cartes postales suffisent fort bien, également pour demander un objet ou un renseignement à un marchand.11 est interdit d’y attacher aucun échantillon, et d’écrire, du côté réservé à l’adresse, toute autre chose que cette adresse.TIMBRES-POSTE JOINTS À LA LETTRE.En quelles occasions doit-on joindre un timbre-poste à une lettre à laquelle on demande une réponse ?Lorsqu’on téc/amc ou sollicite un renseignement d’une personne inconnue, et qu’on met cette personne dans l’obligation de répondre directement, on lui envoie toujours un timbre-poste, afin de ne pas l’induire en dépense, si minime que soit cette dépense.Ce procédé ne peut aucunement blesser celui vis-à-vis duquel il est employé.Il ne faut pas joindre de timbre-poste quand on s’adresse à un fonctionnaire, qui peut répondre par voie administrative et, en conséquence, employer la franchise.(S'il s’agit du service, bien entendu.) Nonplus, dans une pétition ou dans une lettre par laquelle on demanderait une protection, où l’on ferait appel à la pitié, à la charité. LE COIN DU FEU 331 Mais si on écrivait à une duchesse ou à un sénateur pour avoir des renseignements sur une personne qu’il aurait eue à son service, on joindrait un timbre-poste à sa lettre, et la duchesse ou le sénateur devrait employer ce timbre et non pas le retourner.La raison en est que le correspondant veut bien demander un léger service (qui est dû, en ce cas et en beaucoup d’autres), mais qu’il ne saurait accepter que l’on dépensât la moindre des sommes pour le lui rendre.Lorsqu'on demande à un marchand des renseignements sur ses produits, on n’est pas obligé de lui envoyer un timbre pour sa réponse.La somme qu’il dépensera pour satisfaire le client en expectative est comprise dans les frais généraux de son commerce.• UN POINT DÉLICAT.Quelqu’un vous confie une lettre pour la remettre à une autre personne ; naturellement, cette lettre n’est pas fermée, ainsi que l’exigent l’usage et la plus élémentaire politesse.Le messager choisi doit-il cacheter la lettre immédiatement,en présence de celui qui l’a écrite ?Oui, car on 11e saurait exagérer les procédés délicats, et j’ai toujours remarqué que les gens honnêtes sont ceux qui donnent le plus de garanties contre eux.Il y a encore une autre raison.On peut égarer la lettre (c’est le moment de dire qu’il faut en prendre autant de soin que d’une dépêche d’Etat), et, si c 1 le est fermée, il y a chance qu’elle ne soit pas lue par ceux entre les mains desquels elle peut tomber.Du reste, la chose doit se faire simplement, rapi- dement.L’auteur de la lettre neferaaucune observation, et celui qui cachette n’expliquera rien non plus.L’usage étant établi, il n’y a pas de danger que le destinataire s’étonne de recevoir une lettre feimée des mains d’un tiers.Il ne s’agit donc pas ici de la lettre de recommandation, qu’on remet ouverte à celui qui l’a sollicitée, parce qu’il est entendu, convenu, qu’il doit en prendre connaissance, mais d'un autre cas très particulier et rare où une lettre est remise à un tiers, afin qu’elle arrne sûrement entre les nuins de celui à qui elle est destinée.APHORISMES LITTÉRAIRES.Je terminerai ce chapitre par quelques aphorismes puisés à haute source, et qui sont bons à méditer, lorsqu’on va écrire la plus simple lettre: “Ce qui n’est pas clair en matière de style n’est pas français.” (Rivarol.) “ Le Français ne trouve jamais la phrase trop courte ni trop claire." “ Ce que le rythme est à la musique, le verbe l'est à la prose.Cervantès, Bossuet, Molière, de Maistre, avares d’adjectifs, abondent en verbes.” “L’abus des epithètes affadit le style, celui des adverbes l’éreinte.“ Molière se moque de l’adverbe, et il a raison.” loutes les fois que vous le pouvez, remplacez le substantif par le verbe, l’adjectif par le substantif, 1 adverbe par 1 adjectif.Ordonner vaut mieux que donner des ordres.Préciser un ordre vaut mieux que donner des ordres précis." Clarté, concision, deux qualités qui s’obtiennent en réfléchissant un peu ou beaucoup avant d'écrire, et qui donnent, par surcroît, l’élégance.HYGI £H€ LA Dès qu’on s’aperçoit que les jambes d’un petit enfant ont une tendance à la déviation, on se garde de le faire marcher.On l’abandonne à lui-même sur un tapis, où :1 se roule et se tourne à son gré, et les petites jambes se redressent bientôt.Pour éviter les varices, les hommes ne fixeront pas le bas du caleçon, de façon à se ligaturer le bas des jambes, et les femmes éviteront de serrer beaucoup leur jarretière.Elles se garderont bien JAMBE.de la porter sous le genou, ce dont nous reparlerons.L’exercice développe la jambe, grossit le mollet.Si on craignait que le bas de la jambe 11e perdît de sa finesse, on l’enfermerait dans une guêtre haute pour se livrer à la marche.LES JARRETIÈRES.Les jarretières doivent former un objet de toi- 332 LE COIN DU FEU Jette très soigné.Elles peuvent être simples, il les faut irréprochables.J’entends qu’elles seront toujours propres, fraîches; jamais éraillées, ni effiloquées.le n’aime pas les jarretières tout en dentelles et rubans, très pomponnées ni surtout fleuries.En Amérique, les jarretières sont disparates ; une paire se compose d’une jarretière jaune et d’une jarretière noire, d’une jarretière jaune et d’une jarretière bleue, etc.Toujours l’une des deux jarretières est jaune.Un dit que cela porte bonheur.Je ne sais s’il faut attacher la jaune à la jambe dioite ou à la jambe gauche !—C’est bien laid, cette dissemblance, et il faut avoir bien confiance dans la vertu talismanique de cette jarretière jaune pour commettre sciemment cette faute de goût.Il y a avantage, au point de vue de l’économie, aussi bien qu’à celui de l’élégance, de ne pas acheter de jarretières communes, à bon marché.Elles ne dureraient pas et tiendraient fort mal les bas.LA FAÇON D’ATTACHER LKS BAS.Une jarretière suffisamment serrée n’est pas supportée par toutes les femmes.Sous la pression exercée, leurs jambes gonflent et la varice se forme.Dans ce cas, à l’aide de rubans on attache les bas au corset.Mais des accidents peuvent se produire : si les rubans très tendus, pour bien tirer les bas, allaient craqueur ?Voilà les bas sur les talons.Quelle affaire ! Je conseillerai donc en même temps la jarretière, pas serrée du tout, mais bien capable, néanmoins, de retenir le bas, en cas d’événement, et jusqu’à ce qu’on puisse réparer les avaries survenues.On ne doit pas porter la jarretière sous le genou, c’est absolument contraire à l’esthétique.On compromet la forme du mollet, on lui enlève toute l’élégance de sa ligne naturelle, qu’on altère ainsi volontairement.Mais au reste, on ne trouverait plus de femmes, si ce n’est peut-être de vieilles paysannes, qui attachent la jarretière au-dessous du genou, et parce que cela est réclamé par leurs bas courts.Toutes les femmes, portant de longs bas, ont pris, depuis longtemps, l’habitude de les maintenir au-dessus du genou.Et il n’y a non plus que dans les campagnes perdues qu’on fasse servir à cet usage des rubans de fil, des lisières ! parfois des ficelles 1 ! La plus humble servante, un peu civilisée, achète des jarretières élastiques se bouclant à volonté ; avant dix ans, les succédanés à la jarretière dont nous parlons auront disparu.espérons-le.LA CHEMISE DE JOUR.Si l’on pouvait assortir à la chemise de jour le pantalon, le petit jupon de dessous, le cache-corset, ce serait d’une charmante élégance.Alors tout serait en fine percale ou en fine batiste, avec les mêmes broderies ou les mêmes Valenciennes.La plus jolie chemise de jour est décolletée en cœur ou en rond.Un ruban passé dans une coulisse ou une engrelure la serre un peu autour des épaules.Elle se boutonne aussi sur l’épaule.On encadre le décolleté et l’entournure des bras d’une Valencienne ou d’une broderie légère.La chemise de jour ne doit être ni trop large ni trop longue.Il ne faut pas qu’elle remplisse désavantageusement le corset ni le pantalon.LA CHEMISE DE NUIT.On ne doit pas garder pour la nuit la flanelle ni le linge qu’on a portés pendant le jour.C’est plus sain.et jrlus propre.La chemise de nuit tombe jusqu’aux pieds.Elle a de longues manches.Elle se garnit de festons, de broderies, de Valenciennes.On la pare d’une haute collerette, tombant jusqu’aux épaules en plissé ; on J’enrubanne quelquefois aux poignets, au cou.On la taille dans un tissu qui puisse aller à la lessive.Après avoir quitté son linge de nuit, si on ne le change pas chaque jour, on le laisse s’aérer aussi longtemps que le lit, plusieurs heures.Après ce temps, la toilette de nuit est enfermée dans un sac qu’on suspend dans un cabinet.LA TOILETTE DU MATIN AU RÉVEIL.J’ai dit qu'il vaut mieux se débarbouiller le visage le soir, pour ne pas en exposer l’épiderme aux effets de l’air, après qu’il a été mouillé.Le matin, on s’essuie la face avec une fine serviette, et l’on prend son bain entier suivi de frictions; ou, s’il est impossible de se baigner chaque jour, on pratique toutes les ablutions indispensables, on prend tous les soins de propreté nécessaires. LE COIN DU FEU 333 sans reculer devant l’embarras, l’ennui qu’ils peuvent donner.et dont on est si bien dédommagé, ni devant la perte du temps, car ce sont des instants bien employés pour la santé.On peigne sa chevelure.Les femme l’arrangent proprement, mais, en général, se coiffent plus tard.Tout dépend, au reste, de la vie qu’on mène.La femme qui sort dès le matin doit être coiffée, armée de pied en cap de bonne heure.Celle qui s’occupe de son-ménage a besoin de réparer le désordre apporté dans sa toilette par les travaux auxquels elle s’est livrée, quand ceux-ci sont terminés.Il lui faut faire disparaître la poussière dont son visage, son cou, ses cheveux sont couverts.La femme qui travaille, comme celle qui ne fait que surveiller sa maison,doivent revêtir en se levant des vêtements propres, sans tache, sans déchirure, aussi convenables que possible.On fait bien de changer de vêlements de dessous, bas, jupons, etc., comme de robe quand on s’habille l’après-midi, pour rester chez soi ou pour sortir.LA TOILETTE DE NUIT.Beaucoup de personnes préfèrent prendre leur bain le soir.Dans tous les cas, soir et matin, le corps réclame des ablutions qui le débarrassent, le ratraî.chissent, le nettoient.Au chapitre du teint, les femmes trouveront les renseignements nécessaires pour les lavages de la face, qui doivent avoir lieu le soir.La chevelure de la femme sera peignée pour la débarrasser de la poussière qu’elle a pu recevoir pendant le jour.Pour son arrangement à cette heure, on trouvera les indications nécessaires au chapitre de la chevelure.Les hommes brosseront aussi leurs cheveux.et s’ils veulent m’en croire, ils ne les couvriront pas jusqu’à leur soixantième année, au moins.Un madras ou le couvre-chef du roi d’Yvctot leur donne toujours un aspect un peu.drôle.Tâchez donc, messieurs, d’éviter la calvitie.LES VÊTEMENTS QU’ON QUITTE.Ne rangez jamais immédiatement — ni dans les tiroirs, ni dans les armoires, aucun des objets de toilette que vous dépouillez.Exposez-les ou ac-crochez-les toujours dans une pièce aérée, pendant une heure au moins.Enfermez-les ensuite, après les avoir brossés, pliés, etc.Les vêtements qui ne se lavent pas doivent être suspendus à l’air pendant une journée, de temps en temps, retournés, à l’envers.Accusez-moi de naturalisme, si vous voulez, je vous dirai que les vêtements longtemps portés, si l’on n’a pris soin de les mettre à l’air assez souvent, que les vêtements renfermés tout .chauds (au moment où on les quitte) contractent des goûts désagréables.Il faut bien prendre garde à ces vilaines odeurs, si contraires à l’élégance.Les parfums dont on se sature ne parviennent pas à les masquer, on fait souffrir les odorats délicats et on se fait immédiatement classer.L’air, comme l’eau, la chaleur du soleil comme celle du feu, ont des propriétés désinfectantes, purifiantes qu’il faut savoir employer.Lettres d’Arnbassadrices et Souvenirs de Grandes Danjes.Le 5 septembre 1835, Charlotte Stuart, dans tout l’éclat et le charme de ses dix-huit ans, épousait Charles John Canning, le seul survivant des trois fils de l’illustre homme d’Etat.C’était une union d'amour ; le fiancé 11’avait que vingt-deux ans, et il eût été bien difficile d’imaginer un couple pius beau et plus distingué sous tous les rapports.Cependant, le ciel de lady Canning ne resta pas toujours serein : son mari lui en voulut longtemps de ne lui avoir pas donné d’héritier ; et si lord Stuart de Rothesay eût pu lire dans le cœur de sa fille, il eût peut-être regretté de 11’avoir pas persisté dans son opposition au mariage, opposition basée uniquement, du reste, sur celle qu’il avait faite aux idées politiques de Canning.Mais lady Charlotte avait une de ces natures à la fois douces et fières, qui ont la pudeur de leurs souffrances, et les cachent comme des fautes.Pour tous les siens, pour sa mère comme pour son mari, elle n’eut jamais que des sourires ; et si, malgré elle, ces sourires trahirent un peu la résignation, 334 LE COIN DU FEU si l’on devina certaines douleurs, on n’eut jamais le droit de le lui dire.Quant à lord Canning, il avait, en réalité, l’ânie trop haute et trop loyale pour ne pas reconnaître l’injustice et la cruauté de ses froideurs ; il fut vaincu par la vertu patiente, la tendresse inaltérable de son admirable compagne, et ne put supporter la vie lorsqu’il l’eut perdue.Le lendemain de son mariage, Charlotte Canning écrivait à sa mère : “Je suis très heureuse, et je crois avoir toutes les chances de voir durer mon bonheur avec un mari si vraiment honorable, bon et aimant.” Et Charles Canning ajoutait en post-scriptum: “Elle est vraiment heureuse, et le sera toujours si cela dépend de moi.” La femme ne changea jamais de langage, quelque droit qu’elle en pût avoir ; le mari revint à ses premiers sentiments avec une intensité due peut-être au repentir.L’existence de Charlotte Canning fut, dans scs détails extérieurs, celle d’une très grande dame dont le mari occupe de hautes situations ; de partout, elle écrivait aux siens, surtout à sa mère et à sa sœur, avec la confiance entraînante d’un cœur aimant, avec le charme d’un esprit d’artiste qui jouit du beau sous tous ses aspects, avec reconnaissance et naïveté.Nommée dame d'honneur de la reine, à l'époque où son mari était secrétaire d’Etat au Foreign Office, elle accompagna la reine Victoria au château d’Eu.La jeune souveraine, encore dans sa lune de miel de reine et d’épouse, se réjouissait comme une enfant de celte excursion maritime qui lui fournissait l’occasion d’inaugurer son beau yacht le Vicloria-cf-Albcrt, et sa belle dame d’honneur n’était pas beaucoup moins charmée qu’elle.On sait en quels termes aimables et reconnaissants Sa Majesté a raconté cette expédition dans son Journal ; voici comment lady Canning fait écho à la satisfaction de sa royale maîtresse : “Chateau d'Eu, 3 septembre 1843.“ Nous sommes venus ici de Falmouth.Le prince de Joinville est venu à notre rencontre à Cherbourg, et est monté à bord du yacht.Samedi à cinq heures, nous arrivions au Tréport.Louis-Philippe et ses fils vinrent à bord, et la reine gagna la terre avec eux dans la barque royale.Elle a été très bien reçue ici, et elle est fort satisfaite de son séjour.Le château est absolument plein.Toute la famille royale est ici excepté les Nemours qui sont à un camp en Bretagne.Il y a chaque jour soixante-huit convives au dîner.Les Cowley et plusieurs des ministres sont ici ; le reste se compose de la suite.Le château n’est pas aussi ancien que je m’y attendais ; il est dans le style des Tuilleries, et rempli de portraits de familles.La collection primitive fut continuée par la grande Mademoiselle, et le roi y a beaucoup ajouté, mais on y a introduit, pour la compléter, de mauvaises copies qui n’en augmentent pas la beauté.Comme mon père s’amuserait ici ! Nous sortons dans des chars-à-bancs.• , Cinq de ces véhicules viennent de nous conduire dans la forêt d’Eu, où l’on a goûté sous la tente.C’était la première fois que la pauvre duchesse d’Orléans se montrait en public.“ Elle conduisait son petit garçon par la main, et semblait très émue.Ses deux enfants sont charmants : le plus jeune paraît délicat ; l’aîné est très joli et plein d’ardeur.Le roi, la reine et Madame Adélaïde se sont informés de vous avec beaucoup d’empressement.Us sont tous très bons et très aimables.Je me rappelle fort bien quelques-unes des personnes qui sont ici.La petite princesse de Joinville, que papa a pu voir enfant au Brézil, est très aimée de tous.Elle s’amuse de tout, car tout lui est nouveau ; à Rio, elle et sa sœur é nient enfermées dans un couvent; elle est étourdie et ardente comme une enfant.” “ Brighton, ii septembre 1843.“ Nous sommes revenus d’Eu jeudi, après le séjour le plus agréable.Toute la famille royale nous a accompagnés à bord pour nous voir partir, et le prince de Joinville a fait la traversée avec nous, et est resté pendant deux jours.Louis-Philippe m’a demandé bien des fois des nouvelles de papa, et m’a chargée de toutes sortes de choses aimables pour vous.Un jour que nous étions dans le jardin à manger des pêches, je sentis qu’on me touchait l’épaule.C’était Louis-Philippe, qui me dit en Anglais : “ Quand vous écrirez à votre père, “dites-lui que le roi des Français n’oubliera jamais “ les bons services que sir Charles Stuart rendit “ au duc d’Orléans, à Anvers, en 1803.” (Le roi LE COIN DU FEU 335 se souvenait-il des paroles d’un autre duc d'Orléans, devenu Louis XII, qui, lui, oubliait les offenses ?) “ La reine a été ravie de sa visite, et je crois qu’elle leur a plu beaucoup à tous, Ils l’ont accablée de cadeaux: porcelaines de Sèvres, tapisseries des Gobelins, etc.Deux des tapisseries avaient été commencées sous Napoléon pour la Malmaison ; on y a travaillé pendant trente ans ! La reine des Français nous a donné, à Georgy Liddel et à moi, un beau bracelet.“ Pendant les trois derniers jours, il y a eu des excursions dans la forêt d Eu, avec de beaux goûters sous les arbres, et, le soir, concerts de musique instrumentale, et, une fois, la troupe du Vaudeville a joué deux comédies.Demain, nous retournons à bord, en route pour Ostende.” La variété des lettres de lady Canning est tout à fait séduisante ; elle suit la reine un peu partout, et l’on voit que, d’année en année, le sentiment qui unit la sujette et la souveraine devient de plus en plus affectueux.De Windsor, lady Canning nous transporte en Ecosse, pendant ces premières excursions dont la reine a donné dans son journal un si charmant tableau.Quelle chasse dans ces montagnes et ces forêts d’Ecosse, où l’on rencontre des troupeaux de mille cerfs, que l’on parvient à faile passer devant la reine en un lieu où l’on en faisait voir autant à Marie Stuart ! C'est alors que le projet tie Balmoral est conçu, et que la jeune majesté s’éprend, pour son royaume du Nord, d’un amour enthousiaste que rien n’a pu éteindre.C’estune existence enchantée que celle delà reine Victoria à cette époque; partout où sa fantaisie est charmée, elle trouve, ou fait sortir de terre, un palais pour l’abriter.C’est Claremont avec ses arbres verts si nombreux, qu’on y oublie l’hiver, et sa simplicité si tranquille, qu’on y oublie la royauté ; puis, c’est Osborne, le Trianon de la délicieuse île de \\ iglit, où la reine et le prince, avec leurs cinq bébés, sont les gens les plus heureux que lady Canning ail jamais vus.“Peut-être, écrit-elle, n’avez-vous jamais désiré être reine?Eh bien, je suis sûre que vous en aurez envie, quand je vous aurez dit le résultat de notre excursion à Guernesey.La semaine dernière, un homme est arrivé avec un présent de la Société d’agricul- ture de Guernesey: deux charmantes vaches.Deux jours après, un autre homme amena une vache lauréate encore plus belle, et toujours un cadeau ; et hier un troisième homme présenta la vache de Guernesey la plus parfaite qu’on ait jamais vu.Elle était évidemment née pour être offerte à la reine, car elle a un V marqué distinctement sur le front.On dit que les îles rivales se jalousent ardemment, de sorte que si Jersey et Alderney en font autant que Guernesey, l’étable sera bien garnie.“ Entre temps, on allait en Allemagne visiter le berceau du prince Albert, ‘ les lieux témoins de son enfance’, et ce sont des joies attendries que la royale veuve mettra plus tard au nombre des trésors de son cœur blessé.” Mais voici les jours sombres de 1848.Lady Normanby écrit de Paris (pie l’ambissadë est encombrée d’Anglais qu’elle 11e peut pas faire rester tranquilles, qui veulent aller tout voir dans les rues, et s’exposer bien inutilement au danger.L’affolement de la famille royale de France est dépeint avec des détads navrants.“ Notre reine fait préparer toutes les chambres du palais pour recevoir autant de fugitifs qu’il en viendra.La duchesse de Montpensier est à Eu; on dit le roi à Dreux, ou quelque part sur la côte; notre gouvernement a envoyé des steamers lout du long, pour le chercher.” Les deux sœurs si tendrement unies par le cœur étaient si souvent séparées par les circonstances, que leur active correspondance, celle de lady Canning surtout, est une sorte de résumé vivant de lent époque, un reflet de mille tableaux divers, un écho du sentiment public et dans bien des cas de l’opinion particulière de maints personnages historiques, sur les événements qui se succèdent, non seulement en Angleterre, mais en Europe.Il y a dans ces pages charmantes un nombre infini d’observations, d’indications sur les caractères, très précieuses pour l’historien.Si l’on voit la reine Victoria tiès occupée de ses maisons, de ses plantations et de sa famille, on la voit aussi très assidue au travail, très ardente en politique, bien que toujours fidèle à son rôle constitutionnel, très sincèrement atiachée aux bons serviteurs du pays et de la couronne, et les pleurant amèrement lorsqu’elle les perd.Si nous assistons aux comédies 336 LE COIN DU FEU que jouent si gentiment les enfant royaux, nous trouvons dans un mot, dans une phrase, dans un petit fait, de nombreuses indications sur le développement et la formation de leurs divers caractères, de leurs aptitudes.On s’explique la popularité conquise, dès sa première jeunesse, par le prince de Galles, quand on trouve un trait comme le suivant : “ M.Birch (le précepteur du prince) est parti hier (21 juin 1852).Ç’a été un terrible chagrin pour le prince de Galles, qui n’a cessé de faire les choses les plus touchantes depuis trois semaines, c’est-à-dire depuis qu’il a appris qu’il allait le perdre.“ C’est un enfant si bon et si affectueux ! Les petits billets, les petit cadeaux que M.Birch trouvait sous son oreiller étaient vraiment émouvants.” 1852 ! L’année du coup d’Etat.Lady Canning écrit en janvier de Windsor: “ .Les Normanby sont ici, et, d’une voix basse et discrète, me racontent des horreurs sans fin sur ce qui se passe à Paris, la manière dont on a tiré sur le peuple, dont on envoie secrètement les gens à Cayenne, etc., etc.’’ Mais rien ne réussit comme le succès.L’an-jiée suivante, il n’est question que du mariage de l’empereur, de la beauté de sa fiancée, et voici l’appréciation des deux sœurs : “ L’impératrice Eugénie est vraiment belle, dit lady Louisa; je l’ai vue à Londres, et j’ai été ravie.Elle a des yeux parfaits, bleu foncé comme ceux de Chat lotte, et le teint le plus.éblouissant.” “ On ne parle que du mariage de l’empereur, écrit lady Charlotte, de Windsor.Je me rappelle Mulle de Montijo distinctement, car elle était très remarquable et plus intéressante à voir que tout le reste au bal costumé de la reine, en blanc, avec beaucoup de nœuds et d’aiguillettes, les cheveux très blonds, le teint très blanc, des yeux foncés, de beaux traits, une belle taille, un peu hautaine.Elle a l'âge qui convient, elle est intelligente ; je crois que l’empereur a agi sagement.Mme de Lieven approuve, et dit qu’elle est très grande dame.Une alliance royale devient inutile dans l’adversité, et dans la prospérité l’empereur peut s’en passer.Elle pourra lui rendre bien plus de services qu’une jeune princesse allemande.” Le moment approchait où lady Canning allait pouvoir donner des pteuves de sa force de carac- tère et de sa générosité.La guerre de Crimée mit, on le sait, l’armée anglaise aux prises avec de grandes souffrances.Le service des ambulances était terriblement défectueux» Les femmes anglaises se jetèrent avec enthousiasme dans l’œuvre de secours qui s’incarna en la personne de miss Flprence Nightingale; lady Canning devint une de ses plus actives et plus utiles collaboratrices.Dans utie lettre 8 mars 1S55, on lit: ‘‘Je crois que je vais avoir toutes les nouvelles garde-malades sur les épaules, et je pense avec terreur à la légèreté avec laquelle L.parle d’écrire huit cents lettres et de voir huit cents femmes; c’est plus dur que de soigner les malades, mais je veux espérer qu’elle aura préparé les voies, et la semaine prochaine je me mettrai à l’œuvre, si lord Panmure le désire.” Lady Canning 11e se doutait guère qu’elle taisait son apprentissage pour une lutte bien plus épouvantable encore, contre des angoisses et des douleurs inouïes.En 1855, lord Canning, depuis plusieurs années directeur général des postes, pendant les ministères de lord Palmerston et de lord Aberdeen, reçut de ce dernier l’offre de succédera lord Dal-housie comme gouverneur général des Indes.Son ami de jeunesse, lord Granville, lui conseilla aussitôt d’accepter ; il avait, au physique et au moral, toutes les qualités voulues pour occuper cette haute situation.Grand, beau, très noble et distingué d’aspect, doué d’une intelligence au-dessus de la moyenne, excellent administrateur, travailleur infatigable, caractère énergique et ferme, orateur excellent, servi par une voix mélodieuse et pénétrante, il semblait né pour commander.Quant à lady Canning, elle fut guidée, en cette circonstance comme toujours, par le sentiment du devoir ; elle écrivit à sa sœur : “Je neveux me mêler en rien de la décision ; je veux seulement être prête à suivre comme un chien.Si ce 11’était que pour une année, ce serait délicieux, mais cinq ans, c’est terriblement long !” Hélas ! ce devait être pour l’éternité ! Lorsque lady Louisa vint d’Irlande faire ses adieux à cette sœur tant aimée, elle la vit pour la dernière fois ! Lord et lady Canning passèrent par Paris pour aller s’embarquer à Suez; alors commença cette correspondance-journal avec sa famille, dont une partie a été malheureusement détruite par un incendieront il nous reste assez pourfaire bien con- LE COIN DU FEU 337 naître l’esprit distingué, les goûts artistiques et l’âme d’élite de lady Canning.Reçue aux Tuilleries, elle rendait compte à sa mère de cette soirée : “ Cela me semblait étrange, dit-elle, de dîner hier aux Tuilleries avec cette nouvelle dynastie.Ils habitent le pavillon de Flore, et l’impératrice a deux salons très brillamment garnis de tapisseries, bronzes et soieries modernes peu de mon goût et très fastueux.Les sièges et les canapés sont arrangés assez confortablement, comme dans des pièces où l’on se tient habituellement.Le dîner eut lieu dans la galerie de Diane.J’étais près de l’empereur, Canning près de l’impératrice.J’avais pour cavalier l’amiral Tréhouart, un charmant vieux Breton, très enthousiaste de notre marine et de ce qu’on va faire en commun avec nous.Excepté l’empereur, il paraissait être le seul homme disposé à parler de la guerre.Le souverain est très attaché à l’alliance et plus guerrier que le pays.Après le dîner, la soirée se traîna lourdement, malgré beaucoup d'efforts pour la rendre agréable et sans cérémonie.On nous montra des photographies et la fameuse robe de point d’Alençon que l’impé-ratiice portail à la clôture de l’Exposition, sur un dessous de velours cerise.Elle nous l’a montrée elle-même.Elle se porte bien maintenant, et elle est toujours très jolie.Il n’y a pas beaucoup de vos anciennes connaissances ici maintenant ; j’ai vu Mmcs de Poix, Dclrnar et de Gontaut.Les maisons modernes sont magnifiques et merveilleuses, et j’ai trouvé la petite Walewska installée dans son palais somptueux.Morny m’a invitée à voir sa nouvelle collection de tableaux, et nous a offert un lunch à la Présidence, où il vit dans la splendeur.Il a un grand nombre de très beaux Meissonier.” Nous ne pouvons suivre lady Canning d’étape en étape, ni tapporter ici les impressions si variées que firent naître en elle ses voyages et son nouveau royaume.Elle arrivait aux Indes précédée d’une réputation qui l’effrayait.On la représentait comme une beauté, une artiste, botaniste émérite et bien d’autres choses encore, et elle craignait de désappointer tout le monde.Il n’en fut rien, car son charme agit promptement sur son nouvel entourage, comme il avait agi sur l’ancien.Mais les nuages noirs ne tardèrent pas longtemps à assombrir le ciel d’Orient qui éblouissait les yeux d’artiste de la vice-reine.Un peu plus d’une année s’était écoulée depuis son arrivée, lorsque le ton de ses lettres changea subitement.Un danger mystérieux, intangible, menaçait la poignée de blancs submergée dans l’Océan de flots bruns ou noirs qui couvrait le continent indien.Des signaux inexpliqués jetaient la terreur en tous lieux; c’étaient des feux qui s’allumaient spontanément partout où passaient les régiments indigènes soupçonnés de rébellion latente; des gâteaux distribués parla police indigène aussi, et dont la signification échappait aux autorités.On désarmait, on licenciait, et le mal s’étendait au lieu de diminuer.Lady Canning eut d’abord des illusions.Dans les premiers jours de mai 1S57, elle écrivait: “Nos ennuis avec les cipayes sont terminés.Canning a été très ferme !” Mais dès le n, elle signalait une révolte à Meerut, et un terrible télégramme envoyé par le lieutenant-gouverneur d’Agra.A partir de ce moment, le torrent insurrectionnel se répandit avec force.Ce que furent ces mots de terreur et d’horreur, tout le monde s’en souvient.L’énergie de lady Canning fut égale à celle de son mari, et c’est le plus bel éloge qu’on en puisse faire.Torturée par l’angoisse, parles récits des effroyables souffrances, du martyre de ses compatriotes, hommes, femmes et enfants, par l’attente perpétuelle de ces poignées de héros qui s’en allaient opposer leurs bras et leurs poitrines aux Ilots toujours grossissants d’un ennemi sauvage, lady Canning ne désespéra jamais, quel que fût le péril, quelque fût le découragement et, plus douloureuses que tout pourelle, quelles que fussent les attaques auxquelles son mari se vît en butte.Mais â quel prix se maintint ce courage que bien des hommes ne purent imiter ! La solitude presque complète à laquelle les événements avaient réduit la femme du gouverneur général fut énfin adoucie par l’arrivée de ses parents : le colonel et Mmc Charles Stuart ; et les premières paroles du colonel furent: “Connie Charlotte a maigri et vieilli ! ” Pouvait-il en être autrement ?En parlant de Lord Canning, il ajoutait : “ Rien de plus affectueux que notre réception par lord Canning, rien de plus franc, de plus ouvert que sa conversation sur les affaires publiques.Impossible de ne pas ressentir du respect et de l’admiration pour un homme qui a lutté avec des difficultés et des dangers si écrasants 33S LE COIN DU FEU et avec un courage si serein, un tel dédain des accusations et des calomnies, un homme si froidement et ineptemcnt soutenu par le gouvernement de la métropole, et qui a résolu, dans la bonne et la mauvaise fortune, de faire son devoir fermement, loyalement, avec autant d’humanité que la justice et la prudence pouvait le permettre.” Lorsque tout fut à peu près calmé, lady Canning écrivit : “ Je crois qu’on n’aurait guère osé espérer que les choses seraient en aussi bonne voie aujourd’hui.Partout nos troupes ont battu le gros des rebelles.Tout ce qu’on a entrepris sur une grande échelle a réussi.Ce sont seulement les petites entreprises mal conçues qui ont conduit aux désastres.” L’admirable femme était trop modeste pour parler de son propre rôle dans l’épouvantable drame qui venait de se dérouler pendant tant de mois, de ses angoisses constantes pour son mari de qui elle était parfois longuement séparée, dont le courage excitait en même temps ses craintes et son enthousiasme, de sa solitude absolue jusqu’à l’arrivée de Mmo Stuart, de ses jours d’attente, de ses nuits sans repos.Scs forces physiques et l’animation de sa jeunesse avaient disparu pour toujours, mais sa beauté s’était spiritualisée de telle sorte, la générosité de son âme donnait un tel caractère à son visage, que le souvenir en est resté plus frappant, pour ceux qui la virent alors, que celui de son charme juvénile.On aime à penser que cette horrible tempête eut du moins pour effet de chasser bien des nuages qui assombrissaient son horizon domestique.Lord Canning avait enfin rendu hommage à la beauté morale de la noble compagne qui l’avait aidé, sans faiblir un instant, à regarder en face des périls sans pareils et des attaques iniques ^ dont l’énergie patiente, le jugement éclairé, l’abnégation absolue, l’affection fidèle et la sympathie sans bornes avaient été pour lui autant de rocs inébranlables sur lesquels il s’était appuyé.Jamais il ne l’avait tant aimée ; jamais elle n’avait si bien joui de sa tendresse et de sa confiance.En ses longues absences, entourée d’hommes éminents qu’elle appelait '¦sesgénéraux,” et de quelques femmes distinguées, elle avait été l’âme de Calcutta.On disait d’elle que son intelligence si remarquable semblait un don destiné à la conduire droit à la vérité en toutes choses.La noblesse de son caractère et de son attitude, sa dignité, sa fermeté, avaient soutenu le courage de tous ; sa confiance en son mari avait éveillé partout un sentiment analogue.Toujours bonne, charitable, active, ne changeant rien à ses habitudes, sortant sans escorte extraordinaire, elle rassurait les plus effrayés.Son seul délassement était l’art, ses admirables paysages et surtout ses peintures de fleurs, ces fleurs qu’elle aimait tant, qu’elle prodiguait partout, ce qui lui faisait dire : “Je crois que mes jardins seront appréciés par celle qui me succédera !” Elles furent hélas ! pour quelque chose dans sa fin prématurée.L’Inde pacifiée, le gouvernement anglais, reconnaissant enfin la valeur de lord Canning, l’avait prié de prolonger son exil d'une année, car lui seul pouvait mener à bien l’œuvre de réorganisation.Terrible épreuve pour lady Canning ; elle comptait les jours qui la séparaient encore de sa chère famille, s’attristant des nombreux vides qu’elle trouverait dans son cercle de parents et d’amis, mais le cœur battant de joie à la pensée de revoiries survivants; toutefois elle ne songea pas un instant à se soustraire au nouveau sacrifice qu’on demandait.Ce fut leur perte à tous deux.Le 26 août 1861, lady Canning donna un grande fête en l’honneur du général sir Hugh Rose, qui venait de recevoir l’Etoile des Indes.“Jamais, dit-on, elle 11e parut plus royalement gracieuse et charmante que ce soir-là, dans sa toile’te de satin blanc et couronnée de lierre et de diamants.Personne ne soupçonnait qu’elle jetait son dernier éclat, que bientôt, ainsi que le dit le général Stuart, on cesserait de voir ces traits fins, délicats, d’une exquise beauté, cette physionomie si intelligente et charmante, parfois radieuse, plus souvent mélancolique, toujours remarquablement expressive.” Peu après, lady Canning partait pour une expédition à Darjeeling, site merveilleux dans les plus hautes montagnes, qu’elle désirait voir depuis longtemps.Le gouverneur général était à Allahabad.“Je vais seule, disait-elle ; je suis vieille maintenant, et je peux aller n’importe où, sans personne.” Ce séjour la ravit ; les orchidées y étaient splendides ; elle avait emmené un jardinier, et priait sa sœur de préparer une serre pour ses trésors ; ce serait une de ses joies dans la vie plus étroite qu’elle trouve- LE COIN DU FEU 339 rait en Angleterre, “ où elle serait obligée de réapprendre l’économie, de ne plus dépenser, et surtout de ne plus donner à volonté, ce qui était vraiment bien agréable”.Sa passion pour les Heurs lui devint funeste : un jour elle resta trop tard dans un lieu humide où s’épanouissaient des orchidées féeriques ; la malaria la saisit, et bientôt eut raison de cette organisation épuisée par le climat et les épreuves.Le voyage de retour fut pénible ; les pluies avaient défoncé les routes ; on avançait avec peine; les porteurs étaient parfois obligés de transporter le palanquin sur leurs têtes.La voyageuse arriva malade à Calcutta ; mais, ainsi qu’elle l’écrivait à sa belle-sœur, la marquise de Clanricarde, elle attendait Carlo (son mari) le lendemain.Et cela, c’était le remède suprême ! Le remède n’agit malheureusement pas! Quand lord Canning arriva, sa femme le reçut avec des soutires, et, pour le rassurer, voulut lui montrer scs dessins de Darjeeling, Quatre jours après, la maladie s’aggrava, et les médecins furent contraints de déclarer au vice-roi qu'ils n’espéraient pas la sauver.Lin entendant la sentence, cet homme si énergique s’évanouit! Le jour suivant, lady Canning reconnut son mari pour la dernière fois, et mit sa main dans la sienne avec un sourire d’une tendresse inexpiimable.Pendant quatre jours et quatre nuits, il ne la quitta pour ainsi dire pas ; et enfin, sans souffrance, sans spasmes, elle exhala son dernier soupir dans les bras de celui qu’elle avait tant aimé.Elle n’avait que quarante-cinq ans.Il Par l’influence du Conseil National des Femmes, une école de cuisine vient d’être fondée et mise sous les auspices de la “Young Women’s Christian Association.” Les dames françaises faisant partie du Conseil ne pourraient-elles pas suivre cet exemple, et doter notre ville d’un établissement analogue, qui serait si utile à notre population ?On donne chaque jour un cours simple pour les commençantes, des démonstrations pratiques pour les servantes, et des cours avancés, suivis d’un “ thé de cinq heures ” pour les dames.La manière défaire la lessive est aussi enseignée.Les billets pour le cours entier de dix leçons coûtent: $2.00 ; une simple admission, ajets; pour les servantes, i5cts.s Tous les ieu 'is une conférence sur l’art culinaire est donnée par Melle Mary F'.Millar.L’école est au No.2432 rue Ste Catherine.Mlle Gallimard a repris ses cours hebdomadaires d’HiSTOinE i:t de Littérature, dans la salle Hall &Sc >tt, rue St Catherine.Nous conseillons fortement aux jeunes filles du monde d’aller s’inscrire chez la conférencière (No.iSrue City Councillors) pour la série des huit conférences.Ces cours qui n’ont rien d’aride seront pour elles une charmante distraction dont elles retireront surtout des bénéfices intellectuels.La première conférence donnée la semaine dernière avait pour sujet : La Renaissance. cuisiné Gateau Lorne.Deux œufs, une tasse de sucre, une cuillerée à thé de beurre frais, une demi-lasse de lait, une tasse et demie de farine, une cuillerée à thé de jus de citron, une cuillerée à thé de poudre à pâte, Royal Baking Powder.Battez les deux jaunes d’œufs, ajoutez le sucre, le beurre, le lait, mêlez la poudre-à-pate à la farine, puis mêlez la farine avec le tout en ajoutant le jus de citron.Battez les deux blancs d’œufs en neige, et au moment de faire cuire, mêlez les avec le tout en brassant toujours de côté et par longs coups.Beurrez bien des moules et placez y cette de l’épaisseur d’un pouce.Faites cuire au four à feu modéré.POUR ORNER LE GATEAU LORNE.Battez un blanc d’œuf en neige en y mêlant une tasse de sucre pulvérisé.Quand le gâteau sera froid ornez le avec ce glacé.Dattes aux Amandes.Ebouillantez des amandes piquées et pelez les.Enlevez les noyaux de dattes bien fraîches et remplacez les par les amandes.Biscuits â la Farine Graham.Prenez une chopine de farine Graham (très grosse), défaites gros comme un œuf de beurre ¦ dans cette farine, ajoutez une cuillerée et demie â thé de Poudre Allemande, un peu de sel, une demi tasse d’eau tiède et une demi-tasse de lait tiède.(Le lait et l’eau doivent toujours être tiôdes.) Mêlez bien le tout, et placez cette pâte dans de petits moulesà gâteaux ; faites cuire au four, et servez bien chaud.Gateau Normand.Huit œufs, trois tasses de sucre, une tasse de beurre défait en crème, trois tasses de lait, une cuillerée â thé de soda à pâte, une cuillerée à thé de crème de tartre, quatre cuillerées à thé de poudre allemande, un verre à vin d’eau de vie.Battez les jaunes avec le sucre, battez les blancs en neige, laites dissoudre le soda à pâte dans le lait, mêlez la crème de tartre et la poudre allemande à la farine.Battez bien le tout en ajoutant assez de farine pour faire une pâte ferme.Taillez la pâte par ronds et faites cuire dans de le graisse bouillante.Saupoudrez du sucre pulvérisé quand ils seront froids. Conseils de la fttrt Grogqorj L’exagération, autant, sinon plus, que le mensonge, est l’ennemie de la Vérité.En réalité, on se défie plus d’un menteur que de celui qui cotoie la vérité en franc-tireur.Car le mensonge se dirige directement en sens inverse de la Vérité, tandis quel’exa-gération s’éloigne insensiblement de la ligne droite, tout en faisant mine de la suivre parallèlement.k Ne croyez pas, mes enfants, que je parle en intéressée quand je vous dis : Respectez les vieillards.Aux âmes bien nées et délica- ' mm «r-ï mw.tes, il est à peine besoin de suggérer ce sentiment.Il leur vient naturellement.Ne craignez pas, dans la rue de soutenir les pas d’un vieux mendiant si vous le voyez chanceler.Parlez toujours avec douceur aux personnes âgées avec lesquelles vous pouvez être appelées à vivre.Leur faiblesse, pareille à celle des petits enfants, n’attend de secours et de joie que de votte bonté.Honneur au cheveux blancs ! Que cette devise soit la vôtre et celle de vos enfants.Us CUfs-d’OÊuVre de la Littérature Universelle Job, écrit en Hébreu.Auteur et date incon.nus, les uns font de Job le plus ancien livre de la Bible, les autres le placenta l’époque des derniers rois de Juda.Homère, Xe siècle, a écrit l’Iliade, l’Odyssée en Grec.Personnalité légendaire.Ses épopées sont les plus anciens monuments de la littérature grecque.Hésiode, Ascra ?-Orchomène ?a écrit Travaux et Jours en Grec.Hésiode donnant des préceptes de' morale, d’agriculture, d’économie, même de bienséance, inaugure en Grèce la poésie personnelle.Isaïe, 785-694, a écrit Prophéties en Hébreu.Le plus grand des prophètes.La Bible contient les prophéties de quinze autres prophètes, de Jérémie, d’Ezéchiel, de Daniel, etc.Eschyle, Eleusis 525 ; Géla 456, a écrit Pro.rnéthée enchaîné, l’Orestie, les Perses, en G’ce.Le plus ancien et le plus grand des tragiques grecs ; tragédie encore anti-lyrique et religieuse.Pindare, Cynoscéphale?52o;Thébes?442, a écrit Odes en Grec.Le seul des lyriques grecs dont on possède des œuvres complètes et nombreuses.On a conservé les odes en l’honneur des vainqueurs aux grands jeux de la Grèce.Sophocle, Colone 395 4°S< a t-'cr't Œdipe Roi, Antigone, Electre, Gîdipe à Colone, en Grec• Tragédie plus humaine que celle d’Eschyle, d une haute portée morale, où les caractères et les sentiments sont profondément étudiés.H érodote, Halicarnasse 484 ; Thulium 406, a écrit Histoires en Grec.Le plus ancien historien grec qu’on ait conservé : très curieux, très informé, ses récits tienne t encore de l’épopée par la vie et la couleur pittoresque.Euripide, Salamine 4S0 ; Macédoine 402> a écrit Médée en Grec.Le 3e des grands tragiques grecs.Moins parfait que Sophocle, moins grand qu’Eschyle, se rapproche de l’humanité paisa peinture admirable des passions.Thucydide, Halimousqyi ; Ihrace 401, a écrit Histoire de la Guerre du Péloponèse en Grec.Thucydide est un grand esprit, impartial critique, qui fait à la fois la philosophie de l’histoire et le tableau pathétique des événements.Aristophane, Athènes?444 ; Athènes 380, a écrit Les Nuées, les Guêpes, les Grenouilles en Grec.Le plus célèbre poêle comique d’Athènes.Il a écrit avec un remarquable génie satirique et lyrique des comédies politiques, sociales, philosophiques, littéraires.Xénophon, Erchie 445; Corinthe 355, a écrit Mémorables, Anabase, en Grec.Disciple de 342 LE COIN DU FEU Socrate, dans les Mémorables il défend la mémoire de son maître.Génie simple, naturel et facile.Platon, Egine 429 ; Athènes 347, a écrit Plié-don, Criton, République en Grec.Disciple de Socrate, maître d’Aristote.D’un poète idéaliste il a l’imagination et le style.Dèmosthène, Pæania38s ; Calaurie 322, a écrit Discours sur la Couronne, Philip pi ques, en Grec.Le plus grand orateur de l’antiquité, admirable de simplicité, de pathétique naturel et puissant, de dialectique précise et serrée.Aristote, Stagire 384 :Ghalcis 322, a écrit Rhétorique, Politique, Métaphysique en Grec.Précepteur d’Alexandre, le plus grand esprit scientifique de l’antiquité.Il a fait la théorie dtt syllogisme, et sa logique a régné dans les écoles du moyen âge depuis le XIlie siècle.Plaute.Sarsine 254; Rome?184, a écrit Aululairc, Amphitryon, Ménechmes en Latin.Moins fin que Térence, il le vaut par la verve bouffonne, par le mouvement et la vie du dialogue.Cicéron, Arpinum 106; Formies 43, a écrit Verrines,Philippiques, de l’Orateur, en Latin.Le plus grand orateur de Rome; il a infiniment d’art.Dans ses traités philosophiques, il a vulgarisé les principales idées de la philosophie grecque.Lucrèce, Rome 98;.54, a écrit De la Nature en Latin.Grand poète matérialiste : il a devancé par ses hypothèses certaines théories de la science contemporaine.Virgile, Andes 70 ; Blindes 1, a écrit Enéide, Géorgiques en Latin.Le plus célèbie des poètes remains.11 a beaucoup de tendresse et de sensibilité.Son Enéide fut le poème national de 1 Italie.Horace, Vénusie 64; Rome 8 avant Jésus-Christ, a écrit Odes, Satires, Epines en Latin.Poète fin et spirituel, il n’a réussi qu’à moitié dans l'ode ; c’est un épicurien d’espiit pratique et de bon sens malicieux.Tite-live, Padoue 59 ; Padoue 19 après Jesus-Christ, a écrit l’Histoire romaine en Latin.Historien orateur.Les Annales sont l’histoire de Rome.Mous n’en possédons que 35 livres sur 142.Epictète, Hiérapolis-Nicopolis , 1er siècle, a écrit Entretiens en Grec.Stoïcien: ses conversations ont été réunies parson disciple Arrien ; c’est un des plus beaux et noble livres de l’antiquité.Plutarque, Chéronéeso; Chéronée?140, a écrit Vies des Hommes Illustres en Grec.Biographe et moraliste.Outre ses Vies, il a laissé des Œuvres morales.Tacite, Interamna ?54?-i2o, a écrit Annales» Histoires, en Latin.Grand historien, moraliste pénétrant et pessimiste ; peintre admirable ; ses récits et ses portraits ont une vie intense.Marc-Aurèle, Rome 121 ; Vienne 1S0, a écrit Pensées en Grec.Empereur romain qui s’adressait “à lui-même ” ces pensées, examen de conscience d’une des âmes les plus pures, les plus désintéressées, les plus attachées au devoir qu’il y ait jamais eu.Saint Augustin, Tagaste 354; Hippone 430, a écrit Confessions, Cité de Dieu, en Latin.Le plus grand des Pères de l’Église ; philosophe et théologien profond, âme ardente et passionnée, écrivain éloquent et vigoureux.Longus, Ve Siècle, a écrit Daplmis et Chloé en Grec.Roman pastoral, description d’une passion naïve et sensuelle ; le style est mièvre et plein de rhé torique.Mahomet, La Mecque 571 ; Médine 632, a écrit Coran en Arabe.Livre sacré des musulmans.Chanson de Roland, écrit en Français.La meilleure de nos chansons de geste : œuvre encore grossière, mais forte et pathétique, où est exprimé l’idéal de l’héroïsme féodal.Les Mille et une Nuits écrit en Arabe.Contes arabes composés à diverses époques.Traduits en français par Galland, en 1704.Les Nieiielungen écriten Ai/eni.Poème épique de l’Alkmagne du moyen âge, écrit ou co-ordonné d’après d’anciennes sagas par Henri d’Oflèrdingen.Dante, Florence 1265 ; Ravenne 1321, a écrit La Divine Comédie en Italien.Principal créateur de la poésie italienne moderne.Un souffle puissant de satire et de lyrisme anime son poème, encyclopédie des idées théologiques, philosophiques et soci des du moyen-âge.Pétrarque, Arezzo 1304; Arqua 1374.a écrit Canzones et Sonnets en Italien.Il a composé la plupart de ses poésies amoureuses en l’honneur de Laure de Noves.Boccace, Paris?1313 ; Certaldo 1375, a écrit Décaméron en Italien.Recueil de contes d’un style et d’une originalité remarquables, mais d'une grande légèreté. LE COIN DU FEU 343 Imitation de Jésus-Christ écrit en Latin.Le plus beau livre mystique du moyen âge.N’est pas, sans doute, d’une seule main ni d'une seule époque.Machiavel, Florence 1469; Florence 1527, a écrit Le Prince en Italien.Historien et écrivain politique : il fait de la politique un art, indépendant absolument de la morale.Akioste (L’), Reggio 1474;.1533, a écrit Roland Furieux en Italien.Poème héroï-comique, écrit avec un ait inimitable.Rabelais, Chinon 1495 ; Paris 1553, a écrit Gargantua et Pantagruel en Français.Ce roman bouffon et obscène est un chef-d’œuvre par le sens du réel et de la vie qui s’y révèle, par la verve étourdissante du style, par la philosophie qui s’en dégage, toute positive et indulgente aux instincts naturels.Ronsard, Vendôme 1524; Croix-Val 15S5, a écrit Odes en Français.Le plus grand lyrique français de la Renaissance.Chef de la Pléiade.Lettres d'uqe /^arraitje a sa Filleule.{Suite).X Votre mari m’écrit, ma chère enfant, que votre santé est excellente, et que vous réclamez instamment une longue lettre de moi ; vous voulez que je vous écrive, M.de Guymont le désire, votre médecin le permet.Je n’avais pas besoin de toutes ces bonnes raisons pour m’installer à mon petit bureau et pour m’occuper de vous, car ce plaisir est le plus vif parmi ceux que je puis éprouver, mais ces raisons sont les bienvenues.J’étais retenue par un scrupule peut-être exagéré, à coup sûr désintéressé : je craignais de vous fatiguer durant ces premiers jours où le repos est si nécessaire, et j’avais supprimé ma correspondance avec \ous.Je me hâte de la reprendre; avec quelle joie ! je n’ai pas besoin de vous l’exprimer.— Ne cra giuz pas, ma chèie Hélène, que je vous enlève mon affection pour la reporter sur votre petite fille.M.de Guymont me fait part de votre jalousie à cet égard ; il me décrit vos combats intérieurs, et me dit que vous êtes partagée entre le regret de 11’être plus la principale affection de ma vie, et l’amour-propre maternel, qui vous fait souhaiter que la petite Marie soit adorée par moi.Ma tendresse pour vous est du nombre des sentiments qui, au lieu de diminuer, augmentent en se divisant.C’est le privilège des sentiments sincères ; et voilà pourquoi les mères vraiment mères aiment non-seulement tous leurs enfants, mais encore leurs petits-enfants ; or, je ne puis m’empêcher de reporter sur Marie la tendresse que j’aurais pour elle si vous étiez réélit ment ma fille.Vous pouvez être tranquille, le cœur de votre vieille amie s’enrichit de tout ce qu’il donne, et je vous aime d’autant plus que j’ai deux êtres à aimer en vous.Je vais faire une vilaine action : je viens dénon.cer votre mari ; il s’amuse à vos dépens : il m’écrit que, pour vous satisfaire, il rentre chaque jour accablé par le poids de tousles traités d'éducation que vans lui faites acheter ; il lui semble très-plaisant que vous vouliez vous occuper immédiatement de l’éducation de Marie, qui a quinze jours ; il trouve qu’elle est bien jeune, et que vous pourriez attendre quelque temps avant de vous livrer à ces soins.F.h bien ! dussé-je ébranler la confiance qu'il me témoigne, je vous donnerai raison contre lui ; dites-lui que ses plaisanteries m’ont amusée sans me convaincre ; il s’agit en effet, non pas de l'éducation de votre fille, mais de la vôtre.Avant d’élever les enfants, il faut élever les mères, et il faut applaudir au désir que vous manifestez d’acquérir toutes les lumières possibles par l’étude et la comparaison des différents livres qui traitent de ce sujet.Lisez-les, ma chère Hélène, lisez-les tous, si vous le pouvez.Les systèmes ne sont jamais entièrement et utilement applicables : mais vous trouverez partout une petite somme de vérité ; votre intelligence, votre instinct maternel vous apprendront à les dégager des erreurs et à les appliquer dans les occasions où ils pourront produire un bon résultat.Vous trouverez peut-être cette recommandation un peu vague ; je vais essayer de la préciser.Pour élever votre fille (voyez comme cette expression est heureusement choisie ! élever, c’est-à-dire placer plus haut a point de vue moral et intellectuel.), pour élever 344 LE COIN DU EE U votre enfant, il faut que vous vous éleviez vous-même.Votre instruction, vos bonnes qualités ne suffisent plus; il faut augmenter l’une, il faut donner aux autres un plus grand développement.Vous devez en toute occasion, pour inspirer à votre enfant la foi qui est nécessaire à l’efficacité de vos enseignements, mettre votre conduite en rapport parfait avec vos conseils ; i 1 faut donc veiller sans cesse sur vous.Un philosophe, dont j’ai oublié le nom, a dit la vérité est l'identité parfaite des actions avec les paroles ; les enfants, sans avoir étudié les écrits de ce philosophe, ont l’instinct très-développé de la nécessité de celte identité.Si on leur prêche la patience, la modération, la sobriété, et qu’on leur donne journellement l’exemple des défauts opposés aux qualités que l’on exige d’eux, il en résultera, dans leur jeune intelligence, un trouble qui se manifestera dans le sens parti either à leur organisation, et dont les effets seront également fâcheux ; s’ils suivent les préceptes qu’on leur enseigne, ils auront peu de considération pour ceux qui les démentent sous leurs yeux ; si au contraire ils trouvent plus commode d'imiter les exemples qu’on leur donne, iis s’habitueront à considérer ces préceptes comme insignifiants.C’est la nécessité de veiller sans cesse sur soi-même, et de se perfectionner pour pouvoir conduire ses enfants au perfectionnement, qui rend le titre de mère si sacré.Une femme n’est point respectable par cela seul qu’elle est mère de famille.Si elle se borne à donner l’existence à ses enfants ; si, ainsi que j’en ai vu des exemples, elle leur offre quotidiennement le spectacle d’une humeur tra-cassière, violente, en les faisant assister aux déplorables conséquences des mauvais sentiments qui la dominent ; si les enfants voient leur mère en proie à la colère, à l’envie, ils peuvent avoir pour elle ce respect tiède que le devoir leur commande, mais ils ne peuvent l’honorer comme le vivant exemple des vertus qu’on leur a enseignées.Laissez donc M.de Guymoni rire de nous, et occupez-vous dès à présent de l’éducation de Marie.Le sentiment du juste et de l'injuste existe chez les enfants dès leur naissance ; ils ont des caprices, de petites volontés iniques, auxquelles il faut bien se garder de céder, sous peine de leur apprendre que leurs cris et leurs exigences ont le pouvoir de changer les résolutions que l’on a prises ; la faiblesse est le plus sûr moyen d'éterniser les luttes avec les enfants comme avec les grandes personnes, et les concessions ont pour résultat de multiplier indéfiniment les exigences.Mais si je vous prêche la fermeté, c’est à la condition qu’elle soit toujours accompagnée de la justice.N’oubliez pas que si vous voulez toujours être infaillible aux yeux de votre enfant, il doit respecter votre volonté, non-seulement parce qu’elle sera vôtre, mais parce qu’elle sera juste dans ses causes et sensée dans ses résultats.Il ne faut doncpas contrarier inutilement votre enfant, en multipliant les interdictions et les recommandations ; mais il ne faut jamais revenir sur vos décisions quand vous les aurez exprimées.La faiblesse produit inévitablement l’importunité et la désobéissance,car l’enfant apprendque ses instances peuvent arracher un consentement que l’on refusait, et il en conclut logiquement que le refus était inutile,et qu’il peut enfreindre les interdictions sans inconvénient.De plus, la faiblesse et la violence vont toujours de compagnie, et j’ai vu beaucoup de parents, cédant à un mouvement d’impatience causé par l'obstination de leurs enfants, leur administrer des châtiments corporels qui prouvaient à ceux-ci non pas le droit du plus juste, mais le droit du plus fort.J’ai eu pour voisine une jeune femme qui avait deux petits enfants ; elle les aimait beaucoup et les élevait fort mal, quoiqu’elle s’en occupât sans cesse ; sa tendresse, mal entendue, la rendait incapable de supporter leurs cris et leurs emportements, et lorsqu’elle perdait patience, il lui arrivait quelquefois de les frapper.Or les enfants ne s’y trompent pas : ils compte ment fort bien qu'au lieu de leur infliger un juste châtiment, on exerce une vengeance, et les corrections de cette nature ne les corrigent jamais.Je travaillais un jour près d’elle ; son petit garçon, âgé de deux ans, vint me demander mon peloton de fil ; je lui dis que je ne pouvais le lui donner, puisqu’il m’était nécessaire, et je lui fis un petit peloton dont il se contenta, et qui l’amusa quelques instants.Mais il est bien difficile de borner ses désirs ! Cette vertu est sj rare chez les hommes qu’on ne peut l’exiger des enfants.Le petit garçon voulut s’emparer de mes ciseaux ; je lut démontrai que cet instrument pourrait être dangereux pour lui, et je le refusai ; il se mit à crier.Sa mère, ennuyée de voir notre con- LE COIN DU FEU 345 versation interrompue, allait lui donner les ciseaux; je réussis à l’en empêcher.Alors l’enfant, exaspéré par une résistance à laquelle on ne l’avait pas accoutumé, se sauva dans le salon voisin, où il se mit à rugir comme si on l’eût écorché : je retins sa mère près de moi, et je repris tranquillement notre conversation.L’enfant continuait à crier; seulement il faisait quelques pauses, et avançait par fois sa petite tête frisée afin de bien s’assurer que l’on n’accourait pas près de lui.Lorsqu’il lui fut bien démontré qu’il criait en vain, il se tut, et revint près de nous honteux et calmé.Quand ses enfants étaient intraitables, nu voisine m’envoyait chercher.Je n’ai jamais donné une chiquenaude à ses enfants; ils m’ont toujours obéi et m’ont toujours aimée.“ Je n’y comprends rien, me disait leur mère en soupirant; vous en faites tout ce que vous voulez ! Vous devriez bien me donner votre recette.” Cette recette était fort simple : je ne les contrariais pas inutilement ; je supportais patiemment leurs petites fantaisies quand elles n'avaient pas d’inconvénients sérieux ; je motivais toujours mes refus en leur démontrant avec tendresse que leur propre intérêt me défendait de consentir à lcuis demandes, et enfin je ne me laissais jamais ébranler par leurs prières, leurs larmes et leurs emportements.Il est très-fatigant de crier et de pleurer; les enfants ne s’imposent pas cette fatigue gratuitement, et lorsqu’ils sont bien certains de ne rien gagner en se mettant en colère ils suppriment ce procédé violent.Ma recette (comme disait ma voisine) est applicable à tous les âges et dans toutes les situations, et les personnes faibles, celles qui ne peuvent supporter les violences d’autrui et qui les éternisent en voulant y échapper, devraient bien en essayer.Mais les caractères faibles ne considèrent que le moment présent ; la lutte leur paraissant insupportable, ils cèdent pour la faire cesser; ils cèdent, sans tenir compte du préjudice qui peut être causé par leur complicité avec des êtres toujours injustes, et quelquefois méchants ; pourvu que leur chaîne soit momentanément allongée, peu leur importe de la rendre toujours plus lourde.On emploie fréquemment avec les enfants un système qui me semble funeste : on les effraye en leur parlant des Croquemitaines, des loups-gmous qui viendront les dévorer s’ils ne sont pas sages ; ou bien encore, on les entretient de l’existence d’influences [surnaturelles qui dénoncent leurs petites fautes à leurs parents.Ces moyens sont dangereux et puérils : si l’enfant ajoute foi à ces discours, il est malheureux, il devient poltron ; son imagination, toujours vive et ardente, peuple le monde de fantômes effrayants ; si, au contraire, sa raison est assez ferme pour admettre le doute sur ce chapitre, il apprend à suspecter la bonne foi de ses parents, et, ne sachant pas distinguer le vrai d’avec le faux, il arrive insensiblement à n’accorder aucune confiance aux affirmations qu’on lui fait.C’est là un résultat qu’il faut éviter à tout prix, et l’on n’y parvient qu’en disant la vérité aux enfants dans toutes les occasions, au lieu d’appeler à son aide des contes de bonne femme et des mensonges effrayants dont il faut plus tard s’appliquera détruire l’influence II vaut mieux surveiller soigneusement les enfants que de les placer sous la surveillance chimérique d’agents surnaturels.Il faut connaître leurs actions, leurs petits mensonges, et non pas leur dire qu’on en est averti par le petit doigt ; il finit enfin en toute occasion chercher un appui dans la raison et la vérité, au lieu d’agir sur leur imagination par des assertions dont ils ne sont pas longtemps dupes.Il n’y a pas d’autre moyen de leur inspirer le respect qu’ils doivent éprouver pour ceux qui les élèvent, et ce respect est indispensable à la moralité des enfants,ainsi qu’à l’efficacité des enseignements qu’ils reçoivent.Avec eux, en effet, il faut toujours joindre l’exemple au précepte, et le premier est bien plus frappant c,ne le second, car leur intelligence perçoit difficilement les idées abstraites.Il faut donc éviter de les induire volontairement en erreur: en leur donnant l’exemple du mensonge, on leur donne le droit de le pratiquer à leur tour.Les enfants sont des questionneurs éternels: le génie maternel inspire les femmes et leur enseigne à mettre les explications à la portée des jeunes intelligences qui les interlogent ; il est cependant des explications qu’on ne peut leur donner, et dans ce cas il est facile de leur faire comprendre que, de même qu’ils ne sont pas assez grands pour atteindre un objet placé un peu haut, leur esprit ne pourrait saisir des explications au-dessus de sa portée.(-4 Suivre.) E//i.Raymond. ax O’Rell et ,f Les Colonies ” VIII (Extrait Je son dernier ouvrage : Anglais et Boers.) ÏM.'Iti Ce n’est ni par son intelligence ni par ses talents que John Bull a créé l’immense empire britannique : c’est par la force de son caractère.Thomas Carlyle appelle John Bull l’être le plus sage, le plus plat et le plus stupide au monde.( i) Il est vrai qu’il est lent à concevoir, mais, quand il a pris une résolution, aucun obstacle ne saura l’empêcher de la mettre à exécution.11 y a trois qualités qui assurent le succès à ceux qui les possèdent; John Bull les possède toutes trois: un audace qui lui fan tout entreprendre, une persévérance acharnée qui le fait aller jusqu’au bout, et une philosophie qui lui fait considérer les défaites qu’il a essuyées comme autant de victoires morales qu’il a remportées.11 ne se lient jamais pour battu; il ne met jamais en doute le succès de ses entreprises, et la bataille n’est-elle pas à moitié gagnée quand on est sûr de la victoire ?Maintenir l'empire britannique, un empire de plus de quatre cents millions d’individus éparpillés sur la surface de la terre, agrandir cet empire tous les jours, par la diplomatie, par une discrétion qui semble n’y point toucher, sans fonctionnaires, avec une poignée de soldats et plus souvent de simples volontaires, voilà, certes, il faut le reconnaître, qui est merveilleux.Et, à l’neure qu’il est, je puis affirmer que pas une seule colonie ne cause à la maison John Bull et C la moindre appréhension.Un magistrat et une douzaine de policemen administrent et tiennent en respect des districts plus étendus que cinq ou six départements français.La justice est faite aux naturels avec autant de partialité qu’aux colons.Point de lynch law, (2) comme en Amérique.Le nègre, accusé du crime le plus atroce, passe en jugement, et c’est un jury qui décide s’il est innocent ou coupable.Toutes ces jeunes nationalités du Canada, de L’Australie, de la Nouvelle-Zélande eide l’Afrique (1) Montesquieu a'dit : “Il n’y a que les Anglais qui aient du bon sens en ce monde.’’ Voltaire a dit à peu près la même chose.du Sud jouissent de la liberté la plus complète, liberté politique et liberté sociale.Les Anglais respectent leurs susceptibilités à ce point que, pendant ]a guerre du Transvaal, le parlement du Cap ayant décidé qu'il serait refusé à l’Angleterre de débarquer ses troupes à Cape-Town, le général Roberts et son armée furent obligés d’aller débarquer à Durban, dans la colonie du Natal, et arrivèrent tiop tard pour sauver le général Colley, qui fut tué à Majuba, et son armée qui y fut décimée.John Bull ne se considéra pas plus chez lui au Cap en cette occasion qu'un père ne se considérait chez lui dans la maison de son gendre.Pendant mon séjour en Afrique, une troupe d’artistes annonça un concert à Bloemfonteint capitale de la république des Boërs.Selon 1 ha bitude anglaise, le programme devait se terminer par le God save the Queen.C’était là, de la part des artistes, un manque de tact.Les autorités ordonnèrent aux artistes d'enlever ce numéro du programme.S’il prenait fantaisie à quelque artiste, en Angleterre, en Australie ou au Cap, de chanter Dieu protege le president de la république des Boërs, je garantis que personne n’y verrait d'objection et que personne n’y mettrait obstacle.Au contraire, les Anglais se diraient probablement : “ Tiens, voilà une chanson que nous ne connaissons pas ; allons donc l’entendre.” Le premier magistrat, le chief justice, de la ¦colonie de Victoria, en 1892, était un républicain, partisan de l’autonomie australienne.Il ne cachait ses opinions à personne ; mais ses talents comme jurisconsulte et la réputation d’homme intègre étaient si connus et appréciés, que John Bull n’hésita point un instant à le placer à la tête de la magistrature de la colonie.(2) Quand un nègre, aux Etats-Unis, est accusé par la population d’avoir commis un meurtre ou un attentat à la pudeur, innocent ou coupable, il est saisi, et, séance tenante, conduit au supplice le plus horrible.On l’écorche, on le pend ensuite, puis on crible son corps de balles.I.a justice ferme les yeux et se croise les bras. LE COIN DU FEU 347 Tous ces pays nouveaux, qui sont autant de débouchés pour le commerce du monde, ne sont pas accaparés par les Anglais pour leur propre usage seulement.L’étranger peut y venir et s’y installer sans avoir aucune formalité à remplir, aucune taxe à payer.Il peut continuer à y parler sa langue, y suivre sa religion et y jouir de tous les droits de citoyen.Et, s’il n’est ni trop entêté ni trop âgé pour apprendre, il pourra prendre de bonnes leçons dans ces pépinières de la liberté.Si je n’ai pas réussi à ] rouver (pie, malgré leurs mille et un travers, les Anglo-Saxons sont les seuls peuples de la terre qui soient parfaitement libres, j’ai perdu mon temps, et je vous ai fait perdre le vôtre, chers lecteurs.Les habitants des colonies sont fiers aujourd’hui de s’appeler Australiens, Canadiens et Africains.L’esprit national s’accentue tous les jours, et c'est John Bull lui-même qui l’alimente.Tout Anglais qui va s’établir aux colonies cesse, après quelques années, d’être Anglais ; il est Canadien, Australien ou Africain, et jure par sa nouvelle patrie, (i) Ces Anglo-Saxons ont l’aptitude, la science gouvernementale innée en eux, et c'est par pure politesse envers la vieille Angleterre qu’ils acceptent des gouverneurs, et encore à la condition formelle qu'ils ne s’occuperont pas plus de politique que ne le font la reine et les membres de la famille royale.Si la reine se permettait de dire en public qu'elle préfère les conservateurs aux libéraux, h monarchie anglaise n’aurait pas dix ans à vivre.Si le gouverneur de quelque colonie se permettait de parler en public autrement que par la bouche des ministres élus par le peuple, la colonie proclamerait son indépendance, la semaine suivante,et le gouverneur auruità s’embarquer sur le premier paquebot en partance.Si jamais aucune des colonies anglaises proclame son indépendance, elle gagnera en prestige à ses propres yeux, mais elle ne sec ruera aucun joug, elle ne pourra être plus libre qu’elle ne l’est aujourd’hui.Ce sera une succursale assez forte pour faire ses affaires sans le secours de la maison mère, qui l’avait guidée dans ses premiers pas sans jamais lui demander compte de ses actions.(i) Ceci n’est pas tout à fait vrai quant au Canada.Une bonne moitié de3 colons anglais seraient prêts à sacrifier leur pays d’adoption à la mère-patrie.(Note de la rédaction.) Il y a beaucoup de gens en Angleterre qui s’imaginent que l’avenir réserve à l’empire britannique une confédération ayant son centre à Londres.S’il est, dans tous les voyages que j’ai faits chez les Anglo-Saxons du monde entier, une conviction profonde que j’aie acquise, je dis une conviction et non pas une impression de voyage, c’est que les colonies n’accepteront jamais la réalisation de ce rêve auquel se livrent plusieurs chauvins anglais.D’abord, les colonies sont beaucoup trop jalouses les unes des autres pour accepter l’amalgamation.Chacune voudra conserver son individualité et sa nationalité.De plus, aucune d’elles n’aie moindre désir de se voir compromise dans les querelles que l’Angleterre peut avoir un jour avec quelque nation européenne.John Bull ferait bien de rayer les mots Confédération britannique de ses papiers.A l’exception du Canada, qui pourrait bien un jour faire partie des Etats-Unis, les colonies resteront succursales delà Maison John Bull etCie, où elles seront indépendantes.Pour penser autrement, il ne faut pas avoir tâté le pouls de ces pays-là.Pour tout homme jeune, sobre, travailleur et persévérant, aucun pays ne présente plus d’avantages et plus d’avenir que les colonies.Ces colonies n’ont que faire de jeunes Européens blasés qui viennent leur oftrir des restes.Les colo des sont comme de belles jeunes filles qui ont la conscience de leur valeur : elles n’ont aucun désir qu’on les épouse pour faire une fin.Pilles ont déjà trop de rebut.Ce qu’il leur faut, c’est de la jeunesse fraîche, ardente, des travailleurs de toutes sortes, des artisans intelligents, des viticulteurs, des agriculteurs, des gens sains de corps et d’esprit, intègres, pratiques et laborieux.A ceux-là elles promettent le succès, et invariablement tiennent leur promesse.Si j’avais vingt ans, j’irais peut-être m’établir en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada, ou en Afrique.Mais j’arrive à l’âge où l’on se cramponne au passé, où l’on ne saurait rester encore jeune qu’à l’aide des souvenirs et du même entourage.Je suis trop accoutumé à ma vieille Europe pour pouvoir aujourd’hui m’en passer.Après avoir été des années à voyager sans cesse à travers t jus ces pays nouveaux, il me tarde d’aller 34» LE COIN DU FEU revoir quelque ruine qui me rappelle que le monde ne date pas d’hier.La veille demon retour en Europe, sir Thomas Upington, l’aimable et spirituel magistrat de Cape-Town, me disait: — Eh bien, après tous ces voyages, qu’allez, vous faire maintenant?— Ce que je vais faire ?lui dis-je, je vais maintenant rentrer en Europe et aller contempler un vieux mur couvert de lierre.Max O'Rell.Il y a un trait de caractère du colon Anglais que l’auteur n’a pas saisi ou n’a peut-être pas voulu fixer.C’est l’arrogance qui, s’inspirant de la maxime bien connue: Le soleil tie se couche jamai5 sur l'empire britannique, et transplantée en Amérique, atteint un développement extraordinaire.L’insulaire, le véritable anglais, lui, subit le contact des nations européennes, et ce frottement avec d’autres peuples supérieurs adoucit quelque peu les angles de sa présomption naturelle, tandis qu’au Canada le plus insignifiant “ briton," loyalist, le dernier épicier English-speaking se croit seul au monde, et arpente en conquérant la petite portion du globe comprise entre sa boutique et sa boarding house.Une bienheureuse ignorance alimente son orgueil : Aux innocents les mains pleines.Facultés Feir\it|it\es Nous citerons quelques traits du caractère féminin tracés dans un ouvrage célèbre.Il faut prévenir nos lectrices que le portrait n’es pas flatté.Ce que nous perdrons en satisfaction d’amour propre devant cette image .fidèle, —1 assure son auteur,— nous le gagnerons en connaissance de nous-mêmes.CURIOSITÉ.La curiosité est un désir empressé d’apprendre, de s’instruire, de savoir des choses nouvelles.Toutes les parties de cette définition conviennent-elles bien à la curiosité des femmes ?Nous ne le pensons pas ; ou du moins, toute la signification qu’elle renferme ne lui est pas applicable.La femme n’a pas cette curiosité de l’intelligence qui scrute les profondeurs de la science, les secrets de la nature, et qui souvent se brise contre les mystères que Dieu nous cache.On ne la voit point, comme l’astrologue de la fable, interroger le cours des astres, et chercher à découvrir quelque chose de caché dans les cieux.Son esprit n’a pas la persévérance nécessaire ; son inconstance naturelle s’y oppose.Elle est antipathique aux rêves, aux systèmes, aux théories qu’enfante l’orgueil des savants.Elle ne va point, ainsi que l’homme, brûler ses ailes à cette lumière.La curiosité qui la domine est différente.En elle, cette passion est la pourvoyeuse du babil.Peu lui importe quelles lois gouvernent les cieux, quelles découvertes ont enrichi la science ; ce qui lui importe, c’est de savoir ce qu’on dit de telle ou telle personne, ce que fait telle ou telle autre, quels sont les petits scandales.Comment passer, sans cela, les longues heures de ses journées ?de quoi s’entretenir avec ses amies ?Quelques petites médisances, c’est le sel de ces conversations de femmes dans lesquelles les absents ont toujours une si large part.C’est cette curiosité indiscrète qui viole le sanctuaire de la demeure privée, qui entre au sein de la vie domestique, qui surprend au vol les actions les moins importantes, qui déco livre les plus cachées, et qui soumet tout ce qu’elle apprend à ses perfides interprétations.Rien n’est muré, rien n’est sacré pour elle.Il est des femmes qui passent leur vie entière à étudier ce que font les autres et comment ils vivent.Leur malignité ne respecte rien, ne recule devant aucunes conséquences.La réputation la plus intacte tombera sous les coups de leur langue venimeuse.Presque toujours elles j igent sur des apparences, souvent trompeuses ; par conséquent, les jugements qu’elles portent sont sans fondement ; mais peu importe.L’important pour elles, c’est peut-être moins de savoir que d’interpréter, et dans leu LE COIN DU FEU 349 passion détestable, la méchanceté est si intimement unie à la curiosité, qu’elles ne s’enquièrent jamais que de ce qui peut être désagréable, ou de ce qui peut nuire à autrui.Presque jamais vous ne les verrez cherchera pénétrer le secret d’une bonne action, à moins qu’elles ne veuillent en tenir le mérite.Elles ne s’informeront point de ce qui peut honorer quelqu’un, ajouter à l’estime qu’on a de lui.Leur curiosité ne fera jamais d’efforts pour découvrir les moyens de rétablir une réputation attaquée injustement.Mais s’agit-il de déverserle blâme, de médire ou de propager la calomnie, de mettre toute une ville dans le secret d’une intrigue, d’arracher les voiles qui couvrent une faute igno.rée : elles feront tout cela avec bonheur.La raison qui fait que la m alignité est si étroitement liée à la curiosité cluz les femmes, c’est la rivalité qui les divise.Sans qu’elles se rendent compte de cela, elles croient que les fautes d’autrui rehausseront leur propre conduite, et donneront de l’éclat à leurs vertus.Puis, elles ont à exercer une foule de petites vengeances qui sont les armes de la guerre incessante qu’elles se font entre elles.La curiosité des femmes, surtout quand elle aies tendances que nous signalons ici, est un fléau dans le sein de la société.Celles qui en sont exemptes sont d’autant plus remarquées, respectées et dignes de l’être, qu'elles ont plus besoin de sagesse et de fermeté d’âme, pour résister à l’exemple contagieux donné par le grand nombre.11 est un autre genre de curiosité auquel les femmes sont très-sujettes.La mobilité de leur système nerveux leur lait un besoin incessant d’émotions, de sensations nouvelles.Elles manifestent sous ce rapport une curiosité extraordinairement avide.Cela tient presque autant à l’organisation qu’au moral.Ce besoin est si fort chez les femmes, qu’il leur faut des émotions à tout prix.A défaut d’agréables, elles en chercheront de pénibles.C’est un aliment pour elles ; bon ou mauvais, il faut qu’elles le prennent.C’est celte curiosité qui pousse les femmes, au perd de leurs jours, au spectacle des batailles, au milieu des émeutes, qui les amène, en plus grand nombre que les hommes, au sein de ces agitations populaires si lécondes en dangers de toute sorte.C’est elle aussi qui leur fait vaincre les suscep- tibilités de leur nature, au point de les conduire aux exécutions où elles sont toujours en majorité.Ces horribles spectacles les font frémir, les rendent malades ; mais elles y trouvent des émotions, c’était ce qu’il leur fallait.Cette avidité d'impression, cette curiosité de sentir et d’éprouver, c’est quelquefois une cause d’inconduite chez les femmes.Nous avons souvent pu observer de semblables faits.D’autres fois, nous avons vu des femmes amener de sang-froid les situations les plus dramatiques, pour obéir à ce penchant, à ce besoin de leur nature que nous signalons.Quand la curiosité se fait l’auxiliaire de la jalousie, chez les femmes, elle peut produire les plus funestes conséquences.Ces deux passions marchent escortées de tous les vices imaginables.Rien ne leur coûte : les secrets, elles les dévoilent ; elles violent le sceau des lettres; elles emploient la corruption.haine.Nous invitons le lecteur à voir l’article haine, dans notie livre des Fassions, pour se faire une juste idée de cette passion et pour bien connaître sa source.La haine, chez la femme, est une passion moins réfléchie que chez l’homme.Cela tient à ce que son intelligence juge moins bien la valeur réelle des êtres, elle manque pour cela des notions scientifiques nécessaires, de l’aptitude à réfléchir et à s’occuper de raisonnement et de logique.Mais, ce qu’elle perd de ce côté, elle le gagne par le cœur et par la sensibilité ; si elle juge moins que nous, elle sent bien davantage.Elle a une puissance de cœur étonnante, une délicatesse de sensibilité que nous n’atteignons jamais.C’est là, chez elle, la source de ses amours et de ses haines ; aussi,ces sentiments s mt-ils bien plus vifs,bien plus spontanés, bien plus impétueux que chez l’homme.Ce qui procède de la raison se ressent toujours de sa faiblesse; ce qui vient du cœur a une puissance bien plus grande.Si les sentiments desquels nous parlons gagnent chez la femme en vivacité, en énergie, ils perdent en durée, en fixité.Ils sont sujets à tous les caprices de la sensibilité, à toutes les variations que le cœur éprouve. 350 LE COIN DU FEU.La femme ressent de la haine pour tout ce qui heurte désagréablement son cœur ou sa sensibilité ; chez elle, ce sentiment est tartinent le résultat c’en examen ; comme nous l’avons dit, c’est une répulsion instinctive.La haine des femmes est aveugle, en ce sens qu’elle tient rarement à des motifs fournis par la raison ; souvent il leur est impossible de dire pourquoi elles haïssent quelqu’un ou quelque chose.Le sentiment qu’elles éprouvent consiste dans une antij aihie inexplicable, une répulsion en quelque sorte magnétique, que la raison n’apprécie point.D’autres fois, les motifs qu’elles pourraient don-nei de leur haine sont d’une frivolité inimaginable.Elle naît d’une première impression, se fonde sur des apparences, sans se donner la peine d’examiner davantage.Aussi bien souvent, elle disparaît avec une facilité étrange.Il n’est pas rare de voir des femmes passer presque subitement de la haine à la plus vive affection.Quelqu’un leur déplaît sans qu’elles sachent même pourquoi, elles ne peuvent le voir sans éprouver quelque chose de pénible, mais leur attention est sollicitée, et si la personne qu’elles haïssent ainsi sans motifs détruit cette première impression, en faisant voirdesqualités qui n’avaient pas paru d’abord, il est très-probable que l’affection prendra la place de la haine.La haine des femmes est donc bien souvent très peu fondée.Mais quand de simple haine, de répulsion instinctive, elle devient inimitié, elle est alors vivace, inextinguible.Le cœur est blessé de part en part, et sans cesse le sentiment qu’il éprouve ett iavivé par le souvenir.Si la reconnaissance est la mémoire du cœur, la haine l’est aussi, surtout chez les femmes.Elles ne pardonnent jamais les blessures faites à leurs affections, à leurs prétentions, à leur amour propre.Toute haine fondée sur des antipathies est facile à détruire chez elles ; mais il n’en est plus ainsi quand elle se tourne en inimitié.L’honneur offensé, la réputation atteinte, l’amour dédaigné, ne pardonnent jamais chez les femmes, et la haine produite ainsi en elles a besoin de vengeance ; ii faut qu’elle se satisfasse, qu’elle s’assouvisse; le temps ne l’éteint pas, la raison ne la modère jamais.L’histoire est remplie d’événements tragiques suscités par la haine des femmes.Comme nous l’avons dit, il est peu de vengeances derrière lesquelles une main féminine ne soit cachée.“ Les femmes éprouvent de la haine pour tout ce qui leur fait ombrage, pour ce qui les éclipse ou les offusque, pour ce qui ne rend pas hommage à leurs charmes.Ce sont des divinités qui poursuivent non-seulement ceux qui les insultent, mais encore les athées qui ne brident point d’encens sur leurs autels.Il en est peu qui ne s’imaginent être faites pour être adorées.Tout ce qui blesse le cœur d’une femme, un dédain, une infidélité, quoi que ce soit enfin qui frappe son amour-propre ou son amour, devient une flèche empoisonnée qui fait une plaie incurable.Celles qui sont jeunes et belles pardonnent davantage, leur haine est moins profonde; elles sont plutôt tentées de plaindre l’indifférent que de le maudire.Celles qui sont vieilles ou laides ont une rancune qui grandit d’intensité en raison directe du peu de chances qu’elles ont de plaire et d’être consolées.” ENNUI.L’ennui est très fréquent chez les femmes.Cela tient souvent à ce que leur vie est peu occupée et à la mauvaise éducation qu’elles ont reçue.La plupart des femmes, dans les hautes classes surtout ne s’adonnent à aucun travail, elles cherchent dans les plaisirs seulement de quoi remplir leur ame et leur cœur.Elles ne comprennent pas que le travail est un devoir pour tous, et que c’est dans l’accomplissement du devoir que l'ame peut trouver la paix et le bonheur.La vie est bien courte pour celui qui consacre ses instants aux devoirs que Dieu impose à cha' cun de nous.Quant à celui qui la veut dépenser en plaisirs et en fêtes, il ne tarde pas à éprouver ce dégoût, cet ennui profond, attachés aux vanités d’ici-bas.Les bals, les spectacles, deviennent une véritable fatigue pour les femmes qui les fréquentent, et les délassements qu’elles cherchent chez elles, dans la lecture des romans, dans les arts d’agrément, qui maintenant font partie de l’éducation de toutes les femmes d’un certain rang, en tardent pas à leur devenir insipides et insupportables.On se blase aisément sur le plaisir, et le; fem- le coin du flu 351 mes surtout qui ont un besoin continuel de changer d'impressions, d’exercer leur sensibilité, d’occuper leur cœur, sont bien à plaindre quand elles ne savent chercher des remèdes contre l’ennui que dans ces futilités qui ne laissent rien dans le cœur, et qui n’apportent rien à l’intelligence.Ah ! nous comprenons parfaitement ces heures mortelles d’ennui qui reviennent si souvent pour ces femmes oisives, reines de nos salons et de nos fêtes, pour ces femmes qui ne veulent qu’être admirées et que plaire.Elles ne sont point mères, car ce ne sont pas elles qui s’occupent de leurs enfants; des étrangères veillent auprès du berceau de leur nouveau-né.Les insensées ! elles se privent ainsi des plus douces jouissances que Dieu ait faites pour le cœur des femmes, de celles dont jamais on ne se lasse, qui ont toujours un charme nouveau et qui remplissent si délicieusement la vie.Sont-elles épouses dans le sens obligatoire et réel de ce mot?Non, car elles n’ont entendu accepter du mariage que les plaisirs et la liberté, sans en accepter les devoirs.Avoir un nom, être libres d’aller où bon leur semble et quand bon leur semble, avec leur titre de femmes mariées : voilà ce qu’il fallait à beaucoup d’entre elles.Le mariage, c’était une émancipation, une sortie de tutelle.Voyez-les brillantes de parure, et gonflées de vanité, entourées d’adorateurs et d’hommages ; leur mari est toujours l’homme dont elles s’occupent le moins ; elles font de la coquetterie un art, niais, hélas ! sont-elles heureuses, trompent-elles l’ennui ?Que restera-t-il dans leur âme et dans leur cœur quand elle seront de retour sous ce toit domestique, où rien ne sait les attire et leur plaire ?Elles y trouveront l’ennui, cette peine attachée pat-Dieu à l’oubli de nos devoirs et à l’amour des choses frivoles.Sauront-elles prendre quelques heures pour surveiller les intérêts de leur maison, pour savoir comment se conduisent les personnes attachées à leur service?Non pas : elles passeront les longues heures de leur journée, étendues sur leurs divans, en compagnie de quelques oisifs comme elles; elles penseront à la toilette du soir ; elles liront quelques romans bien vides pour l'âme, bien dangereux [tour le cœur, et après avoir si bien employé leur temps, elles s’étonneront de s’ennuyer toujours, partout et de tout.Nous leur répéterons ici ce passage des Passions : “ Femmes oisives et nonchalantes, qui passez des bras du sommed sur les moelleux coussins de vos divans, qui ne voyez jamais le lever de l’aurore, et qui ne payez pointa la société votre dette, l’ennui vous consume, répand ses langueurs sur vos traits; venez voir ces mères de famille qui se font un bonheur du travail, ces saintes filles qui sont la providence du malheur, les anges de la souffrance.Là, vous trouverez le remède à l’ennui qui vous ronge,vous serez frappées de honte en voyant leur vertu payer la rançon de votre inutilité, et vous vous demanderez comment vous avez pu oublier que la paix du cœur et le repos de l’âme ne s’allient qu’avec la pratique des devoirs et jamais avec la fainéantise.” JALOUSIE.Une des plus mauvaises passions du cœur de femmes, c’est la jalousie.Les femmes sont plus jalouses que les hommes.Les intérêts qu’elles ont à ménager dans leurs affections sont plus nombreux, leurs tendances égoïstes viennent fortifier la pente naturelle qu’elles ont à la défiance, au soupçon, à la rivalité.Leur vie et leur bonheur sont une sorte de guerre perpétuelle dans laquelle elles triomphent ou succombent.Presque toujours préoccupées du désir instinctif de plaire, elles pensent que les autres femmes y tendent ainsi qu’elles, et que les hommes ne sauraient être indifférents à ces tentations de toute sorte que l’amour, la coquetterie sèment devant eux.D’un autre côté, les femmes sont persuadées que les hommes sont changeants et disposés à l’inconstance.Nous nous sommes expliqué à cet égard; nous croyons que le cœur de l’homme est plus constant que celui de la femme ; seulement, il est plus volage, mais ne perd pas pour cela l’amour vrai, durable, profond qu’il a dans le cœur.Ici, nous n’approuvons pas celte tendance, nous constatons un fait.Nous sommes du reste prêt à convenir que la jalousie d’une femme est suffisamment justifiée par ce genre d’infidélité des hommes.Il est tout naturel que la femme donnant un amour entier, exclusif, veuille obtenir en retour un sentiment semblable, et ne pas permettre un partage tant petit qu’il soit, et qu’elle croit toujours plus grand qu’il n’est réellement. 352 LE COIN DU FEU Nous concevons la jalousie fondée sur des motifs raisonnables et vrais ; cette jalousie de conviction qui naît dans un cœur qui se connaît des rivaux.Mais la nature et les tendances du cœur des femmes font qu’elles sont, ainsi que nous le disions au commencement, soupçonneuses et défiantes.La jalousie qu’elles éprouvent est la plupart du temps dépourvue de fondement, et procède des craintes chimériques de leur imagination.Rien n’est triste co unie cette cruelle passion.Bclonino.L’Administration du Coin du Feu ayant épuisé tous les genres de persuasion à l’égard de ses abonnés retardataires a enfin décroché sa lyre d’acier pour accompagner ses représentations.Quand ses débiteurs auront fait droit à sa juste requête, elle s’engagea leur servir des vers aux rimes mieux nourries et d’une facture plus artistique : Madame, Quand vous faites votre prière Vous demandez chaque matin A Dieu la chose nécessaire: “Donnez-nous le pain quotidien.'' Vous dites ça par politesse Pour qu’on entende à demi-mot Que c’est de l’argent qu’il vous faut, Car le pain vient à notre adresse Pourvu qu’on paie—en abondance Et le grand principe vital Est ce qu’on nomme “ vil métal ; ” Sans lui rien ne va, rien n’avance, Le journalisme moins que tout.S’il a des débiteurs partout Qui payent rarement d’avance • Au contraire—ses créanciers Pratiquent la courte échéance.On est menacé des huissiers Entre gens ne pouvant attendre Et des abonnés.moins pressés.Ceux qui pourtant ont le cœur tendre Et doivent des arriérés Voudront rétablir la balance.Pour vous plaire Le Coin du Feu Comptera ses peines fort peu Soyez pour lui la Providence Soldez vite le compte ancien Donnez-lui le pain quotidien.L'A dm in istrut ion.CURE D’EAU.Comme purgatif ou laxatif prenez les PilU“ leS Kneipp dont l’action est efficace et hygiénique, 5 0C la boite.Dépôt général à la Pharmacie Lanctôt, 299^ rue St.Laurent.Une tasse tic eafe obtenue en un instant LE CAFE LYMAN est un délicieux breuvage.Pour les soirées, rien n’est plus désirable, il est à la fois excellent et économique.En un seul instant, on peut en faire en grande ou eu petite quantité.Sa prépa.ration, des plus simples, ne requiert pas l'emploi d’une cafetière.Pas de marc au lond de la tasse.Délicieux odoriférant.Mesdames, employez-le, et sauvez-vous des peines inutiles.Demandez-en uu échantillon à votre épicier.
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