Le coin du feu, 1 janvier 1896, Janvier
'ï'SYÏHÏ. SOMMAIRE Les Canadiennes à l’étranger.Mme Dandurand (M"" T)uval-Thibault) Chronique.‘.Conseils de la Mère Grognon.Vœ Soirs.Yves Pascal Le Savoir Vivre.L’Hygiène.Littérature.Météore Locutions Vicieuses.La Mode.Muscadin dans le monde.Muscadin Paroles chrétiennes.Mgr Landriot Ici et lii.Page des enfants.'.Lafontainc Cuisine.Tourne Broche Choses d’Europe.Saint Cyr Science amusante.Tom-Tit Solutions, jeux, énigmes, caricature, etc.Feuilleton.Toppfer NOTE DE L’ADMINISTRATION.Le premier numéro du Coin du Fe\i a été adressé à tous ceux qui recevront celui-ci.Les personnes auxquelles il ne serait pas parvenu n’auront qua en avertir par carte postale, l’administration qui s’empressera de le leur expédier.XjH! LIPPIIsTCOTT 3VHA, C3-AZIIETIE], Revue Américaine, Mensuelle et Illustrée.Rédigée par les meilleurs auteurs.Prix de l’abonnement, $3.00; pour les abonnés du Coin ou Peu, $2.00.Ce don du ciel qu’est la gaîté Est rendu avec la santé A qui boira, las de souffrance, Le Vin Bravais qui vient de France.Dépôt général pour le Canada, Pharmacie Décary, Montréal.> i 1 b (oin DU Feu ABONNEMENT : $2.00 PAR ANNEE.REVUE MENSUELLE JANVIER 189Ü ADMINISTRATION: 23 RUE ST.NICOLAS.SOMMAIRE Chronique: Un Projet Les Femmes Savantes, La Messe de Noel à la Cathédrale, .Météore.Le Livre de M.Arthur Buies, Mme Dandurand.Les Petites Modernes, .Amélie Veyraud.Les Leux CÔrtègeh, .Joséphin Soulary.Monsieur Jules Simon, .JMcs Simon.Dans le Monde,.Une Mère.A l’Opera Français, .Météore.L’Art d’Orner les Maisons, .Jacqueline.Mme Sarah Bernhardt, .Météore.La Correspondance, .Baronne Stajfe.Ici et La,.Conseil du Docteur, .Br.Mongirttud.Mu sique, .Philippe Courras.Anticosti Redevient Française, .La Mode,.La Noel Russe, .Ver a Vend.Statue d'Emile Augier, .• " Le Développement de la Littérature Nationale, .Mme Dandurand.Mme Dandurand.?* * Chronique un projet.Nous recevions, il y a quelques jours, d’un village perdu à l’extrémité de cette province, une lettre touchante : “Pardonnez moi, disait notre correspondante, ma hardiesse de vous écrire.Ma seule excuse est que je suis une femme pauvre et invalide, et qu’à ce titre j’ai droit à votre sympathie.“ Mon unique distraction est la lecture ; je n’ai .pas le moyen de recevoir plus qu’un journal.Cela m’occupe une journée, et les six autres jours de la semaine je reste sans nourriture pour l’intelligence.J’ai un ardent désir de me procurer cet aliment indispensable, mais où trouver celui qui serait en rapport avec mes faibles ressources ?Si vous pouviez me renseigner là-dessus, vous auriez donné à mon esprit le verre if eau dont Dieu certainement vous tiendra compte ’’.En réfléchissant sur ce cas de nécessité ou de denûment moral, en pensant combien il est fréquent dans toute l’étendue de notre province, la perspective d’une bonne œuvre à accomplir nous est apparue.Il ne s’agirait, mesdames et chères lectrices, que de nous entendre pour faire vivre, des miettes de notre table, une foule de ces intéressants indigents.(lue de journaux, que de revues, que de livres mêmes, abandonnés et gaspillés après avoir été lus.Les recueillir, en faire un choix judicieux, et les adresser à des malheureux auxquels manque toute distraction, tout plaisir pour compenser les misères d’une vie laborieuse, serait chose facile à plus d’une d’entre nous.Oh ! la belle, l’intelligente charité, qui distribuerait dans chaque hameau ce pain réconfortant et consolateur des bonnes lectures ! Charmer les heures si longues, les journées si •vides de l’aïeul cloué sur son fauteuil, faire sourire le pauvre infirme, éveiller l’intelligence de la petite paysanne rustique, grouper les têtes extasiées d’enfants incultes autour d’un livre de gravures instructives ! la peusée de tant de joies pures semées par votre main a de quoi vous sédmre.Le projet vous sourit-il?Et voulez-vous que nous lui donnions ensemble un commencement d’exécution ?Il nous faudra d’abord le concours des jeunes filles.Dans toutes les entreprises charitables a-t-on jamais pu se passer de ces gracieuses auxiliaires, messagères du Bien sur la terre comme les 89850 2 LE COIN DU FEU anges le sont de Dieu dans les régions où il faut des ailes ?i° Ceux de nos abonnés qui voudraient contribuer à l’envoi des livres et journaux devront faire parvenir leurs noms au bureau du Coin du Feu, 23 rue St.Nicolas (sur carte postale ou par lettre), ainsi que les jeunes filles de notre ville qui seraient disposées à nous prêter leurs services pour les écritures que nécessiterait l’exécution de notre entreprise.20.Les personnes de bonne volonté clans les villes et villages du pays qui voudraient se charger de la distribution de nos envois dans leur localité nous feraient également savoir leur nom et leur adresse.30 Le prochain numéro de notre revue indiquerait à chacun des donateurs l’adresse à laquelle il doit envoyer son paquet.40 Nous prendrons la liberté de rappeler aux personnes généreuses désirant s’associer à un tel acte de bienfaisance, que la plus grande circonspection devra être employée dans l’envoi de toute littérature aux âmes simples qui deviendraient leurs protégés spirituels.Dans plus d un cas, en pensant aux regards candides sous lesquels journaux tomberont, nos sages et charitables abonnés se verront forcés de pratiquer de prudentes coupures.Le système est simple.Faisons en l'essai.Donnons au zèle de notre charité proverbiale une mission plus complète.Après avoir pourvu abandamment au confort matériel, ou du moins, à l’allégement des maux physiques de nos frères déshérités, songeons à verser aussi quelque baume à leur âme endolorie ou inerte.Car l'homme ne vit pas seulement de pain, et les progrès que nous pourrions faire faire à des esprits incultes, chez la partie illettrée de nos clients, favoriseraient le travail moralisateur des pasteurs évangéliques.Aux intelligences plus cultivées, mais réduites par le manque de fortune, comme dans le cas qui à inspiré cet article, à la disette, nous aurons la satisfaction non moins précieuse d’avoir procuré la manne qui empêche de périr au milieu du désert.Mme.Dandurand.Les Fences Savantes Ce n'est que ces jours derniers que l’article portant ce titre, de l’habile chroniqueur du Monde, Jean Badreux, nous est tombé sous les yeux.Ce confrère a bien voulu, dans le numéro de décembre, se joindre à mes collaborateurs extraordinaires ; mais tels sont les hasards de la guerre du journalisme, que nous allons aujourd’hui croiser le fer avec notre associé d'hier.Ce ne sera pas un duel â mort, ni même au premier sang.La riposte veut être aussi bienveillante et courtoise dans la forme que le fut l’attaque.Nous souhaitons qu’elle soit de tout point aussi inoffensive.Disons tout d’abord qu’on ne prend pas ici les armes au nom des “ femmes savantes.” Défendra qui voudra ces phénomènes si amusants, que je n’ai jamais rencontrés qu’au théâtre— comme Jean Badreux, d’ailleurs, qui va chercher son exemple dans une comédie imitée de Molière.La probité exige que nous ne réclamions pas même comme femmes de lettres.Nous n’avons pas de ces prétentions au Coin du Feu.11 faudrait, pour aspirer au titre d’écrivain une éducation plus complète que celle que reçoivent surtout les femmes en ce pays.Il faudrait un entraînement, une discipline scolastique moins rudimentaires, une atmosphère intellectuelle autre que celle qu’on respire ici, pour espérer d'égaler dans les lettres françaises nos anciens compatriotes d’outre-mer.Nous avons, nous canadiens-français, isolés du berceau de notre nationalité au sein d’un élément étranger, ce malheur d’avoir oublié notre langue.Cette chère et fidèle compagne de notre exil, comme une amie négligée, a maintenant d^i secrets pour nous ; elle semble revêtir, quand nous la rencontrons face à face, dans sa patrie ou dans les œuvres du génie français, un air de supériorité, ces façons différentes qui mettent une gène dans les rapports entre étrangers ou bien entre gens qui ont cessé depuis longtemps de se bien comprendre.C’est ce qui fait que ceux de nos écrivains qu LE COIN DU FEU 3 ont le loisir et le courage de lutter avec une persévérance indéfectible contre la situation défavorable qui est faite aux littérateurs canadiens ; que ceux qui, ayant beaucoup de talent, se livrent à un travail opiniâtre, peuvent seuls espérer d’occuper une place convenable dans les lettres françaises.Il n’en fallait pas tant pour établir que nous ne visons pas au titre enviable de lettrée, ni surtout à convertir nos congénères en bas-bleus.Dans le cas actuel le chroniqueur masculin a suivi la régie ordinaire quand il s’agit d’affaires féminines.Il a, suivant la coutume générale, jeté un coup d’œil rapide, recueilli une rumeur, accepté le rapport d’un journal qui avait traduit de travers une mauvaise interprétation de notre discours, et il a tiié sa conclusion, formulé son accusation.Force nous est donc de renvoyer, et le critique et les lecteurs, à la traduction fidèle du travail incriminé, inséré dans la présente livraison.Il se défendra de lui-même.Quant à la condamnation en bloc du Conseil des Femmes, et à l’affirmation que son travail “ n’est pas pratique,” je demande en grâce au sévère confrère, de surseoir à l’exécution de la peine qui ne peut manquer de suivre l’arrêt péremptoire, jusqu’à plus ample informé.Le Conseil tiendra sa convention interprovinciale, annuelle le printemps prochain à Montréal.Pour peu que lui et ses confières de la presse française prennent la peine d’assister aux séances du parlement des femmes—chose dont ils se sont complètement abstenus depuis sa fondation—ils pourront se convaincre que cette institution mérite mieux que les admonestations de leur indifférence ; qu’elle a quelque droit à l’estime que lui témoigne la grande presse anglaise, à la considération delà Chambre des Communes, dont un député cita un jour comme modèle à ses collègues, les paroles de l’une de ses conférencières; comme à celle aussi des parlements locaux qui ont déjà' déféré à ses suggestions plus d'une fois.Pas pratiques les cercles de lecture organisés par cette soeiété, et dans lesquels on tiendra à la disposition de la jeunesse qui veut s’instruire les ouvrages traitant des arts et des sciences 1 Pas pratiques ces conférences gratuites sur l’hygiène et les soins à donner aux enfants, que va bientôt inaugurer parmi notie population une femme médecin et française ! —A quoi bon ! dit le critique, puisqu’une partie de votre clientèle à ces conférences est tout à fait ignorante, qu’elle ne sait même pas lire ! Commencez par l’envoyer à l’école!.La force de l’argument nous échappe.Au reste, sont-ce ces entreprises qu’on appelle dépurés théories?lime semble pourtant que tout cela ressemble joliment à des “ faits.” 11 ne faut pas trop médire d’ailleurs des théories quand elles sont présentées sous la forme de projets tendant à organiser un système d’épargne parmi la jeunesse ouvrière et bourgeoise perdue par le luxe.Il ne faut pas davantage mépriser les raisonnements qui concluent à la nécessité du développement intellectuel et moral de celles qui ont la tâche de former, en leur qualité de mères et d’éducatrices, des chrétiens et des citoyens.Vous avez donc réellement peur, messieurs, que nous ne devenions toutes des femmes savantes, ou “ croyant l’être ” ?Rassurez-vous.Et si cette crainte est le secret de certaines hostilités (nous savons qu’elle l’est en d'autres quartiers où l’on nous attaquait tout récemment) hâtez-vous de rengainer.Nous n’ignorons pas combien d’efforts il nous reste encore à faire avant de devenir seulement instruites.D’où vient que les hommes prennent comme une démarche agressive les tentatives que fait la femme pour s’élever ?D’où vient qu’ils s'effarent à ce point quand nous parlons de changer notre train de frivolité en une vie plus sérieuse?.Si la terreur de se voir égalés ou surpassés les inspirent,qu’ils nous permettent encore une fois de calmer leurs alarmes.Nous sommes si éloignées de leur porter ombrage que quand nous parlons d’étudier ou de cultiver la littérature, nous n’entendons que dissiper un peu les voiles de notre profonde ignorance.L’aveu nous est pénible, mais l’inquiétude du sexe supérieur, ou “ croyant l’êtie,” l’exigeait.Ainsi, celui qui a pris la parole au nom du parti menacé a-t-il été bien libéral en fixant à dix le nombre des femmes de lettres qu’on se propose de 4 LE COIN DU FEU tolérer?La calamité est loin d’être aussi grave.Par conséquent, avec la permission de ces messieurs, nous continuerons de chercher à nous instruire, sans craindre Excès qu’on a la bonté de croire si près de nous.Lt le Coin du Feu, sans redouter le reproche de pédanterie, ne se fera pas faute, dans la mesure de ses modestes ressources, d’encourager encore le goût des arts et de favoriser l’éclosion des talents littéraires chez les jeunes canadiennes.Comme par le passé, d’ailleurs,il ne négligera pas d’ajouter à sa jiai tie littéraire des conseils pratiques concernant le côté prosaïque de la vie de ménagère qui fait toute la sécurité de certains cœurs masculins.La /9esse de Koel En assistant, les jours de grandes fêtes, aux offices de la Cathédrale, on se sent tout fier de voir notre église pontificale sur le même pied que les grandes églises européennes pour la pompe des cérémonies et l’excellence de la musique.La messe de Noël a été une fête artistique tout à fait exquise.Sous la maîtrise de M.Couture un chœur excellent y a interprété une messe de Lizss avec un ensemble, une précision une sûreté qu’on rencontre rarement dans l’exécution de la musique religieuse en ce pays.Soit qu’on aborde des œuvres trop difficiles, ou qu’on combine mal les éléments du concert, il y a trop souvent défaut d’équilibre et manque de cohésion dans les messes en musique qu’on essaie de rendre.En général, le nombre de voix est insuffisant, les parties inégales, et la force des instruments disproportionnée a celle du chœur et des solistes.C’est ce qui fait que ces sortes d’auditions ressemblent en général à une répétition imparfaite, et que, malgré les efforts louables de chaque partie isolément, on ne trouve aucune satisfaction à les écouter s’unir sans se fondre ni s’harmoniser.C’est justement la perfection opposée qui nous a charmé dans le rendu de cette musique grave et mystique de Lizss à la Cathédrale.On sent que la baguette du maître commande à des forces supérieurement et intelligemment dressées.En commentant l’article de notre distingué confrère, nous avons fait un long détour pour ne pas touchera un paragraphe contenant une inexplicable comparaison.Le nom de la femme, même savante, devrait être garanti contre l’horreur de certains rapprochements.Enfin, pour finir cette querelle, ajoutons que si la belle tâche déjà accomplie par le Conseil National des lemmes ne satisfait pas ses juges, nous voudrions savoir ce qu’ils attendent d’une institution naissante et à peine en possession encore de sa conscience.a la Cathédrale, La discipline et la sûreté parfaite des mouvements, qui est l’un des plaisirs de l’œil, devient dans la musique une volupté pour l’oreille.C’est pourquoi on aime mieux une messe de plain-chant, chantée à pleins poumons par des chantres de campagne qui la savent par cœur, qu’une composition ardue, péniblement épelée sur des copies noircies par les doubles croches des fugues échevelées.Quelque difficile qu'ait pu être la musique rendue par le chœur de la Cathédrale, cependant, il s’est dignement acquitté de sa tâche.Le Sanctus est un poème de giâce et d’élévation mystique, véritable écho de l’hymne angélique, hosannah de l’amour soupité par l'extase.l'Adcsîcfidèles a été chanté avec un sentiment parfait par M.Dupuis, tandis que l’orchestre avec l’orgue faisaient à l’hymne pastoral un délicieux et discret accompagnement, comme on se figure que les chalumeaux des bergers bibliques durent en faire au chant du premier Noël.La fabrique de l’Archévêché a eu ainsi la bonne inspiration de retenir pour sa maîtrise plusieurs de nos meilleurs artistes, en sorte que la beauté de la musique sacrée répond dans cette vaste basilique, à la magnificence des cérémonies et à celle du temple.jM étéorc. LE COIN DU FEU 5 / Le Livre de /y Arthur Buies “ LE CHEMIN DE FER DU LAC ST.JEAN.' Quel titre peu engageant ! Ne vous y arrêtez pas, cependant.Passez vite cette barrière d’aspect rébarbatif, et pénétrez dans le beau pays auquel elle donne accès.Vous ne vous en repentirez pas, car une lois entré, le cicérone qui vous fait les honneurs des contrées de l’outre-Laurentides c’est le Grand Buies.Or, j’en appelle aux générations passées et présentes : qui s’est jamais ennuyé en pareille compagnie ?Que mon distingué confrère me pardonne de livrer ainsi au public l’appellation par laquelle il est désigné dans un cercle d’intimes, mais le titre de “ Grand ” est si rarement décerné — je ne dis pas mérité — dans notre pays qu’on ne peut que se féliciter de se le faüe attribuer.Donc ce sont des contrées encore plus nyper-boréennes (pie celles que nous habitons que le prince de nos prosateurs nous décrit dans ce livre trop court et si mal nommé.Satisfaits de nos luttes acharnées contre les frimas et les avalanches célestes, qui pendant la moitié de l’année, font de leur mieux pour nous pétrifier et nous ensevelir, c’est à peine si nous osions penser à ce qui se passait, à ce qui n’existait que pour périr au-célà du rempart providentiel appelé la chaîne des Laurentides.Sur le versant nord de ces monts bienfaisants, l’Aquilon furieux, accouru du pôle et subitement arrêté dans son élan, devait se livrer aux accès d’une colère effroyable.Et, ma foi, notre poltronnerie n’avait aucune envie d’y aller voir.Mais notre pays a ses Livingston, ses de Brazza ; il a ses hardis explorateurs et — mieux encore — il a ses apôtres dévoués, ses saint François-Xavier ! Les Laurentides furent donc franchies et le Grand A7ord découvert, colonisé — apprivoisé, si l’on peut dire.Et l’on vit qu’à notre pays, déjà si grand et si richement doté par la nature, Dieu ajoutait encore d’immenses territoires, offrant à la race forte et laborieuse qui l’habite, un nouveau champ d’activité.Il y avait en ces contrées redoutées des forêts infinies, peuplées des bois les plus beaux, il y avait des lacs grands comme des mers où des espèces rares de poissons, connues des seuls Indiens, prospéraient et se multipliaient depuis le commencement du monde.Il y avait des fleuves majestueux ou terribles, dont les forces réunies auraient fait pencher le levier d’Archimède ; il y avait la faune inépuisable, capable d’enrichir encore des générations de traitants.Mais surtout il y avait des vallées fertiles, où nos familles si vite transformées en tribus pouvaient se tailler des domaines à leur convenance.Qui n’a vu cette partie de la vallée du lac St Jean comprise entre Chicoutimi et Roberval ne connaît pas la pleine signification du mot “ fertile.” C’est une surabondance, une prodigalité de vie, une richesse folle qui fait de tous les épis d’un champ de blé une seule masse compacte, pléthorique; des bois et des buissons, un fouillis inextricable où il semble qu’un oiseau a peine à se frayer sa voie.Les haies fleuries qui ourlent la route font déborder leurs branches robustes aux feuillages gras et touffus.Ces arbustes sont comme les joyeux enfants des géants de la torêt qui se joueraient à leurs pieds avec lagiâce et la vigueur de petits sauvages.Puis, quelle grande nature s’offre au regard une fois arrivé au bout de cette route tracée par la compagnie du chemin de fer 1 Quelle fascination exerce sur le touriste, la mélancolie du site boréal où le lac St Jean, petite méditerranée, étend à perte de vue la nappe de ses eaux blafardes ! L’hôtel Roberval, avec son luxe et l’agitation de ses hôtes élégants, s’élève comme une anomalie au bord du lac, dans le recueillement de ce paysage d’anachorète.Aux profanes qui ne savent pas goûter la volupté de la tristesse, il est un refuge où repaître leurs oreilles du bagou mondain, du son banal — presque sacrilège dans ce milieu — d'un orchestre, et leur palais des mets plus ou moins sautés composant le leitinotio de tous les menus d’hôtels aristocratiques.Cette faible note, ce vague écho des civilisati o ns 6 LE COIN DU FEU cependant, est noyé dans le concert puissant d'une nature encore vierge.Il ne peut empêcher qu’on soit pénétré de cette angoisse du désert, de l’inquiétude que cause à l’animal social le terrible silence des grandes solitudes.La poésie d’un tel pays était bien faite pour attirer un enthousiaste comme M.Buies, pour fasciner son esprit spéculatif, pour satisfaire son imagination éprise du merveilleux, et pour tenter aussi sa plume ailée.L’air vif et rude dégagé du pôle fouettait délicieusement son vaste front et purgeait ses poumons des microbes antédiluviens, respiré avec l’haleine pestilentielle des villes.(Je cherche en vain à imiter son éloquente indignation contre les centres soi-disant civilisés.) A ces distances, d’ailleurs, au cœur des forêts inviolées, des steppes infinis où les pas humains ne se sont pas encore tracé de sentiers, où ils n’ont pas ouvert de sillon aux perfectionnements du siècle, les échantillons de la jeune littérature canadienne n’atteignaient pas l’aventureux trappeur.Nulle perturbation n’empêchait donc son âme d’artiste de jouir pleinement de l'enivrement de son odyssée dans le pays du nouveau et de l’incommensurable.Aussi notre écrivain se joignit-il aux pionniers qui voulurent conquérir ces régions loin nés à la colonisation.Il fut aussi le compagnon de celui qui, comme Jacques Cartier, voulut y planter la croix en même temps que l’étendard du roi.M.Buies eut l’avantage de faire avec l’Apôtre du Nord, le regretté curé Labelle, plusieurs excursions qui étaient, pour l’un un sport de dilettante, et pour l’autre l’accomplissement souvent pénible d’un saint devoir.C’est donc avec une entière et profonde connaissance de son sujet que M.Buies nous initie aux splendeurs un peu réfrigérantes du Grand Nord.L’originalité de son talent donne à ses narrations, à ses tableaux, le charme piquant dont tout ce qui sort de la plume de M.Buies d’ailleurs, est empreint.En lisant cet historique d’une immense portion de notre pays — historique qui constituera un article important de nos archives, un rêve déjà rêvé revint à mon esprit.Il y a quelque temps je tentai d’élever ici même un bien modeste monument à ma rivière natale.Je ne fis qu’ébaucher une sommaire description du Richelieu depuis sa source jusqu’à son embouchure, mais cette description je la fis avec amour, avec l’orgueil, avec le chauvinisme du riverain-né ou du co-propriétaire.l’eus l’idée alors d’un livre canadien qui serait un véritable monument national.Ce serait la topographie détaillée du Canada avec l’histoire de l’origine de scs villes, le parcours de ses rivières, la légende de chaque canton, mais.écrite en collaboration par des écri-• vains locaux, familiers avec les usages du pays, instruits et respectueux des traditions du coin de terre où eux et leurs ancêtres sont nés.11 ne serait pas trop tôt pour accomplir cette œuvre ; on trouve encore de nombreux survivants de l’époque tragique de la Rébellion.11 y a à peine dix ans que mon père a cessé de distribuer aux vétérans de 1812, habitant son comté, la pension que leur servait la Couronne.Les fils de ces vieux soldats vivent encore pour raconter la chronique historique du commencement du siècle.Quant à la partie topographique, M.Buies avec son Outaouis supérieur le J’ortujue des Latircn-tides, sa description du St Maurice et celle de la vallée du lac St Jean en a déjà écrit les plus beaux chapitres.Il ne s’agit donc que de continuer l’entreprise si bien commencée.Je vois déjà les Mécènes qui gouvernent nos provinces s’emparer du projet et voter les subsides nécessaires à sa réalisation avec leur empressement ordinaire à favoriser les sciences et les arts.Ne pas oublier que c’est un rêve ! M"“ Dandura nd. LE COIN DU FEU 7 Les Petites /$oderi\e$ Lettre à Muscadin Nous publions avec plaisir la protestation de notre correspondante, mais nous l’avertissons que sa lettre n’ira pas troubler la quiétude d’un observateur solitaire rédigeant avec conscience et pour lui seul, des impressions recueillies au jour le jour.Ce serait dénoncer notre indiscrétion et paralyser sa sincérité que de le mettre au fait de l’impression produite par les Notes d'un Mondain.Il ne faut pas accuser leur auteur de parti pris contre telle ou telle portion de la société.La suite de son analyse prouvera son im -partialité : Me permettra-t-on de dire dans le Coin du Feu.où monsieur Muscadin nous abime avec toutes sortes d’égards, un mot de justification en faveur des petites modernes ?D’abord, je trouve qu’on ne devrait jamais permettre aux vieux garçons de parler des jeunes filles.Leur état, pour commencer, indique un parti pris.La rancune—ou le remords—à oblitéré chez eux le sens de la justice.Ils n’ont pour juger notre parti, ni la tendresse ingénue de nos contemporains, ni l’amour indulgent d'un père.Nous sommes donc sous la plume d’un célibataire, s’essayant à la psychologie comme un gibier au bout du fusil d’un chasseur, qu’il a trop fait courir—ou (pour imiter les élégantes métaphores de notre respectueux censeur) comme de pauvres églantines sous la canne d’un promeneur maladroit qui n’a senti que leurs épines.Il y a toujours une vengeance cachée dans la suavité de leurs analyses.Une chose m’indigne dans la sévérité des hommes qui se mêlent de juger notre sexe.C’est ce ton de supériorité, cet air incorruptible et innocent, quand tout le mal dont ils se plaignent n’a d'autre cause bien souvent que leur conduite à eux.Croyez-vous, par exemple, monsieur Muscadin, nouveau saint Michel, qui tirez le glaive contre les blanches cohortes, que si nous sommes moins timides, moins réservées qu’au cher temps de jadis, il n’y ait pas un peu et même beaucoup de la faute des jeunes gens, nos compagnons mondains ?Ce sont eux, à vrai dire, nos éducateurs.Dés notre sortie du couvent, nos longues causeries, nos rapports constants avec eux déterminent la tournure de notre esprit.Si notre can- deur s’use à ce contact et si nous perdons inconsciemment cette précieuse faculté de rougir que vous semblez priser si fort, ce n’est assurément pas parce que nous avons délibérément choisi ce parti.Quand je réfléchis, et que, rappelant à ma mémoire les premiers faits de mon initiation sociale, je cherche à me rendre compte du phénomène qui nous rend .ce que nous sommes, au grand chagrin de monsieur Muscadin, je constate qu'à son entrée dans le monde la jeune fille regarde autour d'elle, écoute avec une candeur authentique et tâche de se mettre au diapason de la société qu’elle est appelée à fréquenter.Un certain ordre de choses règne dans les salons où on la lance ; comment aurait-elle l’idée de s’insurger là-contre.Quels que soient son étonnement, ses répugnances ou ses révoltes intérieures contre les habitudes établies, les manières admises, le langage hardi que lui tiennent les jeunes gens, par le fait même de son ingénuité elle tâche de maîtriser ses impressions, de tout accepter d’un air naturel ; avec le temps elle arrive à répondre comme ses aînées et à prendre tout à fait le ton général.Il faudrait être plus prévenu, plus avisé, moins naif, enfin, pour jouer toute jeune, dans les cercles mondains, le rôle d’une sainte Thérèse et pour entreprendre de réformer ses contemporains.Je veux bien croire monsieur Muscadin, qui porte un jugement si sévère sur notre génération, mais je lui conseille de faire suivre son attristant diagnostic d’une prescription salutaire.Avec cette même lanterne de Diogène, dont il voulait se servir pour trouver une jeune fille timide et rougissante, qu’il recherche la cause des maux qu’il déplore.Nous ne sommes que l’effet.Si ce n’est pas manquer de respect à mes ascendants— au nombre desquels trône le doux et mélancolique Muscadin—il me semble bien, en effet, que c’est sur eux que retombe la responsabilité du présent état de choses.Pardonnez-moi cette irrévérence qui va mettre le sceau à la détestable opinion que vous avez de moi et de mes pareilles, mais je suis persuadée que si vous étiez mieux 8 LE COIN DU FEU que nous —probabilité qui dans votre esprit est certitude — ce n’était pas votre faute.C’est que vous avez été élevés d’une manière différente, je ne dis pas préférable : c’est à vous de tirer une conclusion logique.On n’est pas ingénue par principe, ni.le contraire, par préférence.Il est puéril de nous reprocher d’être ceci ou cela; nous sommes ce qu’on nous fait ; j’en suis désolée pour ceux contre lesquels devront se tourner vos délicates épigram-mes.Pour la dixième fois, je vous le répète : si mes contemporaines et moi nous avons trop d'aplomb, si nous avons une précoce expérience des choses de la vie, si nous parlons d’une certaine manière aux jeunes gens, si nous ne sommes epA honnîtes et non innocentes — d’après votre définition — c’est que les circonstances l’ont ainsi voulu.Les Deux Deux cortèges se sont rencontrés à l’église, L’un est morne : — il conduit le cercueil d’un enfant ; Une femme le suit, presque folle, étouffant Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.L’autre, c’est un baptême : — au bras qui le défend Un nourrisson gazouille une note indécise ; Sa mère, lui tendant le doux sein qu’il épuise, L’embrasse tout entier d’un regard triomphant ! On n’est pas libre d’ignorer ce que les conversations dans la famille et dans les salons, ce que la lecture quotidienne des journaux impose à notre connaissance.Mais je conseille aux bons messieurs de ne pas montrer une susceptibilité excessive quand nous leur répondons sur le ton dont ils nous parlent.Dieu sait qui a commencé.On nous a élevées en garçons, tant pis ! Après cela, monsieur Muscadin, il est possible que si l’on avait donné à notre libre arbitre l’option entre.votre modèle et le nôtre, nous eussions choisi votre idéal.Peut-être que non aussi.Mais pour le cas où notre destinée nous inspirerait quelque regret, ne trouveriez-vous pas cruel, sympathique Muscadin, d’ajouter à notre tristesse par d’injustes reproches?.“ Amélie Veyrattd.” Corteges On baptise, on absout, et le temple se vide.Les deux femmes alors, se croisant sous l’abside, Echangent un coup d’œil aussitôt détourné ; Et—merveilleux retour qu’inspire la prière— La jeune mère pleure en regardant la bière, La femme qui pleurait sourit au nouveau-né ! Josèphin Soulary./forçâteur Jules Sinqoi\ Ce patriarche des lettres françaises a atteint, le 31 décembre, le terme de sa quatre-vingt-deuxième année.Les journées de sa vie encore exceptionnellement active, sont remplies d’œuvres philanthropiques et bienfaisantes.La fin de cette carrière féconde est entièrement consacrée au bien public.La santé du célèbre homme d’état est encore excellente ; son écriture ferme et microscopique témoigne d’une vigueur peu commune à son âge.Voici un passage d’une lettre que l’aimable vieillard écrivit ces jours derniers à'ia directrice du Coin du Fku, et qui peut intéresser nos compatriotes en leur montrant que sa pensée s’est souvent portée vers le Canada :— “ J'ai bien souvent pensé à visiter le Canada.J’y avais un ami, le curé Labelle, dont le nom vous est sans doute bien connu.Mais la vieillesse est venue pendant met délibérations, et la maladie de mes yeux me met hors d’état de songer à un déplacement.” r u t quelque peu psychologue,—le bon côté qu’à dessein on a laissé dans l'ombre.Sirop de Terebenthine DU Dr.Laoiolette Guérit très vite les Rhumes, Toux, Croup, Coqueluche.Toujours sans danger et agréable au goût.En vente partout.Propriétaire : J.G.LAVIOLETTE, M.D., 232 et 234 Rue St-Paul, - MONTREAL.'a&hane® PROFESSEUR DE Mandoline, Guitare, Bar).jo et Barjdola.325 RUE DORCHESTER.Une promenade dans le WhS Y END n est pas complète sans une visite à l’élégante Pharmacie MacMillan, philsqusAre.Son excellent assortiment de .PARFUMS ET D’ARTICLES DE TOILETTE offre un grand choix pour les cadeaux de ____NOEL ET DU JOUR DE L’AN.Hôte! Victoria .QUEBEC.Chanjbres en sliife, aveç bains, elç.etç., ZPELiZX: FÆOIDEïURCS.nstitut Kneîpp DE MONTREAL.Cüc tasse de cafc obtenue en uu iuslaiit | 'TV-4 LE CAFE LYMAN est un délicieux breuvage.Pour les soirées, rien n’est plus désirable ; il est à la fois excellent et économique.En un seul instant, on peut en faire en grande ou en petite quantité.Sa préparation, des plus simples, ne requiert pas l’emploi d’une cafetière.Pas de mare au lond de la tasse.Délicieux odoriférant.Mesdames, employez-le, et sauvez-vous des peines inutiles.Demandez-en un échantillon à votre épicier.2082 rue 3te-Catherine (près «le lu ruo Bloury) Consultation du Médecin : do 10 li.à midi et de 2 h.à 4 h.Affusions, Douches, Bains, Salles de Réaction, Compresses à tleur de foin et autres Kmmaillottements.Chambres et Ten sion à la Kneipp.PRODUITS ALIMENTAIRES Livres relatifs à ht méthode.Maladies Traitées avae Succès : Anémie, Névrose, Rhumatisme, Goutte, Affections de l’Estomac, des Intestins, des Reins et de la Vessie, Diabète, Albuminurie, Bronchite, Tuberculose à son début, etc.Telephone Bell 3468.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.