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Titre :
Le coin du feu
Première revue féminine québécoise, Le Coin du feu est en grande partie rédigé par Joséphine Marchand-Dandurand qui y aborde plusieurs sujets sous un angle mondain.
Éditeur :
  • [Montréal :s.n.],1893-1896
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Le coin du feu, 1896-02, Collections de BAnQ.

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(OIN du FÈU REVUE MENSUELLE ABONNEMENT: | j ADMINISTRATION: $2.00 PAR ANNEE.) FÉVRIER 189(1 i 23 RUE ST.NICOLAS.SOMMAIRE La Convention Annuelle, .• ., « » * Alexandre Dumas, .Mme Dandurand.Roses de Noel, .Paul Vary.Lettre inédite d’Alex.Dumas à Mme Adam lors de la mort de sa mère, .A.Dumas.Conseils de la Mère Grognon, .# » * Le Roman d’un Grand Homme, .* * * Un Sexe Parfait in se, Jacqueline.La Femme Jugée par Lamennais, .Météore.Littérature , .Franesique Sarcey.Musique,.« Ici et Là, ., i t # * * • Les Canadiens sur la scène, .Al/.Bruneau.Pendant la Bataille, .Paul Bourget.La Correspondance, .Baronne Staffe.Ma Chambre, .Anne Bodaly.Le Code de la Ménagère, .* * * La Mode,.• • • Plerumque Fit, .Julia Patrie.Les Tailleurs pour Chiens, .* * * Fragments,.* Concours d’Histoire, .La Présidente de la République et les Pauvres .** * Lettre d’une Marraine a sa Filleule, .* * * La Convention Annuelle.C’est à Montréal, au mois de mai, que se tiendra le parlement féminin, ou, pour parler d’une façon moins agressive, la convention annuelle du Conseil National des Femmes.Nous tenons à le répéter à nos lectrices, en leur rappelant l’invitation expresse faite l’année dernière par Lady Aberdeen aux dames canadiennes' françaises, lors du dîner des pauvres de l’hôpital Notre Dame.Nous savons que Son Excellence est particulièrement désireuse de voir les dames de la société française prendre part à l’œuvre de haute philanthropie—prospère dans maint autres pays, qu’elle a transplantée parmi nous.Le Conseil, en venant siéger dans notre province française, s’attend à voir notre langue largement usitée dans ses séances.Nous invitons nos compatriotes à étudier, aussitôt qu’elles seront rendues publiques, les questions devant être débattues à la session du printemps, afin de pouvoir prendre part aux travaux du Conseil.Il a été convenu qu’il y aurait cette année moins de conférences écrites et plus de discussion, plus d’application au développement de quelques sujets d’un intérêt majeur pour le bien moral et matériel de la femme.Pour quelques-unes, cette sollicitude à l’égard des moins privilégiées d’entre nous semble au premier abord officieuse et inutile.Celles-là n’auront qu’à assister à l’une des séances de la Convention pour apprendre que dans la classe ouvrière, aussi bien que dans celle en apparence moins à plaindre des femmes gagnant leur vie dans les bureaux d’affaires, notre sexe a besoin d’amies i nfluentes pour lui aider à triompher de nombreux abus.Nous comptons sur la délégation de Québec pour aider à l’élément français de notre ville, à faire aussi bonne figure que possible à la prochaine Convention.On a droit de s’attendre à beaucoup de l'Athènes Canadienne, où l’on trouve plus qu’ailleurs des femmes brillantes et d’un esprit cultivé.Quoique les deux langues doivent être librement employées à la prochaine Convention, il est dès maintenant décidé que Lady Aberdeen présidera-une séance du soir, entièrement française, où quelques-unes de nos compatriotes — après leurs hôtes masculins—parleront sur des sujets propres à nous intéresser comme femmes, comme catholiques et comme patriotes.Les dames de Montréal, priées par le Comité de réception d’offrir l’hospitalité aux délégués qui 34 LE COIN DU FEU lendront de toutes les parties du pays, ont répondu avec un empressement des plus aimables.Nos visiteuses sont donc assurées de trouver dans notre bonne ville un accueil sympathique et gracieux.b Dans une séance du Conseil Exécutif tenue au indsorle 4 du courant, le programme de la prochaine session a été discuté.La semaine d’affaires sera inaugurée par une reception de son Excellence lady Aberdeen.On critiquera peut-être une manière aussi peu austère de préluder au travail, mais les déléguées venues de tous les points du pays y trouvent, conformément au vœu de la présidente, l’occasion de prendre contact et de lier connaissance.D ailleurs, les membres volontaires du parlement de la charité ne posent pas pour l’imitation des vrais députés.Personne ne les paie pour etre graves ; c’est pourquoi elles ne se font pas faute de se dérider et de s’occuper des plus importantes affaires aussi gaîment que possible.Voici,d’ailleurs,quelques-uns des sujets proposés a 1 etude du Congrès au mois de mai prochain Du besoin d’exercices athlétiques pour les femmes et les enfants ; Des bains publics pour la classe pauvre; De l’opportunité de faire subir aux enfants pauvres, fréquentant les écoles, un examen de la bouche et des dents, et de l’importance pour le Conseil de garantir à ces enfants le traitement gratuit de leurs dents ; De la nécessité de procurer un asile à certains malades pauvres, épileptiques ou idiots généralement envoyés en prison durant l’intervalle plus ou moins long qu’ils attendent le rapport des experts officiels; Des moyens à prendre pour fonder des hôpitaux dans le Nord-Ouest, et pour assurer aussi à cette partie du pays le service médical qui lui manque, etc., etc.Rien n est encore fixé quant au programme de a séance française, laquelle sera cependant faite pour gagner nos compatriotes à la cause du Conseil National, qui est celle des mères, des orphelins, des malheureux et des délaissés.L Association Artistique Féminine, unie auxcer- des musicaux, remplira de la façon la plus originale et la plus intéressante l’une des soirées de la semaine.Le Conseil Local de Montréal a employé la derniere année, surtout, d’une façon fructueuse.L a obtenu de notre gouvernement provincial de nommer une inspectrice des manufactures où des temmes sont employées.Il a fondé des cercles de lecture, et l’un de ses derniers actes a été de taire imprimer en gros caractères les règles d’hv-g'éne élémentaire, sur des cartes qui seront distributes dans les maisons pauvres.Ces conférences medicales et gratuites, par des femmes-médecins, dans les quartiers populeux, ont été inaugurées avec grand succès à la Pointe St.Charles et dans le quartier St.Jean-Baptiste.Il ne faut pas oublier que toutes les séances du Conseil National des Femmes sont publiques et que tout le monde y est cordialement invité’ sans distinction de sexe.L'autre a même lé droit de venir prendre la parole au sein des as-semblées féminines.L opinion d’un grand journal français SUR LE PROGRES FÉMINISTE La raison veut, d’abord, que la femme ne cesse pas dure la femme, et ne s’expose pas, en copiant plus ou moins adroitement les qualités de l’homme a perdre les siennes.Mais la raison veut aussi que, dans une société où il devient déplus en plus hu e de vlvre et de faire vivre les siens, la femme qui possède les aptitudes nécessaires, la femme qui a des devoirs à remplir, la femme qui gère des mterets importants, cesse d’être traitée comme un etre subalterne, incapable de penser, de vouloir d agir par lui-même.Et l’équité, qui n’est qu’un aune aspect de la raison, exige que dans une société qui repose tout entière sur la concurrence la femme qui travaille et qui lutte ne soit pas avance sacrifiée par les conditions d’infériorité ou on la place.— Le Temps de Paris. 35 LE COIN DU FEU Alexandre Ourlas On a fait sur la tombe du grand écrivain qui vient de mourir des oraisons funèbres de tous genres.Alexandre Dumas a été loué et pleuré par ses contemporains, comme l’une des plus grandes gloires de la patrie.Les partisans des nouvelles écoles, avec l’intransigeance qu’on apporte en France dans les querelles littéraires, ont affecté de le traiter avec indifférence et môme avec dédain.Si l’on n’avait pour se guider que les arrêts péremptoires de ces jeunes fanatiques des derniers bateaux, on ne soupçonnerait jamais qu’Alexandre Dumas fils fut l’homme de lettres le plus heureux, le plus gâté par le public de son temps, 1 écrivain le plus brillant et le plus charmeur, le faiseur de paradoxe, le remueur d’idées le plus écouté et le plus applaudi.Pour nous, l’illustre moit fut une âme d’élite qui ne trouva jamais son chemin de Damas.Le relâchement de sa première éducation, l’influence du nègre génial qu'il eut pour père, l’en avaient de bonne heure trop éloigné.La première de ses œuvres, “ La Dame aux Camélias,” témoigne de la générosité instinctive de son cœur.“Oli n insultez jamais une femme qui tombe.Qui sail sous quel fardeau la pauvre âme succombe.” \ iclor 1 lugo avait formulé la belle loi de clémence de l’Evangile, dans la langue des dieux.Lejeune paladin des lettres, tout plein de vaillance et d’ardeur, Dumas fils, avait apporté le secours de son épée, je veux dire de sa plume, pour défendre une pi étendue victime de la société.Le mouvement était noble et de bon augure, chez un mousquetaire imberbe.Hoses A Madame.Ali! le gentil bouquetée roses 1 Les belles fieurs ! Les jolis vers ! Comme c’est beau, des (leurs écloses Panni la neige des hivers! Et cela nous dit tant de choses De regarder les tons divers De leurs corolles demi-closes, Evocation des moments chers.Seulement, le public, en endossant par un enthousiasme sans mesure cette équipée de jeunesse, faillit faire de d’Artagnan un Don Quichotte.La séduction de son talent, la grandeur de ses vues ont toujours sauvé Alexandre Dumas du ridicule ; mais il n’en est pas moins vrai que son apologie obstinée de la courtisane irrite à la fin ceux qui subissent le plus cette séduction.La reprise perpétuelle d’une thèse impossible devient poulies lecteurs aussi fastidieuse que le serait la vue de l’impuissant et couiageux Sisyphe roulant éternellement son rocher.Inutile aura été son effort dans ce champ ingrat.Malgré les trésors d’esprit et de sentiment, malgré les flots d’encre que l’avocat de la fille déshonorée a dépensés pour la réhabilitation de sa cliente, rien ne sera changé dans ce qu’il appelle les préjugés du monde.Tout en plaignant, tout en respectant même, si elle le mérite, la femme tombée que notre divin Maître le premier a absoute, l’homme continuera de reculer devant sa flétrissure, et de lui préférer quand il voudra choisir sa compagne et la mère de ses enfants, une vierge pure.Et quoiqu’on en ait dit en termes admirables, et avec les meilleures intentions, il y a dans la conduite de ces hommes prudents plus que l’impulsion d’un implacable égoïsme.Le besoin d’aimer sans arriére-pemée, d’admirer, de vénérer par dessus tout celle dont on veut faire l’ange du foyer, est le noble mobile, le sûr instinct qui détermine un pareil choix.M"" Dandurand.de HoeI J’aime leur grâce coquette.Mon coeur avec votre cue.llette A vu sa gaîté levenir.Grâce à vous, la fête est cou plète, Vos fleurs ont mis dans ma chambiette Le parfum d’un bon souvenir.Paul Vary. 36 LE COIN DU FEU Lettre inédite d*Alex4 Ourlas a /^nt\e Adarrj lors de la njorf de sa nrçere Je ne sais pas parler aux gens qui souffrent de la douleur que vous avez.Pour combattre un chagrin, il faut que celui qui le cause soit vivant.Phi présence d’un mort, je me récuse.Tout est entre le survivant et lui.Ils se disent tous deux, dans le langage particulier des souvenirs intimes, tout ce qui peut être dit en ces moments-là, et celui dont la bouche est à jamais close a une telle éloquence qu’on ne saurait intervenir sans crainte d’y être maladroit.La présence silencieuse,les serrements demains, les yeux mouillés en disent plus que toutes les paroles et toutes les lettres.Ils fondent ainsi la douleur jusqu’à ce qu’elle devienne une force morale de plus.Les pertes comme celle que vous venez de faire ont cet avantage qu’elles rejettent à une plus grande distance les gens et les choses qui n’ont pas le droit d’occuper véritablement la vie.Quand nous perdons ceux que nous aimons sincèrement, ils ne sont plus où ils étaient, mais ils sont partout où nous sommes, et ils viennent se placer devant nous dans les circonstances sérieuses, pour nous avertir, nous défendre et nous consoler.Vous, allez vivre plus que jamais avec votre mère.L’habitude que vous aviez de la voir vivante à coté de vous vous faisait ou vous laissait croire à la réalité de bien des choses sans valeur et sans fond.Vous avez dû repasser toute votre vie depuis quelques jours ; vous avez revu votre première enfance, votre jeunesse, ce soleil d’autrefois, qui ne ressemblait pas à celui d’aujourd’hui, si brillant qu’il soit, la campagne, qui était plus verte, et l’image de votre mère jeune, qui vous accompagnait et vous souriait partout.Vous avez dû vous demander laquelle de vous deux avait raison de comprendre les choses de l’âme, et si cet être excellent, qui ne s’était pas trompé dans sa manière de vous aimer, s’était trompé sur ce Dieu qu’elle vous avait fait prier dans votre berceau et qu’elle a affirmé jusqu’à son dernier soupir.Vous souffrez dans votre cœur, dans votre esprit, dans votre sentiment et dans votre raison;__ qu’est-ce que nos paroles humaines ont à faire dans tout cela?Votre mère sait maintenant la vérité sur ce qui vous préoccupe encore.Vous la dira-t-elle?Votre ami, A.Dumas.Il n’est presque personne, mes chères enfants, qui n’ait à se garder de ce serpent qu’on appelle la flatterie.“ Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire.” Toute petite étoile a ses infimes satellites ; tous les degrés de la puissance perçoivent l’impôt de la servilité.Chaque petite rentière a ses courtisans, chaque poseur sa galerie de badauds, et cha- Coijseils de la /^ere Grognon que fortune ses parasites.Or, les flatteurs sont l’écran que le diable met entre nous et la Vérité, entre nous et la Justice, entre nous et le lion Sens.Ecartez donc, mes enfants, ce rideau trompeur que notre vieil ennemi essaie d’étendre devant nos yeux.Ecartez les flatteurs, ou.regardez pardessus leurs têtes.aBBtefla LE COIN DU FEU 37 Le Ron\aq cPuij Graijd Honjnje Il y avait un petit roman dans la vie de M.Frère-Orban, le grand homme d’état belge, qui est mort il y a quelques semaines à l’âge de quatre-vingt-trois ans.Son origine fut des plus humbles.Fils d’un concierge, il dut son instruction à la charité de quelques amis de sa famille.S’étant épris de la fille d’un riche industriel liégeois—laquelle répondait par le doux réciproque à son amour — il s’affligeait de l’inégalité de fortune qui le séparait de sa bien-aimée.Celle-ci eut recours à un stratagème bien hardi pour vaincre la résistance de parents trop raison- nables, qui voulaient lui faire faire un mariage de raison.En plein théâtre, au cours d’une représentation de gala, Mlle Orban embrassa le jeune Frère.Bon gré mal gré, après cet esclandre, les sages parents durent consentir au mariage “ Frère-Or-ban.” C’est sous ce nom, en effet, que l’avocat belge s’illustra dans sa patrie.(M,nu Frère-Orban mourut en 1890, laissant son époux inconsolable.) Le procédé n’est pas de ceux qu’on recommande.l/ri Sexe Parfait iq se Nos amis les hommes ont le don des comparaisons.réputées odieuses.A les en croire, nul défaut ne leur appartient en propre.Tout ce qui ne leur fait pas honneur ils l’empruntent, ou â l’autre sexe ou aux différents règnes de la nature.On raconte que le Grand Alcibiade, jouant avec un camarade dans son enfance, et pressé par lui, le mordit cruellement.La Fen\nrie Jugée “La femme exerce une influence plus grande de beaucoup que n’affecte de le penser l’aveugle orgueil de l’homme.Il se croit supérieur à sa compagne, parce qu’il est autre, parce qu’aux qualités qui sont les siennes est attachée la domination apparente du moins.Je dis apparente, car en réalité il obéit plus qu’il 11e commande.L’insinuation, la douceur, la grâce, l’attrait de la beauté, le charme de la faiblesse môme triomphent le plus souvent de ce superbe dominateur.La femme règne de fait, et en cédant elle gouverne encore.Que serait sans elle la vie humaine ?Une lutte désespérée, un sanglant combat de l'homme contre la nature et de l’homme contre l’homme.Elle lui verse un philtre qui endort ses maux, elle amollit sa dureté farouche, modère ses rudes passions, calme ses colères, lui fait du travail et de la souffrance même, par — Tu mors comme une femme ! s’écria le petit grec—modèle des siècles à venir.— Dis donc comme un lion, répliqua le fier Athénien, précurseur des gens qui n’ont jamais tort.Comme un homme en colère eut été plus simple et plus honnête.Jacqueline.par Laïqeqqais sa tendresse compatissante son dévouement inépuis-sable, par la continuelle effusion d’un amour qui renaît de lui-même et ne tarit jamais, comme une sorte de joie ineffable.Il y a dans son cœur des délicatesses si exquises et tout ensemble si spontanées, qu’elle les ignore elle-même.La source en est voilée, mystérieuse.Elle s’exhale d’elle comme un parfum de la fleur pudique que ses suaves effluves décèlent vaguement et que l’œil ne voit pas.Une native commisération, une sympathie irrésistible l’attire vers ce qui souffre.Toutes les misères inséparables de la condition humaine, ou qui engendrent les vices de la société, semblent avoir été commises à ses soins.Elle est vraiment la providence de l’infirme, du pauvre, de l’innombrable tribu des abandonnés.Elle remplit une mission céleste, elle apporte avec elle quelque chose de Dieu, du secours pour tous les besoins; 38 LE COIN DU FEU des baumes pour toutes les plaies, des paroles qui enchantent toutes les douleurs.Et je n’ai rappelé encore que ces moindres bienfaits.Plus sfir que le raisonnement, un infaillible instinct la préserve des erreurs fatales auxquelles l’homme se laisse entraîner par l’orgueil de l’esprit et de la science.Tandis que la curiosité irrésistible de l’homme 1 emporte à travers je ne sais quel crépuscule trompeur, en des régions peuplées de fantômes; tandis que sa vaine et débile raison ébranle aveuglément les bases de l’ordre et de l’intelligence même, la femme éclairée d’une lumière plus intime et plus immédiate les défend contre lui, conserve dans l’humanité les croyances par lesquelles elle subsiste, les vérités nécessaires, les grandes lois de la vie intellectuelle et morale.Elle en est, au milieu de la confusion des idées et des révolutions des systèmes, la gardienne pieuse et incorruptible.Souvent l’homme, à cause de cela même, l’accuse de faiblesse, de préjugé, de superstition ; il ne sait pas, qu au lond, l’objet de sa superstition, c’est Dieu caché sous les symboles qui le révèlent obscurément, que son préjugé c’est le vrai immuable embrassé par le cœur, que sa faiblesse c’est la force innée, la puissance souveraine de la nature même.Les lois dont je parlais tout à l’heure, non seulement perdraient leur autorité sur la terre, mais altérées par mille conceptions fausses, la notion même sen éteindrait si, doublement mère, la femme, dès le berceau, n’initiait l’enfant à ses sacrés mystères, si elle ne déposait en lui l’impérissable germe de la foi qui le sauvera, ne le nourrissait de ce lait divin.Quoiqu on ait fait pour la détourner de sa fin véritable, pour l’égarer hors de la règle par l’appât d une fausse liberté, d’une indépendance qui ne serait que le plus dur, le plus dégradant esclavage, elle a repoussé avec dégoût les suggestions des tentateurs.Elle a voulu rester ce que Dieu l’a faite, ce que 1 humanité a de plus ravissant et de plus saint—la vierge, l’épouse, la mère.Ses destinées seront belles dans l’avenir qui s’approche.En inspirant de bonne heure a l’enfant les religieux sentiments qui doivent animer l’homme, l’esprit de sacrifice, de dévouement, d’amour, le courage contre soi, le mépris des choses matérielles, du corps et de ses convoitises, en le préparant aux devoirs qu’il aura bientôt à remplir, c’est elle qui enfantera cet avenir que pressent un instinct mystérieux; il sera, lui aussi, le fruit de.c« entrailles.” On sait que ce sombre génie, que ce grand esprit de Lamennais a souvent erré, et que par le fait d une incessante “évolution ’’ il en est arrivé à la fin de sa vie, à renier la foi qu’il avait combattue avec une violence inouïe d’abord.Son opinion sur la femme a aussi subi des fluctuations.Le plus souvent il se montre envers elle dur et sévère.“ Je n’ai jamais rencontiéde femme, dit-il quelque part, qui fut en état de suivre un raisonnement pendant un demi-quart d’heure.Elles ont des qualités qui nous manquent, des qualités d’un charme particulier, inexprimable, mais en fait de raison, de logique, de puissance de lier les idées, d’enchaîner les principes et les conséquences, et d’en apercevoir les rapports, la femme même la plus supérieure atteint rarement à la hauteur d’un homme de médiocre capacité." Excusez du peu.Renan répondait à cette irrétention en disant que “ les femmes, par des voies à elles connues, arrivent à tout comprendre, non selon les principes de l’école, mais selon un tact fin et sûr." Ajoutons que Lamennais eut pour amies et confidentes des femmes supérieures, pour lesquelles il professa toujours une respectueuse considération.L'une d’elles—Mademoiselle Ninette de Lucinière —lui écrivit, lors de l’apparition des Paroles d'un croyant, qu’on a comparées à l'Enfer de Dante, et qui lui valurent la condamnation du Saint Siège : “ Nous avons lu votre ouvrage en petit comité d’amis.C’est le bon M.Blaize (beau-frère de Lamennais) qui me l’avait prêté.Oh ! quelle pureté ! quelle élévation de style! Que de beautés, —surtout que de suaves pensées renferment quel-quels chapitres où vousavez laissé parler votre cœur ! Ils reposent l’âme des chapitres précédents qui l’avaient trop douloureusement émue.Mon excellent ami, me pardonnez-vous maintenant?Mais avec vous il y a vingt ans que j’ai l’habitude de penser tout haut.Je vous dirai donc que je ne conçois pas comment vous avez pu rêver l’existence possible d’une République telle que vous la dépei- LE COIN DU FEU 39 gnez.Où trouverez-vous ce peuple capable d’être uni par les seuls liens de la charité ?de se guider uniquement par le code évangélique, de n’avoir besoin ni de chefs ni de lois?.Nous ne valons pas mieux en 1834 qu’en 1789.Encore y a-t-il moins de religion maintenant dans les classes populaires.“ Votre livre est dangereux.moi, pauvre fille, je ne puis ni expliquer dans ma simplicité, comment un cœur tel que le vôtre a voué tant de haine à l’autorité, puisque ‘ toute autorité vient de Dieu.’ Mon meilleur ami sur la terre, que je suis désolée de vous voir suivre une telle route, vous qui sem-bliez destiné à fournir une si utile carrière.Il est certain que vous vous trompez sur la mission que le Seigneur vous avait donné à remplir.Vous êtes abusé par votre ardente imagination.Un jour vous regretterez amèrement d’avoir usé votre génie à soulever les passions.” Mètéore.Littérature Dans l'œuvre littéraire si intéressante que poursuit le Théâtre National de l’Odéon en France, l’étude des anciens et la représentation de leurs œuvres offrent un attrait pour le moins égal à celles des chefs-d’œuvres modernes.On peut en juger par ce qui suit .L’Odéon a rouvert ses matinées du jeudi.Vous savez qu’il a entrepris depuis deux ans une sorte de cours d’histoire dramatique, qui se poursuit d’année en année, jeudi par jeudi.Il y a deux ans, il a donné les plus beaux chefs-d’œuvre du dix-septième siècle ; l’an dernier, il a épuisé le répertoire du dix-huitième.Cette année, il entame la série qui va de 1788 à 1820.Vous savez que chaque représentation est précédée d’une conférence, où nous nous efforçons de replacer dans son milieu l’œuvre qu’on va représenter.C’est Larroumet qui a ouvert le feu.L’affiche portait, outre les Deux Jumeaux de Florian, qui sont déjà depuis l’an dernier au répertoire, trois petites pièces en un acte du même Florian: Les Deux Billets, \e Bon Ménage, le Bon Père.Larroumet nous a prévenus que ces trois pièces au fond n’en formaient qu’une en trois actes, la seconde n’étant que la suite de la première, et la troisième couronnant les deux autres.C’est une espèce de triptyque littéraire.Je me sens toujours quelque embarras à louer mes confrères en ce métier de la conférence.De quel droit les louerais-je, n’ayant pas celui de les critiquer?Il me sera peut-être néanmoins permis de dire que Larroumet a fait revivre Florian à nos yeux ; qu’il a dit en fort bons termes, dans une étude distribuée avec clarté et goût, juste ce que nous devions savoir pour mieux comprendre et les pièces que nous allions voir et la fin du siècle qui les avait applaudies.Je ne souhaite qu’une chose, c’est que nous, qui allons parler après lui, nous soyons à ceux qui viendront nous entendre aussi utiles et aussi agréables.Nous avons tous été charmés des trois petites pièces de Florian ; je n’avais vu jouer (dans les représentations, à bénéfice) que les Deux Billets et le Bon Père ; je ne connaissais pas le Bon Ménage, et surtout je ne me doutais pas du plaisir que pouvaient faire les trois petites pièces jouées à la file et formant un tout complet.C’est proprement un délice.Rien n’est plus joli ; rien ne sent mieux son dix-huitième siècle ; rien ne fait mieux songer à ces pastels délicats d’un autre âge dont les nuances ont été quelque peu amorties par le temps, mais qui sont si doux à regarder et qui évoquent les images des bergeries enrubannées de Trianon.Mais ce qui m’a plus étonné, c’est que ce Florian, qui n’est plus guère connu que par ses fables, était un véritable homme de théâtre.Tout chez lui est toujours en scène et passe la rampe.Il fait avec la bonté souriante plus d’effets que n’en trouvent nos modernes écrivains à la rosserie aigre.Les larmes montent doucement du cœur aux yeux à écouter ces effusions de tendresse.Je supplie instamment le directeur de l’Odéon de joindre, soit à la Crise conjugale de Berr, soit à quelque autre spectacle, les trois petites pièces de Flotian, qui peuvent, en supprimant les entr’actes, se jouer en une heure un quart.Je suis convaincu qu’elles enchanteront tous les lettrés, qu’elles seront pour les jeunes filles un pur ravissement.Francisque Sarcey. LE FILS BE L'ARETIN SERENADE chantre, par M.LELOIR, iln la Comédie-Française.Dbame en vers de M.II.DE BORNIER.Musique de M.Laurent LEON.PIANO.i Alleuretto leggiere.!z=5-^=M: ¦rî mf ¥ ¥ SES .' .-8-=l=! -—*-1 il——\-m-—>•>•>•— 0~>0 >0->0 -fer-» =|: -0- -W- t: =K=t: 0- A—4 est plei rose île char nies Prenez elle est bel £=*=ï=* —->0-L i— i=î=t îiiimr Mais, nioiir -r ^ con express' YV I Lento.• ' m- mi vioho vit.*—\-m lnour ninur a tempo, rit.r morendo, »-¦>» -Ya_____L LE COIN DU FEU 43 NousLuvons "déjà_,entretenu nos lecteurs de la Bibliothèque de Boston.L’édifice serajle plus beau de la ville, etj coûtera quatre millions.Rien n’est épargné pour son embellissement intérieur Voici un renseignement trouvé dans un journal français au sujet des décorations murales exécutées par l’un de plus illustres peintres modernes : “ Hier, Pu vis de Chavannes peignait cette magnifique page de la Bibliothèque de Boston : les Muses inspiratrices acclamant le génie messager t/e la lumière, où tout monte au jour, vole, flotte, plane et sourit, où tout est clarté, rayonnement aspiration, élan.Quelle série de grandes compositions décoratives a précédé ces travaux, qui ne seront pas un couronnement de carrière, car Puvis de Chavannes, à cette heure, prépare un nouveau polyptique pour le Panthéon, et médite le hauts panneaux, de dimensions colossales, qui, doivent encore décorer la Bibliothèque de Boston ! ” Il faut ajouter — non sans une nuance d’envie — que cette institution est au service d’une population qui est à peine double de celle de Montréal.Non contente de fournir gratuitement les livres à ceux qui viennent les chercher eux-mêmes pour les apporter à domicile, elle envoie, à ses frais, dans les villages qui constituent la banlieue de Boston, les volumes qu’on lui désigne.Les employés repassent ensuite à certains intervalles pour renouveler le dépôt des livres selon les désirs de ces heureux contribuables d’une municipalité bien administrée.Pourquoi sommes-nous si loin d’un tel progrès ?kc Les morts qu’on pleure sont plus heureux que les vivants qu’on oublie, car ceux-ci ne sont que cendre et poussière, tandis que ceux-là revivent dans les cœurs qui les regrettent.Leconte de Lisle.Un dernier mot sur la Beauté.—C’est l’opinion d’un philosophe et celle d’un poète célèbre sur la beauté dans l’art : “ La beauté n’est pas une illusion de nos sens, mais de toutes les réalités la plus substantielle, comme étant ici-bas la seule qui nous console du mal inguérissable de vivre et de ‘ l’horreur d’être homme.’ ” F.Brunetière.Elle seule survit immuable, éternelle, La mort peut disperser les univers tremblants, Mais la beauté flamboie et tout renaît en elle, Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs.Leconte de Lisle.sx Notre jeune confrère du Journal des Etudiants est-il bien certain que ses congénères aient réalisé un grand progrès en apprenant à ne plus fléchir le génoux devant la reine de leur cœur?Est-il si avéré qu’en ne se courbant plus aux pieds des belles, le sexe fort a sauvé sa dignité compromise ?.Nous croyons, pour nous, que l’attitude ne fait rien à l’affaire.Debout ou agenouillé, l’homme épris est l’esclave de Dalila.Pour lui le parti le plus sage est encore de se courber de bonne grâce.Le jour où, sur ce point de la dignité, il detnan- 44 LE COIN DU FEU derait equal rights avec le beau sexe, le signal d’une déplorable révolution serait donné ; " Stoop to conquer ” fut la devise des plus célèbres diplomates.Conseils gratuits.—N’aime les bêtes et en tout cas n’en héberge auprès de toi que si tu te sens beaucoup d’esprit et beaucoup de cœur, car les visiteurs sont assez enclins à comparer les hôtes d’une maison entre eux.Quand on veut vérifier l’étanchéité d’un tonneau, on y verse, non pas du vin, mais de l’eau.Pour éprouver la discrétion d’un ami, confie-lui un faux secret dont la divulgation sera de nulle importance.Pcnsce d'un écrivain moderne.—D’où vient que les petites filles ont tant d’esprit et qu’il y ait tant de femmes bêtes.™ On prépare à Paris un concours des laides.“ Il y a assez longtemps qu’on nous ennuie avec les jolies femmes, dit un confrère français.“ Place aux laides ! “ Pour elles on fait rarement des folies ; on n’a pas d’exemple d’un caissier ayant levé le pied pour un laideron ; jamais aucun jeune homme n’a eu l’idée de se brûler la cervelle pour une personne qui louche.Une femme laide calme les passions, tempère l’amour, maintient l’homme dans un heureux équilibre.“ On comprend maintenant le but du concours de laideur qui va avoir lieu à Paris.Il est patriotique et moralisateur.” L’un de nos correspondants, dans le concours sur le bonheur ou le malheur d'être belle, s’indignait à la seule pensée de donner une prime à la laideur.Cette apothéose des laiderons que prépare le peuple-artiste va-t-elle assez le scandaliser ! -ce,A.Dumas et Pasteur.— L’année dernière, quand Pasteur fut condamné à ne plus sortir de son fauteuil, Dumas, le Jour de l’An, arriva rue Dutot avec un paquet de roses.Le malade ne put retenir ses larmes en voyant ces belles fleurs tomber sur ses genoux, et de ces mains-là.Mais Dumas ne le laissa pas s’attendrir, et il se mit à être si charmant, si amusant, si gai, si coquet d’esprit, que quand il fut parti, enfants et petits-enfants s’écrièrent : “ Quel bonheur ! il l’a fait rire ! ” La jolie mélodie que nous offrons aujourd’hui à nos abonnés est tirée du Fils de l'Aritin, d’Henri de Bornier, actuellement en cours de représentation sur la première scène de Paris.Aux paroles qui, détachées de l’ensemble, n’offraient aucun intérêt, nous avons substitué deux couplets exquis composés par une compatriote, M1110 Du val-Thibault de Fall River.Cette petite pièce s’appelle dans le recueil intitulé Fleurs de Printemps, “ Comme l’Amour.” Les Canadiens sur la scerçe C’est au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles qu’un jeune musicien vient de faire représenter un opéra qui s’appelle Evangeline.La tragique idylle acadienne, écrite par Longfellow, et traduite en français par l'abbé Casgrain, fait le sujet du libretto ; Depuis quatorze ans, les très artistes directeurs du Théâtre de la Monnaie, MM.Stoumon et Calabrési, n’ont cessé de poursuivre la courageuse campagne qu’ils résolurent d’entreprendre en faveur de la musique française.Faut-il rappeler que, par leurs soins, Sigurd et Salammbô ont été joués d’abord ici, et que, grâce à eux, bien des ouvrages combattus, et totalement incompris à Paris, ont pu prendre place victorieusement au réper- toire de l'Opéra de Bruxelles, et, de là, courir le monde?Leur activité, leur intelligence, leur éclectisme se manifestent de nouveau aujourd’hui par le choix d'Evangeline.Le libretto de MM.de Gramont, Hartmann et Alexandre suit les grandes lignes du délicieux poème acadien de Longfellow, et la musique de M.Leroux s’inspire directement de ce poème.C’est une des plus jolies œuvres que nous ayons vues depuis longtemps.Un prologue, de poésie intense, nous montre une forêt primitive du Nouveau-Monde.Tandis que l’orchestre, assez curieusement berliozien, chante la tristesse sauvage et fruste de la nature, LE COIN DU FEU 45 le rideau se lève, et des voix éparses, enveloppant un couple immobile, disent la ruine de l’heureuse Acadie.Du bon pays paisible il ne reste plus rien qu’une histoire d’amour.“ Ecoutez-la !—nous demande le chœur—c’est une légende naïve dont le souvenir résonne, impérissable, dans le frisson des plantes et le murmure du vent.” L’écho d’une vieille mélodie de France nous arrive pendant que nous pénétrons dans la ferme de Bénédict, au village de Grandpré.Et c’est tout à fait touchant, ce rappel, par la musique, de la patrie lointaine des premiers Acadiens.En ce coin d’intimité et d’affection, le motif ancestral se développe de la plus charmante manière, courant d’abord d’un instrument à l’autre, selon la fantaisie harmonique de l’auteur, puis servant aux refrains de travail des jeunes femmes qui filent la laine.Nous devinons déjà la façon dont M.Leroux va utiliser ses thèmes.Sa partition ne sera pas construite d’après le système rigoureux du leit-motiv, mais, par des retours de phrases, chacune des scènes de son ouvrage n’en demeurera pas moins très suffisamment symphonique.Bénédict, le père d’Evangéline, et Basile, le père de Gabriel, jouent aux dames.Dahra, la servante, filant avec des Acadiennes, chante la mélancolique ballade du “ fiancé de neige qui s’efface quand vient le jour,” et, sans le savoir, prophétise.Un souffle de Chabrier passe là.Basile est soucieux.Des navires anglais sont entrés dans le port ; pour le roi Louis XV.et le ro* George II, le sang coule déjà sur la terre américaine, Gabriel réjoint les Français ; que deviendrait-il si l’ennemi était vainqueur?L’amour d’Evangéline est confiant.En une montée véhémente, les violons nous le disent.Et voici que le jeune homme, accouru, annonce la défaite que confirment les fifres des Anglais sonnant au loin la retraite.Mais il a pu s’enfuir, et nul ne saura jamais sa périlleuse équipée.Dès demain, on mariera Gabriel et Evangéline.Et le doux chœur des femmes acadiennes promet longue joie aux fiancés qui, la nuit tombant, restent seuls.Muets devant la forêt et le ciel, leur tendresse est d’abord exprimée par l’orchestre ; puis ils parlent, et leur causerie, évocatrice du passé, heureuse du présent, confiante en l’avenir, nous semble d’un charme infini.On ne saurait trop louer la grâce voluptueuse et chaste en même temps, l’exquise fraîcheur de jeunesse, la séduction instrumentale de cette scène qui se termine en la douceur rassurante des symphonies, après que Dahra a chanté dans la pièce voisine les dernières mesures de sa ballade.Sur la place de l’église, maintenant, le cortège nuptial s’avance, et les ménétriers font rage.Cela nous vaut une cérémonie joliment musiquée, mais un peu longue.Les cloches jettent leurs dissonances majestueuses en la formidable explosion vocale qu’interrompent les Anglais.A cette heure, le village brûle et l’Acadie agonise.Qu’importe le douloureux adieu d’Evangéline ! Gabriel a disparu, emmené par les vainqueurs dans le lointain pays d’exil qu’on ne connaîtra pas.Un prélude dit la poésie des crépuscules en Louisiane.Au pâtre qui rassemble ses troupeaux, deux femmes, très lasses, demandent asile.Combien fut pénible le voyage pour Evangéline et Dahra ! Ne retrouveront-elles donc jamais Gabriel ?Tandis que le berger compatissant les fait entrer dans sa chaumière, Gabriel et Basile passent au milieu d’une troupe de coureurs des bois.Gabriel cherche Evangéline comme Evangéline le cherche, et son cri d’appel a réveillé les deux femmes qui se reposaient.Là-bas, un radeau descend la rivière, portant Gabriel.Evangéline appelle et crie à son tour, et l'exilé ne l’entend pas .C’est là, on le devine, la situation capitale de l’ouvrage.A mon sens, les auteurs n’ont pas su s’y affranchir assez du joug des formules usuelles.La grande voix de la nature, rude et profonde, pouvait, dans cet acte, prendre part au drame de façon presque directe, et le vivifiqr de son souffle puissant.Ici, le pittoresque tout extérieur du paysage ne s'accorde pas avec les sentiments des personnages, avec l’action même de la pièce.En Pensylvanie, dans la cour fleurie de l’hôpital où Evangéline est religieuse, on célèbre la Fête-Dieu.L’apaisement s’est fait dans l’âme de la pauvre affligée que réconfortent la douceur, le calme du beau matin mystique.Evangéline s’attendrit devant les roses consolatrices.Un homme paraît à la grille, épuisé, chancelant. 46 LE COIN DU FEU C’est Gabriel.En un cri, les voilà dans les bras l’un de l’autre.Que les cloches tintent et que la messe soit dite pour l'éternelle union de deux cœurs douloureux.Et tandis que monte dans les airs l’alléluia d’allégresse, Evangéline et Gabriel nous sont montrés de nouveau, immobiles, en la forêt primitive où des voix éparses les enveloppent, chantant la gloire des amants réunis, héros naïfs de l’impérissable légende.Alf.Bruneau.Peijdarçt la Bataille Voici la conclusion d’une page de réminiscences écrite par un jeune témoin de l’atïreuse guerre civile qui suivit la défaite de la France en 1870 : impuissant accès de rage du peuple de Paris qui se tourna contre lui-mème, sans punir un pouvoir perdu, anéanti ! .Tragiques souvenirs ! Bien longtemps ils sont demeurés pour moi comme un cauchemar, associés qu’ils étaient à ces visions d’une ville prise d’assaut.Partout à l’horizon des incendies, partout dans la rue des ruines, partout des coups de fusil, partout des morts, partout l’inutile frénésie de la destruction !.Aujourd’hui, comme je le disais en commençant ce récit, en face de ces tableaux, d’autres s’évoquent, — des tableaux, non, de courtes, de vulgaires scènes de la vie de tous les jours, où j’ai retrouvé quelques acteurs de ces épisodes de la semaine sanglante, mais cette fois repris par la vie et redevenus ce qu’ils étaient auparavant,— comme s’il ne se fût rien passé.Inutile ! Inutile ! Inutile ! .C’est le mot, sinistre dans sa simplicité, qu’il faudrait écrire à toutes les pages de toutes les histoires de toutes les Révolutions.C’est aussi le mot que les survivants ou les victimes de ces grands accès de démence collective ont toujours répété sous d’autres formes, depuis le général qui disait à Napoléon, lors du Sacre : “ Il y manque les trois cent mille hommes qui se sont fait tuer pour supprimer tout ça!.” jusqu’au célèbre agitateur, qui mourait sur cet admirable soupir': “Ceux qui ont servi la Révolution ont labouré la mer.” La raison en est qu’une fois traversés, les événement les plus terribles nous laissent identiques à nous-mêmes, par suite totalement distincts de l’être scélérat ou sublime que les circonstances ont pour une heure mis au dehors.Et je revois — humble commentaire à cette ironique vérité — l’étude de Baldé quinze jours plus tard.Tous les élèves sont rentrés maintenant.Nous sommes vingt-cinq à nous pencher sous la lampe.Je rédige de mon mieux une dissertation pour M.André sur cet intéressant sujet: De la théorie du monde extérieur chez les Epicuriens ! Le pédant de collège qui nous a donné ce sujet en insistant sur son importance, méticuleusement, est-il bien le même homme qui, l’autre matin, nous faisait un si fier adieu, sur le seuil du collège, au grondement lointain du canon ?Mais le potache, penché sur ses dictionnaires à côté de moi en étude, et qui vient de me dire avec un réel désespoir : — “Il paraît qu’il n’y aura pas de concours général cette année,”—est-il le même que le Renaud de la Barricade, refusant de mettre le pavé, au risque d’être tué ; que le Renaud de la cour de Baldé, saisissant à pleines mains le canon du fusil chargé du fédéré ; que le Renaud enfin de la mairie du Panthéon, soutenant de son bras la cantinière de la Commune, à deux pas des officiers et des soldats de l’armée victorieuse ?Et moi-même, qui me sens si mortifié d’avoir obtenu une place médiocre à la dernière composition, suis-je la même personne qui traversait avec une telle impression du tragique des choses la place où les vainqueurs dormaient sous les étoiles, à côté des morts?Et notre maître, ce pion tatillon maintenant et difficultueux, qui distribue des heures de “ colle ” aux bavards, du haut de son pupitre, tout en peinant, avec sa mauvaise mémoire, sur un traité de myologie, est-il bien le même que cet héroïque Finouy, qui protégeait, au péril de sa vie, un malheureux prêtre traqué ?Et le garçon qui fait les lampes, en se souriant dans le reflet de leur cuivre poli comme un miroir, est-ce vraiment le garde national qui traquait ce prêtre avec tant de férocité?Il était soigneux et propre.Il paraissait dévoué et reconnaissant.Le directeur l’a gardé, et voilà un bon domestique de plus ! Je le revois, le prêtre lui-même, cet abbé Broussais, que j’avais dans la mémoire, tragique de ter.reur, puis sublime d’énergie reconquise quand il LE COIN DU FEU 47 s’était relevé de ses prières, — sublime aussi de charité quand il s’était approché de la fausse infirmière pour la sauver, après qu’elle avait voulu l’assassiner !.Six mois ont passé.Mon père m’a forcé, à mon grand regret, d’aller passer la soirée— une de mes soirées de congé — chez un ancien recteur de ses amis, excellent homme, mais qui a la fâcheuse manie de me gourmander sur mes religions littéraires : — “ Alfred de Musset," me dit-il souvent, “ tu admires ce garçon-là P Je l’ai bien connu.J’ai été à côté de lui au Concours général.Veux-tu savoir ce que c’était qu’Alfred de Musset ?Hé bien ! c’était un paresseux!.” Je viens d’être chambré par ce terrible sermonneur dans un coin d’un salon outrageusement vert que domine le portrait du philosophe Victor Cousin, avec dédicace.Des universitaires causent debout — en m’enviant, car l’ancien recteur est l’intime du ministre de l’instruction publique, lequel a promis de venir le soir.La porte s’ouvre et donne place à un ecclésiastique, souriant, mielleux, complimenteur, — et qui, le manteau romain sur l’épaule, commence de saluer de-ci, delà, avec une obséquiosité de solliciteur, et l’ennemi de Musset, qui est en revanche un fidèle de Béranger, murmure entre ses dents : — ‘‘Homme noir, d’où sortez-vous P.” et il ajoute : “ En aura-t-il fait des démarches, cet intrigant d’abbé Broussais, pour être nommé évêque ?.’’ Et enfin, je la revois, elle, aussi, la Théroigne de la barricade, l’énigmatique combattante qui tour à tour s’était révélée à nous comme capable des plus généreux élans et des plus féroces attentats, comme une protectrice bourrue et bienfaisante, comme une lâche et sinistre assassine.Un an s’est écoulé depuis la semaine sanglante, et le fantôme de la jolie Théroigne passe et repasse bien souvent dans nos discours à Renaud et à moi.Le pi intemps fleurit de nouveau les lilas du Luxembourg, et par un soir de dimanche, je me suis laissé entraîner en compagnie de camarades, moins consciencieux que ce pauvre Renaud, dans un café servi par de pseudo-italiennes.Ce repaire de prostituées regorge de collégiens, de saints-cyriens, de polytechniciens, tout l’espoir de cette pauvre France, si cruellement éprouvée.O pitié ! O inexpiable crime de pouvoir qui permettait et qui continue de permettre que ces tentations immondes souillent sans cesse le printemps sacré du pays ! — A une table, une fille rit et parle très haut en buvant des bocks, dans laquelle je reconnais l’ancienne cantinière de la Commune.Deux étudiants sont auprès d’elle, qui la pressent en riant et causant aussi haut qu’elle.Tous trois ont dîné trop copieusement.Le délicat visage de la jeune femme est un peu plus fané, mais toujours fin, avec des yeux passés au noir et une bouche passée au rouge, qui rendent plus saisissante sa pâleur de goule, et j’entends un collégien — un Saint-Louis— qui, en la montrant, dit à un autre : — “ Regarde ! Voilà Nini-Pétrole ! ’’ Paul Bourget.La Correspondance Laurence de Brives à la comtesse de Ser-gines.La Chênaie, Noël, 18—.Ma chère grand'mère.Je te souhaite une bonne année et une bonne santé.Je souhaite aussi que tu viennes bientôt nous voir.Papa, maman, Roger et moi, nous serions tous bien contents de t’embrasser pour de bon, pas sur le papier, comme depuis trois mois.J’ai bien des choses à te raconter et bien des choses nouvelles à te montrer.D’abord, nous avons un beau grand chien danois, qui est très doux, qui joue avec moi, qu’on appelle Méo.Et puis un âne tout jeune, qui traînera la petite charrette l’été prochain.Enfin, des pigeons qui sont les plus beaux du monde.Tu verras aussi que j’ai beaucoup travaillé.Je couds tous les jours, et la poupée que tu m’as donnée au mois d’octobre a un très beau trousseau.Au cours, j’ai été trois ou quatre fois première, en histoire, en géographie et en orthographe.Maman était joliment heureuse, et papa aussi.Mais je suis bien contente d’être en vacances, à la Chênaie surtout.Si tu savais comme notre neige est jolie, et comme les sapins sont bien plus beaux dans tout ce blanc-là. 48 LE COIN DU FEU Roger est arrivé hier; il ne rêve que de patinage.Il prétend que je suis toujours un bèbt.Mais non, n’est-ce pas ?puisque j’ai neuf ans depuis deux jours.Je te remercie bien des fois, ma bonne grand’-rnère, de l’argent que tu m’as envoyé.Mais, lu sais, les gâteaux m’ont encore fait plus de plaisir, et toutes les gentilles petites choses que tu avais mises pour moi dans la caisse.Comme tu me gâtes, ma chère grand’mère.Mais va, je t’aime bien.Papa, maman, Roger aussi t’aiment de tout leur cœur.Je t’embrasse bien fort, à grands bras.Ta petite-fille respectueuse, Laurence.P.-S — Bonjour à ma vieille Germaine.Ses gâteaux sont bien bons.La comtesse de Sergines a Laurence de Brives.Tours, le 26 décembre iS—.Ma bonne petite, chérie, J’ai lu et relu avec un grand plaisir ta chère, ta gentille petite lettre.Comme il me tarde aussi d’aller t’embrasser, d’aller vous embrasser tous.Mais il me faut guérir une vilaine névralgie ; tes bons souhaits m’y aideront certainement.Je suis contente que tu aies à la Chênaie beaucoup de sujets d’amusement.Je vois avec plaisir que tu aimes les bêtes, et je suis bien aise aussi que tu sois travailleuse et que tu deviennes savante.Quand j’étais petite comme toi, on n’étudiait pas tant de choses.Mais vois-tu, les petites filles d’alors, vieilles femmes comme ta grand’mère aujourd’hui, voudraient bien en avoir appris davantage.Plus on sait, plus on a de satisfaction.Tu comprendras cela plus tard, et cela te dédommagera d’avoir beaucoup étudié.L’important surtout, ce que je te souhaite avec une bonne santé et toutes les joies de ton âge, c’est que tu restes une bonne fille, bien aimante et bien franche.Si tu aimes beaucoup ton père, ta mère, Roger et ta pauvre grand’mère, si lu as horreur du mensonge, tu seras déjà presque parfaite.A bientôt, ma chère fillette.Je te porterai d’autres jolies choses et des gâteaux de la vieille Germaine, puisque tu les préfères à l’argent.ce qui m’a fait bien plaisir.Je t’embrasse mille fois et encore mille fois.Ta grand’mère qui t’aime tendrement, Louvert-Sergines.Germaine t’embrasse.Roger de Prives a la comtesse de Sergines.La Chênaie, 25 décembre 18—.Ma chère grand'mere, Les filles sont si bavardes que Laurence ne m’a rien laissé du tout à te dire.Mais je te souhaite de tout mon cœur une bonne année et une bonne santé.Je te remercie des belles étrennes que tu m’as envoyées, et qui vont me servir à acheter une foule de choses qui me manquaient vraiment.On nous a accordé quinze jours de vacances pour nous remettre de l’influenza que nous avons eue presque tous.Je voudrais bien te voir à la Chênaie pendant que j’y serai.Laurence a de la chance, elle est toujours là à chacun de tes voyages.Je t’en prie, chère grand’mère, tâche d’arriver ces jours-ci.Je te quitte pour aller patiner sur l’étang.La glace est très épaisse.Maman a voulu que papa s’assure, de sa solidité.A bientôt, dis, chère grand’mère ?Je t’embrasse mille fois.Ton Roger respectueux qui t’aime.P.-S.—Bien des choses à Germaine.La comtesse de Sergines a Roger de Brives.Tours, le 26 décembre 18—.Mon grand chéri, Merci pour ta petite lettre et tes bons souhaits.Je désire beaucoup te voir, tu le penses bien, aussi je me soigne pour pouvoir partir bientôt.C’est vrai que tu es moins bavard que Laurence) mon cher garçon, mais ne serait-ce pas parce que L’INSTITUT KEELEY -POUR LA GUÉRISON RADICALE DE- La Morphine, d
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