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Titre :
Le coin du feu
Première revue féminine québécoise, Le Coin du feu est en grande partie rédigé par Joséphine Marchand-Dandurand qui y aborde plusieurs sujets sous un angle mondain.
Éditeur :
  • [Montréal :s.n.],1893-1896
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Le coin du feu, 1896-04, Collections de BAnQ.

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lu (oi N DU Feu REVUE MENSUELLE ABONNEMENT: j ( ADMINISTRATION: $2.00 PAR ANNEE.) AVRIL 1S9U ! 23 RUE ST.NICOLAS.SOMMAIRE Le Saguenay, .Mme.Dandurand.Le Concert ije Melle, Cartier, .* * • Les Inconvénients du TÉLÉPHONE, Marie Vieux-temps.Dans les Egouts de Londres, G.Labadie-/.agrave Madame Sinoennes, .• , # * * “ Le Ciel est Bleu,” Chant .M.Loley.Courtoisie Anglaise, .Mme.Dandurand.La Petite Bonne de George Sand, Arsene Lloussaye.Sans le Voir, .Salvatore di Giacomo Catherine II.et Grimm, • .Michel /damier.| L’Inauguration du Musée Canadien, .* " Le Mouvement Social, .Joseph Chaifley-Bert.La Cuisine, ., .• Tourne Broche.Ici et Là,.* * * La Mode.* Les Paroles Restent, .Jules Lemaître.• A Propos de Lamennais, .C.P.Chocarne Paysage Breton,.B.Lamennais.Instantanés, ., Montesquieu Le Saguenay Hélas, cher lecteur, cela devait arriver.Il n’en pouvait être autrement.Le moyen, dites-moi, de voir le Saguenay et de rester muet.De pareilles émotions sont faites pour qu’on les partage.Et d’ailleurs, avec des gens habitués à se servir de la plume, il y a toujours un danger à craindre.Pour ces gens là, regarder c’est observer, admirer c’est s’inspirer, voyager c’est prendre des notes, recueillir des souvenirs, des documents.Puis vient le moment où tout cela doit se traduire en noir sur du papier blanc.Le lecteur n’a plus qu’à subir son sort.Donc j’ai vu le Saguenay.Mes cartons s’en sont naturellement enrichis de ces quelques impressions.Je les glisse ici à la faveur de la question des voyages qui, à cette saison, revient sur le tapis.Ce ne sont que des impressions que je puis prétendre donner sur un coin incomparable de notre pays que des plumes habiles ont décrit avant moi.J’aime le nom sauvage de ce fleuve : le Saguenay ! Que notre érudition a bien fait de n’y pas substituer un vocable plus moderne, plus sociable, qui eut mal convenu à sa nature.Quand je coudoie dans la rue les anciens maîtres du sol que la force jadis ne put réduire ; quand je vois les fils des terribles Peaux-rouge vêtus à l’américaine et affublés de noms inoffensifs comme Joseph Ladou-ceur, je ressens je ne sais quel mélange de tristesse et de pit'é à l’égard de ces fiers Indiens dégénérés, domptés, dénationalisés par l’œuvre de notre civilisation.J’ai alors comme une intense aspiration d’en voir un vrai, avec un nom suggestif d’instincts féroces, avec la _ haine du blanc usurpateur de son territoire; mon rêve est de sauter une fois les Rapides dans un frêle canot d’écorce, ayant pour pilote le fameux “ gros Jean,” et cela afin de revoir dans son élément, dans l’exercice de ses authentiques fonctions, et avec l’expression naturelle de sa physionomie, l’agile, le perfide et le superbe Iroquois.C’est cette rare sensation de grandeur terrible, de redoutable mystère que vous donne le Saguenay, roi du Nord né de torrents furieux, qui se précipitent du haut des monts en déchirant leurs flancs.Son haleine puissante a l’âpre pureté des sommets où naît le jour, et le frontdes pics altiers, qui ouvrent à ses eaux un lit insondable, défie le temps faiseur de ruines, les siècles qui transforment, et l’humanité qui déflore tout.A l’extrémité occidentale du St.Laurent, à la le coin du feu 98 tete de l’Ontario, le phénomène qui répond a notre Saguenay, le Niagara ne jouit pas de la même immunité.Aux flancs du monstre, là-bas, l’industrie s est attachée comme une lèpre.Tout le long de la tranchée vertigineuse, taillée à vif dans le roc et au fond de laquelle la sinueuse rivière Niagara se tord comme un serpent aux écailles d’argent, des r oues de moulins se montrent ; des cheminées d’usines, comme ces ignobles fumeurs qui souillent de leurs crachats les dalles d'un temple, vomissent la vapeur et la suie.Sur la paroi du roc même, les chevaux de fer, leur noire crinière au vent, côtoient l’abime, et courent en jetant leur cri brutal, en sorte que cette avenue de silence, préparée par la nature au pèlerin récueilli qui voulait approcher du minotaure, est profanée par le commerce effronté.A la barbe même du colosse, malgré les menaces de sa voix de tonnerre, les manufacturiers ont établi leur vilaine fourmihière, et tout autour de lui la falaise laisse filtrer de minces filets d’eau— un peu de son sang qu ils ont dérobés pour l’alimentation des moulins.Un à un, on enlève à Samson ses cheveux.N’a-t-on pas encore parlé en ces derniers temps de ceindre son front indompté d'une couronne dérisoire ?Au-dessus du gouffre on suspendrait je ne sais quel édifice.O sacrilège!.C’est que ces industriels ont impunément attaché le grelot au cou du Pluton aveugle ; le succès les enhardit.Au Saguenay, rien de tel à craindre.Que peut le pygmée humain contre cette garde de géants alignés en rangs pressés tout le long de son cours?Nos essais de colonisation restent dans les profondeurs de cet océan de montagnes, le mystère de la vie du ver de terre et les routes que 1 habitant s y trace d’un village à l’autre, un sentier de fourmi dans les hautes herbes.Ces toits d habitations — dont le groupe se pelotonne dans un repli de terrain — semblent eux-mêmes les tentes d une caravane perdue au milieu du désert sans bornes.Le-touriste qui anête sur ces pauvres ruches hu maines son regard ému se demande avec eflioi ce qu’elles deviennent dans les tourmentes de l’hiver.Au fond des vastes baies qu'un retrait de montagnes ouvre au fleuve comme en faisant la révérence à sa majesté,^l’animation des chantiers jette à peine un soupir aux échosj; les piles de planches neuves qu’ils amassent au pied de l’immense amphithéâtre paraissent quelques fétus de paille dorée sur le velours sombre du versant; les lampes électriques, que les riches propriétaires de ces établissements allument le soir le long de leurs quais, brillent comme d’humbles lucioles dans une caverne d’ombre.Et le vapeur puissant, duquel nous contemplons le décor surhumain, n’est, lui aussi, qu’un insecte Mont Trinité.S» kk ' mm Ëmml SaSE ml LE COIN DU FEU 99 au pied du mont Trinité et du mont Eternité, ces deux Himalayas jumeaux qui s’élancent tout droits du fond d’un abîme insondé jusque dans les nuages.Devant la grandeur farouche de cette nature, devant la splendide rigidité de cette vierge terrible, fille du pôle, on a l’impression de la pureté triomphante unie à la force éternelle.Le mot de “ cataclysme ” vous vient naturellement à l’esprit comme sur les lèvres, devant l’étrangeté et la succession, pendant tout un jour, de tableaux qui sont comme la pétrification du paroxysme du bouleversement.Est-ce là un simple coup d'ébauchoir infligé dans un moment d’impatience, par l’Artiste Créateur mécontent de son œuvre ?On n’est-ce que le jeu d’un Dieu ironique, accumulant exprès des pyramides naturelles, par centaines, afin de damer le pion aux hommes orgueilleux qui ont mis des siècles à en édifier péniblement quelques-unes.Je souhaite à tous ceux qui visiteront le Saguenay d’y entrer comme mot par un beau soir, au moment où le soleil s’abîme au fond, entre sa double chaîne de promontoires, garde d'honneur qu’on dirait postée là [tour regarder passer un dieu.Je voudrais aussi qu’ils n’eussent pas lu cette pâle description, ni même aucune autre, et qu’ils reçussent du spectacle inattendu, le choc qui vous fait tressaillir jusqu’aux moelles, qui vous fait crier, qui vous fait pleurer.Tandis que le bateau entre silencieusement dans la rade de Tadottsac, il s’écoule des minutes solennelles, un de ces moments de rare bonheur où l’âme trouve dans la contemplation du Beau Parfait, un avant goût et le pressentiment de sa destinée immortelle.A Tadousac qui commande une telle vue, qui occupe un pareil site, je me figure à tort que la vie des habitants doit être tragique et en harmonie avec l’aspect exceptionnel du pays.Ce sont des gens comme ailleurs, qui ont à coté de leur maisonnette un jardinet bourgeoisement planté.A la porte de la maison d’école un groupe de joyeuses fillettes, habillées à la dernière mode, nous montre le chemin de la petite vieille église, où l’on voit quelques tableaux datant du XVIIe siècle, dont l’un attribué à Boucher.Dans ce temple exigu, abandonné par le culte pour une église neuve et tout-à-fait moderne, on vend des images et des photographies historiques — ce qui prouve que jusqu’en ce pays de miracle et de beauté les mêmes besoins et les mêmes intérêts régissent les hommes, St.Alphonse att bord de cette admirable baie des Ha! Ha! est un autre petit bourg, enfoui dans l’ombre des immenses montagnes.Nous y cueillons sur les plates-bandes du presbytère les fleurs pâles mais robustes auxquelles la courte saison et les rayons comptés du soleil permettent de vivre.' La ville de Chicoutimi,où est le siège épiscopal, qui a le télégraphe et toutes sortes de commodités modernes, est le terminus de la ligne de vapeur ‘Richelieu et Ontario.’ Chicoutimi qui, elle aussi, a conservé son nom sauvage, est destinée à devenir la métropole du Grand Nord ; c’est de ce centre que rayonnent dans la région les voies de communication.Nous y prîmes le train qui conduit à Roberval — oasis dans la tristesse des solitudes du Nord,— paradis des chasseurs qui prennent dans le lac St.Jean des poissons plus gros qu'eux.si l’on en croit les prospectus.De Roberval, quelques touristes munis de la grâce d’étât, c’est-à-dire amateurs d’aventures, descendent les Grands Rapides et le cours accidenté du Saguenay jusqu’à Chicoutimi, en pirogues avec des sauvages.A la bonne heure ! En voilà de la couleur locale.Le retour s’effectue de jour.Ainsi le panorama magique de la plus belle rivière du monde— je l’affirme de confiance, sans avoir vu toutes ses rivales — peut être admiré à la lumière du soleil après nous avoir été montré aux rayons intermittents de la lune, qui, malgré sa gravité de reine, joue chaque soir sa partie de cache-cache avec le troupeau de mastodontes préposés à la garde du royal Saguena y.M"“ Dan dur and. IOO le coin du feu ,, Le Concert de /^elie» Cartier Cette vaillante jeune femme, qui est en même temps une excellente artiste, donnera, le 16 mai prochain, une soirée d’adieu au public de Montréal, avant son départ pour l’Europe.Son Excellence Lady Aberdeen accorde son patronage à cette soirée, qui sera comme une continuation des séances du Conseil National des Femmes, et aura lieu le dernier jour de la Convention.Nous sommes heureux que Melle Cartier nous fournisse l’occasion de lui témoigner une sympathie qu’elle mérite à tant d’égards, et nous sommes certains que le public sera lier, quand notre compatriote reviendra de Paris, pour briller dans notre monde artistique, d’avoir contribué quelque peu à l’établissement de sa réputation. LE COIN DU FEU xoi Les lijcorçveriierçts du Telephone Autrefois, à l’époque d’innocence et de simplicité, où l’électricité n’avait pas encore accompli au sein de la famille, ses coups d’état successifs, les choses se passaient suivant l’ordre naturel.Ainsi il était entendu, par exemple, que des amis ne pouvaient se parler sans se voir, ni se voir sans se parler.Cette coutume arriérée ne manquait pas de charmes, et "nos naïfs prédécesseurs n’eurent jamais l’idée de s’en plaindre.Ils écrivaient bien quelquefois dans leurs effusions amicales : “ Je voudrais être petit oiseau pour voler vers vous à toute heure, etc.,” mais c’était une gracieuse fantaisie de l’imagination à laquelle la raison ne souscrivait pas.Le miracle est aujourd’hui réalisé.Je ne jurerais pas qu’il n’ait apporté quelque regret à ses bénéficiaires.Ce n'est plus seulement l’oiseau favori qui vient vous visiter discrètement et charmer votre ouïe de son gazouillement.C’est un essaim mêlé, criard, qui vous corne le fatidique ring ! ring ! aux oreilles à tout instant du jour.Et le plus aimé lui-même, en se faisant familier, accessible, toujours présent, perd son prestige de cher absent doté de toutes les perfections qu’un contact journalier ne vient pas démentir.Le souvenir ailé, poétique qui se dégageait du billet-doux,dans lequel on pouvait verser toute la tendresse de son âme, valait mieux que la réalité d’une voix enrouée qui sort du vulgaire cornet.Les malheureux fiancés qui correspondent par la voie électrique ignoreront toujours quelle réserve d’exquise affection réside en eux.Le meilleur des douces confidences s’arrête et reflue devant la tôle galvanisée du récepteur.Ce n’est que la plume en main que l’amant peut découvrir au fond de la mine d’un cœur épris, l’or pur de son amour.Le fil vivant du téléphone qui transmet les commandes au boucher est non-conducteur des fines émotions.Ne me parlez pas d’une conversation tendre, qui commence par l’énonciation d’un numéro d’ordre, par le hello ! glacial ou maussade destiné à se reconnaître, ou par une méprise qui fait dire à la voix aimée : “ Hello ! est-ce l’épicier?” Cela me fait l’impression de la rencontre de deux aveugles qui, secherchant pour s’embrasser, se heurteraient d’abord violemment le front : le choc influe sur la chaleur de l’étreinte.Tout ce commerce aimable, en somme, des billets affectueux écrits sous divers prétextes ou sans prétexte; ces missives, où l’esprit fait des grâces, où la galanterie s’exerce à tourner avec art des madrigaux exquis ; ces effusions échappées toutes vives du cœur dans l’expression d’un remerciement pour un service rendu, dans un simple envoi, dans la réponse à une invitation agréable—tout cela est aboli par la parleuse mécanique.Oh ! le joli, oh! le regretté Libre-échange que la Protection intempestive de l’électricité a par le fait anéanti ! Nos grand’mères nouaient de faveurs aux tendres nuances les feuilles blanches, les ailes repliées de ces messagers charmants, éclos à la chaleur d’un doux sentiment partagé, et qui restaient, témoins fidèles, pour perpétuer la piété du souvenir.Les reliquaires de nos enfants ne connaîtront pas ces gracieux indiscrets.Si l’on eut de tendres amies, de respectueux admirateurs, de précieuses relations, si l’on nous aima, si on eut de l’esprit, nos héritiers ne pourront s’en vanter, car il ne restera de tout cela que la tradition orale; et celle-la est éphémère, Verba volant : plus que jamais depuis le règne de la télé manie dans le monde.On ne pouvait, entre amis, se voir sans se parler, vous disais-je.Et les rencontres,avec cet attrait de l’imprévu, s’accompagnaient de serrements de mains, des exclamations d’une joyeuse surprise, de questions pleines de cordialité.C’est à peine maintenant si on se salue d’un sourire.Comme on s’est tout dit tout à l’heure dans le trou noir de la boîte acoustique, l’intérêt du commerce de vive-voix a disparu.Or, il suit que les intimes avec qui on cause de loin, pour ainsi dire, à mesure qu’on pense, sont ceux qu’on ressent moins le besoin de voir, tandis que pour les indifférents qu’on n’ose actionner comme de complaisantes marionnettes au bout de 102 LE COIN : la ficelle métallique, on se dérange plutôt.Singulier, illogique intervertissement de ce qui éxistait et devait exister ! On avait coutume de se croire bien ce fendu contre les importuns, contre les gens a qui on ne dit pas son jour, quand on établissait a sa porte une consigne sévère ; mais avec ce diab e électrique de téléphone, nos ennemis, nos tyrans, nos scies chroniques ont une intelligence dans la place.Au moment où vous vous y attendez le moins, vous voilà assignée devant le spliynx d’Edison.Une voix inconnue en sort : — C’est vous, madame X ! — Oui.__Restez-vous chez vous cet après-midi ?— Pardon.vous êtes?.— Madame B.Je voulais être sûre de vous trouver chez vous.— Malheureusement j’ai à sortiraujourd hui.— Et demain ?— Demain aussi, je regrette .— Après demain alors .au fait, vous avez un jour, je suppose.Quel est votre jour ?Et c’est le sphynx moderne qui, intervertissant les rôles, vous arrache malgré vous votre secret.Un mari du passé, qui avait eu la chance de s’échapper le matin du domicile conjugal sans être accablé de missions et de commissions de toute sorte, pouvait respirer en sécurité quand il avait tourné le premier angle de la rue.La première chose qui attend celui de nos jours glorieux,dès son entrée dans son cabinet d’affaires, c’est une communication du garçon, qui lui dit.__Monsieur, on vous prie d’appeler tel numéro.— Eh bien! qu’y a-t-il?répond le pauvre homme au gracieux hello 1 de sa lemme.— Mon Dieu, tu es parti si vite que je n’ai eu le temps de rien te dire ! __C’est que je suis pressé, ma chère amie.Il y a ici des clients qui m’attendent.— Garde toi d’oublier les bottines des enfants.11 faut faire envoyer ça tout de suite, autrement ils ne pourraient pas aller patiner.1 u te souviens que c’est le numéro onze pour Alphonse, douze et demi pour Paul, douze et trois-quarts.— Oui, oui, je sais !.dit le mari nerveux une main sur le manivelle du timbre.DU FEU — Attends ! attends ! ce n’est pas tout.— Quoi alors?.— Tu sais que tu as promis de retenir nos places au théâtre.Tâche d’avoir une baignoire; si elles sont toutes prises tu choisiras dans l’orchestre les numéros.— Bon ! Bon ! nous en causerons à midi.— A midi ! mes sièges seront enlevés par d autres.Je ne veux pas comme l’autre soir être étranglée entre toi et une grosse dame, avec une geante devant moi, et un monsieur empestant le whiskey derrière, et des voisins qui nous font lever a chaque entr’acte.__C’est entendu ! c’est entendu.Mais ne poui- rais-tu pas descendre toi-même?.— Y penses-tu ! M’habiller, trotter au mauvais temps; toi tu passes devant la porte.— Il fallait me dire tout ça à la maison.— Je n’y ai pas pensé.Avant l’épanouissement du progrès, chacun subissait la peine de son imprévoyance.L’électricité qui sert l’homme dans une foule de détails de la vie matérielle lui donne encore ce privilège de faire expier ses fautes par les innocents.Le chef d’une maison d’affaires, qui a le malheur d’avoir comme employés de trop jolis garçons, profère quelquefos ses plaintes en famille.— Ce jolicœur d’Un Tel, s’il continue je vais le flanquer à la porte.C’est trois ou quatre fois par jour que ce polisson s’installe au téléphone pour baguenauder et jacasser avec je ne sais quelles petites folles qui ont l’effronterie et l’inconvenance de le déranger.La prochaine fois que cela arrive, je leurs réponds moi,à ces écervelées comme elles le méritent ! Au milieu du silence que sa sortie a provoqué, si le terrible papa élevait alors la voix pour exiger à cet égard la robe nuptiale, pas une de ses filles peut-être ne pourrait s’asseoir au banquet familial.Heureusement que la dureté de sa tranche de bœuf en le distrayant de ce sujet épineux l’empêche de poursuivre une cruelle conversation, qui finit inopinément par cette question : — Ma chère amie, dis moi, où as-tu acheté ce vieux cheval ?— Ne m’en parle pas, c’est parce que je l’ai commandé par le téléphone. LE COIN DU FEU 103 Toujours ce fâcheux, ce brouillon, cet insupportable téléphone.Encore si on pouvait faire extraire ses dents, aller à confesse, assister à l’école, au cours, payer ses créanciers, répondre à ses locataires, faire certaines visites, subir certaines conversations, essayer ses robes, essuyer les admonestations paternelles, rencontrer les importuns, avaler un mauvais dîner, accueillir ses parents de campagne, étrenner ses chaussures, prendre médecine, perdre ses élections, tirer le diable par la queue, pâtir et mourir par le téléphone.Mais voilà autant de mauvais pas dont cet officieux est impuissant à nous tirer.Marie Vieuxtemps.Oaijs les Égouts de Londres Un voyageur qui va s’aventurer pour la première fois dans une région peu connue ne doit pas se mettre en route sans avoir consulté un habitant du pays.Un des collaborateurs de Y English Illustrated Magazine, ayant obtenu l'autorisation de visiter les égouts de Londres, ne manqua pas à cette règle de prudence, et son premier soin fut de s’adresser à un de ces personnages chaussés de bottes monumentales qui montent la garde au bord de ces précipices d’où s’échappent des émanations désagréables pour l’odorat des .passants, Les égoutiers sont une des rares corporations qui ne soient pas encore habituées à se prêter complaisamment aux exigences de l’interview, et l’homme aux grosses bottes ne répondit tout d'abord que par des monosyllabes maussades aux questions de M.Wilfred Wemley.La glace finît pourtant par se rompre, et la conversation, laborieuse et languissante au début, s’anima peu à peu.— Il ne doit pas faire bon de descendre là-dedans aujourd’hui, dit le reporter en montrant du doigt le fond du précipice où tourbillonnaient les torrents d’un liquide noir comme une cataracte d’encre.— Monsieur, il ne dépend que de vous d’y aller voir, si vous avez quelque envie de laisser des venues et des orphelins.Ce pluriel appliqué au mot de veuve causa e surprise au collaborateur de 1 'English //Inst ated Magazine,
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