Prêtre aujourd'hui, 1 juin 1958, Juin - Juillet
Vol.Ill No 6 sommaire Juin - Juillet 1958 Pwtw, AUJOURD'HUI HORIZON Théologie et Pédagogie en apostolat .Félicien Rousseau, ptre.214 PASTORALE Prédication La Pauvreté .U-.-.G.Pourchet, ptre.218 Liturgie Retraites paroissiales.Paul-Emile Deschênes, o.m.i.230 VOIX DE L'EGLISE Discours du Saint-Père aux travailleurs italiens.233 La Pastorale de l'Adolescence .Son Exe.Mgr Chappoulie.236 VIE DES MOUVEMENTS L.O.C.Journées d'Etude Nationales .240 Session 1958 .1.242 J.O.C.Session Nationale du S.P.^f.243 Message du Président de la J.O.C.Internationale.247 "Prêtre, aujourd'hui" est sous la responsabilité des Aumôniers nationaux et diocésains d'Action Catholique Ouvrière.Rédaction et Administration: 1001, rue St-Denis, Montréal 18, P.O.Canada Directeur: R.P.Clément Rousseau, o.m.i.Avec autorisation de l'Ordinaire — Abonnement régulier: $3.00 213 oti7on 3 THEOLOGIE ET ! PEDAGOGIE EN APOSTOLAT Félicien ROUSSEAU, ptre Aumônier à l'Action Catholique Canadienne. Ces quelques pages voudraient simplement poser certains jalons pour une réflexion sur le sujet si important de la théologie de l'apostolat et de la pédagogie en apostolat.I — Théologie et apostolat Il est évident qu'une solide théologie de leur apostolat est nécessaire pour tous les prêtres.Exerçant une espèce de paternité face à tout l'effort apostolique, le prêtre doit exposer, expliciter, défendre les vérités de la foi.En Action Catholique particulièrement, la connaissance théologique doit être telle, qu'elle en vienne à manifester l'aptitude des vérités surnaturelles à féconder la vie profane des chrétiens.Ce qui suppose une étude prolongée au terme de laquelle seulement apparaissent les rebondissements pratiques des vérités étudiées.Une étude superficielle reste toujours emmaillotée de ces termes scolaires détestables pour des intelligences adultes.C'est un mythe de croire que pour éviter de se complaire dans les formules abstraites, il faille délaisser l'étude et miser sur la seule expérience.Bien au contraire, il faut aller résolument au fond des principes, s'y tenir en dépit de tout, les ruminer pour ainsi dire jusqu'à ce qu'ils laissent voir la lumière universelle qu'ils contiennent, lumière si universelle qu'elle enveloppe les problèmes les plus concrets.L'aumônier qui se confine à la seule expérience, s'expose à laisser, à plus ou moins brève échéance, les militants sur leur faim.En tout cas, il n'atteint pas à la maturité de celui qui doit exercer une paternité spirituelle.Par suite, il ne peut être éducateur sur le plan précis où il doit l'être le plus.Il pourra faire du bien pour toutes sortes de raisons extrinsèques, telles sa personnalité, son tact, même sa vertu .Mais en fait, il n'assurera pas la croissance spirituelle de ses militants.Celle-ci dépend substantiellement du contenu proposé par l'aumônier clans ses méditations, récollections, etc.Sur cette question de la théologie en apostolat, il faut saisir qu'il s'agit de former son intelligence en la meublant d'une doctrine très élevée.Or, il y a un ordre de la doctrine, ou si l'on veut il y a des lois dans l'intelligence auxquelles il faut se plier humblement.Et cet ordre n'a jamais été mieux manifesté que par saint Thomas, Docteur Commun de l'Eglise.Ce ne sera jamais facile de rectifier pleinement son intelligence autant que l'exige le ministère sacerdotal.Mais il serait encore beaucoup plus difficile de le faire si l'Eglise ne donnait une orientation de fond en nous indiquant la source la plus sûre de notre rectification intellectuelle.275 II — Pédagogie en apostolat Parler de pédagogie en apostolat, c'est parler de pastorale.Celle-ci consiste précisément à se pencher sur les personnes autant que possible, à saisir leur situation exacte sur le plan spirituel, afin d'assurer à notre paternité spirituelle le meilleur rendement possible.Autant la théologie en apostolat est un problème d'intelligence et de science, autant la pédagogie en apostolat est un problème de volonté et de charité.L'âme pastorale est le fruit délicat de la charité de chacun.Il est à peu près impossible qu'un prêtre mordu par un saint zèle, ne cherche pas de toutes ses forces à adapter le message qu'il diffuse, et ne souffre pas profondément en voyant que ce message n'accroche pas.L'élan de charité incitera à pénétrer le mieux possible toutes les disciplines qui conditionnent l'adaptation du message divin, telles la psychologie spirituelle, sociale, la sociologie religieuse, etc.L'obstination parfois que l'on met à ne pas voir qu'il est des conditionnements humains très réels de l'épanouissement surnaturel, entraîne l'inefficacité de bien des travaux apostoliques.A force de s'en tenir au domaine strictement surnaturel, on en vient à ignorer les desseins de Dieu, qui veut bien que le contexte humain conditionne la vie surnaturelle la plus authentique.m — Difficulté à concilier théologie et pédagogie en apostolat Dans les relations entre théologie et pédagogie en apostolat, deux écueils sont à éviter.Il faut toujours se rappeler que les vérités qui sont premières sur le plan de 1'ini.elligence, de la théologie, ne sont pas nécessairement les plus importantes sur le plan de la volonté, de la pastorale.Celle-ci vise à mouvoir la volonté, le coeur des fidèles, et non d'abord à rectifier leur intelligence.Or, ce ne sont pas nécessairement les vérités les plus connaissables en soi, premières sur le plan de l'intelligence, qui frappent le plus la volonté.Celle-ci tend vers le concret, l'existentiel.Ainsi, en Action Catholique, nous savons pertinemment qu'une des vérités les plus accrochantes auprès des militants, c'est l'Eglise, Corps Mystique du Christ.Or, sur le plan de la théologie, le traité de l'Eglise vient fort loin, de même que celui de ses sacrements qui pourtant touchent beaucoup les militants.276 Le danger consiste ici à prendre l'ordre de la doctrine, de l'intelligence et de le proposer tel quel à la volonté.C'est aller sûrement vers l'insuccès.Ce n'est pas respecter la nature de la volonté.Il est bien vrai que si mon intelligence veut assimiler le plus parfaitement possible la doctrine chrétienne, il lui faut assimiler d'abord le traité de Dieu, principe de tout cet ordre.Mais ce n'est pas moins vrai, que ce qui meut le plus efficacement ma volonté, c'est le Christ s'incarnant et mourant, traité qui vient assez loin sur le plan de la doctrine.L'autre écueil, plus dangereux encore, consiste à pousser si vigoureusement sur le plan de la pastorale, qu'on en vienne à niveler l'ordre de la doctrine.Sous prétexte que la pastorale fut négligée, on en arrive à croire qu'on peut l'immiscer dans l'ordre de la doctrine lui-même.Cela est désastreux.La qualité de la paternité spirituelle des prêtres court un grand danger, coupée qu'elle sera de ses assises intellectuelles.Il faut beaucoup d'intelligence pour bien gouverner sur le plan spirituel.La vérité n'est lumière, ne marche dans la lumière, qu'à condition de s'imprégner d'intelligence, de foi et de théologie solide chez ceux qui exercent la paternité spirituelle.Etant donné que la spéculation et la pastorale vont dans des directions opposées, celle-là s'en allant toujours vers la simplicité des principes, celle-ci cherchant toujours plus à rejoindre le concret, le cas individuel, il s'ensuit qu'il est facile de corrompre l'ordre de l'étude en y glissant des exigences pastorales.Tels semblent être les jalons pour une réflexion sur ce problème compliqué de la théologie et de la pédagogie en apostolat.L'efficacité de notre ministère proviendra de la jonction harmonieuse des deux, sans sacrifice de l'une ou de l'autre.Saviez-vous que?~~~~~~~~~~~~~~~~~ Dernier dimanche de janvier 1958.Au prône de toutes les églises de Toulouse éclate une nouvelle.Une lettre de Mgr Garrone, quinze linges à peine, nettes comme un ordre militaire sans réplique: "Désormais, dans toute église de la ville, tout chrétien recevra la même digne part d'honneurs.Je souhaite que cet effort aille de pair avec l'organisation progressive des Conseils paroissiaux et contribue à permettre au prêtre de se réserver de plus en plus pour son ministère spirituel.Une réforme de ce genre ne peut avoir de valeur qu'à cette condition." .Dans sa préface à la réforme, Mgr Garrone écrit: "question irritante qui crée à l'effort apostolique d'inutiles difficultés ." Si irritante que, deux lignes plus loin, le prélat reconnaît l'impossibilité de la résoudre en quelques jours et par simple ordonnance, puisqu'il précise que "les présentes dispositions ne sont pas parfaites et qu'elles ' pourront et devront être améliorées à l'expérience." (Panorama chrétien, mai 1958, pp.14 et 15) 217 J^aôtotaLa SECTION I rédicati G.POURCHET.ptre LA PAUVRETE ! Recollection ACO — Audincourt — novembre 1955) Sommaire.v — La Pauvreté est-elle une vertu de luxe ou à la porte d'entrée dans le Royaume ?B — Le portrait du Pauvre selon Dieu. 1 — La pauvreté est-elle une vertu de luxe ou la porte d'entrée du royaume ?On peut naître miséreux, mais on ne naît pas pauvre ! On devient pauvre, si on le veut.et il faut en comprendre toute la nécessité pour devenir volontairement pauvre, quand tout un monde court après l'argent.Si, à la suite de trop de chrétiens, on considère cette vertu comme une vertu de luxe, réservée aux moines, ne nous faisons pas d'illusions : "Nous n'entrerons même pas dans le Royaume".A — Nous vivons dans un monde où /'argent esf à la place d'honneur "Heureux l'homme qui n'a pas couru après l'argent, car il a fait des merveilles durant sa vie" dit Dieu, dans le Livre de la Sagesse.Mais hélas ! Qu'ils sont nombreux ceux qui utilisent toute leur intelligence et toute leur vie .pour courir après l'argent.C'est pourquoi ils sont rares ceux qui font des merveilles durant leur vie: celui qui est préoccupé de son argent, de ses affaires, de ses privilèges n'a pas le temps de s'occuper du Bien commun et de bâtir un monde juste.Pourquoi les hommes courent-ils tant après l'argent ?Parce qu'il permet à l'homme "d'avoir" et que dans notre monde (qui met l'argent — ou le capital — à la place d'honneur), L'AVOIR remplace L'ETRE.N'est-il pas trop vrai que dans notre société la valeur d'un homme est mesurée à la valeur de sa fortune ?"Ce que mon argent peut acheter, je le suis .Je suis laid, mais je puis acheter la femme la plus belle; je ne suis donc pas laid, puisque ma laideur est anéantie par mon argent.Je suis paralytique, mais mon argent me procure 4 jambes (Ou dirait de nos jours une 24 chevaux); je ne suis donc pas paralytique.Je suis malhonnête, mais l'argent est honoré; donc moi, possesseur d'argent, je suis honoré : l'argent m'évite la peine d'être honnête.Je n'ai pas d'esprit, mais l'argent est l'esprit de toutes choses.Comment moi, son possesseur, manquerai-je d'esprit ?Je puis en outre m'acheter les gens d'esprit, et celui qui a pouvoir sur les gens d'esprit n'est-il pas plus spirituel que l'homme spirituel ?Moi qui suis, grâce à l'argent, tout ce que désire un coeur humain, est-ce que je ne possède pas toutes les puissances humaines ?Mon argent ne transforme-t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire ?" (Citation de Marx — Economie politique et Philosophique) 279 — Conséquences de eeffe course à l'argent Le monde, au lieu d'être un chantier commun en construction, devient une jungle incohérente où chacun bataille pour la réussite de son entreprise particulière ."Périsse le Bien Commun, pourvu que mu fortune prospère" : les types intelligents sont pris par leurs affaires et la masse des petits est écrasée.L'injustice sociale, la guerre, la faim .sont les fruits amers de cette course à l'argent.L'homme, en mettant son espoir dans les trésors, devient un "aliéné", c'est-à-dire un "étranger à lui-même".En se mettant au service de l'argent, il se dégrade, il s'abandonne, il se méprise, car il devient l'esclave enchaîné de son argent."Là où est ton trésor, là aussi est ton coeur ." dit Jésus."L'argent, bon serviteur, pit toujours mauvais maître" (E.Langlois) L'homme qui possède risque de tomber dans le mensonge existentiel puisque 1'"Avoir" remplace L'"Etre".Le possesseur, honoré mensongère-ment, tombe dans l'orgueil, attitude mensongère par excellence.B — Le Chris,1 bâtit un monde nouveau, qu'if appelle "LE ROYAUME", et dans lequel seul le pauvre peut entrer C'est la première exigence que le Christ pose à celui qui veut être son disciple.Le peuple chrétien doit perdre ce préjugé que la pauvreté est une vertu de luxe ou une pénitence réservée aux moines.La Pauvreté c'est la porte d'entrée dans le Royaume, Le Christ a été absolument net sur cette question : — D'une part : "Il est impossible à un riche d'entrer dans le Royaume"."Il est plus facile à un chameau d'entrer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume".Impossible, tant que le riche, par un miracle de la grâce, ne devient volontairement un pauvre.— D'autre part : "Seul le pauvre entre dans le Royaume, car seul le pauvre connaît Dieu"."Je te rends grâces, Père, d'avoir révélé ces choses (Les réalités du Royaume) aux petits et de les avoir cachées aux sages et aux puissants".Au coeur de ce monde, caractérisé par la course aux richesses, un monde nouveau est en train de grandir, caractérisé par l'amour de la pauvreté.C'est de l'option libre de chaque chrétien, face à cette exigence difficile, que dépend l'essor ou le déclin du Royaume de Dieu.C__Face à deux dialectiques diamétralement opposées, le vrai disciple du Christ doit faire un choix déterminant St Ignace, ce grand maître de la vie spirituelle, disait: "Deux étendards ont l'ambition de rassembler tous les hommes, l'étendard du Christ et l'étendard de Satan".Les deux champions du monde sont aux prises: tous les deux rêvent d'un Royaume universel: Le Christ veut associer tous les hommes à sa Gloire, tandis que Satan veut entraîner tous les hommes dans sa perdition.220 Ces deux champions mettent tous les deux en place, un dispositif de combat.L'objectif numéro 1 du Christ est d'amener ses disciples au mépris des richesses, tandis que l'objectif numéro 1 de Satan est de tenter les hommes par le désir des richesses.Il est curieux de constater que la façon dont l'homme réagit face aux richesses l'entraîne : — ou bien dans la dialectique de Satan : le désir des richesses conduit à la vanité, puis à l'orgueil, puis à la perdition.— ou bien dans la dialectique du Christ: le mépris des richesses conduit à l'humilité, qui est la vérité existentielle; il permet le don de soi et conduit au salut.C'est de son option, face aux richesses, que dépend pour chaque être humain le choix de son étendard.Ce choix est déterminant, lourd de conséquences.La pauvreté n'est pas un luxe facultatif; c'est la condition primordiale pour entrer dans le Royaume."Dieu ou Mammon ." dit Jésus.Il n'y a pas de milieu.C'est l'un ou c'est l'autre, c'est Dieu ou c'est l'argent, c'est le Christ ou c'est Satan.On entre dans le Royaume et on travaille pour le Royaume que si, au départ, on a choisi librement la pauvreté.1 — Mais qu'est-ce que cela veut dire: "Etre Pauvre" Question posée avec angoisse par de nombreux chrétiens, sensibles à cet appel de la pauvreté.C'est un foyer ouvrier qui se demande s'il peut s'acheter une machine à laver; c'est un directeur d'usine qui se demande s'il ne doit pas vivre comme les plus dépourvus de ses ouvriers.Il y a de grands risques à tomber dans le mensonge d'une fausse pauvreté.Un exemple cité par le Père G.nous fera mieux comprendre.Il s'agit d'un ingénieur qui découvre peu à peu ce que c'est pour lui "d'être pauvre".— Première phase : Ce bien pensant médiocre ressent l'appel de la pauvreté et il se décide à baisser son niveau de vie: voiture moins luxeuse, bureau de bois blanc.Il semble satisfait de lui-même et, comme le Pharisien de l'Evangile, il remercie le Seigneur de lui avoir accordé ce progrès spirituel.— Deuxième Phase: Son aumônier bouscule sa sécurité: "Ton bureau est pauvre, mais toi.?" Il recherche à nouveau, puis il découvre que la pauvreté n'est pas un but, mais un moyen pour étendre le Royaume.Il découvre alors ceci: "Un foyer pauvre, dans lequel rien n'empêche la fraternité entre les hommes, de toute race et de toute classe".Il s'aperçoit qu'une foule d'obstacles l'empêchaient de fraterniser avec les autres: ses préjugés, ses allures de supériorité, ses façons de vivre.Son bureau de bois blanc ne l'empêchait pas d'être un bourgeois bardé de préjugés vis-à-vis des autres classes sociales.227 Etre pauvre, c'était pour lui se dépouiller de ses réflexes, de son comportement, de son style de vie, de ses préjugés, en un mot de tout ce qui le séparait des autres.—■ Troisième Phase : S'étant dépouillé de ses attitudes hautaines du riche il a accueilli les autres comme ses frères.C'est alors que les voisins du quartier se sont sentis "chez eux" en allant "chez lui".Cette ouverture de son foyer lui a fait découvrir ceci: "Ce ne sont pas nos objets qui nous séparent des autres, mais la façon dont nous nous en servons".Comprenant cela il a racheté son bureau de chêne, pour que sa maison soit davantage accueillante à ses frères.— Quatrième Phase : En vivant une authentique pauvreté, cet ingénieur est en train de découvrir le monde, de découvrir Dieu.Il est entré dans le Royaume.En parlant de sa vie religieuse passée : "Ce que j'étais installé dans le mensonge !" — Conséquences : Il n'a jamais parlé de Jésus-Christ, mais il l'a montré, puisque 10 personnes ont déjà demandé le baptême dans son quartier.Tant il est vrai que Jésus-Christ ne sera jamais révélé que par des pauvres.Cet ingénieur est un pauvre.Cet exemple nous montre qu'il s'agit de bien s'entendre sur ce qu'est la pauvreté, car il ne s'agit pas de tomber dans le mensonge d'une fausse pauvreté.C'est dans ce but que nous essayons de décrire le PORTRAIT DU PAUVRE.Il semble que quatre attitudes essentielles caractérisent le pauvre selon Dieu.— Une attitude face aux richesses.— Une attitude face à Dieu.— Une attitude face aux épreuves.— Une attitude face à ses frères.Chacune de ses attitudes n'est qu'un aspect de cette pauvreté que le Seigneur exige pour entrer dans son Royaume.Etudions-les l'une après l'autre.A — Le potrait du pauvre face aux richesses Etre pauvre, c'est : 1 — Ne pas désirer être riche Le désir des richesses est le signe d'une inaptitude absolue pour le Royaume, comme un chameau est inapte à passer par le trou d'une aiguille, comme un cul-de-jatte est inapte à devenir soldat.C'est pourquoi Jésus plaint le riche comme on plaint un estropié: il a en lui "la racine de tous les maux" (1 Tim 6).— Il devient esclave de ce qui devrait être son serviteur: "Là où est ton trésor, là aussi est ton coeur".— Il devient égoiste, sans seulement se rendre compte qu'il ne voit plus la misère de ses frères : le riche, qui festoyait splendidement, ne voyait pas Lazare, en face de chez lui, dont le ventre criait famine.222 — Il devient inapte à connaître Dieu que la Bible nous révèle, d'un bout à l'autre, comme le Pauvre Absolu, qui n'a rien, qui est tout et qui se donne.— Il devient incapable de faire de grandes choses: le jeune homme riche, que Jésus aima et à qui une seule chose manquait, n'a pas su renoncer à ses biens pour faire "des merveilles".— Il tombe dans la vanité et dans l'orgueil: par ce qu'il "a", le riche, malgré son néant foncier, croit qu'il "est".C'est le mensonge existentiel, qui fait de lui un fils de "Menteur".2 — Ne pas s'inquiéter du nécessaire Bien sûr qu'il faut manger et se vêtir et se loger.Pas question de faire comme la cigale et de se trouver dépourvu à l'approche de l'hiver.Bien sûr qu'il faut prévoir, mais raisonnablement.C'est-à-dire sans gâcher son existence par l'inquiétude, car "Votre Père sait de quoi vous avez besoin".Sans entasser de nombreuses poires pour sa soif car "vos richesses sont pourries et vos vêtements sont mangés de mites", car ce superflu, c'est le nécessaire du pauvre.Il ne faut pas vouloir s'assurer contre toutes les éventualités possibles, car on ne peut y arriver et le Seigneur veut une marge d'imprévoyance dans notre vie, pour nous obliger à vivre dans la confiance et dans l'abandon.Attention, ne soyons pas comme le paysan, béatement heureux devant sa riche récolte et qui disait: "Prends du bon temps maintenant."', "Malheureusement, dit Jésus, cette nuit même (et tu l'oublies) Dieu va te redemander ton âme".3 — Posséder, non pas comme un propriétaire, mais comme un gérant d'un bien commun Le droit de propriété est légitime, mais je possède pour mieux servir, sinon je suis un voleur; le droit de propriété est le droit de gérer pour le Bien Commun.Tout ce que j'ai (Richesse, Santé, Talent) m'est prêté: je dois donc utiliser tous ces biens, non pas en égoïste, mais en gérant d'un bien commun.Il n'est pas interdit de posséder, mais à condition "de se faire des amis avec les richesses d'iniquité", de "devenir riche pour Dieu" de se garder de tout luxe inutile (car c'est l'argent des pauvres), en un mot d'être comme "ne possédant pas".Si le Christ ne demande qu'à quelques-uns (moines) le détachement effectif des richesses, il demande à tous ses disciples le détachement affectif.L'objet que je possède n'est jamais un obstacle à mon entrée dans le Royaume, mais la façon dont je m'en sers.223 4 — Se débarrasser des pensées hautaines du riche Dans un monde où l'homme tire orgueil de ce qu'il "a", c'est une tentation permanente de tirer vanité de ce qu'on possède au détriment de la fraternité.Quand je me sers de mon manteau de fourrure, de ma voiture, de ma maison pour "éclabousser" mes frères, je ne suis plus un pauvre, je casse le climat de fraternité, je fais reculer le Royaume, je provoque chez les petits des réflexes de jalousie et de haine.C'est pourquoi celui qui possède des richesses, s'il ne veut pas aigrir ses frères plus dépourvus, doit se débarrasser des complexes de supériorité qui lui viennent de cet avantage sur les autres.Sinon sa façon de vivre sera considérée comme insolente et provocante par la masse des petits et elle provoquera chez eux une rancoeur.Le riche (et chacun d'entre nous est un mauvais riche aux yeux d'un avare qui nous regarde avec envie) doit donc passer au crible de la critique ses façons de vivre, ses préjugés de classe, ses allures de supériorité, sa culture, ses talents musicaux ou oratoires, son mobilier, sa voiture, pour y déceler l'orgueil caché, car c'est le plus grand obstacle au Royaume: il empêche les hommes d'être frères.Dans la mesure où l'Eglise sait être pauvre, dans la mesure où elle présente Jésus-Christ sans présenter en même temps des réflexes bourgeois, des conceptions politiques, dans la même mesure le monde ouvrier reconnaît le visage du Christ dans celui de l'Eglise; il se sent chez lui dans l'Eglise.Si aujourd'hui la classe ouvrière constitue un bloc humain, en dehors de l'Eglise, n'est-ce pas parce qu'il ne se sent pas à l'aise dans l'Eglise ?B — Le portrait du pauvre face à Dieu Le Pauvre selon Dieu se définit essentiellement face à Dieu.On peut dire que toute l'Histoire Biblique a été un long apprentissage de la pauvreté.Quand Jésus proclame: "Bienheureux les Pauvres.", il ne part pas à Zéro: il exprime une expérience vécue depuis 2000 ans par le peuple choisi; il a devant lui un auditoire composé exclusivement "d'anaivims" qui savaient bien, par expérience, ce que signifiait le mot "pauvre".En un mot, être pauvre, c'est "être devant Dieu comme un petit enfant"."Si vous ne redevenez semblables à ces petits, vous n'entrerez même pas dans le Royaume ." On peut être sociologiquement un pauvre, c'est-à-dire un indigent, un opprimé, sans être religieusement un pauvre.Le vrai pauvre de Dieu est celui qui, en raison de son humiliation sociale, fait confiance à Dieu, comme un enfant fait confiance à son père.Quelle belle chose alors que d'être sans ressources, si l'on est conduit à s'appuyer sur Dieu .! Et de fait, pour réaliser l'aventure du Royaume, Dieu s'est servi des "anauints", c'est-à-dire de ceux qui, n'ayant rien, ont su mettre leur confiance totale en Dieu.Deux exemples : 224 1 — L'expérience de l'exil Le peuple juif, porteur de la Grande Promesse, voit s'effondrer toutes les structures sur lesquelles il s'appuyait: le Culte, le Sacerdoce, le Temple, la Terre Promise, le Pouvoir établi.Tout est démoli; c'est la déportation massive.Une grande angoisse s'empare de tous les coeurs: "Comment maintenant pourront se réaliser les grandes promesses de Dieu ?" A cette question, deux réponses: — Les Pauvres, les vrais imitateurs de leur père Abraham (Celui qui sacrifiait son unique, sans mettre en doute qu'il serait, selon la parole de Dieu, le père d'une multitude) n'ont pas mis en doute la promesse de Dieu.Parce qu'ils ne comptaient sur rien, sur aucune structure humaine, mais sur Dieu seulement, ils ont gardé la confiance dans le bras de Dieu.Parce qu'ils étaient des humbles, des petits, ils ont pu supporter de Dieu cette remise en question de toutes les structures juives.— Ceux qui n'étaient pas des "pauvres de Dieu", en voyant s'effondrer ce qu'ils considéraient comme essentiel, ont désespéré de la Promesse et de l'Alliance.Ces gens raisonnables se sont installés en Babylone, renonçant à soupirer après la montagne de Sion.C'est avec les pauvres seulement que Dieu a continué son aventure de salut.2 — Le discours sur le Pain de Vie Jésus est suivi par une foule de disciples.Inspirés par de fausses idées messianiques, ils veulent Jésus comme Roi.C'est alors que Jésus explique à ces foules que la vraie Royauté, c'est la Royauté du Service.C'est alors aussi le moment crucial, où va s'opérer le clivage entre: — les riches qui ne veulent pas renoncer à leur vieille conception messianique et à leur espérance.— et les pauvres qui ne comprennent pas, mais qui acceptent de marcher sur cette piste apparemment déroutante."On irions-nous, tu as les paroles de la Vie éternelle" dit Pierre à Jésus qui leur demande si eux aussi veulent Le quitter.Il est bon de noter que c'est à partir de là que Judas, déçu par le Christ qui a manqué une si belle occasion d'être Roi, s'apprêtre à le trahir.Le Pauvre de Dieu est comme un enfant devant Dieu : — C'est le contraire du Pharisien, qui compte ses mérites.Le pauvre se sait pécheur, mais il compte sur la bonté de Dieu.— C'est le contraire des grandes personnes, qui se croient arrivées: "Nous avons pour Père, Abraham ."; qui ont des solutions pour tout, qui ont fini de chercher, qui sont du bon parti.Le pauvre, lui, est toujours en quête du Royaume.Exemple du Père Guérin, fondateur de la JOC en France; il profite de toutes les occasions pour interroger les aumôniers et les militants et il prend des notes, car il découvre la JOC, un peu mieux aujourd'hui qu'hier.225 — C'est le contraire du riche, encombré par son passé, installé et satisfait.Le pauvre, lui, est une source jaillissante, car il n'est pas encombré de feuilles mortes.— C'est le contraire de l'orgueilleux, du suffisant, de celui qui se croit indispensable.Le pauvre, lui, se regarde comme un serviteur inutile; Dieu me fait l'honneur de m'associer à sa tâche, mais au fond il n'a pas besoin de moi, Celui qui n'a qu'à dire pour que tout soit créé (Dixit et facta sunt), Celui qui peut faire des fils d'Abraham avec des cailloux.Etre pauvre, c'est donc, face à Dieu, être humble, être dépendant, être confiant, être ouvert, comme un petit enfant.Sans cette pauvreté, il est impossible d'entrer dans le Royaume, car il est impossible au riche de découvrir les secrets du Royaume."Je te rends grâce, Père, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux prudents et que tu les a révélées aux petits ." C — Le portrait du pauvre face à l'épreuve L'épreuve doit venir affliger le pauvre, car, sans l'épreuve, il lui serait impossible de faire cette critique radicale de sa vie, de ses richesses, de ses comportements, de ses préjugés; il lui serait impossible de redevenir un petit enfant devant Dieu.C'est pourquoi, dans sa bouté, Dieu s'en charge.La Bible nous montre les persécutions et les épreuves, comme le lot certain des fidèles de Yahwé.En béatifiant les pauvres, Jésus béatifie, en même temps, les persécutés, car ils pourront, grâce à cette persécution, expérimenter une plus grande pauvreté et, par le fait, avancer sur le chemin du Royaume.Il béatifie aussi les doux, c'est-à-dire, les "tenaces", ceux qui sont assez pauvres pour tenir le coup sous l'épreuve.La belle figure de JOB : L'histoire de JOB est une réponse à un problème de vie.Après le retour de l'exil, les Juifs ne retrouvent pas chez eux l'opulence.L'épreuve se continue et les coeurs se demandent: "Comment, nous, les fidèles de Yahwé, pouvons-nous connaître tant de misères".Jusque-là, la vieille théologie juive disait: "Celui qui souffre c'est à cause de ses péchés".Cette solution, aujourd'hui, ne s'avère plus valable.Le livre de JOB est un essai de réponse à cette angoissante question de la souffrance du juste.JOB est le type du juste éprouvé par Dieu jusqu'au trognon: il est dépouillé de ses richesses, de ses enfants, de sa renommée et de sa santé; il n'a plus rien sur quoi s'appuyer, pas même sa femme, pas même un ami.Que Dieu lui veut-il ?Il veut passer sa foi au crible de l'épreuve; Il veut le purifier en dépouillant JOB de la confiance qu'il mettait en sa propre justice.JOB apprend alors à ne s'appuyer aucunement sur ses mérites, mais sur Dieu seul; il garde confiance en Dieu, même quand tout va mal et que Dieu frappe; il se tait quand il aurait envie de se révolter; il adore Dieu en silence, sans comprendre la raison de cette épreuve.226 C'est alors que JOB trouve sa véritable grandeur: il est devant Dieu le pauvre dans la pauvreté extrême.Conscient de sa misère foncière, dépouillé de tout et surtout de lui-même, sur la poussière et sur la cendre, il s'incline avec amour et respect devant la transcendance de Dieu.Il ne comprend pas ce que Dieu lui veut, mais dans la Foi obscure, il ne doute pas de Dieu : "Qui es-tu, o homme, pour discuter avec Dieu ?"Où étais-tu, quand je posais les fondements de la terre ?" Le Vrai pauvre se reconnaît dons /'épreuve — Quand un événement noir bouche l'horizon, le riche désespère et le pauvre découvre autre chose, un signe de Dieu.— Quand Dieu semble frapper, le riche se cabre: "Qu'ai-je pu faire à Dieu?" le pauvre recherche l'intention de Dieu dans ce coup dur: "Que Dieu me veut-il ?" — Dans la contradiction, le riche, plein de lui-même (orgueil) se casse, comme le chêne, au jour de grand vent.Le pauvre, vide de lui-même (humble), plie comme le roseau, mais ne rompt pas.— Devant une offense, le riche se bloque dans le ressentiment, dans la rancune, en s'aggripant à un passé mort.Le pauvre, lui, habitué à critiquer ses catégories de vie et ses habitudes, recommence à vivre en pardonnant et en regardant de l'avant vers le Royaume.Le vrai pauvre a besoin de la persécution pour acquérir la vraie pauvreté Jamais il n'aurait eu le courage de se débarrasser de tout de qui l'encombre (richesses, considération, livres, mentalité, façons de vivre, préjugés).L'épreuve envoyée par le Seigneur se charge d'opérer ce dépouillement."Que me veux-tu, Seigneur, dans cette épreuve douloureuse ?" "Je veux mon petit, te dépouiller de ta fausse graisse spirituelle; tu es en train d'engraisser au lieu de grandir; réjouis-toi, on a persécuté les prophètes." L'épreuve fait partie du centuple, promis par le Christ à ceux qui ont tout quitté pour Le suivre.Elle est sans proportion avec la gloire éternelle qu'elle permet, puisque c'est l'épreuve qui ouvre toute grande la porte du Royaume; cette porte s'appelle "PAUVRETE".D — Le portrait du pauvre face à ses frères La pauvreté n'est pas un but; elle n'est qu'un moyen.Elle est une porte d'entrée.Son rôle est de permettre la fraternité entre les hommes, de faire grandir le Royaume, ce grand rassemblement fraternel des enfants de Dieu en Jésus-Christ.La pauvreté n'a pas de sens pour elle-même.Elle ne se conçoit qu'en fonction du Royaume de Dieu à bâtir.C'est une vertu de l'homme d'action, c'est une vertu missionnaire, c'est une vertu ecclésiale.Une porte n'a de valeur que si elle permet d'entrer dans la maison; une fausse porte n'est qu'un mensonge.227 Un vrai pauvre se reconnaît à ce signe que sa pauvreté lui permet de de venir le "frère universel", de travailler efficacement à la croissance du Royaume.Celui qui pratique la pauvreté par pénitence, comme un but, comme une vertu parmi d'autres, c'est un menteur installé dans le mensonge d'une fausse pauvreté.C'est un pharisien, qui se décernera une badge de pauvreté et qui à cause de cela sera "dépassé par les P .clans le Royaume".La pauvreté n'a de sens et de valeur que si elle est au service de la Charité, au service de l'Eglise militante, au service du Royaume de Dieu.Si l'on veut connaître l'authenticité de notre pauvreté, interrogeons-nous sur la valeur de notre action missionnaire.De même si l'on veut connaître l'authenticité de notre action apostolique, interrogeons-nous sur la valeur de notre pauvreté.Le pauvre authentique se reconnaît à son action dans le Royaume Un vrai pauvre, c'est : 1 — Au plan personnel C'est quelqu'un qui est tellement dépouillé de ce qu'il possède : — privilèges de culture, de race, de classe, de talents .— richesses diverses, niveau de vie, appareils ménagers .que ces objets (privilèges et richesses), loin d'être un obstacle entre ses frères et lui, permettent au contraire une plus grande possibilité de fraternité.Il faut donc veiller à remettre en question la manière dont on se sert de "ses propriétés", pour voir si elles sont un moyen ou un obstacle à la fraternité.Car les mêmes objets peuvent chez le riche provoquer un repli égoïste et chez le pauvre permettre une ouverture plus grande aux autres."Nous nous sommes demandés si nous, militants ouvriers chrétiens, nous ne devrions pas vivre comme les plus dépourvus des ouvriers.Nous avons réfléchi et nous avons construit notre maison, pour que nous puissions accueillir plus facilement nos frères; aujourd'hui, elle est ouverte à tous, même aux enfants du catéchisme."Nous avons acheté une machine à laver, mais le temps économisé est donné au mouvement ouvrier."Nous avons acheté une voiture; loin de nous couper des autres, elle nous permet de rendre service, et, ainsi, de créer un climat de fraternité dans notre quartier." Demandons-nous constamment: "Ce bien que je possède me permet-il d'être plus proche de mes frères ou, au contraire, me coupe-t-il de mes frères".Car il y a une façon de posséder qui n'est pas fraternelle.2 — Au plan collectif Le vrai pauvre, c'est celui qui ne peut souffrir qu'il y ait des pauvres sociologiques, car c'est la preuve que l'humanité n'est pas encore fraternelle.228 En conséquence, le vrai pauvre donnera son temps, son travail, ses talents, sa vie, sa tranquillité pour supprimer cette injustice.Quand le Christ a béatifié les pauvres, il a béatifié en même temps les assoiffés de justice.Le vrai pauvre, dans sa faim de justice, travaillera et luttera pour que notre civilisation (qui produit à la fois les richesses et les misères) devienne une civilisation pauvre, c'est-à-dire une civilisation au service de l'homme; pour bâtir un monde juste et fraternel.Le pauvre authentique est nécessairement engagé dans la construction d'un monde juste et fraternel, sinon sa pauvreté est une vertu qui ne sert à rien dans la construction du Royaume.Conclusion Dieu est le Pauvre Absolu: Il n'a rien; Il est; Il se donne.La seule image que nous ayons de Dieu, c'est le Pendu de la Croix, c'est le Pain qui se donne à manger.Dieu ne s'est révélé qu'aux pauvres et ne réalise son dessein, le Royaume, qu'avec des pauvres; car seul le pauvre connaît Dieu et les secrets de son Royaume.Dieu n'est montré que par des pauvres.Condition de la Révélation, la pauvreté est la condition de l'Evangélisation.En conséquence, l'Eglise du Christ doit être une assemblée de pauvres, qui clament au monde cette immense espérance des pauvres: "Le Christ entraîne l'univers dans la gloire de la Résurrection; le monde douloureux d'aujourd'hui n'est que la matrice du monde nouveau qui se construit et qui vient".Sans la pauvreté, Dieu n'est plus connu, Le Christ n'est plus montré, L'Eglise est déformée et ne signifie plus rien, Le disciple n'est plus témoin, Le Royaume n'est plus annoncé."Bienheureux les pauvres ." ce n'est pas un luxe inutile, c'est une nécessité absolue.Ça doit se prendre au sérieux.229 PaMptale SECTION oLiturqie (ÇetwiteA pantiMaleA Paul-Emile Deschênes, o.m.i.En marge du renouveau dans la Pastorale de nos retraites paroissiales, quelques tentatives ont été faites dans certaines paroisses au cours de la prédication du dernier carême 1958.Ces essais n'ont pas eu pour but de remplacer la prédication.Celle-ci demeure toujours le point essentiel réclamé à juste titre par les fidèles désireux de profiter de leur retraite pour se rénover spirituellement.Mais ces expériences ont cherché uniquement à rendre plus active la part des participants et d'augmenter l'intérêt aux divers exercices de la retraite.C'est un fait reconnu que dans nos milieux urbains, au Canada, l'assistance aux retraites diminue d'une façon inquiétante.Un trop grand nombre de nos fidèles s'en dispense assez facilement par incapacité sans doute mais aussi par manque d'intérêt.Résultat: au temps du carême principalement, une retraite manquée produit trop souvent des "Pâques" omises et des oeuvres paroissiales sans vie.Pour ramener au devoir de la retraite et réserver aux fidèles un temps favorable pour se resaisir en revenant à la fréquentation des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, des expériences ont été tentées avec quelque succès.230 1 — La Prière commune — Le chapelet du soir fut récité par tous les assistants qui d'un côté de l'église répondent à ceux de l'autre côté.Le prédicateur dirige ces prières.Il y a chant des mystères par tous.Ainsi chacun prend l'initiative de ses prières.Alors se réalise pleinement la parole de N.S."Quand vous serez deux ou trois pour prier en mon nom, je serai au milieu de vous".2 — Les Confessions — Sans être périmée, la coutume de commencer les confessions le mercredi soir et seulement après les offices du soir paraît pour le moins vieillie et inadaptée au mode de vie de nos gens.Dans le but d'être plus apte à répondre aux besoins de nos fidèles, les confessions ont été entendues à tous les jours de la semaine, le matin durant la messe spéciale pour la retraite; l'après-midi durant les prières du Rosaire, et le soir, une demi-heure avant l'office de la retraite; ensuite, après l'office.Comme pour les débits de boisson, plus on multiplie les occasions aux buveurs plus on a de buveurs, ainsi pour le confessionnal, plus oh fournit l'occasion de se confesser, plus on se confesse.Ordinairement, les meilleurs chrétiens se confessent les premiers, et les autres quand ils sont prêts.Et encore, un trop grand nombre ne se confesse pas.3 — Messes du Soir — Avec les nouvelles lois du jeûne Eucharistique et les récentes directives du Saint-Père pour les messes du soir, tout pasteur, soucieux de rendre la communion accessible au plus grand nombre de ses ouailles, et tout prédicateur de retraite, désireux de voir Jésus régner dans les coeurs par la communion, devraient souhaiter qu'au cours d'une retraite il y ait plus d'une messe le soir.On a même profité de quelques-unes de ces messes pour donner des explications appropriées, afin d'initier à bien prier et à mieux comprendre la messe comme une prière essentiellement communautaire.De plus les communions sont plus nombreuses, mieux préparées et suivies d'une action de grâces moins écour-tée qu'à l'ordinaire.Ces explications sont semblables à celle du "Guide de la messe communautaire" publié chaque semaine par Prie avec l'Eglise du Centre Catholique de l'Université d'Ottawa.Ce Guide de la Messe peut servir aux prêtres de la paroisse pour continuer, après la retraite, les explications de la messe du dimanche.237 4 — Cérémonies — Pour l'instant, qu'il suffise de signaler une cérémonie en rapport avec l'année centenaire de la Vierge de Lourdes, à savoir, celle de la consécration de toutes les familles de la paroisse par le curé au Coeur Immaculé de Marie, tout comme Sa Sainteté Pie XII lui a consacré le monde entier.A cet effet, un trône de la Vierge est dressé dans le Sanctuaire avec quelques fleurs et lumières pour le mettre en évidence.A ses pieds, un prie-Dieu, où le curé vient s'agenouiller pour lire l'acte de consécration à la fin de l'office au cours duquel le prédicateur traite de la Vierge Marie et explique en peu de mots la signification de cette consécration.5 — Témoignages d'appréciation laïque — Quelques appréciations spontanées d'assistants aux retraites sont unanimes dans leur jugement sur cette rénovation."J'ai beaucoup aimé toutes vos cérémonies.ainsi que LES HEURES DES CONFESSIONS convenables pour tout le monde ." "J'ai bien profité des explications des deux messes que nous avons eues le soir ." "Ma femme et moi avons été très enchantés et avons trouvé l'organisation de la retraite très très édifiante ." "J'aurais aimé avoir une messe tous les soirs à 9 heures avec un peu de temps pour la méditation sur l'instruction et la prière personnelle avant la messe ." "Pour la consécration à la Sainte Vierge, c'était parfait." 232 JLê L'£.$lî*e i Diseonrs du Saint-Pere prononcé le 1er mai, devant vingt mille travailleurs italiens dans la basilique vatleane.L'osservatore Romano — 9 mai 1958 233 quel réconfort en ce premier mai chrétien de constater qu'un heureux progrès a été accompli les principes chrétiens sont un guide sûr pour atteindre le but pacifiquement Nous vous souhaitons de grand coeur la bienvenue, chers travailleurs et travailleuses catholiques, réunis encore une fois en Notre présence sous les drapeaux des ACLI (Associations chrétiennes des travailleurs italiens) en l'heureuse date du premier Mai chrétien, guidés par votre Patron et modèle céleste saint Joseph, pour faire participer à votre allégresse et à vos bonnes résolutions Celui que vous avez appris à reconnaître comme votre guide, défenseur et Père : le Vicaire du Christ., .Quel immense réconfort réjouirait le coeur magnanime et prévoyant de Notre Prédécesseur Léon XIII, si cet immortel pionnier de l'ordre social, — après avoir souhaite et suscité dans son Encyclique "Rerum novarum" la formation parmi les ouvriers chrétiens de leurs propres sociétés, capables d'unir leurs forces pour soustraire toute la catégorie aux conditions bien souvent injustes et inhumaines de cette époque, — s'il pouvait admirer aujourd'hui eu vous l'imposante réalisation de son désir, comme cela Nous est permis par la grâce divine, et écouter, comme Nous venons de l'entendre, les expressions simples mais sincères de votre hymne ! Que s'élève donc de vos coeurs vaillants l'hymne d'action de grâces au Tout-Puissant, dont la volonté et la faveur ont permis des changements si substantiels dans votre condition de vie et de travail.Et qu'il soit honnêtement admis par tous, même par ceux qui continuent à nourrir des pensées et des sentiments appartenant à une époque désormais passée, qu'un heureux progrès a été accompli sur les voies de la justice par les sociétés modernes.Surtout que l'on reconnaisse — comme vous venez aussi de le chanter — qu'"un guide sûr — vers le lumineux idéal de paix et de travail — est le Christ Rédempteur!" En ce qui concerne le passé, il n'est pas douteux que les principes chrétiens démontrèrent qu'ils sont ce "guide sûr".Ne l'oubliez pas, chers travailleurs, et n'écoutez pas ceux qui, ne respectant aucune vérité de l'histoire comme du présent, s'efforcent d'atténuer la valeur décisive de l'intervention chrétienne dans la question sociale.Si votre catégorie peut se vanter aujourd'hui de lé- 224 gitimes et justes conquêtes; si beaucoup d'équivoques dans les rapports entre travailleurs et employeurs, qui semblaient alors insurmontables, ont-été au contraire éclaircis à la satisfaction des deux-parties; si à présent dans les lois ou, au moins, dans les intentions des législateurs, règne la justice impartiale envers toutes les classes; si le chemin vers la paix sociale n'a pas été recherché dans votre patrie — comme ce fut malheureusement le cas ailleurs, sans que l'on atteigne au but — à travers des flots de sang fratricide; si l'espérance de nouveaux perfectionnements dans les structures sociales vous sourit : tout cela est dû entre autres à l'intervention opportune, éclairée, modérée et sincère de vaillants catholiques du siècle dernier, maîtres et apôtres, qui.se laissant docilement guider et soutenir par les enseignements lumineux de l'Eglise, livrèrent pour vos pères et pour vous une bataille quotidienne .DerSLiadGZ ^es ACU sont avant tout une école de for- i p ., mation chrétienne et d'apostolat.Cela est exigé Pal QcS idllS par ies présentes conditions spirituelles des lieux plus CJUe par de travail, dont certains sont, encore, malheureu- dps namlps sèment influencés par des préjugés surannés — " souvent entretenus à dessein — sur la prétendue incompatibilité entre religion et progrès ou sur le christianisme comme "idéologie" dépassée par le marxisme, ou de cet autre préjugé encore plus délétère qui voudrait indiquer l'Eglise comme l'adversaire des travailleurs .Que votre oeuvre de persuasion soit entreprise avec des faits plus qu'avec des paroles, c'est-à-dire avec le témoignage vivant de votre conduite, en faisant preuve de sérieux et de sérénité, aussi bien en accomplissant vos devoirs qu'en défendant les droits des travailleurs, avec la connaissance approfondie des problèmes communs et avec le constant intérêt pour leur solution; en apportant la contribution de jugements équitables au sujet des événements et des personnes, mais surtout en vivant honnêtement selon les préceptes et les enseignements de Celui qui vous précéda dans la dure vie du travail : le Fils de Dieu fait homme, Jésus-Christ notre Seigneur .235 vous avez les moyens pour préparer un avenir heureux Vous avez devant vous votre avenir et celui de vos enfants, l'avenir de votre Patrie.Le travailleur chrétien ne peut se dispenser d'en tenir compte, et ne s'employer afin que cet avenir soit meilleur que le présent, plus efficace et plus sûr.A la différence de vos pères, vous avez à présent entre vos mains les moyens efficaces pour préparer cet avenir plus heureux.Employez-les avec cette maturité professionnelle et civique, à laquelle vous êtes parvenus, et dans la vision complète de la vie et du monde que le Christ et l'Eglise ont ouverte devant vos regards.Afin que s'accomplisse ce désir, qui est à la fois le Nôtre et le vôtre, élevons de ferventes prières au Tout-Puissant, tandis que Nous vous donnons parternellement, à vous ainsi qu'à vos oeuvres, à vos familles et à tout ce qui vous tient à coeur, Notre Bénédiction Apostolique.■M *v« *T* *,■• *% »% •?■* *■!■• *v* *v* rJLa J-^aitorale de l a ci ou eScence Son Exr.Mgr f'happon-li«'.évêquo d'Angers.nu (»!»
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