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Titre :
Prêtre aujourd'hui
Revue de l'Action catholique ouvrière qui offre réflexion et support aux prêtres en vue de la stimulation de l'action pastorale populaire.
Éditeur :
  • Montréal :Aumôniers nationaux et diocésains de la J.O.C. et de la L.O.C,1958-1966
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Action catholique ouvrière
  • Successeur :
  • Prêtres et laics
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Prêtre aujourd'hui, 1966-05, Collections de BAnQ.

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prêtre aujourd'hui m revue d'action catholique 5 et de pastorale populaire Mai 1966 Vol.XVI • Travail, sacerdoce, pastorale A.Le Toullec, f.ch.• L'eccléstologie de Vatican II Emilien Lamirande, o.m.i.0 Les principales souffrances des prêtres d'aujourd'hui Chan.Jérôme Régnier RÉDACTION ET ADMINISTRAT! D N 69D1 RUE ST-DENIS MDNTRÉAL-1Q, QUE. COLLET FRERES Limitée Entrepreneurs généraux OTTAWA — MONTRÉAL — QUÉBEC Bureau Chef : 1978 Parthenais, Montréal Tél.: LA.6-4407 DUSTBANE Service moderne d'entretien des immeubles maisons canadiennes produits et matériaux d'entretien des édifices ainsi que les contrats à forfait.465, RUE MARCONI, QUÉBEC 8, Que.2068, 55e AVENUE, DORVAL, Que.— II — HUILES ELIECO GAZOLINES 4135 Rouen MONTRÉAL 4 CL,.4-7141 Montréal Toronto Hamilton OVERNITE EXPRESS LIMITED OTTAWA-HUH PR.7-4301 Hawkesbury Buckingham St-Jérôme "LARGE OR SMALL WE HAUL IT ALL" Maniwaki Shawville Pembroke P.L.TURCOTTE Marchand de Fourrures Confection et Réparations 464, De La Chapelle QUEBEC Tél.: LA.4-1030 MURDOCK LUMBER Co.CHICOUTIMI, Que.DOLLARD LUSSIER LTEE Assurances générales 53, EMsabeth S O R E L Tél.: 743-3391 LES PRODUITS ALIMENTAIRES DE LA MAURICIE INC.DISTRIBUTEURS DE VLANDE EN GROS 630, Poisson Trois-Rivières Tél.: FR.5-7739 Don d'un ami ! LA CIE F.-X.DROLET INC.Atelier de mécanique et fonderie Spécialité : ascenseurs Québec Montréal 245, rue Du Pont 4853, Parthenals Tél.: 524-5257 Tél.: 524-1838 61 ans d'expérience à votre service GERMAIN & FRÈRE LTÉE Chauffage, plomberie, couverture et air climatisé travaux de métal en feuille 237, rue St-Antoine TROIS-RIVIÈRES, Que.Tél.: 378-2741 U.Id.JLanouette SJnc.ASSURANCES GÉNÉRALES Service • Sécurité • Satisfaction Représentant : André Lanouette 30, St-Philippe Cap-de-la-Madeleine Tél.: FR.6-7921 BUREAU CHEF — HEAD OFFICE : 625, LAFONTAINE — RIVIERE-DU-IOUP \ transport/ /D'ANJOU \ %fl|rJJ MONTREAL • QUEBEC • ST JEAN PORT JOLI • ST PACAL • RIVIERE-DU-LOUP EDMUNDSTON • ST.JOHN • MONCTON, N.B. (1) Proudhon : De la justice.Paris 1858, t II, p.235.251-252.(2) Encyclique : "Quadragésimo Anno".(3) R.P.Chenu: Pour une théologie du travail, p.15.177 Cette '"réflexion constructive", nous devons avoir le courage de la poursuivre au nom même de notre responsabilité pastorale, dût-elle mettre en cause certaines de nos perspectives habituelles.L'optimisme de Proudhon ne nous semble peut-être pas très réaliste.Mais son affirmation n'est pas dénuée de vérité.Pascal, lui-même, l'a bien compris puisqu'il la reprend trois fois dans ses "Pensées" : "La chose la plus importante à toute la vie est le choix du métier".Réellement le travail fait l'homme.Le monde industriel, que l'Eglise a peine à saisir dans sa densité, contribue pour une bonne part à façonner un autre type d'homme pratique inconnu ou ignoré des normes pastorales coutumières.La technique, la science ont bouleversé ses liens habituels avec la nature, avec les autres, avec lui-même.Non seulement se sont modifiées les conditions d'existence et le genre de vie des individus mais encore ceux de l'humanité tout entière.Il est de toute première importance, pour une evangelisation réaliste, de dégager la signification nouvelle d'une telle situation.C'est du même coup poser en termes nouveaux, mais cependant enracinés dans la tradition, les responsabilités sacerdotales et les orientations d'une pastorale adaptée.1.— Faits et interrogations Rencontré dans la rue Sainte-Catherine, un ouvrier de Montréal résumant sa journée de travail, me déclarait : "Ma job n'est pas difficile mais les heures sont longues." Un sociologue, en termes plus savants, aurait déclaré : "La socialisation, dans ses phénomènes modernes, m'écrase et me dépersonnalise." Chacun, à sa manière, exprime la même réalité, à savoir la dure, la très dure condition des travailleurs.Certes les hommes ont toujours travaillé.Mais aujourd'hui la réalité du travail est sans commune mesure avec ce qu'elle était autrefois.Envahissant tous les secteurs, elle est à part la guerre, le domaine où se développent le plus les inventions, les transformations.Son évolution commande l'abondance ou la pénurie.Comment ne pas comprendre l'appel angoissé des responsables des pays sous-développés analysant la situation tragique de leur peuple : "Le temps, sans heure, passe.On recommencera demain.Il n'y a rien d'autre à faire.Ce n'est point qu'ils soient paresseux par nature, ni qu'ils aient des besoins limités.Il faut créer du travail." (1) Facteur décisif de la croissance économique, source de solidarités nouvelles, il est trop souvent non pas enrichissement mais écrasement de la personne.Il marque de son empreinte l'économie, la famille, les loisirs.Les jocistes n'avaient-ils pas conscience de cette imprégnation, lorsqu'ils répétaient sous forme de slogans : "A travail avilissant, loisirs avilissants".d) Jean Amrouche."Algérie", p.28.178 Pressentant que ce phénomène envahissant ne se laisse ni apprécier ni mesurer par les normes traditionnelles, devons-nous pour autant avoir peur de l'explorer ?Terre nouvelle, certes, mais pourquoi et comment ne pourrait-elle pas, au lieu de l'écrasement, devenir le lieu d'élection de la libération de l'homme ?A quelles conditions un épanouissement et un salut seront-ils possibles ?N'est-ce pas là une question, qui par bien des aspects concerne la pastorale ?* * * Fréquemment des militants ouvriers, conscients de leurs responsabilités humaines et apostoliques, soucieux d'une référence authentique à la doctrine chrétienne, constatent douloureusement : "L'Eglise n'a pas encore, de nos jours, assumé le monde industriel dans toute sa densité".Il serait vain de nier l'effort gigantesque entrepris par l'Eglise depuis les encycliques sociales jusqu'au Concile, pour éclairer l'homme dans sa recherche de vérité, au sein du monde moderne.Mais ayons le courage de reconnaître cependant que des écueils subsistent.Si réellement le travail, dans son épaisseur actuelle, est un phénomène déconcertant pour les appréciations habituelles, comment s'étonner que la morale achoppe devant la complexité de ses problèmes.La conception communément admise du travail rédempteur, relève d'une ascétique incapable d'intégrer les conséquences d'une technique marquée par le rendement.Une jeune travailleuse devant cintrer, à l'usine, 18,000 ressorts par jour s'avérait, au spectacle du soir, dans l'impossibilité de suivre la pièce de théâtre."La faille tragique entre mécanisation et humanisation ne peut être réduite par les seuls thèmes coutumiers de l'estime du travail manuel restauré par le christianisme, de sa valeur comme discipline éducative, et même au plan de la foi, de sa fonction ascétique dans un monde où souffrance, péché et libération sont liés." (1) La Bible elle-même, avec son "imagerie traditionnelle du potier, du forgeron, du paysan qui alimentait les recherches des anciens théologiens", 1 Evangile avec ses vignerons, ses pêcheurs, ses artisans, n'apportent pas de prime abord une réponse à notre inquiétude, une nourriture à notre faim.Non seulement cette "imagerie" est matière insuffisante, mais elle a souvent sacralisé "un ressentiment contre la machine et entraîné un éloge suspect de l'artisanat, de la famille patriarcale, de la petite propriété privée, de la ( 1 ) R.P.Chenu.Pour une théologie du travail, p.15-16.179 paysannerie".Dès lors la saisie des phénomènes collectifs et leur signification, nous ont été rendues plus difficiles.Faute d'une authentique philosophie et d'une sérieuse théologie du travail nous avons versé dans un moralisme désuet et dans un romantisme sentimental tout à la fois.Dès lors pourquoi ne pas envisager comment les "requêtes et les bases d'une civilisation du travail pourraient et devraient devenir dans la lumière évangélique, les requêtes et lea bases d'une théologie du travail." (1> * * * Débouchant brusquement du Boulevard Décarie, et surplombant d'un seul coup, au coucher du soleil, le quartier Saint-Henri, je n'ai pas manqué d'être fortement impressionné par le fait que, dans la lumière du soir, seuls émergeaient au-dessus des habitations, les clochers des églises et les superstructures des entreprises industrielles.Eglise, travail, deux réalités qui s'appellent.Deux réalités ayant entre elles des liens d'intériorité réciproque.Et cependant, douloureusement, deux réalités qui, à la surface du monde, ont peine à se rencontrer.Une pastorale longtemps et admirablement centrée sur la famille, l'école, la paroisse, se trouve aujourd'hui mise en question par le développement accéléré du machinisme, de la technique, de l'automation.Déjà en 1932, Monseigneur Bruno de Solages observait combien "la désagrégation de la chrétienté médiévale avait placé le catholicisme en marge de la société moderne".Son diagnostic ne serait-il pas vrai, encore plus, de nos jours ?"La machine en créant ce monde nouveau et en le rivant à elle, a donné naissance à une multitude d'hommes qui ne sont plus rattachés à un sol, à un village, à une ville, à une paroisse comme les autres, mais à une profession.Masse errante, qui a perdu ses institutions ancestrales toutes imprégnées d'Evangile, et qui s'est peu à peu forgé un ensemble d'institutions nouvelles d'où le Christ est absent.Peut-être, .avons-nous tardé beaucoup à nous apercevoir de cette conséquence inéluctable et à nous avouer à nous-mêmes que nos cadres paroissiaux, essentiellement territoriaux, n'étaient plus adaptés à ces déracinés, entraînés dans des cadres différents essentiellement professionnels.Et alors, il arrive que nous coudoyons dans la rue "des hommes", vêtus comme les gens de chez nous, parlant la langue de chez nous, et qui sont plus réellement distants de nous que les chrétiens de la Chine ou de l'Inde.Jadis la civilisation païenne de Rome s'était séparée des quartiers populaires par (1) R.P.Chenu.Pour une théologie du travail, p.15-16.180 d'immenses murailles qui entouraient ses luxueux forums.Il n'y a plus de muraille apparente entre la banlieue et la ville, mais entre cet ouvrier que je coudoie et moi chrétien, il y a une muraille plus impénétrable encore de préjugés et d'incompréhension .Il y a des milieux .qui sont en réalité, psychologiquement et socio-logiquement, plus loin de l'Eglise que telle tribu d'Afrique qui a trois jours de marche à faire pour trouver un Père Blanc." (1) Comment ne pas évoquer la souffrance angoissée du Cardinal Suhard : "Un mur sépare le monde du travail de l'Eglise.Ce mur il faut l'abattre à tout prix." Comment aussi ne pas rappeler la volonté du Concile d'entrer en communion profonde avec le monde d'aujourd'hui."L'humanisme laïc et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens défié le Concile.La religion du Dieu qui s'est fait homme s'est rencontrée avec la religion (car c'en est une) de l'homme qui se fait Dieu.Qu'est-il arrivé ?Un choc, une lutte, un anathème ?Cela pouvait arriver : mais cela n'a pas eu lieu.La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile .Jamais peut-être comme en cette occasion l'Eglise n'a éprouvé le besoin de connaître, d'approcher, de comprendre, de pénétrer, de servir, d'é-vangéliser la société qui l'entoure, de la saisir et pour ainsi dire de la poursuivre dans ses rapides et continuelles transformations.(2) Ce n'est pas par hasard que le monde du travail est le moteur de l'athéisme moderne, positif, virulent, actif, très différent de l'athéisme de la bourgeoisie ou des écoles.Pourquoi ne pourrait-il pas devenir le moteur de PEvangélisation ?Toute action apostolique qui lui serait profondément adaptée ne serait-elle pas significative de ce que le monde actuel attend de l'Eglise ?( 1 ) Mgr Bruno de Solages."Le problème de l'apostolat dans le monde moderne" Congrès de l'Union 1932, p.101-104.(2) Paul VI.Discours de clôture du Concile.181 LTecclésiologie de Vatican II, L'Eglise peuple de Dieu Emilien Lamirande, o.m.i.Introduction Alors que dans l'Ecriture, dans la liturgie et chez les Pères, l'idée de peuple de Dieu est une donnée absolument fondamentale, elle a été, chose étonnante, assez peu exploitée en théologie.Ce n'est que depuis une trentaine d'années, avec le mouvement de retour aux sources bibliques et patristiques, qu'elle a été remise en honneur.Elle n'a été insérée dans la Constitution sur l'Eglise qu'à la dernière minute, dans l'intervalle de la deuxième et de la troisième sessions, dans lintention avouée de montrer notamment : 1.— que l'Eglise se construit dans l'histoire (aspect dynamique); 2.— que l'Eglise comprend un ensemble d'éléments communs à tous, antérieurement à la distinction des fonctions ou des états.L'idée de Peuple de Dieu fait son entrée officielle avec le deuxième chapitre de la Constitution sur l'Eglise, mais ce document est loin de l'exploiter à fond.Il reste que ce chapitre est de grande portée, du seul fait qu'il accorde une place privilégiée à la catégorie Peuple de Dieu, et ensuite en raison de l'endroit où s'insère cette considération, avant celle sur la hiérarchie.C'est peut-être même là un des apports les plus suggestifs de Lumen gentium, au plan théologique comme au plan pastoral.C'est à cette idée que nous allons nous arrêter, pour essayer d'en découvrir toute la fécondité.Notons seulement, auparavant, que la Constitution, en réaction consciente contre un courant qui avait longtemps prévalu en ecclésio-logie, commençait au chapitre premier, par situer l'Eglise dans le dessein de Dieu.Au lieu d'être envisagée d'abord en sa réalité extérieure, l'Eglise y est présentée comme mystère au sens paulinien, c'est-à-dire comme révélation dans le Christ de la volonté salvifique du Père à l'égard de l'humanité.Elle est comme l'aboutissement de ce plan de Dieu qui a voulu se former un peuple de ceux qu'il a élus en son Fils Jésus-Christ (cf.Eph.1, 2-14).Elle est le lieu où se révèle le Christ et où se réalise la communion de l'homme avec Dieu.L'Eglise est donc présentée comme un sacrement, comme le signe, comme le signe de l'instrument, de l'union avec Dieu et de l'unité de 182 tout le genre humain (No 1).De même que dans le Christ, la nature assumée par le Verbe divin lui sert d'instrument de salut, ainsi dans l'Eglise, l'organisme visible sert à l'Esprit du Christ en vue de la croissance de tout le corps dans la foi, l'espérance et la charité.Et en étant assumée pour être l'instrument du dessein de Dieu qui veut s'unir les hommes, l'Eglise est appelée "à révéler au monde le mystère du Seigneur, de façon imparfaite sans doute mais fidèle du moins, jusqu'à ce qu'il se manifeste à la fin dans sa pleine lumière".(No 8).L'Eglise en son aspect mystère, c'est donc la révélation et la réalisation du dessein divin de salut, le lieu de la rencontre de Dieu et de l'homme.Ceci amène à la voir comme sacrement, c'est-à-dire comme signe et instrument de l'unité avec Dieu dans le Christ.La nature intime de l'Eglise, partie intégrante du plan divin, est révélée sous diverses images : celle du bercail, du champ de Dieu, de l'édifice de Dieu, de l'épouse de l'Agneau, et surtout de corps du Christ (No 7).Il est pourtant une autre catégorie biblique qui reçoit, dans la Constitution, un traitement privilégié, c'est celle du peuple de Dieu.L'Eglise, révélation et terme du dessein salvifique de Dieu apparaît comme "un peuple unifié dans l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint".(No.4), citation de Saint Cyprien.% ♦ ^ I.— L'idée de Peuple de Dieu dans l'histoire de la Révélation et la liturgie 1) Dans l'Ancien Testament — Vocation d'Abraham.Gen.12, 1-3: "Je ferai de toi un grand peu- ple .Par toi se béniront toutes les nations de la terre ." On trouve ici l'idée de vocation, de promesse et de médiation.— Exode.Ex.6, 5-8 : "Je vous affranchirai de la servitude .Je vous adopterai pour mon propre peuple et je serai votre Dieu .Puis je vous introduirai dans le pays que j'ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob." Le peuple d'Israël se forme vraiment dans le contexte de l'Exode, c'est-à-dire de la Pâque, de la sortie d'Egypte.— Alliance du Sinaï.Ex.19, 5-8: "Désormais, si vous m'obéissez et res- pectez mon alliance, je vous tiendrai pour miens parmi tous les peuples .Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres et une nation consacrée." 183 Cette alliance est scellée, après la théophanie du Sinaï et la proclamation du décalogue, dans le sang des victimes: "Moïse ayant pris le sang, le projeta sur le peuple et dit: Ceci est le sang de l'Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses" (Ex.24, 8).— A partir de ce moment, Israël aura conscience d'être parmi les na- tions, malgré ses infidélités, le témoin de Yahvé, le détenteur des promesses destinées à trouver leur accomplissement aux temps messianiques.— Le Peuple de Dieu apparaît sous l'Ancien Testament: Comme une communauté élue par Dieu, consacrée à son service (pour lui assurer un culte et témoigner de sa Parole).Cette communauté s'identifie par une origine commune, une même langue, des institutions politiques communes.Ce peuple ne constitue qu'une étape du dessein de Dieu et vit dans l'attente d'une association plus intime entre Yahvé et son peuple.C'est cette attente que vient réaliser le Christ en inaugurant le Royaume.2) Dans le Nouveau Testament — Jésus accomplit en lui-même tous les aspects de la vocation d'Israël et il forme une Eglise qui va prolonger sa mission, sur le fondement des douze qui rappellent les douze tribus d'Israël; il scelle dans son sang une alliance nouvelle: "Ceci est mon sang, le sang de l'alliance." (Mt.26, 28).Jésus est ainsi le médiateur d'une nouvelle alliance, plus parfaite que la première (Heb.12, 24; cf.8, 6-13).— Saint Paul prend l'idée de peuple de Dieu comme concept fondamental pour définir l'Eglise.Les chrétiens forment le peuple nouveau, en continuité profonde avec Israël.C'est pour exprimer l'unité profonde des communautés dans le Christ et le caractère céleste de leur existence, qu'il appelle ce nouvel Israël Corps du Christ.— L'Epître aux Hébreux présente aussi comme thème fondamental l'idée de peuple de Dieu en marche, dirigé par le Christ.— La même idée se retrouve aussi lans la 1ère épître de Pierre où on a le texte classique: "Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis.vous qui jadis n'étiez pas un peuple (les païens) et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu." (2, 9-10).3) Dans la liturgie — L'Eglise s'applique un grand nombre de textes de l'Ancien Testament 184 où il est question du peuple d'Israël.— Elle se désigne elle-même très souvent, particulièrement dans les oraisons, comme peuple de Dieu, soit considéré dans son universalité, répandu par le monde entier, soit comme réalisé et manifesté dans l'assemblée liturgique.— Sans cesser de désigner l'ensemble des chrétiens, "peuple de Dieu" peut se référer, comm un titre honorifique, plus spécialement aux laïcs, comme dans le Unde et memores : "C'est pourquoi, nous souvenant Seigneur, nous tes serviteurs (ministres) et aussi ton peuple saint ("nos servi tui, sed et plebs tua sancta").II.— Quelques implications de l'idée de "Peuple de Dieu" 1) Sa signification générale L'Eglise est un peuple, donc, selon la définition de saint Augustin, "un groupe de créatures raisonnables, uni dans la communion des choses qu'il aime"; elle est le peuple de Dieu, c'est-à-dire sous l'autorité de Dieu (qui en est le Roi, le Souverain, le Seigneur); ordonné au culte et au service de Dieu; qui a Dieu pour objet de vie; et avant tout, un peuple qui a son origine en Dieu: élu par lui, réuni par lui, formé par lui, et qui a reçu de lui ses structures et ses lois.On s'accorde à voir dans le titre non pas un titre de gloire comme celui d'Epouse du Christ, ou de Temple de l'Esprit, mais un titre surtout en rapport avec la condition humaine, historique, pèlerins de l'Eglise, en rapport avec sa visibilité.Il ne faut donc pas oublier que ce peuple, en sa réalité profonde, est le Corps du Christ, et fait partie du mystère dont il est question au chap.1.2) L'idée souligne les liens avec l'Ancien Testament L'idée même du peuple de Dieu renvoie à une histoire concrète (celle d'Israël), à l'élection d'Abraham, à l'Exode, à l'Alliance du Sinaï, au service de Yahvé.Elle insinue que le dessein de Dieu est unique, malgré la diversité de ses phases, et que l'Eglise, peuple de la nouvelle Alliance, se situe dans la ligne du peuple de l'Ancienne Alliance.Pour souligner ce qui constitue la vraie nouveauté du peuple de Dieu sous le Nouveau Testament, il faut ajouter au titre de peuple de Dieu celui de Corps du Christ.3) Elle souligne le caractère "populaire" de l'Eglise Un peuple renferme des gens de toutes conditions, des pauvres et des riches, des roturiers et des nobles, des pécheurs et des justes.185 L'Eglise n'est pas un cénacle fermé, une chapelle, un petit groupe d'élite.Elle est ouverte à tous, ne se scandalise pas trop vite de voir de l'ivraie mélangé au bon grain.Elle offre à tous le même message, et fait à tous la même invitation: "il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme" (Gai.3, 28)."Aux yeux d'un saint il ne pourrait rien y avoir de plus merveilleux que de voir baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit une foule d'êtres humains, rassemblés comme par hasard.L'aspect plébéien de tout cela réjouit le coeur de ceux à qui il est donné de comprendre le mystère du royaume de Dieu".Dom Vonier, Le peuple de Dieu, p.147).4) Elle affirme la commune dignité des chrétiens comme tels, antérieurement à toute distinction de fonction ou d'état — Vocation universelle à la sainteté (No 40).— Participation de tout le peuple à la mission sacerdotale, prophétique et royale du Christ (Nos 11-12).— Participation de tous à la même mission: "Il y a dans l'Eglise diversité des ministères, mais unité de mission.Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d'enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir.Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument dans l'Eglise et dans le monde leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier" (Décret sur l'apostolat des laïcs, no 2).5) Elle fait comprendre que l'Evangile est véhiculé à travers les âges par tout le peuple de Dieu, fait de laïcs et de clercs Les laïcs sont donc, là où ils vivent et travaillent, porteurs de la Bonne Nouvelle et de la grâce du salut du Christ.Il leur revient d'incarner, d'une manière unique, propre à eux, le message chrétien.De là aussi leur responsabilité de manifester à la conscience de l'Eglise, sous la direction de l'Esprit-Saint, la réalité vécue et concrète du Mystère du Christ, et l'apport qu'ils sont appelés à fournir en vue d'une perception toujours plus riche de ce Mystère, à travers les circonstances nouvelles où se trouve l'Eglise.En un sens, le Sensus fidelium ou la vox populi, le sens des fidèles ou la voix du peuple de Dieu, est normative.Les laïcs engagés, les époux véritablement chrétiens, par exemple, ont le droit d'être écoutés.Ils peuvent et doivent fournir au magistère des points de 186 vue irremplaçables sur les rapports de la vie chrétienne avec les réalités changeantes du monde.6) Elle implique ainsi toute une conception des rapports entre clercs et laïcs L'idée de peuple fait apparaître comme toute normale la diversité des charges, des responsabilités, des fonctions, des états.Elle aide cependant à comprendre, en même temps, que ceux qui détiennent une plus grande responsabilité ou occupent des charges plus importantes, le font au sein du peuple et au service du peuple.L'inégalité des fonctions et la diversité des états à l'intérieur du peuple, ne supprime pas l'égalité fondamentale de tous comme membres à part entière, comme chrétiens.La relation entre clercs et laïcs n'est pas d'abord une relation de supérieurs à sujets, de responsables à subordonnés, mais avant cela de chrétiens à chrétiens, de condisciples à l'école de l'unique Maître, de coopérateurs dans la vigne du même Seigneur, selon les expressions de saint Augustin.Il apparaît mieux ainsi comment le service de Dieu et de ses frères (qui ne s'identifie pas avec les fonctions sacramentelles ou le ministère de la Parole) n'est pas l'exclusivité des clercs, mais la vocation commune des chrétiens qui sont tous des serviteurs, dignes ou indignes, chacun dans son rôle ou suivant ses charismes.7) Elle exprime la dimension dynamique de l'Eglise : l'Eglise est le peuple de Dieu en marche L'Eglise n'est pas seulement une réalité idéale, donnée une fois pour toutes, fixée une fois pour toutes.C'est un peuple qui se construit lui-même dans la trame de l'histoire humaine, inséré lui-même dans cette histoire.C'est un peuple qui doit agir, qui doit combattre, pour triompher des obstacles qui lui barrent la route.C'est un peuple qui est conscient d'une mission et qui marche vers un terme (qui a le sens de l'accomplissement définitif, de l'eschatologie).C'est un peuple habité par une espérance, qui ne tourne pas en rond, qui ne se contente pas de ce qu'il possède déjà (les arrhes du Royaume) mais qui regarde, au-delà de l'aujourd'hui, vers ce qu'il ne possède pas encore.C'est ainsi un peuple engagé dans ce monde, mais non pas lié aux réalités de ce monde, qui a le sens du provisoire, du transitoire, de l'imperfection de la condition présente.187 C'est un peuple qui possède comme une avant-garde déjà en présence du Seigneur (en premier lieu la Vierge Marie) et qui attend avec lui que le Royaume ait atteint sa stature définitive.8) Elle aide à comprendre le besoin d'un perpétuel renouvellement Un peuple connaît une marche souvent difficile.Il est soumis aux vicissitudes de l'histoire.Il n'est pas à l'abri des adversités, ni même des catastrophes les plus graves.Ses membres ne répondent pas toujours à l'idéal qu'ils se sont donnés.Faite d'hommes pécheurs et faibles, l'Eglise voit sa marche s'alourdir et se ralentir.Elle est en partie conditionnée par les conditions sociales, culturelles, psychologiques, de chaque région et de chaque époque.Elle a donc besoin de se reprendre sans cesse, de s'orienter à la lumière de l'Evangile, par rapport à sa mission et au terme où elle tend.9) Elle permettrait enfin d'inclure une foule d'autres données concernant la vie et les structures de l'Eglise Le baptême est la naissance dans un peuple, pas seulement un moyen mystérieux de justification individuelle.L'Eucharistie, avant d'être un moyen de perfectionnement individuel, est le ralliement d'un peuple, un repas en commun dans la joie et l'action de grâces, une représentation efficace de ce que Dieu a accompli pour son peuple dans la mort et la résurrection du Christ.La loi nouvelle de la charité, avant d'être un code de morale individuelle est la charte d'un peuple, le signe auquel il se reconnaîtra.La mission de l'Eglise est celle d'un peuple témoin du Christ, ferment de charité et d'unité dans le monde, d'un peuple mêlé au monde tout en se dissociant du monde mauvais.Conclusion Voilà qui suggère à quel point l'idée de Peuple de Dieu peut contribuer à donner de l'Eglise une image plus harmonieuse, plus intégrale, plus dynamique.L'Eglise est le peuple de la Nouvelle Alliance (Corps du Christ), en marche vers le Royaume : cette définition, si elle est suffisamment explicitée, nous permet d'intégrer les orientations les plus fondamentales données par le Concile dans Lumen Gentium et les autres documents qui prolongent ou complètent cette Constitution.188 Les principales souffrances des prêtres d'aujourd'hui Chan.Jérôme Régnier 11 nous fait plaisir de présenter à nos lecteurs le premier article, d'une série de trois, de M.le Chanoine Jérôme Régnier, directeur de l'Ecole des Missionnaires d'Action Catholique et d'action sociale aux Vacuités de Lille.La fraternelle collaboration de confrères canadiens, étudiants à cette école, nous a signalé la valeur et l'actualité du sujet.Le Centre Pastoral des Missions de l'Intérieur a permis la parution de ces trois conférences de M.Régnier données à la Session des Responsables des Missions diocésaines en septembre 1965.A tous nos remerciements sincères.Dans un premier article, l'auteur traite des principales souffrances des prêtres d'aujourd'hui.Puis dans un deuxième, il traitera de la théologie du sacerdoce ministériel et enfin il soulignera les exigences humaines, spirituelles, apostoliques du ministère sacerdotal actuel.N.D.L.R.Je voudrais aborder ce thème d'une manière un peu approfondie, c'est-à-dire à partir des tructures de l'évolution de l'Eglise et du monde, pas simplement à partir de la psychologie des prêtres.J'essaierai de remonter plus profondément, plus loin en tout cas, que le niveau des difficultés psychologiques des prêtres ou même des différences de pastorale (faut-il être pour l'Action Catholique?pour la paroisse?etc.) pour situer cette évolution.Dans ce malaise des prêtres, il y a toujours à distinguer, en effet, d'une part ce qui est un malaise permanent du secerdoce, à savoir que l'homme est pécheur et que l'humanité reçoit difficilement le message de Jésus-Christ, à savoir aussi qu'il y a des difficultés inhérentes à notre "profession": être des hommes spirituels, avoir une vie avec Dieu et avoir en même temps une fidélité à ce que l'Eglise nous demande (chasteté etc.), problèmes qui sont de tout temps et dont je ne pense pas qu'ils soient plus graves aujourd'hui qu'à d'autres époques, ils s'expriment peut-être plus franchement; et distinguer d'autre part ce fait, qui me paraît le plus important, c'est que beaucoup de prêtres sont désorientés en face du monde d'aujourd'hui et de leur situation dans ce monde.La foi chrétienne, en effet, et l'état sacerdotal ont cristallisé autour d'eux, dans une civilisation donnée, tout un ensemble de caractéristiques qu'il faudra peu à peu purifier ou évacuer.Le grand problème qui se pose donc à nous, pour aider les prêtres et nous situer nous-mêmes, c'est de discerner l'alliage qui s'était fait hier autour du noyau de la foi, ce noyau 189 chrétien qui forcément relevait d'un certain nombre de notes culturelles, propres à une civilisation donnée.Il faut probablement casser cet alliage ancien et en refaire un autre, puisqu'il est bien évident que la foi et l'Evangile ne se promènent pas à l'état pur dans le monde, mais qu'ils s'incarnent toujours dans une civilisation donnée.Je pense que le malaise de l'Eglise, le malaise des prêtres, est un malaise de virage, d'une évolution de civilisation au moins autant qu'un malaise venant de questions profondes relatives à la foi elle-même.Ce qui ne veut pas dire que les questions de fond ne se posent pas, mais à distinguer les deux plans, nous avancerions déjà beaucoup.En ce sens, j'introduirai mon sujet : — en parlant tout d'abord de la pastorale et du prêtre d'hier.Tout un temps a marqué cette pastorale, ce rôle de l'Eglise, et en conséquence le personnage du prêtre.— en second lieu, j'essaierai de déterminer le plus clairement possible la révolution que notre temps a faite au point de vue profane.Cela ne vous apprendra sans doute rien que vous ne sachiez, mais pourra vous aider à mettre en place un certain nombre de données.-—en troisième lieu, je verrai comment l'Eglise a réagi devant cette évolution du monde, car je pense que là aussi nous trouvons une source de malaise très important.L'Eglise en effet, depuis 50 ou 100 ans, a une double pastorale.Elle a commencé par avoir une pastorale essentiellement défensive, comme serait, pour parler en termes militaires, une sorte de ligne Ma-ginot aux bastions très bien défendus qui dispenseraient d'avoir la souplesse puisqu'on a la rigidité ! Mais cette phase "défensive" de la pastorale, qui a été très marquée, se trouve progressivement mise en cause par une autre évolution.La difficulté, c'est que l'Eglise change de pastorale souvent sans le dire.Si bien que beaucoup de gens veulent maintenir à la fois deux positions qu'il est très difficile d'harmoniser.Le Concile est en train d'élaborer des données théologiques de base, à partir desquelles la pastorale et le rôle des prêtres seront peut-être plus clairs.Donc, je vous rappellerai tout cela, et à travers tout cela se situeront les principaux malaises du sacerdoce.* * * I.L'ÉGLISE DANS LE MONDE D'HIER A.Le monde d'hier Rappelons d'un mot que l'Eglise, hier, a eu une pastorale dans un monde qui présentait un certain nombre de caractéristiques, une pastorale adaptée et bien adaptée.Nous n'avons pas à critiquer nos ancêtres : ils ont réussi beau- 190 coup de choses et ce serait très bien si nous réussissions aussi bien qu'eux.Quel était le monde d'hier?Je le caractérise habituellement en trois mots qui vont le définir, je pense, assez justement : c'est un monde qui est stable, c'est un monde qui est essentiellement hiérarchique et c'est un monde qui en même temps est pauvre.1) Un inonde stable Avant l'irruption de la technique, et même si le Moyen Age par exemple a été un peu évolutif, dans l'ensemble les hommes ne voient pas évoluer les choses.Donc, les générations se succèdent et se ressemblent.Ce monde stable a, du même coup, mis dans la tête des hommes qui le vivent un certain nombre de valeurs, des éléments de mentalité, et s'est cela qui nous intéresse.Dans un monde stable, automatiquement la tradition a une grande importance.La tradition et les "anciens".Le prêtre porte précisément le nom d'ancien, "Presbyteros".Même s'il est jeune ou s'il est évêque, il a droit à ce qualificatif parce que, dans une société stable, ce sont les vieillards qui ont le premier rang.Notre situation de prêtre a tellement été marquée par ce monde qu'elle porte encore le même qualificatif ! Donc, ce monde stable est un monde de tradition ,un monde où les "anciens" ont forcément le pas sur les jeunes, puisque comme le monde se répète c'est l'ancien qui a l'expérience.Le jeune regarde l'ancien pour savoir ce qu'il a à faire.Vous devinez tout de suite que notre monde d'aujourd'hui ne va pas tout à fait ressembler à ce monde de tradition, de coutumes, et de "valeur des anciens".2) Un monde hiérarchique Comme on le dit en sociologie, la vieille société est une société intégrée, ou encore un monde organique.Disons que c'est une société dans laquelle l'homme prend conscience de soi-même d'abord comme faisant partie d'un groupe.Quand il est dans son village, dans son milieu, un homme s'éveille à la conscience de soi-même, non pas directement par rapport à lui, mais d'abord par rapport au groupe dont il fait partie.L'Algérien d'aujourd'hui, ou l'Africain, ce sont d'abord des gens d'une tribu qui vont faire ce que dit le chef de cette tribu, ce que font faire les coutumes.Ce n'est absolument pas la façon de faire de l'homme moderne qui, lui, va prendre conscience de soi-même d'abord à partir de l'idée de "personne".Le monde ancien n'est pas un monde personnaliste.Dans un monde organique, le mariage, par exemple, apparaît nécessairement comme service de la communauté, pas comme promotion des personnes.C'est d'ailleurs ce que l'on voit encore en Afrique et des européennes qui épouseraient des Africains se heurteraient là à une grosse difficulté: le style de société, chez les unes et chez les autres, n'est pas le même.191 Dans ce monde hiérarchique où l'on prend conscience de soi à travers le groupe auquel on appartient, il y a évidemment des classes, des classes inférieures et des classes supérieures, des "états", une élite et des gens encadrés.Chacun doit avant tout être à sa place, être ajusté à sa place, être content de son sort.En conséquence, la grande valeur c'est l'obéissance.La soumission au chef.Le clergé entre dans ce système de classes; il y une place; le clergé est un "état" dans la société et son autorité n'est pas mise en cause, pour la bonne raison que, sociologiquement parlant, l'homme qui est en bas n'a même pas l'idée de réagir contre l'autorité.Dans une société intégrée, la résignation, l'acceptation des chefs va de soi.Nous ne sommes plus habitués à cela parce que nous vivons depuis une centaine d'années dans une société un peu révolutionnaire.Je prends toujours l'exemple des pays en voie de développement, car c'est là qu'on retrouve bien notre ancienne société.Dans ces pays, ce qu'il faut apprendre en premier lieu à quelqu'un, c'est à "avoir l'idée de changer quelque chose".Spontanément, il n'a pas l'idée de changer, et surtout il n'a pas l'idée d'apporter, lui, sa pierre au changement qui peut se produire.Par suite de cette obéissance tout à fait passive, de cette résignation à la place que l'on a, l'autorité n'est pas contestée, on n'a donc pas à se justifier d'occuper un poste supérieur.C'est la nature des choses.Pour la psychologie du prêtre, vivre pendant des siècles dans un climat de cet ordre a dû avoir tout de même un certain nombre d'effets.On ne peut du jour au lendemain quitter cette psychologie.En tout cas, il est compréhensible que le prêtre soit un peu désorienté le jour où il lui faudra se présenter autrement.3) Un monde pauvre Puisque la technique n'a pas réussi à multiplier la richesse, et tout le monde estime qu'il en sera toujours ainsi, il y a forcément quelques riches et une masse de pauvre.La terre ne présente pas beaucoup d'intérêt, c'est vraiment "la vallée de larmes", et la résignation aux catastrophes va de soi.Vivre, c'est une chance.On survit plutôt qu'on ne vit dans ce monde-là, souvent.Le monde indien nous en fournirait encore l'exemple aujourd'hui.En conséquence, ce monde de pauvreté, de non-richesse, fait que l'homme est assez facilement détaché de la terre et qu'il a une certaine idée du ciel.Si la terre est une "vallée de larmes", la compensation céleste joue un rôle évidemment fort important et intéressant.En même temps, l'homme a un sens de Dieu, je dirais très naturel (Qu'en était-il au point de vue théologique?Te ne sais).En effet, puisque l'homme est incapable de connaître et de maîtriser les choses, il donne spontanément à Dieu cette maîtrise; et ces forces qu'il voir à l'oeuvre dans la nature le mènent très spontanément à Dieu.La nature parle de Dieu; Dieu apparaît être la cause assez directe de tous les phénomènes naturels.Un exemple que vous connaissez: "il pleut", verbe impersonnel, veut dire "Zeus 192 pleut" ; le nom même de Dieu est de même racine physiologique que "dies" "dios" "Zeus".Dieu est l'origine du jour, l'origine de la lumière, l'origine de toutes les forces que nous voyons à l'oeuvre: les forces spirituelles sont partout.Du même coup, la prière et l'intercession des saints jouent un rôle temporel considérable.En somme, cette résignation à son sort, un certain goût du ciel, un certain sens de Dieu et un appel à la prière rendent plus facile à l'homme son pèlerinage terrestre.Dans cet ordre d'idées, le prêtre est le médiateur de ce Dieu temporel, qui est tout proche de la vie puisqu a tout instant on a besoin de la prière, et de Dieu, et de certains rites.Un exemple: vous avez sans doute comme moi, en étudiant le traité de l'Eucharistie, commencé par faire un traité sur "le sacrifice en général", dont l'objectif est précisément de capter les forces divines.Le rôle du prêtre est comme d'un sorcier du ciel, et on lui attribue une fonction importante.Il intervient dans la vie quotidienne, parce que c'est lui qui détient les forces qui échappent à l'homme.B.L'Eglise L'Eglise s'est évidemment adaptée et bien adaptée à ce type d'humanité.Regardons cela en prenant les deux aspects "ad intra" et "ad extra", selon les expressions du Concile.1) Ad intra a) L'Eglise Société L'Eglise a vécu très longtemps dans ce monde stable.Elle s'est ainsi développée lnogtemps dans le calme, "en possession tranquille de la vérité".Et elle s'est beaucoup développée comme société, comme institution.(Dans mon vocabulaire, j'oppose volontiers ces deux mots: Eglise-Société et Eglise Peuple ou Communauté évangélique).L'Eglise s'est développée en particulier comme société cléricale; elle a développé l'état sacerdotal, avec cette opposition spontanée du sacerdoce et du laïcat.Je crois qu'il faudra un long moment pour que les gens cessent de s'interroger, devant le travail que doit faire l'Eglise, en se demandant: quel est le rôle du prêtre?Quel est le rôle du laïc?On n'a pas du tout le réflexe de penser "Eglise-Peuple globalement pris", comme on devrait le faire maintenant à partir de "Lumen Gentium", mais on commence d'abord par distinguer des "états".C'est un peu comme pour les fins du mariage: une fois qu'on a commencé par distinguer — et presque d'opposer — deux fins, il devient très difficile de les réunir.De même, quand on a commencé par réfléchir sur l'Eglise-Société, c'est-à-dire à distinguer le prêtre et le laïc, on continuera de s'interroger sur leur rôle respectif, et il sera très difficile d'y voir clair.193 On montre dans les livres sérieux d'Histoire de l'Eglise comment, dans une société qui lui permettait précisément d'avoir un statut social, un métier particulier, des ressources de vie par les biens d'Eglise, le clerc a pris peu à peu sa physionomie.Le Droit, qui est en général l'armature d'une société stable, a contribué au développement de l'Eglise comme société, comme organisation, comme "état ecclésiastique".Cet "état ecclésiastique" prend du même coup des caractères que l'on s'habitue à considérer comme définitifs, des privilèges comme celui de l'exemption du service militaire: "peut-on imaginer un ecclésiastique dire son bréviaire en pantalon rouge dans la cour de la caserne!" Etre prêtre, c'est avoir une fonction sociale, définie et reconnue comme telle.b) Les "valeurs" vécues par l'Eglise Au point de vue des "valeurs" de cette Eglise et de la pastorale vécue par elle, je mettrai l'accent sur trois aspects: 1.L'Eglise du XIXème siècle a d'abord un grand sens de l'autorité.Dans leur livre "L'ecclésiologie au XIXème siècle", le P.Congar et ses collaborateurs ont bien montré que toute la réflexion du XIXème siècle pour préparer le premier Concile du Vatican était centrée sur le problème de l'autorité.L'autorité était un élément tout à fait majeur dans l'Eglise et faisait que l'Eglise fonctionnait toujours de haut en bas, avec renforcement de l'autorité "presque à chaque étage".Il faut reconnaître qu'au XIXième siècle le Pape tend à incarner toute l'Eglise: on parle un peu trop de l'infaillibilité du Pape, en oubliant que c'est l'Eglise qui est infaillible et que le Pape est un des artisans, un des canaux de cette infaillibilité.Il n'y a pas de collège episcopal par rapport au Pape et il n'y a pas non plus de presbyterium diocésain par rapport à l'évêque.L'autorité de l'évêque sur ses prêtres supprime le dialogue entre eux.L'évêque devient un seigneur.On l'appelait encore "monsieur" au XVIIIème siècle; on va progressivement l'appeler "monseigneur", puis "Sa Grandeur", et à partir de 1930 "Son Excellence".On marche ainsi à l'inverse du mouvement démocratique ! Apparaissent également au XIXème siècle les classes d'enterrement et aussi toutes ces "petites fanfreluches", ces "vêtements caractéristiques" des prélats, des chanoines honoraires.Tout cela, c'est du "modernisme", et il faut retourner à la tradition contre le "modernisme!" De même, dans la paroisse il n'y a pas de "communauté paroissiale" par rapport au prêtre.Le curé est pape dans sa paroisse, et le laïc devra obéir car il a ces deux très nobles fonctions "comme les brebis de la Chandeleur", souligne le P.Congar, "se laisser bénir et se laisser tondre ! " Cette structure de l'autorité s'est renforcée dans toute une ambiance, à la fois anti-protestante et anti-libérale, comme on disait au XIXème siècle, ou autrement dit "anti-démocratique".Ceux d'entre vous qui, comme moi, ont fait leur séminaire avant-guerre, savent très bien que ce séminaire était en- 194 core très marqué par ce genre de mentalité: anti-protestantisme et anti-libéralisme.Dans les séminaires et dans les collèges chrétiens, beaucoup de professeurs étaient "action française".Ce sens de l'autorité ne préparera pas facilemenr une évolution.2.Dans l'Eglise du XIXème siècle, il y a aussi un certain "sur-naturalisme".Mon métier de professeur m'oblige à regarder les documents du XIXème siècle du point de vue social, et nécessairement d'autres points de vue qui encadrent celui-là, et il me paraît de plus en plus clair qu'il y a vraiment un "sur-naturalisme" au XIXème siècle, une explication mystique de toutes espèces de choses qui est très générale.Des historiens comme Montalembert ou de Broglie, parce qu'ils écrivent l'histoire de l'Eglise en essayant de voir également les causalités naturelles sont accusés de "naturalisme".C'est l'époque où naissent beaucoup de "révélations", de "mystiques".On explique tout le mal par Satan; tout le mal, c'est Satan.D'autre part, on voit partout, pour ce qui est bien, l'influence miraculeuse de Dieu.Mais, que l'homme exerce "naturellement" son influence aussi, que la liberté humaine ait un rôle ! .Il y a là certainement un reste profond de jansénisme.Le jansénisme a été une immense catastrophe.Cette idée que pour grandir Dieu, il fallait abaisser l'homme, que pour affirmer la grâce il fallair minimiser la liberté, au moment où justement l'humanité prend un nouvel essor, c'est une catastrophe immense.Dans ce "sur-naturalisme", où les causalités extraordinaires jouent un grand rôle, la science est suspecte; la nature, l'effort humain, tout est un peu suspect.S'il est bien évident que les révolutionnaires ont exagéré de leur côté, nous avons exagéré nous aussi, et il nous faut faire, avec le Concile actuel, notre mea culpa.Les gens du XIXème siècle n'ont pas complètement disparu aujourd'hui: ils nous permettent d'étudier de près et sur le vif ce qu'était la mentalité quasi-universelle de l'Eglise, des chrétiens, à cette époque.3.On trouve enfin, dans l'Eglise du XIXème siècle un aspect que j'appellerai l'aspect doctrinaire, ou peut-être mieux, systématique de la pensée chrétienne.A partir des principes évangéliques, peu à peu, dans ce monde stable, on a bâti une "théologie perennis" (philosophia perennis - theologia perennis).La doctrine que nous avons est une doctrine désormais complète.J'insiste beaucoup sur ce point, parce que- à mon avis, l'un des éléments les plus troublants pour toute une génération de prêtres, leur objection spontanée, c'est le "relativisme doctrinal".L'Eglise, en cette période, en est arrivée à construire une "theologia perennis" dans laquelle on s'enferme en face de l'évolution d'autres pensées.Alors que le thomisme de St-Thomas d'Aquin se situe, lui, au coeur du mouvement de pensée de son époque, à la fin du XIXème siècle, au contraire, le retour à St-Thomas c'est surtout reprendre appui sur la doctrine classique de manière à ne pas se perdre dans les doctrines nouvelles.St-Thomas, comme le dit Gilson, c'est "le seul modernisme qui ait réussi", 195 tandis que le thomisme au XIXème siècle, rebrassé avec la méthode XIXème siècle, est tout différent au point de vue situation historique.On a donc désormais une doctrine, que l'on connaît de manière spéculative (c'était le conflit de la "positive" et de la "spéculative").On peut encore modifier quelques détails sur la voiture, mais on ne doit pas changer le modèle : le modèle est fait une fois pour toutes.En 1914, on se préoccupait même très fort à Rome de rendre ce que l'on appelait à l'époque "les vingt-quatre thèses thomistes".Dans cette mentalité, le prêtre reçoit au séminaire une doctrine complète, dans laquelle il s'interroge d'ailleurs surtout sur les détails.Le vrai sens du thomisme lui échappe souvent, mais il a des conclusions.Il vit dans cette mentalité dogmatique qui s'étend à tout : l'Eglise a réponse partout, on a un système d'explication pour tout.Si le monde marche de travers, c'est parce qu'il n'écoute pas l'Eglise ; si on écoutait l'Eglise, tous les mariages seraient heureux, il y aurait la paix à l'usine et la paix dans le monde.Il n'y a pas à chercher, il suffit d'entrer dans l'Eglise et, du même coup, l'Eglise va donner la solution aux hommes.C'est une façon simple de régler les problèmes "ennuyeux" que la liberté de l'homme est capable de provoquer (problèmes du mariage, problèmes de la guerre).Depuis le XVIIème siècle, et en général, les séminaires formaient des gens pour la pastorale, comme on disait, qui n'avaient pas à s'interroger sur les principes, mais qui avaient avant tout à donner des solutions concrètes, puisque cette spéculative sans positive, cet esprit de doctrine, s'étendait à tout, y compris aux problèmes humains."Je n'aime pas dialoguer avec des chrétiens, dit Nerleau-Ponty, ils savent tout déjà".Les chrétiens, les prêtres ont à donner des solutions, mais eux, ils n'ont pas à apprendre! 2) Ad extra Dans ce monde stable, hiérarchique et pauvre, l'Eglise christianisait par le cadre et les institutions.Il y a actuellement un certain débat sur les institutions chrétiennes qui manque de clarté quand on ne dit pas ce dont on parle et quand on ne se réfère pas à une certaine position historique.Qu'aujourd'hui il faille des institutions chrétiennes, je pense que c'est clair ; mais, ce qui est tout différent, on estime que ce n'est pas le seul moyen de christianiser.Tout le monde est d'accord là-desus, même ceux qui pensent — je suis de ceux-là, et pour cause! — que l'école chrétienne a encore un rôle à jouer dans le monde actuel.Mais, à l'époque, c'est le cadre et les institutions qui sont le moyen de christianiser.C'est normal, dans un temps où les masses sont habituées à être encadrées.Pour christianiser la France, on ne va pas christianiser les Français, mais on va christianiser Clovis, ou Charlemagne, ou Louis XIV.Si le roi est chrétien, le peuple sera chrétien.Cette manière d'aborder la pastorale est évidemment une manière très 196 "globale" et, par le fait, le prêtre se trouve être le serviteur, avec toute l'Eglise, d'un certain nombre d'institutions.Ayant en charge des institutions, il a à fournir un travail matériel (enseigner, soigner.), et il joue un rôle social.Il y a là deux points qui vont troubler le clergé par la suite : a) Quand le nombre des institutions chrétiennes diminuera nécessairement, le travail du prêtre ira diminuant.Quel sera alors son rôle social?A quoi occupera-t-il sa journée?Hier, il était occupé à soutenir l'hôpital, le centre de soins, l'école, les loisirs, toutes choses qu'on lui laissait de plein droit ; il avait un statut de "secteur tertiaire".Mais à partir du moment où tout cela devient davantage "laïc", que fera le prêtre?b) Christianiser par le cadrage et l'institution, ce n'est pas du tout la même chose, bien sûr, que christianiser par l'animation, par le soutien du chrétien individuellement pris dans sa vie quotidienne.Le prêtre "ancien style" est forcément prêtre organisateur au moins autant qu'un prêtre éducateur.Aujourd'hui, beaucoup de prêtres sont en difficulté de passer du système de christianisation par le cadre au système d'éducation parce que, précisément, ils sont des organisateurs.Organiser, construire, gérer est un travail d'action, le travail d'éducation est plus difficile.Et, tout compte fait, on risque de défendre davantage les institutions qu'on ne prêchera l'évangile comme tel.Le prêtre se sentira beaucoup plus le gardien de la chrétienté que "l'exemplaire d'un type évangélique".N'exagérons rien cependant.En tout cas, aujourd'hui, nous entrons dans une autre période.II.LA RÉVOLUTION DE NOTRE TEMPS Ici nous avons moins à analyser le prêtre comme tel, mais nous trouverons peut-être en partie la source de son désarroi.J'exprime tout de suite une idée qui me travaille toujours, à savoir que nous parlons trop globalement de déchristianisation, de recul de la foi et de l'Eglise, alors que par toute une série d'éléments, il y a seulement je pense un recul par rapport à une "Eglise-classique" qui ne serait pas capable de devenir moderne.La déchristianisation joue un rôle réel, mais il y a tout un autre aspect que ne laisse pas apparaître la sociologie.La psycho-sociologie le ferait apparaître davantage.Mais une statistique ne peut pas distinguer les deux éléments: ce qui est recul par rapport à la véritable foi et ce qui est simplement recul par rapport à une Eglise arriérée.Nous savons très bien que des modernes se tournent très volontiers vers Jean XXIII ou Teilhard de Chardin, mais qu'ils ne se tourneront pas du tout vers Pie X ou le Cardinal Billet.J'insiste là-dessus pour bien montrer que cette évolution du monde actuel doit jouer un rôle pour nous, dans nos esprits- en vue de nous aider à bien distinguer les choses.197 La révolution du monde moderne est : — une révolution idéologique, — une révolution technique.Voyons ce qui en résulte au point de vue changement des mentalités.1) Révolution idéologique C'est la révolution démocratique, ou personnaliste.Pour s'en rendre compte, il faudrait là encore s'en aller en Afrique pour voir ce qu'est une société non personnaliste, non démocratique.Cette révolution idéologique est celle du XVIIIe siècle, de la Révolution française.Nous avons une société qui désormais part de l'individu, de l'homme, et, tout compte fait, de la personne, au lieu de partir du groupe.C'est cela la révolution démocratique, en ce qu'elle a de positif, et, tout compte fait, d evangélique.C'est une des choses les plus curieuses de l'Histoire que 18 siècles de christianisme ayant engendré ce sens de la personne, reconnu par Jean XXIII, c'est-à-dire une société démocratique, quand cette société démocratique a éclos, l'Eglise s'y est farouchement opposée ! Il est frappant de voir que dans "Pacem in terris", Jean XXIII n'a aucune difficulté à se reconnaître dans les mêmes aspirations que la société démocratique.Pie XII a même dit que la société démocratique semblait être conforme à la raison, semblait être de droit naturel.Mais, cette société démocratique, que met-elle dans l'esprit de l'homme moderne ?1.— Le sens de l'humain, du terrestre, de l'autonomie de l'homme, donc le sens de la valeur du terrestre.Ce n'est pas seulement l'au-delà mais l'ici-bas qui a un intérêt.Du même coup, cette valeur du "naturel" tend à engendrer un système de laïcité.La laïcité, c'est le reflet, entendu au sens large, de l'autonomie de l'humain.Le clérical, tendu vers l'au-delà, absorbait un peu trop l'humain; l'humain reprend consistance et la laïcité apparaît.(Je ne dis pas le laïcisme, c'est autre chose).2.— L'idée que la vérité est une recherche et non pas une possession.On n'a pas à se soumettre à un "système", on a toujours à chercher.L'homme n'a pas simplement à obéir à un système de vérités qui lui serait pré-fabriqué.3.— Dans une société démocratique, on part d'en bas au lieu de partir d'en haut.On part des droits de la personne, des droits de l'individu et on remonte pour constituer l'autorité.Si vous mettez ces trois notes au regard des trois points que j'ai signalés tout à l'heure, dans les "valeurs" vécues par l'Eglise en monde stable, (autorité, surnaturalisme, esprit systématique), vous voyez que nous avons ici les trois coordonnées absolument inverses.A l'autorité, s'oppose la démocratie; au sur-naturalisme, la valeur de l'humain et de la nature; au système doctrinal, l'idée de recherche scientifique et de recherche de la vérité.198 2) Révolution technique Cette révolution technique apporte avec elle quatre éléments qui vont modifier les mentalités.Je simplifie outrageusement; c'est le métier des professeurs de faire des caricatures, mais à partir des caricatures, on peut reconnaître le réel.1.— La mentalité de progrès.Alors que les sociétés pré-techniques sont traditionnelles, les sociétés techniques ont une mentalité de progrès, progrès à partir de la science et du travail.Jean XXIII le dit toujours dans ses encycliques: l'évolution est due d'abord au progrès des sciences et des techniques.La raison en est très claire, c'est que les techniques, en effet, font avancer la vie humaine.Désormais, les enfants sont dans un mode de vie qui ne ressemble plus du tout au mode de vie des parents.Désormais tout change, et tout change tout le temps.Tous les hommes entrent dans cette mentalité de progrès.Ce qui compte, ce n'est pas la tradition et la coutume, c'est le nouveau et la nouveauté; ce ne sont pas les vieux, ce sont les jeunes.Une affirmation un peu tranchante comme celle de "nouvelle vague", est vraiment très typique de notre civilisation.Ce réflexe des jeunes de se distinguer radicalement de la génération d'auparavant, qui est "croulante", est un réflexe que les vieilles sociétés n'auraient absolument pas eu.Il y a toujours eu des conflits de génération, d'accord, mais pas du tout du même ordre.Car il ne s'agit pas seulement aujourd'hui pour les jeunes du désir de reprendre les leviers de commande, il s'agit d'une critique radicale de la génération antérieure.L'esprit "nouvelle vague" habite aussi le jeune vicaire, c'est la civilisation qui le veut.L'homme moderne est donc quelqu'un qui croit à la science, au travail, au progrès.Et il est très typique de voir les premiers journaux chrétiens qui ont marché dans ce sens prendre pour titre: "L'avenir" — "L'ère nouvelle" — "Le progrès .de Lyon, du Nord".Le prêtre, lui, se trouve dans un état difficile.Vous connaissez probablement la fameuse "parabole" de Saint Simon qui, le premier, a réfléchi sur la société technique.C'était en 1819, sous Louis XVIII et cette fameuse "parabole" fit mettre son auteur en prison ! Saint Simon raconte que la société moderne et technique a besoin de nouveaux chefs et que les anciens n'ont qu'à disparaître.Quels sont les anciens chefs?Les seigneurs et les clercs.Quels sont les chefs de la nouvelle société?Les "ingénieux" comme il dit (c'est lui qui a créé le mot "ingénieur" et le mot "industrie"), donc les "ingénieux" et les savants.Autrement dit, les universitaires et les techniciens sont les vrais chefs de la société future.Selon cette "parabole", on pourrait voir en France mourir d'un seul coup tous les membres de la famille royale, tous les archevêques et cardinaux, tous les présidents de Cours de Cassation etc., la France n'en subirait aucun mal.Mais si.au contraire, elle perdait d'un seul coup ses 200 premiers agriculteurs, ses 50 premiers banquiers, ses 200 premiers chimistes, etc.alors elle mettrait 50 ans à en sortir.199 De là, part ce mouvement de fond qui véhiculera cette idée courante qu'il y a deux personnages dépassés: le châtelain et le curé, à quoi ça sert?Et les nobles, à quoi ça sert?A alimenter un peu les hebdomadaires.avec les vedettes ! J'ajoute que nous ne sommes pas préparés d'ailleurs par notre genre d'études, à entrer dans ce système de pensée moderne, à base de technique et de science.Nous sommes des humanistes; nous avons à la fois la vue religieuse et théologique des choses, et en même temps une culture classique.En face de la culture technique et scientifique, comme en face de la culture économique, nous sommes radicalement perdus.On est pour le social, mais que le social exige une analyse économique, cela on le pressent et on est incapable de le faire.Nous sommes désireux d'entter dans cette mentalité, mais nous y éprouvons une très grosse difficulté.2.— La société technique, crée peu à peu, la richesse pour tous.Bien entendu, il y a eu une première époque de paupérisation, de prolétarisation.C'est là-dessus que s'est construit le marxisme.Pour créer les infra-structures, on ne peut pas d'emblée augmenter les biens de consommation, c'est clair.Il y a un premier temps de pauvreté en tout pays qui s'industrialise, comme chez les paysans qui connaissent la première génération d'industrialisation.Mais au bout d'un certain temps, tout le monde devient riche.C'est la société de consommation, dans laquelle nous commençons d'entrer depuis 10 ans et qui d'ici peu va tout bouleverser, y compris la solidarité ouvrière.Cette richesse pour tous donne évidemment à l'homme un intérêt pour le monde."Vous comprenez, disait un ingénieur du MICIAC, quand je vais à l'église le dimanche, le prêtre me dit tout le contraire de ce que je fais toute la semaine.Toute la semaine, je passe mon temps à faire progresser les techniques et les richesses, et le dimanche on me dit: "Bienheureux les pauvres!" Que devient en effet le sens de la pauvreté évangélique, comment l'accrocher à la vie?Le gros problème, c'est que nous sommes habitués à associer pauvreté évangélique et pénurie.Et les religieux, quel témoignage de pauvreté ont-ils à donner?Et pourtant, l'homme moderne a plus que jamais besoin du sens évangélique de pauvreté.On l'a vécu classiquement par le dépouillement, mais maintenant?Pendant 30 ou 40 ans, nous avons lu dans tous nos textes ecclésiastiques que "le socialisme est une utopie parce qu'il promet à tout le monde le bien-être et la ricshesse".Or, le socialisme avait raison, et la richesse pour tous fait que les hommes, surtout à la première génération, sont très accrochés à la terre et à leur équipement matériel.C'est probablement là l'une des taisons très simples d'un manque d'intérêt pour le spirituel.Les gens ne sont pas nécessairement contre Jésus-Christ, contre Dieu, mais puisque désormais leur effort leur permet de s'enrichir, ils n'ont plus besoin de passer par ces choses un peu aléatoires qui étaient le culte des saints, l'appel à une certaine Providence divine.la médecine et toutes les techniques leur assurent aujourd'hui ce qu'hier, faute de mieux, ils demandaient au ciel.Et l'attente du ciel est moins désirée, sur une terre où l'on est 200 confortablement installé.C'est ce qui explique que "les grandes vérités" mordent de moins en moins.3.— La société technique entraine l'urbanisation, et, par le fait, bouleverse notre pastorale.La "communauté paroissiale", en ville, c'est une belle utopie.Il faut être honnête! et voir que le milieu urbain est non pas local, mais "sélectif", comme on dit aujourd'hui.Les relations, en ville, sont sélectives.Or, nous en sommes restés à l'idée rurale; dans le rural, il y a communauté fixe, où les gens se connaissnet et s'estiment.plus ou moins.En ville, la communauté est sélective et elle est de plus en plus mobile.En même temps, cette communauté, en ville, tend à être quasi-inexistante.La vie de foyer, de ce fait, prend une importance de plus en plus considérable, et c'est un point intéressant de pastorale.En ville, le foyer devient la cellule d'intimité, de personnalisation de l'homme beaucoup plus qu'hier, alors qu'au village le foyer est peut-être trop connu des autres pour être vraiment une cellule de personnalisation.Sur cette urbanisation, avec atomisation des communautés, nous continuons à projeter un système de paroisses.Avant de défendre la paroisse comme telle, il faut d'abord regarder le monde.Ne partons pas d'abord d'une défense théologique de la paroisse abstraite, partons d'abord d'un regard sur le monde.Quelles sont les conditions de notre travail, et en conséquence que peut donner telle ou telle structure d'Eglise?Voilà la réflexion fondamentale dans une pastorale.Vous devinez qu'il y a là une cause de bouleversement pour le prêtre, qui est essentiellement chef de paroisse, et qui n'a absolument plus la main sur ses gens.Il est certain que cetate atomisation des communautés est souvent par elle-même source de déchristianisation, beaucoup plus que le mouvement ouvrier.4.— Le mouvement du socialisme est né de la technique et de ses premières difficultés humaines.Le machinisme industriel pose des problèmes humains.Ces problèmes humains, au début, sont très mal pris, Grosso modo, la réaction des masses, c'est le socialisme.Pour montrer à quel point nous avons été désorientés devant tout cela, je reprends ici quatre termes qui sont le reflet naturel de ce monde technique: laïcité, démocratie, urbanisation, socialisme.— Laïcité: on est "plutôt contre".— Démocratie: si "la démocratie chrétienne est une bienfaisante action parmi le peuple", et seulement cela, il n'y a pas lieu d'être très républicain! Chanter "La Marseillaise", vers 1900, c'était presque un péché mortel ! Il est vrai que "La Marseillaise" .—urbanisation: combien de temps n'avons-nous pas lu une certaine littérature, genre Pierre l'Ermite ou René Bazin, qui nous a dit: "restez chez vous"! De fait, les gens vont en ville et les prêtres restent à la campagne.— Socialisme: après avoir été contre le socialisme, on invente ensuite la 3e 201 voie de la doctrine sociale de l'Eglise: le syndicalisme chrétien, les partis politiques catholiques.Finalement, on s'aperçoit aujourd'hui que c'est un peu dépassé.Bref, ce monde-là présente des caractéristiques dans lesquelles nous n'entrons pas.Et cela, sans que la foi soit en cause.III.LA DOUBLE PASTORALE DE L'ÉGLISE Un point qui va aussi désorienter le prêtre, ce prêtre classique déjà désorienté par le monde nouveau, c'est que l'Eglise va hésiter, ferme au départ dans une hostilité, puis de moins en moins sûre dans sa pastorale (et c'est cela que nous vivons maintenant).1) Pastorale défensive Dans un premier temps, la pastorale de l'Eglise est défensive.Bien entendu, il y a eu des excès "de l'autre côté": les laïcistes ont été les "laïcards", les démocrates et surtout les socialistes ont été des anti-religieux.Et l'Eglise a dit "non" au monde moderne; elle entendait défendre "l'alliage" complet.Puisqu'on était si bien à l'aise dans une société autoritaire, surnaturaliste, doctrinaire, restons-y.Et faute d'y rester globalement, restons-y au moins par morceaux, c'est-à-dire défendons au moins des lambeaux d'institutions chrétiennes.Comme le disait un curé des Mines à un vicaire, en 1935: "Tu vois, le monde se déchristianise, notre rôle c'est de freiner la descente".Freiner la descente, donc empêcher que ce que nous tenons encore soit démantelé.Et cette pastorale des années 1900-1930 et 40, je la caractériserais, sur la foi de tous les textes que je possède, par trois adjectifs: elle est apologétique, institutionnelle et confessionnelle.1.Apologétique.Je veux dire que cette pastorale se préoccupe essentiellement de grouper les chrétiens pour la défense de l'Eglise-Société.L'Eglise a des instiauions, des oeuvres — c'est la période des Oeuvres — on va les défendre contre les institutions laïques.Et j'insiste: on invente alors le mot "d'action catholique", mais il ne s'agit pas pour les membres de cette action catholique de se remettre en cause face à l'Evangile, il s'agit de grouper les chrétiens "pour la défense de l'Eglise menacée" (Pie X).Et il y avait de quoi, d'ailleurs.C'est, en France, le drame de l'action catholique générale que d'être née ainsi et de la ligue Patriotique des Françaises et de la Fédération Nationale Catholique qui ont été fondées dans un tout autre esprit que celui de l'A.C.G.Transformer des groupements qui existent pour rendre des services à l'Eglise et défendre l'Eglise, en mouvements de gens qui se remettent eux-mêmes en 202 cause face à l'Evangile, ce n'est pas facile.D'autant moins facile, que cette défense de l'Eglise s'appuyait sur des personnes qui, elles-mêmes, avaient le scheme de l'ancien monde: le châtelain qui n'aime pas la révolution, le militaire qui n'aime pas la démocratie etc.On se retrouvait dans un esprit commun.Et ces gens, même s'ils ne sont pas très chrétiens, défendront l'Eglise (comme par exemple Lyautey ou Mauras) parce qu'on voudrait voir se maintenir un monde traditionnel et classique contre l'esprit moderne.2.Institutionnelle.Il faut multiplier les Oeuvres et, en particulier- il faut créer ces institutions qui sont en somme de plus en plus, pense-t-on au plan social, comme une troisième voie.Il y a les libéraux-capitalistes, il y a les socialistes.Au milieu, on va mettre les chrétiens dans le monde (ce qui n'est pas mal), mais à partir des Oeuvres.De là est venu ce mot de "Direction des Oeuvres", qui, aujourd'hui, n'a plus de sens.On fait donc des institutions chrétiennes, et tous les textes d'Eglise affirment: les chrétiens doivent être groupés entre eux pour appliquer la doctrine de l'Eglise et ne pas se trouver avec les non-chrétiens.Cette "action catholique" est ainsi le groupement des chrétiens entre eux.Et c'est ainsi que cette pastorale vérifie son troisième caractère.3.Confessionnelle.Ce qui veut dire deux choses: Tout d'abord que dans ces institutions le prêtre a une place d'autorité, de direction (le prêtre a un rôle actif dans le syndicat).En second lieu, qu'on s'y retrouve entre chrétiens.Voilà donc cette première pastorale qui a été la réaction de l'Eglise en face de la déchristianisation constatée et, probablement, trop peu analysée.Repli et défense.Tous les prêtres qui ont été à l'action avant la mise en question que nous voyons aujourd'hui se produire dans l'Eglise par le Concile, l'action catholique spécialisée, les réflexions des théologiens etc.tous ces prêtres, jusqu'en 1935-40, étaient orientés dans ce sens.Entrer dans le ministère voulait dire: faire vivre ces institutions, rassembler ces bons chrétiens (qui pourraient donner un coup de main pour la paroisse et pour les Oeuvres) et vivre à l'intérieur de ce monde-là.On ne demandait pas au prêtre d'être un "signe à l'extérieur"- ni même à la communauté chrétienne d'être "missionnaire".Mais on demandait essentiellement à la communauté chrétienne de se construire solidement et de prendre "les gens de l'extérieur" à l'intérieur d'elle-même.La formule employée lors du 1er Vendredi du mois parlait ainsi de ceux qui étaient à rechristianiser, ceux égarés "à l'extérieur" et qu'il fallait ramener "à l'intérieur" pour "qu'ils ne périssent pas de misère et de faim".Le premier travail était donc de constituer, "à l'intérieur", un réseau solide d'institutions chrétiennes.C'est ainsi qu'ont été formés les militants syndicalistes chrétiens.Pour eux, la CFTC était l'instrument apostolique de rechristianisation et pas 203 simplement la défense conçue chrétiennement des intérêts des ouvriers.Et l'on pensait que dans la mesure où cette institution serait solide, on "pécherait" tous ceux qui s'étaient égarés dans les "mauvais" syndicats, pour les sauver.Evidemment, ce premier temps de la pastorale de l'Eglise au début du siècle avait au moins un avantage, celui d'être clair.Tous les prêtres avaient la même idée, et, selon leur zèle, accomplissaient plus ou moins ce scheme.Et l'on implantait des écoles, on multipliait les oeuvres de loisirs, on créait des Cercles etc.Mais voici que s'est produite une évolution.2) Pastorale en évolution Une évolution est en cours dans la pastorale, et l'Eglise ne l'a pas très définie jusqu'à présent, ce qui est encore une cause de drames et de malaises.Cette évolution est énorme.Il n'y a pas de doute que ce qui se fait dans l'Eglise depuis 30 ans, et même 20 ans, bouleverse des siècles de pensée et d'habitudes.Ce n'est pas simplement la rencontre de la foi et du monde, mais c'est l'Eglise elle-même qui a évolué.Je situe cette évolution sur deux plans: le plan intellectuel et le plan pastoral.1.Au plan intellectuel.C'est, d'une certaine manière, la théologie qui est tout autre.Et il y a vraiment des prêtres "qui n'ont pas la même religion" que d'autres.Nous devons être sensibles à ce fait.C'est aussi le renouveau biblique.La Bible, source de notre foi, est lue aujourd'hui par un prêtre formé à l'exégèse moderne d'une tout autre manière, d'une manière même plus profonde, que lue par un autre prêtre.C'est un panorama tout à fait différent que nous fait découvrir un exegète moderne quand il nous montre, à travers tous les textes de l'Ancien Testament, les ré-sonnances bibliques des trois tentations du Christ, par exemple.Le personnage du Christ est bien celui du Christ-homme, et pas celui d'un "Christ-faisant-semblant-d'être-homme" qui est un peu celui de notre théologie.Mais de ce renouveau extraordinaire, beaucoup de prêtres ne sont pas conscients.C'est enfin une autre conception de Dieu.Nous avons appris les deux bases de l'acte de foi, les deux "motifs de crédibilité" comme l'on dit, qui sont la "révélation historique" (la Bible) et le "raisonnement sur Dieu") (les "cinq voies" de saint Thomas).Aujourd'hui, le problème de Dieu c'est que l'homme moderne n'est plus sensible au divin d'hier, à ce Dieu que l'on découvre dans les fissures du monde mal compris et mal dominé, le Dieu de l'explication ou le Dieu du miracle.L'homme moderne a d'abord le sens de l'homme.Tout le problème de l'évangélisation, c'est de faire découvrir Dieu à travers l'homme, à partir de l'homme et non pas à partir de l'échec humain."Pacem in terris" l'affirme en son fameux no 45: "L'homme qui croit davantage en l'homme découvrira le Dieu transcendant et personnel".C'est le retournement complet de la méthode des "pierres d'attente en creux" ! 204 2.Au plan pastoral.L'évolution pastorale suit l'évolution intellectuelle.Et il y a évolution, et même révolution pastorale dans le sens que désormais les chrétiens se regroupent d'abord pour se convertir à l'Evangile, et non pas d'abord pour soutenir une institution.Et vous savez le drame des communautés traditionnelles qui sont toujours d'accord pour soutenir des institutions et ne comprennent pas qu'on se regroupe pour se reconvertir à l'Evangile.Et de même, vous avez les prêtres de ces deux formes de pastorale, qui sont désorientés.Une pastorale d'institutions est devenue une pastorale de mission, c'est-à-dire de conversion des chrétiens eux-mêmes, une pastorale évangélique et en même temps une pastorale de présence au monde.C'est à travers la présence au monde, à travers les valeurs familiales, sociales, à travers les engagements qu'on pourra évangéliser.On remontera du monde pour aller à Dieu.Et le prêtre aura un style de vie adapté en conséquence.* * * Conclusion Je conclus en disant qu'à mon avis le grand drame, le grand malaise des prêtres, en dehors de son aspect permanent, c'est actuellement : — En premier lieu, cette double mentalité des prêtres dont je viens de parler.— En second lieu, une Eglise hésitante.Quand dans un diocèse il n'y a pas d'options, tous les prêtres se sentent mal à l'aise.Le prêtre à qui ont dit: "tout est prioritaire", ce prêtre-là choisit forcément.Il ne peut pas avoir un agenda où tout soit prioritaire ! On peut souhaiter que le Concile nous permette de dépasser cette hésitation.— Enfin, un rapport au monde que le prêtre a difficilement par suite de sa formation, de son statut sociologique qui, en certains cas, le met en porte-à-faux.Et surtout, il y a chez le prêtre absence de dialogue avec les non-chrétiens.Nous continuons de faire un "métier" alors que nous sentons bien que nous avons une formidable tâche missionnaire, un métier qui fait de nous les hommes des chrétiens- sans contact avec les non-croyants.LIVRES REÇUS Vocation de Bernadette Bernard Billet Ed.P.Lethielleux, 1965, 125 pages.Ces pages ressuscitent la vie de Bernadette à Lourdes après les apparitions.Destinées à un large public, elles nous la montrent toute proche.Méditons et prêchons les épitres Mgr Louis Soubigou Ed.P.Lethielleux, Paris 1965, 298 pages.Si les Evangiles sont souvent commentés, les Epitres sont plus rarement utilisées comme sujets d'homélies ou de méditations ; pourtant la richesûe de leur doctrine est pour ainsi dire inépuisable.Cette nouvelle édition est enrichie de suggestions précieuses pour l'adaptation eucharistique et ecclésiale des textes des épitres.205 Le Pape parmi les travailleurs Je suis venu vous chercher.Je suis venu justement vous chercher, et ce qui se déroule actuellement dans ce cadre très beau et immense, ne doit être qu'un petit symbole.Je viens à vous et je vois en vous les représentants de l'immense foule humaine du monde du travail.Je viens vous trouver pour vous dire que l'Eglise est à vos côtés, que nous vous comprenons, que nous vous aimons, que nous sommes vos amis.Et il n'y a aucune raison d'en douter.Pourquoi voudriez-vous en douter?Qu'avons-nous fait qui soit dirigé contre vous?Avez-vous quelque chose à nous objecter?Désirez-vous quelque chose de nous?Nous n'avons en effet d'autre désir que de satisfaire vos besoins, d'élever vos conditions, de connaître vos souffrances, d'excuser même certaines de vos intempérances, certaines de vos manifestations.Nous ne nourrissons que de bons sentiments.Croyez-vous que ce fut pour moi une chose difficile de venir au milieu de vous?Au contraire, ce fut une joie, je suis très content, je voudrais y venir tous les jours, et non seulement dans ce chantier mais, si j'en avais le temps et si le Seigneur me donnait la force et la possibilité de le faire, j'irais vous trouver tous, l'un après l'autre, vos maisons, vos familles, vos enfants.Il n'y a aucune raison qui me sépare de vous, et même je suis attiré vers vous par une grande sympathie, un grand amour, une grande charité.Et ce qui, bien souvent à votre avis, vous rend moins présentables — je vous connais, savez-vous?— c'est cela qui vous rend encore plus chers.Bien des fois, allant dans les ateliers de Milan, je tendais la main aux travailleurs, aux maçons, aux mécaniciens.S'ils se retiraient en pensant que leur main n'était pas présentable, je leur disais paternellement: "Mais donne-moi la main, nous sommes amis !" Et ce que l'on dit de la main peut se dire aussi des pensées et de votre âme.Nous savons vous comprendre ,vous connaître, excuser tant de choses qu'il faudrait corriger et que l'on ne peut pas approuver.Mais comme nous vous aimons, tout cela pour nous peut être surmonté.Et je dirai encore — espérant que vous me comprendrez — la dernière raison pour laquelle je suis ici.C'est parce que je suis le représentant du Seigneur, son ministre, que je suis envoyé, que j'ai été chargé par une voie que nous ne considérons pas ici, mais je suis missionnaire, je suis envoyé pour être au milieu des hommes.La mission du Pasteur Puis-je rester chez moi?Puis-je dire: je me tiens à la fenêtre pour voir si arrivent sur la place Saint-Pierre ces ouvriers, ces hommes de science, ces 206 techniciens du monde moderne?Oui, il en vient beaucoup.Mais les autres?et si je vois que la grande multitude est au loin et que cette multitude, composée peut-être de ceux qui souffrent le plus, qui ont le plus besoin, qui ont plus de problèmes intérieurs et plus de peines, ne vient pas, n'est-il pas de mon devoir de venir la trouver?Ma mission, mon ministère ne consistent-ils pas à venir vous trouver?Je ne puis, mes enfants, moi qui suis le représentant et le successeur du divin Pasteur qui va à la recherche de ses brebis, je ne puis pas être en paix tant que je ne suis pas entré en contact avec vous pour pouvoir vous dire que je vous aime, que je n'ai rien à vous demander.J'aurais tout à vous donner, mes paroles, ma culture, je veux dire la vérité dont je suis dépositaire, la beauté de la vie chrétienne, la joie d'être au milieu d'hommes qui ont une espérance qui dépasse le niveau misérable et bref de cette vie mortelle.J'ai cette lumière dans les mains et je ne vous l'apporterais pas?Vous y avez droit et vous en avez besoin.Il est malheureusement vrai que certains ne vous le reconnaissent pas, ce droit, et vous disent, par exemple, qu'il vous suffit de recevoir votre paye.Non, mes enfants, la paye ne suffit pas, vous devez recevoir quelque chose de plus.De même que vous avez droit à l'école, à la pharmacie, aux divertissements, de même vous avez droit à la religion.N'êtes-vous pas des hommes?N'êtes-vous pas des âmes?N'êtes-vous pas des chrétiens?Vous avez une âme, et qui pensera à elle?qui donnera les paroles qui vivifieront votre esprit?Qui vous dira : mes enfants, vous êtes des fils de Dieu, vous êtes des êtres immortels, vous avez droit à la liberté, à la justice, à l'amour, à la vérité qui vous fasse vivre vraiment en hommes, en fils de Dieu ?Et parce que vous avez droit à la parole que j'apporte et que j'ai le devoir de vous l'apporter, nous nous sommes rencontrés.Voulons-nous faire en sorte que cette rencontre ne soit pas la dernière et que l'on ne dise pas: le Pape est venu et c'est fini?Non, il convient que nous établissions un courant de bons rapports, d'amitié.Je vous enverrai mes prêtres, mes religieux, pour vous assister, non pas pour vous imposer quelque chose ou pour vous ennuyer.Quiconque veut être bon chrétien, qui veut être croyant, qui veut donner à sa vie une espérance et une certaine dignité, a la possibilité d'accueillir cette parole et cette grâce que le Seigneur a laissées à la destinée humaine.Nous le ferons, répondez-vous, et alors nous serons amis, le monde du travail ne sera plus ce monde triste, angoissé, traversé de tant de passions qui le rendent malheureux, si grand qu'il soit et si digne d'être assisté et aimé.Qu'il puisse donc être un monde serein, fort, sain, tranquille, chrétien et heureux comme je vous le souhaite.Qu'en vous renaisse la confiance dans l'Eglise, comme en moi l'amour pour tout le monde moderne du travail.Voici mon voeu, voici ma Bénédiction Apostolique qui vous embrasse tous en Dieu, ainsi que toutes vos chères familles.207 Catéchèse de la profession de foi Guy Fortin, o.m.i.La catéchèse de la Confirmation Celui qui a reçu la confirmation est un baptisé en action.Le passage du confirmé est action, don de soi, témoignage.Comme le baptisé, il est témoignage de la mort et de la résurrection.Il manifeste la vie du Christ en lui.Ce témoignage n'est attirant que dans la mesure où il est amour qui attire en consumant.Ce témoignage est rendu dans l'Eglise.Le signe fondamental, c'est le feu, feu consumant qui deviendra lumière.Pour symboliser ce feu, on se sert du cierge qui témoigne en brûlant et en se consumant.De même que le cierge se consume en brûlant, ainsi le baptisé se consume en passant sa vie au service de Dieu.Cette consumation de soi se réfère au sacrifice et à la croix.C'est de là que découle tout le sens de l'autel de la profession de foi sur laquelle brûlent les cierges pendant la messe.C'est de là aussi que l'offrande du cierge pendant la cérémonie de la profession de foi prend son sens.C'est pour nous aider à profiter à chaque instant de l'envahissement de l'Esprit de force et d'amour que le Christ s'immole et se donne à chacun de nous dans l'Eucharistie.La Confirmation m'aide à rendre les autres meilleurs La musique d'entrée: orchestre, on suggère l'ouverture de la suite no 1 en do majeur de J.S.Bach.Le matériel : — La même affiche que pour la catéchèse du baptême représentant un arbre.— Le cierge pascal allumé et placé devant l'arbre.208 — Une table sur laquelle on a déposé une grosse Bible.— Petits cierges de procession pour chacun des catéchisés.— A l'église, une table recouverte d'une nappe blanche.— Sur cette table, une planchette perforée de petit trous destinés à recevoir les cierges allumés.Le personnel : Un laïc catéchiste, un lecteur, un prêtre célébrant, un régisseur au tourne-disque, si possible un meneur.1er temps : Recherche d'une expérience humaine Quand tous les élèves ont pris place au sous-sol de l'église, on arrête la musique.Le catéchiste Mes amis (es) Je suis très heureux de vous revoir tous.Vous rappelez-vous dans votre vie d'avoir aidé les autres de quelque façon ?Je me souviens qu'un jour, en l'absence d'un professeur, en classe j'avais demandé à mes compagnons qui commençaient à mener le bal, de mieux agir.Je me souviens qu'une fille, découragée à la suite d'un mauvais examen, a été encouragée par une compagne.Je me rappelle aussi qu'à une partie de hockey, il m'est arrivé d'encourager le gardien de but perdant qui avait été malchanceux.Par la suite, l'équipe avait gagné.Je suis certain que pour vous aussi, c'est facile de retracer des faits comme je viens de vous raconter.Ensemble, en silence, tout en écoutant la musique, nous allons chercher ce dont nous aurions pu avoir eu connaissance et qui a aidé aux autres.Musique (3 minutes).On suggère "Esprit, toi qui guides" de "Gloire au Seigneur".2ième temps : Communication d'une expérience humaine par les catéchisés Vous avez trouvé quelque chose.Vous pouvez me donner une expérience dont vous avez eu connaissance.(On demande aux enfants des faits).Vous voyez mes amis, que dans tous ces cas, il y a eu des bonnes actions posées qui ont rendu les autres meilleurs.Ceux qui ont posé ces actes ont été si vous voulez comme des lumières pour les autres; quelque chose a changé chez les autres, ils leur ont fait du bien.(Un moment de silence).209 3iènie temps : On passe de la vie à la liturgie Chaque année, les chrétiens de l'Eglise célèbrent une fête à l'Esprit-Saint.C'est la Pentecôte.Quand on fête l'Esprit-Saint, on se souvient qu'il a un travail bien spécial vis-à-vis nos âmes, c'est de la rendre plus sainte.Il m'aide également à l'égard des autres à les rendre meilleurs.A tous les chrétiens que nous sommes et qui vivent en présence de l'Esprit-Saint, l'évêque a prié ainsi pour nous le jour de notre confirmation : "Que l'Esprit-Saint habite dans leur coeur et fasse d'eux des maisons de lumière".Ce jour-là, mes amis, nous sommes devenus des lumières.Cette lumière en moi, elle éclaire.Si je m'approche des autres, je les éclaire, je les rends meilleurs normalement.éième temps : Un texte biblique Mes amis, la lumière que je possède, je la transmets aux autres et je ne la garde pas pour moi.Ecoutons ensemble ce que nous dit le Seigneur au sujet de la lumière : Le lecteur: Lecture de Matt.V, 15-16.Pensons bien à ces paroles du Seigneur en donnant la lumière que vous allez recevoir des mains du prêtre.(Ici le prêtre célébrant prend un cierge, l'allume au cierge pascal et le donne au catéchiste qui le donne au premier enfant, qui le passe au second et ainsi de suite jusqu'à ce que chaque enfant aie son cierge allumé).Quand tout le monde a son cierge, on introduit de la musique: "Toi qui guides".5ième temps : Le message catéchétique La lumière que nous portons, loin de la cacher, nous l'élevons très haut et nous sommes fiers.Nous écoutons le Seigneur qui s'adresse encore à nous et nous dit : Le lecteur: Jean VIII, 2."Je suis la lumière".Le catéchiste poursuit: Ne sommes-nous pas heureux de porter la lumière, de penser que la lumière éclaire, qu'elle donne de la joie, qu'elle éclaire notre chemin.Nous possédons en nous la lumière du Christ, lumière qui nous éclaire, que je montre à tous et que je ne crains pas de faire voir à tous pour les rendre meilleurs.Avec la lumière du Seigneur, avec l'Esprit de lumière, nous sommes forts.A la suite du prêtre, à la suite de la lumière, allons ensemble vers le Seigneur.210 fiième temps : La célébration Le célébrant et deux servants viennent rejoindre les enfants.Le célébrant prend le cierge pascal et ouvre la procession.Tous alors suivent, cierges allumés en main, jusqu'à l'église en chantant: "Je m'avancerai jusqu'à l'autel de Dieu".A l'église, le célébrant dépose le cierge pascal devant l'autel.Les garçons pénètrent dans le choeur et se placent en demi-cercle autour de l'autel tandis que les filles se placent sur une ligne droite à l'intérieur de la table de communion.Le célébrant fait lecture du même texte qu'au début (Matt.V, 15-16) et prononce une courte homélie sur la lumière.La lumière éclaire et rayonne: le Christ est lumière.Il faut donner cette lumière, vivre de la lumière.Il leur dit ensuite que leurs cierges seront déposés à l'autel ou dans le choeur.Chaque fois qu'ils ou qu'elles viendront à l'église pour la messe ou pour prier, ils pourront allumer leur cierge.Ils verront ainsi briller leur lumière.C'est ainsi que celui qui porte la lumière témoigne de la lumière.Le meneur ou le célébrant, à défaut de meneur, dirige ensuite l'assemblée pour aller déposer les cierges allumés à l'autel ou sur la planchette disposée dans le choeur.L'un après l'autre, les catéchisés remettent leur cierge au célébrant qui les fixe sur la planchette qui se trouve sur la table de la profession de foi, à gauche de l'autel majeur quand on célèbre face au peuple.Pendant la remise des cierges, on chante : "Envoie tes messagers".Les enfants se retirent deux à deux dans l'allée centrale jusque dehors.7ième temps : Période de réflexion Les enfants retournent dans leur classe respective.Le professeur leur demande d'écrire leurs impressions sur la lumière.Il leur rappelle enfin qu'ils sont des témoins, qu'ils ou qu'elles doivent porter la lumière auprès de leurs compagnons ou de leurs compagnes pendant la semaine.Qu'ils y aillent avec courage et sans peur.DISQUES Messages du Concile 12', 33 tours, Ed.Radio-Marie.Cette réalisation fut possible avec l'autorisation de la Secrétairerie d'Etat du Vatican, et grâce à la collaboration du R.P, Jean Lucas, s.j.de Radio-Vatican.211 L'assemblée constitutive du mouvement mondial des travailleurs chrétiens En mai prochain, se tiendra, à Rome, l'Assemblée Constitutive du Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens.Des délégués d'une quarantaine de pays, représentant environ 70 mouvements, sont attendus à cette Assemblée, he M.T.C.canadien sera représenté pour sa part d'un délégué laïc, M.Jacques Champagne et du Père Laurent Denis; ce dernier déjà membre du comité provisoire.L'ouverture de cette session sera marquée par la célébration du 75e anniversaire de Rorum Novarum et par l'audience du Saint Père.L'assemblée proprement dite débutera le 22 mai, pour se terminer le 29, jour de la Pentecôte.Son travail consistera à étudier et à adopter les statuts du mouvement international.Elle fera également l'élection des membres du Conseil Exécutif qui sera en charge du M.M.T.C.pour les cinq prochaines années.Une place importante est accordée aux rapports continentaux qui doivent fournir une image concrète et saisissante de la situation et des aspirations des travailleurs et par ailleurs de la situation et des orientations dans leur apostolat dans le monde du travail.C'est à partir de cette vision objective et réaliste que les représentants devront jeter les bases définitives du nouveau mouvement international.Pour mieux comprendre la portée de cet événement mondial.on lira avec intérêt les deux documents suivants.N.D.L.R.L'assemblée sera précédée par la célébration du 75ème anniversaire de la première encyclique sociale "Rorum Novarum" du Pape Léon XIII (1891 ).Plus de 20,000 travailleurs d'Europe, entourant les délégués des autres continents.prendront part à la Basilique St Pierre à une concélébration de la sainte messe, présidée par le Pape Paul VI.Une audience solennelle suivra, 212 au cours de laquelle le Pape adressera un message aux travailleurs, qui sera comme un écho puissant du Concile.L'assemblée proprement dite débutera le lundi matin, 23 mai.Elle ne sera pas un congrès nombreux et public, mais une réunion de travail d'une semaine entière, avec une participation relativement restreinte de délégués venant des pays déjà représentés à l'assemblée de 1961 qui avait créé le M.M.T.C., mais sans le constituer.Pays qui sont actuellement concernés par le M.M.T.C.L'énumération qui suit comporte deux catégories: a) les pays ayant un ou plusieurs mouvements, à des degrés divers de développement, mais structurés jusqu'au niveau national; b) les pays où des mouvements sont en voie d'expérimentation et d'organisation au niveau local et régional.Afrique a) Algérie, Cameroun, Congo-Léo, Congo-Brazza, Côte d'Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Maroc, Ile Maurice, Senegal, Tunisie.b) Burundi, Madagascar, Nigerio, Rwanda, Tanzania, Union Sud-Africaine, Zambie.Amérique du Nord a) Canada.b) Etats-Unis.Amérique Centrale et du Sud a) Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Haïti, Colombie, Paraguay, Uruguay.b) Costa-Rica.Equateur, Guartemala, Nicaragua, Pérou, Venezuela.Asie a) Ceylan, Inde.Corée du Sud, Malaisie, Singapour.b) Hong-Kong.Japon, Philippines.Europe a) Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Portugal, Suisse.b ) Danemark, Malte.Océanie a) Australie.La déclaration de 1961 A l'occasion du 70ème anniversaire de la parution de l'encyclique Ro-rum Novarum, célébré à Rome les 14 et 15 mai 1961, par la première rencontre mondiale des travailleurs chrétiens, 260 délégués représentant des mouvements de 42 pays, venus de tous les continents, se sont réunis en as- 213 semblée et ont décidé de créer un Mouvement Mondial de Travailleurs Chrétiens entre les groupes de travailleurs et de travailleuses catholique adultes du monde entier, organisant dans leur pays une action apostolique et sociale au sein des masses populaires.Ce Mouvement Mondial veut unir les mouvements nationaux ou régionaux qui présentent la triple caractéristique de mouvements ouvriers, éducatifs et apostoliques et qui se proposent de mettre en action l'ensemble des travailleurs et de leurs familles en vue de la réalisation de leur destinée spirituelle ainsi que de leur participation à l'effort apostolique et social de l'Eglise dans le monde du travail.Le Mouvement Mondial comme tel s'interdit toute action de caractère syndicale ou politique, mais veut aider les travailleurs à prendre toutes leurs responsabilités professionnelles, familiales, culturelles, et civiques dans les organismes appropriés.Il porte le souci de tous les travailleurs et leurs familles sans distinction de race et de religion.Il accordera une attention particulière aux millions de travailleurs qui n'ont jamais reçu le message du Christ ainsi qu'à ceux qui sont menacés dans leur foi et aux masses les plus démunies dans leurs conditions de vie.Les participants à l'assemblée de 1966 Environ 45 organisations appartenant à 35 pays seront représentés à l'assemblée.Chaque délégation nationale comportera au maximum deux délégués, un homme et une femme.Par cette limitation assez forte on a voulu équilibrer la représentation numérique des divers continents et faire face au problème financier par les ressources des mouvements eux-mêmes.Le budget global de l'assemblée, y compris les frais de voyage, a été divisé en parts égales sur l'ensemble des délégués; de telle manière que la délégation italienne qui est sur place, intervient pour une somme égale à la délégation du pays le plus éloigné.En plus, un fonds de solidarité, alimenté par les pays qui en ont les moyens, intervient pour un des délégués des pays les moins favorisés.Un travail de préparation, assumé par le Comité Exécutif provisoire, par le secrétariat général et par l'ensemble des mouvements concernés, s'est poursuivi intensivement au cours des trois dernières années.Tous les points du programme font l'objet de documents qui seront en main des délégués avant l'assemblée.Le programme de l'assemblée La séance d'ouverture comportera notamment une série d'interventions de militants, qui viendront dire ce qu'attendent de la nouvelle internationale: 214 les travailleurs des pays en développement, les femmes du milieu populaire, les jeunes travailleurs, les militants déjà chevronnés.Une intervention du Cardinal Cardijn clôturera cette séance de mise en route.Les trois premières journées seront consacrées à deux exposés d'orientation et aux rapports des divers continents.S.E.le Cardinal Duval présentera la vision nouvelle apportée par le Concile sur la mission des laïcs dans le monde et dans l'Eglise.Tibor Sulik, dirigeant brésilien, exprimera comment les travailleurs s'apprêtent à répondre à l'appel du Concile.Les rapports des continents préparés par des enquêtes dans les divers pays, indiqueront la situation d'ensemble au point de vue économique, social, politique, culturel, la situation de l'Eglise; en précisant plus directement, sur tous les plans, la situation des travailleurs.La situation et les orientations du mouvement ouvrier seront alors exposées avec ses divers aspects et ses diverses tendances.Viendra enfin la description de l'action et des mouvements qui sont plus directement concernés par le M.M.T.C.Après un jour de détente, trois autres journées seront consacrées à la constitution proprement dite du M.M.T.C.: mise au point et vote des statuts, admission des mouvements membres, élection du Comité Exécutif, élaboration du plan de travail pour 5 ans (jusqu'à la prochaine assemblée statutaire).L'assemblée se terminera le jour de la Pentecôte.Les fructueux contacts personnels, en groupes et en commissions, se prolongeront au cours de visites des dirigeants non européens aux divers pays d'Europe.Ces visites ont été soigneusement préparées.Elles se feront dans un esprit d'échanges fraternels et sans complexes.L'ACTION OUVRIÈRE CHRÉTIENNE INTERNATIONALE Quelques jalons En mai prochain doit se tenir à Rome l'assemblée constitutive du "Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens" (M.M.T.C).Pour saisir la signification de l'événement, il faut remonter un peu dans le passé et marquer les principales étapes qui ont rendu possible celle qui se prépare.Dans la seconde moitié du siècle passé, les pays "en développement" de cette époque (l'Europe et plus tard les Etats-Unis) font aux travailleurs des conditions de vie fort semblables à celles que vivent actuellement les masses populaires dans les pays "en développement" d'aujourd'hui.La prise de con- 215 science sociale des travailleurs est lente et difficile.Progressivement pourtant, la volonté de progrès et de justice sociale, un sentiment croissant de solidarité, donnent naissance aux premières organisations ouvrières: mutualités et surtout syndicats; les coopératives ne commencent que plus tard.Dans certains pays, l'unité ouvrière est heureusement maintenue dans une perspective de "travaillisme"; ailleurs, les oppositions idéologiques sont un élément regrettable de division des forces ouvrières.C'est ainsi que naît le mouvement ouvrier d'inspiration marxiste (socialiste) et le mouvement ouvrier chrétien.Au départ, dans les organisations, tant socialistes que chrétiennes, des intellectuels bourgeois ou des membres du clergé, jouent un grand rôle dans l'orientation, l'animation et la direction du mouvement ouvrier.Le développement de la conscience ouvrière suscite la volonté de confier la direction de ces organisations à d'authentiques travailleurs, démocratiquement désignés par leurs camarades.Le problème de la formation de ces chefs ouvriers apparaît ainsi, en vue de leurs responsabilités nouvelles.Les syndicats sont les premiers à s'orienter dans cette voie; les autres organisations ouvrières suivent progressivement.Plus tard encore, surtout après la guerre 1914-18, la nécessité de l'éducation ouvrière apparaît sur un plan plus large, comme un besoin fondamental de la promotion humaine de l'ensemble des travailleurs.Des institutions, des groupements, des publications apparaissent pour assumer cette tâche qui ne fera que s'amplifier dans l'avenir.Le mouvement ouvrier d'inspiration chrétienne est l'objet d'une triple opposition.Les patrons, évidemment; le mouvement ouvrier socialiste; aussi le milieu chrétien traditionnel.Bien au-delà de l'encyclique Rorum Novarum du Pape Léon XIII (1891), une portion importante de la communauté chrétienne reste incompréhensive et hostile au mouvement ouvrier chrétien, assimilé au socialisme et, depuis, au communisme.Un événement décisif à partir de 1924: la naissance et l'expansion de la J.O.C.(Jeunesse Ouvrière Chrétienne).Le Jocisme refait l'unité dans la vie, en incarnant profondément la vie religieuse, le christianisme, dans la vie réelle et quotidienne.Au-delà des méthodes "scolaires" il apporte une méthode entièrement neuve et adaptée de formation et d'animation de cette vie ainsi "engagée".Le premier chant de la J.O.C.ajoute: "Nous referons chrétiens nos frères." Les jeunes, et plus tard les adultes, vont s'attaquer résolument au "scandale" dont parle Pie XI: l'Eglise qui a perdu la classe ouvrière.Telles sont les étapes principales du mouvement ouvrier d'inspiration chrétienne.* * * 216 Mais le développement accéléré de la vie internationale va donner une dimension nouvelle à l'ensemble du mouvement ouvrier.Les syndicats sont les premiers à en prendre conscience.L'internationale socialiste éclate sous la poussée du communisme.L'internationale chrétienne, la C.I.S.C, conquiert droit de cité et développe son rayonnement dans les divers continents.La J.O.C.développe vigoureusement son action internationale.Dès 1935, la J.O.C.I.est définitivement constituée.Elle vient de tenir à Bangkok (Thailand), un Conseil international comportant des délégués de plus de 100 pays.En 1951, se constitue la Fédération Internationale des Mouvements Ou-Ouvriers Chrétiens (F.I.M.O.C) qui veut grouper l'ensemble des organisations ouvrières chrétiennes qui ne sont pas rattachées à la C.I.S.C.ou à la J.O.C.I.On veut développer la coopération internationale entre tous les efforts sur le plan national.On veut aussi aider au démarrage d'une action et d'institutions adaptées dans les pays où rien n'existe encore.On vise enfin la coopération et la représentation auprès des autres institutions internationales; en particulier celles de la famille de l'O.N.U.Depuis 1955, se tiennent chaque année en Suisse les Conversations Internationales sur les problèmes de l'apostolat en milieu ouvrier.Les dernières années des militants d'autres continents ont participé à ces fructueux échanges d'expériences apostoliques.* * * Un ensemble de circonstances ont amené une recherche commune entre la F.I.M.O.C, la J.O.C.I.et les Conversations Internationales.— La F.I.M.O.C, après 10 ans d'existence, constate que sa conception répond à des critères trop exclusivement européens, qui ne trouvent pas d'écho dans les autres continents.— La J.O.C.I.est vivement préoccupée par l'absence, dans un grand nombre de pays, de mouvements d'adultes qui prolongent valablement son action, mais en l'adaptant à la situation, aux responsabilités et aux aspiration des adultes, hommes et femmes.— Certains mouvements apostoliques, en particulier l'Action Catholique Ouvrière, ne pouvant pas — eu égard à leur nature et à leurs objectifs — s'affilier à la F.I.M.O.C telle qu'elle se trouve constituée.En 1959-60, des contacts entre dirigeants des trois mouvements intéressés et de plus larges consultations, recherchent une solution nouvelle pour l'action ouvrière internationale, en-dehors du plan syndical et politique et de celui de la jeunesse.A l'occasion de la célébration à Rome, les 14 et 15 mai 1961.du 70ème anniversaire de l'encyclique Rorum Novarum, une rencontre mondiale est convoquée à laquelle des délégués d'une quarantaine de pays prennent part.217 A partir de la problématique qui vient d'être évoquée et de la constatation des grandes différences qui existent d'un pays à l'autre, un projet est examiné et discuté.Mais le temps est trop limité et certains problèmes importants ne sont pas assez murs, pour arriver à la constitution définitive du Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens (M.M.T.C), destiné à remplacer la F.I.M.O.C.C'est ainsi que se présente l'étape importante qui doit aboutir, en mai prochain, à la constitution du Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens.VIE DES MOUVEMENTS Le Conseil National de la la J.O.C.et de la J.O.C.F.s'est tenu les 26-27 mars dernier au Séminaire des Sts-Apôtres à Laprairie.Le principal thème du Conseil a consisté en une réflexion doctrinale sur l'évangélisation en milieu jeunes travailleurs.Puis les militants diocésains ont réfléchi sur les valeurs des phénomènes des aînés, de la mixité, de l'adolescence, etc.NOUVELLE PRESIDENTE NATIONALE Le Conseil a procédé à l'élection d'une nouvelle présidente nationale J.O.C.F., Mlle Anne-Marie Blanchet, originaire du diocèse de Ste-Anne de la Pocatière.La nouvelle présidente a été présidente et permanente du mouvement dans son diocèse durant plusieurs années.M.Yves Nantel de St-Jérôme a été nommé trésorier national de la J.O.C.en remplacement de M.Gilles Frenette nommé à Québec.CONGRES NATIONAL A SUDBURY Le prochain Congrès national de la J.O.C.et J.O.C.F.aura lieu les 24-25 et 26 juin prochain à Sudbury en Ontario.Ce sera la première fois que le diocèse de Sault-Ste-Marie sera l'hôte des J.O.C.diocésaines du Canada d'expression française.Ce projet est devenu possible grâce au concours de la Commission du Centenaire de la Confédération qui a octroyé l'argent nécessaire pour la durée de ce Congrès.SESSION SUR LA DOCTRINE SOCL1LE DE L'EGLISE Le département d'action sociale de la C.C.C.en collaboration avec les secrétariats nationaux de la J.O.C.et J.O.C.F., a organisé une semaine de formation sur la doctrine sociale de l'Eglise.Trente-trois militants diocésains et nationaux de la J.O.C.ont participé à cette session qui s'est tenue du 18 au 2 2 avril dernier.Différents spécialistes des questions sociales ont collaboré au succès de cette semaine.Voici les grandes lignes du programme : — Les problèmes sociaux d'aujourd'hui : M.Roméo Maione, du C.T.C.— Le travail — le droit au travail — le socialisme — le marxisme : M.l'abbé Jean-Marie Lafontaine, professeur à l'Université de Montréal.— La destination des biens — la propriété privée — la rémunération au travail — le salaire : M.l'abbé Jean-Guy Hamelin, directeur du département d'action sociale de la C.C.C.— Le syndicalisme : M.le Chanoine Henri Pichette, aumônier général de la C.S.N.— Le militant syndical : M.Bob Dean de la F.T.Q.— Le chrétien engagé et la doctrine sociale de l'Eglise : M.Reginald Grégoire de l'A.C.C.218 NUMERO SPECIAL DU JOURNAL DU M.T.C.Le jouranl "Présence Chrétienne" du mois de mai sera un numéro spécial et cela de deux façons.1) La plus grande partie du journal sera consacrée à un même thème : "La politique" et plus précisément la participation des travailleurs à la vie politique.2) Il sera présenté de manière à intéresser davantage l'ensemble des travailleurs, donc la possibilité d'une plus grande diffusion.Nous croyons qu'un journal comme celui-là est de nature à pouvoir aider vraiment les lecteurs, sur un sujet précis.Ce jouranl présentera la situation des travailleurs face à la politique, il apportera également des réflexions sur les attitudes possibles pour des chrétiens^ de même qu'il suggérera des moyens d'action qui nous aideront à découvrir plus facilement notre propre action.}\Ëatll4rgeo/n-£ï™ïté£ Les plus grands fabricants de chandelles et bougies au Canada SAINT-CONSTANT.105 Est.St-Paul, Cté Laprairie.Que.Tél.: 866-6913 MONTRÉAL PRODUITS CAILLETTE INC.Maskinongé, Que.Tél.: (Région 819) 227-2363 Produits Shell Oil Company.Produits Goodyear Tire & Rubber Company.LA COMPAGNIE DISTRIBUTRICE DU ST-LAURENT, LTÉE Entrepôt, Bureau RIMOUSKI-EST Tél.: 723-7273 LA CONSTRUCTION DAMASE MORIN LTEE ENTREPRENEUR GENERAL Spécialité : 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