Le parler français, 1 avril 1918, Revues et journaux
REVUES ET JOURNAUX La pensée française Dans la Revue des Deux Mondes du 1er février dernier, M.Georges Goyau rappelle “ ce que le monde catholique doit à la France Il cite au début de cette étude le mot de Joseph de Maistre : “ La vérité a besoin de la France ”, et il explique que la France dont la vérité, c’est-à-dire le catholicisme a besoin, c’est moins l’État français, ou l’épée française, que l’âme française.Il fait voir quel concours la pensée de la France a prêté à la doctrine catholique, et quel concours aussi l'âme même de la France a donné, par l'apostolat, à la vie catholique.Cet article très documenté est une page des plus instructives de l’histoire de l'Église et de l'histoire de notre ancienne mère patrie.C’est une page opportune à une heure où tant d’admirations qui vont trop volontiers aux succès ou à la puissance du militarisme allemand se montrent trop oublieuses du rôle historique de la France dans l’Église.Les pages où s’inscrivent l’apostolat français à travers le monde, la diffusion du christianisme par le missionnaire de langue française sont à coup sûr les plus belles qui soient dans les annales du christianisme.M.Goyau y a particulièrement insisté, après avoir esquissé les larges mouvements de la théologie, de l’ascétisme, de l'art français.Les ombres inévitables qui s’estompent sur tous les grands développements historiques n’empêchent pas la gloire de la pensée et de l’apostolat de la France chrétienne d’éclater en une belle et irrésistible lumière.M.Goyau, qui eonnait ces ombres aussi bien que 379 380 LE PARLER FRANÇAIS les lumières de 1 histoire, parle avec raison, en terminant, de ce qu’il appelle les ‘ miracles de notre esprit religieux U finit par ce mot qui est un sage conseil : “ Faisons crédit à notre extraordinaire nation , et puisque d’après lui (Joseph de Maistre) nous pouvons tout attendre, attendons.” * * * L’apostolat intellectuel C'est une des formes les plus pratiques de l’apostolat de la h rance que M.Georges Goyau célébrait dans la Revue hebdomadaire du 2 février dernier, au lendemain de son article de la Revue des Deux Mondes, quand il y racontait l’œuvre admirable de la Société bibliographique.Les cinquante années que vient de vivre cette Société (1868-1918), sont véritablement un demi siècle d’apostolat intellectuel et populaire.Cette Société est née de la rencontre de quelques savants et de quelques écrivains français qui voulurent utiliser au profit de la pensée catholique les ressources et l’influence de la scjiencte moderne.C était à la fin du second empire, à une époque où le positivisme était en faveur et répandait l'irréligion, à une époque où le Grand Dictionnaire de Pierre Larousse, “ fruit d’un immense et sommaire labeur ”, devenait comme “ une somme de l’incroyance ”.“ La né- gation laïque allait, pour de longues années, s’abriter dans cette bâtisse colossale échafaudée par un cferveau primaire Pour combattre cette œuvre de négation, et aussi pour neutraliser l’influence exercée par YHistoire de France, de Henri Martin, qui était plutôt antipathique au catholicisme et à l’Église, des hommes de foi, de science et d’œuvres, anciens élèves de l’École des Chartes, fondèrent d’abord en 1866, grâce à l’initiative du marquis du Fresne de Beaucourt, la Revue des Questions historiques.Là Revue devint un foyer d’action catholique intellectuelle, où se réunirent, autour du marquis de Beaucourt, des hommes comme Char-les-Jean-Melchior de VogUé, le comte Iliant, Léon Gautier, Anatole de Barthélemy, Henri de l’Epinois, Récamier, le Père Picard, Félix de Roquefeuil, tous spécialistes en histoire, en sciences ou en apostolat.Le 6 février 1868, ces catholiques fondèrent la Société bibliographique, avec son organe essentiel le Polybiblion.Cette revue bibliographique, avec partie littéraire et partie technique, “ rendait compte des principales publications nouvelles en opposant éventuellement, à certaines négations qui s’y pouvaient rencontrer, les affirmations religieuses opportunes ”. REVUES ET JOURNAUX 381 L’autorité des directeurs et des fondateurs assura le succès de l'entreprise.La Société bibliographique détermina des efforts qui produisirent d’excellents résultats.Son coup d’essai fut l’établissement du Répertoire des sources historiques du moyen âge, commencé en 1870, et auquel se dévoua l’abbé Ulysse Chevalier, aujourd’hui membre de l’Académie des Inscriptions.D’autres travaux d’érudition suivirent, qui ont continué de mettre en lumière la pensée catholique de la France.La Société organisa en 1878, 1889, 1898, des congrès bibliographiques internationaux, où l’on dressait de dix ans en dix ans le bilan du progrès scientifique dans tous les domaines.D'autre part, des congrès locaux à Caen (1890), Lyon (1891) Bésançon (1892), au Mans (1893), à Montpellier (1895), à Nancy (1896), à Poitiers (1900) décentralisèrent l’œuvre, et allumèrent en province de nouveaux foyers d’apostolat.Par des tracts publiés en temps opportun, la Société combattit efficacement certains mouvements antireligieux ; en 1878, à l’occasion du centenaire de Voltaire, elle contribua à discréditer l’œuvre fragile du philosophe.En 1879, la Société prit effectivement le nom de Société bibliographique et des publications populaires.Il valait donc la peine, pendant la guerre qui oblige à laisser dans l'ombre tant d’anniversaires heureux, de commémorer le cinquantenaire de cette œuvre de pensée catholique et française.* * * L’Université Laval à Paris Le 15 février dernier, l’Association des Amis de l’Institut catholique de Paris tenait son assemblée annuelle dans les salles de l’Institut.On eut la délicate pensée d’offrir la présidence d’honneur de cette réunion au commissaire général du Canada à Paris, M.Philippe Roy.Voici comment le Bulletin de l’Institut catholique de Paris rend compte de cette assemblée.“ Après l’exposé de la situation financière de l’Association, lu par M.Fichet, trésorier, M.Philippe Roy prend la parole et, dans une conférence très applaudie, traite la question de VEnseignement supérieur catholique français au Canada, Il donne tout d’abord des statistiques impressionnantes sur l’enseignement catholique, qui compte, dans.la seule province de Québec, 300,000 élèves ; puis venant à l’enseignement supérieur proprement dit, il montre le fonctionnement de l’Université Laval de Québec qui compte 326 profes- 382 LE PARLER FRANÇAIS seurs et 2,400 élèves.C’est à l’enseignement catholique français qu il attribue cette admirable générosité des Canadiens français qui, non contents d envoyer à la mère-patrie des secours innombrables en argent et en nature pour les populations des régions dévastées par 1 ennemi, sont venus en si grand nombre combattre et mourir pour la h rance ; et aux applaudissements émus de l’assistance, M.Roy lit une admirable lettre d’une jeune fijlle canadienne-française qui, apprenant que son frère est tombé sur la terre de France, demande pour lui des prières et offre à Dieu son sacrifice pour la mère-patrie.En terminant, M.Roy, d’un ton énergique, déclare qu’il est résolu à fonder un collège canadien à Paris pour les étudiants qui viendront suivre les cours des Universités françaises et où se rencontreront les Français des deux rives de l’Océan et rend hommage au patriotisme éclairé de l’Institut catholique de Paris et de son recteur.Quand les chaleureux applaudissements de l’assistance eurent cessé, Mgr Baudrillart se leva à son tour et remercia le conférencier du grand honneur fait par sa présence à notre Institut.Il lui exprima la reconnaissance de tous les Français pour l’amour si délicat, si généreux qu’il porte à la France et lut à l’auditoire la lettre émouvante écrite par M.Roy, en 1915, à ses compatriotes, après une visite du front français, pour les exhorter à se montrer très généreux envers la France meurtrie et ravagée.Il termina par le vœu que les Français et les Canadiens, après avoir versé ensemble leur sang pour la même cause sacrée, soient de plus en plus unis et travaillent ensemble avec ardeur après la guerre, pour maintenir le bloc occidental en face du bloc de l’Europe centrale et le bloc de la doctrine catholique en face du bloc socialiste.” L'Opinion Wallone, dans son numéro du 17 janvier dernier donnait en exemple à ses lecteurs la lutte que nous soutenons ici pour le maintien de la langue française.Elle propose cet exemple à ceux qui dans la Belgique française luttent aussi pour leur parler maternel.Elle signale plus particulièrement l’œuvre de la Société du Parler français, et de sa revue Le Parler français.La Vie nouvelle, est une revue qui vient de naître à Montréal, et qui est un prolongement de l’œuvre des retraites fermées que dirige avec tant d’activité apostolique le R.P.Papin Archambault. REVUES ET JOURNAUX 383 Le premier numéro de la revue contient des articles variés et intéressants : la vie paroissiale par M.1 abbe Philippe Perrier, la sainte Quarantaine par le R.P.Recompte, Question sociale et vie catholique par M.Eugène Duthoit, une Œuvre de réconciliation et de salut (les conférences de Saint-Vincent de Paul) par M.Guy \ anier, et une chronique des retraites fermées.Nous souhaitons à Vie nouvelle le meilleur succès.C.R.LES MOTS DE LA GUERRE La grande guerre â donné occasion à des mots nouveaux de naître et de se faire accréditer.En voici deux que signale le Larousse mensuel du mois de mars dernier.Défaitisme, n.m.Opinion et politique de ceux qui jugent la défaite inévitable, ou qui l’estiment moins onéreuse que la continuation de la guerre.La guerre actuelle est une guerre totale, où le défaitisme —comme dit Henry Bérenger, créateur du mot est l’arme la plus dangereuse des Allemands.(Léon Daudet).Défaitiste, adj.et n.Qui a rapport au défaitisme : La démagogie défaitiste a fourmillé sur le cadavre du tsarisme en decomposition.(H.Bérenger.) Tous les vrais Français ont la même haine des traîtres et des défaitistes.(H.Bérenger.)
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