Le parler français, 1 mai 1918, Revues et journaux
REVUES ET JOURNAUX La Pensée française Dans le Revue des Deux Mondes, du 1er mars dernier, M.Victor Giraud publie une intéressante étude sur le travail, l’évolution et la conversion de la pensée française entre les deux guerres, de 1870 à 1914.Ce demi-siècle de pensée française montre bien tous les progrès consolants de la pensée spiritualiste et religieuse depuis YHis-tmre de la Littérature anglaise de Taine, la Vie de Jésus de Renan, jusque Aux écoutes de la France qui vient, par M.Gaston Riou, A quoi revent les jeunes gens, par Al.Henriot, et Les Jeunes gens d'aujourd'hui, par Agathon.V 1 impassibilité déprimante du positivisme, aux jeux puérils et fantaisistes du dilettantisme, ont succédé le goût de l'action, la foi patriotique, les préoccupations d ordre moral, une renaissance catholique qui permet les plus heureux espoirs.Al.A ictor Giraud termine son article par ces paroles qui opposent à 1 Allemagne scientiste la France spiritualiste : En face de cette Allemagne grossièrement matérialiste et qui confond les grandeurs de la chair ” avec la grandeur morale, la guerre a dressé une France toute nouvelle, qui a retrouvé sa vraie tradition philosophique et religieuse et qui a puisé dans sa foi ardemment spiritualiste la force de se sacrifier pour les grandes causes idéales.Droit, justice, humanité, pitié, charité, respect de la parole donnée, la France n a pas cru qu aucun de ces vieux mots, dont on se moque outre-Rhin, ait rien perdu de son sens sacré ; elle n'a pas cru qu aucune découverte scientifique , qu aucune théorie métaphysique ait le pourvoir d'abolir 420 REVUES ET JOURNAUX 421 les réalités morales qu'ils recouvrent.Et elle a parié contre la matière pour l'esprit, — et pour la justice ”.Joffre à l’Académie Le vainqueur de la Marne va s’asseoir sous la Coupole.L’Académie française lui a ouvert, aux applaudissements de la France, ses portes.Il est le septième maréchal qui prendra place officielle parmi les gens de lettres.M.Henry Bidou, écrit à ce propos dans la Revue des Deux Mondes du 1er mars dernier : “ Son élection avait été prophétisée par Renan le jour où celui-ci, recevant M.de Lesseps, avait promis un accueil triomphal au général qui aurait rappelé la victoire.Le sentiment de Renan n’a pas cessé d'être celui de VAcadémie.On a voulu que la première élection, après trois ans, fût toute nationale, que les questions de partis n’eussent aucune raison d'y paraître, que cette élection fut unanime ; et qu enfin elle fût un hommage à l'armée qui venait de sauver à la fois le sol et l’esprit français ”.Joffre n’est pas un écrivain ou un littérateur.C’est un militaire.On assure qu’à l’Ecole polytechnique ses moins bonnes notes étaient celles de français.Cependant, outre qu’il a raconté en un style qui est un modèle de clarté, une campagne qu’il fit en Afrique en 1894, et qu’il a prononcé deux discours, l’un en 1913, à la Société des Anciens élèves de l’École polytechnique, l’autre à la Chambre, dans la discusion de la loi de trois ans du service militaire, il a écrit “ deux pages immortelles, et que les plus grands écrivains seraient probablement incapables d’écrire, deux pages que tous les Français savent par cœur, et qui seront répétées d’âge en âge L’une est l’ordre du jour du six septembre 1914 : “ Au moment ou s’engage une bataille d'où dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi.Une troupe qui ne pourra plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer.Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée ”.Et M.Henry Bidou a raison d’ajouter à propos de ce texte: “ Cela est ferme et beau comme un discours antique.Cette beauté vient de la pensée nue ; cette fermeté vient de la pensée claire.L ordre est exactement égal aux circonstances pour lesquelles il a été fait et qui sont parmi les plus solennelles de l’histoire du monde.Le tour n’est pas différent des discours précédents ; mais l’exactitude, dans ces jours-là, est allée au sublime 422 LE PARLER FRANÇAIS L autre page sublime écrite par Joffre est la célèbre dépêche du 12 septembre, où il annonce la victoire incontestable.Elle se termine par ces mots napoléoniens : Tous, officiers, sous-officiers et soldais, avez répondu à mon appel.Tous, avez bien mérité de la patrie Les ordres du jour de Joffre sont faits pour le marbre et pour 1 histoire.Leur auteur méritait de prendre rang parmi les immortels.La petite patrie A propos du volume posthume des Contemporains de Jules Lemaître, que 1 on vient de publier, M.André Beaunier étudie, dans la Revue des Deux Mondes, du 1er mars, l’œuvre du critique.Il rappelle et cite entre autres pages écrites autrefois par le patriote que fut toujours Jules Lemaître, celle où il célébrait sa petite patrie de 1 Orléanais.Cette page très douce invite le lecteur à aimer son lieu natal, sa province, et son clocher.Quand j embrasse, de quelque courbe de la rive, la Loire étalée et bleue comme un lac, avec ses prairies, ses peupliers, ses îlots blonds, ses touffes d’osier bleuâtres, son ciel léger, la douceur épandue dans 1 air et, non loin, dans ce pays aimé de nos anciens rois, quelque château ciselé comme un bijou qui me rappelle l’an-cience Prance, ce qu’elle a fait et ce qu'elle a été dans le monde ; alors, je me sens pris d'une infinie tendresse pour cette terre maternelle où j ai partout des racines si délicates et si fortes.Je songe que la patrie, c est tout ce qui m’a fait ce que je suis ; ce sont mes parents, mes amis d’à présent et tous mes amis possibles ; c’est la campagne où je rêve, le boulevard où je cause ; ce sont les artistes que j aime, les beaux livres que j’ai lus.La patrie, je ne me conçois pas sans elle : la patrie, c’est moi-même au complet.Et je suis alors patriote à la façon de l’Athénien, qui n'aimait que sa ville et qui ne voulait pas qu on y touchât, parce que la vie de la cité se confondait pour lui avec la sienne.L’épopée française La guerre actuelle est la plus vaste épopée dont le monde fut jamais témoin.Les héros les plus illustres et les plus sympathiques sont à cou]) sûr les merveilleux soldats de la France.Ils ont accompli des gestes sans pareils.Mgr Tissier, évêque de Châlons, dans une lettre -pastorale sur Youbli national de Dieu, montre comment REVUES ET JOURNAUX 423 Dieu, malgré l'oubli national de la f rance, a miséricordieusement soutenu l’héroïsme de ses soldats, comment “ des faits prodigieux se sont partout dressés contre l’ennemi “ Rappeliez-vous nos alliances inespérées des premières heures, .l’élan splendide de la mobilisation, le spectacle magnifique de l’union sacrée, les jours immortels de la Marne, la course géante à la mer, la défense de l’Argonne, l’assaut de la Champagne, l’épopée de Verdun, la victoire de la Somme, la prise du Chemin-des-Dames.Jamais histoire humaine a-t-elle porté tant d inexplicables héroïs-mes ?.Nous empruntons cette citation à la Revue pratique d Apologétique, du 15 mars dernier.De telles paroles, et surtout de telles actions providentielles s’insèrent d’elles-mêmes dans 1 histoire de 1 apologétique contemporaine.Propagande française Le Comité Michelet, transformé en Alliance universitaire française, s’occupe de propager en France le culte de fidélité qu il y faut entretenir pour l’armée, pour la cause qu elle défend, pour les certitudes de la victoire.Ce comité lutte avec une louable énergie contre le défaitisme qui tend à déprimer partout trop de sympathies nécessaires.Son Bulletin mensuel nous a apporté le compte rendu d une séance solennelle qui eut lieu au grand amphithéâtre de la Sorbonne, et où l’on s’appliqua à combattre l'impérialisme intellectuel de l’Allemagne, et à fortifier dans la conscience de son droit et de ses légitimes ambitions l’âme française.Au cours de cette séance.Madame Madeleine Roeh, de la ( o-médie-Française a lu un poème éloquent de notre ami et collaborateur M.Gustave Zidler.Ce poème est intitulé le serment.Il contient l’affirmation énergique de la France qui veut la paix, mais une paix qui la délivre des injustices et des cruautés de 1 impérialisme germain, qui la délivre aussi de l’esprit allemand.0 Morts, nous le jurons devant vous, sur les hampes De nos drapeaux de gloire en leurs loques si beaux, Nous ne conduirons plus nos fils qu'aux sources pures De tout ce qui pense français 1 Comme par vos vertus, chers Morts, de tous ravages Vous avez protégé nos champs et nos maisons, 424 LE PARLER FRANÇAIS Nous sauverons vos fils des dégradants servages, Nous soustrairons leur âme aux perfides poisons.Nous leur ferons aimer le bel Honneur de France, Ces gentillesses si simples du cœur natal, Cette sincérité qui prend la transparence D'un vin clair dans un clair cristal .Une nouvelle revue vient de paraître en France, qui a pour but principal de renseigner exactement ses lecteurs sur la vie religieuse du monde.Elle s’intitule Les Nouvelles Religieuses, et sous les rubriques : Rome, France, Hors de France, Pays de missions, elle groupe les documents et les faits concernant le catholicisme.Cette documentation est précédée d'un article éditorial de haute valeur qui couvre la première page.Depuis longtemps on regrettait de constater comme les sources d information mondiale sont contaminées par des organisations de presse hostiles à l’Église, qui faussent l’opinion.C’est pour remédier à ce mal que l’on a fondé ce bulletin nouveau qui est hebdomadaire.Les Nouvelles religieuses sont publiées sous le patronage d’un comité composé de M.René Bazin, de l’Académie française, du chanoine Soulanges-Bodin, curé de Saint-Honoré d’Eylau, du R.P.Janvier, conférencier de Notre-Dame et du R.P.de Grandmaison, directeur des Études.La revue vient faire “ œuvre de concorde et de clarté, œuvre constructive aussi ”, La Libre Parole (29 mars 1918), de Paris dit à propos du voyage de M.François Veuillot au Canada : “ C’est vraiment un voyage triomphal qu’accomplit au Canada notre cher directeur, M.François Veuillot, “ le pèlerin de la France renaissante, héroïque et grande ”, comme l’appelle le Droit, journal d’Ottawa.“Nous avons sous les yeux toute une série de coupures de journaux canadiens, ils attestent que tous les milieux ont été conquis par la parole catholique et française du représentant du Comité catholique de Propagande française à VEtranger." M.Veuillot aura, en effet, servi chez nous avec un zèle inépuisable et toute l’autorité respectée de son nom et de ses œuvres la cause de la France héroïque et grande.C.R.
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