Bulletin du parler français au Canada, 1 mars 1904, mars
MARS 1904 N °7 /J i L________J Vol.Il BULLETIN DU SO M M AIRE Pages 193—L’abbé H.-R.Casgrain.Le Comité du Bulletin 195—Notes et Observations : Moucle, esponton, fligue, fjaton, etc.L'abbé H.-R.Casgrain.197—Notes et Observations : Les Bas, la Traînée, la Commune, le L’abbé V.-P.Jutras Temps des bandons.et Adjutor Rivard.201—L’appauvrissement de la syntaxe.C.-D.203—L’agglutination de l’article dans notre parler populaire.Adjutor Rivard.207—La Poésie en province—Achille Millien.A.R.-L.210-Lexique canadien-français (suite).Le Comité du Bulletin.214—Petites leçons.217—Glanures.222—Sarclures.Le Sarcleur.224—L’anglicisme, voilà l’ennemi ! 224—Bulletin de la librairie.r RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITE LAVAL QUÉBEC Jüditeur-dépositaire, à Paris: H.CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d’après MM.Gilliéron et l’abbé Rousselot Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u.b, d, n, f, j, k, I, ni, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu’en français.g = g dur (gateau); s = s dure (sa); œ eu français (heureux); w = ou semi-voyelle (oui); y = i semi-voyelle (pied); lù = u semi-voyelle (huile); è e féminin (je); h marque l’aspiration sonore.Lettres nouvelles.ïj — ou français (coucou); c = ch français (chez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée: / (son voisin de l + y, l mouillée italienne), k (son voisin de k y), g (son voisin de g + y), n (gn français de agneau).— Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents: t, d, (sons voisins de / + .s, d + z: c'est le / et le d sifflants canadiens de: ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : a (a de patte), e (e de péril), o (o de botte), œ (eu de jeune).—Les voyelles marquées d’un accent aigu sont fermées : à (a de pute), é (e de chanté), 6 (o de pot), ce (eu de eux).—Les voyelles marquées d’nn accent grave sont ouvertes : à (a de il part), é (e de père), ô (o de encore), œ (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales: à (an de sans), ê (in de vin), ô (on de pont), ce (un de lundi).—Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves; a', i', etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d’un accent, elles sont toniques : a, ï, etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô[o] = o demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation tigurée ; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son. Vol II, N» 7—Mars 1904 L’ABBÉ H.-B.CASGBAIN Le Bulletin de février était sous presse quand nous reçûmes le manuscrit îles Notes et Observations sur le parler de la Rivière-Ouelle, que nous publions aujourd’hui.Quelques jours après, nous apprenions la mort de l'abbé II.-R.Casgrain.L’abbé Casgrain était l’un des représentants les plus considérables de notre littérature.On a de lui : un volume de vers, les Miettes, dont il fit paraître une édition intime ; les Légendes canadiennes, où il inaugura, pour l’inspiration du moins, un genre qui, s’il était cultivé, pourrait nous créer une autonomie littéraire ; des Biographies canadiennes ; VHistoire de l Hôtel-Dien de Québec ; Y Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, qui a été traduite en allemand ; Les Sulpiciens et les prêtres des Missions étrangères en Acadie ; des Mémoires sur les missions de la Nouvelle-Ecosse, du Cap-Breton et de Vile du Prince-Edouard ; Y Histoire du Bon-Pasteur de Québec ; Montcalm et Lévis ; Une seconde Acadie : et Un Pèlerinage au pays d'Evangèline, ouvrage couronné par l’Académie française.De nombreux articles publiés dans nos journaux et nos revues, quelques études d’archéologie complètent l’œuvre connu de l’abbé Casgrain.Mais nous croyons savoir qu’il laisse des manuscrits précieux, diverses monographies, un roman de mœurs canadiennes, plusieurs volumes de Mémoires.Les archives canadiennes-françaises lui doivent la publication de l’importante Collection des Manuscrits du Maréchal de Lévis.L’auteur des Miettes et des Légendes canadiennes était un écrivain raciné au terroir par l’inspiration, mais romantique par la forme, et d’une manière où l’originalité du coloris, la richesse du verbe faisaient oublier quelque recherche d’éclat et de sonorité ; un poète, dont l'imagination brillante, hardie même, s’essorait mieux dans la prose que dans les vers, poète épris de merveilleux, et qui glissait parfois, avec une légèreté charmante, de la légende vers le roman. Bulletin du Parler français 194 Mais c'est à l'histoire surtout que le nom de l’abbé Casgrain reste attaché.11 ne nous appartient pas de juger ici son œuvre historique.Mais, la critique le dira sans doute, l’auteur de Montcalm et Unis fut un historien sérieux, qui n’épargna ni temps, ni fatigues, ni dépenses, pour se bien renseigner sur la période de notre histoire (1753-1763) qu’il avait tout particulièrement entrepris d’étudier.A-t-il mis une ardeur trop grande à défendre Acadiens et Canadiens ?Lui est-il arrivé parfois de passer sous silence certains détails qui se seraient prêtés à une interprétation malveillante?.Ceux qui ont connu le fervent patriote qu’était l’abbé Casgrain ne s’en étonneraient point.Historien, s’il jette çà et là dans le récit quelques couleurs un peu vives, si son imagination ne se tient pas toujours de prêter aux personnages des attitudes héroïques, l’abbé Casgrain sait aussi donner à son style une éloquente simplicité, une sobriété qui n’exclut pas l’élégance ; il aime à chercher dans les faits ce qu’on pourrait appeler la poésie de l'histoire, mais il a soin, avant tout, d’en dégager la philosophie et d’apprécier les hommes et les œuvres à la lumière d’une critique généralement sûre.L’auteur du Pèlerinage an pays d’Evangeline était un érudit littéraire, et qui rendait l’érudition séduisante par le charme de son esprit, resté remarquablement jeune.Rien ne le laissait indifférent de ce qui touchait à la littérature et à la langue française au Canada.Nous ne saurions oublier que l’abbé Casgrain fut l'un des plus chauds partisans, un apôtre de la première heure de la Société du Parler français.Il eut, toute sa vie, l’amour du parler ancestral, le respect des vieilles coutumes, le culte du mol franco-canadien.Quand naquit notre œuvre, il s’y intéressa vivement et depuis lors ne cessa de faire des vœux pour son extension.Presque aveugle, il se faisait lire le Bulletin, et même, réveillant ses souvenirs, il y collaborait.Le nom de ce prêtre distingué est de ceux qui ne se perdront point.Ses travaux de littérateur et d’historien vivront, et longtemps aussi ses bonnes œuvres rediront le mérite de cet homme de bien, l’ardente charité de son cœur et la sainteté de sa vie. NOTES ET OBSERVATIONS MOÜCLE—ESPONTOK—FLI3UE—GATON Quelques mots recueillis dans le comté de Kamouraska, particulièrement à la Rivière-Ouelle.Monde, espèce de coquillage blanc qui se trouve en abondance au bord du fleuve, en bas de Québec.Les mondes sont assez bonnes à manger quand elles ont été cuites sur un feu vif.Ce mot n’est ni dans Bescherelle ni dans Hatzfeld, mais je lis dans Littré: ((Monde, mot employé en Bretagne et dans le midi de la France pour désigner la moule commune.» N’avez-vous jamais été à la pèche aux inondes?("est un genre de sport assez original.J’y suis allé, durant mes études au collège de Sainte-Anne.Nous avions pour premier maître de salle M.l’abbé Epiphane Lapointe, un enfant de l'Ile-aux-Coudres, qui avait maintes fois lait cette pèche durant son enlanee.Un jour de congé de la fin d’avril, il nous dit: «Y en a-t-il quelques-uns parmi vous qui veuillent m'accompagner à la pèche aux mondes?Le temps est propice; la mer sera basse vers deux heures, et toute la batture de l’anse sera découverte.Toutefois, je n’amènerai que ceux qui ont de grandes bottes montant jusqu’aux genoux, car il y a beaucoup de vase en certains endroits de la grève.» A l’heure (ixée, nous étions une quinzaine prêts à nous mettre en marche.Chacun de nous était muni d’un petit bâton terminé en spatule pour ramasser les mondes.Celles-ci se cachent dans le sol à six ou sept pouces de profondeur.On reconnaît leur présence à un petit trou de la grosseur d’un manche de pipe, qui reste rempli d’eau.Comment ces petits mollusques parviennent-ils à se faire des nids en terre, sans laisser d’autre trace de leur passage que cette ouverture, bien moins grosse que leur corps qui atteint jusqu’à un pouce et demi de long et qui est souvent plus gros qu’un œuf de pigeon ou de corneille?Je laisse à d’autres le soin d’expliquer ce phénomène. Bulletin du Parler français 1% Il faut être très vil’ pour enfoncer la spatule et pour sortir la monde avec une partie de la terre qui la recouvre.Autrement, elle disparaît et il est impossible de la retrouver.Expliquez cela, si vous le pouvez.Dites aussi pourquoi les moucles qu’on voit à nu sur la batture sont d’un goût moins délicat, paraît-il, que celles qui se cachent.En entrant au collège, nous avions plein un panier de mondes, qui furent cuites et mangées sur le champ.A l'époque de la [lèche aux marsouins, à la Rivière-Ouelle, un des plus agréables passe-temps des pêcheurs est de ramasser des mondes, de les jeter sur le poêle tout chaud, de les regarder s’ouvrir à mesure qu’elles cuisent, et de les croquer ensuite à belles dents.Cette pêche aux marsouins me rappelle une expression étrange, ([ue je n’ai entendu prononcer que là, et qui n’a rien de commun avec le français.Oniskoni est un mot sauvage, micmac ou mon-tagnais, qui désigne l’estomac du marsouin, dont on se servait jadis en guise d’outre pour contenir l’huile extraite de la graisse du marsouin.Ksponton, espèce de lance avec laquelle on tue le marsouin pris dans la pèche.L’esponton était une arme qui servait dans l’infanterie au seizième siècle.Fliqne, corruption, paraît-il, du mot anglais flake, flocon.Au temps de la pèche aux marsouins, les pauvres du voisinage viennent demander leur part d’aumône, qui ne leur est jamais refusée.On donne à chacun d’eux une flique, c’est-à-dire un morceau de graisse qu’il emporte pour le faire fondre et en tirer l’huile qui sert à divers usages, même à la table.Qui n’a pas entendu parler, dans ce coin du pays, des croquignoles et des tracas fendus, cuits à l’huile de marsouin?O n’est pas un mets recherché, mais je connais des hommes de goût qui ne dédaignent pas d’en manger.Le mot qui suit n’a aucun rapport avec les termes de pêcherie précédents, mais il est bien de la localité.Gaton, petit bâton qui sert à retenir les menoires d’une traîne ou d’un traîneau.La traverse des menoires est munie de deux bouts de chaîne à gros anneaux dont le dernier est passé à travers une mortaise pratiquée dans la foncure de la traîne à douze ou quinze pouces de l’avant.Le gaton est passé dans les deux anneaux et assujettit par ce moyen les menoires à la traîne.Le mot gaton Notes et Observations 107 ne se trouve ni dans Bescherelle, ni dans Hatzfeld: mais Litlré le mentionne.Ce mot est d’un usage journalier dans le comté de Kamouraska.On dit bâton de chitine dans les environs de Québec.(raton est un terme de marine, comme, au reste, tant d’autres expressions qui l'ont partie de notre langage populaire.On remarquera que j’ai souligné plus haut le mot fonçure, qui est constamment e ' ivé ici.Je le croyais français, mais, à ma grande surprise, je ne l’ai trouvé ni dans Littré, ni dans Bescherelle, ni dans Hatzfeld.Ce doit être un vieux mot venu de France.H.-R.Casgrain, p"'c.Québec, février 1904 LE,S BAS—LA TRAÎNÉE—LA COMMUNE LE TEMPS DES BANDONS Dans les comtés d’Yamaska et de Richelieu, on appelle les Bas une large bande de terrain d’alluvion qui s’étend le long du lac Saint-Pierre.A la Baie-du-Febvre, les Bas ont à peu près trois lieues de long et une largeur moyenne d’une lieue.Les eaux du Saint-Laurent submergent tout ce terrain au temps de la débâcle et y déposent un sédiment qui en entretient l’extrême fertilité.Mais comme, à partir de la côte, où s’arrête l’inondation, le sol va toujours en baissant jusqu’au lit ordinaire du lac, et que par suite de cette déclivité le séjour des eaux se fait plus long dans une partie que dans l’autre, on a séparé les Bas dans le sens de leur longueur par une clôture, à une distance de la côte variant de dix-huit à trente arpents.Ce vaste platin (plaine) se trouve ainsi divisé en deux parties, l’une plus élevée que l’autre.La première est de beaucoup plus importante, à cause du foin naturel cpii y vient en abondance, et aussi par la culture 36 198 Bulletin du Parler français qu’on peut y faire du mil, du trèfle, des céréales et même des racines, dans les endroits les plus élevés, comme aux approches du Saint-François, où les alluvions ont été plus considérables par l'action combinée des eaux de ce fleuve et de celles du lac.Elle est morcelée en un grand nombre de lopins, possédés par différents propriétaires.Ces fragments étroits- la plupart n’ont qu’un demi-arpent de large — sont contigus dans leur longueur, séparés les uns des autres par un fossé peu profond et s’étendent de la côte à la clôture de séparation, — au trècarré (trait-carré), comme on désigne habituellement cette limite, ou encore, au travers.Ce mot désigne aussi la clôture même qui couvre le trècarré.L’habitant, propriétaire d’une prairie dans les Bas, est tenu de défaire son travers à l’automne, de le refaire au printemps, et d’en fournir les matériaux.Le foin des Bas est d’une espèce particulière aux terres souvent inondées ; on l’appelle, ici, traînée.C’est une plante indigène que le sol produit de lui-même, une graminée qui croît à la manière des légumineuses, en se traînant sur la terre.Sa tige menue s’avance en légers zigzags et fait nœud à chaque écart, d’où sortent de petites feuilles longues, étroites et tombantes.La traînée pousse très dense ; les tiges les unes sur les autres s’enlacent par leurs feuilles et couvrent la prairie comme d’une fourrure épaisse.Elle ne vient pas toujours seide cependant ; ce riche sol des Bas produit encore une foule de plantes diverses qui s’y mêlent.Les unes sont fourragères, comme les pois-sauvages ou le jar-geau, \’herbe-à-liens, la prèle, le trèfle-cl’eau, la pivoine, le foin-à-chapeau (sain-foin), la rouche, et un autre gros foin plat, le foin-bleu, qu’il ne faut pas confondre avec la rouche bien qu'il ne paraisse en différer que par sa couleur plutôt bleue que verte.Les autres nuisent à la récolte, qu’elles gâtent et rendent parfois pénible à faire.Ce sont les creuve-z-yeux, les grattaux, les cornes, la rapace, les toques (bardane), les scies (ortie), le tabac-du-diable, Vargentille, Yherbe-ci-chats, la moutarde, etc.Il va aussi des plantes à suc vénéneux, comme Varbarapuce ou herbe à la puce, l’ellébore, la carotte-à-moreau (ciguë).En revanche, on y trouve en quantité des plantes médicinales, la belle-angélique, Yanis-sauvage, la patience, Yherbe-forte, la raisinée, la sanguinaire Notes et Observations 11)') ou le sangdragon, la verge d'or, etc.; des plantes alimentaires, comme \es*apanacs (topinambours), dont les tubercules remplacent les patates chez les sauvages et les pauvres gens, les gueules-noires (myrtilles), les pimbinas, les atacas qui font, comme l'on sait, d’excellentes confitures.La partie inférieure des Bas est connue sous le nom de Commune.Elle touche immédiatement aux eaux du lac ; elle a d’ordinaire autant d’étendue que la partie supérieure, mais le sol y est plus humide.L’inondation la recouvre plus longtemps et laisse derrière elle des étangs, des marais, des marécages, qui se remplissent d’herbes aquatiques, nénuphars, clageux, tètes-de-femmes, quenouilles, joncs, varechs, etc.Le poisson, principalement la barbotte, s’attarde quelquefois dans ces bas-fonds, mais en général ce ne sont durant l’été que des flaques d’eau bourbeuse, où régnent les vaches marines et les waumrons.Malgré ce grave inconvénient, qui du reste tend à disparaître, vu les travaux d’assainissement qu’on y lait chaque année, le sol ne laisse pas de fournir un excellent et abondant pâturage.Et on a su tirer un profit considérable de ce terrain impropre à la culture, en en faisant un parc public pour les jeunes animaux de ferme, poulains, taures, moutons, etc.; c’est de là que lui vient son nom de Commune.La Commune a une administration spéciale.Un bureau, composé d’un président, d'un trésorier, d’un secrétaire et de directeurs, fait observer les règlements concernant les droits de commune, contrôle la rentrée des animaux au printemps, nomme les garde-grèves, qui veillent aux limites extrêmes du parc où les animaux peuvent s’échapper en suivant la grève, les garde-enclos, préposés aux soins des animaux égarés qu’on retient dans des enclos en attendant que leurs propriétaires viennent les réclamer.Il y a une trentaine d'années, ces gardiens de la commune et des enclos finissaient l’exercice de leurs fonctions vers la mi-septembre, après la’récolte. 200 Bulletin du Parler français Alors on ouvrait les barrières de la commune, on en défaisait les clôtures, et les animaux qu elle renfermait, ainsi que ceux des fermes de la région voisine, pouvaient paître en liberté sur toute l'étendue des Bas : c’était le temps des bandons.V.-P.Jutras, ptre.Cette dernière expression, le temps des bandons, est un archaïsme.Un ban, sous la féodalité, était une proclamation du souverain, et par analogie, une annonce publique par laquelle les citoyens étaient autorisés à faire une chose.Encore aujourd’hui, le ban est une ordonnance, une publication ; le ban de mariage est la publication du mariage; le ban des vendanges est l’annonce que le temps des vendanges est arrivé.Ban est le substantif verbal de bannir, qui lui-même vient du francisque bannjan, proclamer, publier, ordonner; bannir n’a pris qu’au XIIIe siècle le sens spécial de chasser d’un pays, c’est-à-dire rendre une sentence d’exil.Dans le bas-latin se trouve le produit intermédiaire bannnm, et dans le celtique bannan.Le latin populaire avait aussi bando, bandonis, qui signifiait ordre, prescription, et auquel répond le vieux français bandon.Bandon signifiait proprement don par ban, c’est-à-dire don publié, don fait par proclamation, d’où décret, permission, autorisation.On a dit mettre à bandon, pour mettre à permission, autoriser, puis pour remettre, céder, laisser aller, et enfin pour délaisser.C’est de là que sont venus abandon, abandonner, aban-donnement.Abandon, proprement, signifie en liberté, et abandonner, mettre en liberté.Autrefois encore, les bestes à bandon étaient les bêtes sans garde, les bêtes en liberté.Le temps des bandons est donc, étymologiquement, le temps où il est proclamé, annoncé publiquement que les habitants de la région sont autorisés à faire paître le bétail sur un certain terrain, et par analogie, le temps de l’année où l’on abat la clôture qui entourait ce terrain et en défendait l’accès.Adjutor Rivard. L’APPAUVRISSEMENT DE LA SYNTAXE « Le français est riche en mots et pauvre en tours.» Pendant que le lexique puise, pour s’enrichir, dans le vieux fonds des patois et dans la langue morte, « la syntaxe refuse d’accepter des constructions nouvelles it rejète les anciennes, celles qui faisaient merveille chez les Racine et les Bossuet, chez les La Fontaine et les Molière ».M.F.Vézinet constate et déplore cet appauvrissement de la syntaxe (Rev.de Phil., t.XVII, p.305).« Pourquoi ne pas secourir pareille misère?dit-il.11 ne s’agit pas d’accomplir une révolution : la syntaxe est un organisme délicat, auquel il convient de ne toucher qu’avec d’infinies précautions.Loin de nous le désir de fabriquer de nouveaus ressorts, d’imaginer de nouveaus rouages : on courrait le danger de disloquer ce qu’on voudrait assouplir.Mais peut-être serait-il sage de reprendre ceus dont se servaient les classiques: la marche en était aisée, et le jeu harmonieus.Revenons à la syntaxe du XVII' siècle ; elle était compréhensive et variée, elle abondait en ressources.» Kt il cite des exemples de quelques-unes des constructions maintenant disparues et qu’il voudrait rendre à la syntaxe française : 1° L’emploi de soi se rapportant à un sujet déterminé, comme dans cette phrase de La Bruyère : « Il crache presque sur soi.» (Les Caractères, VI, portrait de Phédon.) 2° L’emploi de en même en parlant des personnes, qu’il remplace l’adjectif possessif son : Attaquer Chapelain! ah! e’est un si brave homme! Balzac en tait l'éloge en cent endroits divers.(Boileau, Sat., IX, 205.) ou le pronom personnel de lui : Jésus que fou a attaché à une croix pour en faire un spectacle d’ignominie.(Bossuet, Sermon sur l'honneur.) ou le pronom réfléchi de soi : On s oublie soi-même et on s’-en éloigne insensiblement.(La Rochefoucauld, Maximes.) 202 Bulletin du Parler français 3° L’emploi du verbe avec deux compléments de nature différente, un substantif et une proposition subordonnée : Je vois votre chagrin, et que par modestie Vous ne vous mettez point, monsieur, de la partie.(Molière, Les Femmes savantes, IV, 3.) 4° Les tournures où le pronom relatif ou l’adverbe de lieu ne suivent pas immédiatement le substantif ou le pronom auxquels ils se rapportent : La mer était proche, où l’on dit que leur maître.(ScAiutoN, Rom.coin., début.) Un certain Espagnol nous devait faire bien de la honte, qui avait eu tant d’horreur d’un rebelle.(Ml,,c de: Séviunk, 20 novembre 1664.) 5° Les anacoluthes, les tournures où l’on voit se rapporter à un complément direct ou indirect des mots qui d’après les règles strictes devraient nécessairement se rapporter au sujet : Indomptable taureau, dragon impétueux.Sa croupe se recourbe en replis tortueux.(KALINE, Phèdre.V, 6.) Ayant commencé trop tôt l'œuvre de son détachement moral, le temps lui a manqué.(Bossuet, Sermon sur l'impénitence finale.) Et, pleures du vieillard, il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter.(La Fontaine, Le Vieillard et les trois jeunes gens.) « Il est très légitime, ajoute M.Clédat dans une note qui suit l’article de M.Vézinet, qu’un écrivain maintienne des tournures qui sont en train de disparaître de la langue courante, ou en ont complètement disparu, à la condition qu’elles nous soient facilement intelligibles.» G.I). L’AGGLUTINATION DE L’ARTICLE HANS NOTRE PARLER POPULAIRE On désigne sous le nom d’agglutination un procédé de composition, par lequel un mot s’incorpore avec un autre dont il dépend, et lorme avec lui un terme unique.Dans le français, l’agglutination s’entend surtout de l’accolement d’un proclitique, article ou préposition, à un substantif.Les produits de l'agglutination ne sont pas des composés réguliers comme ceux de la combinaison des mots simples avec les particules ou préfixes.Le préfixe, placé devant un mot, en modifie le sens: clé-, combiné avec faire, forme un verbe nouveau, défaire, dont le sens est différent de celui du radical.Au contraire, le mot agglutiné n’a pas de valeur en composition : on a dit la poule d'Inde, puis la dinde (la [poule] dinde), mais le sens n’a pas changé; de même, ïaccoursie a la même signification que la coursie.De plus, il y a des préfixes qui sont séparables, c’est-à-dire (jui peuvent être employés seuls: tel bien, qui sert à former bienfait, mais qui est un mot complet, ayant une signification propre; —et d’autres qui-sont inséparables, c’est-à-dire qui ne sont usités qu’en composition, comme niés- (pii n’a de valeur que soudé à un mot simple : mésallier.Les mots agglutinés sont tous séparables ; ils jouent un rôle dans le discours et ne sont pas destinés à être accolés à d’autres mots; s’ils finissent par faire corps avec les substantifs qu'ils accompagnent le plus souvent, c’est grâce seulement à des erreurs de prononciation reproduites par la transcription graphique.Aussi les cas d’agglutination sont-ils plus fréquents dans les parlers populaires que dans la langue classique ; car « les formes d’une langue qui s’écrit, dit justement M.E.Tappolet (D, sont bien autrement gravées dans la mémoire de ceux qui parlent que celles d’un idiome qui 11e s’écrit guère ».(1) Bulletin du Glossaire des patois de la Suisse romande, 2e année, p.3. 204 Bumætin du Parler français Cependant, à une époque où l’influence de la prononciation sur 1 écriture se faisait encore sentir, quelques produits de l'agglutination de l’article se sont introduits dans le français littéraire.Le phénomène présente deux types, le type lendemain et le type abajoue.L’agglutination de l’article, en effet, se fait différemment, selon qu’elle s’opère sur un mot commençant par une voyelle, ou par une consonne ; dans le premier cas, la consonne de l’article se soude au mot suivant, dans le second la voyelle.Type lendemain.Lu substantif à voyelle initiale emprunte à l’article la consonne I ; en d’autres termes, le premier élément de l’article singulier, dont la voyelle s’élide, fait corps avec le mot qu’il accompagne.Voici de ce phénomène des exemples fournis par la langue littéraire : Lendemain.Ce mot est le résultat de la fusion de l’article défini le avec le substantif endemain, qui se rattache à une formation latine in-de-*mane.On écrivait autrefois l endemain ; la prononciation finit par souder l’article au substantif, et depuis le XIVe siècle on dit le lendemain.Luette.—Le latin populaire *uvitta avait donné nette; luette devient luette, d’où la luette, à la lin du XIIIe' siècle.Lierre.—Du latin hedera était sorti èdre, puis ièdre, ierre; de l ierre, le XVe siècle lit lierre, le lierre.C) Lendit.— Lendit (-«-æ lat.indicium) a donné lendit, le lendit, cpii date du XIIIe siècle.Loriot.—Au XVe siècle, on se mit à écrire le loriot, corruption de le loriol, qui avait déjà remplacé l'oriol ( lat.aureolum).Landier.—On trouve landier dans un texte isolé du XIIe siècle ston, a été constituée « l'Association des langues modernes de la Nouvelle-Angleterre » (The New England Modem Language Association), dont l’objet est de créer et d’entretenir des relations amicales entre les professeurs de langues modernes, de provoquer’des études, des recherches, et la discussion de questions relatives à l’enseignement de ces langues.La première assemblée générale de l’association aura lieu à Boston, le 14 mai prochain.D’après le programme qui nous a été communiqué, on y traitera surtout des questions d’intérêt général.Alais le groupe de Boston, sorte de comité d’étude, a dù se réunir le 27 février sous la présidence de notre ami, M.J.Geddes, professeur de langues romanes à l’Université de Boston, et discuter, entre autres questions, celles-ci : « 1° Devrait-on enseigner le français ou l’allemand dans les écoles élémentaires aux Etats-Unis ?2° Quels moyens 220 Bulletin du Parler français conviendrait-il d adopter pour fournir aux maîtres l’avantage de connaissances plus pratiques à ce point de vue ?3° Serait-il avantageux d envoyer des professeurs se former en Europe à l’enseignement pratique de ces langues ?» Une autre question fort intéressante inscrite au programme : « Jusqu’à quel point l’insullisance de l’enseignement de l’anglais, aux États-Unis, devrait-elle faire exclure du programme des études l’enseignement d’une langue étrangère ?» Etymologie de canneberge.« Canneberge, origine inconnue », dit le Dictionnaire Général.Littré ne donne aucune étymologie.Diez, Scheler, Korting ne mentionnent même pas ce mot.Canneberge ne se trouve pas dans Godefroy, et l'Académie ne l’a admis tpi en 1762.M.G.-A.Mosemiller, de l’Université de l’Indiana, propose (Modern Language Notes, février 1904, p.46) l’étymologie par l’anglais cranberries.Le mot cranberry paraît avoir été formé sur une racine bas-germanique par les colons anglo-américains, et porté en Angleterre vers l(i.Êar jctot; 5 IR MM IMPORTATEUR ET FABRICANT D’ORNEMENTS D’ÉGLISE Chemins de Croix en bas relief et Peinture à l’huile, etc.—Vases sacrés, Statues, Candélabres, Soiries, Broderies, Passementeries, Mérinos à Soutanes, Articles religieux .—Spécialité: Bannières, Drapeaux, Insignes, etc», etc., etc FEU VfE ACCIDENT ARTHUR MARCOTTE _A_ Gr LC 1ST T Commercial Union, Phoenix of Hartford, Canada Accident.82, pue St-Pierre - - QUÉBEC TELEPHONE 1290 EN VENTE A LA ibrairie montmorency -Cavai PRUNEAU & KIROUAC 34, RUE DE LA FABRIQUE et 116, RUE SAINT-JOSEPH Du Geste artistique, par Harraant-Dainien, 75 c.—Théâtre 'd’Eugène Labiche, eu 10 vols, $8.75.—Théâtre des Campagnes, en 8 vols, $7.00.—L’art de bien dire, par Dupout-Vernon, 90 c.—Diseurs et Comédiens, par le même, 90 c.—Déclamation, école du Mécanisme, par Paul Gravollet, 50 c —L’art de le conversation au point de vue littéraire et chrétien, par le R.P.Huguet, 40 c.—Traité de la prononciation française, par Jules Maigrie, 50 c.—Manuel de la parole, par Adjutor Rivard, relié, 75 c.—Méthode d’élocution et de décla-œation, par Colonnier, en 3 séries, $1.55.—Livre de lecture et de récitation, par Couturier, 75 c.—Le livre des Orateurs, par Timon, beau volume, relié, $3.F.-X.PETITCLERC JULES CARNEAU AU BON MARCHÉ MAISON FONDEE EN 1878 N.GARNEAU & CIE -IMPORTATEURS_ — HAUTE-VILLE .QUEBEC Assortiment général de marchandises d’étape et de fantaisie aux plus bas prix du MARCHE SPECIALITE : Marchandises a l’usage du Cierge TE1_ 873 UN SEUL PRIX 6, nie de la Fabrique Haute-Tille QUEBEC y Libraire- Editeur Marchand d’Ornements d’Eglise.MARCOTTE IMPRIMEUR-RELIEUR 82, RUE ST=PIERRE, QUEBEC Téléphone 1290 Installation nouvelle Matériel renouvelé Caractères français Reliure entière Demi-reliure Reliure en chagrin Reliure en veau Reliure en basane Reliure anglaise Reliure allemande (’ai fait l’acquisition de quatre polices complètes de caractères français, fondus spécialement pour moi par la maison Debérny & Cie, de Paris.Je suis en mesure d’exécuter en caractères français les travaux qu’on voudra bien me confier.Ceux qui préfèrent la forme des caractères anglais ou américains trouveront aussi à mon établissement tous les types généralement usités au Canada.I 6156 ; AVIS Les membres de la Société du Parler français au Canada sont priés de se rappeler que les séances de l’Assemblée générale ont lieu le quatrième jeudi de chaque mois, et que tous sont invités à y assister.Ceux qui désirent recevoir, pour chaque séance, une lettre de convocation spéciale voudront bien en avertir le secrétaire.Les Contemporains.(5, rue Bayard, Paris).Hebdomadaire; un an, 6 fr-7 février: Jean-Baptiste Carpeaux.14 février: Louis Bonaparte.21 février: E.-N.Méhul.28 février : Amiral (le Rigny.* * * Le Mois littéraire et pittoresque.Mensuel.Paris, rue Bayard, 5.Abonnement : 14 fr.Sommaire du N° de mars: Rubiette des bois, par Lucien Donel ; Un chouan de Normandie, par Gustave Hue ; Les Grünewald du musée de Colmar, par J.-K.Huysmans ; Les Barrières, poésie, par Joseph Serre; Les Ruches, poésie, par A.Vermenouze; Que de Rayons! par Emile Faguet ; Jean Hutfer, par Paul Harel ; Monlreuil-sur-Mer et l'ancien Ponthieu, par B.de Cour-son ; L'ancien Hotel de Rohan—Strasbourg, par Louis Dimier; Le Marbre, par J.de la Cerisaie; Causerie 1 itt., par Gabriel Aubray.Pages oubliées, etc.Actualités.Portraits littéraires.Illustrations.Album musical.* * * Atlas linguistique de la France, publiée par MM.Gilliéron et Edmont.—M.H.Champion, libraire, 9, Quai Voltaire, à Paris.—Le fascicule, 25 francs.* * * Polybiblion.Revue bibliographique universelle, publiée sous les auspices de la Société bibliographique.Paris, rue Saint-Simon, 5.Partie litt., 16 fr.; Partie techn., 11 fr ; les deux parties réunies, 22 fr.* * L’Argus des Revues.Mensuel.Publié par Y Argus de la Presse.Paris, rue Drouot, 14.Contient l’indication des titres et des auteurs des principaux articles parus dans les revues françaises et européennes.Chaque titre porte un numéro d’ordre ; il suffit d'envoyer ce numéro à l’administration de l'Argus, pour recevoir l’article.Par article, 1 fr.; par coupure de journal, 0 fr.30 ; tarif réduit pour 100 coupures.* * * Le Courrier de la Presse.Bureau de coupures de journaux.Dir., M.Gallois, Paris, boulevard Montmartre, 21.Fournit à ses clients les articles de journaux et de revues, les concernant personnellement, ou sur un sujet quelconque auquel ils s’intéressent.Par coupure de journal ou de revue, 0 fr.30; tarif réduit pour 100 coupures.—Catalogue de 13,000 journaux et revues: 3 fr.50 BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA Le Bulletin, organe de la Société du Parler f rançais au Canada, est dirigé par un comité nommé par le Bureau de direction.Il parait une fois par mois, sauf en juillet et août.Conditions d’abonnement: Canada et Etats-Unis, $1.00; Union Postale, 8 francs ; réduction de moitié aux élèves des Collèges et des Couvents du Canada.On peut devenir membre de la Société et recevoir, à ce titre, le Bulletin, en envoyant au Secrétaire une demande l’inscription et le montant de la cotisation annuelle ($2.00 pour les membres actifs ; $1.00 [Étranger : 8 francs] pour les membres adhérents).Les cotisations sont dues au 1er septembre; mais on peut s’inscrire en tout temps durant l’année, en payant les arrérages.Les membres adhérents et les abonnés, qui s’inscrivent après le 1er février, doivent, pour recevoir les numéros du Bulletin parus depuis septembre, verser un supplément de 50 sous.La première année du Bulletin est en vente.Prix : $3.00 ; pour les nouveaux membres adhérents et les nouveaux abonnés : $2.00 ; pour les nouveaux membres actifs : $1.00.Pour tout ce qui concerne la Société et le Bulletin, s’adresser : A MONSIEUR le SECRÉTAIRE de la Société du Parler français au Canada, Université Laval, (Bureau de Poste, boîte 221), Quebec.Québec.Édouard Marcotte, Imprimeur.
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