Bulletin du parler français au Canada, 1 juin 1905, juin
JUIN, JUILLET, AOUT 1905 • N° 10 A-W u /?M-111 BULLETIN -DU SOMMAIRE Pages 305—Étude sur l’histoire de la littérature canadienne—Nos origines littéraires.L’Abbé Camille Roy.318—Le français administratif.Antoine.324—Lexique canadien-français (suite).Le Comité du Bulletin.320—Congrès pour l’extension et la culture de la langue française.327— Bibliographie—Pierre-Georges Roy, Di famille tFIrum- berry de Salaberry.A.R.-L.328— Anglicismes.Le Comité du Bulletin.329— Table alphabétique des matières.330— Table des matières par noms d’auteurs.339—Index alphabétique des mots étudiés dans le Bulletin, Vol.III.REDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Éditeur-dépositaire, à Paris: H.CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire. ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d’après MM.Gilliéron et l’abbé Rousselot Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, /’, j, k, l, m, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu’en français.g — y dur (gateau); s — s dure (sa); œ — eu français (heureux); iu = ou semi-voyelle (oui); y = i semi-voyelle (pied); w = u semi-voyelle (huile) ; è — e féminin (je) ; h marque l’aspiration sonore.Lettres nouvelles, il — ou français (coucou); c = ch français (chez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée : / (son voisin de l + y, l mouillée italienne), h (son voisin de k + y), y (son voisin de g + g), n (gn français de agneau).— Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents: t, d (sons voisins de t + s, d + z; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : a (a de patte), e (e de péril), o (o de hotte), œ (eu de jeune).— Les voyelles marquées d’un accent aigu sont fermées : à (a de pâte), é (e de chanté), 6 (o de pot), œ (eu de eux).—Les voyelles marquées d’nn accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), à (o de encore), ce (eu de peur).— Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales : à (an de sans), è (in de vin), ô (on de pont), à (un de lundi).— Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves: a', i\ etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d’un accent, elles sont toniques : a', ï, etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô[o] = n demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée ; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu un son. Vol.Ill, N° 10—Juin, Juillet et Août 1905 ÉTUDE SUR L’HISTOIRE DE LA IITTÉRATURE CANADIENNE(1) 2 NOS ORIGINES LITTÉRAIRES 1760-1800 /SuiteJ La chanson est sans doute ia première forme qu’ait prise ici la poésie.La gaieté, c’est une moitié de l’aine française, et qui n’abandonne jamais l'autre.Elle éclate et fredonne à toutes les heures de la vie nationale, et s’il est vrai que là-bas tout se termine par une chanson, il est facile de constater qu’ici même nous nous sommes toujours plus à rimer et à vocaliser nos impressions.Sans parler de la chanson française que nos pères ont apportée avec eux, et dont il est inutile d’essayer de refaire l’histoire depuis que M.Ernest Gagnon s’en est mêlé, (2> il y eut à l’époque de nos dernières victoires sur les armées anglaises, en 1757 et 1758, toute une floraison de couplets militaires que le docteur Hubert LaRue a pieusement consignés dans son étude si attachante sur nos Chansons historiques.Carillon surtout fut célébré avec tout l’entrain que nos soldats avaient mis à battre les Anglais, et l’on ne manquait jamais de mêler à l’orgueil qui chante la malice qui raille et qui mord.Le Français comme l’Anglais Prétend soutenir ses droits, Voilà la ressemblance ; (1) Voir le Bulletin de janvier et juin 1904, avril 1905.(2) Chansons populaires du Canada, par Ernest Gagnon, Québec.805 306 Bulletin du Parler français Le Français par équité L’Anglais par duplicité, Voilà la différence.L’Anglais cherche des lauriers.Autant en font nos guerriers, Voilà la ressemblance ; Les Français en font amas, L’Anglais n’en moissonne pas, Voilà la différence.(1) Ce même esprit, souriant et malin, devait après 1760 s’exercer longtemps encore contre nos vainqueurs, et longtemps faire pétiller les refrains de la chanson canadienne.En 1774, au moment du siège de Québec un grand nombre de marchands anglais ayant cru devoir s’abstenir de combattre et sortir de la ville, pendant que les Canadiens français défendaient le drapeau et affirmaient si crânement leur loyauté, on fit circuler une chanson assez méchante dont voici les trois premiers couplets : J’entends quelquefois des faquins Qui méprisent les Canadiens, , Mais ce sont des vipères ; Quand il a fallu batailler Ils n'ont cherché qu’à reculer Demi-tour en arrière ; Et tous ces braves citadins Sont fanfarons et bons à rien.Bon, bon, bon, Le bruit du canon Leur vaut un bon clystère.En temps de guerre ils sont cagnards, En temps de paix ils sont bavards, Jaloux et peu sincères.Sans bravoure, sans loyauté Ils déguisent la vérité Par différents histoires, Et qui ne les connaîtrait pas Les croirait tous propres aux combats, Bon, bon, bon, Le bruit du canon N’est pas pour eux la gloire.(1) CI.Le Foyer Canadien, 1865.Article sur nos Chansons historiques, par le docteur H.LaRue, p.17-18. Étude sur l’histoire de la littérature canadienne 307 Je méprise tous ces gens-là Qui n'aiment point le Canada, Et qui voudraient fair' croire Que les habitants du pays Ne sont loyaux qu'à demi.Quand on sait le contraire.Ce sont de méchants serviteurs Qui chereh’nt à nous ravir l’honneur, Bon, bon, bon, Lp bruit du canon Ces chasse en Angleterre.(1 Il ne faut à la chanson qu’une occasion, petite ou grande, pour qu’elle monte spontanément aux lèvres.Le jour de l’an, le jour anniversaire de la naissance du roi sont des dates propices.Le matin du premier janvier 1767, le petit porteur de la Gazette de Québec offre à ses clients une poésie qui se termine par ce significatif couplet : Mes pratiques, bonjour, bon an ; Si vous m'en désirez autant Pour le recevoir, me voici.(2) Au mois de juin 1797, un maître d’école qui signe Louis Labadie e dans la Gazette de Québec une loyale chanson qui est une traduction libre et amplifiée du God sane the King.Grand Dieu ! pour Georges Trois, Le plus chéri des Rois, Entends nos voix.Qu’il soit victorieux, Et que longtemps heureux, Il nous donne la loi, Vive le Roi ! Sous le joug asservis, Que ses fiers ennemis Lui soient soumis.Confonds tous leurs projets, Tous tes loyaux sujets Chanteront d’une voix Vive le Roi ! (1) Foyer Canadien, idem, p.40-41.(2) Idem, p.30 5 308 Bulletin du Parler français Daigne du haut des cieux Sur ce roi glorieux Jeter les yeux.Qu’il protège nos lois ! Qu’il maintienne nos droits Et répétons cent fois Vive le Roi ! (1) D’autre part, la révolution française, les excès auxquels se livraient les nouveaux maîtres que nos frères là-bas s’étaient donnés, la défaite de Bonaparte, battu par Nelson à l’embouchure du Nil, firent écrire ici des complaintes et des chansons où s’expriment en vers assez lourds nos sympathies pour les victimes de la terreur, et toute l’aversion que l’on éprouvait alors pour le seul nom de Bonaparte.La prose elle-même se faisait d’ailleurs l’écho de ces divers sentiments.L’on sait que la victoire de Nelson fut célébrée ici par de grandes réjouissances ; des messes d’action de grâces furent chantées, et à l’Hôpital-Général.M.l’Abbé Mala-vergne, aumônier de la communauté, un prêtre français qui fut exilé par la révolution, terminait le sermon de circonstance par cette exclamation enthousiaste : Vivent le roi d’Angleterre et l’amiral Nelson ! (1 2) * * * A côté de la chanson populaire, el lui tenant d’assez près par ses origines classiques autant que par les divers sentiments qui l’inspirent, se développe et s’imprime en nos journaux la poésie lyrique.Certes, la poésie lyrique qui s’exhale en vives ou tendres émotions et se revêt toujours d’un style de grande tenue, ne fut pas tout d’abord bien florissante, si l’on en juge par cette note que l’on peut lire dans la Gazette de Québec, du 28 juillet 1766 : « Nous avons reçu une pièce soussignée La Grand’Mère /Canadienne, mais elle est trop imparfaite pour pouvoir se ’ ”er, n’y ayant presque pas un mot d’orthographe pour la recommander, et n’étant pas lisible en plusiuers endroits.» Il appartenait aux élèves du Séminaire de Québec de venger l’honneur du mode lyrique, d’ouvrir de façon plus ferme et plus gracieuse les ailes de la strophe.Ils s’y essayèrent le 18 janvier (1) Cf.Foyer Canadien, 1865, p.52-53.Suivent sept autres couplets.(2) Cf.Les Ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada, par M.le docteur Dionne, p.252.5 Étude sur l’histoire de la littérature canadienne '[309 1770 au Château Saint-Louis, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de la reine.Ils chantèrent ce jour-là, en présence du gouverneur, Carleton, une ode que publie la Gazette de Québec du vingt-cinq janvier.Quelque rhétoricien a-t-il composé seul cette ode où 1 on célèbre tout ensemble la reine pacifique, la puissance du roi, la sagesse du gouverneur?Son professeur ne l’a-t-il pas un peu aidé à trouver quelques rimes, et à retaper quelques vieilles métaphores?Ce qui est certain, c’est que ni élève, ni professeur n ont lait pâlir la gloire de Pindare, et que l’ode, toute pleine de ces allusions mythologiques qui farcissent la poésie du dix-huitième siècle, est d’une correction un peu plate qui ne s’envole guère au-dessus d’un enthousiasme officiel el bien réglé.Voici quelques-unes de ces strophes : La discorde éteint son flambeau, Pallas au jour de sa naissance Nous offre à tous sa bienveillance El son pacifique rameau.Ce Roi favori de Neptune, Qui règne et sur terre et sur mer.D’un pais dompté par le fer, Désire assurer la fortune.Déjà les arts en liberté Paraissant avec allégresse Dans le palais de la sagesse, Y sont reçus avec bonté.A ces traits, reconnais l’ouvrage De ce gouverneur généreux, Qui consacre à te rendre heureux, Ses soins, ses biens, ses avantages.Son nom ainsi que ses bienfaits Seront à jamais pour sa gloire Dédiés au temple de mémoire.Ciel ! comble pour lui nos souhaits.Le trente el un juillet suivant Carleton partait pour l’Angleterre.Les élèves s’émurent encore jusqu’au degré voulu par la poésie lyrique ; et, montés sur Pégase, ils reconduisirent au quai le bon gouverneur.En langage virgilien, et parfois âssez rapide et alerte, ils souhaitèrent au voyageur une mer clémente : Vous serez à la chaîne Dans vos sombres cachots, Vents fougueux dont l’haleine 310 Bulletin du Parler français Irriterait les flots ; Le paisible zéphyr Aura seul l’heureux sort De souffler, et conduire Carleton jusqu’au port.Puis ce fut tout.Les élèves du Séminaire continuèrent sans doute avec leurs maîtres à faire de la prose, et nous 11e les voyons plus guère apparaître à cette époque dans le cortège des Muses.11 ne faut excepter que ce jeune Foucher, qui dès 1778, traduisait en quelques vers un peu languissants, cette mélancolique tristesse, ce sentiment douloureux de la vie qui commençait alors à s’introduire dans la poésie française, et devait y régner avec les poètes de l’école romantique.D’autres se chargent, à cette époque, de faire des vers, sans y réussir toujours mieux.Le mouvement littéraire de 1778 ne pouvait aller sans beaucoup d’odes, d’élégies, d'épilres et de fables, et la Gazette littéraire apporte de temps à autre en ses feuilles ces fleurs fraîches écloses, dont le parfum est toujours très discret.A côté des énigmes en vers, ou des charades, ou des logo-griphes, que l’on voit si souvent proposés dans cette Gazette littéraire aussi bien que dans les autres Gazettes de l’époque, petites pièces qui piquaient sans doute agréablement la curiosité du lecteur plus qu’elles ne pouvaient intéresser le goût artistique, on s’avisa de publier des poésies où s’expriment tous les sentiments de lame humaine, depuis l’amour qui est la fièvre de la vie, jusqu’à la douleur qui est le cri de la mort.Voyez quels accents peut inspirer à un berger la mort d’une jeune anglaise de Québec.Ecoutez, Bergers, ma musette, Suspendez vos tendres ardeurs, De la belle et jeune Lisette Je vais vous chanter les malheurs.Elle était au printemps de l’âge, L’Amour lui prêtait ses appas, Le Berger lui rendait hommage ; La rose naissait sous ses pas.La mort sans respect pour ses charmes.Trancha le fil de ses beaux jours ; Fit verser au berger des larmes, Plongea dans le deuil les amours. Etude sur l’histoire de la littérature canadienne 311 Pleure, rossignolet sauvage, Arrête-toi, petit ruisseau, Cesse, oiseau, ton tendre ramage, Lisette descend au tombeau.(1) Quelques semaines après (1 2), le Canadien curieux publie une très longue élégie où il essaie de faire passer tout le désespoir d’un amant délaissé ; c’est encore un berger qui regrette sa bergère nfidèle, et cette pastorale ne laisse pas, comme la plupart des petits poèmes de cette nature, de mêler à un peu de sincérité beaucoup de tendresse factice.Dorante est étendu sur un lit de fougère qu’ombrage un grand chêne ; pendant que le ruisseau murmure, que les tourterelles roucoulent, et que la brise agite les feuilles, il exhale sa plainte : - Parle, cruel objet d’une flamme éternelle, Qui t’engage en ce jour à te rendre infidèle ?En vain tu m'assurais que sensible à mes feux D’une confiante ardeur tu comblerais mes vœux.Ton cœur me le jurait, je le croyais sincère ; Ah ! je connaissais peu le cœur d’une Bergère.Que t’ai-je fait, Julie?pour te faire changer ; Je scaurai me punir si j’ai pu t’offenser.Ainsi le beau Dorante, en sa douleur extrême Racontait aux échos son amoureuse peine.A’sa voix le zépbir cessa de soupirer, La feuille de mouvoir, l’onde de murmurer.Les oiseaux, habitants des paisibles bocages, Suspendirent un instant leurs aimables ramages.La nature en silence écoutait ses langueurs.Et semblait s’attendrir à ses justes douleurs.Inutile d’insister davantage sur ces essais qui traduisent à la fois la bonne volonté et l’inexpérience des auteurs.Les Épitres en vers n'offrent guère un plus vif intérêt, qu’elles soient inspirées par la soif de boire du Madère ou du Bordeaux!3), qu’elles soient mêlées d’un peu de sa tiret4), ou qu’elles soient pédantesquement gonflées de l’érudition naïve d’un pédagogue!5).(1) La Gazette littéraire, 22 juillet 1778.(2) La Gazette littéraire, 2 septembre 1778.(3) Gazette littéraire, 20 janvier 1779, Épître à M.J.J.par l’Exilé.(4) Ibid., 7 avril 1779, Au spectateur tranquille, par l’Ingénu.(5) Ibid., 27 janvier 1779, A «je veux entrer en lice Moi », par l’Ingénu. 312 Bulletin du Parler français Les Fables valent quelquefois un peu mieux.Le Chat et la souris P) est une petite scène assez vivement racontée au début, et maître Matou y éprouve à sa courte honte la ruse de Finette ; l’amour trompeur d’une araignée et d'une mouche W, est exposé en une pièce instructive dont la versification est facile.Voici l’Ane en habit de docteur W, qui est une fable signée des initiales d’un membre de l’Académie de Montréal.C’est une sorte de petite comédie en deux actes, à la fois rapide et piquante.Dans une publique séance Un Singe disputait un jour.Là maint docte animal, contre lui tour à tour Venait essayer sa science.Argumentait certain renard gascon, Quand tout d’un coup l’on vit paraître Martin Baudet, qui d’un air petit maître Vint se placer en rang d’oignon.A son aspect jugez si l’on dut rire.Chacun berna le pauvre Sire De la bonne façon ; M ais ce fut bien une autre danse, Quand pour venger son triste sort On entendit Baudet, d’un air de confiance, S’écrier argumentabor.A ce grand mot, la sçavante assemblée Fit en chorus une huée, Chacun l’appela par son nom ; Et jusqu’au moindre rat dont il fut la risée L’envoya manger du chardon.Je ne sçais si l’on eut raison ; Mais je sçais bien que de telle avanie Baddet outré crut devoir déloger, Bien résolu de se venger En pareille cérémonie.Or donc qu’un autre jour, la docte Compagnie Disputait sur un point avec grande chaleur, Martin coiffé d’un bonnet de Docteur, En longue robe retroussée, En chausse d’hermine fourrée, Plus fier qu’un brave sénateur Parut au milieu du Lycée.Tout le monde, à son arrivée, Se lève pour lui faire honneur, On le fait mettre à côté du Recteur.(1) La Gazelle littéraire, 30 déc.1778.(2) Ibid., 3 février 1779.(3) Ibid., 23 décembre 1778.I Étude sur l’histoire de la littérature canadienne 313 Docteur Martin ne se sentait point cl aise, Et déployant une fort grande thèse Entonna fièrement : Si prius jusserit : On dit qu’à ce mot-là le Professeur pâlit ; Mais Baudet avait l’âme bonne, N'ayant d'ailleurs de Docteur que l'habit.Tant est-il qu’il ne fut personne Qui n’admirât son bel esprit, Ses grands talents, sa science profonde.Tant il prôna, qu’enfin étonnant tout le monde Chacun à son voisin disait tout interdit : Cher Confrère, qu’il a bien dit ! Content alors de son petit mérite Baudet vers la troupe susdite Se tourne et dit ces mots : Il faut donc un bonnet Pour mériter, Messieurs, votre suffrage ?Mais quand Martin paraît sous les traits de Baudet, Vous changez alors de langage.Or, apprenez qu’il est ce qu’il était.Des préjugés tel est l'empire.Il suffit de passer pour sot Pour exciter à chaque mot Un plus grand sot à rire.Mais avez-vous quelque titre ou renon ?Vous avez le droit de tout dire.Que ce soit bien ou non, N’importe on vous admire.L.S.P.T.Il faudrait ajouter à ce petit tableau de la poésie au Canada vers la tin du dix-huitième siècle, les ariettes dont Joseph Quesnel a agrémenté la comédie Colas et Colinette qu il lit jouer à Montréal en 1790.Cette pièce, écrite en prose, forme la première page de notre littérature dramatique, et elle est la seule, croyons-nous, qui ait été publiée ici avant 1800.Les amours de Colas et de Colinette y sont traversées par les manœuvres d’un barbon, le bailli du village qui est en quête d’aventures galantes.Ce bailli essaie de supplanter Colas, qui est tout ensemble amoureux et jaloux, mais, grâce aux ruses malignes de Colinette, il tombe lourdement dans les pièges qu’il a lui-même tendus.Au surplus, Colas et Colinette sont les deux caractères les plus disparates que l’on puisse associer au théâtre ou dans la vie, et ils prouvent sans doute une fois de 314 Bulletin du Parler français plus que deux âuies très dissemblables se peuvent rechercher et s éprendre pour cette raison qu elles se complètent de toutes leurs qualités très différentes.Mais le rôle de Colas est vraiment un peu chargé, un peu gros, et il devient presqu'invraisemblable que Colinette qui est très avisée, très délicate et gracieuse s’attache obstinément à ce naïf lourdaud.La langue même de Colas est trop vicieuse, trop brisée, et trop grossière pour qu’elle soit la langue du paysan canadien.Au surplus, cette pièce écrite par un Français de France, est plutôt d’inspiration française ; et bien que l’amour soit chose très cosmopolite, celui qui tourmente Colas, Colinette et le vieux bailli semble connaître surtout le langage et les mœurs des paysans et des seigneurs des provinces de France.Ce qui n’empêche pas que parfois Quesnel n’ait introduit dans cette pièce des couplets, des duos alertes où les personnages expriment assez vivement leurs embarras, leurs inquiétudes ou leurs passions.Joseph Quesnel a plus d’une fois d’ailleurs essayé de faire de la poésie au Canada ; il y a quelquefois assez joliment réussi ; il a même exercé, après 1800 surtout, une influence considérable sur nos origines littéraires, et nous aurons l’occasion plus tard [de revenir plus longuement sur ce personnage et sur son œuvre.Dix-sept cent quatre-vingt-dix, qui vit la prend re de Colas et Colinette, marque dans le développement de notre littérature naissante une date aussi importante que 1778.Non pas certes, pour ce seul fait que cette année rappelle les origines de notre théâtre,, non pas encore pour ce que depuis quelque temps les brochures politiques se multiplient, et que l’on est à la veille de publier ce recueil littéraire qui s’appelle le Magasin de Québec (1792), mais aussi et surtout parce que cette année nous reporte à une époque où l’Angleterre nous accorde enfin, sinon la réalité du régime constitutionnel et parlementaire, du moins une image déjà consolante, et parce que, enfin, les esprits, préoccupés d’utiliser avec le plus d’efficacité possible les institutions nouvelles, vont se livrer avec plus d’ardeur et plus de suite à l’étude des questions politiques.Or, ce mouvement d’étude aura son prolongement jusque dans les choses de la littérature.Au lendemain même de l’Acte de 1791, un club est fondé à Québec, le Club constitutionnel, qui est Étude sur l’histoire de la littérature canadienne 315 en même temps un cercle où chaque semaine 1 on agite tour à toui des questions politiques, commerciales, scientifiques et littéraires dh Puis enfin, ne sommes-nous pas à cette date précise où l’éloquence parlementaire commence à s’exprimer sur des lèvres canadiennes-françaises, et à livrer ici ses ardents et pacifiques combats ?Dès la deuxième séance du premier parlement, Richardson au nom des députés anglais que la très grande bienveillance des Canadiens français avaient envoyés à la Chambre, proposa que la langue anglaise fût seule reconnue comme officielle et légale; il exprima aussi le désir que tout le peuple canadien, par intérêt poui la patrie commune aussi bien que par reconnaissance pour l’Angleterre, renonçât peu à peu à parler le français pour n’employer plus que la langue anglaise, la langue du roi et du peuple de la Grande-Bretagne.Avec un sang fioid et une franchise qui n’avaient que le mérite de la sincérité, Richardson posait dès lors ce problème si souvent agité depuis, qui a porté bien des noms au cours de notre histoire, et que l’on appelle aujourd’hui, quand 1 on veut bien masquer son intolérance, le problème de 1 unité nationale.Comme si nous, qui n’avons pas été importés, nous, les premiers occupants et les plus attachés à ce sol qui nous a coûté des sueurs et du sang, nous avions besoin de nous refaire une âme et une langue, pour que nous soyons de vrais patriotes et des Canadiens authentiques ! Au mois de décembre 1792, il y avait donc ici, à Québec, en la chambre des députés, une grande question à résoudre, et une cause sacrée à défendre.Rédard, de Bonne, Antoine Panet, Joseph Papineau rivalisèrent d’une belle ardeur pour repousser la proposition de Richardson, et rendre hommage à cette langue qu’ils voulaient conserver, qui est inséparable de l’âme Irançaise parce que seule elle en peut suffisamment manifester toute la pensée subtile et toute la noblesse, qui est donc ici la gardienne de notre race : merveilleux instrument de charité et de tolérance qu’aucune violence de l’idiome saxon ne pourra briser, loyale malgré tout, franche, harmonieuse et précise comme le génie qu’elle exprime, et qui, en 1792 comme aujourd’hui, se fortifiait de (1) Cf.Carneau, Hist, du Canada, III.p.77, 4'' édit.(2) On peut lire dans le Magasin de Québec, I, 384-390, et II, 53-59, exposées à peu près intégralement, les raisons boiteuses développées par Richardson et les députés anglais pour appuyer leurs injustifiables prétentions. 316 Bulletin du Parler français toute sa dignité conservée, et s’obstinait pour cela même à irriter 1 impatience de ceux qui à époques fixes et périodiques veulent ici voir sur nos lèvres mourir son verbe, et avec lui la foi qu’il affirme et qu’il incarne.Avec quelle lorce, avec quelle ampleur du geste et de la voix, avec quel souci de la rhétorique nos orateurs de 1792 ont-ils défendu cette cause, et toutes les autres qui intéressaient notre nationalité, nous ne le savons pas, nous ne le pouvons savoir.Leurs discours ne nous sont pas parvenus, et il ne nous reste qu à faire des conjectures sur la valeur littéraire de ce premier chapitre de notre éloquence canadienne.Sans doute que ces discours avaient cette correction et cette justesse d’expression que 1 on se plaît à rencontrer dans la prose de ce temps, et que ne paraissent pas avoir encore entamées l’anglicisme et l’impropriété des termes, ce double fléau de notre ‘éloquence parlementaire contemporaine.Nous supposons volontiers que nos premiers orateurs politiques furent tout à la fois simples, énergiques et rudes, et qu’ils se souciaient plus de donner de bonnes raisons que de faire de belles périodes ; ils s’inquiétaient peu de savoir s’ils parlaient avec grâce, et si leur phrase se déroulait avec une harmonieuse plénitude, pourvu que leurs discours fussent suivis de belles victoires.Par quoi, ils ressemblaient sans doute aussi à ces premiers orateurs des républiques grecque et romaine, dont l’éloquence se traînait bien un peu dans la poussière de l’agora ou du forum, mais faisait battre des mains le peuple qui lui devait sa liberté.Pendant cette période que nous venons d’étudier et qui va de 1760 à 1800, la littérature canadienne a donc risqué ses premières œuvres.Presque tous les genres littéraires sont nés sous ce premier souffle d’inspiration.L’ode, l’épître, la fable, l’élégie, la chanson, la comédie, la critique, l’éloquence, sans compter une sorte de journalisme timide et incolore, sont représentés dans cette première gerbe de Heurs un peu fanées que nous avons cueillies au premier jour de notre vie littéraire.La littérature canadienne est donc née, si faible que soit encore sa vie, et si gauches parfois que soient ses.premiers mouvements.L’esprit qui l’anime lui vient d’abord d’un patriotisme très actif, mais, parce que les pouvoirs publics sont susceptibles, Etude suh l’histoire de la littérature canadienne .‘517 ci qu’ils surveillent avec rigueur lout ce qui s’imprime, il se lait que notre littérature doit se préoccuper le moins possible des sentiments, des souffrances, des revendications de la conscience nationale; d’autre part, parce que ceux qui dirigent nos journaux et qui y écrivent sont très souvent des hommes nés en France, et pas tout à fait adaptés aux conditions de notre vie morale et intellectuelle, il en résulte que notre première littérature est souvent l’expression de l’esprit français plutôt que de l’esprit canadien.Longtemps encore ces deux influences, anglaise et française, vont tenir en tutelle notre enfance littéraire, l’une pour la comprimer, l’autre pour la faire grandir et se développer, mais en un sens peu original, et en des œuvres qui ne pouvaient faire de nous que de serviles imitateurs.Ce premier tableau de la vie littéraire au Canada, si pâle qu’il soit, il fallait pourtant essayer de l'esquisser, et l’on nous pardonnera d’en avoir tenu trop longtemps peut-être, sous les yeux du lecteur, les dessins un peu grêles et les teintes un peu vieillies.En littérature, toutes les aurores ne peuvent se ressembler : la nôtre ne pouvait assurément emprunter au ciel doux et bleu de France ou d’Ionie leurs limpides lumières et leurs fraîches couleurs ; elle ne pouvait plutôt que refléter nos printemps un peu gris et souvent trop tardifs.Camille Roy, plr' LE FRANÇAIS ADMINISTRATIF 9 Note.—Nous nous proposons d’examiner, dans une série d’articles, le français des brochures publiées par les gouvernements du Canada et de la province de Québec, de nos lois, de nos documents publics, de notre littérature officielle en un mot.Nous publions aujourd’hui, sur ce sujet, un article d’ANTOiNE.Il n’en est pas besoin sans doute, mais, pour prévenir des interprétations fâcheuses, nous prions nos lecteurs de vouloir bien considérer que nous ne déversons pas le blâme plus sur les gouvernants d’aujourd’hui que sur ceux d’hier.Il faut être pratique et nous étudierons surtout les textes officiels contemporains ; mais on ne trouverait pas moins de fautes à relever dans ceux d’il y a dix ou vingt ans.Le Comité du Bulletin.Il y a quelque temps un de mes amis recevait de France une demande de renseignements, et, prompt à vouloir servir son correspondant, lui adressait des brochures publiées par les gouvernements d’Ottawa et de Québec.Le mois d’après, le Français retournait au Canadien une partie de l’envoi ; dans une lettre, il lui marquait d’abord sa reconnaissance, puis qu’il avait bien lu les brochures, mais qu’il avait dû renoncer à en pénétrer le secret.« Rédigées avec une négligence vraiment inexpliquable, sans le moindre souci des règles les plus élémentaires de la grammfaire, écrivait-il, ces pages sont incompréhensibles.Je sais, quelle bonne et ferme langue parlent les Français canadiens ; l’administration, chez vous, a-t-elle donc adopté une langue spéciale et que l’on n’entend point ?» Et les traits de crayon qui soulignaient des mots, des phrases, des pages entières, dans les ouvrages renvoyés, illustraient ces observations.Mon ami fut assez vivement piqué, et, pour se mettre en bonne posture de répondre à cette lettre, du reste courtoise, il entreprit de lire à son tour les textes maltraités par son correspondant—maltraités injustement, croyait-il.Je fis avec lui cet examen.Hélas ! l’illusion fut brève, et nous vécûmes, à faire cette lecture, de mauvaises heures.318 Lk français administratif 319 Dès les premières pages, nous fûmes édifiés sur notre style administratif.Le correspondant n’avait rien exagéré.Les brochures fourmillaient de barbarismes, de tournures anglaises, de fautes de grammaire et d’orthographe ; les anglicismes, grouillant sur un lit de tortillages et d’amphigouris, pullulaient ; ajoutez le phébus et le coq-à-l’àne, le rabâchage et l’enflure, vous saurez quel galimatias cela faisait.Je me suis assuré, en parcourant quelques autres produits de notre littérature officielle, que les brochures retournées n’étaient pas, à l’endroit du français, des exceptions, et il m’est venu dans l’idée qu’il ne serait peut-être pas mauvais de relever les fautes qui déparent ces ouvrages destinés à faire connaître notre pays à l’étranger.Mais les relever toutes, c’est une trop grande entreprise ; et pourquoi soumettre le lecteur à si rude épreuve ?Je ne donnerai ici que des raclures.* * * La première brochure que j’ouvre est intitulée : L'Ouest canadien.Tirée à cinquante mille exemplaires, elle sera envoyée, dit-on, à l’exposition de Liège.Lisons : « L’Ouest canadien est le panier de pain de l’Univers.)) Qu'est-ce que cela ?C’est le titre, comme dit Cyrano.Pain au singulier, première faute ; Univers avec un U majuscule, deuxième faute ; et l'Ouest qui est un panier de pains (ou un panier au pain), troisième faute, qui en vaut une douzaine a elle seule.Autre titre : «Vers 1 Ouest l Etoile de l Empire trace son chemin.)) Ce boursoulflage est un texte anglais détorqué.Vraiment, on n’y tient plus, il faut rire.Voilà une étoile, l'Étoile de l’Empire, en train de tracer son chemin vers le panier de pains de l'Univers ! .Quelle commotion, quand l’astre voyageur atteindra cet ustensile ! A coup sûr, l’anse dansera.Un chapitre est intitulé : « La puissance d’Eau.)) La majuscule nous dit que cette puissance est d’origine anglaise.«Water power» se traduit par.Tout le monde connaît l’expression française, hors l’écrivassier d’Ottawa, et je ne veux pas l’apprendre à ce dernier ; qu’il aille à l’école ! 320 Bulletin du Parler français Sous des titres grotesques, des textes baroques.Lisez quelques phrases : « En alliance rapprochée du développement agricole d’un pays est son commerce domestique dans la croissance duquel s’offrent constamment d’excellentes possibilités d’affaires.» L’économiste qui déposa cet aphorisme sur le dessus du panier de pains a-t-il été grassement payé ?Il le méritait, certes ; car il ne put mettre au jour un monstre pareil sans d’atroces douleurs.Ne cherchez pas à comprendre cette phrase extraordinaire : ce serait peine perdue.Mais apprenez ce qu'il faut entendre par possibilités d’affaires : des possibilités d'affaires, ce sont des opportunités et des occasions.Lisez plutôt : « Il ne se trouve nulle part des occasions pour les multitudes qui se préparent aux diverses professions, mais il y aura toujours de la place et des opportunités pour les plus aptes.-» Et plus loin : « Il y a dans ce nouveau pays de nombreuses occasions pour les hommes de profession, et ces occasions se multiplieront à mesure que s’accroîtra la population.» Qu’est-ce que des opportunités pour les plus aptes et des occasions pour les multitudes ?Il est impossible d’en avoir la moindre idée.On soupçonne bien que c’est quelque chose en alliance des possibilités d'affaires.Mais tout cela est vague.Vraiment, on comprend mal le rôle des hommes de professions dans ce panier au pain, vers lequel une étoile trace son chemin, et où s’accroît la population, cependant que se multiplient des occasions qui ne se trouvent nulle part pour les multitudes.Voici un cas moins perplexe : « L’activité en chemin de fer présente un tableau frappant de l’ère d’intense activité dans laquelle entre l’Ouest canadien.» A la bonne heure ! Cela s’entend d’abord et sans peine : l’activité présente un tableau, et un tableau frappant, d'activité.On n’est pas plus clair, ni plus logique.Pour définir l’activité en chemin de fer, un autre eût cherché midi à quatorze heures, et de la cave au grenier il eût entassé balivernes sur fadaises, calembredaines sur billevesées, bourdes sur lanternes, et sornettes sur bagatelles.L’écrivailleur ministériel n’a pas connu ces laborieuses hésitations : du premier coup, il a trouvé cet apophtegme : « L’activité, c’est l’activité » ; d’où il ressort que l'activité en chemin de fer est une image frappante de celle qui se manifeste dans un Le français administratif 321 panier de pains ! Voyez comme, dans ce réceptacle, la pâte fermente et lève.Cela ne fait-il pas penser tout de suite à un chemin de fer ?Tableau frappant ! Voilà quelques-unes des horreurs, quelques-unes seulement entre mille de même farine, qui sont, par les soins du gouvernement du Canada, publiées en vue d’attirer sur nous l’attention du public français.* * * A Québec, on donne dans un autre genre de panneaux.Les écrivains du gouvernement de la province de Québec éclairent un peu leurs lanternes; mais quel froid entre eux et la syntaxe ! Savent-ils qu il y a de certains livres appelés grammaires, et d’autres appelés dictionnaires, où se trouvent des choses étonnantes sur la valeur des mots et sur l’art d’écrire en général ?La préiace d un opuscule sur les pères de douze enfants, publié récemment, est adressée « A Messieurs les députés, « de l’Assemblée Législative « pour le parlement de Québec.» Que lait là cette virgule ?Pourquoi, de / Assemblée législative, séparer ainsi Messieurs les députés ?C’est leur laire perdre tout le bénéfice des majuscules ! Et à quoi bon cette tautologie : « l’Assemblée Législative pour le parlement de Québec»?C’est du datisme.Il suffisait d’écrire : Aux membres de la législature de Québec.Dans le même ouvrage, on parle de l’inauguration de la loi Mercier en 1890, et des pères de famille qui rencontrent des objections insurmontables ! On inaugure un souverain, un monument, un ordre de choses ; on n'inaugure pas une loi.Sur les difficultés, les obstacles mués, en objections, passons.C’est de l’anglais.L’auteur de cette brochure dit en terminant : « L’ouvrage de cet index alphabétique comprend l’examen minutieux et attentif de plus de 4,500 dossiers.» A-t-il voulu faire entendre que pour la préparation de l’index il avait fallu examiner 4,500 dossiers ?Peut-être, mais lui seul le sait.* * * Autre brochure, intitulée : Instructions aux officiers des pêcheries. 322 Bulletin du Parler français Ces instructions sont surprenantes.Il s’y trouve, et en nombre qui déconcerte mon arithmétique, des ravauderies d’un calibre tout à fait inattendu.C’est jusqu’où la parole humaine peut aller, eût dit La Bruyère.« Tous détails de violation des lois doivent être communiqués.» Me sera-t-il permis de communiquer quelques détails de violation des lois de la grammaire et du bon sens ?Signalons donc, relevées au hasard dans cette œuvre extraordinaire, les expressions « mise en force des lois » pour mise en vigueur, « le record des documents dans le département » poiir le classement, « loyer de cheval » pour louage de cheval, « repas du cheval» pour nourriture du cheval, etc., et cette phrase : « Toutes lettres doivent être écrites sur du papier foolscap.» Fermons, fermons le livre des Instructions : la xie est courte.D’ailleurs, je n’ai plus que quelques feuilles de papier écolier.* * * Maintenant, je demande à ceux que cela touche : Est-il convenable que nos gouvernements écrivent en ce style incongru ?Quel avantage pouvons-nous espérer de ce baragouin ?Est-ce que ça nous glorifie de passer pour des ignorants ?Ne peut-on trouver dans tout le Canada quelqu’un qui ait au moins une vague idée de la grammaire française?.Mais il me paraît que plusieurs des nôtres n’écrivent pas mal.Pourquoi donc, s’il est besoin d’écrivains, choisir les plus ignares ?Espère-t-on qu’à force d’écrire mal, ils apprendront à le faire mieux ?Qu’on se détrompe : la source où ils puisent leurs barbarismes est profonde, et plus verse le vase, moins il se va vidant.A qui la faute ?J’entends la réponse : « C’est le chat ! » Les ministres, il est vrai, ont d’autres occupations, et ce n’est pas leur fait que la correction des'épreuves.Mais la préparation des brochures officielles ne pourrait-elle être confiée, dans chaque ministère, au soin de quelque fonctionnaire, non le premier venu, mais le plus habile ?Cela ne suffirait peut-être pas.Que l’on organise donc, s’il le faut, un service spécial ; que l’on crée un emploi — et ce ne sera pas une sinécure ! Que la cabale et l’intrigue ne puissent rien faire pour le choix de ce nouveau fonctionnaire ; que, par exemple, à Québec, ce choix soit laissé au surintendant de l’Instruction publique.Et que nulle publication officielle du gouvernement de quelque importance ne soit mise sous presse sans avoir été revue par cet employé. Le français administratif 323 C’est triste à dire, mais il n’y a pas d’autre remède.On s’en doute, la guérison ne serait pas complète.Si habile qu’il puisse être, ce fonctionnaire ne pourrait faire disparaître toutes les taches : pour tout nettoyer, pour remettre les choses à neuf, il faudrait un nouvel Hercule et un nouveau Pénée.Mais si le gros des anglicismes était enlevé, I œuvre serait bonne.Si ceux qui nous gouvernent entreprenaient de réaliser cette réforme, s’ils la réalisaient, il n’y aurait plus lieu de s’estomaquer si fort, quand paraîtrait, publié par le gouvernement, un livre en bon français.Aujourd’hui, quand on rencontre un document officiel écrit correctement, on suffoque d’étonnement.«Eh quoi ! s’écrie-t-on, une brochure du gouvernement qui n’est pas écrite en iroquois ! Vite, une croix à la cheminée ! » On exagère, je le veux bien.Tout de même, cette croix au manteau de la cheminée parce qu’un employé de l’administration sait le français, n’est-ce pas humiliant pour les écrivains ordinaires du gouvernement ?Antoine.Locutions et métaphores canadiennes.—C’est le titre d'un article (s.s.) paru dans l’Énergie française (29 avril, p.195).« Les documents de cet article, dit une note de la rédaction, sont empruntés à une très intéressante et très courageuse revue de Québec, le Bulletin du Parler français au Canada, cjui s'efforce, en dépit des anglicismes envahisseurs, à conserver pure et vive notre langue sur un sol auquel nous lient deux siècles d’histoire et dont les habitants, toujours attachés à ces communs souvenirs, méritent de nous inspirer une sympathie quasi fraternelle.» Les locutions canadiennes cpii ont attiré l’attention de notre confrère sont en effet tirées des notes du Père Potier.Le « diligent missionnaire », dit l’écrivain de l'Énergie française, notait souvent des façons de parler qui vraiment ne valaient pas la peine d’être retenues.Nous avons nous-mêmes déjà fait cette observation.Mais les locutions françaises relevées par le Père ne laissent pas de présenter quelque intérêt pour l’histoire de la langue au Canada ; nous aimons à savoir, par exemple, que telle expression, déjà populaire au XVIII» siècle, ne se retrouve plus dans notre parler ou y a pris un autre sens.Mais l'auteur de l’article a surtout remarqué les termes « imprégnés de l'arôme et de la couleur du terroir » ; il en cite plusieurs, qu’il trouve vigoureux, pittoresques, saisissants, des mieux choisis et des plus proches du réel.« Le vulgaire, écrit-il, sait parfois inventer des mots simples qui passent en exactitude et en éloquence les trouvailles du lyrisme.Le mot poudreries pour signifier les éparpillements de neige n’est-il pas de ceux-là?et ne rend-il pas parfaitement l’image d’un léger frimas secoué sur les champs d’hiver?.» Notre confrère termine son article en disant que le missionnaire « dont la vie probe et laborieuse se consuma toute entière à prendre des notes, mérite qu’on lui adresse un reconnaissant souvenir ». LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS (¦Suite) Bref (brè'f, var.: brœ'f) s.m.Cf.ang.brief, m.s.|| Mandat, ordonnance, ordre.Ex.: Bref de sommation = mandat de comparution.—Bref d’exécution — exécutoire (acte qui donne pouvoir de contraindre au payement des frais et dépens selon Jes formes judiciaires : lin exécutoire, délivrer un exécutoire.Acad.).—Bref d'arrestation = mandat d’amener, mandat d’arrêt.Yx fr.Bref est un terme d’ancienne législation : lettres de bref, lettres de chancellerie qu’on obtenait pour intenter une action, Littré.Bretter (breté) v.intr.1° || Musarder, perdre le temps à des bagatelles, fainéanter.Ex.: Qu’est-ce que tu brettes ?On t’attend depuis un heure ! = Qu’est-ce que tu fais ?à quelles bagatelles t’amuses-tu ?on t’attend.—Passer la journée à bretter = musarder toute la journée.2° || Fureter.Ex.: Qu’est-ce que tu viens bretter ici ?= Que viens-tu faire ici ?quelles nouvelles viens-tu fureter ?Dr.Bretter est un terme technique sign, denteler, Darm.Dial.Bréter : quêter, quémander, emprunter, mendier, dans le Berry, Jaubert, Lapaire.Bretteux, -euse (bretâ, bretcé.z) adj.et s.m.et f.1° || Musard, musarde ; celui, celle qui perd son temps ; fainéant, fainéante.2° || Fureteur, fureteuse.Fr.Bretteur : duelliste, Darm.Dial.Dans le Berry, brèteux, -euse : celui ou celle qui est dans l’habitude de mendier, de quémander, de demander sans gêne, Jaubert.Breumasser (brœmasé) v.impers.|j Brumasser, faire un peu de brume; Fr.Brumasser est un terme de marine, que I’Acad.n’a pas encore enregistré, mais qui se trouve dans Littré, Lar., Darm.324 Lexique canadien-français 325 Breume (brcem) s.f.|| Brume, brouillard.Dial.Breume est normand.Dicton populaire, relevé par Moisy : « Breume qui pisse, vent de bise : biau temps.» Phon.u (+ nas.) s-*- ce dans la Normandie, Guerlin de Guer, La Coin, de Thaon, et le Bas-Maine, Dottin, comme au Canada.Breunante (à la) (a la brde'nâ.t), * brqnante (à la) (a la bru-nâ:t) loc.|| A la brune.Fr.La brune : le moment du jour où il commence à faire brun, Littré.Dial.La breune est la chute du jour, le crépuscule, dans les parlers du centre de la France, Jaubert, et de la Normandie.Bull, des P.N., 273.Bricole (brikô'l) s.f.|| Bretelle, bande double sur l’une et l’autre épaule et qui soutient le pantalon, la culotte.Fr.Bricole se dit de la lanière de cuir dont se servent les porteurs d’eau pour porter leurs seaux, les infirmiers pour transporter les malades sur des brancards, en général tous ceux qui portent des fardeaux suspendus.En ce sens, il est synonyme de bretelle.Bricole se dit encore de la large bande de cuir qui contourne le poitrail du cheval, et aussi du harnais léger en cuir qui remplace le collier.Mais bricole ne s’emploie pas pour la bretelle soutenant le pantalon.Cf.Littré, Acad.# Brimbale (bré.bcrl) s.f.1° || Perche en bascule pour tirer l’eau d’un puits, tollénon.Fr.Tollénon est le terme technique pour désigner cette perche en bascule, De Chesnel, Diet, de Technologie, vol.II, col.1072.Ce mot serait tiré « du latin tolleno, fait de tollere, enlevé ».—Brimbale est français au sens de levier servant à faire aller une pompe, Acad.2° || Crémaillère (ustensile en fer qu’on scelle au fond des cheminées de cuisine et qui sert à pendre au-dessus du feu les chaudrons, les marmites, Acad.).Le Comité du Bulletin. CONGRÈS POUR L’EXTENSION ET LA CULTURE OE LA LANGUE FRANÇAISE Les organisateurs du Congrès international pour l extension et la culture < e la langue française, qui se tiendra à Liège, durant 1 Exposition, les 10, 11.1-13 et 14 septembre prochain, se sont trouvés d accord sur trois idées qui on^ inspiré leur initiative.« S'il est vrai, disent-ils dans le Programme qu'ils ont tracé à grands traits, que la civilisation, considérée dans l’ensemble des divers États, bénéficie notablement du lait que certaines orientations de ces divers Etats sont semblables et communes, d’autre part la civilisation générale ne reçoit pas un moins grand avantage de ce que dans chaque nation un génie particulier, une tendance propre, une culture différenciée, se trouvent réalisés.Il a paru aux initiateurs du Congrès qu’en préparant une œuvre utile aux peuples de langue française, on n’irait point à l’encontre des intérêts de la civilisation même étrangère, mais au contraire dans une voie favorable au progrès général.La seconde opinion qui a rallié l’assentiment des initiateurs du Congrès, c'est que la culture d’expression française, et ce qu'elle offre de différencié, d unique dans son caractère général, trouverait un accroissement dans une entente des divers peuples qui la forment.Cette entente aurait pour but de développer la solidarité naturelle des nations représentées au Congrès, et leur action commune en vue de la défense et de l’extension de la langue maternelle-Le troisième jugement qui a réuni les initiateurs, c’est que les divergences d’intérêts qui peuvent se présenter entre les membres de la grande famille des peuples de langue française ne doivent pas constituer un obstacle à l’unisson conscient de leurs vœux et de leurs efforts sur le terrain linguistique, et que, d’autre part, la civilisation d’expression française, dans l’idéal commun quelle nous offre, ne doit, en aucune circonstance, diminuer l’originalité, sacrifier le développement local autonome des divers peuples qui collaborent à son évolution historique.» A la suite de ces considérations, les initiateurs du Congrès adressent un pressant appel à toutes les personnes qui s’intéressent au développement de la langue française et les sollicitent d’adhérer au Congrès.Le prix de la souscription est de lfff par personne ; mais ne paieront que 1(K : 1" les membres de toute société savante, de toute association littéraire sérieuse ; 2" les professeurs et les élèves régulièrement inscrits de toute université ; 3o les membres du personnel enseignant.Les communications relatives aux travaux du Congrès doivent être adressées à M.Christian Beck, secrétaire général du Congrès, Institut de sociologie Solvay, "parc Léopold, à Bruxelles ; les adhésions sont reçues par M.Tilkin, trésorier du Congrès, 5, rue Lambert-le-Begue, a Liège.Bien qu’elle ne fût pas complète, la liste était déjà longue, le 15 avril dernier, des questions qu’on avait dès lors décidé de soumettre à l’examen des diverses sections du Congrès et qui feront l’objet de mémoires, de rapports et de discussions. Bibliographie 327 Il nous est impossible de la reproduire toute.Mentionnons seulement quelques-unes des questions transcrites dans la dernière circulaire du Comité organisateur ( 15 avril) : Section littéraire.Rôle des écrivains dans le maintien de la pureté et de l'unité de la langue française.—La littérature et les pouvoirs publics.Place que les leltres pourraient occuper dans la presse quotidienne.—Rôle des périodiques dans la propagande en faveur du français.Section historique et philologique, ûtude et statistique des peuples bilingues.—Le groupe des dialectes français du nord et du nord-est.—L’orthographe d usage et la simplification orthographique dans ses rapports avec la diffusion du français.Section pédagogique.Les meilleures méthodes pour perfectionner l’enseignement du français.—Le rôle de 1 instituteur vis-à-vis des patois.Section sociale et juridique.La situation constitutionnelle et légale des habitants de langue française dam les pays bilingues, et spécialement en Belgique et au Canada.BIBLIOGRAPHIE (Il sera rendu compte des ouvrages dont un exemplaire sera adressé au Comité du Bulletin, casier 221, Québec.) Pierre-Georges Roy, La Famille d'Irumberry de Salaberry.Lévis, 1905 ; in-8°, 200 pages.L’infatigable chercheur qu’est le directeur du Bulletin des Recherches historiques continue ses études généalogiques et biographiques.11 a déjà publié : La Famille Taschereau (1901), la Famille Frémont (1902), la Famille Juchereau Duchesnay (1903), la Famille d'Estimauvillé de Beaumouchel (1903), la Famille Taché ( 1901), la Famille Godefroy de Tonnancour (1904), la Famille Robert de la Morandière (1905), et l’étude dont nous venons de transcrire le titre.La Famille Panet est sous presse ; la Famille Aubert de Gaspé, en préparation.Le volume sur la Famille d'Irumberry de Salaberry contient plus qu’une nomenclature généalogique.Des biographies, des portraits, des documents importants, dont plusieurs inédits, en font une contribution précieuse à l’histoire générale du pays.Ajoutons que les lettres de la sœur Marie-Catherine-Françoise Céloron de Blainville à son cousin, Ignace-Michel-Louis-Antoine de Salaberry, donnent à l’ouvrage une valeur littéraire singulière.A.R.-L. ANGLICISMES ANGLICISMES Cap.Scotch cap.Smoking cap.Cap (de fusil, etc.).Prendre un night cap .Cap (pièce formant la couverture d’un bouton, etc.).Carriage (plate-forme mobile portant l’objet à travailler dans une machine-outil).Carriage (voiture portant les échelles, à l’usage des pompiers) .Carriage (partie d’une voiture à laquelle sont attachées les roues).Carriage.Carried.Channel (terme de cordonnier : raie pratiquée autour de la semelle d’un soulier pour y cacher le point).ÉQUIVALENTS FRANÇAIS Bonnet, casquette.Bonnet écossais.Calotte, calotte grecque, bonnet, bonnet grec, toque, etc.Capsule, amorce.Boire un dernier verre, un dernier coup (avant de se retirer, avant de se coucher, le soir).Littéralement : Mettre un bonnet de nuit.Calotte, recouvrement.Chariot.Voiture-échelle.Train (de voiture).Voiture (en général).Adopté.Gravure.Le Comité du Bulletin.328 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES Nota.—Les-lettres gl., à la suite d’un titre, indiquent que l’article est tiré des Glanures.PAGES Abréviations et signes abréviatifs.6 A lire yl.29 Alphabet phonétique.5 Alphabet universel—gl.261 Anglais (1’) en Angleterre— gl.186 Anglais et Normands—gl.186 Anglicisme (T), i’Abbé F.-X.Rurque.197 Anglicismes, le Comité du Bulletin.68,99, 132, 164, 196, 232, 268, 304, 328 A propos des feux de la Saint-Jean—gl.26 Art (T) des vers— gl.24 Articles signalés—gl.193, 260 (Voir Bibliographie—Revues.) Bas bleus—gl.262 Bernard (M.Jean), émigré sans le savoir—gl.26 Bibliographie, Comptes rendus, Bulletin bibliographique : Atlas linguistique de la France (Gilliéron et Edmont), fasc.IX, X et XI, A.Rivard-Laglanderie.67 Bibliographie des Travaux de Gaston Paris (Joseph Bédier et Mario Roque)—gl.259 Chansons populaires et Traditions du Nivernais (Achille Mil lien)—gl.23, 87 Choses d'autrefois (Ernest Gagnon), A.Rivard-Laglan- DERIE.228 De la véritable nature des Diphtonges dans la langue française (Georges Saint-Mieux), A.R.-L.267 De la formation des Noms de lieux du Poulet (Georges Saint-Mieux), A.R.-L.265 Dictionnaire de la prononciation moderne de la langue française (V.Delahaye), A.Rivard-Laglanderie.264 329 330 Bulletin du Parler français pages Ernest Raynaud (Fernand Clerget), A.Rivard-Laglan- DERIE.139 Études de Littérature canadienne (Ch.Ab der Halden)—yl.29 Études sur le vers français (Maurice Grammont)— gl.'24 Itinéraire de I^tuis ci Jérusalem par Julien (E.Champion), C.R.162 International French-English and English-French Dictionary (R.-M.Pierce), A.Rivard-Laglanderie.302 La Comtesse de Frontenac (T.-P.Rédard), A.R.-L.189 La famille d-Irumberry de Salaberry (P.-G.Roy), A.R.-L.Le Canada français (A.-Léo.Leymarie)—gl.Le Palinod de Normandie, A.Rivard-Laglanderie.Les Aspirations (W.Chapman)—gl.23 Les Ecclésiastiques et les Royalistes français fl l'époque de la Révolution, 1791-1802 (N.-E.Dionne), 1 Abbé Amédée Gosselin.Les Émotions modernes (Emile Lante), A.Rivard-Laglanderie .Les Épousailles de Brébiot (Léon LeBerre)—gl.Les Gouttelettes (P.LeMay), Jean Lionnet—gl.L'Histoire de la Seigneurie de Lauzon (J.-E.Roy)—gl .L'Instruction publique dans la province de Québec (Paul de Cazes), A.R.-L.L’Intendant Talon (Thomas Chapais)—gl.L'Origine et le Parler des Canadiens français (l'Abbé S.-A.Lortie et Adjutor Rivard), L.Vignon.— gl., — ; • .Mission de la langue française au Canada (l’Abbé Vignot) 327 303 230 , 62 300 266 25 23 23 302 86 190 62 gl.;.303 Noms sauvages—Étymologies (Eugène Rouillard), A.R.-L 301 Nouveau dictionnaire anglais-français et français-anglais (J.Mac-Laughlin)— gl.H5 Propos d'art et de technique (Félix Gaudin)—gl.62 Relation par lettres de l’Amérique Septentrionale (éditée par le R.P.C.de Rochemonteix, S.J.), l’Abbé Amédée Gosselin .44 Revues, Périodiques, Journaux—gl : P'Action régionalisé.•, 18a, 186.—P Ame lutine, 159, 260.P Ann du Clergé, l&9.—L'Ao:nir du Nord, 157, 187, 208.— Annales de Philosophie chrétienne, 260.—Bibliothèque de l’École des Chartes.262.—Pe Table alphabétique des matières 331 PAGES Bouais-Jan, 26, 186.— Bulletin de la Caisse nationale d'économie, 26.— Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 260.Bulletin de la Canadienne, 193 — Bulletin des Recherches historiques, 63, 261.— Bulletin d s Conférences et des Cours de la haculté des Lettres de Poitiers, 105.— Bulletin du Glossaire des Patois de la Suisse romande, 39, 260.— Bulletin italien.24, 259.—Le Canada, 290, — Le Correspondant, 261.—Le Croissant, 225.—La Croix, 208.—Le Droit d’auteur, 86.— L’Énergie française, 283.— L'Enseignement chrétien, 86, 105, 226.— L’Enseignement primaire, 64, 208.— L Enseignement second,dre, 110, 261.— Études religieuses, 277.— L'Événement, 290.— Feuilles nouvelles, 29, 159, 261.—Le Gaulois, 160.— L’Hermine, 86, 208.— L'Informateur des yens de lettres, 26, 86, 158, 277.Jérusalem, 27.—Le Journal de Françoise, 193, 260.— Le Maître phonctque, 193.— Le Manitoba, 225.—Modern Language Notes, 193.— Le Mois littéraire et pittoresque, 24, 87, 262.— Le Nationaliste, 64, 208, 290.— La Nouvelle France, 63.—Paris-Canada, 86, 93, 187.—La Patrie, 63, 290, 303.— Le Polybiblion, 26, 62, 105, 260.— La Presse, 290.—La Province (Havre), 25, 193.—Questions diploma-tiqu s et coloniales.260.—Revue bleue_.260, 277.—Revue canadienne, 86, 159.—La Revue de Bretagne, 25, 160, 208.— Revue de la Jeunesse catholique, 193.— Revue de l’Enseign ment des Langues vivantes, 261.—Revue de Linguistique et de Philologie comparée, 105, 115, 261.—Revue de Philologie française et de littérature, 193, 277.—Revue des Deux Mondes, 260.—Revue des Facultés de l’Ouest, 261.—Revue des idées, 277.—Revue des Langues romanes, 24, 160.—Revue des Poètes, 23, 159, 187.—Revue des traditions populaires, 86, 93, 158, 185.—Revue du Clergé français, 226.—Revue du Midi, 260.—Revue du Nivernais, 23, 87.—Revue forézienne et vellave, 169, 231.—Revue hispanique, 260.—Revue latine, 160, 260.—Revue pédagogique, 277.— La Revue picarde et normande, 25, 193, 290.—Revu • septentrionale, 193.—Revue universitaire.25, 110.—Romania, 262.—Le Saint-Laurent, 208.—Le Soleil, 290.—Le Terroir breton, 25.—La Tradition, 25, 159, 259, 303.—La Vérité, 208.—La Vérité française, 277.—La Vie normande, 25.—Le Volume, 2/7.— Vox, 186, 231.Rapport du Surintendant de l'Instruction publique de la province de Québec pour l'année 1903-Î90b.267 Recherches historiques, A.R.-L.163 Scènes normandes (Charles Vérel), A.Riyard-Laglanderie 162 Sixième Rapport de la Rédaction du Glossaire suisse- romand—gl.283 Un Compositeur typographe de Québec (l’Abbé S.-A.Lortie)—gl.'.93 Un Poète maudit (Ch.Ab der Hidden), C.R.188 Rretagne (la) qui chante, poésie, Louis Tiercelin.124 Bulletin d’observations N° 2.267 332 Bulletin du Parler français PAGES Bulletin (le) et la presse—gl.200 Bulletin (le) en France—gl.105 Bureau de direction de la Société du Parler français au Canada, 1904-1905.64 Capitales (les), le Comité du Bulletin.89 Cartouche et Mandrin au Canada, MgrJ.-C.K.-Laflamme_____ 40 Celtes et Scandinaves ou ibères et latins—gl.259 Cerveau normand (le).87 Chapman (M.) et M.Fréchette—gl.27 Clameur (la) de haro—gl.259 Classique (le) et le romantique—gl.115 Comptes rendus (Voir Bibliographie).Concours (un)—gl.26 Concours de poésie—gl.290 Congrès pour l’extension de la langue française.326 Contrefaçon littéraire (la) au Canada—gl.86 Cours de vacances à l’Université McGill.28 Cultivons notre langue—gl.157 Dans la presse—gl.290 Débitants de tabac—gl.158 Deux questions de phonétique française—gl.100 Discours de l’honorable M.P.Boucher de la Bruère, président de la Société du P.F., 5 décembre 1904.106 Discours de Mgr O.-E.Mathieu, président d’honneur de la Société du P.F., 5 décembre 1904.103 Droits des auteurs français au Canada—gl.158, 283 Échanges.38 École (1’) de Rambouillet—gl.185 Élections des Directeurs de la Société du P.F., 1904-1005.64 Émigré sans le savoir—gl.26 Épurons notre langue— gl.187 Étude sur l’histoire de la littérature canadienne — Nos origines littéraires—1760-1800, l’Abbé Camille Roy.233, 305 Façons de parler provinciales, triviales, figurées, etc., des Canadiens au XVIIIe siècle, le R.P.P.Potier, S.J.213, 252, 291 Fêtes de Hontleur et de Saint-Malo — gl.225 Feux de la Saint-Jean—gl.26 Figuration de la prononciation (signes conventionnels).5 Table alphabétique des matières 333 PAGES Fléau (Un), poésie, Pamphile LeMay.284 Formulettes d’enfants—gl.86 Français (le) administratif, Antoine.318 Français (le) chez les Canadiens anglais—gl.28 Fréchette (M.) et M.Chapman—gl.27 «Gars du Berry» (les)—gl.63 Genre (le) des noms communs dans notre parler populaire, Adjutor Rivard.7 «Genus irritabile vatum»—gl.,.27 Glanures, le Comité du Bulletin.23, 29, 62, 86, 93, 100, 105, 110, 115, 157, 169, 185, 193, 208, 225, 231, 259, 267, 283, 290, 303, 323 Glossaire des Patois de la Suisse romande—gl.283 Grammaire (Questions de), A.L.15 Heureuse coquille—gl.88 Honfleur (les Fêtes de)—gl.225 Homme (1’) dans la lune—gl.86 Installation d’éclairage électrique, l’Abbé Henri Simard.170, 278 Italique (De 1’), le Comité du Bulletin.89 Lamennais (Les deux)—gl.87 Langue française (la), Edouard Fabre-Surveyer.28 Langue française (la) déformée par l’orthographe—gl.25 Langue nationale (la)—gl.88 Langue technique (la)—gl.62 Lauréats—gl.23 Lexique canadien-français, le Comité du Bulletin.19, 58, 80, 125, 153, 181, 221, 256, 294, 324 Littérature régionale—gl.186 Locutions et métaphores canadiennes—gl.323 Matières à discours—gl.24 Mercier (Louis)—gl.159 Millet (Ernest), A.R.-L.78 Millien (Achille)—gl.23 Mots techniques—gl.157 Nationalisation (la) de la Littérature canadienne, l’Abbé Camille Boy.116, 133 Nécrologie : M.le Chanoine Jean-Rémi Ouellette, le Comité du Bulletin.64, 69 — : M.J.P.Tardivel, le Comité du Bulletin.269 334 Bulletin du Parler français pages N’est-il pas mieux ?—gl.25 Noms sauvages—Etymologie, Eug.Rouillard.17.), 209, 2o0, 237 Norrois—gl.185 Notre œuvre—gl.8/ Notre Société—gl.1.187 Notre Société en France—
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