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Titre :
Bulletin du parler français au Canada
Organe de la Société du parler français au Canada qui y publie des études de linguistique et des réflexions sur les conditions de l'évolution de la langue française au Québec et au Canada.
Éditeur :
  • Québec :Société du parler français au Canada,1902-1914
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Parler français
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Références

Bulletin du parler français au Canada, 1907-11, Collections de BAnQ.

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A?// £ Vol.Vl NOVEMBRE 190’?No 3 BULLETIN DU SOMMAIRE Pages 81—Les nouveaux cantons.'§7—Extrait du livre des délibérations de la Société du Par 1er français au Canada.98—Prononciation des mots anglais francisés .102—Terminologie technique.115—Livres et Revues (Canadiana).j 112— Bulletin bibliographique.113— Lexique canadien-français.119— Sarclures.120— Anglicismes.v .RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Editeur-dépositaire, à Paris: R.CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire.Etc.Rouili.ard.ÀDJUTOR RiVARD.A.R.L’abbé -C.Roy.AdJutor Rivard.Adjutor Rivard.Le Comité do Bulletin.Le SarCleor.Le Comité du Bulletin. ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d'après MM.Gili.ikron et l'abbé Housskcat Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, n, b, d, n, f, j, k.I, ni, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu’en français.g — g dur (gateau) ; s = s dure (sa) ; œ — eu français (heureux); iv = ou semi-voyelle (oui); y — i semi-voyelle (pied); iv — il semi-voyelle (huile); é = e féminin (je); h marque l’aspiration.Lettres nouvelles.u = ou français (coucou) ; e = ch français (c/iez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée: / (son voisin de l + y, l mouillée italienne), k (son voisin de k + y), g (son voisin de g + y), n (gu français de agneau).—Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents: t, d (sons voisins de t + s, d + :; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : a (a de patte), e (e de péril), o (o de botte), œ (eu de jeune).—Les voyelles marquées d’un accent aigu sont fermées : d (a de pdte), é (e de chanté), 6 (o de pot), de (eu de eux).—Les voyelles marquées d’un accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), ô (o de encore), ce (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales : â (an de sans), ë (in de vin), ô (on de pont), œ (un de lundi).— Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves a-, etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d’un accent, elles sont toniques: a, i, etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô[o].= o demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.11 n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son. Vol.VI, N° 3.—Novembre 1907.LES NOUVEAUX CANTONS Le canton est une division territoriale du comté, servant à mieux localiser et à déterminer avec plus de précision les terrains concédés.L’étendue moyenne des cantons est de soixante à cent mille acres, et leur forme correspond généralement à un carré de six à neuf milles de côté.Le gouvernement impérial, dans les dernières années du dix-huitième siècle, institua cette division géographique appelée, dans sa pensée, à déterminer les limites des nouvelles paroisses.Saul les fiefs et seigneuries déjà concédés sous le régime français, tous les comtés de la province de Québec, furent, à partir de 1790, divisés en cantons.En 1 année 1906, la province de Québec comptait quatre cent trente cantons, les uns affectés à la colonisation, les autres à des lins industrielles.On vient d’en ajouter une trentaine de nouveaux.lous ces cantons ont reçu, lors de leur organisation, des noms dont le choix, sauf quelques rares exceptions, est assez judicieux.On s’est appliqué, dans la plupart des cas, à perpétuer le souvenir d’illustrations canadiennes.Une part assez large a même été laite aux hommes politiques de la génération actuelle.Pourvoir un canton (township) d’un nom convenable n’est pas — on voudra bien le reconnaître — chose indifférente.Nous sommes même d’avis que l’on devrait toujours y apporter le plus grand soin et se montrer assez difficile lorsque le temps est venu d’attacher une étiquette à une partie du territoire.Ce ne sont pas les noms historiques qui font défaut.Notre histoire nous en offre à chaque page, seulement, un triage est nécessaire.S’il se rencontre en effet des noms qui s’imposent d eux-mêmes au souvenir de nos compatriotes et dont il est utile de perpétuer la mémoire, il en est d’autres qui ne perdent rien à demeurer dans l’oubli.Notre préférence doit porter au reste 81 sur 82 Bulletin du Parler français au Canada les illustrations du passé.Quant aux contemporains, ils ont, d’une manière générale, tout le temps d’attendre que l’heure de la célébrité ait sonné pour eux, avant de passer par les honneurs de l’affichage public.Les nouveaux cantons qui viennent d’étre créés sont tous situés sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent et dans le Labrador canadien, de la rivière Musquarro à Blanc-Sablon.M.Eugène Taché, sous-ministre des Terres et Forêts, qui avec l’assentiment du ministre, l’honorable M.Turgeon, a préparé l'organisation de ces cantons, a été particulièrement heureux dans le choix des •noms qu’il leur a donnés.Chacun de ces noms rappelle le souvenir d’un navigateur illustre ayant exploré la Côte-Nord, ou encore, l’un ou l’autre des premiers concessionnaires des droits de pêche et de chasse dans cette partie lointaine du pays.En voici la liste, avec, en regard, quelques notes destinées à faire mieux connaître les personnages que l’on a voulu ainsi faire revivre.Bissot.—François Bissot de la Rivière fut le premier concessionnaire du fief et de la seigneurie de l’Ile-aux-Œufs, à quarante lieues en bas de Tadoussac.Cette concession lui fut faite en 1661 par la compagnie des Cent-Associés.Bissot jeta là, sur cette Ile-aux-Œufs, qui devint depuis si célèbre par le naufrage de la flotte de l’amiral Walker, les fondations de son premier établissement de pêche.Il installa ensuite sur la terre ferme différents postes échelonnés de distance en distance, et fit du havre de Mingan son chef-lieu.De Québec, raconte M.J.-E.Roy, dans son Histoire de la Seigneurie de Lauzon,Bissot dirigeait ses exploitations lointaines.Chaque printemps, ses barques chargées d’engins de pêche et de marchandises de traite, partaient de la capitale et ne revenaient que quand la saison était finie.Le plus jeune des fils de Bissot, François-Joseph, passa la plus grande partie de sa vie au Labrador, sur les bords du havre de Mingan où il s’appliqua à mettre en valeur les établissements commencés par son père.Il mourut en 1737.Lalande.—Jacques de la Lande, sieur de Gayon, fut sénéchal, juge civil et criminel de la côte et seigneurie de Lauzon jusqu’en 1682 ,v.Il avait épousé la veuve de François Bissot.Après la mort de ce dernier, Lalande et Louis Jolliet se firent concéder les (1) J.-E.Roy, Histoire de la Seigneurie de Lauzon. Les nouveaux cantons 83 îlets de Mingan échelonnés en face de la côte.Ils fixèrent des postes un peu partout, au Mécatina, à l’île Sainte-Marie, dans la baie de Saint-Augustin.En 1690, ces établissements de pêche eurent à souffrir du passage de la flotte de l’amiral Phips qui venait assiéger Québec.La flotte anglaise qui remontait le fleuve détruisit en effet les principaux établissements français affectés à la pêche.La Gorgendière.—Un des héritiers de Jolliet, Joseph Fleury de la Gorgendière avait épousé Claire Jolliet, fille de Louis Jolliet, à qui la concession primitive du fief de l’ile d’Anticosti avait été laite en 1680.De la Gorgendière hérita aussi en 1725 de deux parties du fief des îles de Mingan.En 1751, il était grand-voyer à Québec, mais l’intendant Bigot le révoqua l’année suivante.Duchesneau—Intendant de la Nouvelle-France (1675-1682).Cet intendant est l’auteur d’une excellente carte de la côte nord du fleuve Saint-Laurent, et a signé la plupart des concessions de pêche sédentaire qui furent faites sur la côte.Peuvret.—Jean-Baptiste Peuvret, Sieur de Menu, était le fils de Jacques Peuvret, conseiller du roi, lieutenant-criminel en l’élection du Perche.Il remplit la charge de greffier du papier teniei sous 1 intendant Duchesneau, et hérita de la seigneurie de Gaudarville.Le Gardeur.—Le personnage dont le nouveau canton rappelle le nom — Le Gardeur de Courtemanche, fils de Le Gardeur de Repentigny—lut d’abord capitaine d’une compagnie de la marine, puis un peu plus tard commandant pour le roi à la côte du Labrador.L auteur de / Histoire de la Seigneurie de Lauzon nous dit que Le Gardeur a laissé sur cette étrange contrée des mémoires importants.L’historien Ferland rapporte de son côté que le souvenir de Courtemanche n était pas perdu, il y a cinquante ans, parmi les pêcheurs de cette côte sauvage.Liénard.—Daniel Liénard de Beaujeu, lieutenant d’une compagnie de troupes du détachement de la marine, se fit accorder une concession de pêche en 1749 sur la Côte-Nord.Bréard.—Sieur de Bréard était membre du Conseil Supérieur de Québec.Ce lut lui qui, ayant été nommé Commissaire en 84 Bulletin du Parler français ar Canada 1754, envoya à Montréal, cette année-là, 300 hommes de Québec et 50 de Trois-Rivières, pour faire les récoltes.Quelques années auparavant, en 1748, il s’était plaint au ministre de l'intendant Hocquart et déclarait, dans un mémoire, que ce dernier avait laissé les finances de la colonie dans une telle confusion qu’il lui avait été impossible de mettre Bigot à même d’en rendre compte par le retour des vaisseaux.Bréard possédait une concession de pêche sur la Côte-Nord.Baune.—Sieur Baune était capitaine des gardes du gouverneur de la Nouvelle-France, M.de la Jonquière.Il obtint en 1749 la concession du poste du cap Charles sur la côte du Labrador.Bellecourt.—François La Fontaine de Bellecourt, conseiller au Conseil Supérieur, avait hérité en 1733, des héritiers Jolliet et Bissot, du fief des îles de Mingan et de File d’Anticosti.Saint-Vincent.—Sieur de Saint-Vincent, enseigne dans les troupes du détachement de la marine pour le service du roi en la Nouvelle-France, devint concessionnaire en 1740 d’un poste de pêche sur la Côte-Nord.Il possédait aussi, à titre de fief et de seigneurie, une certaine étendue de terre le long du lac Champlain.Estèbes.—Sieur Guillaume Estèbes était membre du Conseil Supérieur de Québec.Il obtint, en 1749, une concession pour la pêche au loup marin et la traite des pelleteries dans la haie de Watsheshoo.Les archives d’Ottawa possèdent un mémoire des sieurs Estèbes et Cugnet contenant leurs propositions pour l’établissement de la pêche du loup marin et de la traite dans la haie de Ivitchechatchou (1749).Montesson.— C’est le nom de l’un des concessionnaires français de droits de pêche sur la Côte-Nord.Bois Hébert.— Sieur Louis Deschamps de Bois Hébert était capitaine de tompagnie du détachement de la marine en la Npu-velle-France.Sa veuve, Geneviève de Ramezay, obtint une concession en 1738 sur la Côte-Nord.La veuve de Bois Hébert possédait en outre la seigneurie de Ramezay qui fut vendue en 1900 à Pierre-Louis Panet.D’Haudebourg.—M.Volant d’Haudebourg était l’un des représentants de Bissot de la Rivière.En 1750, le gouverneur de la Nouvelle-France, M.de la Jonquière, écrivit au ministre pour lui faire donner le brevet de commandant du Niagara. Les nouveaux cantons 85 Bougainville.— Louis-Antoine de Bougainville est l’une des gloires de notre ancienne mère patrie et l’une des illustrations de la Nouvelle-France, sous l’ancien régime.Il servit en 1756 comme aide-de-camp du marquis de Montcalm, chargé de la défense du Canada, et se signala dans plusieurs rencontres avec l’ennemi.Après la cession du Canada à l’Angleterre, de Bougainville entra dans la marine et s’éleva au rang des marins les plus célèbres de la France.Il a enrichi la géographie d’un grand nombre de découvertes.Cook.—Il n’était que juste de commémorer le souvenir du célèbre navigateur anglais qui visita notre grand fleuve à l’époque où Québec était assiégé par le général Wolfe.C’est en effet en 1759 que Jacques Cook, commandant à bord du vaisseau le Mercury, sonda le canal qui est au nord de l’île d’Orléans et en leva le plan avec une intelligence qui donna dès lors une haute idée de ses dispositions.Ce premier essai le fit charger de dresser la carte du cours du fleuve Saint-Laurent.Il l’exécuta avec tant de succès que cette carte a été la seule longtemps en usage et qu’elle n’a pu être remplacée avec avantage qu’en 1830 par la carte du capitaine Bayfield, de la marine royale anglaise, qui releva à son tour le fleuve et le golfe du Saint-Laurent.Sa seconde campagne dans l’Amérique Septentrionale date de 1764.Il fit à cette époque les plans des côtes de Terreneuve avec l’exactitude et la précision du talent le plus éclairé.Aucun navigateur n’a plus enrichi la géographie que l’immortel Cook.Brouague.— Sieur François de Brouague était fils d’un marchand de Québec.Il exerça pendant longtemps la charge de commandant pour le roi sur la côte du Labrador.Il avait épousé en deuxième mariage Louise-Madeleine d’Esglis dont le frère devait être le premier évêque canadien de Québec.Aux archives d’Ottawa, on possède deux mémoires assez considérables adressés par le sieur de Brouague au Conseil de marine sur les événements survenus à la côte du Labrador entre les années 1718 et 1723, et sur la pêche et le commerce de ce pays.Marsal.—C’est le nom d’un ancien concessionnaire français de droits de pêche sur la Côte-Nord.Pontchartrain.—Sous le régime français, Le Gardeur de Cour-temanche avait obtenu du gouvernement, sur la côte du Labrador, 86 Bulletin du Parler français au Canada une vaste baie parsemée d’ilots qui fut désignée sous le nom de baie des Phélyppeaux.Il y bâtit un fort qu’il appela Pontchar-train.Après la mort de Le Gardeur, l’établissement de Pont-chartrain passa à son gendre Foucher.Un des fils de ce dernier, qui était écrivain du roi, substitut du procureur et conseiller du roi à Montréal, ajouta à son nom celui de Labrador.Chevalier.—C’est le nom d’une famille établie dans l’ancienne seigneurie du chevalier de Saint-Paul, et dont les descendants vivaient naguère encore à cet endroit.Phélyppeaux.—Ce qui constitue aujourd’hui la baie de Brador était désigné sur les cartes françaises du dix-huitième siècle et dans les vieux titres de concession sous le nom de Baie des Phélyppeaux.Jacques Cartier s’arrêta à ce port en 1534 et au commencement du XVIII siècle M.Le Gardeur de Courtemanche y fit la chasse et la pêche sur une grande échelle.Brest.—Le découvreur du Canada, Jacques Cartier, visita la baie de Brest lors de son premier voyage, et c’est lui qui lui donna ce nom.Les autres cantons sont ceux de Bonne-Espérance, nom d’une grande baie ainsi nommée depuis des siècles, l’Archipel du Blanc-Sablon, l’Archipel du Vieux-Fort, l’Archipel de Saint-Augustin, l’Archipel Kécarpoué, l’Archipel du Gros-Mécatina, l’Archipel du Petit-Mécatina, l’Archipel de Ste-Marie et l'Archipel Ouapitagon et Coacoaehou.Eug.Bouillard. EXTRAIT DU LIVRE DES DÉLIBÉRATIONS DE LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA Séance de l’Assemblée générale, 9 mai 1907.Le Secrétaire général donne à l’Assemblée lecture d’une communication du Bureau de direction : Le Rureau de direction de la Société du Parler français a reçu de M.Eugène Rouillard, membre de la Commission de géographie du Canada comme représentant de la province de Québec, la lettre suivante: « Québec, 30 avril 1907.« M.Adj.Rivard, Secrétaire de la Société du Parler français au Canada, Québec.« Monsieur, « J’ai l’honneur d’informer la Société du Parler français que, la Commission de géographie du Canada ayant manifesté le désir que la province de Québec fût représentée comme les provinces-sœurs dans cette Commission, l’honorable M.Turgeon, ministre des Terres et Forêts, a décidé, par un décret en date du 12 avril 1907, de me confier cette charge.Je crois ajouter qu’avant même que cette nomination eût lieu, j’étais déjà, depuis plusieurs mois, en correspondance régulière avec la Commission de géographie, qui désirait fixer l'orthographe de çertains noms géographiques français et sauvages.« Le 21 mars dernier, à la suite de certaines représentations que je crus devoir lui faire, touchant l’orthographe des noms de lieux, la Commission de géographie me fit savoir «qu’elle com-« prenait toute la difficulté qui existait pour elle de s’occuper des «noms dé la province de Québec, à cause de l’usage des deux 87 88 Bulletin du Parler français au Canada « langues dans cette province, et qu elle était de plus en plus «davis qu il lui faudrait accepter deux nomenclatures, anglaise «et française, pour cette province ».« Je lui répondis immédiatement qu’une double nomenclature n aurait pour effet que de produire la confusion et qu’il valait bien mieux sur ce point s en tenir aux règles déjà posées par la Commission elle-même.Quelques jours plus tard, me rendant encore mieux compte de 1 importance de la question, je combattis avec plus de force que jamais 1 idée de cette double nomenclature et annonçai à la Commission que la Société du Parler français, que j avais consultée sur cette question, était de mon avis.J’allai plus loin; dans la même lettre, j’offris à la Commission, ce qu’elle accepta, de lui communiquer sur ce sujet une expression d’opinion de la Société du Parler français.« Je soumets donc de nouveau le point en litige—l’opportunité d’une double nomenclature géographique—à la Société du Parler français, lui demandant respectueusement de vouloir bien formuler son opinion sous une forme officielle.« J ai 1 honneur d’être votre très obéissant serviteur, « Eue.Rouillard, Représentant de la province de Québec dans la Commission de géographie du Canada.» Le Bureau de direction a constitué un comité spécial, composé de M.l’abbé Camille Boy, licencié ès lettres, docteur en philosophie, professeur de littérature française à l’Université Laval, membre de la Société Royale du Canada, président de la Société du Parler français; M.l’abbé Amédée Gosselin, maître ès arts, professeur d’histoire du Canada à l’Université Laval; M.l’abbé S.-A.Lortie, maître ès arts, docteur en théologie, professeur à l’Université Laval, archiviste de la Société du Parler français ; M.Eugène Rouillard, représentant de la province de Québec dans la Commission de géographie; M.Adjutor Rivard, professeur à l’Université Laval, secrétaire général de la Société du Parler français au Canada.Ce comité a été chargé d’étudier la question posée à la Société par M.Rouillard, et de présenter sur cette question un rapport à l’Assemblée générale.Le Secrétaire général présente ensuite à l’Assemblée le rapport du Comité spécial établi par le Bureau. Extrait du livre des délibérations etc.89 Rapport du Comité spécial Pour répondre plus clairement à la question qui nous est faite, nous croyons utile de rappeler brièvement quelques notions générales sur l’origine des noms propres.Les noms de lieux sont des noms propres comme les noms de personnes.Les uns et les autres se forment de la même manière.A l’origine, tous les noms propres furent des noms communs.Après avoir appliqué à un individu un nom commun comme qualificatif, on le lui a appliqué pour le désigner à l’exclusion des autres, et le nom commun a été transformé en nom propre.C’est encore ainsi que se font les sobriquets.Une fois transformé, le nom a pu passer d’une personne à une autre; ainsi, un grand nombre de noms d’hommes sont empruntés à l’histoire, à la Bible, au martyrologe, etc.Ces noms; la plupart très anciens, ont entièrement perdu le sens qui leur était d’abord attribué.(Auguste a voulu dire majestueux, Martin a signifié guerrier, etc.) D’autres noms d’hommes, de formation récente, laissent voir encore leur signification première ; ils sont tirés de noms communs qui marquent quelque circonstance particulière.(Circonstances de naissance : Laine; d’âge: Lejeune; de richesse: de Beaulieu, seigneur de Beaulieu, bellnm locum; qualités physiques : Lecourt, Rousseau ; qualités morales : Lebon, Léueillé; ressemblances physiques ou morales: Poulin, Legeaij; métier: Fabre; nationalité: Langlois; etc.) Ces noms ne sont pas moins soumis à toutes les règles qui gouvernent les noms propres; ce sont des noms propres plus jeunes que les autres, comme les noms de famille sont moins anciens que les noms de baptême, mais rien ne les distingue des noms dont le sens est perdu.Avant d’aller plus loin, nous ferons remarquer que ces noms propres de personnes ne se traduisent point.M.Young reste M.Young même en français ; M.Lejeune continue à s’appeler M.Lejeune, même en anglais.M.Littlejohn ne signe pas Petitjean, quand il écrit en français.Les critiques anglais ne traduisent pas Jean-Jacques Rousseau par John James Rousseau.Or l’origine des noms de lieux est analogue à l’origine des noms de personnes.On peut, à ce point de vue, les classer, comme les noms de personnes, en deux catégories : 1° Les noms de lieux sont souvent tirés de l’histoire, empruntés à des personnages illustres.Ainsi, en France, Saint-Quentin a été 90 Bulletin du Pabler français au Canada ainsi nommé, parce que cette ville honore comme patron saint Quentin, apôtre du Vermandois.Un grand nombre de noms de lieux, dans la province de Québec, ont été ainsi formés: Montcalm, Champlain.Maisonneuve, Saint-Hyacinthe, etc.2° Comme les noms de personnes, les noms géographiques peuvent aussi être formés de noms communs.Les pays, les régions, les villes et les villages tirent parfois leurs noms de leur situation, de leur aspect, de leurs productions, de leur commerce, de leur industrie, ou de quelque autre circonstance particulière; les fleuves et les rivières peuvent aussi être nommés d’après la couleur de leurs eaux, la nature de leur cours; les montagnes, d’après leur altitude, leur forme, leur couleur, etc.Par exemple, en France, on a nommé Coudray, un lieu fécond en coudriers ; Taillebois, un village où l’on taille le bois; Vimoutier, une ville bâtie près d’un moutier, sur la Vie (rivière); Aube, une rivière aux eaux blanches ; Mont-Blanc, une montagne recouverte de neiges éclatantes; Bagnères, un lieu propre aux bains (balnea); Dauphiné, une province dont les princes portaient un dauphin sur leurs armures ; etc.Pour des raisons pareilles, on a formé ici des noms comme Saint-Jean-Port-Joli, Cap-à-l'Aigle, Pointe-aux-Trembles, Ile-aux-Coudres, Anse-aux-Gascons, Grondines, etc.(Voir les Noms de lieux, par M.Cocheris.) Nous reprendrons maintenant, l’une après l’autre, ces deux espèces de noms, pour nous demander si l’on doit, si l’on peut les traduire.1° Noms géographiques formés d’un nom de personne Pas plus que le nom de personne, le nom de lieu qui est tiré de celui-là ne peut se traduire.Le nom de personne a été donné au lieu pour rappeler le souvenir de quelque personnage illustre, d’un fondateur, d’un patron.Traduit, ce nom ne rappellerait plus rien.Newhouse ne peut faire penser à M.de Maisonneuve.Mais assez souvent un nom commun accompagne le nom propre qui sert à former le nom de lieu.Exemple: Cap-de-la-Made-leine.S’il s’agissait de désigner un cap, un promontoire, le mot cap resterait nom commun, et l’on écrirait, sans trait d’union et avec un petit c: le cap de la Madeleine, comme on écrit le cap 91 Extrait du livre des délibérations etc.Diamant(i'.Mais c’est un nom de lieu, un nom de paroisse, et le mot cap fait partie de ce nom ; on écrit donc : Cap-de-la-Made-leine.Aucune partie de ce nom propre composé ne peut se traduire.En effet, « cape de la Madeleine» désignerait un cap, un promontoire qui s’appellerait De la Madeleine, mais non pas un endroit, une paroisse, un village nommé Cap-de-la-Madeleine.C’est un seul nom, propre et composé.Donc, les noms géographiques de cette première catégorie (et elle comprend tous les noms géographiques où entrent un nom propre accompagné ou non de noms communs, et de tous ceux dont le sens primitif est effacé—comme Paris, Madrid, etc.) ne se traduisent pas.C’est la règle générale dans une matière où nécessairement il y a beaucoup d’arbitraire et où l’usage crée parfois des exceptions malheureuses.Un certain nombre de noms de ce genre ont cependant varié suivant la langue parlée.On peut distinguer trois cas où cela se produit : I.Quand il s’agit de noms anciens, connus depuis longtemps dans deux langues différentes et consacrés par l’usage sous deux formes, comme London et Londres, Anvers et Antwerp, Suisse et Switzerland, etc.Ce cas ne peut pas se présenter chez nous ®.On n’appellerait pas Londres, la ville de London dans l’Ontario.II.Quand, par l’addition ou le changement d’une ou deux lettres, le nom de lieu peut prendre une forme étrangère, sans perdre sa physionomie propre.Exemple : Louisiane et Louisiana.III.Quand le nom propre de personne qui a servi à formelle nom de lieu existe dans les deux langues et est consacré par l’usage sous deux formes légèrement différentes.Exemple : Saint-Michel et Saint Michael.(Mais sainte Menehould n’étant pas connue sous une autre forme en Angleterre, l’Anglais dit, comme le Fra nç ai s, Sain te-Menehould.) Dans ces deux derniers cas, la traduction—si c’est une traduction—se fait naturellement dans le langage courant ; elle (1) C’est là sans doute ce que veut dire, du moins quant aux majuscules, la règle 11 de la Commission de géographie.Il n’y a en effet d’exception que pour certains noms de montagnes, etc., où le nom commun, mis en apposition, est reçu comme faisant partie intégrante du nom propre tel que consacré par un long usage : Mont-Blanc, etc.(2) Saul dans quelques noms de provinces, qui n’offrent, aucun danger d’erreur et que l’usage a consacrés sous deux formes : Nouvelle-Ecosse et Nova Scotia, etc. 92 Bulletin du Parler français au Canada n est pas le fait des géographes.Comme le dit très sagement la Commission de géographie (Règle 12), il faut éviter autant que possible d’employer plus d’un nom pour désigner un endroit.Les géographes, enregistrant l’usage établi, adoptent pour une ville le nom de Saint-Jean, pour une autre le nom de Saint John ; si le peuple traduit ces noms, les emploie l’un pour l’autre, et vient à confondre dans ses discours les deux endroits, c’est un inconvénient, et les autorités ne doivent pas l’y engager en traduisant elles-mêmes.Dernière conclusion sur ce premier point : Les noms formés avec des noms propres, qu’ils soient simples ou composés, accompagnés ou non de noms communs, 11e doivent pas être traduits ; les noms d’origine anglaise doivent garder leur forme anglaise, et les noms d’origine française leur forme française.2° Noms géographiques formés de noms communs Ces noms sont formés de noms communs, qui, pris séparément, ont leurs équivalents dans la langue étrangère.Les noms communs viennent à former un nom propre, quand, après une évolution plus ou moins longue, ils finissent par être attribués d’une manière définitive à la désignation d’un lieu.Jusqu’à ce que cette évolution soit terminée, il arrive qu’on traduise en langue étrangère les noms communs qui sont juxtaposés sans être encore considérés comme parties intégrantes d’un nom propre composé ; mais une fois que l’usage ou l’autorité a fixé ces dénominations, aucune des parties du nom ne se traduit plus.Par exemple, tant que pour qualifier une rue, les Anglais disent que c’est « a broad way » ou « the main street », les Français traduisent ces expressions et disent que c’est « un chemin large », que c’est « la rue principale » ; mais le jour où ces mots anglais sont reconnus comme formant le nom de la rue, les Français cessent de traduire et disent « la rue Broadway », la rue « Main ».De même, on a dit d’une anse au fond de laquelle il y avait des prairies de foin naturel, que c’était « une anse au foin », et les Anglais ont pu traduire par « bay cove » cette expression purement descriptive ; mais plus tard cette expression a été adoptée pour désigner le lieu où se trouvait cette anse, et un village s’y étant établi, on lui a donné le nom de « village de l’Anse-an-Join » ; il n’y a plus de traduction possible, et il faut dire, même en anglais : « village of l'Anse-au-Foin ». Extrait du livre des délibérations etc.93 C’est ainsi que les dictionnaires Webster, Pierce & Hempl, etc., écrivent, sans traduire: La Manche, le Havre, le Pas-de-Calais, Mont-Blanc, Aix-la-Chapelle, Aix-les-Bains, Côte-d'Or, Bouches-du-Rhône, Franche-Comté, etc.Les ouvrages anglais les plus soignés, et qui lont autorité, n’écrivent pas autrement les noms de lieux français et les noms géographiques franco-canadiens.Nous ne citerons que la traduction des Relations des Jésuites, publiée par Feuben (.old Tlrwaites : The Jesuit Relations and Allied Documents.Etc.Voir, par exemple, le volume XLIX: « Cap-de-la-Magdeleine » (p.12), «Isle-aux-Easques» (p.29), « Isle-Verte » (p.31), « Saut-au-Mouton » (p.43), «Notre-Dame-de-Bon-Secours» (p.131), etc., etc.(i) On peut consulter aussi le Typographical Dictionary of Lower Canada de Bouchette.Dans cet ouvrage anglais, les noms géographiques français sont presque tous conservés: Anse-à-Beaulils, Anse-de-Berthier, Anse-de-l’Etang, Buisseau-des-Anges, Arbre-à-la-Croix, Baie-à-1’Aviron, Baie-des-Allouettes, Baie-des-Rochers, Baie-Saint-Paul, Rivière-Blanche, Isles-Brùlées, lac Calvaire, Cap-Chat, Cap-Rosier, Cap-Rouge, Cascades, Isle-Castor, les Cèdres, Lac-des-Chats, Rivière-des-Chênes, Rivière-aux-Chiens, Rivière-Croche, Rivière-du-Nord, Rivière-du-Loup, Rivière-de-l’Eau-Cbau-de, ÉchafTaud-aux-Basques, Rivière-des-Femmes, Petite-Ferme, Forges-Saint-Maurice, Petite-Fourche, Grande-Fourche, la Friponne, Rivière-aux-Glaises, Rivière-du-Gouffre, Grande-Rivière, Grande-Vallée-des-Monts, Gros-Ruisseau, Grosse-Roche, Isle-aux-Coudres, Isle-aux-Noix, Isle-du-Portage, Cap-de-la-Madeleine, Lac-Vert, Isle-du-Large, Rivière-aux-Loutres, Longue-Pointe, Rivière-du-Moulin, Rivière-Noire, etc., etc.De même, dans les Mémoires des Commissaires, au sujet des limites de l’Acadie ou du Canada (1755-1763), les Commissaires anglais respectent toujours les noms géographiques français et ne les traduisent pas.On doit donc conclure d’une manière générale que les noms géographiques, même ceux qui sont formés de noms communs, ne se traduisent pas d’une langue dans une autre.C’est aussi ce que nos législateurs, à qui il appartient de constituer en corporation nos municipalités et de consacrer offi- (1) Dans Thwaites comme dans les Slaluls, on a omis presque partout les traits d’union ; nous les rétablissons, car la règle, en français, est de mettre des traits d’union entre les parties d’un nom propre de lieu, sauf après l’article qui commence un nom.Le dictionnaire Pierce & Hempl observe cette règle. 94 Bulletin du Parler français au Canada ciellement leurs noms, ont généralement observé.En effet, la version anglaise des Statuts refondus de la province de Québec, sections 64 et 69, en déterminant les districts électoraux et les divisions pour le Conseil législatif, donne sans les traduire la plupart de nos noms géographiques français: Mille-Isles, (1) 2 3 4 Ile-Saint-Ignace, Ile-Madame, Notre-Dame-Auxiliatrice-de-Buckland, l’Assomption, Ile-Bonde, Ile-à-l’Ours, Iles-au-Sable, Ile-au-Castor, Ile-au-Foin, Ile-aux-tènes, Ile-du-Pads (plusieurs pensent qu’on devrait écrire: Ile-Dupas, malgré l’orthographe donnée par Mfir Plessis), Ue-des-Plan-tes, Ile-à-l’Orme, Ile-au-Noyer, Ile-à-la-Cavalle, Ile-du-Nord, Ile-du-Milieu, Ile-au-Sable, Ile-à-1’Aigle, Ile-à-la-Grenouille
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