Bulletin du parler français au Canada, 1 juin 1909, juin
JUIN, JUILLET, AOUT 1909 AW Vol.VII ¦ ^ N» 10 BULLETIN DU SOMMAI R E Pages 361—Un nouveau glossaire.Adjutor Rivard.376—Un roman des temps messianiques.J.-E.Prince.379—Les Livres.Adjutor Rivard.383—Revues et Journaux.A.R.385—Lexique canadien-trançais (suite).Le Comité du Bulletin.387—Sarclures.Le Sarcleur.389—Table alphabétique des matières.394—Table des matières par noms d’auteurs.X 396—Index alphabétique des mots étudiés.RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉREC Éditeur-dépositaire, à Paris : IL CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire. ALPHABET PHONETIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d'aprcs MM.Gilliéron et l’abbé Rousselot Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, f, j, k, l, m, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu’en français.9 — 9 dur (gateau); s —s dure (sa); œ = eu français (heureux); w = ou semi-voyelle (oui); y = i semi-voyelle (pied); iv = u semi-voyelle (huile); ë = e féminin (je); h marque l’aspiration.Lettres nouvelles.hi=ou français (coucou); e = cb fran-< ça is (chez).Signes diacritiques.U11 demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée: / (son voisin de l + y, 1 mouillée italienne), k (son voisin de A-fy), y (son voisin de g + y), n (gn français de agneau).—Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents : /, d (sons voisins de (-fs, d+z; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : u (o de patte),-e (e de péril), o (0 de hotte), œ (eu de jeune).—Les voÿelles marquées d’un accent aigu sont fermées : d (a de pâte), é (e de chanté), 6 (o de pot), œ (eu de eux).—Les voyelles marquées d’un accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), ô (o de encore), ce (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales : à (an de sans), ê (in de vin), ô (on de pont), œ (un de lundi.— Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves; a-, i‘, etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc; d’un accent, elles sont toniques : a , i', etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons , marqués.Ainsi, ô [o] = o demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée ; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son. Vol.VII, N° 10—Juin, Juillet, Août 1909.UN NOUVEAU GLOSSAIRE N.-E.DIONNE.Le Parler populaire des Canadiens français.Québec (J.-P.Garneau), 1909, in-8°., 23c.X 15c.5, XXIV+ 671 pages.Le titre complet du glossaire de M.Dionne est un véritable sommaire de l’ouvrage et vaut presque une préface : «Le | Parler populaire \ des | Canadiens français | ou | Lexique des canadianismes, acadianismes, anglicismes \ américanismes, mots anglais les plus en usage au sein des familles | canadiennes et acadiennes françaises \ comprenant environ 15.000 mots et expressions | avec de nombreux exemples pour mieux faire comprendre la | portée de chaque mot ou expression.» C’est tout un programme, et qui fait voir que cet ouvrage doit présenter pour nous un intérêt peu ordinaire.Rien ne saurait en effet mieux attirer l’attention de la Société du Parler français au Canada que l'apparition d’un livre qui se rapporte à ses propres travaux.Sans doute, elle ne se flatte point d’avoir inspiré celui-ci : elle ignorait même qu’un de ses membres fût à préparer un glossaire à côté du sien, et c’a a été pour elle une surprise que l’annonce de cette publication.Tout de même, elle aime à penser que ses travaux, les progrès de son enquête, ses bulletins d’observation, la publication de quelques-uns de ses articles lexicographiques, l’accueil fait à son entreprise au Canada et à l’étranger, l’intérêt qu’on a fait paraître pour ses études, ont peut-être contribué dans une certaine mesure à inspirer à M.Dionne 1 idée de son Lexique.C’est une satisfaction pour elle que de le penser, et M.Dionne aimera, j’en suis sur, à ne la point détromper.L’auteur dit lui-même, dans unepièceliminaire, qu’il « n’ambitionne rien de plus que d’apporter son humble contribution à 361 362 Bulletin du Parler français au Canada l’œuvre si généreusement entreprise par la Société du Parler français ».Cela est fort aimable, et nous savons reconnaître la complaisance que fait paraître pour nous cette déclaration.Nous avons déjà marqué notre gratitude à tous les confrères qui nous prêtent leur concours, bien qu’ils s'y emploient de façons diverses.Quelques-uns nous ont communiqué de longues listes de de mots relevés par eux ; c’est ainsi que M.Paul de Cazes, M.l’abbé F.-X.Burque, M.l’abbé Y.-P.Jutras, M.N.LeVasseur, etc., ont mis à la disposition de la Société du Parler français de véritables glossaires dressés d’après leurs observations personnelles.D’autres, en grand nombre, nous envoient de temps en temps des notes précieuses sur le parler de leurs régions.Plusieurs, enfin, simples adhérents de notre Société, ou membres de notre Comité d’étude, se réunissent chaque semaine pour collaborer à nos travaux.Chacun a sa manière.M.Dionne, quoique nommé lui-même, dès l’origine, membre de notre Comité d’étude, a pensé qu’il apporterait à l’œuvre entreprise une contribution plus précieuse, en travaillant tout seul ; il a peut-être eu raison, et nous nous gardons bien de le contredire là-dessus.Nous constatons seulement, et avec plaisir, que, s’il a préféré travailler seul et utiliser lui-même ses observations personnelles en même temps que les observations faites par d’autres, c’était avec intention de faire œuvre meilleure, et que ce qu’il apporte, aujourd’hui, sous la forme d’un Lexique, c’est sa contribution à une entreprise qui nous est chère.Or, notre Société poursuit un double but : l’étude de la dialectologie franco-canadienne, et la correction de notre langage.Il se trouve, en effet, que l’étude scientifique de notre langage, des changements qu’il a subis, de ceux qu’il peut subir encore, est utile en vue même de son épuration, et la Société pense qu’il est nécessaire de donner cette base solide à la correction du parler populaire, sans quoi on risquerait de prendre en vain des soins coûteux, si même on ne tombait dans un purisme exagéré ou dans la barbarie.C’est aussi, semble-t-il bien, le programme que M.Dionne s’était tracé.Car il a dit, dans une notice d’avant-garde distribuée peu de temps avant l’apparition du Lexique : Cet ouvrage est destiné à faire comprendre, ici comme à l’étranger, que le parler du peuple canadien-français, sans être toujours littéraire, fait partie de la langue française à un degré égal, sinon supérieur, que tout parler de France qu’il vienne du nord ou du midi, de l’est ou de l'ouest. Un nouveau Glossaire 363 A coup sùr, il ne se proposait pas de soutenir cette thèse, sans toucher aux questions philologiques qu’elle soulève.D’autre part, nous voyons (p.xxi) que l’auteur se propose encore « d’épurer notre langage en le débarrassant des trop nombreuses scories qui le déparent ou le défigurent ».Il faut louer beaucoup M.Dionne de s’être proposé ce double objet : c’est le dessein dont la réalisation aurait pu donner à son Lexique le plus de valeur, et aurait davantage servi à aider l’œuvre entreprise par la Société du Parler français.Mais ce dessein, il reste à dire comment M.Dionne l’a réalisé.Et, pour le dire, il convient d’examiner son livre au point de vue scientifique et au point de vue de son utilité pour l’épuration du langage.Pour les mêmes raisons qui font que cet ouvrage mérite dans le Bulletin plus qu’une mention ordinaire, nos lecteurs ont le droit de s’attendre à trouver ici une appréciation sincère et impartiale.L’auteur lui-même réclamerait contre un compte rendu où ne paraîtrait pas toute notre pensée.D’abord, reconnaissons bien que les 671 pages du Lexique renferment le fruit d’un labeur considérable.M.Dionne est un travailleur, et plusieurs fois déjà ses écrits ont profité aux lettres canadiennes.Aussi, il me serait infiniment agréable de n’avoir à dire de son livre que du bien ; mais, quoi que je fasse et malgré la meilleure volonté du monde, il m’est impossible de trouver que l’œuvre répond à ce qu’on avait droit d’attendre de l’auteur.I.—Comme étude scientifique du parler des Canadiens français, d’abord, le Lexique de M.Dionne est loin d’avoir la valeur qu’il faudrait.Les remarques qui pourraient permettre au lecteur de reconstituer l’histoire des vocables, de les suivre dans leur évolution, de se rendre compte des transformations qu’ils ont subies, de juger de la légitimité de certaines formes, et d’apprécier la valeur de certains substituts lexicologiques, y sont très rares ; et celles qui s’y rencontrent sont trop souvent sans portée et dépourvues de tout appareil critique.A la page 42, je lis : Aubel, n.m.—Aubier.Aubel se disait jadis. 364 Bulletin du Parler français au Canada « Aubel se disait jadis .Où ?au Canada ?en France ?Etait-ce autrefois la lorme classique ?Et quels témoignages en peut-on donner ?Nous savons bien qu’on rencontre aubel, en 1521, dans le Second Liure de vraye rethorique de Fabri, et que Godefroy a relevé cette forme ; mais il ne faut pas oublier qu'on trouve auber dès le XIVe siècle (Y.le Diet.Gén.), que Thierry écrivait obier en 1572, et de même Oudin en 1633.(V.Thurot, II, 249).N’est-il pas plus sûr de rapprocher Vaubel canadien de l'ôbè normand ?L’un et l’autre sont évidemment le produit de la substitution du suffixe fr.-el ( -*-* lat.-ellum) aü suffixe fr.-ier ( -
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