Bulletin du parler français au Canada, 1 novembre 1909, novembre
P-Jdf éT6 -,J NOVEMBRE 1909 Vol.VIII BULLETIN DU SOMMAIRE Pages 81—Legendre.97—Les noms sauvages,.101—Néologie canadienne ou Dictionnaire, par Jacques Viger, (1810).104—La balle au camp.j 109—Lexique canadien-trançais (suite).112—Les Livres.116—Revues et Journaux.119— Sarelures.120— Anglicismes.Ad.iutor Rivard.Eugène Rouillard.Com.du Paul.Français, Sém.de St-Hyacinthe.Le Comité du Bulletin.Adjutor Rivard.A.R.Le Sarcleur.Le Comité du Bulletin.RÉDACTÏON ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Éditeur-dépositaire, à Paris : H.CHAMPION, libraire-éditeur, 5, Quai Malaquais.\ I AVIS Les membres de la Société du Parler français au Canada sont priés de se rappeler que les séances de l’Assemblée générale ont lieu le quatrième lundi de chaque mois, et que tous sont invités à y assister.Ceux qui désirent recevoir, pour chaque séance, une lettre de convocation voudront bien en avertir le secrétaire.Les membres de la Société et les abonnés du Bulletin du 4 Parler français au Canada trouveront, sur la bande du Bulletin, au-dessus de l’adresse, la* date de la prochaine échéance de leur cotisation ou de leur abonnement.Cette indication sert de quittance à ceux qui sont en règle'avec l’administration et rappelle aux autres qu’ils doivent acquitter des .arrérages.Cotisations et abonnements sont payables d’avance, le 1er de septembre, pour les 12 mois suivants.Le Mois littéraire et pittoresque.Mensuel.Paris, rue Bayard, 5.Abonnement : 14 fr.Sommaire du N° septembre ; Le Los de Saint-Michael, par Armand Praviel ; Une messe noyée, par Vincent Le Govec ; Louise-Adélaïde de Panthièvre, duchesse d'Orléans, par le B™ A.de Maricourt ; M.Antony Troncet, peintre, par Joseph Ageorges ; Le bras, par Emile Faguet ; Les boeufs, poésie, par A.Le Peltier ; A une jeune fille, par Zénon-Fière ; Quand l'été s’annonce, roman, par Gustave Hue ; Varia, Chroniques, Livres du mois, Actualités scientifiques, etc. Vol.VIII, N» 3—Novembre, 1909.LEGENDRE (Etude présentée ci la Société Royale du Canada, juin 1909) «Tout homme qui écrit, écrit un livre, et ce livre, c’est lui.» Un écrivain peut chercher à feindre: il montre un caractère d’emprunt, il croit paraître tout autre qu’il n’est, il va peut-être jusqu’à se piper lui-même; peine inutile! toujours par quelque endroit son style le trahit.Cependant, si le mensonge est habile, plusieurs prendront le change ; car il faut un œil exercé pour percer un masque, et la personnalité de celui qui sait se dissimuler avec art n’est souvent qu’à demi connue.La parole de Victor Hugo n’est donc parfaitement vraie qu’à l’égard de l'écrivain sincère; celui-ci ne tente pas d’abuser par de faux-semblants, par des dehors empruntés ; il ne cherche pas à se faire voir seulement de son beau côté, non plus que d’un côté qui pourrait être beau, mais qui ne lui appartiendrait point.Il écrit, et c’est son cœur qu’il découvre, c’est sa tête qu’il verse dans son livre ; et ce livre, c’est lui.Tel fut Napoléon Legendre: un écrivain sincère.Son livre, son œuvre, c’est lui, tel qu'il fut dans la vie, tel qu’on l’aima, avec ses idées, ses sentiments et ses goûts ; c’est une âme ouverte à qui veut lire, un esprit qui se donne, un cœur qui livre ses secrets.Pas de voiles tendus pour dérober la connaissance intime de l’auteur; pas d’artifices dressés pour déguiser la nature ; pas d’apparences trompeuses, pas de masque.Voulez-vous connaître Legendre?Lisez: A mes enfants, les Echos de Québec, les Perce-Neige, les Mélanges.C’est une œuvre de bonne foi, limpide comme une eau de roche, d’une manière simple, d’un 81 82 Bulletin du Parler français au Canada style franc, d’une langue vraie, à travers quoi la personnalité de l’auteur se laisse voir et pénétrer toute.Une sincérité entière et sans mélange, voilà la qualité dont il faut louer d’abord Napoléon Legendre.C’est une vertu, chez un écrivain, que l’ouverture de cœur.Sans doute, on peut trouver heureux que certains poètes ne se traduisent pas dans leurs œuvres tels qu’ils sont en réalité: il vaut mieux cacher ce qui n’est pas montrable.Par contre, on aime qu’un écrivain dont l’âme est saine soit sincère.D'abord, cela assure contre les écarts d’une imagination trop aventureuse.Non pas que la sincérité exclue l'imagination; mais elle la rend moins hasardeuse, plus prudente, plus sage.Le génie, il est vrai, échappe à toutes les règles ; il a des élans et des vols sublimes, qui paraîtraient ailleurs écarts de caprice et de fantaisie.Mais nous ne parlons pas ici de génie.Legendre fut simplement un écrivain de talent, d’un talent fin et délié, et sûr aussi, et discret surtout.11 n’eut pas la puissance d’imagination, ni la richesse d’invention des virtuoses; de pareils dons lui eussent fait craindre d’écrire des «broderies de pure fantaisie», et c’est ce dont il a soin de se défendre.(v Sa plume n’écrivait rien qu’il ne pensât ou ne ressentît, ne décrivait rien qu’il n’eût vu.Il avait, ardent et intime comme une pâssion, le désir de dire vrai, le souci d’être cru.De crainte qu’on ne doute, voyez-le qui insiste, qui donne sa parole : «Vous ne connaissez pas nos paysans?Moi, qui les connais et qui ai passé toute ma jeunesse au milieu d’eux, je vous dis que c’est comme cela.» Et, en efîet, c’est comme il dit.Rien de plus vu que ses tableaux, de plus vécu que ses scènes, de plus vrai que ses caractères.Lisez, dans les Échos de Québec, (3' la description de la vieille demeure du paysan, de la maison «dont un architecte rougirait, mais qui nous fait plaisir à voir»; et du chemin, «un véritable chemin, sans pavés, et avec des ornières»; des arbres, «aux troncs desquels la nature a travaillé toute seule » ; des granges, du jardin, du ruisseau______ Vous avez vu cela! Il n’est pas jus- qu’aux flaques d’eau que vous ne reconnaissiez! Je suis sûr que, derrière la maison, chez vous, il y en avait une, comme à Nicolet, chez Félix Legendre, et qu’il vous est arrivé d’y jouer Legendre 83 en habit du dimanche; «il y avait défense, donc le louet».avec une tige de blé, comme chez Félix Legendre, et comme chez Mistral I Car pareille mésaventure, avec mêmes conséquences, advint aussi au petit gars provençal qui devait écrire Mireille; mais les jolies pages écrites là-dessus par Mistral tf) sont moins vraies, pour nous, que le court récit de Legendre.(2' Lisez encore : Chez le pauvre en hiver.N’avez-vous pas vu cette mansarde : L’humble logis n’a qu’une pièce ;* Et les murs sales, dégarnis, Offrent au regard la tristesse Et le désordre des vieux nids.® Lisez la Noce au Village,141 l’Encan , Mais il ne tenta jamais de ravir aux nuages leurs éclairs, et resta le chantre des émotions naïves, des joies sereines.Avait-il donc pris conscience de son propre talent?S’était-il analysé tellement qu’il sût par quels chemins il pouvait le mieux marcher, et qu’un champ plus vaste ne lui convenait pas?Non.Pas de calcul chez lui.Legendre va vers ce qui l’attire, vers ce qui est simple et tranquille.(1) E de Q„ I, p.39.(2) E.de Q., II, p.54.(3) Le Poète, Mélanges, p.189. Legendre 85 De la nature, c’est le repos qu’il aime.Pas de tempêtes, chez Legendre, pas de paysages tourmentés; mais l’été, qui répand, dans sa beauté féconde, des senteurs parfumées ; des bouffées d’air pur; du soleil; des oiseaux qui chantent; un ruisseau qui murmure doucement sur son lit de cailloux mousseux;10 des soirs tranquilles, où il fait bon prier,'1 2 3 4 5 6 7' des nuits où «tout est silence» la neige, aussi, la belle neige qui lait rire, hélas! et qui fait pleurer.
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