Bulletin du parler français au Canada, 1 janvier 1911, janvier
Vol.IX JANVIER 1911 N» 5 ; mais, s’il s’agit de ces tiédes averses du printemps, qui ne durent que quelques minutes, ils les baptisent du nom charmant d’« avrillées ».Ces nuances d’expressions existent également pour peindre différents états d’âme.En Barrois, un sournois s’appelle un « sugnard » ; on dit d’un homme morose, qu’il est « hallu », et des gens qui souffrent d’un vague malaise, qu’ils sont tout « débiscaillés ».Si vous faites le dégoûté et ne vous souciez pas de boire dans le verre de votre voisin, on vous reproche d’être « nareux » ou « naireux ».Je ne sais si je m’en fais accroire, mais il me semble que ces rustiques qualificatifs ont la physionomie autrement énergiques que les adjectifs français équivalents.(1) A rapprocher de ce mot, notre expression canadienne: «une tempête carabinée.» Glanures 205 Ce sont, je le répète, ces patois de la vieille France qui fourniraient à nos écrivains le moyen le plus sûr de donner à la langue moderne une saveur nouvelle et une sève reverdissante.Malheureusement, nos romanciers et nos poètes les ignorent, et le jour où ils voudront les connaître, il est à craindre que de ces dialectes provinciaux, que nos enfants ne parlent plus, et dont il n’existe guère de documents écrits, il ne reste plus de trace.La désuétude et l’atmosphère dissolvante de notre civilisation trop avancée les auront fait disparaître.André Theuriet, de l’Académie française.Nos poètes au pays du Danube.—.Mohicans et Mingos ne sont plus.Depuis longtemps le dernier des Delawares est allé se faire tuer dans l’Apacheria, au côté des blancs qui combattaient les Apaches et les Pawnies.Mais le Canada des bûcherons aux bonnes haches qui font retentir les bords du Pacifique et du Saint-Laurent de coups qui émeuvent et font trembler la forêt, c’est aujourd’hui le Canada des hauts maïs et des grands blés essaimés de toutes parts, jusqu’aux Laurentides, de maisons blanches et de clochers pointus.C'est la terre forte et parfumée d’où nous viennent des chants que modulent des voix françaises : Chapman ou Ferland.Il y a de bons et de beaux vers dans les Horizons.Ferland est avant tout un poète sain qui sent très bien l’âme de son pays, qu’il aime avec une franchise peut être un peu bardique, mais où il y a, en dehors d’une certaine force, un accent littéraire qui a la qualité de n’être point trop de la littérature.Le poète des Horizons comprend et aime la nature.C’est ce qui fait que ses vers ont un parfum de terroir souvent émouvant.Nous avons eu Brizeux pour chanter en vers bien faits, sentis mais trop souvent ternes, sa Bretagne bien-aimée ; nous avons Fabié qui a admirablement dit ce qui lui tenait aux entrailles dans cette terre du Rouergue dont il est originaire, mais ces deux poètes n’ont pas au même dégré que le poète canadien, l’expression lyrique.(Extrait d’un article signé : Jeanjaquet, dans la Roumanie, Bucarest.) SARCLURES Dans une gare de chemin de fer, on a pu lire un « avis au public » où il est dit que « toute personne qui mettra des pierres sur celte voie.sera poursuivie sur toute l’étendue de la loi-» (En anglais : to the full extent of the law).Mais c’était dans une petite gare d’un petit chemin de fer, et dans un endroit reculé où le sarcloir n’a jamais passé.Ailleurs, il ne serait pas permis, n’est-ce pas ?d’être à ce point ridicule.Aussi, à Ottawa, et spécialement au Conseil d’administration des chemins de fer du gouvernement, on a soin de traduire les documents qu’on distribue dans notre province et qu’on affiche dans nos gares.Le 27 septembre dernier, M.A.-W.Campbell, président de ce Conseil d’administration, signait et faisait afficher dans les gares du chemin de fer Intercolonial une circulaire, où on lit : « Soumissions pour sleepers et sleepers d’aiguilles » .Et les expressions sleepers, sleepers d’aiguilles, sont répétées quatre fois dans la circulaire, imprimées en caractères de diverses grandeurs.Vous croyez que le Conseil d’administration n’a pas pris la peine de traduire sleepers ?.Vous êtes dans l’erreur.La version anglaise porte : « Ties and Switch ties.» Le Conseil d’administration a voulu traduire ; mais il a cru que sleeper était un mot français, pour rendre l’anglais tie ! Le monsieur qui a fait cela ne sait pas le français, c’est évident ; mais alors, quelle langue parle-t-il ?Car il est clair aussi qu’il ne sait pas l’anglais.Faire traduire de l’anglais en français par un employé qui ne connaît pas un mot de notre langue, cela paraît se faire assez souvent, et c’est déjà bien joli.Mais confier cette tâche à un individu qui ne sait ni l’anglais ni le français, qui ne reconnaît même pas les mots de sa langue, quand il les voit écrits, le Conseil d’administration des chemins de fer du Gouvernement admettra que c’est trop fort ! 206 Sarclures 207 Un lecteur me communique une circulaire adressée aux membres canadiens-lrançais d’une société établie dans notre province.« 11 paraît, dit le secrétaire de cette société, qu’un certain nombre des membres de (nom de la Société).ne semblent pas comprendre ïhasard auquel ils s’exposent en ne payant pas leur cotisations et droits le, ou le dernier jour du mois pour le mois suioant.Les constitutions et lois énoncent clairement qu’un membre doit payer.le, ou avant le dernier jour du mois ses cotisations pour couvrir le mois suivant, ou il se trouvera suspendu de l’Ordre le premier jour du tel mois qui suit, et le Secrétaire-Financier n'est pas permis d’accepter des cotisations ou droits après le dernier jour du mois, ni jusqu’à le membre sera réintégré.» Etc.M.le Secrétaire s’imagine-t-il que le français s’écrit avec une pioche ?.Je ne lui en ferais cependant pas un très vif reproche : il fait ce qu’il peut, et le français n’est pas sa langue.Mais les membres de la Société ne pourraient-ils élire à cet emploi un des leurs ?REVUES ET JOURNAUX Le Patois canadien, par le R.P.Louis Lalande, S.J.(Le Devoir, Montréal, 3 décembre 1910.) Très justes observations] « à Madame X, à New-York, » laquelle avait congédié la gouvernante de ses enlants, parce que cette dernière était canadienne-française, et que Madame X voulait « apprendre à ses enfants du français, et non du patois canadien ».A ce qui a déjà été dit là-dessus—et qu'il faut souvent répéter—le R.P.Lalande ajoute l’amusante anecdote d’un Parisien, licencié ès lettres et prolesseur de littérature, qu’une élève anglaise d’un High School prit pour un Canadien, parce qu’elle ne le comprenait pas ! Bonne leçon donnée à Madame X — et du même coup à Madame Y, à Mademoiselle Z, et à Monsieur W.Dans la revue America (3 décembre 1910, pp.177-178), le R.P.Lalande a fait paraître, en anglais, un article intitulé : Canadian Patois, dans lequel il traite le même sujet. ANGLICISMES Anglicismes Set.Un set d’arbres.Un set de poids.Un set d’avirons, de voiles, de pavillons, de broches à tricoter.Un set de balais, brosses.Un set de poulies.Un set de machines.Set.Un set de plaques (électricité).Un set de springs .Un set d’instruments à dessin.Un set d’outils.Un set de pupitre.Un set de lave-mains, un set à toilette.Un set de pentures.Un set de photographies Équivalents français 5° Série, jeu, groupe.Une série d’arbres.Une série, un jeu de poids.Un jeu d’avirons, de voiles, de pavillons, d’aiguilles à tricoter.Un jeu de balais, de brosses.Un groupe de poulies, poulies de renvoi, poulies de direction, un renvoi de poulies.Un groupe de machines.6° Bloc, faisceau, boîte, etc.Un bloc de plaques.Un faiseau, un paquet de ressorts.Une boîte de compas.Une boîte, un coffre d’outils.Un écritoire, Toilette (meuble contenant tous les objets dont on se sert pour se laver; l’ensemble des vases qui sont sur ce meuble : une toilette de porcelaine).Une paire de pentures.Une collection, un choix de photographies.Le Comité du Bulletin.208 Atlas linguistique de la France, publié par MM.Gilliéron et Edmont—M II.Champion, libraire.9, Quai Voltaire, à Paris.—Le fascicule, 25 francs.* * * Polybiblion.Hevue bibliographique universelle, publiée sous les ausipces de la Société bibliographique.Paris, rue Saut-Simon, 5.Partie litt., Ifi fr.; Partie échu.Il fr; les deux parties réunies, 22 fr.?* * L Argus des Revues.Mensuel.Publié par l’Argus de la Presse.Paris, rue Drouot, 14.Contient l'indication des titres et des auteurs des principaux articles parus dans les revues françaises et européennes.Chaque litre porte un numéro d'ordre ; il suffit d’envoyer ce numéro à l’administration de l’Argus, pour recevoir l’article.Par article, 1 fr.; par coupure de journal, 0 fr.30 ; tarit réduit pour 1011 coupures.* * * Le Courrier de la Presse.Bureau de coupures de journaux.Dir., M.Gallois, Paris, boulevard Montmartre, 21.Fournit à ses clients les articles de journaux et de revues, les concernant personnellement, ou sur un sujet quelconque auquel ils s intéressent.Par coupure de journal ou de revue, 0 fr.30; tarif réduit pour 100 coupures.—Catalogue de 13,000 journaux et revues: 3 fr.50 BULLETIN PARLER FRANÇAIS AU CANADA Le Bulletin, organe de la Société du Parley français au Canada, est dirigé par un comité nommé par le Bureau de direction.Il paraît une fois par mois, sauf en juillet et août.Les abonnements partent de septembre.Conditions d’abonnement : Canada et Etats-Unis, $1.00; Union postale, 8 francs : réduction de moitié aux élèves des collèges et des couvents du Canada.On peut devenir membre de la Société et recevoir, à ce titre, le Bulletin, en envoyant au Secrétaire une demande d’inscription et le montant de la cotisation annuelle ($10.00 pour les membres bienfaiteurs ; $2.00 pour les membres titulaires ; $1.00 [Etranger : 8 francs] pour les membres adhérents).Les cotisations sont dues au 1er septembre ; mais on peut s’inscrire en tout temps durant l’année, en payant les arrérages.Les membres adhérents et les abonnés, qui s’inscrivent après le 1er février, doivent, pour recevoir les numéros du Bulletin parus depuis septembre, verser un supplément de 50 sous.Les huit premiers volumes du Bulletin sont en vente.Prix, chaque volume : $2.50 ; le premier et le troisième volume ne se vendent que dans la série complète des huit années du Bulletin, dont le prix est de $25.00.Pour tout ce qui concerne la Société et le Bulletin, s’adresser A MONSIEUR le SECRÉTAIRE de la Société du Parler français au Canada Université Laval (Casier, N ° 230) Québec Imprimerie et Reliure, L'Action Sociale (limitée).Québec.
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