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Titre :
Bulletin du parler français au Canada
Organe de la Société du parler français au Canada qui y publie des études de linguistique et des réflexions sur les conditions de l'évolution de la langue française au Québec et au Canada.
Éditeur :
  • Québec :Société du parler français au Canada,1902-1914
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Parler français
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Bulletin du parler français au Canada, 1911-05, Collections de BAnQ.

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P-3*f S* 'J Vol.IX MAI 1911 BULLETIN ou Couronné par l’Académie française SOMMAIRE Pages 329—N os plus belles victoires (poésie) .Gustave Zidler 334—Premier congrès de la langue française au Canada.1 Mgr P.-E.Roy, prés.—Appel au public./ Adj.Rivard, sec.-génér.346—Un cercle d’étude du parler français au collège de Valleyfîeld.L.-A.Groulx, pire 355— Printemps (poésie).Blanche Lamontagne 356— Le congrès de la langue française et les associa- • tions canadiennes.359—De la première formation du goût littéraire à l’école.C.-J.Magnan 366—Lexique canadien-françars (suite).Le Comité du Bulletin 371—Bibliographie.C.R.373—Questions et Réponses.375— Sarclures.Le Sarcleur 376— Anglicismes.Le Comité du Bulletin RÉDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Éditeur-dépositaire, à Paris : H.CHAMPION, libraire-éditeur, 5, Quai Malaquais. AVIS Les membres de la Société du Parler français au Canada sont priés de se rappeler que les séances de l’Assemblée générale ont lieu le quatrième lundi de chaque mois, et que tous sont invités à y assister.Ceux qui désirent recevoir, pour chaque séance, une lettre de convocation voudront bien en avertir le secrétaire.Les membres de la Société et les abonnés du Bulletin du Parler français au Canada trouveront, sur la bande du Bulletin, la date de la prochaine échéance de leur cotisation ou de leur abonnement.Cette indication sert de quittance à ceux qui sont en règle avec l’administration et rappelle aux autres qu’ils doivent acquitter des arrérages.Cotisations et abonnements sont payables d’avance, le 1er de septembre, pour les 12 mois suivants.La liste des adresses est révisée le 10 de chaque mois.Comité du Bulletin.Le mois littéraire et pittoresque.Mensuel.Paris, rue Bayard, 5.Abonnement : 14 fr.Sommaire du N° de Mai.—Nouvelle.Le froid, la faim, la rage., par Georges de Lys.—Histoire.Dans les monastères de sainte Thérèse à l'Incarnation et à Saint-Joseph d"Avila, par Henry Joly.—Beaux-arts.Baptistères et fonts baptismaux, par Camille Enlart.—Causerie.Bourdes, par Emile Faguet, de l'Académie française.—Poésie.L’essaim, par François Fabié; Le semeur, par Eugène Bernier; Triptyque, par Etienne Levrat.—Roman.Les deux mains (suite), par Pierre l’Ermite.—Varia.La famille royale d’Espagne, par Marc Hélys ; Le Conservatoire national de musique et de déclamation, par L.Augé de Lassus ; La Semaine-Sainte à Fontarable, par Joseph Thermes ; Chez tes Icherkesses d’Asie-mineure, notes de voyage, par A.Gorokh.—Chronique.Humilité de la science, par Le Sénéchal ; Lettres à ma cousine, (série nouuelle).IL La seconde éducation des jeunes fdles, par Gabriel Auhray ; Le centenaire de 2héophile Gautier (1811-1872), par René Jan.—Pages oubliées.Actualité scientifiques.L’Esprit en France et à l’Etranger. Vol.IX, N» 9—Mai, 1911.NOS PLUS BELLES VICTOIRES (suite) II LES DEUX FRANCES (XVIo SIÈCLE) I AU SEUIL DES NOUVEAUX AGES Dites-nous votre gloire, ô cher Parler!.Vous êtes Le plus ancien rameau cln vieil arbre latin ; Vous avez dù déjà subir bien des tempêtes, Mais vous gardez toujours la grâce du matin.Les périls sont vos jeux et les luttes vos fêtes.Allez donc par le monde et les siècles, certain De vous enorgueillir de divines conquêtes, D'entrainer avec vous des âmes pour butin ! Allez, brave et plus fort, vous sachant sans vieillesse : Grandissez en splendeur et montez en noblesse!.Pour nous, vos amoureux et fidèles dévots, O cher Parler de France! aidez-nous, prêts à suivre, Aux fiers bords d’Amérique, aux grands rêves du Livre, L’empreinte de vos pas dans les chemins nouveaux! (1) Reproduction interdite.—Voir les premiers poèmes dans le Bull, de décembre 1910, de janvier, février et mars 1911.329 330 Bulletin du Parler français au Canada II AU PREMIER ROI DU CANADA Sire, on vous admirait, quand, prince-gentilhomme, Bardé de fer, avec le glaive qu'on renomme, Avec l'armet doré, d'escarhoucles fleuri, Vous meniez, plusieurs jours, dans des forêts de piques, *¦ Des combats de géant splendidement épiques Aux sons d’Unterwald et d’Uri! Sire, vous viviez grand, lorsqu’au ciel de l'Histoire Vous ajoutiez des noms radieux de victoire,— Mais peut-être plus grand, Sire, dans le malheur, Quand le sort eut rompu votre épée à Pavie, Et qu’aux sombres cachots, consumant votre vie, « Rien ne vous restait que l’honneur » ! Plus grand, Sire, plus grand, quand vous rêviez d’étendre L’emblème tout royal de votre salamandre Sur quelque fin palais dans quelque vert décor, Quand I inci vous offrait son labeur pacifique, Ou qu’ci Benvenuto vous criiez, magnifique : « Val Je t’étoufferai dans l’or!» Nos PLUS BELLES VICTOIRES 331 Mais, Sire, roi des preux et des muses, beau prince.Dont la gloire avec l'art demeure la province, Vous doutiez-vous que votre « los» irait plus loin, Que votre nom, plus grand encor, pourrait survivre, Grâce au hardi voyage, au bref et simple livre De Jacques Cartier le Malouin ?III SUR LE MONT-ROYAL « Les pays et royaumes de Hochelaga et Canada, appelés par nous Nouvelle-France .» J’ai pris pieusement le Livre précieux Semé de fleurs de lis sur sa basane ancienne, Et ma pensée, aussi naïve que la sienne, A refait le voyage aux pays merveilleux.J’ai couru, sur la ((Grande-Hermine», l'aventure, Et j'ai, par le pouvoir des vieux mots ingénus.Suivi, dans un décor d'admirable nature, Les pas du Découvreur sur des bords inconnus.Oh! contraindre à sa voix l'écho du vaste fleuve, Vêtir de noms français ces iles en passant, Saluer et bénir sur un sol si puissant Tous ces «arbres si beaux de grande odeur» si neuve! 332 Bulletin du Parler français au Canada Joie, orgueil du héros!.Quand de Stadaconé Il eut vu s'infléchir les splendides rivages, S'offrir, après la course où sa rame a peiné, L'accueil d'Hochelaga sous les huttes sauvages, Quand, fêté par des feux, par la danse et le chant Et les «aguijazè)) des guerriers et des femmes, Il eut dit l'oraison pour les corps et les âmes Des enfants et des vieux devant lui se penchant, Il s’en alla monter sur la hauteur prochaine.C'était le soir.'1res loin, au sud, au nord, courait, Bleuâtre, et s'estompant dans des brumes, la chaine Des grands monts, où moutonne une épaisse forêt.En bas s'ouvrait la plaine immense, où, solitaire Et glorieux, passait avec tranquillité, Conscient de sa force et de sa majesté, Le flot dominateur, seul seigneur de la terre.—Jacques Cartier songeait, les yeux vers le couchant : Il vit un peuple actif animer ce silence, vaisseaux sur cette onde et des blés dans ce champ, Tout le ((plaisant» pays de la a Nouvelle-Erance».Et dans ce même instant d'espérance et d'essor, — Que de temps embrassés dans cette heure si brève !— Comme pour ajouter plus de faste à son rêve, Le ciel des soirs profonds ouvrit ses portes d’or.Tout grand homme ainsi trouve un sommet dans sa vie, Et ce mont, fier témoin d’un rêve impérial, Ce mont, d'où rayonnait sa conquérante envie, Il l’appela superbement le «Mont-Royal » ! Nos PLUS BULLES VICTOIRES 333 IV LA PRIÈRE DANS LES BOIS Lorsqu avant son départ, le vaillant Capitaine Se fut agenouillé devant la Croix chrétienne On se fleurdelisait le royal écusson, Lentement, gravement, monta dans le silence Des bois religieux, plein d’un vague frisson, La Prière du Christ en syllabes de France.«Notre Pere des deux! »- Pour la première fois L’immense solitude entendait une voix Nommer son Créateur: les grands bois, qui vénèrent Et sentent dans leur sève auguste l'Infini, Devant les mots sacrés, de leur front s'inclinèrent : «Notre Père des deux, votre nom soit béni!» «Que votre règne arrive!».Et la terre sauvage Répéta l’appel saint de rivage en rivage.Et, là-bas, les fiers monts, d’un plus docile accès, Ici, le puissant fleuve, à présent tributaire, Tout paraissait redire avec des mots français: «Que votre volonté soit faite sur la terre! ».«Donnez-nous aujourd'hui le pain de chaque jour».Et l'invocation de largesse et d'amour En bénédictions s’épandit sur les plaines, Tandis que le Héros, ceint de ses compagnons, Implorait la Pitié pour les fautes humaines : «Pardonnez-nous nos torts comme nous pardonnons ! » « Délivrez-nous du mal!».Et d’innombrables brises Sur les grands bois émus, sur les plaines surprises, Sur les monts verts ou roux, sur le flot sombre ou bleu, S'en allèrent porter, semeuses d’espérance, Par tout ce Canada, reconnaissant son Dieu, La Prière du Christ en syllabes de France! Gustave Zidler.(à suivre) PREMIER CONGRÈS DE LA LANGEE FRANÇAISE AU CANADA (Qt'ÉBEC, 1912) APPEL AU PURLIG Québec, le 10 avril 1911.Par une délibération prise le 14 février dernier, la Société du Parler français a convoqué, à Québec, pour 1912, un Congrès de la Langue française au Canada.1 Ce Congrès, dès à présent assuré d’adhésions et de participations marquantes, s’organise, sous le patronage de l’Université Laval, par les soins d’un Comité que la Société elle-même a constitué parmi ses membres, et qu’elle a chargé de cette mission.Il n’est pas nécessaire d’appeler longuement l’attention de nos compatriotes sur l’intérêt que présente cette entreprise et sur l’importance des résultats qu’on peut en attendre, à un moment où les efforts pour la conservation et la culture de notre langue doivent se multiplier et se faire plus énergiques que jamais.Le Congrès est convoqué pour l’étude, la défense et l’illustration de la langue et des lettres françaises au Canada.On sait quelles hautes ambitions stimulent chez nous, depuis des années, le zèle de ceux qui ont souci de l’une des meilleures parts de l’héritage ancestral.(1) Le Congrès se tiendra du lundi, 24 juin, au dimanche, 30 juin 1912, à l’Université Laval, à Québec.334 Premier Congrès de la Langue française au Canada 33.) Que notre langue s’épure, se corrige et soit toujours saine et de bon aloi ; que notre parler national se développe suivant les exigences des conditions nouvelles et les besoins particuliers du pays où nous vivons ; qu’il évolue naturellement, suivant les lois qui lui sont propres, sans jamais rien admettre qui Soit étranger à son génie premier, sans jamais cesser d’être français dans les mots, dans les formes et dans les tours, mais aussi sans laisser, par quelque côté, de sentir bon le terroir canadien ; qu’il s’étende et qu’il revendique ce qui lui appartient, mais sans heurter les ambitions légitimes, et dans le libre exercice de ses droits ; et que notre littérature se développe et se nationalise, mais dans le respect des traditions françaises —tels sont les vœux légitimes de tous les nôtres, tel est aussi l’idéal, très élevé pour lequel l'on travaille et l’on peine.Et c’est pour réaliser dans une mesure plus grande ces souhaits patriotiques, c’est pour déterminer un nouvel effort, plus vigoureux, vers cet idéal que se tiendra le Premier Congrès de la Langue française au Canada.Tous, à quelque classe que nous appartenions et quel que soit notre état, nous deviendrons plus curieux encore de notre langue maternelle, plus fiers de notre naissance, plus soigneux de notre patrimoine national, mieux instruits de nos droits comme de nos devoirs, et prêts à tout entreprendre pour le maintien d’une langue, qui garde notre foi, nos traditions, notre caractère.Ces idées et ces aspirations ne sont pas nouvelles : un grand nombre, et depuis plusieurs années, se sont voués à la défense de notre idiome contre la corruption intérieure et contre l’envahissement étranger.Ce que ces apôtres, ces propagandistes, ces champions de la langue française chez nous ont accompli, ce que leur doit notre race, ce qu’ils ont mérité de la patrie, nous saurons le dire au Congrès de 1912.Mais des efforts individuels sont parfois impuissants.Pour que l’action soit plus efficace, il faut, de temps en temps, réunir les énergies dispersées, grouper les initiatives éparses.Le Congrès rapprochera les uns des autres et mettra en contact les défenseurs de la langue, les amis des lettres françaises ; il fera prendre à tous une idée plus exacte de la situation, des dangers qu’elle présente, des avantages qu’elle offre, et chacun se sentira plus fort, avec un sentiment plus vif de ses responsabilités.Canadiens français de Québec ou de l’Ontario, du Manitoba, de l’Ouest ou des États-Unis, Acadiens de l’Est ou de la Louisiane, les mêmes raisons d’ordre général nous engagent à ne rien négliger pour maintenir, chez nous, la langue française dans son intégrité, 336 Bulletin du Parler français au Canada et pour revendiquer les droits qui lui sont reconnus, ou qui devraient l’être.Nous sommes en Amérique les représentants de la France ; notre mission est de faire survivre, dans le Nouveau-Monde, malgré les fortunes contraires et les allégeances nouvelles, le génie de notre race, et de garder pur de tout alliage l’esprit français qui est le nôtre.Or, l’usage et le développement de notre langue maternelle sont nécessaires à l’accomplissement de notre destinée ; elle est la gardienne de notre foi, la conservatrice de nos traditions, l’expression même de notre conscience nationale.Comme le disait M.Frédéric Masson dans son discours de réception à l’Académie, le verbe français est à ce point inséparable de notre nation « qu’elle ne saurait exister sans lui, qu’elle ne saurait, sans lui, conserver sa mentalité, son imagination, sa gaieté, son esprit, et que le jour où il périrait, où un autre langage lui serait substitué, c’en serait fait des vertus essentielles de la race et des formes de son intelligence ».Ne dit-on pas partout, depuis quelques années, que le Canada devient une nation P S’il est vrai que le Canada acquiert de plus en plus d’importance, si un peuple est actuellement comme en formation sur le sol du Nouveau-Monde, n’est-il pas utile de savoir quelle part la langue française a prise, ou devra prendre, dans l’expression de l’âme populaire qui naîtra, ou qui est déjà née ?N’est-il pas intéressant de rechercher les meilleurs moyens à prendre pour assurer à notre pays la survivance d’un esprit dont on a dit qu’il était le patrimoine idéal de l’humanité, et, pour l’exprimer, d’une langue, la plus belle de toutes et la seule dont il a pu être affirmé qu’elle avait attaché une probité à son génie ?Amis et ennemis l’ont bien compris.Jamais on n’a marqué tant d’amour pour notre langue française ; jamais, non plus, il ne s’est fait tant d’efforts pour l’asservir.Aussi des raisons spéciales et pressantes nous engagent-elles, en ce moment, à nous grouper, à nous concerter, à nous encourager les uns les autres, afin de nous employer avec plus de courage et d’efficacité à l’œuvre commune.Qui donc ne voit pas qu’aujourd’hui le contact avec l’anglais, plus intime, plus fréquent, menace davantage notre parler ?que dans le commerce, dans les professions, dans l’industrie, l’anglais prend trop souvent, et trop facilement, le pas sur le parler de nos pères ?que, si une réaction plus énergique, plus générale, et mieux organisée, ne se produit, notre langue courra le risque de se déformer jusqu’en sa syntaxe, et Je perdre donc ses caractères essentiels ? Premier Congrès de la Langue française au Canada 3.17 Et notre langue, menacée dans sa vie intime, ne l’est-elle pas aussi dans sa vie externe, dans ses droits à l’existence ?Elle est aujourd’hui attaquée ouvertement, et dans certains milieux on voudrait tarir, à l’école, les sources même du français.Laisserons-nous se défendre tout seuls ceux des nôtres qui subissent ces assauts ?Notre devoir n’est-il pas de nous grouper pour leur prêter 1 appui de nos encouragements, de nos vœux et de notre influence ?Enfin, le temps n’est-il pas venu de nous entendre pour organiser mieux et pour éclairer le développement et le progrès de notre littérature ?Outre les motifs d’ordre général, qui seuls justifieraient la tenue de notre Congrès, il se soulève donc aujourd’hui des problèmes nouveaux qu’il est urgent d’étudier et de résoudre.Qu’on entende bien cependant que le Congrès n’aura rien d a-gressif, et qu’on se rassure sur ce point si l’on a pu avoir quelque inquiétude.Œuvre pacifique, le Congrès devra éviter toute discussion acrimonieuse, et se bornera à revendiquer les droits qui doivent être reconnus à notre langue.Il ne tentera de proscrire l’usage d’aucun autre idiome, mais il voudra que, chez nous, les deux langues officielles coexistent sans se mêler, sans empiéter l'une sur l’autre.Et parce que, de l’aveu même des Anglais les mieux pensants, c’est une gloire et un avantage inappréciable pour le Canada de compter dans sa population des citoyens parlant la langue de France, et parce que le sentiment le plus élevé nous fait un devoir de rester fidèles à notre passé et de maintenir la nationalité canadienne-française avec sa foi, ses traditions et sa langue, le Congrès cherchera à entretenir chez les Canadiens français le culte de l’idiome maternel ; il les engagera à perfectionner leur parler, à le conserver pur de tout alliage, à le défendre de toute corruption.Il n’y a là rien que nous n’ayons le droit de faire, ni rien dont on puisse s’offenser.Quel mal, par exemple, y aurait-il à ce que, dans ce Congrès, nous étudiions l’histoire de la langue française au Canada, depuis la fondation de la colonie jusqu'à nos jours ?les sources et les caractères de notre parler populaire ?la situation juridique du français chez nous ?les meilleures méthodes d’enseignement de la langue ?les questions qui se rapportent au développement de notre littérature ?Si nous nous demandons et essayons de faire connaître à tout notre peuple comment la langue française est venue jusqu’à nous, quels dangers elle a courus, comment elle s’est étendue et développée, tant chez les Canadiens français que chez nos frères les 338 Bî JLLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA Acadiens, nous ne ferons que reprendre et compléter des études auxquelles se sont déjà livrés des Anglais de l'Ontario et des États-Unis.De même, il ne devrait pas nous être interdit, plus qu’aux professeurs de l’Université de Toronto et aux romanistes des États-Unis, d'étudier la part qu’ont prise les dialectes français dans la formation du franco-canadien, l’influence des langues indigènes sur notre parler, et ce qui caractérise chez nous le langage du peuple et le langage des gens instruits.D un autre côté, si nous cherchons ensemble les meilleurs moyens de combattre l’anglicisme, nous n’aurons aucune objection à ce que les Anglais canadiens travaillent, de leur côté, à combattre le gallicisme.Et c’est, croyons-nous, faire une bonne œuvre que d'épurer ou l’une ou l’autre des deux langues officielles de notre pays.Et aujourd’hui que nos compatriotes anglais eux-mêmes entreprennent de faire enseigner le français dans leurs écoles de la province de Québec, ce dont il faut les louer beaucoup, quelle objection pourrait-il y avoir à ce que nous discutions nous-mêmes les questions qui concernent l’enseignement du français dans nos propres écoles, et sa conservation dans les familles, dans les associations, dans les relations sociales, dans tous les centres où nos compatriotes ont droit de cité ?Il nous paraît, en vérité, que le Premier Congrès de la Langue française au Canada devait en effet être convoqué à cette heure, et nous avons l’honneur d’y convier nos compatriotes.Dans la lutte pour la défense et la conservation de nos droits, il n’est permis à personne de se croire inutile : chacun doit faire sa part du labeur commun.La langue des aïeux a besoin, pour survivre et se développer, du concours de tous, et c’est le concours de tous que nous sollicitons.Nous adressons donc un pressant appel à tous les Canadiens français et à tous les Acadiens qui ont à cœur la conservation de leur langue et de leur nationalité.Nous les invitons tous à adhérer, à contribuer, à concourir, à assister au Premier Congrès de la Langue française au Canada :— Canadiens français de la province de Québec, restés en Nouvelle-France, gardiens de la tradition, héritiers des souvenirs, dépositaires du patrimoine national ; Acadiens, «peuple de douleur», que ni l’isolement ni la persécution n’ont pu abattre, et qui gardent, dans le malheur, leur foi et leur langue ; Canadiens français de l’Ontario, conquérants pacifiques. Premier Congrès de la Langue française au Canada 339 qui ont su lutter avec vaillance pour leurs droits, et qu’attendent peut-être des combats plus rudes encore ; Canadiens français du Manitoba et de l’Ouest, pionniers de la culture française, qui font largesse à des pays nouveaux du bienfait de leur idiome ; Canadiens français et Acadiens des États-Unis, émigrés restés fidèles au parler des aïeux ;—tous, nous les appelons à venir célébrer, sur le rocher de Québec, au berceau de la race, la fête du « doux parler qui nous conserve frères » ! Ensemble, nous étudierons la situation de la langue française chez nous ; nous nous demanderons quelles conditions meilleures on pourrait lui faire, et par quels moyens.Ensemble, nous affirmerons notre attachement aux saines traditions des lettres françaises.Ensemble, nous enverrons à la Mère patrie, à la vieille France, l’hommage de notre filiale affection et de notre reconnaissance pour l’héritage qu’elle nous a laissé.Ensemble, nous prierons Dieu de bénir, sur nos lèvres canadiennes, les syllabes de France.Pour le Comité Organisateur : Mgr PAUL-EUGÈNE ROY, Président.Le Secrétaire général, ADJUTOR RIVARD.REVUES ET JOURNAUX Conférence de M.le chanoine Buléon.(Le Morbihannais, Lorient; 24 février.) Conférence faite, le 19 février, à Quimper, par M.le chanoine Buléon, curé de la cathédrale de Vannes, sur le Congrès eucharistique de Montréal.Le Canada français.(Le Soleil, 3, rue Rossini, P.; 2 mars.La Libre Parole, 14, Boul.Montmartre, P.; 3 mars.L’Action française, 3 Chaussée d’Antin, P.; 5 mars.) Conférence par M.le comte Affre de Saint-Rome, sur le Canada et le Congrès de Montréal : L’auditoire vibrait depuis 2 heures au récit de si belles têtes et de si beaux sentiments, lorsqu'un ordre du jour fut voté debout et par tous au Canada «qui se souvient ».La séance fut levée aux cris de : Vive le Canada français ! Vive Pie X, le grand persécuté ! PATRONAGE L’UNIVERSITÉ LAVAL PRÉSIDENCE D’HONNEUR Mgr L -N.Bégin, Archevêque de Québec ; Mgr A.Langevin, O.M.I., Archevêque de Saint-Boniface ; Mgr P.Bruchési, Archevêque de Montréal ; Mgr C.-H.Gauthier, Archevêque d’Ottawa ; Le très-honorable Sir Wilfrid Laurier, Chevalier Grand’Croix de l’Ordre de Saint Michel et de Saint Georges, membre du Conseil Privé d’Angleterre, premier ministre du Canada ; L’honorable Sir François Langelier, docteur en droit, Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges, professeur à l’Université Laval, lieutenant-gouverneur de la province de Québec ; L’honorable Sir Lomer Gouin, Chevalier, docteur en droit, premier ministre de la province de Québec; Son Honneur le Maire de Québec; M.le Recteur de l’Université Laval (Québec).VICE-PRÉSIDENCE d’hONNEOR M.Aram-J.Pothier, gouverneur du Rhode-Island, États-Unis (Woonsocket) ; L’honorable M.A.-H.Comeau, sénateur (Meteghan River, N.-E.) ; L’honorable M.A.-B.Routhier, Grand’Croix de l’Ordre de Saint Grégoire, docteur en droit, docteur ès lettres, membre de la Société Royale du Canada, juge de la Cour de Vice-Amirauté, ancien juge en chef de la Cour Supérieure de la province de Québec, professeur à l’Université Laval (Québec) ; 340 Premier Congrès de la Langue française au Canada 341 L’honorable M.J.Dubuc, juge en retraite (Winnipeg, Man.) ; L’honorable M.Jos.-O.Rhéaume, ministre dans le gouvernement de l’Ontario (Windsor) ; L’honorable M.David-V.Landry, M.D., ministre dans le gouvernement du Nouveau-Brunswick; L’honorable M.W.-F.-Alphonse Turgeon, ministre dans le gouvernement de la Saskatchewan (Regina) ; L’honorable M.Benjamin Gallant, ministre dans le gouvernement de l’Ue-du-Prince-Edouard (Charlottetown) ; M.P.-E.Lessard, député à l’Assemblée législative de l'Alberta (Edmonton) ; M.Alcée Fortier, professeur à l’Université Tulane, président de l’Athénée Louisianais (Nouvelle-Orléans, Louisiane).membres d’honneur Mgr A.-A.Blais, évêque de Rimouski ; Mgr J.-M.Émard, évêque de Valleyfield ; Mgr M.-T.Labrecque, évêque de Chicoutimi ; Mgr P.Larocque, évêque de Sherbrooke ; Mgr N.-Z.Lorrain, évêque de Pembroke ; Mgr F.-X.Cloutier, évêque des Trois-Rivières; Mgr E.Legal, O.M.I., évêque de Saint-Albert ; Mgr J.-S.-H.Bruneau, évêque de Nicolet ; Mgr J.-A Archambeault, évêque de Joliette ; Mgr A.-X.Bernard, évêque de Saint-Hyacinthe ; Mgr A.Pascal, O.M.I., évêque de Prince-Albert ; Mgr Albert Guertin, évêque de Manchester, États-Unis ; Mgr Blanche, évêque de Sicca, vicaire apostolique du Golfe Saint-Laurent ; Mgr E.-A.Latulipe, évêque de Catenne, vicaire apostolique du Témiscamingue ; Mgr O.Charlebois, O.M.I., évêque de Bérénice, vicaire apostolique du Keewatin ; Mgr C.-A.Marois, P- A., vicaire général du diocèse de Québec; Mgr Ls-A.Paquet, P.A., V.G., docteur en théologie, membre de la Société Royale du Canada, professeur à l’Université Laval (Québec) ; 342 Bulletin du Parler français au Canada Mgr O.-E.Mathieu, P.A., docteur en théologie et en philosophie, Compagnon de l’Ordre de Saint Michel et de Saint Georges, Chevalier de la Légion d’honneur, Officier de l’Instruction publique, professeur à l’Université Laval (Québec) ; Mgr J.-T.Allard, P.A.(Caraquet, N -B.) ; Mgr L.-N.Dugal, P.S.S., vicaire général (Saint-Basile, N.-B.); Mgr F.-X.Faguy, P.S.S., curé de la Cathédrale (Québec) ; Mgr F.-M Richard, P.S.S.( Rogersville, N.-B.) ; Mgr T.-G.Rouleau, P.S.S., Principal de l’Ecole Normale Laval (Québec) ; Mgr J.Hébert, vicaire général, ( Bouctouche, N.-B.) ; M.le Vice-Recteur de l’LTniversité Laval (Montréal) ; M.le Supérieur de l’Université du Collège de Saint-Joseph de Mem-ramcook (N.-B.); L’honorable M.Rodolphe Lemieux, docteur en droit, ministre dans le gouvernement du Canada, membre de la Société Royale du Canada, professeur à l’Université Laval (Montréal) ; L’honorable M.L.-P.Brodeur, avocat, Conseil du Roi, docteur en droit, ministre dans le gouvernement du Canada (Montréal) ; L’honorable M.Jacques Bureau, avocat.Conseil du Roi, ministre dans le gouvernement du Canada (Trois-Rivières); L’honorable Sir Alexande Lacoste, Chevalier, membre du Conseil Privé du Canada, docteur en droit (Montréal); L’honorable M.A -R.Angers, membre du Conseil Privé du Canada, docteur en droit, ancien lieutenant-gouverneur de la province de Québec (Montréal); L’honorable M.Alphonse Desjardins, membre du Conseil Privé du Canada (Montréal); L’honorable M.L.-O.Taillon, membre du Conseil Privé du Canada, avocat, Conseil du Roi, docteur en droit, ancien premier ministre de la province de Québec (Montréal) ; L’honorable M.Raoul Dandurand, membre du Conseil Privé du Canada, sénateur, docteur en droit (Montréal) ; L'honorable SirJL.-A.Jetté, Chevalier Commandeur de l’Ordre de Saint Michel et de Saint Georges, Commandeur de la Légion d’honneur, docteur en droit, juge en chef de la Cour du Banc du Roi de la province de Québec, professeur à l’Université Laval (Québec) ; Premier Congrès de la Langue française au Canada 343 L’honorable M.C.-B.de Boucherville, Compagnon de l'Ordre de Saint Michel et de Saint Georges, sénateur (Boucherville) ; L’honorable M.Pascal Poirier, sénateur, Officier de la Légion d’honneur, membre de la Société Royale du Canada (Shé-diac, Nouveau-Brunswick) ; L’honorable M.F.-L.Béique, Conseil du Roi, docteur en droit, sénateur (Montréal); L’honorable M.H.Montplaisir, sénateur (Trois-Rivières) ; L’honorable M.A.-C.-P.Landry, sénateur, Chevalier de l’Ordre de Saint Grégoire le Grand, Chevalier Commandeur de l’Ordre du Saint Sépulcre (Québec) ; L’honorable M.J.-B.-R.Fiset, sénateur (Rimouski) ; L’honorable M.Jules Tessier, sénateur (Québec) ; L’honorable M.L.-O.David, sénateur, membre de la Société Royale du Canada (Montréal) ; L’honorable M.P.-A.Choquette, sénateur, docteur en droit (Québec) ; L’honorable M.Noé Chevrier, sénateur (Winnipeg) ; L’honorable M.Benjamin Prince, sénateur (Battleford, Saskatchewan) ; L’honorable M.Charles Marcil, président de la Chambre des Communes du Canada (Ottawa) ; L’honorable M.Horace Archambeault, docteur en droit, juge de la Cour du Banc du Roi de la province de Québec, membre du Conseil de l’Instruction publique de la province de Québec (Montréal) ; L’honorable M.J.-E.Prendergast, juge de la Cour du Banc du Roi du Manitoba (Saint-Boniface) ; L’honorable M.Simeon Pagnuelo, juge de la Cour Supérieure de la province de Québec, docteur en droit (Montréal) ; L’honorable M.L.-A.Prudhomme, membre de la Société Royale du Canada, juge de la Cour de comté du Manitoba (Saint-Boniface) ; L’honorable M.A.Constantineau, juge de la Cour de comté de l’Ontario, docteur en droit (Ottawa) ; L’honorable M.S.Blanchard, juge de la Cour de comté de l'Ile-du-Prince-Edouard (Charlottetown) ; M.Rodolphe Forget, député à la Chambre des Communes du Canada (Montréal); 344 Bulletin du Parler français au Canada M.Arthur Lachance, avocat, Conseil du Roi, député à la Chambre des Communes du Canada (Québec) ; L’honorable M.L.-Alexandre Taschereau, ministre dans le gouvernement de la province de Québec, docteur en droit, (Québec); L’honorable M.J.-L.Décarie, ministre dans le gouvernement de la province de Québec (Montréal); L’honorable M.J.-Edouard Caron, ministre dans le gouvernement de la province de Québec (Québec) ; L’honorable M.Adélard Turgeon, Compagnon de l’Ordre de Saint Michel et de Saint Georges, docteur ès lettres, président du Conseil Législatif de la province de Québec (Québec) ; L’honorable M.Némèse Garneau, membre du Conseil Législatif de la province de Québec (Québec) ; L’honorable M.E.de Varennes, membre du Conseil Législatif de la province de Québec (Waterloo) ; L’honorable M.E.Choquette, M.D., membre du Conseil Législatif de la province de Québec (Saint-Hilaire) ; L’honorable M.Pantaléon Pelletier, président de l’Assemblée Législative de Québec (Sherbrooke) ; L’honorable Sir Georges Garneau, Chevalier, maître ès arts, professeur à l’Université Laval (Québec) ; M.J.-M.Tellier, docteur en droit, député à l’Assemblée Législative de Québec, membre du Conseil de l’Instruction publique de la province de Québec (Joliette) ; M.H.Bourassa, député à l’Assemblée Législative de Québec (Montréal) ; M.Cyrille Delâge, docteur en droit, député à la l’Assemblée Législative de Québec, membre du Conseil de l’Instruction publique de la province de Québec (Québec) ; M.Armand Lavergne, avocat, député à l’Assemblée Législative de Québec, (Québec) ; M.J.-M Francœur, avocat, député à l’Assemblée Législative de Québec, (Québec) ; MM.les Supérieurs des Collèges affiliés à l’Université Laval ; M.le Président de l’Association canadienne-française d’Éducation d’Ontario; M.le Président de V Assomption, société nationale des Acadiens ; M.le Président de VAssomption, société acadienne de secours mutuels; Premier Congrès de la Langue française au Canada 345 M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ; M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec ; M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Sauveur de Québec ; M.le Président de l’Union Saint-Jean-Baptiste d’Amérique ; M.le Président de l’Association canado-américaine ; M.le Président du Comité de la cause nationale des Franco-Américains du Maine; M.le Président général des Forestiers franco-américains; M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa ; M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Boniface; M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Régina ; M.le Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Edmonton ; M.le Président de la Section française de la Société Royale du Canada; M.le Président de l’Institut canadien de Québec; M.le Président général des Artisans canadiens-français; M.le Président général de l’Alliance Nationale; M.le Président général de l’Union Saint-Joseph du Canada; M.le Président général de l’Union Saint-Pierre ; M.le Président général de la Fédération des Ligues du Sacré-Cœur; M.le Président général de l’Association catholique de la Jeunesse canadienne ; M.le Président général de l’Association catholique de la Jeunesse franco-américaine ; M.le Président du Conseil national des Métiers et du Travail de Québec. UN CERCLE D’ÉTUDE DU PARLER FRANÇAIS •>» AU COLLÈGE DE VALLEYFIELD (Mémoire lu à la séance publique de la Société du Parler français, le 22 janvier 1911.) Monseigneur, Mesdames, Messieurs, On ne voudra point contester, je pense, l’opportunité très grande d’associer les jeunes des Collèges à l’œuvre du Parler français au Canada.Leur future action intellectuelle les désigne suffisamment comme les plus fermes continuateurs des bons ouvriers d’aujourd’hui.C’est peut-être par le bas du peuple que naissent et croissent les langues, mais c’est par le haut qu’elles s’illustrent et qu'elle se réforment.C’était parmi les crocheteurs du Port au foin que Malherbe allait chercher les vocables du crû français; mais c’est Malherbe, homme de lettres, qui réduisit la muse au règle du devoir et par qui la langue réparée N’offrit plus rien de rude à l’oreille épurée.Ouvriers de l’avenir, ceux-là même qui couronneront peut-être votre travail d’illustration et de réforme, et dont il faut attendre les chefs-d’œuvre qui consacreront pour l’immortalité le parler de chez nous, les jeunes ont prouvé qu’ils peuvent être encore les actifs ouvriers du présent.Ce sont les jeunes, si je ne me trompe, et les jeunes des Collèges pour une bonne part, qui nous auraient permis, il n’v a pas si longtemps, de croire avec le poète, que .les droits que l’on délaisse Avaient au moins pour eux les cœurs de la jeunesse ! Ce sont encore un peu les jeunes qui viennent d’opérer ce miracle renversant de faire apprendre le français et, ce qui est 346 Un Cercle d’Etude du Parler français 347 d’une autre force, de le faire parler à des gens qui ne paraissaient avoir ni un goût déréglé de l’apprendre, ni une volonté intempérante de le parler.Dès le collège, on peut demander aux jeunes une petite action française, et je serais heureux de vous en persuader, ce soir, en vous faisant connaître les initiatives d’un comité du Parler français au Collège de Valleyfield.L’essai, Mesdames, Messieurs, est plus que modeste.Je ne réclame pas même, en sa faveur, le mérite de l’originalité; il suffira qu’on ne lui conteste point celui de la bonne volonté.I.ORGANISATION Le Cercle du Parler français au Collège de Valleyfield n’est qu’un des rouages de notre Cercle de l’A.C.J.C.Pour vous en faire mieux comprendre le fonctionnement, il ne sera pas inutile que je vous expose d’abord, au moins de façon brève, l’organisation de notre groupe de jeunesse.Deux catégories de membres constituent, à Valleyfield, le groupe de l’A.C.J.C.: celle des membres étudiants et celle des membres auxiliaires.Sont membres étudiants les élèves des classes supérieures; sont membres auxiliaires une certaine élite des élèves de Troisième et de Quatrième.Les membres étudiants sont partagés en quatre comités, soit pour l’année présente: le comité des Questions nationales et religieuses, où ergotent et pérorent les élèves finissants ; le comité des Statistiques, où glanent et mettent en fiches les élèves de Philosophie lere année; le comité de Littérature, où dissertent les élèves de Rhétorique; et enfin le Comité du Parler français, où besognent les élèves de Relles-Lettres.Chaque comité doit avoir une réunion par quinzaine et donner alors à son programme d’étude une heure de travail.Chacun des membres doit être secrétaire a son tour et préparer, pour la réunion générale du groupe qui a lieu deux fois le mois, un rapport de la besogne accomplie à la réunion du comité.Les comités, à tour de rôle, s'engagent à fournir le morceau de résistance de la réunion générale, en organisant une discussion causerie sur l’une des questions étudiées à l’heure des réunions privées.Donc, tous les deux mois, le comité du Parler français paraît sur les planches pour nous exposer quelques-uns des problèmes vitaux de la langue française au Canada. 348 Bulletin du Parler français au Canada II.TRAVAUX DU COMITÉ C’est aux réunions privées que l’on dépêche la besogne réelle et pratique.Pour donner sa part d’action à chacun et ne surcharger personne, il importait de diviser le travail.Et alors, aux jeunes membres auxiliaires revient la tâche d’alimenter les études lexicographiques de Messieurs du Comité.Les jeunes potaches ont donc ouvert leur petite enquête sur le parler français au Collège et dans la ville de Valleyfield.Et pourquoi, me direz-vous, ce travail autour d’eux-mêmes d’abord?C’est qu’il faut donner parfois une fin très objective et très pratique aux travaux des jeunes, et que la meilleure façon de commencer la réforme de sa langue, c’est peut-être de refranciser le milieu.Avant de songer à l’accroître et pour l’accroître, il convient sans doute, d’épurer le bagage des mots acquis.Et si l’acquisition des mots nouveaux s’effectue dans la mémoire un peu selon les lois d’une cristallisation progressive, il ne saurait être indifferent, ce nous semble, que le moyen primitif soit de bonne composition française.Un autre motif nous a déterminés à chercher de la besogne autour de nous.Assez peu d'endroits se fussent prêtés mieux à un travail de ce genre que la petite ville de Salaberry de Valley-field: Valleyfield, la petite cité ouvrière où pas plus qu’ailleurs, hélas ! l’on ne voudrait commettre le crime de se montrer plus français qu’en France; Valleyfield, ville aux trois quarts cana-dienne-française, où des noms du français le plus authentique voisinent sur les enseignes et dans les vitrines avec les Grocer, les Tailor, les Butcher, les Watchmaker, et paraissent ne hurler jamais de se trouver ensembre; Valleyfield, petit centre de province, presqu’à l’autre bout du Saint-Laurent; Valleyfield, si loin, si loin du vieux et intellectuel Québec.et pour finir—mes provinciaux de concitoyens me pardonneront-ils de l’avoir dit?— Valleyfield, où l’on n’a pas inventé la Société du Parler français.Il faut voir si nos jeunes enquêteurs s’en donnent à cœur joie, au cours de leurs promenades bi-hebdomadaires, à travers les rues.Et comment des espiègles de collégiens, qui sont un peu le monde où l'on s'amuse, ne se donneraient-ils pas avec entrain et bonne humeur à une enquête qui leur révèle de si drôles de choses?qui leur permet de se montrer du doigt tant de façades Un Cercle d’Étude du Parler français 349 badigeonnées à l’anglaise, depuis le « Barbershop,» jusqu au ((Grand magasin départemental» ; qui leur lait apprendre, en causant avec un gamin accosté sur la rue, que monsieur son père « run un petit store de candy » ; qui leur fait découvrir que tel brave homme, aussi peu frotté de grammaire que de sens du ridicule, s’annonce sans rire, comme ((Chartier en clos de bois», pendant que cette autre fait crier à tous les passants par son enseigne que le vent balance sur des gonds dorés, que Monsieur X est à la fois ((Orfèvre et objet de fantaisie »?A quels résultats peut conduire une enquête de ce genre?Elle permettra peut-être, quand nous aurons travaillé encore quelque temps, de démontrer, non plus par des faits isolés et des statistiques plus ou moins fantaisistes, mais par une monographie assez complète, combien épaisse est la couche anglaise qui recouvre un peu partout notre vie française.Nous y verrons jusqu à quel point le commerce et l’industrie sont en train de défigurer le parler national si, promptement, nous n’y mettons bon ordre en popularisant une langue commerciale et des écoles techniques françaises.Nous constaterons encore que si nos marchands de village ou de petite ville, nos hôteliers, nos coiffeurs, nos bouchers, nos boulangers, nos ouvriers usent du terme anglais, en toute bonne foi, par ignorance de l’équivalent français, souvent aussi ils y ont recours, pour faire comme les autres, ou, ce qui est plus grave, pour se donner du ton et prendre une pose.Et donc, nous conclurons qu’il y a là, pour employer un de leurs termes barbares, les symptômes d’un déplorable snobisme qu’il serait bon de remplacer par un peu plus de fierté nationale.Qui sait?Nous apprendrons peut-être qu’il suffirait souvent d’une intervention patriotique de nos conseillers de village, pour empêcher que dans des petits coins perdus de la province, où le maître d’école lui-même ne crache qu’à grand’peine le th, l’on nous épargne le ridicule grotesque d’un marchand d’épices, s’annonçant comme «.Licensed to retail», pendant que des enseignes aux couleurs plus criardes nous dévisagent avec leur St.James, leur Windsor, leur Grand Union, leur King George, et le croiriez-vous?— leur Niobe and Rainbow Hotel ! Un résultat plus sùr et plus immédiat, c’est de donner une besogne d’hercule à notre petit comité du Parler français.Les jeunes enquêteurs ont couché sur des listes les résultats de leurs observations: anglicismes, néologismes, franco-algonquinismes, 350 Bulletin du Parler français au Canada barbarismes, solécismes, rien n’a été oublié.Ces listes qui ne doivent jamais contenir plus de vingt à vingt-cinq expressions, sont lues, une première lois, par les enquêteurs eux-mêmes, aux réunions générales de tout le groupe.Il arrive parfois, si le jeune élève a une plume plus exercée, qu’à la liste d’expressions se substitue une petite composition fantaisiste, où en phrases suivies 1 on essaie de nous donner un spécimen de la conversation trop ordinaire d’un écolier ou d’un ouvrier de ville.Et il y a tel de ces morceaux de littérature iroquoise, Mesdames, Messieurs, où la verve est si étincelante qu’ils ne dépareraient pas certains journaux quotidiens d’un grand pays, et, à parler iranchement, qu’on les dirait découpés dans les plus belles pages de notre hiéroglyphique «Gazette du travail)).Listes d’expressions ou compositions sont remises au secrétaire du comité du Parler français aussitôt que lecture en a été faite.Le secrétaire les apportera à la réunion de son comité, qui a lieu, nous l’avons dit tout-à-l’heure, une fois par quinzaine, un jour de congé, à l’heure de l’étude libre pour le cours classique, de 2 à 3 h.Les réunions ont lieu, le plus souvent, à la chambre du directeur.Là, on a bientôt fait d’accumuler les dictionnaires anglais et français, les ouvrages de lexicographie : Halzfeld et Darmesteter, Webster, Littré, Larousse, Rinfret, Roulland, Clapin etc, et la besogne commence.Il s’agit de corriger pour la prochaine réunion générale un certain nombre—une vingtaine au moins, une trentaine au plus—des termes ou locutions vicieuses recueillis par les enquêteurs.Ces corrections sont transcrites au fur et à mesure, sur une double série de fiches : une première série avec le terme impropre en vedette, une seconde avec le terme corrigé.La référence précise au dictionnaire est toujours indiquée.Cette double série de fiches permet au comité de répondre très rapidement aux questions qui lui sont posées, et nos jeunes ont eu en plus la préoccupation d’amasser des matériaux pour leurs successeurs.Pendant qu’un des membres du comité procède à cette mise en fiches, un autre dresse un tableau des expressions vicieuses avec correction en regard et dont lecture sera faite à la réunion générale de quinzaine.C’est affaire de la première demi-heure.Le reste du temps doit être consacré à des études d’un autre caractère.Si l’on veut que nos élèves fassent œuvre intelligente dans leur travail de correction, si l’on a souci, en plus, de ne pas les rabaisser au Uu Cercle d’Étude du Parler français 351 rôle ingrat de manœuvres éreinteurs de dictionnaires, il importe, ce nous semble, de poursuivre parallèlement au travail de lexicographie, des études de principes et d’histoire.Elles s’imposent à des jeunes gens qui ont assumé la tâche d’un comité du Parler français dans un collège secondaire.Il leur faut des principes qui les guident dans leur sarclage de la parlure canadienne-française, si, avec l’ivraie, ils ne doivent pas arracher le bon grain.De même, ils ne peuvent se livrer avec amour à la tâche que s’ils connaissent tout le prix de la langue maternelle, s’ils ont senti palpiter sous l’étoffe des vieux mots l’âme claire et chevaleresque de leur race.Et alors, ils étudieront la nature, les caractères de leur langue pour en avoir l’intelligence et le respect; ils en apprendront les luttes el les droits pour en avoir l’amour et la fierté.Le comité du Parler français au Collège de Valleyfield aura donc étudié au cours de la présente année scolaire la série de questions que voici : De l’opportunité d'une terminologie française des sports au Collège; L’œuvre de la Société du Parler français au Canada; Les caractères de notre parler; Ses périls;—Les meilleurs moyens de le défendre.Les élèves d’ordinaire travaillent seuls pendant la majeure partie du temps; après quoi, le directeur fait son apparition pour constater la besogne accomplie, aiguiller sur la bonne voie si l'on a eu le malheur de se pourvoyer, et aussi pour préparer le travail de la prochaine réunion.LES MOYENS D’ACTION Ces études d’un caractère plus spéculatif ne nuisent en rien à l’action pratique du comité.Il s’est donné pour tâche de refranciser le milieu, et vraiment les moyens d’action ne lui font pas défaut.Il faut compter, et en premier lieu, sur la lecture des expressions corrigées qui est faite devant tout le groupe de jeunesse: soit environ la moitié des élèves du cours classique.Ces corrections sont ensuite revisées par le président du groupe de l’A.C.J.C., revues par le directeur, puis affichées dans la salle de récréation 352 Bulletin du Parler français au Canada où tous les élèves peuvent en faire leur profit.Nous espérons voir poindre le jour, où à l’aide d’nne machine polygraphique, il sera facile de multiplier ces listes corrigées pour les distribuer à profusion parmi les écoliers.Mettons après cela, au nombre des moyens d’action, le rapport du secrétaire qui expose succinctement, mais, aussi lumineusement que possible, le problème étudié au comité après le travail de correction : ce qui permet à tout le groupe de jeunesse d’entendre parler à chacune de ses séances, d’une question de langue française.Tous les deux mois, le comité organise, à son tour, une causerie discussion.C’est ainsi que l’on discutait récemment l’opportunité d’une terminologie française des sports au Collège, et qu’à l'unanimité ou presque—et voilà bien qui manifeste les tendances de la jeunesse actuelle—les Céciliens ont décidé de ne plus jouer désormais, qu’au gouret et à la balle au camp.Prochainement, le comité nous entretiendra des Caractères de notre parler ; et sans doute, il saura démontrer victorieusement que pour n’être ni l’argot parisien, ni le Parisian french, la langue de chez nous n’en saurait mériter, pour tout cela, ni le dédain des Parisiens de France qui n’ont vu que la France de Paris, ni surtout le sarcasme des Torovingiens de tout grade qui n’ont lu que le Petit Larousse.Les jeunes membres auxiliaires apportent un concours d’une autre espèce au comité, en récitant, à chaque séance générale, deux ou trois poésies de nos aèdes ou quelques tirades de nos orateurs qui exaltent la langue française.Parfois encore, un grave académicien, dans un article au journal du Cercle, disserte savamment sur les travaux du comité, et l’oblige, par ses objections et ses remontrances, à plus de précision scientifique.LES RÉSULTATS Et le résultat?Le résultat, Mesdames, Messieurs, c’est que l’élan, la poussée première est donnée vers une épuration du langage écolier.Témoin, ce bambin qui écrit à ses parents : «Envoyez-moi mon habit d’hiver.Mon habit, c’est mon coat\ mais les grands nous disent à l’Académie qu’il ne faut plus dire un coat.» Un Cercle d’Etudk du Parler français 353 Le résultat! c’est encore que le mouvement dépassera bientôt les murs de nos collèges.Il les dépasse déjà: nos écoliers, ardents et conquérants comme on l’est à leur âge, emportent leurs petits projets de réforme dans leur famille, à la ville comme à la campagne, où l’on fait subir tant d’ignominies à la vieille parlure.Et leur apostolat n’est pas toujours inefficace, si j en crois la petite anecdote qu’on m’a racontée, et qui, vraiment, est presque touchante avec son parlum d’héroïsme à la Cyrano, et son vieux garçon comme unique personnage.Il avait appris, le pauvre cher homme, par son petit frère, un favori, qu’on a placé au Grand Collège, il avait appris que le mot « shed » est un vocable barbare, un intrus qui a supplanté, contre tous les droits, un bon vieux mot de race noble et authentique.Le vieux garçon de mon histoire qui est le plus brave des hommes, et qui, tout vieux garçon qu’il est, a pourtant une fiancée, une dame de sa pensée : sa race, sa langue qu’il aime avec toute la chaude tendresse d’un coeur resté neuf, prit tout de suite la résolution formidable de ne plus jamais, oh ! jamais, laisser passer sur ses lèvres la syllabe anglo-saxonne.Hélas! il avait compté sans la force de l’habitude, tenace, dit-on, chez les gens de sa confrérie.A tout moment, à tout bout de champ, comme il disait, le vocable incongru lui revenait.C'était la perte de la shed qu’il avait oublié de fermer; c’est du bois qu’il allait chercher dans la shed-, c’est une voiture qu’il avait rentrée dans la shedl Une vraie obsession! Résolu d’en finir—les célibataires ont parfois de ces mouvements héroïques—notre homme décida de combattre son obsession, par une autre obsession.Un matin, après une nuit où sans doute il avait rêvé à sa fiancée, il s’arma d’une broche, la lit rougir aux tisons ardents du poêle, et sur la porte de la shed, dans le bois d’érable qui semble fait pour s’ins-cruster de lettres françaises, grave, solennel comme un Phidias burinant sur du granit ou du marbre une inscription immortelle, il traça, en beaux et grands caractères, le mot du parler maternel reconquis sur la langue étrangère.Je vous signale ce trait méritoire, Messieurs de la Société du Parler français au Canada, je vous le signale, pour le jour, où, devenus riches et bien obligés de récompenser tous les dévouments que vos initiatives auront suscités, vous commencerez à décerner des prix de vertu—aux célibataires.Nous pourrons alors constater, tout comme les grandes académies de là bas, qu’il n’y a point 354 Bulletin du Parler français au Canada de déficit au budget moral de la Nouvelle-France.Et cette richesse d’héroïsme, nous la devrons, et c’est un dernier résultat que je veux signaler, nous la devrons à ces idées plus grandes, plus hautes qui à un moment de notre histoire, se seront emparées des jeunes têtes.Ce ne sera pas sans fruits, j’imagine, que dans cette œuvre d’action française et de défense nationale, nos jeunes gens auront appris, de bonne heure, quel passé lourd d'héroïsme et de gloire l’avenir va leur léguer.Petits ouvriers obscurs d’une tâche simple et modeste, ils n’en auront pas moins compris que leur effort de jeunes prolonge l’effort des aïeux, l’effort de toute une race qui s’est promis de ne pas mourir, tant qu’elle aura, pour la continuer, la jeunesse éternelle! L.A.Groulx, ptrc Collège de Valleyfield, Qué. PRINTEMPS Les champs sont reverdis, les bourgeons vont éclore, Les beaux liserons bleus vont se rouvrir encore, Le long des fiers coteaux, sur le bord des étangs.Oui, tout va refleurir, car voici le printemps! Tout nous dit d’espérer, de chanter et de croire; Le matin n’est plus froid et la nuit n’est plus noire, L’oiseau refait son nid, la biche est aux abois, L’étoile des amours se lève au fond des bois ! 0 vous qui n’avez pas de joie ou d'espérance Et dont le cœur jaloux fermente la souffrance, Comme un vase rempli d'un funeste parfum, Vous dont les rêves chers se brisent un à un, Emportés dans le gouffre infini des années Avec tout le carmin de vos roses fanées.Vous qui redemandez la paix et la beauté, Venez, le ciel vous rend ce qui vous fut ôté ! Aux bois pleins de murmure, aux champs pleins de lumière, Au soleil qui rougit le toit de la chaumière, Au vent, au clair ruisseau qui borde les chemins Dieu confie en secret le bonheur des humains.Pour tous il est du beau quelque part, sur la terre, Il est du ciel au fond d'un bosquet solitaire, Dans le creux d’un ravin, sur la fleur des pommiers, Il est du ciel partout pourvu que vous aimiez!.Aimez! c'est le printemps, c’est la joie infinie! Les vallons sont hantés d’un sublime génie Qui, sur les arbres verts, jette la majesté Et près de la grandeur met la simplicité ! L’oiseau chante.Le papillon ouvre ses ailes, La fougère grandit sous le pied des gazelles, Et, couvant leurs œufs d’or à l’ombre des buissons, Les grenouilles des prés entonnent leurs chansons ! Blanche Lamontagne.355 LE CONGRÈS RE LA LANGUE FRANÇAISE ET LES ASSOCIATIONS CANARIENNES L’initiative prise par la Société du Parler français en convoquant à Québec, pour le vingt-quatre juin 1912, le Premier Congrès de la Langue française au Canada, rencontre partout les plus flatteuses approbations.Des lettres nous arrivent de toutes les parties du Canada et des Etats-Unis contenant les adhésions les plus sincères, et nous offrant les concours les plus efficaces.Nous avons dit, dans notre dernière livraison, l’accueil favorable fait à notre projet par toute la presse française du Canada et des Etats-Unis ; nous voulons aujourd’hui faire connaître à nos lecteurs les sentiments des grandes Associations canadiennes-françaises à notre égard.Voici le texte de la résolution adoptée, le 9 mars dernier, par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal : Les membres de l’Association S.-Jean-Baptiste de Montréal, convoqués en assemblée générale, le 9 mars 1911, adoptent les résolutions suivantes: «Us réaffirment d’une manière solennelle les principes exposés dans leur réunion du 1er décembre 1910, et revendiquent à nouveau le maintien des droits de la langue française dans le Dominion, parce qu’ils nous sont garantis par le droit naturel et l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord;.« Us félicitent la vaillante Société du Parler français au Canada de l’intelligente initiative qu’elle vient de prendre en convoquant pour 1912 un congrès général de la langue française en Amérique où les Canadiens français et les Acadiens discuteront les moyens à employer pour conserver, perfectionner et développer la langue française; ils s’engagent à favoriser par leur concours aussi efficace que possible le succès de cette patriotique entreprise, qui ne peut manquer de hâter l'union plus intime entre tous les groupes d’origine française d’Amérique, union si désirable pour la défense de nos traditions nationales et religieuses.» Le 16 mars, Y Association canadienne-française d'Education d'Ontario, adoptait, à Ottawa, l’ordre du jour suivant : « La décision de la Société du Parler français au Canada de convoquer un Congrès général de la Langue française au Canada, qui devra se tenir à Québec en 1912, est pour tous les membres 356 Li-: Congrès et les Associations canadiennes 357 de cette Association une cause de réjouissance, d’inspiration et d’encouragement.«Aucun des groupes français d’Amérique ne se réjouit plus que celui parmi lequel se recrutent les membres de cette Association, de la pensée que dans la cité de Champlain et de Laval, le berceau et le loyer de la langue française sur le continent nord américain, se réuniront bientôt les délégués de tous les groupes français d’Amérique pour faire le bilan des succès et des revers, des dangers et des espérances de la langue française, et pour assurer son maintien et sa propagation dans cette moitié du Nouveau-Nonde.«Aussi l’Association offre ses vives félicitations et ses vœux les plus sincères aux citoyens de Québec qui ont pris la généreuse et patriotique initiative de la préparation de ce congrès, et elle est heureuse d’offrir son concours et tous ses moyens d’action pour assurer le succès de la noble tâche que s’est donnée la Société du Parler français au Canada.«Copie de cet ordre du jour sera envoyée à Monsieur Adjutor Rivard, Secrétaire du Comité organisateur du Premier Congrès de la Langue française au Canada.» A sa séance du 3 avril 1911, le conseil exécutif de la Société des Artisans canadiens-français a adopté la résolution suivante, transmise le lendemain à M.Adjutor Rivard, par M.Henri Roy, secrétaire général du Congrès : «Il est proposé par M.R.Bédard, appuyé par M.Alcide Dalpé, et adopté à l’unanimité que le Secrétaire Général soit chargé d’accuser réception de la communication de la Société du Parler français au Canada, en date du 30 mars 1911, d’assurer les officiers de cette association de la collaboration de la Société des Artisans canadiens-français, et de les remercier de l’attention délicate que cette société a eue à l’adresse de la Société des Artisans, en offrant à son Président général le titre de membre d’honneur du Premier Congrès de la Langue française au Canada.» Le onze avril, M.le Président général de l’Alliance Nationale transmettait au secrétaire du Congrès de la Langue française, les sentiments du Bureau exécutif de cette importante association: «Notre Bureau exécutif, dit-il, a pris en considération la délibération du bureau de direction de la Société du Parler français, en date du 14 février dernier, ainsi que votre honorée du 30 mars écoulé, par laquelle vous offrez au Président général de Y Alliance 358 Bui xetin du Parler français au Canada Nationale le titre de membre d’honneur du Congrès de la Langue française.«Mes collègues m’ont prié de vous faire part qu’ils concourent de tout cœur avec vous dans le but que vous poursuivez et que, sympathique à l’œuvre admirable que votre Société a entreprise d'une manière si pratique, l’Alliance Nationale, qui a pour but « l’union des catholiques parlant la langue française, dans une « commune pensée de secours mutuels et de progrès de leur «intérêts matériels et moraux», ne restera pas en arrière, soyez en certain; elle secondera vos efforts pour la propagation de cette belle langue qui doit être, comme vous le dites si bien dans votre délibération, dans l’avenir comme elie l’a été dans le passé, la sauvegarde de notre nationalité et la gardienne de nos souvenirs.a L’Alliance Nationale est donc fière d’accepter, pour son Président Général, ce titre de membre d’honneur que votre Société a daigné lui offrir et elle se fera un devoir d’être représentée lors du Premier Congrès de la Langue française au Canada, qui sera tenu dans la cité de Champlain, en 1912.» Le mardi, 2 mai, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec a adopté l’ordre du jour suivant.«La Société Saint-Jean-Baptiste de la cité de Québec donne son entière adhésion au Premier Congrès de la Langue française au Canada, convoqué à Québec, pour 1912, par la Société du Parler français : «La Société Saint-Jean-Baptiste remercie les membres delà Société du Parler français de l’honneur qu’ils lui ont lait en appelant son Président à faire partie du Comité d’honneur du Congrès, et elle accepte avec empressement cet honneur.« La Société s’engage à verser une souscription de deux cent cinquante piastres ($250.00) pour assurer le succès de ce Congrès.» Nous offrons à la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec l’expression de notre plus vive gratitude, pour la généreuse souscription qu’elle vient de faire à l’Œuvre du Congrès.En s’inscrivant ainsi en tête de la liste des souscripteurs, non seulement elle donne un exemple qui sera suivi par plusieurs, nous n’en douions pas, mais elle consacre le caractère national et patriotique de notre congrès.Nous continuerons dans notre prochain numéro à publier les nombreuses et précieuses adhésions déjà reçues, ainsi que celles qui ne manqueront pas de nous parvenir encore. DE LA PREMIÈRE FORMATION DU GOÛT LITTÉRAIRE A L’ÉCOLE La langue Irançaise est nne œuvre d’art.Le sympathique M.Kleckowski (2> a su dire d’elle: «C’est une langue si limpide qu elle est un filtre pour la pensée, si riche quelle peut tout dire, si souple qu’elle sait faire entendre tout ce qu’elle ne dit pas, si nette dans ses couleurs, si ferme dans ses sonorités, si ferme en même temps et si douce qu’elle est une caresse pour l’oreille autant qu’une joie pour l’esprit! « Ses modulations sont infinies, et multiples sont ses aspects.Aux œuvres de la raison sereine, elle est probité, elle est lumière.Au vol léger de l’imagination et du rêve, elle met un frémissement d’ailes.Pour l’épopée et le Iraeas des batailles, elle a des sonneries de clairon.» Quelle superbe définition, et combien digne de « cette reine parmi ses sœurs, les autres langues mères, Sa Majesté la langue française! » La langue française ! Ah ! comme ces simples mots savent éveiller en nos âmes tout un monde de merveilleuses beautés morales, astistiques et littéraires.Elle se prête admirablement bien à toutes les opérations de l’esprit humain, depuis l’observation spontanée des choses, jusqu’à la conception des idées les plus nobles, les plus élevées; depuis l’analyse modeste des corps de la nature, jusqu’au culte éclairé de Dieu, créateur et Providence du monde, principe et source du vrai, du bien et du beau.Aucune autre langue n’a su mieux exprimer les joies et les douleurs.Le français est « tout raison », il a pour base éternelle la clarté, et comme qualité maîtresse la simplicité, la naïveté, la fécondité que lui légua le XVIe siècle; l’élégance, la véhémence, la pureté, l’ampleur, la sonorité, héritage du grand siècle : la netteté, la clarté, la lucidité, la rapidité, la concision, le tour vif et incisif, la profondeur, filles du XVIIIe siècle; enfin la richesse des images, (Mémoire lu par Monsieur C.-J.Magnan, à la séance publique annuelle de la Société du Parler français.Université Laval, le 22 janvier 1911.) (2) Ancien consul de France au Canada.359 360 Bulletin du Parler français au Canada la précision, la propriété des termes, la variété des expressions, apanage du XIXe siècle.Et cette langue « qui naquit aux lèvres des Gaulois, » (1) 2 cetle langue « harmonieuse et claire, léguée par les ancêtres, » ,2) c’est elle qui répand à travers le monde la culture française, c’est-à-dire le bon goût au service de la vraie civilisation chrétienne.Il est de vérité historiqne que notre langue ne revêt dans toute son ampleur son caractère de grandeur et de beauté incomparable, qu’en autant qu’elle demeure au service des traditions chrétiennes.Cette langue, c’est la nôtre, ce trésor au prix inestimable nous le possédons.L’apprécions-nous à sa valeur ce trésor, la cultivons-nous avec assez d’amour et de soin cette langue ?Montaigne adressa ce reproche aux éducateurs de son temps: « On nous apprend à vivre quand la vie est passée.» Les enlants de chez nous ne pourraient-ils pas, avec quelque raison, dire à leurs parents et à leurs maîtres: «Vous pensez à nous apprendre à parler et à écrire le français quand nos études sont terminées ! » A-t-on suffisamment songé à leur apprendre à penser, ces chers enfants, à les initier à l'expression claire, nette et précise de leurs idées, à apprécier les beautés de notre langue, en un mot, s’est-on préoccupé d’éveiller « le goût littéraire » à 1 école ?Rarement, je crois.On a peut-être trop négligé le développement de ïesprit d'observation chez l’élève, et pas assez cultivé son langage.Plusieurs s’imaginent que l’enfant ne saurait s’habituer de bonne heure à voir, à décomposer, à recomposer, à dire ce qu’il voit, ce qu’il pense, ce qu’il ressent.Bien que de longues heures soient consacrées à l’étude de la langue française, on est stupéfait de voir que les écoliers s’expriment avec la plus grande difficulté, au point qu'ils paraissent parfois plus ignorants qu’ils ne le sont en réalité.Nombre de maîtres se contentent encore de réponses par oui et par non, alors que l’enfant doit intercaler la question dans sa réponse.(1) Chapman.(2) Thomas Chapais. Formation du Gout Littéraire a l’ecole 361 Enfin plusieurs refusent d’admettre que l’enseignement de la langue française ne devrait pas consister à faire apprendre la grammaire par cœur et à faire des exercices orthographiques.Le cours cle langue française commence à la première page de l’alphabet pour ne se terminer qu’avec les derniers exercices littéraires du cours supérieur.Cet enseignement est le plus général, en classe, le plus continu: tandis que l’enseignement direct de l’histoire, de la géographie, de l’arithmétique est restreint à un certain nombre d’heures, l’étude de la langue maternelle est pour ainsi dire ininterrompue.Si les autres matières du programme scolaire ne lui apportent qu’un concours accidentel, il n’en est aucune dont elle ne puisse profiter.Sans cesse les élèves ont à parler, à lire, à rédiger, et toujours les instituteurs devraient veiller à ce qu’ils le fassent correctement.S'adressant un jour à des étudiants catholiques, à qui il voulait prouver, au point de vue moral, l’insuffisance de l’enseignement purement scientifique.René Bazin s’exprima comme suit : « Dire à un homme : sachez lire et vous ne mentirez pas: sachez écrire et vous ne volerez pas: sachez compter et vons ne tuerez pas: c’est comme si je disais: apprenez bien la multiplication, car dès que vous saurez la table de Pytbagore, vous jouerez admirablement du piano.» Imitant cette spirituelle raillerie, je dis aux enfants: «Sachez lire mécaniquement et vous comprendrez tous les livres : sachez la grammaire par cœur, même sans la comprendre, et vous écrirez correctement; laites des dictées sans fautes et vous rédigerez parfaitement ; faites des analyses machinales, vous servant pour cela de formules clichées, et vous saurez ce qu’est une phrase.» Non, Mesdames et Messieurs, les divers exercices dont se compose l’enseignement rationnel de la langue française ne sont pas successifs, isolés les uns par rapport aux autres, dans ce sens qu’on ne doive étudier celui-ci qu’après avoir acquis une connaissance sutffsante de celui-là, regardé comme plus élémentaire ; il paraît avantageux d'en aborder plusieurs simultanément.L’écriture, en eflet, n’est pas plus difficile que la lecture, et la rédaction moins à la portée du jeune enfant que l’orthographe.Longtemps dans nos écoles canadiennes, il fut admis comme indiscutable que l’écolier devait d’abord apprendre à lire, ensuite .à écrire, puis à orthographier correctement et que, seulement après 362 Bulletin du Parler français au Canada tout cela, c’est-à-dire à la veille de quitter la classe, il pouvait s’appliquer à la rédaction.La pédagogie moderne abandonne cette gradation factice, pour pratiquer la simultanéité d’exercices difT -rents, mais de difficulté sensiblement égale.Elle cesse d’enseigner la grammaire comme un dogme qu’on retient sans comprendre, et fait de cette étude, une étude raisonnée et raisonnable.Elle groupe ou plutôt intercale dans la grammaire des exercices de langue, tels que vocabulaire, rédaction, composition, orthographe, lecture, récitation.Elle coordonne tous ces enseignements en un cadre unique, donnant ainsi à l’élève de l’école primaire le moyen d’acquérir par des études simultanées, une connaissance déjà sérieuse de sa langue maternelle, et de lui fournir en même temps l’occasion de se former le goût par l’étude des modèles choisis.Mais ce n’est pas ici le lieu de développer ce sujet pédagogique fort intéressant du reste.Qu’il me suffise de dire que le maître soucieux de la première formation du goût littéraire à l’école, doit réellement enseigner la langue maternelle, et non pas se contenter d’apprendre aux enfants à lire sans intérêts et à apprendre la grammaire par cœur.Les leçons grammaticales devraient former un véritable cours de langue française, où le bon goût régnerait en maître.L’enseignement du Irançais ainsi compris suppose une préparation de classe soignée.Rien ne doit être laissé au hasard dans les leçons de langue.Schiller nous dit : « Dès l’enfance, entourez l’homme des plus belles formes intellectuelles, enlermez-le dans les images de la beauté parfaite.» Cette tâche au point de vue littéraire, n’est pas impossible à l’école primaire.Que le maître choisisse avec un soin scrupuleux les phrases, les textes et les morceaux nécessaires à son enseignement et cela non pas une fois, deux fois, mais chaque jour, et il ne tardera pas à remarquer que lame de ses élèves s’enrichit promptement d’une riche moisson d’idées et de sentiments élevés.Suivant un ancien : « Si lame ne se fait belle, elle n’apercevra point la beauté.» En effet, toutes les faiblesses sont solidaires, et il est bien difficile d’avoir un mauvais goût en littérature et un goût moral élevé dans la conduite de la vie.Le paysan basque dit à l’honneur de ses Pyrénés : « Toi qui ne connais pas la prière, viens dans nos belles montagnes, et tu sauras bien vile prier, sans que personne ne te l’enseigne.» Formation du Gout Littéraire a l’école 363 Ah ! sachons donc dire aux enfants de nos écoles primaires : « Vous qui ne connaissez pas encore le beau littéraire, venez dans le champ admirable où i’on cultive la langue Irançaise, et vous sentirez bientôt votre goût s’éveiller, s’éclairer, se former, se perfectionner.» Mais quels sont les exercices qui se prête le plus volontiers à la formation du goût littéraire à l’école primaire?C’est tout d’abord la lecture à haute voix, instrument de culture par excellence.L’instituteur qui sait bien lire fait aimer la classe à ses élèves, favorise la bonne discipline, et surtout initie ses jeunes auditeurs aux mystérieuses et incomparables beautés de la langue Irançaise, mises en relief par une lecture simple, naturelle, mais réellement expressive.Lire avec expression, c’est donner à la pensée de l’auteur toutes les nuances, toute la délicatesse, toute la force voulue.N’oublions pas, néanmoins, que tout en étant tour à tour harmonieuse, émue, grave, passionnée même, la diction à l’école primaire doit rester simple, naturelle, sans rien de théâtral, qui sente la déclamation.C’est là la théorie.Passsons à la pratique et jugez.Voici deux petits morceaux choisis dans des livres de lecture courante et qui conviennent au cours élémentaire.Supposez une école de village.Il est trois heures de l'après-midi, l’air de la classe est un peu lourd, les élèves semblent fatigués.L’instituteur suspend les travaux ordinaires et annonce une histoire: La chanson du cerisier Au printemps le bon Dieu dit: « Mettez la table du petit ver.» Aussitôt le cerisier se couvre de feuilles vertes.Engourdi dans sa demeure, le petit ver s’éveille, s’étire; puis il se met à ronger les petites feuilles, et dit : « Ce festin est délicieux, qui donc me l’a préparé ?» Alors le bon Dieu dit de nouveau : « Mettez ta table à la diligente abeille.» Aussitôt le cerisier se met à pousser mille et mille fleurs blanches.Et l’abeille éveillée dès l’aurore, s’envole sur le cerisier ; elle visite nombre de fleurs, et de chacune elle pompe une goutte de liqueur.« Ah ! quelle délicieuse boisson, dit-elle en revenant au rucher pour composer son miel.» 364 Bulletin du Parler français au Canada L’été vient et le bon Dieu dit : « Mettez la table du petit oiseau.» Aussitôt mille fruits frais et rouges apparaissent sur le cerisier.Le petit oiseau accourt en gazouillant: «Ah! quel régal pour mes petits, dit-il, comme cela va les fortifier.» * * * En automne le bon Dieu dit : « Desservez la table, tous sont rassasiés.» Et le vent froid du nord commence à souffler, il fait grelotter le cerisier.Les feuilles flétries tombent sur le sol ; le vent les enlève et les fait voltiger en l’air.Voici l’hiver et le bon Dieu dit : « Recouvrez tout ce qui reste.» Et la neige se met à tomber à gros flocons, elle forme un tapis blanc et épais et toute la nature se repose dans un profond sommeil.(1) Un autre jour, ce sera cette belle, admirable et naïve page de Louis Veuillot : Lettre a Marguerite Au Tréport, 31 juillet 1868.Ma nièce Marguerite, Je regardais la mer.Elle était bleue au loin, verte plus près, blonde sur le bord, avec de grosses franges comme de l’argent.Il y avait un grand soleil qui la faisait briller, et elle chantait en dansant et en brillant.C’était très beau.Alors un oiseau est venu près de moi, et il me regardait tandis que je regardais la mer.Je lui ai dit: «Qui est-tu?—Je suis un oiseau du bon Dieu qui vole sur la mer du bon Dieu.—Oiseau du bon Dieu volant sur la mer du bon Dieu, que veux-tu?» Alors il me dit : « Il y a une petite qui aime bien le sucre d’orge et le chocolat, mais qui n'aime point l’étude; la connais-tu?—Je crois la connaître.—Cette petite fille est dans un couvent à Paris; la connais-tu?—Je la connais.—Cette petite fille n’est jamais* la première de sa classe ; la connais-tu?(1) D'après Hebel. Formation du Gout Littéraire a l’école 365 —Oui, oui, je la connais très bien.—Eh bien, alors, reprit l’oiseau, il faut que cette petite fille commencent à travailler, et à être sage et à servir le bon Dieu.Son papa et sa maman vont l’amener au Tréport ; elle verra la mer, elle jouera sur les galets, elle sera baignée par Michel.Je vois qu’on aime bien cette petite fille-là.Il faut qu elle ne soit pas ingrate, il faut qu elle mérite de devenir la petite fille du bon Dieu et de la Sainte Vierge.» Ainsi parla l'oiseau du bon Dieu qui vole sur la mer du bon Dieu.Et moi, je dis à l’oiseau: «Que faut-il qu elle fasse la petite fille?Car elle n’est pas méchante, mais c’est une tête légère tout à fait.» L’Oiseau reprit: «Quand elle sera dans l’église du Tréport, elle dira: «Mon Dieu accordez-moi la grâce d’être votre petite fille et celle de la Sainte Vierge.» Si elle fait bien cette prière, tout ira bien ; et le Bon Dieu donnera des ailes à son âme pour voler au ciel comme je vole sur la mer.» Alors l’oiseau du bon Dieu ouvrit ses ailes grandes et fortes, et il s envola bien loin, bien loin sur la mer du bon Dieu.Ma nièce Margurite, si tu connais cette petite fille qui va venir au Tréport, dis-lui bien tout cela.Moi je suis ton oncle, et je t'aime beaucoup.Louis Veuillot.Cà suivre ) C.-J.Magnan.Il H IÀ A T A Nos lecteurs sont priés de faire, dans les sonnets de M.Zidler, Nos plus belles victoires, les corrections suivantes: Page 249, vers 4e—au lieu de: « De nos vieux souvenirs.» lire: «De vos vieux souvenirs.» Page 249, vers 13e—au lieu de : « essuyant vos pleurs.» lire : « essuyant ses pleurs.» Page 250, vers 11e—au lieu de : « Bénis soient les apaiseurs ! » lire : « Bénis soient tous les apaiseurs ! » Page 252, vers 13e—au lieu de : « De Tristan Lancelot.» lire : «De Tristan, Lancelot.» Page253, vers 5e—au lieu de: «il bâtit.» lire: «il bâtît.» LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS (Suite) Gambler (gàmlèr, gamblcer) s.m.-*-= ang.gambler, m.s.|| Joueur de profession.Game (gè:m, gé:m) s.f.-
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