Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Bulletin du parler français au Canada
Organe de la Société du parler français au Canada qui y publie des études de linguistique et des réflexions sur les conditions de l'évolution de la langue française au Québec et au Canada.
Éditeur :
  • Québec :Société du parler français au Canada,1902-1914
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Parler français
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Bulletin du parler français au Canada, 1914-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
AVRIL 1914 No 8 AP// Vol.XII BULLETIN DU HH Couronné par l'Académie française Organe officiel du Comité permanent du Congrès de la Langue française au Canada SOMMAIRE Pages 285—Livres de prix canadiens.Adjutoii Rivahd 286 — Carnet d’un liseur.Alcée Fortier .Antonio Hoot, p,re 290—Notes de littérature.•.291 — I.’action française en Amérique: La Langue française et les petits Canadiens français de l’Ontario.— Le mode de résistance.—Les effets de ¦ oc c la résistance.—Conclusion.AlphonSk-T.Chahiion .06—Sarc ures.Le Sarci.euh — ; f"" Les livres.J.-E.Phinck et Adjutor Rivahd .109—Au service des intérêts français : I.Ce qui ae dit dans la presse : — La presse de France à la rescousse.— Un journal d’Irlande pour la cause française.— Travail de concentration française.— Pour la formation d’une élite française.II.Ce qui se fait chez nous.— Une benne nouvelle d’Alberta.“7 L’Ontario français.— Nos gens aux États-Unis.A.I).316— Publications récentes.317— Une anthologie.318— Le*que canadipn-français (suite).Le Comité du Bulletin •320—Revues et journaux.R •^-BuUctin bibliographique-.Adjutor Rivahd •32.3—Ligue des Droits du français : Liste d'expressions pour le commerce et l'industrie (« suivre).REDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITE LAVAL QUÉBEC Editeur-dépositaire, à Paris: H.CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Malaquais. AVIS Les membres de la Société du Parler français au Canada sonl priés de se rappeler que les séances de l’Assemblée générale ont lieu le quatrième lundi de chaque mois, et que tous sont invités à y assister.Ceux qui désirent recevoir, pour chaque séance, une lettre de convocation voudront bien en avertir le secrétaire.Les membres de la Société et les abonnés du Bulletin du Parler français au Canada trouveront, sur la bande du Bulletin, la date de la prochaine échéance de leur cotisation ou de leur abonnement.Cette indication sert de quittance à ceux qui sont en règle avec l’administration et rappelle aux autres qu’ils doivent acquitter des arrérages.Cotisations et abonnements sont payables d’avance, le 1er de septembre, pour les 12 mois suivants.La liste des adresses est révisée le 10 de chaque mois.Comité du Bulletin.Le Mois littéraire et pittoresque, Paris, rue Bayard.5.Abonnement : 14 francs.• •* S" Polybiblion.Hevue bibliographique universelle, publiée sous les auspices de la Société bibliographique.Paris, rue Sainl-Simon, 5.Partie litt., 16 fr.; Parlie techn., 11 fr ; les deux parties réunies, 22 Ir.• * * Le Courrier de la Presse.Bureau de coupures de journaux.Dir., M, Gallois, Paris, boulevard Montmartre, 21.Fournit à ses clients les articles de journaux et de revues, les concernant personnellement, ou sur un sujet quelconque auquel ils s’intéressent.Par coupure de journal ou de revue, 0 fr.30; tarif réduit pour 100 coupures.—Catalogue de 13,000 journaux et revues : 3 fr.50. Vol.XII, N» 8-avml 1914.LIVRES DE PRIX CANADIENS Déjà, les élèves de nos collèges, de nos couvents, de nos écoles, rêvent au jour joyeux, au grand jour de la distribution des prix.De leur côté, directeurs, préfets des études, commissaires d'écoles, instituteurs et institutrices, pensent au choix des livres qu'ils distribueront cette année aux plus méritants.L’heure est donc bonne pour appeler de nouveau l’attention sur une collection de livres édités spécialement pour être distribués en récompense dans nos maisons d'éducation.On connaît la louable entreprise de la Librairie Beauchemin, de Montréal : créer des séries de livres de prix, composées d’ouvrages canadiens ; et l’on sait que ce projet a été superbement réalisé déjà.Des approbations autorisées, et des plus judicieuses, en témoignent.C’est vraiment une œuvre excellente que fait là la Librairie Beauchemin.A une époque où l’on parle de tout nationaliser, il est heureux qu’il se soit trouvé des éditeurs pour nationaliser aussi les livres de prix.Sans doute, nos maisons d’éducation ont toujours eu soin de donner en récompense à leurs élèves des ouvrages de bonne tenue et qui pouvaient développer chez eux le goût des lettres françaises ; et elles devront encore distribuer de ces livres édités en France ; mais elles pourront aussi, grâce aux collections Beauchemin, répandre parmi nos enfants les meilleurs ouvrages canadiens-français.« Ce sont nos meilleures œuvres, écrit M.l’abbé L.-A.Groulx, avec l’âme, les paysages qu’elles reflètent, qui iront porter à nos enfants la vertu éducatrice des amitiés de la patrie.» Donner en récompense des livres canadiens, c’est faire connaître notre histoire, développer le goût de la littérature du terroir et l’amour de la patrie.« Œuvre d’éducation et de patriotisme éclairé », a-t-on dit justement.Ajoutons que la Librairie Beauchemin, en éditant ces livres de prix, donne un puissant encouragement au mouvement littéraire canadien-français.On se plaint que les livres de chez nous ne se vendent guère : voici que la Librairie Beauchemin assure à nos écri- 285 286 BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA vains la diffusion de leurs œuvres.C’est le meilleur encouragement que l’on ait encore donné à notre littérature.Ces livres forment six collections, de prix divers suivant les formats et les reliures (depuis 10 sous jusqu’à $1.20) : la collection Dollard, la collection Montcalm, la collection Maisonneuve, la collection Laval, la collection Champlain, la collection Jacques-Cartier.La série complète comprend 70 titres, dans sept reliures différentes, ce qui fait un assortiment d’environ 700 volumes, parmi lesquels les directeurs de maisons d'éducation peuvent choisir ce qui convient à leurs élèves.Ajoutons que le choix des ouvrages nous paraît être des plus heureux, et signalons parmi les auteurs qui figurent au catalogue des livres de prix canadiens : l'abbé H.-R.Casgrain, J.-C.Taché, l’abbé Ferland, h abbé Camille Roy, E.-Z.Massicotte, R.P.Hugôlin, L.-O.David, Philippe-Aubert de Gaspé, Sylva Clapin, Alphonse Gagnon, A.Gérin-Lajoie, l’abbé E.Blanchard, Laure Conan, l’abbé Élie-J.Auclair, l’abbé A.Nantel, Ernest Gagnon, l’abbé H.Cimon, Joseph Marmette, l’abbé Adolphe Saurel, P.-J.-O.Chauveau, l'abbé G.Dugas, Hubert Larue, Sir A.-B.Routhier, Louis Fréchette, Octave Crémazie, A.-D.De Celles, le P.Ph.-F.Bourgeois, Pamphile LeMay, Mgr Taché, de Boucherville, Ernest Myrand, etc., etc.Nous souhaitons que l’importance de cette patriotique initiative soit comprise, et que nombreux soient distribués, cette année, dans nos maisons d’éducation, les livres de prix canadiens.Adjutor Rivard.CARNET D’UN LISEUR La langue et la littérature françaises hors de France, c’est le programme de la Pensée de France, cette nouvelle revue que nous avons ailleurs signalée à nos lecteurs (Paris, 74, rue de Seine).M.C.-L.Bernardin, dans l’article où il annonce et commente ce programme, écrit : Le Congrès de la Langue française de Québec, par sa magnificence, a révélé au monde et à la France de quels miracles était capable la fidélité canadienne., On a volontiers parlé du Canada depuis quelques années.Le sujet est si vaste qu il reste beaucoup à faire.Et tout est à glaner dans les sentiers non encore battus d Acadie, au Nouveau-Brunswick, à la Nouvelle-Écosse, dans l'Ile-du-Prince-Édouard.L’Acadie, la terre de la souffrance, de la persécution, fut même privée un jour de ses fils brutalement exilés.Nous retrouverons leurs petits-enfants, toujours aussi vaillants ; nous retrouverons jusqu’en Louisiane les petits-fils fortement acadiens des compagnons d’Évangéline. ALCEE FORTIER La mort vient d’enlever à la Louisiane l’un de ses fils les plus distingués et le plus ardent défenseur de ses traditions françaises, dans la personne de M.Alcée Fortier, professeur de langues romanes à l’Université Tulane et président de l’Athénée Louisianais de la Nouvelle-Orléans, chevalier de la Légion d’Honneur, docteur ès lettres de l’Université Laval et membre du Comité permanent du Congrès de la Langue française au Canada.Descendant d’une famille bretonne de Saint-Malo, établie en Louisiane en 1722, Alcée Fortier naquit dans la vieille paroisse de Saint-Jacques, l’une des plus françaises de la campagne louisia-naise, en 1856.Par sa mère, Hedwidge-Aimée Fortier, il était allié à la famille du gouverneur Roman et à celle de Valcour Aimé, qui fut l’un des plus riches et des plus charitables planteurs de la Louisiane et qui illustra son nom par le don fait aux Pères Maristes du Collège Jefferson, aujourd’hui l’une des plus prospères maisons d’éducation catholiques du Sud des États-Unis.De santé délicate, le jeune Fortier ne put quitter la maison paternelle pour aile ¦ suivre les cours d’un collège ,comme le faisaient alors tous les fils des familles distinguées de la Louisiane, et toutes ses études classiques se firent, chez son père, sous la direction de M.Jules Choppin, aujourd’hui âgé de quatre-vingts ans et le doyen des anciens élèves de l’Université des PP.Jésuites de Georgetown.Il put, cependant, une fois ses études classiques terminées, se rendre à Paris, où il se livra, pendant quelque temps, à l’étude de la littérature sous des maîtres renommés.A la suite de revers de fortune qui atteignirent cruellement sa famille, Alcée Fortier dut accepter de l’emploi dans une banque de la Nouvelle-Orléans, non sans continuer, cependant, au prix de rudes sacrifices, les études littéraires qui le passionnaient.Les chiffres ne purent le retenir bien longtemps, et il accepta avec plaisir, lorsque l’occasion lui en fut offerte, la position de professeur de français à l'École Supérieure de la Nouvelle-Orléans, d’où il passa, en 1880, à l’Université Tulane, pour y remplir la même charge jusqu’à sa mort.287 288 BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA C’est donc dans cette chaire des langues romanes de ’Université Tulane qu’Alcée Fortier devait faire sa carrière et sa réputation d’écrivain ; c’est là que, pendant trente-quatre ans d'un ’abeur incessant, il devait se consacrer à la culture, à l’enœignemen et à la défense de la langue française, dont il fut, toute sa vie, en Amérique, l’un des apôtres les plus ardents et les plus éclairés.La rude tâche du professorat n’empêcha jamais ce travailleur acharné de consacrer une partie notable de son temps à la composition d’ouvrages, qui constituent probablement, aujourd’hui, la meilleure partie de la 1 ttérature française de la Louisiane, si l’on en excepte les Histoires de Gayarré et de Martin.Son Histoire de la littérature française, ses Sept Grands Auteurs du XIXe siècle et son Précis de l'Histoire de France sont des ouvrages qui font honneur à son talent d'écrivain et à sa clarté d’exposition de professeur éminent.Possédant la langue anglaise à 1 égal de la langue française, Alcée Fort er publia nombre d’ouvrages, fort remarqués, en cette angue.A History of Louisiana, Bits of Louisiana Folk'ore et Louisiana Studies resteront dans la littérature louisianase comme des ouvrages de grande valeur.Ces deux derniers sont des livres uniques en leur genre.Les Louisiana Studies, tout particul èrement, constituent l’évocation la p'us puissante et ’a plus charmante à la fois de la vieille Lou'siane française ; mœurs et parlers du terroir sont analysés dans cet ouvrage avec la finesse d’observation et l'attrait que seul peut donner à un récit le patriotisme d’un historien qui parle avec amour des choses de son pays.Il y a, dans ce livre, aujourd’hui plutôt rare, croyons-nous, un chapitre qui est de nature à intéresser particulièrement Canadiens et Acadiens français : c’est celui où Alcée Fortier raconte une de ses visites aux descendants des colons acadiens du Bayou-Têche : cette page des Louisiana Studies est certainement l’une des plus originales qui aient jamais été consacrées aux enfants du pays d’Êvangéline établis en Louisiane.Loin de profiter des vacances universitaires pour prendre un repos bien mérité, Alcée Fortier consacrait une bonne partie des mois d’été à donner des conférences sur la littérature française dans les grandes universités des États-Unis.Il y était aimé et attendu : sa manière simple et prenante d’exposer une thèse et de développer une idée, sa diction parfaite, la distinction de sa tenue, si française, le charme qu’il donnait au récit de l’anecdote fixant, ici et là, le caractère des mœurs d’une époque, enfin, son admiration sans borne pour les auteurs du grand siècle français, tout, dans sa personne et dans son enseignement, contribuait à donner un intérêt ALCÉE FORTIER 289 soutenu à des cours parfois un peu arides pour de simples amateurs de littérature.Mais ce qui lui attirait surtout l’estime dont il fut toujours entouré, c’était son inébranlable attachement à la terre et aux traditions de ses ancêtres ; c’était la noblesse et la fierté de son patriotisme.On n’attaquait jamais la Louisiane en vain devant Alcée Fortier.Vrai chevalier de la patrie, il était prêt à croiser le fer, au premier mouvement de l’adversaire.Il avait le droit de parler en son som, puisqu’il 'a faisait aimer partout.Il en connaissait parfaitement l'histoire ; les trois régimes, le français, l’espagnol et l’américain n’avaient pas de secrets pour lui.C’est pour se rendre capable de ne rien ignorer de cette intéressante et parfois héroïque histoire qu’il voulut apprendre la langue espagnole ; il la parlait avec aisance et l’enseigna m me, pendant plusieurs années, à l’Université Tu’ane II ne laissait passer aucune date importante de ces trois cents ans de vie nationale sans en instituer, par des fêtes dont quelques-unes eurent" un éc at retentissant, la commémoration publique et solennelle.Il pensait déjà à célébrer le Ille centenaire de la Nouvelle-Orléans, qui tombe en 1918 et aurait vou u inaugurer, à cette occasion, Je monument qu’on parle d’élever à Bien-ville, l’immortel fondateur.Ce fut Alcée Fortier qui soutint, pendant vingt-cinq années, de son activité et de son prestige, l’Athénée Louisianais et la Société Historique de la Louis ane.Ce fut sous sa direction que s’organisa définitivement l’intéressant Musée historique qu’il fit installer au Cabildo, ancienne Salle du Conseil de la Louisiane espagnole.Pour entretenir dans les âmes de ses compatriotes cette belle flamme du patriotisme dont il était brûlé, il se rendit souvent dans ces petites villes françaises de la campagne louisianaise, où il se plaisait à donner en français des conférences instructives sur l’histoire de son pays.On comprend que cet amant du passé français de l’Amérique du Nord se sentît attiré vers la Nouvelle-France.Il en connaissait 1 histoire, et il admirait les luttes énergiques de la nation canadienne-française pour la conservation et la défense de l’héritage des ancêtres.Par deux fois, il y représenta officiellement la Louisiane, aux fêtes du Ille Centenaire de Québec et au Congrès de la Langue frança se.Cette dernière manifestation surtout 1 avait profondément impressionné.Il ne nous parlait jamais sans émotion de la joie que lui avait causée cette grandiose mobilisation des forces canadiennes-françaises.On se rappelle l’intéressant discours qu’il prononça, le soir du 26 juin, au manège militaire, et la part notable qu il prit aux travaux de la section philologique du Congrès, dont il fut le président écouté et respecté.Le Bureau du Congrès recon- 290 BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA nut la haute valeur de sa collaboration en le nommant, plus tard, membre du Comité permanent et Secrétaire régional pour la Louisiane.En 1908, TUniversité Laval l’avait créé docteur ès lettres.Il aimait à se prévaloir de ce titre, et à nous rappeler combien cette distinction de la grande Université française de l’Amérique du Nord l’avait honoré.Le Comité France-Amérique venait de lui confier la tâche d’écrire une Histoire de la Louis:ane, et il nous disait avec quelle joie il allait se mettre au travail pour parler de sa chère Louisiane à la France, lorsque la mort l’a frappé.Détail touchant de ses derniers moments, Alcée Fortier a voulu recevoir le saint Viatique des mains du vénérable abbé Subileau, ancien curé de Saint Augustin.« C’est vous qui m’avez fait faire ma première communion, lui dit-il ; c’est vous-qui me ferez aussi faire la dernière.» Et il reçut la sainte communion avec piété.Peu de temps après, une crise de cœur l’emportait.Ses funérailles furent profondément impressionnantes.Toute la population française de la Nouvelle-Orléans y assistait.L’église du Saint-Nom de Jésus, où eut lieu le service, ne pouvait contenir la foule qui suivait le char funèbre, et bon nombre des assistants durent rester dans la rue, où ils demeurèrent, tête nue et en silence, tout le temps que dura le service.C’était bien la manifestation d’un deuil national.On eût dit toute une race assistant aux funérailles de son dernier défenseur.Antonio Huot, ptre.NOTES DE LITTÉRATURE Le Bulletin des Recherches historiques a pris une toilette neuve, et qui lui sied, pour entrer dans sa vingtième année.Il en est tout rajeuni, et sa documentation plu abondante que jamais.La revue les Dimanches (101, rue de Richelieu, P.; 23 février) reproduit un article remarquable de M.Gaston Deschamps : En l’honneur de la France, sur le livre de M.Hill, The Champlain tercentenary. L’action française en Amérique la langui; française et les petits CANADIENS FRANÇAIS DE L’ONTARIO Élude lue en séance publique de la Société du Parler français au Canada, à V Université Laval, le i février 1914- Dieu se sert de la faiblesse pour confondre la force.(Saint-Paul, le aux Corr., I.27) (Suite et fin) LE MODE DE RESISTANCE Il ne suffisait pas de prendre une décision.Il fallait surtout agir.Quel mode de résistance adopter ?Problème à plusieurs inconnues, très complexe et des plus graves ! Inutile de songer à nous faire rendre justice par la Législature provinciale ; les forces des deux partis n’y sont pas assez balancées pour que la bonne volonté de nos quelques députés puisse exercer une influence prépondérante.Réclamer sous forme de pétitionnement pourrait sans doute inspirer certaines craintes salutaires aux détenteurs du pouvoir ; mais, comme d’ordinaire ils ne déposent les armes que lorsqu’ils ont l’épée dans les reins, la justice se fera trop longtemps attendre.« Faire de l’agitation et encore de l’agitation », former l’opinion publique et jeter de la lumière même dans l’esprit de nos ennemis par la conférence, le tract et le journal ?L’idée, certes, est excellente, mais, dans l’attente des résultats de notre croisade, la juste indignation de nos braves gens aura tout le temps de se calmer, et il est à craindre qu’ils ne finissent par se faire quelque peu au joug avilissant de l’esclavage.Empêcher, par la force, l’entrée de l’inspecteur protestant dans nos écoles serait un moyen assurément efficace ; mais il pourrait 291 292 BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA occasionner des scènes regrettables.Le Canadien a la fierté de sa famille.Malheur à celui qui ose porter sur ses enfants une main sacrilège ! Il ne prendrait pas toujours le temps de mettre des gants de velours pour les protéger et les défendre de la sorte, si on le lui permettait.Que faire?.Le Ciel nous inspira.Appuyés sur ce principe fondamental que l’éducation des enfants appartient, de droit primordial, aux parents, nous nous sommes dit : « Ce sont les parents qu'il faut, avant tout, intéresser à la résistance, en les éclairant sur leurs droits et leurs devoirs pour les pousser à l’action.)> A eux de dicter la ligne de conduite à leurs enfants, d’une part, et, d’autre part, à ceux qui les représentent à l’école bâtie et entretenue de leurs deniers, aux commissaires.Pour empêcher M.l’Inspecteur anglo-protestant d’accomplir sa besogne outrageante et néfaste, pourquoi les pères de famille n’ordonneraient-ils pas à leurs enfants de quitter la classe dès son arrivée ?De leur côté, les commissaires enjoindraient, sous peine de destitution, au maître ou à la maîtresse de continuer à enseigner le français tout comme avant le règlement 17, et de laisser leurs élèves suivre les ordres de leurs parents.La solution était trouvée.Et c’était là un mode tout à fait licite de résistance passive, très ingénieux, très pratique, et surtout — « nous l’allons montrer tout à l’heure » — très efficace.Mais il fallait aussi prévoir, de la part du Gouvernement, les conséquences probables de notre tactique.Retrait des octrois scolaires ?Le sacrifice, s’il faut le subir, (,) ne serait pas si énorme : 25 sous par année, en moyenne, par chef de famille.L’on songera peut-être à dépouiller les commissaires du droit de prélever les taxes scolaires et d’en disposer à discrétion ?Ce ne serait qu’une menace vaine et puérile, car, de l’avis de nos meilleurs jurisconsultes, de l’honorable Sénateur Belcourt spécialement, le Gouvernement n’en a pas la faculté.1 (2) Il a le pouvoir de supprimer les diplômes, c’est vrai, mais il ne saurait jamais empêcher nos instituteurs et nos institutrices, officiellement compétents, de communiquer à nos enfants ce qu’ils ont dans l’esprit et dans le cœur.Pousserait-il la tyrannie ultra-fanatique jusqu’à vouloir fermer nos écoles bilingues, sous le fallacieux prétexte qu’elles sont comme une excroissance du système scolaire ontarien, n’ayant droit à l’existence qu’en vertu d’un privilège ou d’une concession ?Dans ce cas, que fera-t-il d’abord de nos édifices scolaires ?S’il les vend à l’enchère, nous les rachèterons, pour les rouvrir.Et nos milliers d’enfants ?Va-t-il les laisser gran- (1) La Commission des Écoles Séparées d’Ottawa a chargé M.le Sénateur Belcourt de revendiquer devant les tribunaux les octrois scolaires qui lui ont été refusés en 1912-1913.Le Droit, 13 novembre, 1913.(2) Le Droit, 1er mars 1913, p.2. LES PETITS CANADIENS FRANÇAIS DE L’ONTARIO 293 dir dans la rue, et dans l'ignorance de l’anglais ?.Au demeurant, nos écoles bilingues ne forment pas une catégorie à part dans le système scolaire provincial ; ce sont bel et bien des écoles séparées garanties par la lettre de la Constitution.Nous aurions recours, alors, aux autorités supérieures, (1) et, s’il y a encore quelque esprit de justice sur la terre, si le « fair play » britannique n est pas seulement qu’un vain mot, notre appel ne saurait manquer d’être entendu et nos griefs redressés ; sinon, ç’en serait fait du pacte fédéral ! Donc, plus d’hésitation ! A l’œuvre ! Dieu le veut ! Le 10 septembre, 1912, après avoir, deux mois durant, préparé les esprits et les cœurs à la nécessité de la résistance, 1 Association d’Éducation transmet le premier mot d’ordre à M.Samuel Genest, président de la Commission des écoles séparées d Ottawa, qui le fait voter haut la main et le livre, le lendemain, sous forme de proclamation, au grand public.(2) La bataille est engagée.Gloire aux braves de la Capitale, cpii ont sonné le premier coup de clairon ! L’Association adresse, sans tarder, aux commissaires et aux pères de famille de chaque arrondissement scolaire, une circulaire leur recommandant « d’adopter et d’afficher sur les murs de chaque école et même de chaque classe, une résolution rédigée en conformité avec le plan de campagne arrêté ».(3) Ses instructions sont suivies à la lettre.Le 9 octobre, les élèves de trois écoles de Casselman ont l’honneur de répondre les premiers à l’attaque, en quittant la classe, à l’arrivée de l’inspecteur intrus.(4) Ceux de Saint-Eugène les suivent de très près.Apprenant que M.Summerby est en ville, les élèves de Rockland vont manifester, durant la récréation, en face de l’hôtellerie où il s’est retiré, se promettant bien de lui faire de plus grandes politesses au cours de l’après-midi.Mais, sentant qu'il y a de la poudre dans l’air, Monsieur l’inspecteur déguerpit par le premier train.Amère déception pour les enfants, de ne pouvoir protester (1) Art.93, S.3 de l'Acte de l’Amérique Britannique du Nord : « Dans toute province où un système d'écoles séparées ou dissidentes existera de par la loi, lors de l’Union, ou sera subséquemment établi par la Législature delà province, il pourra être interjeté appel au Gouverneur Général en conseil de tout acte ou décision émanant de l’autorité provinciale affectant l'un quelconque des droits de la minorité protestance ou catholique romaine des sujets de Sa Majesté, relativement à l’éducation ».(Statuts révisés du Canada, 1906, vol.IV, p.3244).Notons qu’il y a guère de parité entre notre cas et celui des écoles séparées du Manitoba.Ici, il n’y a ni ambiguité ni erreur de copiste.Le texte même de l’article 93 est si clair qu’il faudrait le modifier essentiellement pour pouvoir l’interpréter contre nous.Les meilleurs juristes du pays corroborent notre affirmation et offrent de préparer un mémoire inattaquable sur cette question.(2) Cf.les Archives de la Commission scolaire catholique d’Ottawa.(3) Circulaire No 67, 19 septembre, 1912 ; Voir l’Action Sociale, 26 septembre 1912.(4) Le Devoir, 9 octobre 1912. 294 BULLETIN DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA selon leurs désirs ! (1> A Clarence Creek, dans la petite « école des concessions », les enfants, tout gênés, tout craintifs, ne peuvent, sans trembler, sans pleurer même, répondre d’ordinaire aux questions de M.le Curé.Dès l’entrée du redoutable espion, les voilà tout à coup transformés ; ils sortent bravement, le regard clair, la tête haute.Bravo ! les petits ! 1 (2) 3 4 5 A Bourget, Hammond, Vankleek Hill, parents et enfants, « victimes d'une indigne surprise, jurent, séance tenante, qu’on ne les y prendra plus ».Et, certes, en 1913, ils tiendront parole ; demandez-le à M.l’inspecteur.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.