Le Canada-français /, 1 janvier 1890, No 1. Le pays des Grands Lacs au XVIIe siècle
LE PAYS DES GRANDS LACS AIT XVIle SIÈCLE QUATRIÈME ARTICLE ill Sommaire.—1651-1657- —Alliance des Neutres et des Andastes.— Radisson chez les Iroquois.— En 1654 les Eriés attaquent les Tsonnontouans.— Le Borgne de l’Ile.—Refuges des peuples dispersés parles Iroquois.— Les Outaouais descendent à Montréal, 1653.— La haie Verte.—Ravages des Iroquois au Nord.— Les Outaouais se rendent aux Trois-Rivières.— Deux Français partent pour l’Ouest, 1654.—Les Iroquois à la baieVerte et chez les Illinois.—Gi aride flottille des Outaouais qui se rendent à Québec, 1656.— Départ d’un parti français pour Ounontagué.—Les Eriés sont exterminés.—Les Français au sud du lac Ontario ; ils abandonnent cette contrée, 1658.En même temps qu’arrivait à Québec la nouvelle de l’abandon du Haut-Canada par les Français et les sauvages attachés à notre cause, on apprenait qu’une nouvelle guerre était commencée dans le Sud.Le 30 août 1650, la mère *de l’Incarnation écrivait : “ Lin captif qui s’est sauvé des Iroquois rapporte que les guerriers des Andoovesterorons et ceux de la nation Neutre ont pris deux cents Iroquois.Si cela est vrai, on les traitera d’une terrible façon, et ce sera autant de charge pour nous.” Les Andastes avaient en effet levé la hache contre les Iroquois, de concert avec les Neutres.D’après d’autres nouvelles reçues à Québec, le 22 avril 1651, et notées au Journal des.Jésuites, les Iroquois, au nombre de quinze cents, avaient attaqué la nation Neutre, 1 automne précédent, et enlevé un village ; mais, poursuivis dans leur retraite, ils perdirent deux cents hommes.Les Cinq-Cantons, résolus à triompher, avaient envoyé douze cents guerriers contre les Neutres ; on ne savait pas encore ce qui s’en était suivi.Les Iroquois qui infestaient les bords du Saint-Laurent, par petites bandes, tuaient les colons isolés, pillaient et brûlaient les maisons.Chaque jour on les voyait jusqu’aux portes de Québec.Ils ravageaient aussi les territoires du Saint-Maurice et de l’Ottawa 1.I__y0ir Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, I, 303-10. 85 LE PAYS DES GRANDS LACS AU XVIie SIÈCLE En 1651, les Andastes resserrèrent leur alliance avec les Neutres contre les Iroquois, formant ainsi une ligne de défense qui allait de la rivière Susquehanna jusqu’à Buffalo où étaient les Tson-nontouans, et traversant la rivière Niagara pour pénétrer dans le Haut-Canada, à l’ouest du lac Ontario, chez les Neutres.Les Tsonnontouans, qui se trouvaient les premiers attaqués, plièrent et furent obligés de se réfugier "chez les Onneyouts, quelque part aux environs d’Oswego.Les Sokokis, sauvages du sud-ouest du Maine et du New-Hampskire, prenaient à leur tour les armes contre les Agniers ; ceux-ci, dans l’hiver de 1651-52, envoyaient un parti de guerre au pays des Andastes, mais ils étaient repoussés avec pertes l.Ainsi, non contents de poursuivre dans le nord et dans l’ouest les débris des tribus huronneset algonquines vaincues et dispersées parleurs armes, les Iroquois engageaient partout autour d’eux des hostilités nouvelles.Leur audace et leur habileté, jointes aux tristes circonstances que notre administration traversait, devaient leur assurer, durant plusieurs années, la domination par la terreur sur tout le cours du Saint-Laurent et autres pays.Pour faire suite à ce que nous avons dit, page 401, au sujet des localités où se réfugièrent les tribus huronnes en 1650, il est à propos de citer le passage suivant de la Relation de 1660 (page 14), qui confirme notre première donnée : “ Les uns se jetèrent dans la nation Neutre 2 , pensant y trouver un lieu de refuge par sa neutralité qui, jusqu’alors, n’avait point été violée par les Iroquois ; mais ces traîtres s’eu servirent pour se saisir de toute la nation du Petun 3 ; mais celle-ci a bien été obligée de se réfugier elle-même chez les Algonquins supérieurs 4 .D’autres courent (coururent) dix journées durant dans les bois ; d’autres veulent aller à Andastoé 5, pays de la Virginie ; quelques-uns se 1 — Journal des Jésuites, pp.167, 170.2— Sur les Neutres, voyez le présent travail, pp.88-94, 233-40, 382, 386, 395.3 — Sur les gens du Petun, voyez le présent travail, pp.82, 87, 94, 226, 230-35, 387.4 — C’est-à dire situés plus à l’ouest que les Algonquins du haut de l’Ottawa et du lac Nipissing.5 — Sur les Andastes, voyez le présent travail, pp.85, 89-90, 240-42, 394. 86 LE PAYS DES GRANDS LACS réfugient parmi la nation du Feu 1 et la nation des Chats 2 ; même un bourg entier se jeta à la discrétion de Sonnont8aehro-nons 3 , qui est l’une des cinq nations iroquoises, et qui s’en est bien trouvé, s’étant conservé depuis ce temps-là en forme de bourg séparé de ceux des Iroquois, où les Hurons vivent à la à la huronne, et les anciens chrétiens gardent ce qu’ils peuvent du christianisme 4 .Pierre-Esprit Radisson, qui avait des membres de sa famille établis aux Trois-Rivières, partit de France, le 24 mai 1651 pour veuir les rejoindre.Il devait être âgé de trente ans à cette époque, et avait probablement visité le Canada.Peu de figures du XVIIe siècle ont autant d’importance que la sienne dans nos anuales.Doué d’un courage exceptionnel, d’une ambition jamais satisfaite, et d’un esprit d’initiative étonnant, il a été mêlé aux grandes entreprises, aux aventures des coureurs de bois, et s’est créé parmi nous une double légende.C’est un caractère à étudier, maintenant surtout que nous possédons le récit de ses voyages rédigé par lui-même.Ce document est en langue anglaise, mais écrit comme on parle, c’est-à-dire sans orthographe ; évidemment, Radisson se servait de la langue anglaise sans avoir appris à l’écrire.Il raconte tout d’abord que, dans l’été de 1652, étant sorti des Trois-Rivières pour chasser sur la grève, dans la banlieue, un colon qui gardait des bestiaux l’avertit de la présence des Iroquois dans les bois du voisinage ; deux hommes qui chassaient également se joignirent a lui, puis ils se séparèrent pour quelques instants.Lorsque Radisson revint au rendez-vous, il trouva ses compagnons assommés ; sur le champ, cinquante Iroquois, qui le guettaient, apparurent, s’emparèrent de lui et le firent prisonnier.On lui traversa le pied d’une épée rougie au feu, et on lui arracha des ongles.Tout le long de la route, jusqu’au pays des Agniers, il souffrit diverses tortures.Enfin, une famille iroquoise l’adopta, et il prit goût à la vie des sauvages.Au printemps de 1653, il était dans les environs de Buffalo, chez les Tsonnontouans ; vers l’automne il retournait aux 1 — Sur les gens du Feu, voyez le présent travail, pp.83, 88, 94, 220-1, 237, 386-8, 396." _ 2 — Sur les Eriés ou Chats, voyez le présent travail, pp.85.236, 395, 401.3 —Tsonnontouans, établis a l’est de la riviere JNiagara.4 — La Relation de 1660, p.28, revient sur ce sujet et dit que, eu 1657, ces Hurons furent visités par nos missionnaires.Voyez plus loin l’année 1657. AU XVII0 SIÈCLE 87 Agniers, vers le nord d’Albany, et parlait au gouverneur hollandais de cette ville, qui lui proposa de le racheter.Mais, comme il ne désirait pas s’embarquer pour la Hollande, et qu’il avait conçu de l’affection pour sa nouvelle famille, il déclina la proposition.Quelques semaines plus tard, la nostalgie le décida à fuir ; il partit pour les Pays-Bas, d’où il revint aux Trois-Rivières au mois de mai 1654.Le P.Poucet4 enlevé par les Iroquois, un peu au-dessus de Québec, le 20 août 1653, dit que, l’automne suivant, près d’Albany, il rencontra un “ jeune homme, pris aux Trois-Rivières, par les Iroquois, et racheté par les Hollandais, auxquels il servait d’interprète.Il vint me trouver, ajoute-t-il, et après quelque entretien, me dit qu’il se viendrait confesser le lendemain, qui était le dimanche.” Radisson, dans ses Voyages se borne à noter : “ A minister that was a Jesuit gave me great offer, ” ce qui veut dire “ m’assista,” si l’on s’en rapporte au contexte 1 2.Ceci montrerait que Radisson était catholique, contrairement à une opinion assez générale de nos jours.Quant à son emploi d’interprète, il dit lui-même que le gouverneur d’Albany parlait le français parfaitement.Nous ne tarderons pas à revoir Radisson, car maintenant il est lancé dans sa carrière, et fera parler de lui.Le lecteur observera que nous ne donnons pas dans ces pages la biographie des hommes qui y figurent ; la raison en est que la plupart d’entre eux appartiennent autant, et parfois davantage, à l’histoire d’autres localités qu’à celle des grands lacs.Le P.de Brébeuf3 4 a été tellement étudié que ce serait peine perdue que de raconter sa vie.Boucher et Lemoyne 4 n’ont fait que passer chez les Hurons.Nicolet 5 demande une étude à part.Chouard et Radisson de même.Lorsque nous rencontrerons un personnage comme Perrot, Du Luth, Tonty, Hennepin, La Duran-taye, dont la vie s’encadre dans notre travail, il faudra en parler plus longuement, parce que le milieu où nous nous sommes placé est essentiellement le leur.1 — Sur le P.Poncet, voyez le présent travail, pp.234, 389, 392.2 — Radisson’s Voyages, Prince society, Boston, 1885, pp.1, 4, 22, 25, 65, 85, 6.Relation des Jésuites, 1653, p.14.3 — Sur le P.de Brébeuf, voyez le présent travail, pp.218, 226-8, 236-40, 382, 388-9, 400.4 — Sur Charles Lemoyne, voyez le présent travail, p.389.5—Sur Nicolet, voyez le présent travail, pp.88-9,95, 217, 222, 382, 384. 88 LE PAYS DES GRANDS LACS Dans l’automne de 1653, les Iroquois, voyant qu’ils avaient sur les bras plus d’ennemis qu’ils ne pouvaient en combattre, et comme ils venaient d’essuyer un.échec signalé aux Trois-Eivières, profitèrent de la capture qu’ils avaient faite du P.Poucet, pour proposer la paix, accompagnée d’un échange de prisonniers.Ce fut un grand soulagement pour la colonie, lorsque l’on sut que les hostilités cessaient.Bien entendu que l’on ne comptait pas trop sur la durée du calme, connaissant la perfidie des Iroquois ; mais dans l’espoir des secours de Prance, c’était toujours du temps de gagné.Un projet hardi fut conçu aussitôt, celui d’établir des missions chez les Iroquois.Au printemps de 1654, les Priés ou nation du Chat, enlevèrent l’une des bourgades des Tsonnontouans, tandis qu’un autre détachement de ces guerriers poursuivait et taillait en pièces quatre-vingts Iroquois d’élite qui revenaient victorieux du côté du lac Huron.Plusieurs coups isolés suivirent ces deux exploits, toujours à l’avantage des Eriés.Ceux-ci comptaient deux mille hommes bien dressés à la guerre, mais sans armes à feu.“ Ils combattent à la française, essuyant courageusement la première, décharge des Iroquois, qui sont armés de nos fusils, et fondent ensuite sur eux, avec une grêle de flèches qui sont empoisonnées, et qu’ils tirent huit et dix fois avant qu’on puisse recharger un fusil.Quelques Hurons, réfugiés chez les Eriés, avaient suscité cette guerre, qui faisait dire aux Iroquois que tout était en feu dans leurs quatre nations supérieures.Nous les appelons 1a.nation Chat, à cause qu’il y a dans leur pays une quantité prodigieuse de chats sauvages, deux et trois fois plus grands que nos chats domestiques, mais d’un beau poil et précieux V’ Ce même printemps, le P.Lemoyne 1 2, s’étant rendu au canto* des Onnontagués pour conclure la paix, vit que ces sauvages préparaient une forte armée pour combattre les Eriés.La paix boiteuse avec les Français n’en fut que plus aisément décidée.Tournons nos regards vers l’ouest, où de nombreux événements s’étaient passés de 1650 à 1654.1 — Relation, 1654, pp.9, 10.2 _Sur le P.Lemoyne, voyez le présent travail, pp.230, 234, 385, 389. AU XVIIe SIÈCLE 89 Les Algonquins de l’île des Allumettes \ que 1 on appelait les “ grands Algonquins ”, parce qu’ils représentaient leur race avec plus de force et de pompe que la plupart des tribus nomades pai-lant leur langue, étaient regardés comme le peuple de la rivière Ottawa.Les Iroquois n’avaient pas encore triomphé d’eux.Avant 1651 ou 1652, la rivière portait le nom de rivière des Algonquins.A ce propos il est bon d’observer que plusieurs écrivains ont attribué le nom d’Ottawa ou Outaouais au cours d eau en question à cause du fait imaginaire que les Gheveux-Iielevés ou Outaouas 1 2 habitaient sur ses bords.Nous avons les preuves les plus claires que ces sauvages, dès avant 1615, demeuraient au lac Huron, et qu’ils étaient alors d’ancienne date dans ces contrées.Jusqu’à 1652, les Algonquins restèrent en possession de leurs domaines de la rivière “ des Algonquins .Chasses, à cette date, par les Iroquois, ils se retirèrent du côté des Trois-Rivières, et l’Ottawa prit, à partir de 1655 à peu près, le nom des Outaouas, qui commencèrent alors à descendre de 1 ouest pour relier des communications avec la colonie française.Nicolas Perrot, parlant des sauvages qui fuyaient la hache des Iroquois, en 1650, s’exprime ainsi : “ Les llurons qui descendirent à la colonie (Québec) avaient pour missionnaire le P.l’Allemand ; entre la rivière Creuse et les Calumets3, il y a une grande île appelée l’île du Borgne, autrement dite Pile des Allumettes.Elle est nommée île du Borgne, parce que le chef du village algonquin qui y était établi était borgne.Il y commandait quatre cents guerriers, qu’on regardait comme la terreur de toutes les nations, même de 1’Iroquois.Ce chef tirait un certain péage de tous ceux qui descendaient dans la colonie française, pour passer avec sa permission, sans laquelle il ne souffrait pas qu’on allât plus loin.Il fallait donc se soumettre à la lui demander en montant ou en descendant ; et, pour l’aller trouver, on était obligé de prendre par le grand chenal, qui est vers le sud de l’ile ; le petit chenal, bien plus court, est au nord.Quand les Hurons se virent au bout de l’île, ils voulurent passer, suivant la coutume, 1 — Sur l’île des Allumettes, voyez le présent travail, pp.61, 217, 219.2 — Sur les Outaouas, voyez le présent travail, pp.81, 219, 287 , 396.3— Champlain, en 1613, et Radisson, en 1660, disent tous deux que ce iom vient de ce que, en cet endroit, il y a des pierres propres à fabriquer des •alumets ou pipes. 90 LE PAYS DES GRANDS LACS par le village, pour rendre au chef leur devoir et lui demander la permission de passer.Le P.l’Allemand leur fit entendre que le Français, étant le maître de la terre; n’était point obligé à cela, et leur persuada de suivre le petit chenal.Le Borgne en fut bientôt averti, qui envoya tous ses guerriers pour les faire venir tous au village ; et, après leur avoir demandé la raison pourquoi ils avaient eu dessein de passer sans sa permission, ils s’excusèrent en disant que c’était le P.l’Allemand qui les en avait empêchés, et qui leur avait fait croire que le Français est le maître de la terre.Le Borgne fit prendre le P.l’Allemand et le suspendre à un arbre par les aisselles, en lui disant que le Français n’était pas maître de son pays ; qu’il en était lui seul reconnu pour chef, et qu’on y était sous sa puissance.L’année suivante, il descendit en la colonie, se faisant embarquer et débarquer par ses gens, et ne faisant jamais un pas sans être escorté de ses gardes ; cela n’empêcha pas qu’on ne le fît prendre et enfermer dans un cachot.Les sauvages de sa suite voulurent faire quelque mouvement pour l’en tirer ; on se mit d’abord sur la défensive et on leur fit dire d’agir.Tout le parti enfin qu’ils eurent à prendre fut celui de se soumettre et de s’humilier avec des offres de présents, pour obtenir l’élargissement de leur chef, qu’on fit sortir quelques jours après x.” Le P.Tailhan annote comme suit ce passage de Perrot : “ Les débris des missions huronnes furent conduites à Québec par le P.Paul Bagueneau ; aucun père Lallemand ne figure dans les récits de cette douloureuse transmigration.N"i la relation de 1650, ni Charlevoix ne font allusion à la mésaventure du père chargé de guider vers Québec les Hurons fugitifs ; Perrot seul nous en a conservé le souvenir.Mais le silence des uns, et l’erreur où l’autre est tombée quant au nom du missionnaire maltraité par le Borgne de Pile, ne sont par une raison suffisante pour rejeter dans son entier le récit de notre auteur.La rivière Creuse est un des nombreux affluents de l’Outaouais ; un peu au-dessous de son embouchure, on rencontre l’île des Allumettes.” La dynastie ou la succession des “ Borgnes de Pile ”, qui régnait sur le haut de l’Ottawa depuis plus d’un demi-siècle accomplissait ] — Sur les deux pères Lallemand, voyez le présent travail, pp.233-7, 242, 381, 385-6, 392, 399, 400, 402.' ¦ AU XVIIe SIÈCLE 91 •son dernier exploit dans les circonstances ici relatées.Deux ans plus tard, tous les Algonquins de l’île, y compris le Borgne, s’enfuyaient du côté des Trois-Rivières, où Iiadisson les vit établis à demeure en 1654.Ainsi disparut le royaume de Tessouat, que Champlain avait vu à l’île des Allumettes en 1613, et dont il ne semble pas avoir été émerveillé.Les Hurons, soit en partie ceux du fond de la baie de Pene-tenguishine, soit le peuple du Petun, réfugiés sur le terrain où est à présent la ville du Détroit, s’étaient vus obligés de céder aux Iroquois, qui leur avaient proposé une paix éternelle, vu qu’ils étaient frères; et trois ans plus tard, par la.force des armes, ils s’étaient trouvés incorporés aux Cinq-Cantons.Ceci eut lieu de 1651 à 1655 h Nicolas Perrot et La Potherie se sont connus; l’un a dû emprunter ses renseignements à l’autre.C’est plutôt La Potherie qui avait à apprendre ici.Ecoutons Perrot : “ Cette défaite donna l’épouvante chez les Outaouas et leurs alliés, qui étaient au Sankinon (Saginaw, aujourd’hui grande baie du lac Huron, côté ouest), à l’anse au Tonnerre (plus au nord, même côté du lac Huron), à Manitoaletz (Manitoualin) et à Michillimakinak.Ils allèrent demeurer ensemble chez les Hurons, dans l’île que l’on appelle l’île Huronne.L’Iroquois continua à rester en paix avec un autre village, établi au Détroit, que l’on nomme Huron, de la nation Neutre, parce qu’ils n’épousèrent pas les intérêts de leurs alliés, et qu’ils s’étaient tenus dans la neutralité.Les Iroquois les obligèrent cependant à quitter le Détroit et à venir s’établir avec eux.Ils augmentèrent par là leurs forces, tant par le nombre des enfants prisonniers qu’ils firent, que par la quantité de Hurons neutres 1 2 qu’ils amenèrent 3 chez eux 4.” Ce qui est visible, c’est que, dès 1650,' le Haut-Canada avait perdu tous ses habitants français et sauvages ; sauf les Neutres ; tous s’étaient réfugiés à l’ouest et au nord, très peu vers le sud.• Ceux du nord envoyèrent des colonies dans le Bas-Canada, et y recherchèrent le com merce.1 — La Potherie, II, 54 ; Perrot, 80.2— Pour ce qui concerne les Neutres, il faut fixer la date à 1652-3, car leurs défaites ne commencèrent qu’en 1652.3 — Mémoires de Nicolas Perrot, p.80.4—Procédé des Romains qui incorporaient les peuples vaincus, et s’en formaient une force nationale. 92 LE FAYS DES GRANDS LACS De la nécessité sortent les inventions.Cet axiome peut s’appliquer aux sauvages comme aux Européens.Après les désastres que nous avons mentionnés, les communications avec les Français étaient devenues impossibles.Les sauvages, qui éprouvaient le besoin de trafiquer avec nos gens, voulurent à leur tour “découvrir ” les Français en allant jusque chez ceux-ci porteries peaux de castor et autres pelleteries, dont l’échange promettait un bénéfice considérable.C’est ce qui inspira aux Outaouais l’idée de se rendre, par le nord, au delà de la région dominée par les Iroquois, jusqu’à nos postes du fleuve Saint-Laurent.Les Amikoués ou gens du Castor, habitants de l’est-nord-est du lac Huron, au nord delà rivière des Français, et formant une nation importante, par son esprit de direction, au milieu des peuplades algonquines de ces contrées, commerçaient avec les Attikamègues du haut Saint-Maurice, lesquels échangeaient leurs produits avec les tribus du Saguenay ; de manière que, du nord du lac Huron jusqu’à Tadoussac, par ces voies détournées, il y avait des relations régulières entre les sauvages ; la langue algonquine était celle de tous ces peuples h II n’en fallait pas davantage pour déterminer les Outaouais, amis des Amikoués, à entreprendre le long voyage dont il va être parlé.Nous savons que, en 1653, trois canots de l’ouest arrivèrent aux Trois-Rivières, annonçant la possibilité de renouer des relations entre les Français et les peuples de ces régions éloignées, parce que, croyait-on, les Iroquois n’oseraient pas s’aventurer dans le nord.Si le gouvernement français eût compris son devoir et même ses intérêts, il eût fortifié la petite colonie des bords du Saint-Laurent, qui ne demandait qu’à vivre, et qui déjà se regardait comme une Nouvelle-France, parce qu’elle entrevoyait assez clairement l’avenir.La Potherie, écrivant en 1701, après avoir visité l’Ouest, disait : “ La défaite des Hurons se répandit chez tous les peuples voisins ; l’effroi s’empara de la plupart.Il n’y avait plus de sûreté, à cause des incursions que les Iroquois faisaient dans le temps qu’on s’y attendait le moins.Les Nipiciriniens s’enfuirent au nord ; les Sauteurs et les Missisakis avancèrent dans la profondeur des terres.Les Outauaks et ceux qui habitaient le lac 1 — Radisson’s Voyages, p.91. AU XVIIe SIÈCLE 93 Huron se retirèrent dans le sud, et s’étant tous réunis, ils habitèrent une île qui porte encore le nom de l’île Huronne.Les Hurons s’y étaient placés les premiers.Leur désastre ne faisait qu’augmenter le souvenir de se voir frustrer du commerce des Français.Ils firent cependant des tentatives pour trouver encore des voies propres à continuer la première alliance.Ln effet, trois Outaouaks des plus hardis s’embarquèrent dans un canot, et prirent le nord du lac Supérieur, pour éviter de tomber entre les mains des Iroquois.Après avoir passé de rivieres en rivières, de portages en portages, ils tombèrent dans celle des Trois-Rivières, qu’ils descendirent jusqu à son embouchure, où ils trouvèrent un établissement français.Ils y traitèrent leurs pelleteries.Les grandes fatigues qu’ils eurent pendant le voyage les empêchèrent de reprendre la meme route.Il s y trouva pai hasard quelques Algonquins qui se préparaient à remontei chez eux ; ils profitèrent de la même occasion, passant par le véritable chemin qui mène aux Outaottaks, ne marchant que la nuit, de crainte de tomber entre les mains de leurs ennemis, et arrivèrent enfin à l’île Huronne, au bout d’un an, avec 1 applaudissement général de leurs camarades, qui avaient désespéré de leur retour.Ce succès si favorable, les obligea plus que jamais, et leurs voisins, à faire des parties de chasse.Ils descendirent ensuite en flotte chez les Français 1 .” Cette dernière descente eut lieu en 1654.On admirera le voyage des trois Outaouais qui, passant par le nord du lac Supérieur, finirent par atteindre le Saint-Maurice et ensuite les Trois-Rivières, remontèrent le Saint-Laurent, l’Ottawa, coupèrent le lac Nipissing, et de là se rendirent au lac Michigan.Nous mettons en 1652-53 le voyage de ces trois Outaouais, qui ne comptaient pas que la paix de 1654 avec les Iroquois leur ouvrirait bientôt le chemin de nos établissements.L’une des îles placées à l’entrée de la baie des Puants, dans le lac Michigan, avait été occupée par les Pouteouatamis 2, mais elle se trouvait déserte depuis une douzaine d’années, lorsque les réfugiés dont nous parlons ci-dessus s’y retirèrent et lui firent donner ainsi le nom d’île Huronne.Là, comme à T île Manitoualin 3, 1 — Lu Potlierie, II, 52-3.2 — Sur les Pouteouatamis, voyez le présent travail, pp.220, 332.3 — Sur cette île, voyez le présent travail, pp.82-3, 216, 337, 395, 400. 94 LE PAYS DES GRANDS LACS on espérait former des centres qui remplaceraient les anciens.Cet espoir 11e dura pas longtemps, car la puissance iroquoise grandissait tous les jours, et en dépit de la paix de 1654, elle prit de l’extension.Les Kikapous ou Queues-Coupées x, habitaient le pays des Hurons avant 1649, et en avaient été chassés comme les autres tribus de ces territoires 1 2.Il est difficile de suivre ce petit peuple pai ce que son nom 11e reparaît que rarement.Tout nous porte à ci oil e qu il était plus connu sous une autre dénomination ; le mot kikapous pouvait etre un double nom appliqué à l une des tribus de la baie de Penetenguishine 3.Vers 1653, si nous comprenons bien les choses de ce temps, les Kikapous étaient à 1 île Manitoualin, mais voyant se répéter les courses des Iroquois, ils s enfuirent alors du cote du Wisconsin.Donc, ils formaient partie de cette emigration qui d’abord s’arrêta dans Pile Huronne, d où bientôt après ils partirent pour la terre ferme du Wisconsin, en même temps que les Outaouai^ de Manitoualin et les Hurons du Petun déjà réfugiés au nord du lac Huron, par suite des événements de 1649-50 4.Après avoir parlé de ces événements, Perrot ajoute : “ Les Nepissings 5 tinrent ferme quelques années dans leurs villages, mais il leur fallut ensuite fuir dans le fond du nord a Aliniebegon 6, et les sauvages qui habitaient le voisinage des Hurons s’en allèrent, avec ceux de la rivière des Outaouas, aux Trois-Rivières 7.” On voit que, sans préciser les dates, Perrot confirme les données sur lesquelles nous écrivons.“ Hans le lac Nepicing, dit La Potherie, qui écrivait en 1701, se dégorgent quantité de rivières qui viennent du nord et du nord-ouest, lesquelles facilitaient (le commerce?) aux Nepiciriniens et aux Amikouest qui l’habitaient.Une grande partie correspondaient avec les gens du nord, d’où ils tiraient beaucoup de pelleteries à très bon marché.Ils s’étaient rendus maîtres de toutes 1 Ceci nous paraît être une espièglerie des Français, qui se seraient plu à prononcer “ queues coupées ” au lieu de “ Kikapous.” 2 — Relation, 1669, p.19.3 — Sur Penetenguishine, voyez le présent travail, pp.93, 226, 382.4 —State Historical Society of Wisconsin, III, 131.5 — Sur les Nipissiriuiens, voyez le présent travail, pp, 239, 384-5 392 397,401." - ’ 6 -Alimibégon, entre le lac Supérieur et la baie d’IIudson.7 — Mémoires de Nicolas Perrot, p.81. AU XVIIe SIÈCLE 95 les nations de ces quartiers.Les maladies en ont beaucoup détruit.Les Iroquois, toujours insatiables du sang humain, les ont réduits les uns à se jeter parmi les habitations françaises, les autres au lac Supérieur et à la baie des Puans.Ces peuples qui tenaient les autres sous leurs lois, se sont trouvés trop heureux de s’y soumettre eux-mêmes 1 2.” Donc, parmi les Algonquins qui cherchèrent un refuge au Wisconsin, il y avait des Nipissiriniens.Tout était affaire de langue devant l’oppression militaire.On peut être certain que les gens parlant l’algonquin et ceux de langue huronne, qui se virent ensemble obligés de gagner l’ouest, en entrant dans le lac Michigan, étaient, comme certains groupes des Canadiens-français aujourd’hui, des individus parlant deux langues et faisant corps uniquement parce qu’ils voulaient se soustraire à une domination désagréable.Laquelle de ses deux langues était apprise par leurs alliés ?Nous pensons que les Algonquins parlaient plus facilement les deux que ne le pouvaient faire les Hurons.C’est un peu ce qui se passe entre Anglais et Canadiens-français : ceux-ci entrent dans le langage anglais plus facilement que les Anglais n’entrent dans le nôtre.Les peuples du Wisconsin se servaient de la langue algonquine, alors les Algonquins devenaient indispensables aux Hurons réfugiés dans ces territoires.Affaire de langue, avons-nous dit.Sur la fin de l’été de 1651, les Hurons de l’île Saint-Joseph, près du saut Sainte-Marie, subirent une défaite importante, parce qu’ils furent surpris par un détachement d’Oimontagués1.Cette attaque, jointe à d’autres, détermina vraisemblablement les sauvages du nord du lac Huron à se rendre au sud-ouest pour éviter les incursions d’un ennemi déterminé à poursuivre sa fortune, tant que la distance ou la niasse des populations ne mettraient pas d’obstacles à ses conquêtes.Le juge John Law 3 mentionne, sans indiquer ses sources de renseignement, que “ dès 1652, le 1’.Jean Dequerre, jésuite, vint de la mission du lac Supérieur jusqu’aux Illinois ; il établit, dit-il, une mission florissante, probablement la mission de Saint- 1 — La Potherie, II, 59.2 —Journal de» Jésuites, p.170.3— State Historical Society of Wisconsin III, 95. 96 LF, PAYS DES GRANDS LACS Louis, à l’endroit où s’élève maintenant Peoria.Il vit, ajoute-t-il, plusieurs nations sauvages des bords du Mississipi, et fut assassiné dans ses travaux apostoliques en 1661.” Si le nom de Dequerre est mis là pour Dequen, il faut noter que le P.Jean Dequen fut toujours un missionnaire de Tadoussac, où il résidait précisément cette année-là, 1652 h Le missionnaire qui mourut si tragiquement dans les bois, en 1661, se nommait René Ménard; il n’a pas dépassé le lac Huron avant l’année 1660.Ce père ne se rendit pas à l’Ouest avant 1660 ; c’est un fait incontestable.Nicolas Perrot dit cependant que le missionnaire en question partit pour les grands lacs en 1656.On peut voir, par les Relations des Jésuites et par les commentaires du P.Tailhan, que la date de 1660 est la seule bonne 1 2.La débandade de 1650-52, se trouve racontée dans plus d’un texte fourni par les auteurs qui ont les premiers entrepris de narrer ces événements douloureux.Ecoutons Perrot : “ Quand tous les Outaouais se furent répandus vers les lacs, les Saulteurs et les Missisakis s’enfuirent dans le nord, puis à Kioncanan, faute de chasse ; et les Outaouais, craignant de n’être pas assez forts pour soutenir les incursions des Iroquois, qui étaient informés de l’endroit où ils avaient fait leur établissement, se réfugièrent au Mississipi3.” En peu de lignes Perrot raconte ici les choses qui se sont passées de 1650 à 1656, mais sans fixer les dates ni les étapes des migrations dont il parle ; nous compléterons ses renseignements.Et d’abord, les Outaouais avec les Hurons du Petun étaient à Plie Huronne dès 1653, d’où le printemps suivant ils envoyaient sur le Saint-Laurent une flottille de traite.A mesure que nous procéderons, il sera facile de suivre ce mouvement des réfugiés.Pour faire voir maintenant que les sauvages de 1 ouest conservaient un très grand désir de revoir les Français, citons un passage du Journal des Jésuites, qui parle du groupe du nord dont il a été eût un mot : “ Le 31 juillet 1653, arrive un canot des Trois-Rivières qui nous apporte la nouvelle de l’arrivée de trois canots du pays des Hurons, savoir : Aennous, Huron, Mang8ch, Nipissirinien ; 1 —Relation, 1652, pp.11, 20.2 — Mémoires de Perrot, pp.84, 228.3 — Mémoires de Perrot, p.85. AU XVIIe SIÈCLE 97 MatStisson, que les Hurons appellent Onda’enront ; Enta8ai et Totraencbiarack ; Andarahi’ronnons, et deux Ondata8a8ak vel 8ta8ak, savoir Teochia8enté et Otontagonen, lesquels sept sauvages ont apporté nouvelles que toutes les nations algonquines s’assemblaient, avec ce qui reste de la nation du Petun, et de la nation Neutre, à A’otonatendié, à trois journées au dessus du Saulfc Skiaé, (le saut Sainte-Marie) tirant vers le sud.Ceux de la nation du Petun ont hiverné à Tea’onto’raï ; les Neutres, air nombre de buit cents à Sken’chio’e, doivent se rendre 1 automne prochain à A’otonarendié, où dès maintenant ils sont mille hommes, savoir : 400 Ondatonatendi, 200 8ta8ak ou Cheveux-Relevés, 100 tant A8’eatsiaen’ronnons que de la nation A’cha8i, 200 Enskiaeronnons, 100 tant A8echisae’ronnons, que achir8ach-ronnons.C’est Acha8i qui conduit toute cette affaire.Le même journal porte, le 21 août 1653 : “ On a appris que les Onnontae’ronons et Onnei8cbtronon 1 veulent tout de bon la paix ; qu’une nation proche des Anglais fait la guerre aux Annien’e’r 2 ; que les Annien’e’r font ligue offensive et défensive avec les Hollandais contre les Anglais, qui leur ont déclaré la guerre, et pour cet effet s’assemblent tous dans un même bourg ; que les Andas-tho’e’r 3 prennent la guerre contre l’Annien’e’r et le Sonont8en’r 4 ; que 600, la plupart Annien’e’r, étaient partis, depuis trente jours, pour aller en guerre contre les Trois-Rivières.” Ceci nous explique que les sauvages du nord descendus à Québec, l’été de 1653, avaient rapporté la nouvelle des changements proposés dans les affaires du Canada, du moins en tant que la guerre était concernée, ce qui les intéressait davantage ; et de suite l’on voit que les Hurons et les Outaouais de l’île Huronne, qui durent en être instruits de proches en proches par leurs confrères, s’apprêtèrent à descendre en nombre à la traite du Saint-Laurent, pour profiter des circonstances et affirmer par une attitude résolue la position qu’ils désiraient reprendre.L’été de 1654, dit la Relation de cette année (page 9), il arriva à Montréal et aux Trois-Rivières une flottille chargée de pelleteries, qui venait de quatre cents lieues.“ Ces gens-là étaient 1 — Onnontagués et Onneyouts, à l’est du lac Ontario.2 — Agniers, à l’ouest d’Albany, que les Sokokis attaquaient.3 — Andastes, peuple de langue huronne-iroquoise, de la Pennsylvanie.4 —Tsonnontouans, à l’est de la rivière Niagara.» 98 LE PAYS DES GRANDS LACS AU XVII« SIÈCLE Tionnontatehronons, que nous appelions autrefois la nation de Petun, de langue huronne, et Ondataouaouat, de langue algon-quine, et que nous appelons les Cheveux-Relevés.Tous ces peuples ont quitté leur ancien pays, et se sont retirés vers les nations plus éloignées, vers le grand lac que nous appelons des Puants.c’est du côté du nord.La désolation du pays des Hurons leur ayant fait appréhender un semblable malheur, et la fureur des Iroquois les ayant poursuivis partout, ils n’ont pas cru être assurés, qu’en s’éloignant pour ainsi dire jusques au bout du monde.Ils y sont en grand nombre, et plus peuplés que n’ont été tous ces pays, dont plusieurs ont diverses langues, qui nous sont inconnues; si faut-il qu’ils connaissent Pieu, et que nous leur annoncions quelques jours ses grandeurs.Ceux qui nous sont venus trouver, au nombre d’environ six-vingt, firent rencontre en leur chemin de quelques Iroquois sonnontœhronnons, et de quelques gens de la nation du Loup *, allies des Iroquois anni-chronons, qui étaient a la chasse.Ils en firent treize de captifs, qu’ils ne voulurent point traiter dans les cruautés ordinaires, non pas-même leur lier les bras ni les mains.” Benjamin Sulte.(A continuer.) 1 —Les Loups ou Maliingans ou Mohicans, peuple du Connecticut, ami des Iroquois.
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