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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
No 3. L'honorable P.-J.-O. Chauveau
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1890-01, Collections de BAnQ.

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LHONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU Le Canada-Français est en deuil.Il a perdu à la fois l’un de ses amis les plus dévoués et l’un de ses plus éminents collaborateurs.Mais la mort de celui que nous pleurons n’est pas une perte pour nous seuls ; c’est un deuil national, et d’autant plus universel que l’illustre défunt n’avait pas d’ennemis.Le temps n’est pas encore venu d’écrire une biographie complète de l’honorable M.Chauveau, et de prononcer un jugement définitif sur sa longue et glorieuse carrière ; mais nous ne devons pas laisser la tombe se fermer sur lui sans y mêler quelques fleurs à nos regrets, et sans dire à nos lecteurs toute l’admiration que nous gardons à sa mémoire.Il y a eu plusieurs hommes en M.Chauveau ; et quand la postérité le citera à son tribunal, elle aura à juger le poète, l’orateur l’écrivain, l’homme politique, le citoyen et le chrétien.Peut -être découvrira-t-elle alors, sous ces différents titres, certains côtés faibles qui donneront prise à la critique, certaines fautes qu’elle voudra blâmer, — humanum est errare ; — mais aujourd’hui nous ne voulons que saluer, dans l’homme qui vient de disparaître, l’une de nos gloires nationales les plus complètes et les plus pures.Dans sa vie privée, comme dans sa vie publique, l’honorable AI.Chauveau a été un citoyen intègre, un homme d’honneur et un chrétien convaincu.Il avait l’esprit large, mais éclairé.U savait allier la liberté des opinions à de fortes croyances, et dans toutes les positions il a su témoigner sa foi par la pratique de ses devoirs religieux.^ Il avait su cultiver et développer les dons intellectuels que la Providence lui avait départis, et, dans les fonctions élevées et difficiles qu’il eut à remplir pendant sa vie politique, il ne fut jamais au-dessous de sa tâche.Partout, et dans toutes les circonstances, il fit honneur au nom canadien. L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU 341 11 aimait son pays, sa religion et les lettres.Tonte sa vie, il est resté fidèle à ce triple amour.Il avait pour Québec, sa ville natale, une prédilection marquée, et la vieille cité le payait de retour.Aussi y revenait-il toujours avec bonheur.Tous les ans, à l’époque de la semaine sainte, nous avions le plaisir de le voir reparaître dans nos murs, et assister régulièrement aux offices dans notre vieille basilique qu’il affectionnait beaucoup.Cette année encore, il était revenu dans son cher vieux Québec, mais c’était pour y mourir.Nous ne le vîmes plus reparaître à son banc pendant les offices de la grande semaine, et, le vendredi saint, à l’heure où l'Eglise chantait la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il agonisait douloureusement.Quel grand jour pour mourir que celui qui vit expirer un Dieu ! Quand la vénérable cathédrale lui a rouvert ses portes, c’était pour le bénir une dernière fois, dans la pompe lugubre de la mort, au son lamentable des cloches qui invitaient ses nombreux amis à prier pour le repos de son âme.Mais la mort n’était pas une inconnue pour lui, Trop souvent, hélas ! elle avait visité sa maison, et il connaissait son cortège de regrets et de larmes.Dès sa jeunesse, le lugubre appareil des funérailles semble avoir produit sur sa vive imagination une impression profonde.Dans son premier ouvrage — un roman — il décrivait en termes émus ces funèbres cérémonies qui retentissent si tristement dans l’âme des parents et amis, et il reproduisait quelques-unes des prières que l’Eglise récite, en confiant ses enfants à la tombe.Ces impressions touchantes de sa jeunesse ne purent s’effacer de son cœur ; car elles furent ravivées douloureusement par des deuils fréquents et cruels.Aussi, ce triste sujet de la mort semblait-il l’absorber, et l’on n’a pas oublié le remarquable travail publié par lui dans le Canada-Français sous ce titre : les Dernières Prières.Après y avoir commenté les chants et les psalmodies de l’Eglise aux funérailles, après avoir décrit la scène de l’enterrement et les dernières aspersions sur le corps déposé dans la fosse, il ajoutait: “ Tout est fini ! Tout est fini pour ceux qui savent vite oublier ; 342 L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU et qu’ils sont nombreux de nos jours, même parmi les intimes, même parmi les parents ! Mais tout n’est pas fini pour les âmes pieuses qui sont les véritables âmes d’élite.Longtemps, longtemps les prières monteront vers le ciel, et du ciel ou du séjour d’épreuve, descendront les secours mystérieux, les avis dont on ne se rend pas compte ; c’est la chaîne qui unit les trois Eglises, c’est la communion des saints, c’est le sens mystique de la vision de Jacob : des anges qui montent et descendent portant des prières, rapportant des secours.” Ces belles paroles me revenaient à l’esprit au jour des funérailles de notre ami, et, lorsque le Dies irœ retentit sous les arcades de la basilique, nous nous disions : “ Oui, sans doute, il y a communion entre les Eglises militante, souffrante et triomphante ; sans doute, les ondes sonores de nos chants lugubres vont se prolongeant et se répercutant de l’une à l’autre pour y recueillir de mystérieux échos; sans doute, au séjour d’épreuve où il est détenu peut- être, sa voix se joint en ce moment aux nôtres, et pousse vers l’Eglise triomphante ces cris de miséricorde qu’il a traduits en vers : “ Roi terrible en ta majesté, Sauvant tes élus par bonté, Sauve-moi dans ta charité.Mon doux Jésus, de ton amour Ressouviens-toi, pour qu’en ce jour Je ne sois perdu sans retour.Tu me cherchas par tout chemin ; Tu prodiguas ton sang divin : Ton grand labeur serait-il vain ?Avant l’heure de tes vengeances, O juste juge à tes créances Fais que j’oppose tes souffrances.Oui je gémis dans ma douleur, Je suis coupable, et la rougeur Couvre mon front : pardon, Seigneur 1 L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU 343 II M.Chauveau était né à Québec, en 1820, et il allait atteindre soixante-dix ans, le 30 mai prochain.Chose singulière, il redoutait cette année qui devait le faire septuagénaire, et dans une lettre qu’il adressait à son ami intime, M.Lesage, en date du 5 décembre dernier, il lui disait : “ Cette diablesse d’année prochaine va me faire septuagénaire ! Il ne faut pourtant pas que je lui fasse une trop vilaine grimace ; car elle pourrait bien se revenger.et me faire pis que cela ! ” Etrange pressentiment ! Admis au barreau en 1841, M.Chauveau avait été élu député en 1844, et il était devenu ministre en 1851.Mais, deux ans après, il sortait de la politique, et devenait surintendant de l’Instruction publique.En 1867, il revint à la politique, comme premier ministre de la province de Québec.En 1873, il fut nommé président du sénat ; mais il ne garda ce poste que quelques mois.L’année suivante, il posa sa candidature dans le comté de Charlevoix contre M.P.-A.Tremblay, et fut battu.Enfin, après avoir été pendant quelque temps commissaire du havre de Québec, il fut nommé shérif de Montréal, en 1877, et il a exercé cette charge jusqu’à sa mort.Comme on a pu le voir par les simples dates que nous citons, M.Chauveau n’a jamais persévéré bien longtemps dans la politique.Cette vie agitée n’allait pas à son tempérament ni à son caractère, et c’est toujours un peu malgré lui qu’il y est revenu.Il répugnait à la bienveillance de son cœur et à sa nature de sensitive d’être constamment en lutte avec des compatriotes qu’il estimait, et auxquels il voulait du„bien.La vie calme du foyer domestique, les épanchements intimes de l’amitié, les luttes pacifiques de la carrière littéraire, les travaux consolants de l’esprit, voilà ce qui lui convenait, et ce qu’il aimait.C’est le genre d’existence qu’il a mené dans la dernière partie de sa vie.Sorti pauvre de la politique — car, autrefois, on ne s’enrichissait pas dans cette carrière — il se résigna à vivre modestement 344 l’honorable r.-j.-o.chauveau dans une chambre d’hôtel, et à faire des économies pour sa famille.Hélas ! elle avait été malheureusement décimée, sa famille ! Parmi les dates mémorables de sa vie, s’il en fut nombre de glorieuses, il en fut aussi de bien douloureuses.La mort avait été cruelle pour lui, et il portait plusieurs cercueils sur ses épaules.Trois de ses filles étaient mortes, et l’une d’elles, Mme Glendonwyn, dans des circonstances particulièrement pénibles.Peu après, la fidèle compagne de sa vie, celle qui avait partagé ses succès et ses bonheurs, l’avait abandonné aux deux tiers de la route, pour aller rejoindre ses filles dans un monde meilleur.Sans doute il sut puiser dans sa foi les forces nécessaires pour se soutenir dans ces terribles épreuves ; mais souvent, dans l’isolement, le souvenir de'ces deuils lui revenait et l’accablait.Cet état de son âme se trahit dans son épitre à M.James Prendergast : “ Puis, quand de vrais malheurs ont ravagé notre âme, Quand le funèbre glas ne cesse de sonner, Quand nos derniers amis vont nous abandonner, Quand notre esprit n’est plus qu’une tremblante flamme, On se reprend à vivre, et, malgré les soucis, Au temps impitoyable on demande un sursis : Encore une saison, encore une récolte ! On voudrait rattraper printemps, jeunesse, amour ! Contre la vieille loi l’homme en vain se révolte : Jeunesse, amour, printemps sont passés pour toujours.” Hors ces heures d’abattement, M.Chauveau avait conservé dans ses rapports sociaux cette humeur enjouée et cet esprit aimable qui le rendaient populaire.Il partageait son temps entre ses fonctions de shérif, ses leçons de droit romain à l’université Laval, et ses travaux littéraires.Mais c’étaient les lettres qu’il aimait avant tout, et qu’il ne cessait de cultiver.III M.Chauveau était un maître en l’art d’écrire.Le vers se montrait souvent récalcitrant sous sa plume, et la rime était quelquefois sourde à son appel.Mais la prose lui obéissait avec grâce. L'HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU 345 11 n’avait pas l’audace des nouveautés, ni la hardiesse des images, ni les coups d’aile qui étonnent.Mais il avait la délicatesse de forme, l’élégance du style, la pureté du goût, la précision de la phrase, la sobriété des ornements et des figures.Il avait l’esprit souple, le ton coloré, la verve piquante ; et il mêlait agréablement la fantaisie au réel.Sans négliger le fruit pour la fieur, il avait le soin de donner à sa pensée le tour qui plaît et la forrqe qui convient.Sa brillante imagination, sa grande sensibilité, sa mémoire bien meublée, son talent de parole flexible et léger en faisaient un conteur charmant.Mais il ne fallait pas l’interrompre, car il n’écoutait pas.Sans répondre à vos observations, il suivait sa pensée, et vous n’aviez qu’à le laisser faire ; c’était d’autant plus facile qu’il était généralement fort intéressant.Il était né malin, spirituel et gai.De fines épigrammes émail-laient sa causerie ; mais elles n’allaient jamais jusqu’au sarcasme, car il n’aurait pas voulu blesser gravement même un adversaire.Souvent il a fait de la critique, et nous croyons qu’il avait pour ce genre littéraire des aptitudes remarquables.Sou goût sûr, ses connaissances variées, sa perspicacité à découvrir les ridicules, son esprit mordant et son amour de la justice étaient de précieuses qualités dans des travaux de cette nature.Aussi plusieurs de ses essais critiques sont-ils, croyons-nous, des modèles du genre.Nous avons surtout souvenance d’un article dirigé contre M.Duvergier de Hauranne, qui fit sensation dans le temps, et qui vengeait admirablement notre pays des critiques plus ou moins malveillantes du touriste français.Ses articles de polémique sont également remarquables ; et tous se distinguent par leur bienveillance et leur urbanité.Ces deux qualités se retrouvèrent chez lui dans les débats parlementaires qu’il dut conduire pendant qu’il était chef du cabinet de Québec, Par bonheur, il avait alors en face de lui comme contradicteur un homme également remarquable par sa courtoisie et sa distinction, l’honorable M.Joly.Aussi les débats acrimonieux étaient-ils bannis, et la discussion pleine de dignité.M.Chauveau aimait sa patrie, comme un fils tendre aime sa mère, et quand il en parlait il ne savait plus se taire.C’est ainsi que s’explique son ouvrage sur notre grand historien Garneau. 346 L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU C’était une simple introduction à YHistoire du Canada, qu’il avait été chargé de faire par les éditeurs Beauchemin & Valois, et c’est pourquoi la pagination du volume est en chiffre romains.Mais, une fois engagé dans ce travail, il fut entraîné par le charme de l’histoire de son pays, et quand il déposa la plume, la préface à l’œuvre de Cfarneau avait pris les proportions d’un volume in-octavo de trois cents pages.M.Chauveau a beaucoup écrit, et nous regrettons qu’il n’ait pas réuni lui-même en volumes ses principaux travaux disséminés dans les journaux et les revues.Nous croyons qu’il se proposait de le faire depuis quelques années ; mais la mort est venue trop tôt interrompre l’œuvre commencée.Nous souhaitons qu’elle soit reprise par quelque travailleur patient et consciencieux.On sait que sa première publication, Charles GuA'in, remonte à 1852.C’est un roman de mœurs canadiennes, fort bien fait, à notre avis.Ce n’est pas un récit mouvementé, compliqué d’intrigues savantes et de situations dramatiques, comme il était de mode d’en écrire en France, à la même époque.Mais c’est un tableau fidèle et bien colorié de la société canadienne, dans lequel le paysagiste et le portraitiste rivalisent.Il y a là de jolies pastorales, des descriptions vraies et sobres, des créations charmantes, des caractères bien dessinés et analysés, un style peu imagé mais élégant, pur, et un intérêt qui va croissant depuis la première page jusqu’à la dernière.Son ouvrage sur Y Instruction Publique au Canada est à la fois une histoire des développements et des progrès de l’enseignement public à tous les degrés, un résumé général de nos lois d’éducation, et un tableau statistique et comparé de nos institutions scolaires.' Il renferme sur ces différents sujets des renseignements complets, et ce travail est fait avec ordre, précision et clarté.Il s’ouvre par un avant-propos des plus spirituels et se termine par un discours sérieux, substantiel et patriotique.En général, les discours de M.Chauveau n’ont pas la forme oratoire.Tous se distinguent par le ton simple et varié, par le bon goût, la correction du style, et la diction académique.Tous sont relevés par des mots d’esprit, des rapprochements ingénieux, et des rémi- L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU 347 niscences classiques, historiques ou personnelles, qui réveillent l’attention et soutiennent l’intérêt, sans recourir aux faux ornements d’une vaine rhétorique.Mais la plupart sont des dissertations, des comptes-rendus, des exposés historiques, des études littéraires ou sociales qui n’admet-ment guère le mouvement, la passion, l’inspiration et l’enthousiasme.Cependant nous pourrions citer dans chacune de ses œuvres oratoires une page, un passage, où l’orateur s’échauffe, s’élève, et arrive à la véritable éloquence sans l’avoir cherchée.C’est ainsi que le dernier discours qu’il a prononcé, et qui est une belle page d’histoire, se termine par un de ces mouvements pleins de souffle oratoire et d’émotion touchante.C’était en juin • dernier, à l’inàuguration du monument Cartier-Brébeuf, en présence de cette immense multitude qui couvrait les bords de la rivière Saint-Charles.Avec un attendrissement que tout le monde comprendra, il se' tourna vers sa ville natale qu’il admirait tant, et il s’écria : “ Adieu à vous tous, et salut à toi vieille cité de Champlain, cité de toutes les épreuves, de tous les malheurs, de toutes les gloires ! “ Tu n’as rien à envier à tes rivales dans le passé, et l’avenir te réserve des jours meilleurs.Assise sur le promontoire de Stadaconé, tu réalises le rêve de Charlevoix, le précurseur de Garneau et de Ferland; de jeunes villes déjà florissantes te font cortège sur les trois amphithéâtres dont le plus vaste est couronné par la chaîne onduleuse et gracieuse des Laurentides.“ Lorsque le soir, semblable à une reine couverte de ses diamants, tu illumines des splendeurs dues au progrès moderne — auquel tu n’es pas aussi étrangère qu’on le prétend — ta citadelle, tes vieux remparts, ta noble basilique, ta grande université, et la magnifique promenade qui remplace le château Saint-Louis de Frontenac, mille souvenirs historiques surgissent autour de toi, apparitions tantôt gracieuses, tantôt somnolentes, mais toujours glorieuses.“ Tes fils sont partout luttant avec ceux de la ville de Maisôn-neuve ; il serait difficile de dire où les uns et les autres n’ont pas pénétré.Ils se sont trouvés et se trouvent encore côte à côte dans les combats de la science et du patriotisme ; jusque dans.» 348 L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU leurs nécropoles ils ont plus d’un souvenir qui leur est commun.Tandis que sur le mont Royal dort du long sommeil un homonyme de notre héros, un second Cartier dont le nom est maintenant du domaine de l’histoire, sur les hauteurs de Sainte-Foye repose un de nos plus grands écrivains, un de nos plus purs patriotes, que j’ai déjà nommé.“ Vieilles et illustres cités des bords du Saint-Laurent, centres du développement prodigieux de nos populations rurales, centres aussi de l’activité d’hommes qui appartiennent à bien d’autres races, si la Providence exauçait les vœux d’un enfant de Québec, vous resteriez longtemps unies par vos grands souvenirs, par vos nobles aspirations, accueillant tous les progrès véritables, et conservant, à l’ombre du drapeau britannique, toutes les saintes et nobles choses qui forment le trésor de vos traditions, et le monde faisant une variante à un mot bien ancien, le monde dirait de vous : par nobile sororum ! ” Nous avons dit que les discours de M.Chauveau n’ont pas généralement la forme oratoire ; mais il faut en excepter celui qu’il prononça le 18 juillet 1855, lors de l’érection du monument à la mémoire des braves tombés sur les plaines d’Abraham le 28 avril 1760.Car ce discours est son chef-d’œuvre; et il a été le triomphe de l’éloquence canadienne-française.Il est trop connu pour qu’il soit nécessaire d’en rien reproduire.Mais nous en détacherons quelques phrases qu’il adressait à nos guerriers morts au champ d’honneur, et c’est à son adresse que nous les remettrons : “ .Vous avez payé votre dette à la patrie, c’est à nous de payer la nôtre.Votre journée est remplie, votre tâche laborieuse est terminée, la nôtre à peine commence.Vous vous êtes couchés dans la gloire, ne vous levez pas ! Pour nous, quels que soient nos aspirations, notre dévouement, notre courage, Dieu seul sait où et comment nous nous coucherons.Mais vous, dormez en paix.” Oui, c’est maintenant que notre ami est entré dans le vrai repos.Mais ce repos ne sera pas l’oubli ; car ses œuvres nous restent, et sa gloire lui survit.Les morts vont vite, dit la ballade allemande, et, nous devons le confesser, l’oubli va plus vite encore, hélas ! Sans doute, nous nous affligeons quand la mort fait au milieu de nous son effrayante moisson ; sans doute, quand nous déposons quelqu’un des nôtres L’HONORABLE P.-J.-O.CHAUVEAU 349 dans la tombe, nous souffrons et nous exhalons de sincères regrets.Mais le lendemain le tourbillon de la vie nous emporte, et nous n’y pensons plus.Oui, voilà ce qui arrive pour les morts ordinaires.Mais il n’en doit pas être ainsi pour les hommes illustres, dont la vie a été mêlée à la vie nationale et aux progrès de la patrie, qui Missent derrière eux des œuvres durables, et qui ont leur place maïquée au panthéon de l’histoire.A.-B.Kouthier.
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