Le Canada-français /, 1 mars 1920, Acadiana. L'abbé Biron
ACADIANA Un ami et bienfaiteur des Acadiens.M.l’abbé E.-R.BIRON Le 29 octobre 1916, mourait à Paris, au No 5 de la rue Yvon Villarceau si connu des Acadiens de passage dans la capitale française, un ami et un bienfaiteur insigne de l’Acadie, M.1 abbé E.-R.Biron, du clergé de Saint-Honoré d’Eylau, celui qu'après l’illustre historien de l’Acadie, M.Rameau de Saint-Père, on pourrait appeler le premier Acadien de France.Quelques lignes seulement dans Le Moniteur Acadien apprirent aux Acadiens la disparition de cette belle et grande figure, et ce fut tout le souvenir qui lui fut consacré dans un pays qu’il avait aimé à l’égal de la France.Et pourtant, parmi les étrangers qui se sont le plus dévoués à la cause acadienne, il n’en est pas qui mérite davantage la reconnaissance du “ peuple martyr ” que ce digne et saint prêtre en qui Mgr Richard, dans toutes ses œuvres nationales, et en particulier dans celle de l’éducation, trouva un collaborateur et un soutien zélé, généreux, et désintéressé.Les lecteurs du Canada Français, les Acadiens tout spécialement, nous sauront gré de faire revivre, à côté de la grande figure de l’apôtre de l’Acadie, Mgr Richard, Acadiana 101 celle de l’un de ses meilleurs amis, celui qui partagea la plus grande de ses épreuves, et dont la fidélité ne connut pas de défaillance.Eugène-Raymond Biron naquit à Chaudesaigues, dans le Cantal (France), le 25 août 1845.Il était le troisième des cinq enfants (deux garçons et trois filles) de Guillaume Biron et de Marie Nicolas.Deux de ses sœurs lui survivent, dont l’une a épousé M.le Commandant Cailleux, chef de bataillon aujourd’hui en retraite à Poissy (Seine-et-Oise).Le jeune Raymond vint de bonne heure à Paris avec ses parents, excellents catholiques qui, jouissant d’une assez grande aisance, le mirent au petit-séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet où il fit d’excellentes études, puis au grand-séminaire d’Issy.Son cours d’études théologiques terminé, il enseigna plusieurs années au célèbre collège des Dominicains, à Arcueil.Vers l’âge de trente ans, probablement sur les conseils de M.Rameau, il quitta la France pour venir se consacrer à l’œuvre de l’éducation des Acadiens.C’est, croyons-nous, à l’automne de 1875 que l'abbé Biron arriva au collège Saint-Joseph de Memramcook (Nouveau-Brunswick).Il enseignait au collège et se retirait au presbytère.Il racontera plus tard qu’à part les rats qui couraient librement dans la maison et malgré la température souvent au-dessous de 25° centigrades, il menait une vie heureuse.Le Memramcook d’alors n’avait pas le confortable d’aujourd’hui.“ U arriva vers le même temps, écrit M.Placide Gaudet, l’éminent généalogiste acadien d’Ottawa, que je devins professeur au collège de Saint-Louis que venait de fonder M.l’abbé Richard.Aux vacances de Noël, je me trouvais à Saint-Joseph, et l’abbé Biron me fit demander d’aller le voir au presbytère.Il me fit raconter l’histoire de la fondation du collège de Saint-Louis et me demanda beaucoup de renseignements que je lui fournis de mon mieux.De retour à Saint-Louis, je fis part à M.Richard de l’intérêt que le jeune ecclésiastique français portait à son établissement. 102 Le Canada français Une correspondance, je crois, commença peu de temps après entre M.Richard et M.Biron.Je revis ce dernier en juillet 1876, à Saint-Joseph.C’est alors qu’il m’apprit sa décision de se rendre au collège de Saint-Louis et d’y placer des fonds.” (1) Ce serait donc à la rentrée des classes, en septembre 1876, que M.Biron aurait pris la direction du collège de Saint-Louis.Pour inaugurer sa charge, il commença par verser à la caisse, hélas ! bien maigre de l’établissement une somme de quatre mille piastres environ, nous dit-on, car le bon abbé, lui, n’en a jamais soufflé mot à personne, sa main gauche ayant toujours ignoré ce que donnait sa main droite.Ainsi, dès le premier jour, il se dévouait corps, âme et biens aux intérêts des Acadiens.Non content de cette mise de fonds si importante, il prélèvera encore chaque année, smses économies, de quoi entretenir à ses frais plusieurs élèves.“ Il faudrait, nous écrit un ancien élève de Saint-Louis, avoir une juste idée de la vie aisée, du milieu intellectuel et des relations de M.Biron à Paris pour comprendre l’étendue et la grandeur des sacrifices qu’il a dû s’imposer dans un pays étranger et inhospitalier pour lui sous les multiples rapports du climat, de l’influence anglaise, de la mentalité des habitants, du manque de ressources et du degré d’affaissement où était réduit le peuple acadien sous un régime d’abandon, de défiance et de persécution qu’il endurait depuis le “ grand dérangement ” de 1755.L’amour de la France et le zèle de la religion lui firent considérer l’Acadie comme un lambeau de son pays violemment arraché à la mère-patrie.Les Acadiens étaient, à ses yeux, des martyrs au double point de vue de la religion et de la nationalité.De là la direction qu’il s’était tracée de travailler à développer et à fortifier leur foi tout en éclairant leur intelligence, afin de les rendre capables de gérer eux-mêmes leurs affaires et ainsi de sortir de l’espèce d’esclavage où les tenait leur manque d’éducation.Il voyait en eux un élément précieux (1) Lettre du 18 janvier 1918. Acadiana 103 pour l’Église et pour la société, à cause de leur foi et de leur caractère foncièrement français.Il favorissait tout élan vers ce but, Ainsi, il s’astreignit à être arbitre dans une société de débats formée parmi les élèves.Nous étions de pauvres orateurs, allez ! mais son patriostisme et sa perspicacité savaient découvrir dans nos sentiments, dans nos arguments, et parfois dans notre verve écolière des espérances pour l’avenir.Il fallait ensuite voir comme les débats avaient belle allure dans L’Echo du Collège de Saint-Louis, feuille écrite à la main par un de nos meilleurs calli-graphes et publiée à une douzaine d’exemplaires seulement.Nous étions ainsi chauffés au rouge, et quand la célèbre feuille paraissait, on se l’arrachait avec avidité ; on la lisait, on la discutait, on la critiquait, et les vaincus juraient, en riant, de se venger à la prochaine séance.Les soirées de congé se passaient ainsi vives, animées et profitables ; on grandissait dans l’amour de notre collège et de tout ce qui intéressait notre race.“Que dire du professeur ?M.Biron était la bonté même, indulgent comme il faut l’être au milieu d’éléments et de circonstances de début.Il temporisait, se faisait petit avec les petits, mais en même temps ferme, afin de stimuler les indifférents qui, élevés loin des centres intellectuels, comprenaient d’autant moins la nécessité d’une culture intense qu’ils en avaient plus besoin.Nous sommes aujourd’hui en mesure de juger combien a dû souffrir de ce côté le savant et le littérateur distingué qu’était M.Biron.Quant à sa charité, elle n’eut d’égale que l’étendue du bien qu’il y avait à faire et qu’il voulait faire.” (1) Un autre Acadien, qui fut le commensal de M.Biron, pendant un cours d’études supérieures qu’il faisait à Paris, le jeune et regretté M.Allain Landry, écrivait quelque temps après la mort de M.Biron à la vieille domestique du vénérable prêtre : “ Il y a deux ans, j’ai visité le petit village (1) Lettre du 8 octobre 1919. 104 Le Canada françaia de Saint-Louis, au Nouveau-Brunswick, où M.Biron a passé plusieurs années parmi les Acadiens, et je vous assure que les habitants ont apprécié pleinement ce qu’il s’est efforcé de faire pour leur amélioration.Il a, dans ce but, dépensé des sommes énormes, sans le crier sur les toits.J’ai demandé à plusieurs s’ils se souvenaient de M.Biron : “ Si fait, Monsieur, m’a répondu l’un d’eux, je ne l’oublie jamais dans mes prières.” J’ai su que M.Biron avait empêché, en se portant caution pour lui, la saisie de ses biens.Et à combien d’autres il est ainsi venu en aide !”(1) Dans la disette qui faillit compromettre l’existence des jeunes colonies d’Acadieville et de Rogersville et fut une source de tribulations pour Mgr Richard (2), M.Biron souscrit le premier pour une somme de cent piastres.Les colonies du haut de la rivière de Boubtoujche, Adamsville en particulier, éprouvèrent également les effets de sa générosité.Mais sa grande sollicitude allait au collège de Saint-Louis et à ses chers élèves.De concert avec son ami, M.Rameau, il s’occupa d’organiser à Paris une société ayant pour but de venir en aide à l’éducation des Acadiens en fondant des bourses pour le collège de Saint-Louis.Le Comité central de cette association devait avoir pour président d’honneur Mgr de Ségur, que M.l’abbé Richard avait vu lui-même à Paris et qui lui avait fait don d’une statue de la Sainte Vierge pour sa grotte de Lourdes à Saint-Louis ; pour président M.Xavier Marmier, de l’Académie Française; pour vice-président M.Rameau ; pour trésorier M.Victor Deséglise, membre du jury de l’Exposition universelle de 1878, et pour secrétaire M.l’abbé Dauby, vicaire à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.On remarquait parmi les membres adhérents : MM.le Marquis de Montcalm, 1 abbé de Rivières, chanoine de la métropole d’Alby ; Charles de (1) Lettre du 17 février 1917.(2) Voir le Canada Françaia de juin 1919. Acadiana 105 Bonnechose, conseiller référendaire à la Cour des Comptes ; Charles Avril, de Montchanin (Saône-et-Loire) ; l’abbé Collot, chanoine honoraire, membre du Conseil de la Propagation de la Foi ; l’abbé Guéneau ; 1 abbé Cavanoux ; Arthur Bertrand, éditeur ; l’abbé Huvelin ; l’abbé Ra-boisson, aumônier de l’hospice Cochin ; Charles de Stein-bach, agrégé de l’Université, etc., etc.Malheureusement, l'horizon était sombre en Acadie ; les événements se précipitaient, paralysant les efforts des deux grands amis des Acadiens.Par suite d un enchaînement de circonstances que nous avons brièvement racontées dans cette même revue (1), le collège de Saint-Louis était menacé dans son existence.Nous n’avons à revenir sur cette douloureuse affaire qu’en ce qui concerne personnellement M.l’abbé Biron, car c’est lui qui devait être la première victime d’un complot ourdi au sein même de l’établissement qu’il dirigeait.L’homme ennemi avait semé la zizanie dans le champ du père de famille.Des difficultés s’étaient élevées entre Irlandais et Français, et l’enseignement de M.Biron avait été dépeint à l’évêque de Chatham comme étant trop national, c’est-à-dire trop français.Vers la fin de l’année scolaire 1882, M.Biron, écrivit à Mgr Rogers, lui demandant d’aller passer ses vacances en France, afin de régler quelques affaires de famille, et lui promettant de revenir à temps pour l’ouverture des classes en septembre.Mgr lui répondit en lui exprimant le désir de le voir à Chatham.M.Biron s’y rendit et, après une scène des plus violentes, lui déclara qu’il ne devait plus retourner au collège, et lui donna la permission de s’absenter pour deux ans, plus minusve Nos lecteurs savent ce que fut la séance de fin d’année scolaire du 5 juillet, où il y eut un incident inouï jusque-là dans les annales d’aucun collège.“ Quelques heures avant la séance, écrit un témoin absolument digne de foi, M.l’abbé (1) Voir le Canada Français, livraison de mars 1919. 106 Le Canada français Biron m’invita à monter dans sa chambre.Je trouvai là six ou sept élèves des plus avancés dans leur cours d’études, venus de toutes les parties des provinces maritimes.M.Biron me les présenta tous, me donnant leurs adresses respectives ; puis il nous dit de nous bien souvenir les uns des autres et de rester toujours unis pour combattre ensemble, quand ces jeunes gens seraient devenus des hommes, les bons combats de la religion et de la nationalité.Il ajouta qu’il craignait que l’heure ne fût arrivée où le berger allait être frappé et le troupeau dispersé ; qu’il avait des pressentiments que le collège allait être fermé ; que, pour sa part, lui, il était renvoyé en France par Sa Grandeur Mgr Rogers, que, du moins, il ne pouvait pas interpréter autrement les ordres qu’il venait d’en recevoir.” (1) Après la séance qui consistait en morceaux de déclamation français et anglais, pièces théâtrales dans les deux langues, musique vocale et instrumentale, Mgr Rogers, qui présidait, prit la parole une première fois pour complimenter les élèves sur leur succès, Français et Anglais ayant parfaitement interprété leurs rôles, les uns et les autres indifféremment dans les deux langues ; puis, après avoir invité plusieurs des assistants, entre autres M.l’abbé Drolet, de Québec, et M.l’abbé Girouard, du diocèse d’Arichat à adresser la parole à l’auditoire, lesquels n’eurent que des éloges à faire aux élèves et à leurs professeurs, Mgr se leva une seconde fois et parla en anglais, non plus pour féliciter les élèves, mais pour condamner l’administration du collège et l’enseignement qu’on y donnait, prétendant qu’on ne faisait pas justice à certaine catégorie d’élèves, ceux de langue anglaise, etc., et que, dans ces conditions, il croyait devoir retirer son patronage au collège de Saint-Louis.En somme que s’était-il passé ?Nous en trouvons l’explication dans une lettre écrite quelques semaines après à M.l’abbé Richard par un citoyen des plus en vue de la (1) Témoignage de l'honorable Sénateur Pascal Poirier, 4 février 1885. Acadiana l!>7 région et de nationalité irlandaise.L'auteur de cette lettre raconte que, dans une entrevue qu’il avait eue avec Mgr Rogers, l’hiver précédent, à Chatham, Sa Grandeur lui avait demandé quelle était la cause des difficultés entre Français et Irlandais au collège de Saint-Louis : “ Je ra- contai à l’évêque les choses telles qu’elles s’étaient passées, faisant porter tout le blâme sur les jeunes Irlandais et particulièrement sur C.(un Irlandais des États-Unis, renvoyé du reste et pour cause).Sa Grandeur ajouta qu’Elle était informée que l’enseignement de M.Biron était très national, ce que je lui affirmai fortement .J’ai souvent parlé de M.Biron et de son antipathie pour les Anglais.Mais puisque j’envoyais mes enfants au collège, c’est donc que j’approuvais son enseignement, plus que part tout ce que je pouvais dire ou écrire.Je sais de source certaine quel est celui qui a fait rapport à l’évêque sur l’enseignement de M.Biron.Je ne m’en suis pas occupé, vu que j’envoyais mes enfants au collège pour qu’ils apprennent le français.” (1) Ainsi, une simple dispute entre élèves où la minorité anglaise avait tout le tort et une accusation contre l’enseignement trop français de M.Biron dans un collège français où les Irlandais mettaient leurs enfants pour apprendre le français, avaient suffi pour faire condamner publiquement l’institution, sans en entendre préalablement le supérieur responsable, M.Richard.L’évêque avait offert à M.Biron d’échanger son poste de directeur du collège contre le ministère paroissial ; mais le noble prêtre, avec le sentiment de sa dignité et de son honneur blessés, avait répondu que, s’étant fait ordonner et agréger au diocèse de Chatham en vue de l’enseignement dans un collège et non du ministère paroissial, il préférait se retirer.M.Biron parti, le collège de Saint-Louis restait sans directeur, et l’évêque, déjà fort embarassé avec son collège (1) Lettre de M.H., 25 août 1882. 108 Le Canada français anglais de Chatham, fermé faute de ressources, laissa tomber celui de Saint-Louis.Dès l’année même de sa rentrée en France, M.Biron fut appelé à faire partie du personnel enseignant au Collège de Vaugirard à Paris, où il passa plusieurs années.Il se consacra ensuite au préceptorat dans de grandes familles françaises et aussi dans quelques familles étrangères.En 1889, l’autorité diocésaine offrit à M.Biron entre deux postes de prêtre auxiliaire à son choix : l’un à Saint-Au- gustin, une des plus belles paroisses de Paris, l’autre à Saint-Honoré d’Eylau, paroisse du nouveau Paris dans le ravissant quartier de l’Ouest, à la porte du Bois de Boulogne, en haut des Champs Elysées et du Trocadéro.M.Biron opta pour cette dernière qui, moins riche et moins célèbre que Saint-Augustin, a, à son avantage, un avenir incomparable et la situation la plus heureuse du Paris moderne.Elle ne comptait déjà pas moins de 35,000 âmes et avait pour curé M.l’abbé Marbeau, élevé depuis au siège épiscopal de Meaux.Dès la seconde année de son ministère à Saint-Honoré d’Eylau, M.Biron, que les œuvres de jeunesse attiraient tout particulièrement, y fondait un patronage.“ Il commença, lisons-nous dans une notice qu’a bien voulu nous communiquer M.le Commandant Cailleux, avec douze membres, élèves des écoles laïques auxquels il avait fait faire leur première communion.Pour maintenir ces jeunes gens dans la pratique de leurs devoirs religieux, il s’ingéniait à les attirer par tout ce qui pouvait leur être agréable.Son modeste appartement de la rue Yvon Villarceau était le seul local dont il disposait pour son patronage.Aussi, eût-il l’idée d’organiser de grandes promenades.Les pelouses, les routes, les bois et le plein air furent toujours depuis ses grandes salles à lui et les limites de son œuvre.En pleine santé à cette époque, il accomplissait lui-même les marches les plus longues, allant allègrement à pied de Paris à Versailles et retour, surveillant les jeux l’hiver par tous les Acadiana 109 temps, la pluie, la neige, le gel.11 était le boute-en-train et l’entraîneur des jeunes.“ En 1910, la Patronage était à son apogée : il comptait près de trois cents membres.C’est vers la fin de cette même année que M.l’abbé Soulange-Bodin, successeur de Mgr Marbeau nommé à l’évéché de Meaux, décida la fusion de la Société des Jeunes Gens de Saint-Honoré d’Eylau (l’Amicale des Ecoles chrétiennes) et du Patronage.Les deux compagnies se mêlèrent fraternellement et prirent pour titre : “ La Jeunesse catholique de Saint-Honoré d’Eylau ”, et ce fut M.l’abbé Biron qui fut le directeur de cette nouvelle et grande œuvre.La sollicitude de M.l’abbé Biron pour ses œuvres parisiennes ne lui faisait pas oublier sa “ chère Acadie ”, comme il aimait à l’appeler toujours, et il ne se passait pas une année, pas un événement important en Acadie, comme les Conven-’ tions nationales, sans qu’il ne marquât par un don généreux la part qu’il prenait à toutes les manifestations vitales de ce petit peuple qu’il aimait à l’égal de ses jeunes gens du Patronage.(1) Le 12 janvier 1908, il écrivait à Mgr Richard, alors à Rome, en mission spéciale de la part de ses compatriotes : “ Votre dernière lettre m’a rendu un peu de courage.Après tout ce que vous me dites des dispositions du bon et saint Pape qui gouverne l’Église et pour lequel nous avons en France une vénération toute particulière, je doute moins du résultat final de ce qui nous tient tant à cœur à tous deux.Comment, d’ailleurs, une cause si juste que celle dont vous êtes en ce moment l’avocat auprès de l’autorité suprême de l’Église de Jésus-Christ pourrait-elle succomber P L’Acadie n’a-t-elle pas bien mérité au regard de la cause catholique ?Cette jeune et chrétienne nation n’a-t-eîle pas, à l’exemple du Canada, continué en Amérique la noble mission que, pendant tant de siècles, la France d’autrefois a remplie (1) A la deuxième Convention Nationale des Acadiens, tenue à Mis-eouehe en 1884, il envoya une contribution de 500 francs. 110 Le Canada français dans le monde en faveur du Christ qui aime les Francs ?.Malgré la situation si terrible de notre pauvre patrie, (situation toutefois si consolante, à cause de l’union du haut et du bas clergé avec les vrais fidèles et de la fidélité au Saint-Siège, malgré tant de sacrifices !) je ne désespère pas de pouvoir, si Dieu me prête encore vie, réunir ce qu’il faudra pour faire à l’Acadie, en la personne du nouvel évêque une offrande qui sera, comme vous le dites si bien, le souvenir de la mère à sa fille la plus aimée et la plus digne.Vous voudrez bien, à cet effet, me tenir un peu au courant des événe-nements qui vont certainement se produire à la suite de votre voyage et de la communication de la Propagande aux évêques de la province d’Halifax.Il va y avoir certainement un grand branle-bas, et ce sera très intéressant à suivre de près, et au besoin à contrôler.“ A l’époque de vos noces d’argent, outre les ornements de votre messe, j’avais fait envoyer par M.Jouanin, économe de Saint-Sulpice à Paris, une certaine somme, 300 francs environ à M.Larue, procureur de Montréal.Avez-vous reçu cette somme destinée à vos œuvres de colonisation ?.En attendant, cher Monseigneur Richard, le plaisir d’avoir des nouvelles de votre voyage, je vous souhaite un bon retour et un succès complet dans tout ce qui concerne notre chère Acadie.” M.Biron est en relations avec toutes les personnes de Paris ou de la France qui s’intéressent au Canada ou à l’Acadie.Il voit, à leur passage à Paris, tous les Canadiens de marque et, en particulier, les évêques de la province de Québec : “ Le vieil Archevêque de Québec, écrit-il, que j’ai vu souvent dans l’intimité dans ses différents séjours à Paris où il compte beaucoup d’amis, est très dévoué aux Acadiens, ainsi que notre vieil ami, Mgr Rouleau.Espérons que de la vieille et vénérable métropole des Acadiens viendra encore avec une sympathie sincère un secours propice .” Ac A DI ANA 111 En 1915, la nouvelle de la mort de Mgr Richard lui arrivait d’Acadie comme un coup de foudre au milieu de tant d’autres douleurs causées par la guerre déchaînée depuis un an et demandant à la France le meilleur de son sang.“ C’est le cœur serré qu’il vit partir les membres de sa chère Société pour accomplir leur grand devoir envers la patrie.A quels sacrifices n’eût-il pas consenti, lui aussi, pour le salut de la France ?Il partagea l’enthousiasme de tous, mais chaque fois qu’un de ses Jeunes tombait au champ d’honneur, son pauvre cœur se déchirait : la gloire ne le consolait pas de la douleur.Alors, la vieille bronchite qui le guettait tous les hivers prit insensiblement le dessus.La mort de tout jeunes Marie-Louise, et toujours des meilleurs, le terrassa définitivement.Quelques instants avant sa mort, qui arriva le dimanche 29 octobre, il se leva en chancelant, allant, dit-il, prendre son chapeau pour donner des Avis.Les Avis, c’étaient les conseils qu’il donnait, chaque dimanche, aux membres du Patronage.Ainsi, jusqu’au bout, il fut avec sa chère œuvre, et son dernier mot, son dernier effort fut pour elle ! “ Nous avons accompagné sa dépouille mortelle à l’église et au cimetière Montparnasse, où elle repose en paix dans un caveau de famille ; mais sa belle âme qui doit se complaire dans la compagnie de celles de ses nombreux enfants morts au champ d’honneur, rayonnera encore ici-bas, inspirera et éclairera ses successeurs et les membres de son œuvre afin qu’elle lui survive ! ” (1) Ajoutons ,nous aussi, que l’âme de M.l’abbé Biron continuera également du haut du ciel, avec celle de son ami, Mgr Richard, à rayonner en Acadie, inspirant et éclairant les vrais patriotes, ceux qui sans peur et sans reproche, combattent les bons combats de la religion et de la nationalité.Fr.M.Gildas, ptre., O.C.R.(1) Extrait d’une Notice nécrologique par M.le Dr P.Michaux président de la F.G.S.P.F.(Fédération Gymnastique et Sportives des Patronages de France).
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