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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
L'abbé Émile Petitot et les découvertes géographiques du Canada, II
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1922-01, Collections de BAnQ.

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L’ABBÉ EMILE PETITOT ET LES DÉCOUVERTES GÉOGRAPHIQUES AU CANADA ( suite ) II ERREURS HISTORIQUES Les premiers blancs qui contemplèrent les interminables plaines connues aujourd’hui sous le nom d’Ouest canadien, et formant les grandes provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, furent deux Français qu’on peut citer comme les types les plus accomplis du fameux “ coureur de bois ” des jours d’antan.En regard de la date 1666, Petitot mentionne leurs explorations à l’ouest du lac Supérieur, et déclare que l’un d’eux était “ l’Anglais Raddisson Or, quelle qu’ait pu être l’irrégularité de sa carrière, quoi qu’on puisse penser de sa facilité à changer de souverain selon les caprices du moment et les avantages matériels qu’il pouvait en retirer, quelles qu’aient pu être aussi ses alliances matrimoniales, personne n’était plus français que Pierre-Esprit Radisson — non pas Raddisson — puisqu’il était né à Paris même, au cours de 1836(1).(1) Il s’était marié avec une protestante anglaise, la fille de Louis Kertk, l’un des trois frères qui s’emparèrent de Québec en juillet 1629.319 320 Le Canada français Son nom(2), comme sa religion, et maintenant sa nationalité, ont été l’objet de nombreuses variantes.L’Anglais Joseph Robson, qui écrivait en 1752, l’appelle Rattisson(3), se conformant en cela à l’ortographe adoptée par Henry Ellis quatre ans auparavant(4).Mais l’explorateur lui-même signe Radisson dans la relation de son “ Yoiage au nord de Lamérique ”(5).Sa personnalité a, en outre, donné lieu à plusieurs erreurs parmi les rares auteurs qui se sont occupés de ce caractère unique dans l’histoire des flibustiers des grandes savanes américaines.Quelques-uns, comme A.-C.Laut(6), le font naître à Saint-Malo, probablement parce qu’il passa une bonne partie de sa jeunesse dans ce “ beau port de mer ”.Ensuite, presque tous en ont fait un huguenot(7).S il l’était réellement, il faut avouer que ce n’était pas un huguenot ordinaire, puisqu’il allait à confesse, et, qui plus est, à un Jésuite, le P.Pons, ainsi qu’il l’admet lui-même dans son journal.Il commence ce document par la célèbre formule : Pour la plus grande gloire de Dieu, qui trahit une remarquable familiarité avec la société de Jesus, dont il fait d ailleurs l’éloge, et à laquelle il était redevable de certaines faveurs.Il écrit, en effet, dans la relation de son voyage de 1682-83 : “ Jallé voir les Pères Jésuittes de Paris, comme intéressés (2) M le juge L.-A.Prud’homme, qui a fait de sa carrière une étude spéciale, l’anoblit généreusement dans ses Notes historiques sur la vie de Pierre-E.de Radisson.„ , , „ _ T , (3) An Account of Six Years Residence in Hudson s Bay,p.7 ; Londres, 1752.(4) A Voyage to Hudsons Bay, pp.73 et seq.; Londres, 1748.(5) Titre complet : Relation du voiage du sieur Pierre Esprit Radisson, Escer, au nord de Lamérique ès années 1682 et 1683.(6) Pathfinders of the I Vest, p.6 ; New-York 1907.(7) Entre autres, l’abbé Georges Dugas, L Ouest Canadien, p.22, et le P Lewis Drummond, S.J., The French Element in the Canadian Northwest.p.2.Le Dr Beorges Bryce, qui manque rarement une occasion de se tromper, va même jusqu’à donner comme protestant son beau-frère et compagnon de voyage inséparable, Médard Chouart dit Desgroseillers.( The remarkable History of the Hudson’s Bay company, p.3.) L’abbé Émile Petitot 321 avec la Chesnaye au commerce du castor, et ils me donnèrent de largent pour mon voiage ”(8).D’autres raisons exposées dans mon Histoire de l’Eglise catholique dans l’Ouest canadien(9) démontrent jusqu’à l’évidence que Radisson n’appartenait point à la religion réformée.Je ne sais pourquoi Petitot mentionne ses explorations sous la date 1666.Radisson se trouvait alors en Angleterre, où il s’était rendu l’année précédente pour se mettre au service des ennemis de son pays, et il n’en revint qu’en 1668.Les voyages auxquels notre auteur fait évidemment allusion eurent lieu entre 1659 et 1663.Petitot le fait découvrir “ le lac de la Reine que les Anglais nomment Rainy-Lake, ou de la Pluie ”.Il réédite là une erreur qu’il a publiée pour la première fois dans je ne sais plus lequel de ses livres de voyages.La vérité en est que, au lieu d’appeler cette pièce d’eau lac de la Reine, de Lavé-rendrye, qui nous a le premier donné des pays environnants des descriptions, ou du moins des mentions authentiques, et y fonda les premiers établissements, la nomme (27 août 1731) le “ lac de la Pluye ”.Même les auteurs anglais qui écrivaient il y a un siècle lui donnent généralement le même nom, que quelques-uns seulement traduisent dans leur langue Rainy Lake.L’auteur anonyme du plaidoyer qui avait pour but de réhabiliter la compagnie du Nord-Ouest, à laquelle on attribuait à bon droit le massacre de Robert Semple, gouverneur de la corporation rivale et de vingt et un de ses hommes, lui donne même le nom hybride de “ Lake la Pluie ”, vocable français accolé à un qualificatif anglais(10).(8) Relation du voiage, etc., p.6 de l’impression par le département des Archives du Canada.(9) Pp.18-19 du vol.I, édition définitive en 4 vols., en ce moment sous presse.(10) A Narrative of Occurences in the Indian Countries of North America, p.36 ; Londres, 1817. 322 Le Canada français Ce petit ouvrage parut en 1817.D’autres auteurs anglais plus récents ne se gênent pas pour appeler cette nappe d’eau lac de la Pluie, ou lac la Pluie (en français) dans des récits écrits dans leur langue maternelle.Personne ne l’a jamais qualifiée de lac la Reine, comme le voudrait Petitot, qui paraît lui-même avoir été induit en erreur par la con-sonnance entre cette dénomination et la traduction anglaise de son nom français (Rain-y Lake).Ce missionnaire fait ensuite aller Radisson et son compagnon Desgroseillers(ll) jusqu’à la rivière Winnipeg et le lac du même nom.Il est en cela considérablement plus explicite que tous ceux qui ont étudié le journal du premier, dont les détails géographiques sont si vagues qu’on ne peut préciser, avec un tant soit peu de certitude, la contrée (sans parler des cours d’eau) que les deux aventuriers atteignirent pendant leurs voyages.Arrivés à la baie d’Hudson, en 1667, “ ils construisirent le fort Rupert, à l’embouchure d’une rivière qui sort du grand lac Mistassiniy ”, dit Petitot, qui ajoute : “ Aussitôt Charles II Stuart fonde la compagnie anglaise de la baie d’Hudson, pour la traite des fourrures, à laquelle il octroyé tous les pays arrosés par les tributaires de la baie d’Hudson ”.Il y a ici confusion et inexactitude.D’abord Radisson ne fut pour rien dans la construction susmentionnée, pour la bonne raison que le vaisseau qui le portait s’étant trouvé séparé sur mer de celui où se trouvait son compagnon Desgroseillers, le capitaine du premier retourna en Angleterre avec tous ses passagers, pendant que celui du navire qui portait Desgroseillers se rendait à la baie d’Hudson.Ensuite, ce fut le 29 septembre 1668, et non en 1667, que Desgroseillers débarqua à la baie d’Hudson, où il fonda, non pas le fort Rupert, mais le fort Charles, sur un cours d’eau qu’il baptisa Rupert, au moment même où Radisson s’en retournait en Angleterre.(11) Dont le vrai nom, nous l’avons vu, était Médard Chouart.Ce surnom a été, lui aussi, écrit de toutes sortes de manières par les historiens et autres. L’abbé Émile Petitot 323 Notre auteur est, de plus, à peine correct en écrivant comme il le fait, sous la date 1667, que Charles II établit “ aussitôt ” la compagnie de la baie d’Hudson pour la traite des fourrures.Cette fameuse corporation naquit en réalité le 2 mai 1670, jour où lui fut octroyée une charte qui lui conférait des pouvoirs si étendus, qu’elle devait donner lieu à des contestations et à des récriminations sans fin.A la date 1686-87, l’abbé Petitot fait rapidement mention des exploits du capitaine le Moyne d’Iberville et du chevalier de Troyes ; puis il ajoute : “ Ils ne laissent debout que le fort Albany ”.Cette place fut dûment prise par les Français, et c’est le fort Nelson qui resta seul entre les mains des Anglais.Plus loin, il nous montre d’Iberville capturant et coulant trois vaisseaux anglais.Réduit à ses justes proportions, ce fait d’armes était assez glorieux pour n’avoir pas besoin d’exagération.En 1697 — non pas 1694 comme le dit l’auteur du précis chronologique en question — d’Iberville eut le courage d’attaquer sur la baie d’Hudson, avec un seul vaisseau armé seulement de 50 canons, trois navires anglais qui en portaient 124.Il en coula un et reçut la soumission de l’autre, pendant que le troisième parvenait à s’échapper.Le détail de ces luttes entre Français et Anglais sur la baie d’Hudson sont parfois d’un pittoresque homérique, et l’audace et les ruses des représentants de la France dans ces mers lointaines et les régions qui les confinent eurent généralement des résultats qui justifiaient une fois de plus l’adage : audaces fortuna juvat.On pourrait peut-être taxer Petitot d’optimisme, au point de vue français, lorsqu’il affirme que le “ traité de Ryswick laisse la France en possession de toutes les terres de la.baie d’Hudson et du Labrador, à l’exception du fort Albany ”.L’article VII de ce traité stipulait en réalité que ” tous les pays, îles, forts et colonies ” que les rois de France et d’Angletrre possédaient en 1690 devaient leur être rendus. 324 Le Canada français Or, à cette époque, chacun des deux monarques prétendait avoir droit à la possession de la baie d’Hudson.Il convient pourtant d’ajouter que les historiens français donnent généralement des résultats de ce traité la même version que notre chronologiste.Nous arrivons maintenant à la grande figure qui donna à la France les immensités connues aujourd’hui comme l’Ouest canadien, pays qui, avec le Grand-Nord qui lui est contigu, est dix fois grand comme la France.Petitot et la plupart des auteurs appellent cet explorateur de la Vérandrye.Celui-ci signait lui-même Lavérendrye en un seul mot, ainsi que je l’ai montré en reproduisant son autographe au volume I de mon Histoire de VEglise catholique dans l’Ouest canadien.C’est aussi la manière dont il écrit son nom au cours de son journal.Par ailleurs, Petitot est assez excusable de l’écrire comme il le fait, puisque c’est là l’orthographe suivie par quelques-uns des contemporains de son héros.Là où il est réellement en faute, c’est lorsqu’il donne la Louisiane comme l’objectif des explorations du grand Canadien.Cet objectif n’était autre que la “ mer de l’Ouest ”, ainsi qu’on appelait alors l’océan Pacifique.Ses supérieurs et ses contemporains en font foi.“ Il était chargé de poursuivre en personne la découverte de la mer de l’Ouest ”, écrit le gouverneur du Canada, ou de la Nouvelle-France, comme on disait alors, en annonçant la mort de l’explorateur(12).Celui-ci, du reste, le dit lui-même lorsqu’il parle de l’entreprise qu’il a “ suivie depuis 1731, pour parvenir à la découverte de la mer de l’Ouest ”(13).L’un de ses fils en dit autant dans un mémoire qu’il adressa au secrétaire d’État après la mort de son père.Parlant de lui-même, il y dit qu’il fut “ détaché par M.de Beauharnois (12) Dans Pierre Margry, Exploration des affluents du Mississipi et découverte des montagnes Rocheuses, p.620 ; Paris, s.d.(13) Ibid., p.583. L’abbé Ëmile Petitot 325 pour aller avec son père faire des découvertes dans l’Ouest (14).C’est ce qui explique pourquoi de Lavérendrye suivit constamment cette direction dans ses explorations et la chaîne d’établissements qu’il fonda, et ne se préoccupa jamais de “ relier le Canada à la Louisiane Son premier aumônier ne fut point non plus “ le jésuite Messager C’était le P.Mesaiger, ainsi qu’on peut le voir par sa signature reproduite en fac-similé dans son livre précité.De Lavérendrye l’appelle généralement Mes-saiger, mais jamais Messager.D’après Petitot, le chevalier de Lévérendrye aurait construit en 1734 “ le fort de Pierre, sur la rivière Rouge, au lieu où il est encore ”.Le fort de Pierre fut élevé par la compagnie de la baie d’Hudson en 1831-39, à un endroit où il n’y avait jamais eu de poste de traite.Quant au fort Rouge, il fut bâti, non pas en 1734-36, mais dans l’automne de 1738.Son fondateur ne fut pas non plus le chevalier de Lavérendrye mais les Indiens d’abord, puis un M.de Louvière, sous les ordres de Lavérendrye père.La première de ces deux assertions se base sur une lettre de Charles de Beauharnois, gouverneur du Canada au ministre des Colonies à Paris.A la date du 1er octobre 1738, ce fonctionnaire écrit que, pour hâter l’établissement des Français à un point plus central que le fort Maurepas, ies Indiens “ avoient fait un grand fort à la grande fourche des Assiniboiles pour y retirer les François ”.D’un autre côté, l’édifice dû à l’initiative aborigène ne paraît pas avoir été remarquable par son excellence architecturale ; car de Lavérendrye dit formellement, dans son journal pour les années 1738-39, que, d’après M.de la Marque, celui-ci a amené à la “ Fourche ” M.de Louvière avec deux canots pour y bâtir un fort qui subviendrait aux besoins des sauvages de la rivière Rouge, ajoutant qu’il y consentait pourvu que ceux-ci en fussent avertis.(14) Ibid., p.628. 326 Le Canada français En regard de la date 1736, l’abbé Petitot a ce qui suit : “ M.de la Jemmeraie, gendre de M.de Varennes, meurt de faim au fort Maurepas ; le plus jeune fils de M.de Varennes est massacré sur une île du lac des Bois, par les Sioux, avec le jésuite Arnault et vingt autres Français Notons d’abord que par M.de Varennes notre chroniqueur entend ici M.de Lavérendrye, père, dont le nom au complet était Pierre Gaultier de Varennes de Lavérendrye.Or le court passage que nous venons de transcrire ne contient pas moins de cinq erreurs historiques.D’abord,Christophe Dufrost de la Jemmeraye n’était point le gendre, mais le neveu de de Lavérendrye, et le frère de la fondatrice des Sœurs grises qui devaient, un peu plus d’un siècle après, s’établir au milieu des sauvages que de la Jemmeraye visitait.“ Je trouvay e moyen de trouver quelqu’un, parmi le nombre de mes engagés, pour aller avec mon neveu la Jemmeraye.établir le poste du lac de la Pluye ”, écrit de Lavérendrye dans l’un de ses mémoires au gouvernement de Louis XV(15).Ensuite, ce neveu étant le commandant du fort Maurepas, devait être au moins aussi bien nourri que ses employés.Par conséquent, on ne voit pas trop comment il serait mort de faim alors que ceux-ci faisaient avec succès face à la famine qui régnait pourtant un peu partout.En troisième lieu, le fiis de Lavérendrye qui fut massacré sur une île du lac des Bois n’était point “ son plus jeune fils ”, mais l’aîné de ses enfants, le chevalier Jean-Baptiste.Il ne périt point non plus avec “ le jésuite Arnault et vingt autres Français ”.Indépendamment du premier, il n’avait que dix-neuf compagnons, et ce Jésuite était le P.Aulneau de la Touche, dont j’ai reproduit en fac-similé une lettre signée(16).(15) V.mon Histoire de l’Eglise catholique dans l’Ouest canadien, édition définitive, vol.I, p.35.(16) ibid ; ibid ; p.52. L’abbé Émile Petitot 327 Le nom de ce missionnaire a été écrit de bien des manières.Petitot le donne ailleurs(17) comme Arneau, et cite en faveur de cette orthographe un vieux document qu’il dit exister à la factorerie de York, sur la baie d’Hudson, et qui porte le nom d’Arneau gravé sur sa couverture.Là, dit-il, se voit un bréviaire imprimé à Rouen en 1701, qui a aussi le nom Arneau écrit sur sa première feuille, et, au-dessous, des références à Rouen 1705 et à Paris 1698, plus des bouts de phrases comme : “ sur la côte septentrionale du lac Supérieur 1729.Tous les sauvages m’aiment et ont beaucoup de confiance en moi.l’hyver 1728 très long et des plus rigoureux.P.F.Arneau, Rouen ”.Or si nous considérons que le P.Aulneau qui fut massacré ' avec le fils aîné de Lavérendrye ne quitta la Vendée pour le Canada qu’en 1734, il deviendra évident que le missionnaire mentionné par le bréviaire de York est un autre personnage.Remarquons en passant que le lac Winnipegous de l’abbé Petitot est communément appelé Winnipegosis, ou “ petit lac Winnipeg ”.Selon cet auteur, les deux fils de Lavérendrye qui découvrirent les montagnes Rocheuses étaient, au terme de leur voyage, accompagnés d’indiens de la rivière des Arcs.Nous avons là, apparemment, un écho inconscient des affirmations des rares écrivains qui, avec mon ami le juge L.-A.Prud’homme, ont voulu voir dans le point terminal de cette mémorable expédition le site de la ville actuelle de Calgary, sur la rivière des Arcs, ou, tout au moins, la base des montagnes Rocheuses juste à l’ouest de cette ville.Or il n’y a pas l’ombre d’un doute que ces auteurs se trompent, et que le point atteint par les deux frères était plusieurs degrés plus au sud, dans les États-Unis au lieu du Canada.Il suffit, pour s’en assurer, d’étudier leur journal, qui nous les montre se dirigeant constamment vers le sud-ouest* ou au moins vers l’ouest-sud-ouest, et non pas vers l’ouest (17) En route pour la mer Glaciale, pp.192-93 ; Paris, 1877. 328 Le Canada français seulement, comme ils auraient dû le faire s’ils avaient jamais vu la rivière de Arcs canadienne — la Bow River des Anglais.Ensuite, contrairement à ce que suppose la noté de Petitot et à ce que la plupart des historiographes semble en penser, le chevalier de Lavérendrye (celui des enfants Lavérendrye qui avait pris ce titre après la mort de son frère aîné) ne mentionne pas une seule fois la rivière des Arcs, bien qu’il parle très fréquemment des Gens de l’Arc et du chef de l’Arc, ce qui est bien différent.Comme son voyage, tout en n’aboutissant point à l’océan Pacifique qu’il cherchait avec son frère, n’en fut pas moins d’une très grande importance pour la géographie, l’ethnologie et l’histoire, il me sera permis d’attirer l’attention du lecteur sur son itinéraire.Le point de départ des deux frères était le fort La Reine, aujourd’hui le Portage-la-Prairie, sur l’Assiniboine.Us se rendirent d’abord chez les Mandanes, Indiens de race supérieure que leur père avait été le premier blanc à visiter (1738-39), et dont les villages se trouvaient à 175 milles au sud-ouest du point initial de son voyage.Puis ils cheminèrent vingt jours dans la direction de l’ouest-sud-ouest, traversant un immense désert où ils De trouvèrent personne, “ mais bien des bestes sauvages ”.Après avoir campé plusieurs jours, ils aperçurent dans le lointain de la fumée, au sud-sud-ouest.C’était l’indice d’un village de “Beaux-Hommes ”, nation indigène qu’on croit généralement avoir été les indiens Corbeaux.Accompagnés de sauvages, les deux frères prirent immédiatement cette direction, et atteignirent bientôt ce village, où ils restèrent vingt et un jours.De là, ils se dirigèrent encore vers le sud-sud-ouest pendant six jours, puis dévièrent vers le sud-ouest, et même le vrai sud, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à un village de Gens des Chevaux, dont les habitants venaient d’être presque annihilés par les Gens des Serpents, peuplade qui, dit l’aîné des deux frères, passe pour très brave, et qui, en 1741, avait entièrement défait la population de dix-sept villages, tuant tous les hommes et les femmes âgées qu’ils y trouvèrent, et L’abbé Émile Petitot 329 réduisant en esclavage les jeunes femmes que ces sauvages guerriers avaient “ trafiquées à la mer pour des chevaux et quelques marchandises Suivis des habitants d’un village des Gens des Chevaux, les deux de Lavérendrye voyagèrent pendant trois jours dans une direction sud-ouest, ce qui les mena au village du grand chef de l’Arc, dont les gens “ chantoient la guerre ” qu’ils se proposaient de faire “ du côté des grandes montagnes qui sont proches de la mer, pour y chercher les Gens des Serpents Ils continuèrent leur route tantôt sud-sud-ouest, quelquefois nord-ouest, s’adjoignant les habitants des villages qu’ils rencontraient jusqu’à ce que le nombre des futurs combattants dépassât le chiffre de deux mille, lesquels se faisaient accompagner de leurs familles.Le 1er janvier 1743, ils étaient en vue des montagnes Rocheuses, au pied desquelles ils arrivaient douze jours après.Là, des éclaireurs de leur armée ayant rapporté que les habitants du gros village des Gens des Serpents venaient de s’enfuir en masse, avertis qu’ils étaient apparemment de 1 approche des Gens de l’Arc, ceux-ci furent atteints d une frayeur subite, basée sur la supposition que leurs ennemis séculaires étaient en réalité allés détruire leur propres villages.Ils se débandèrent donc immédiatement» retournèrent en toute hâte à leurs foyers respectifs, et les deux frères Lavérendrye durent rebrousser chemin.Au point de vue ethnographique, deux choses manquent pour nous donner une idée bien certaine de l’itinéraire des deux explorateurs et obvier a toute difficulté d’interprétation : 1 identité absolue des tribus qu’ils nomment dans leur journal, et la sédentarité de ces mêmes tribus, dont l’habitat a plus ou moins varié dans les dernières 175 années.J’ai déjà donné un essai d’identification en ce qui concerne leurs “ Beaux-Hommes ” ; on s’accorde aujourd’hui à regarder les Gens •des Chevaux comme les Cheyennes, tandis que les Gens des 330 Le Canada français Serpents ne peuvent guère être autres que les Shoshones, ou les Snake Indians des Américains.Mais, outre ces points ethnologiques dont on pourrait peut-être contester les solutions, il y a dans le journal des explorateurs, les mentions très précises et très fréquentes des points cardinaux vers lesquels ils tendaient, Il suffit de les récapituler pour arriver à un résultat à peu près certain.Le Portage-la-Prairie, où ils commencèrent leur expédition, se trouve approximativement par le 50e degré de latitude nord, et Calgary, dont la région aurait été le terme de leur voyage d’après le juge Prud’homme et, ce semble, Petitot lui-même, est situé un degré plus au nord.Or pour s’y rendre, en adoptant l’interprétation de ces deux auteurs,, il leur fallut d’abord aller chez les Mandanes, environ 175 milles au sud-ouest, puis voyager vingt jours à l’ouest-sud-ouest (encore le sud), marcher six ou sept jours dans la direction du sud-sud-ouest (encore plus au sud), après quoi ils se tournèrent du côté du sud-ouest, vers lequel ils tendirent trois jours durant.Et tout cela pour aboutir un degré plus au nord que leur point de départ ! Pareille supposition ne tient pas debout, et ne peut s’expliquer que par un manque d’étude absolu des documents originaux.Les deux de Lavérendrye durent rebrousser chemin à un point qui est vraisemblablement dans le coin sud-ouest de ce qui est aujourd’hui connu comme le Montana.Cette assertion, que j’ai publiquement émise il y a plusieurs années, s’accorde assez, je crois, avec 1 opinion des auteurs bien renseignés.Une circonstance qui paraît la confirmer consiste en ce que, au cours de la présente année 1913, on a découvert, tout près de la capitale du Dakota méridional, une plaque de plomb commémorative du voyage des deux Français, qu ils enterrèrent en témoignage de leur prise de possession du pays au L’abbé Émile Petitot 331 nom du roi de France(18).Or cette prise de possession fut effectuée alors que les explorateurs étaient en chemin pour retourner au fort la Reine — le Portage-la-Prairie d’aujourd’hui.Il serait difficile d’exagérer l’importance pour la géographie de cette mémorable expédition.Outre le fait qu’elle mena les deux Lavérendrye jusqu’au pied des montagnes Rocheuses, elle servit à donner de la largeur du continent américain une idée plus adéquate que celle qui avait précédemment eu cours dans les cercles qu’on aurait pu croire bien informés.On se l’imaginait au moins trois ou quatre cents lieues plus étroit qu’il n’est en réalité, et l’on ne peut lire sans sourire les rapports que de Lavérendrye père envoyait à ses supérieurs au commencement de sa carrière d’explorateur, d’après les renseignements qu’il tenait d’indiens peu soucieux de la vérité, ou que trompaient des congénères aussi ignorants qu’eux-mêmes.Ainsi l’ouvrage déjà mentionné d’Henry Ellis, A Voyage to Hudson’s Bay, contient une “ nouvelle carte ” publiée en 1748, alors que les Anglais n’avaient apparemment pu encore profiter des découvertes des Lavérendrye, laquelle met le lac Winnipeg pas moins de douze degrés et demi trop à l’ouest, et lui assigne une position médiane entre le lac Huron et les côtes de la Californie ! Cette carte ne semble même pas soupçonner l’existence des vastes prairies de l’Ouest canadien, ou du moins elle ne leur consacre à peu près aucun espace.D’un autre côté, la mention de la “ nation des Beaux-Hommes ”, dont elle place l’habitat vers le 49e degré de latitude, bien qu’au nord(!) du grand lac “ Ouinipique ”, donnerait à penser qu’un faible écho des découvertes françaises était alors parvenu en Angleterre.(18) “ Je posai sur une éminence, près du fort, une plaque de plomb aux armes et inscription du Roy et des pierres en pyramide pour Monsieur le Général ” (Apud Margry, op.cit., p.609). 332 Le Canada français J’ai mentionné la Californie.On ne parlait alors que d’établissements espagnols, et l’une des illusions du temps consistait en ce qu’on les croyait considérablement plus au nord qu’ils n’étaient réellement.L’écrivain dont les données chronologico-géographiques ont occasionné la présente étude semble s’être fait ailleurs l’écho inconscient de ces illusions.Dans son livre En route pour la mer Glaciale, publié à Paris en 1887, tout en se laissant aller à quelques interprétations assez fantaisistes, il donne du terme du voyage Lavérendrye une idée plus juste.Mais pourquoi faut-il que, même dans cet ouvrage qui trahit une certaine conniassance du journal des deux explorateurs, il se soit laissé aller à une inexactitude comme celle dont il se rend coupable lorsqu’il écrit qu’ils “ passèrent près de deux forts espagnols ”(19) ?Leur journal assure pourtant qu’ils ne virent “ aucune apparence de se faire mener chez les Espagnols ”(20), et qu un sauvage qui avait été baptisé chez ces derniers, et en parlait la langue, leur dit formellement “ qu’il faudroit au moins vingt jours pour s’y rendre à cheval ”.Par son assertion, l’abbé Petitot a évidemment fait sienne une exagération intéressée du second chevalier de Lavérendrye, qui prétend, dans un mémoire destiné au ministre et secrétaire d’État du déoartement de la Marine ”, qu’il avait poussé ses découvertes “ jusqu’auprès de deux forts espagnols ”(21).“ Auprès ”, c’est une affaire de plus ou de moins : vingt jours de marche représentent une distance relativement petite comparée à une de cent.Dans ce mémoire écrit d’ailleurs au moins cinq ou six ans après coup, dans le but d’obtenir une grande faveur, de Lavérendrye fils se donne, en outre, comme ayant accompli ce voyage “ seul avec deux Français ”, tandis que dans son journal il admet y avoir été accompagné d’un “ de ses frères et de deux François envoyés par son père ”(22).(19) Op.cit., p.179.(20) Apud Margry, op.cit., p.608.(21) Ibid., p.629.(22) Ibid., p.598. L’abbé Émile Petitot 333 Un critique méticuleux pourrait aussi trouver matière à correction dans l’assertion de Petitot que ces deux explorateurs passèrent l’été de 1742 “ aux pieds des montagnes Rocheuses Nous avons vu, en effet, qu’ils n’y arrivèrent que le 12 janvier de l’année suivante.Le même auteur déclare ensuite qu’en 1744 le chevalier de Lavérendrye fonda sur la rivière Poskoya “ le village et la mission du Pas C’est là encore la reproduction d’une erreur à laquelle il avait donné droit de cité dans son livre de voyages susmentionné.Il y dit, en effet, que, sous lé régime français, “ les pères de la compagnie de Jésus avaient établi une mission au fort du Pas.Après le traité de Paris, en 1763, ils évacuèrent leur établissement et se retirèrent à la suite des Français, en ayant soin d’enfouir sous terre le matériel du culte renfermé dans des coffres ”(23).Cette histoire est apocryphe.Nous n’avons absolument aucune preuve que les premiers Jésuites se soient établis dans l’Ouest ailleurs qu’aux forts Saint-Charles, sur le lac des Bois, et la Reine, sur l’Assiniboine.Nous sommes même en position d’affirmer que, non seulement ils ne se fixèrent point dans d’autres localités, mais qu’ils ne sortirent de ces deux postes que pour retourner dans l’est du Canada, ce qu’ils firent avant la cession de tout le pays à l’Angleterre.Inutile d’ajouter que l’origine du village du Pas, qui se prétend ville aujourd’hui, date de longtemps après le régime français.Dans le même paragraphe de sa chronologie historico-géographique, l’abbé Petitot mentionne une autre mission jésuite, qui aurait existé à côté du fort la Corne.La remarque ci-dessus dispose de cette nouvelle assertion.En regard de la date 1751, notre auteur bombarde baron le M.de Ninerville qui fit construire le fort la Jonquière, probablement dans la région où se trouve aujourd’hui Calgary.Or le supérieur immédiat de ce gentilhomme l’appelle for- (23) En route your la mer Glaciale, p.240. 334 Le Canada français mellement “M.Je chevalier de Ninerville”.pages 640, 641 et 650 de son journal, tel que reproduit par Pierre Margry dans le sixième volume de sa précieuse compilation, et tout le monde lui a depuis donné ce titre.Quant au nom d’Acton House, que Petitot dit avoir été porté par le fort la Jonquière sous le régime anglais, j’avoue ne pas savoir où il l’a pris.J’ai toujours cru, et crois encore, que cet établissement, abandonné aussitôt qu’élevé, tomba bientôt en ruines, et ne fut reconstitué qu’à une époque très rapproché de nous, alors que son restaurateur inconscient ou plutôt son nouveau fondateur, si l’on peut ainsi parler — puisque celui-ci ignorait très probablement jusqu’à son existence dans un passé lointain — mi donna son propre nom en l’appelant fort Brisebois, vocable changé depuis en Calgary.Le fort la Reine, bien que constamment habité, tombait déjà en ruines en 1748, c’est-à-dire dix ans seulement après son établissement ; à plus forte raison devait-il en être de même, douze ans et plus, après leur construction, des bâtisses d’un poste qui ne fut jamais occupé, ni entretenu (24).A la date 1752, Petitot écrit : “ Le chevalier de la Corne prend le gouvernement de toutes les expéditions et de toutes les affaires des contrées récemment découvertes par les Varennes de la Vérandrye, qui sont remerciés et éliminés ”.Toute juste qu’elle puisse être en elle-même, cette remarque semble, dans les circonstances, donner à entendre que ce gentilhomme succéda immédiatement aux de Lavérendrye dans l’exploration et le gouvernement de l’Ouest, et que ce fut aous lui qu’ils en furent éloignés.La vérité en est que le père de cette vaillante fami'le eut pour successeur immédiat, en 1744, le lieutenant Nicolas Fleurimont de Noyé les, qui (24) Depuis que ce qui précède a été écrit, j’ai trouvé Acton House sur une ancienne carte.Ce nom n’était ni plus ni moins qu’une variante pour Rocky Mountain House, ou fort des Montagnes Rocheuses ! Or ce poste se trouvait bien au nord du site du fort la Jonquière, sur un cours d’eau différent. L’abbé Émile Petitot 335 fut lui-même remplacé dans cette charge, cinq ans plus tard, par Jacques Bepentigny Legardeur de Saint-Pierre.C’est ce bouillant soldat, et non le chevalier Louis Saint-Luc de la Corne, qui rejeta formellement les offres de service des fils de Lavérendrye — leur père était mort le 5 décembre 1749.Ensuite, c’est dans l’automne de 1753, et non enl752, que de la Corne succéda à de Saint Pierre.Il fut le dernier gouverneur de l’Ouest français, si l’on peut qualifier ainsi celui qui devait diriger les forts établis dans ce pays, et continuer les explorations commencées par ies de Lavérendrye.Petitot mentionne avec raison sous les dates 1769-72 le mémorable voyage de découverte de l’Ang'ais Samuel Hearne.Commencé par trois fois, ce voyage accusait chez celui qui le mena à bonne fin une persévérance peu commune, et et d’autant plus méritoire que cet explorateur était par nature d’une timidité fort gênante avec ies Indiens, sur lesquels il n’avait, du reste, absolument aucun empire.Notre auteur le fait aller à la rivière du Cuivre (la Coppermine des Anglais) “ après avoir découvert et exploré le nord-est du lac des Montagnes (Athabasca aujourd’hui) et le sud-est du Grand lac des Esc’aves ”.Disons de suite que Hearne découvrit ce cours d’eau non pas après, mais avant d’avoir vu la grande pièce d’eau qu’il appelle Athapuscow, En second lieu, il est certain qu’il ne vit que l’un de ces deux bassins lacustres.Mais lequel découvrit-il ?Voilà un problè me qui paraît on ne peut plus facile à résoudre à quiconque lit son journal ; et pourtant jusqu’à une époque très rapprochée de nous la plupart des géographes s’y sont mépris.Le lac Athabaska, avec les Grands lacs des Esclaves et des Ours, est une petite mer intérieure, et ces deux derniers constituent les plus grandes pièces d’eau douce du Canada — les lacs Supérieure, Michigan et autres du même groupe appar tiennent aussi bien aux États-Unis qu’à ce pays.Le lac Athabaska mesure 230 milles de long sur une largeur de 336 Le Canada français 14 à 30.Bien plus considérable encore est le Grand lac des Esclaves, qui n’a pas moins de 336 milles du nord-est au sud-ouest, et 50 dans sa plus grande largeur du nord au sud.Le Grand lac des Ours, plus compact, p'us ramassé, est, pour ainsi dire, composé d’immenses baies qui lui font affecter une forme plus ou moins quadrilatéra e.D’après Sir John Richardson, il atteint 150 milles géographiques du nord-est au sud-ouest, et 120 du nord-nord-ouest au sud-sud-est.Étant donné l’importance de ces trois bassins, quelques mots sur la question de savoir lequel fut découvert par Hearne ne seront pas superflus.Cet explorateur ne saurait apparemment être plus explicite sur ce point.Il écrit formellement : “ Après avoir quitté les lacs susmentionnés, nous nous dirigeâmes plus au sud, et le 24 (décembre 1771) atteignîmes la côte septentrionale du grand lac Athapuscow ”(25).Il va sans dire que, sous la plume du voyageur anglais, ce dernier nom est synonyme d’Athabaska, qui s’écrivait encore, il y a à peine quarante ans, Athabascaw, ou Athapaskow.A 'a page 111 de son livre Hearne l’écrit même sans w final.Voilà qui est bien clair, apparemment.D’autres circonstances semblent encore corroborer son assertion.D’abord, le temps qu’il prit pour se rendre de la mer Glaciale à ce lac — 160 jours bien comptés -—¦ était plus que suffisant pour l'atteindre, malgré les haltes nombreuses qu’il dut faire en chemin.Ensuite, il avait pour guide et confident un Indien mi-déné, mi cris, qui ne pouvait se tromper sur l’identité de la pièce d’eau découverte ; je veux parler du grand Mattonabi, auquel son journal a assuré une espèce d’immortalité.(25) A Journey to the Northern Ocean, p.223.A.-G.Morice, o.m.i.(à suivre)
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