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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique philosophique
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Références

Le Canada-français /, 1923-02, Collections de BAnQ.

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CHRONIQUE PHILOSOPHIQUE 1.R.P.É douard Hugon, O.P., Les vingt-quatre thèses thomistes, in-12, 308 p., Paris, Téqui, 1922.— 2.Jacques Maritain, Eléments de Philosophie,(I), Introduction générale à la philosophie, in-12, 214 p., Paris, Téqui, 1920.— 3.Jacques Maritain, De la Métaphysique des physiciens (à propos d’Einstein).La Revue universelle, 15 août 1922.— 4.P.M.Périer, Les théories d’Einstein et leur répercussion philosophique.Revue apologétique, 15 octobre 1922.— 5.Léon Daudet, Le Stupide XIXe siècle, in-12, 312 p., Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1922.1.—Il y a eu quarante-trois ans le 4 août 1922 que Léon XIII a publié son immortelle Encyclique Æterni Patris.Les anciens nous disent encore toute la surprise du monde catholique à l’apparition de cet important document par lequel le grand pontife voulait remettre en honneur la méthode et les enseignements du Docteur angélique.Ce rêve, le successeur de Pie IX, l’avait partiellement accompli dans son grand Séminaire, étant archevêque de Pérouse.Mais une fois monté sur le trône de Pierre, un de ses premiers actes fut d’imposer à toute l’Église le retour aux doctrines thomistes.Nous disons imposer, car il est évident que Léon XIII avait trop à cœur ce projet et il savait trop par expérience à quelles tristes conséquences avait conduit l’abandon presque complet de l’Ange de l’École dans les Séminaires et les Universités, pour se contenter d’un simple désir, sans doute énergiquement exprimé, mais qui n’allait pas plus loin.C’était donc un ordre formel de la part du pape.Malheureusement, tous ne le comprirent pas ainsi.Et la parole de l’auguste pontife n’eut pas dans tous les milieux catholiques l’accueil sympathique et surtout pratique qu’elle Chbonique Philosophique 51 était en plein droit d’attendre.Des positions acquises, des préjugés d'écoles, tout un ensemble de circonstances dont le changement ou la suppression paraissait désastreux à plus d’un, voilà qui, ce semble, explique cette abstention respectueuse, tant que l’on voudra, tout de même, étrange ! Avec les années, cependant, l’œuvre de la restauration thomiste fit son chemin.Et espérons que lors du cinquantenaire de la publication de la célèbre encyclique,— le 4 août 1929, — saint Thomas d’Aquin aura réintégré sa place dans toutes les Écoles.Ce j’our-là Léon XIII, dans le séjour des bienheureux, pourra se gaudir à nouveau.Et sans doute le Père céleste de lui rappeler aussi, pour lui dire son contentement, cette réforme, peut-être la plus grande de son très glorieux pontificat.Pie X saisitparfaitement la haute pensée de son prédécesseur.Et à peine à la tête de la chrétienté qu’un de ses tout premiers actes fut de confirmer les prescriptions de Léon XIII au sujet de l’enseignement de la philosophie et de la théologie.Peu de temps avant sa mort, il revenait à la charge.En effet, par un Motu Proprio en date du 29 juin 1914, il exigeait encore une fois que, dans les écoles de philosophie, l’on enseignât avec soin les principes et les grands points de la doctrine de saint Thomas, Pnncipia pronuntiata majora et que la Somme Théologique fût le livre de texte.C’est alors que des maîtres de divers Instituts proposèrent à la Sacrée Congrégation des Etudes vingt-quatre thèses comme exprimant avec exactitude, surtout en ce qui regarde la métaphysique, les principia et les pronuntiata majora recommandés par le Motu Proprio.La Sacrée Congrégation, après les avoir soumises au Saint Père, répondit, par ordre de Sa Sainteté, qu’en réalité ces thèses étaient bien conformes aux points les plus importants de la doctrine du saint Docteur.Au mois de février 1916, après deux réunions plénières, la même Congrégation décida que la Somme Théologique doit être le livre du texte pour la partie scolastique et que les vingt-quatre thèses doivent être proposées comme des règles de direction entière- 52 Le Canada français ment sûres, proponantur veluli tutœ normae diieclivae.Benoît XV confirma cette décision de sasuprême autorité le 25 février 1916, laquelle fut rendue publique, le jour de la fête de saint Thomas, le 7 mars de la même année.Or, en 1917, Benoît XV approuve et promulgue le Code de droit canonique.Et au numéro 1366, paragraphe 2, il est dit en toutes lettres que les études de la philosophie rationelle et de la théologie ainsi que la formation des élèves dans ces sciences doivent se faire en tous points selon la méthode, la dochine et les principes du Docteur Angélique.Et puisque le Code contient, non de simples conseils, mais des lois, il s’ensuit donc que les Séminaires et lïs Universités sonl tenus par une loi de suivre les directions du Saint-Siège.Le pape savait parfaitement que les vingt-quatre thèses admises comme réflétant bien les principaux points de la doctrine thomiste pouvaient prêter encore à dispute.Aussi, pour mettre fin à toutes discussions toujours possibles, il demanda, au cours d’une audience particulière, à l’un des maîtres les plus incontestés de l’enseignement philosophique, le T.R.Père Hugon, des Frères Prêcheurs, de commenter ces thèses pour en faire ressortir et resplendir toute la vérité objective.Et le Saint Père, à la même audience, d’ajouter que tout en n’entendant pas les imposer à Y assentiment intérieur, il voulait qu’elles fussent proposées comme la doctrine préférée de l’Eglise.Pie XI l’a fortement encouragé à entreprendre ce travail.C’est pour répondre aux désirs de ces deux papes que le distingué professeur de l’Angélique publie ce commentaire.Disons tout de suite que le célèbre dominicain a été fidèle à la consigne de Benoît XV.Car son livre est marqué au coin de la plus stricte objectivité.D’ailleurs, il le déclare dans sa préface, son but a été “ de donner à chacune de ces thèses un commentaire bref et substantiel, qui évite toute polémique et tend uniquement à exposer la doctrine avec sérénité, clarté et précision. Chronique Philosophique 53 “ L’ensemble de ces propositions, continue-t-il, constitue un véritable abrégé de toute la philosophie : on part des sommets de l’ontologie pour descendre ensuite aux problèmes de la philosophie naturelle, et, après avoir condensé la doctrine psychologique, on remonte à Dieu, premier Être et premier Moteur.” L’ontologie comprend sept thèses, la cosmologie, cinq.Quant aux deux autres parties, elles en contiennent douze, c’est-à-dire, neuf pour la biologie et la psychologie, et trois pour la théodicie.Il va sans dire qu’en ontologie tiennent la toute première place l’acte et la puissance.Et c’est juste, car aux notions les plus universelles et les plus fondamentales de la philosophie revient de droit la priorité.On l’a dit avec raison, l’acte et la puissance sont la clef de voûte de la philosophie scolastique.Cette théorie n’est pas de la pure invention, elle se fonde sur l’expérience et le sens commun.Peut-il y avoir base plus solide ?Et c’est pour l’avoir ignoré que la philosophie contemporaine est une philosophie ex parte, non seulement incomplète, mais fausse et dangereuse, en flagrante contradiction avec l’être, lequel existe ou peut exister.Aussi bien, dans notre enseignement, et secondaire et universitaire, on ne saurait trop insister sur l’importance de cette thèse qui, peu ou pas comprise, est la cause pour laquelle toute l’ontologie pourra paraître à plusieurs un pur jeu d’esprit, ou une invention d’esprits subtils en mal de célébrité.Et sans l’acte et la puissance comment se rendre compte de la distinction réelle entre l’essence et l’existence, entre la substance et les accidents.Ces deux dernières thèses sont la conséquence ou l’application logique de la première.On peut ramener à trois grands chefs les enseignements de saint Thomas sur les accidents : ils sont réellement distincts de la substance ; ils peuvent par miracle exister séparés de tout support ; ils ne sont pas produits par voie de création, mais dépendamment de leur sujet. 54 Le Canada français Et cette doctrine thomiste des accidents fait ressortir à sa manière la beauté et les merveilles de la création.Si l’on observe bien le monde créé qui s’étale à nos regards, on constate facilement un ensemble d’êtres actifs et passifs, une série d’actions, d’attractions et de réactions, desquelles résulte l’harmonie toujours vivante de notre globe : c’est l’ordre dynamique.Vient ensuite l’ordre téléologique ou l’ordre de la finalité.Il est constitué par cette tendance interne et admirable de chaque être individuel vers sa fin propre et par le concert universel de tous les êtres vers une fin commune à tous, qui est un hymne de louange au Créateur.Or, l’un et l’autre, écrit le Rév.Père Hugon, ont besoin des accidents pour se déployer.C’est grâce aux accidents que l’ordre dynamique s’exerce et se maintient.Si la substance est le principe de l’énergie et de l’activité, elle n’agit point par elle-même, car il faut que la puissance et l’acte soient dans le même ordre, pour s’unir, s’ajuster, s’adapter, se compléter, former un seul tout, et pareillement il faut que la faculté qui opère soit dans le genre d’accident, comme l’opération.Voilà pourquoi toute substance créée comporte des puissances ou des facultés distinctes d’elle-même, qui lui permettent de s’épanouir, d’atteindre la dignité de cause seconde et de devenir ainsi la coopératrice du Créateur.L’ordre téléologique dépend aussi des accidents.La créature n’est pas sa fin dernière, mais doit y tendre par des actes, l’acquérir et la posséder par des actes, lesquels, nous venons de le dire, restent toujours dans l’ordre accidentel.C’est pourquoi l’école de saint Thomas enseigne qu’il ne saurait exister une susbtance denuée de tout accident ; parce que, alors, elle n’aurait plus de destinée, n’ayant plus d’opération, arbre stérile qui ne pourrait donner de fruit, être mutilé qui ne pourrait aboutir à aucune fin, (pp.44-45).Mais c’est surtout aux dogmes de notre foi que cette doctrine rend des services précieux, puisque l’ordre surnaturel créé n’est qu’accidentel, c’est-à-dire, repose tout entier sur des accidents gratuits et transcendants.Il serait trop long de citer ici toutes les opinions qui ont eu cours au sujet de cette grave question, et de donner en détail l’enseignement de saint Thomas.Contentons-nous du résumé substantiel qu’en fait l’auteur. Chronique Philosophique 55 Voilà maintenant tout l’organisme du surnaturel : Par manière d’essence,l’accident infus qui est la grâce sanctifiante.Par manière de puissances surajoutées, les accidents infus qui sont les trois vertus théologales; les quatre vertus cardinales, chargées de régir et de féconder nos quatre facultés maîtresses ; les sept dons du Saint-Esprit, qui nous disposent à recevoir avec docilité la touche spéciale du divin Paraclet ; Par manière d’opération, les accidents surnaturels qui sont les fruits savoureux de l’Esprit-Saint, et les béatitudes évangéliques, terme suprême de la perfection spirituelle, (pp.55-56).Parmi les thèses de la Cosmologie de saint Thomas figure tout d’abord celle de la matière et de la forme.Question fondamentale au premier chef, et nécessairement dépendante de Y acte et de la puissance dont elle n’est que l’application, Non moins importante aussi est celle du principe d’individuation ou de la distinction numérique des individus dans la même espèce, parce que, avec l’hylémorphisme, elle est la réfutation péremptoire du panthéisme sous toutes ces formes, voire du théosophisme que l’Église vient de condamner, (pp.86-92).Enfin la psychologie et la théodicie de saint Thomas sont encore la mise en valeur des théories fondamentales de l’ontologie et de la cosmologie.La première thèse en psychologie a trait au problème de la vie.Et qui ne sait pas que les êtres vivants ont un principe, source de leurs opérations vitales, essentiellement distinct du corps, et qu’on appelle forme substantielle.Celle-ci et la matière qu’elle anime, se ramène à la matière et à la forme, et d’une manière éloignée, à l’acte et à la puissance.Aussi bien Dieu, l’acte pur, dont l’existence se démontre, cause efficiente de monde, et donc extérieure à lui, est un être réel, personnel, infini, à nous connu par les choses visibles, imparfaites, parce que composés d’acte et de puissance.C’est dire que toute la théodicie thomiste se rattache par un lien inévitable à la métaphysique générale.Tout se tient admirablement dans la synthèse thomiste.Et les vingt-quatre thèses, dont le R.Père Hugon vient de nous donner un si vivant commentaire, sont comme le résumé 56 Le Canada français substantiel de la philosophie de saint Thomas.Quiconque veut avoir la pensée véritable du grand Docteur doit faire son livre de chevet de ce nouvel ouvrage de l’éminent professeur de l’Angélique.Il est sûr d’y trouver, suivant l’expression de Benoît XV, la doctrine préférée de l’Eglise.2.— Nos lecteurs connaissent déjà M.Jacques Maritain.Ici même à deux reprises on a rendu compte de quelques-uns de ses ouvrages.Nous sommes un peu en retard pour parler de ses Eléments de Philosophie dont le premier fascicule est paru en 1920 sous le titre d’Introduction générale.Complété, ce manuel comportera deux forts volumes in-8°.L’auteur le publie en tranches dont chacune sera consacrée à une des grandes divisions de la philosophie d’après l’ordre suivant : I.Introduction Générale à la philosophie ; II.Logique (l’ordre des concepts) ; III.Philosophie de la nature (le monde corporel) ; IV.Psychologie (l’homme) ; V.Métaphysique (l’être en tant qu’être) ; VI.Morale (les actes humains).L’Art.VII.Histoire abrégée de la Philosophie.M.Maritain est un converti du bergsonisme.L’intuition pure du brillant professeur du collège de France l’avait fasciné, comme bien d’autres du reste.Mais son esprit, essentiellement avide d’absolu, de réel, finit par s’apercevoir que tout l’échafaudage de M.Bergson, finement ciselé, richement décoré, il est vrai, présentait tout de même plus d’une fissure, et s’appuyait sur un fondement peu ou prou solide.Il trouva son salut dans la philosophie scolastique, dont, depuis lors, il s’est fait le défenseur aussi intelligent qu’écouté.Aussi, de sa seule autorité, a-t-il contribué, en France spécialement, à faire mieux agréer par le monde universitaire Aristote et saint Thomas.Et qui dira le nombre des esprits, revenus au thomisme, grâce à l’apostolat vraiment philosophique du distingué professeur de l’Institut Catholique de Paris ! Cette Introduction générale à la philosophie, son nom l’indique, nous fait entrer de plein pied dans le champ si Chronique Philosophique 57 vaste de cette science.M.Maritain commence par en tracer les origines, puis nous fait assister aux différentes modifications qu’elle subit pour arriver à cette perfection qu’elle connut avec Aristote.Saint Thomas continue, commente et corrige le Stagyrite.C’est donc à la philosophie telle que sortie de ces deux grands génies que l’auteur veut nous initier, avec une méthode conforme aux exigences de notre époque.En composant ces Eléments de Philosophie, dit-il dans son Avant-Propos, nous nous sommes donné pour fin d’exposer fidèlement la doctrine d’Aristote et de saint Thomas, et de juger à sa lumière les grandes théories qui se sont succédé depuis trois siècles et les principaux problèmes agités par la philosophie moderne.Nous avons cherché d’autre part à adapter le mode de présentation des idées aux convenances de notre temps, surtout nous avons voulu suivre un ordre véritablement progressif,— autant que possible l’ordre de découverte,— ne nous appuyant jamais sur une vérité qui ne soit déjà connue et comprise, et n’introduisant une notion ou une proposition nouvelle que lorsqu’elle est amenée et préparée par les précédentes.Nous avons dû ainsi nous écarter sur plusieurs points de la manière de procéder des manuels traditionnels,— et en particulier accroître beaucoup l’importance et l’étendue de l’Introduction générale de la philosophie.Un travail de cette nature, pour être conduit honnêtement, exige certains développements, faute desquels l’enseignement auquel il prétend servir serait privé de toute valeur formatrice.Ce serait trahir la philosophie traditionnelle que de la réduire à quelques grandes thèses spiritualistes devenues banales, et à quelques lieux communs spiritualistes, en négligeant de montrer ses fines arêtes intellectuelles et de mettre en valeur sa puissance de pénétration analytique.Voilà certes qui est tout nouveau.Un volume entier de près de 350 pages pour nous introduire à l’étude de la philosophie proprement dite ! Ce faisant M.Maritain avoue marcher sur les traces du Stagyrite, puisque les trois premiers livres de la métaphysique d’Aristote ne sont pas, à vrai dire, autre chose qu’une longue introduction.Du reste, il justifie amplement sa méthode. 58 Le Canada français Mais il convient de noter, ajoute-t-il, que les erreurs de principe, les difficultés et les confusions préjudicielles qui de nos jours préoccupent les esprits au seuil même de toute discipline, exigent que Vintroduction aux diverses sciences, et tout spécialement l’introduction à la philosophie, reçoive un développement particulier.Les introductions et les prolégomènes, dont l’époque moderne a tant usé et abusé, sont d’autant plus nécessaires que les principes fondamentaux et les premiers éléments des sciences sont l’objet de plus de doutes et de méprises.En outre, dans la philosophie plus que dans toute autre science il importe que l’introduction soit une vue d’ensemble, parce que cette science est une sagesse et que la sagesse elle-même est une vue d’ensemble ; on ne peut donc en donner une idée sans mentionner les diverses parties qu’elle enveloppe dans son unité.Au point de vue pédagogique, remarquer qu’en faisant voir à deux reprises, d’abord dans l’introduction, ensuite dans le cours proprement dit,le même ensemble aperçu d’abord superficiellement, ensuite approfondi, on suit le mouvement même selon lequel l’intelligence travaille et se développe naturellement (111-112).Ce travail d’introduction, professeurs de philosophie, jamais nous ne l’omettons.Il remplit les premières heures du début de l’annce scolaire.La plus élémentaire pédagogie exige que les élèves aient cette vue d’ensemble qui est comme la clef de toutes les autres parties qui suivent.Admettons cependant que le temps nous manque pour le faire aussi long que le voudrait M.Maritain.Mais hâtons-nous de dire qu’avant chaque traité nous résumons les questions qu’il embrasse en les ramenant à une synthèse aussi complète que possible et en insistant sur ce que nous appelons les grandes lignes, ou mieux, sur les principes fondamentaux, lesquels, dit avec raison M.Maritain, “ sont l’objet de plus de doutes et de méprises.” Au surplus, nous ne suivons pas exactement la même marche.Les auteurs adoptés dans nos classes font passer la métaphysique générale ou ontologie avant la cosmologie et la psychologie.La raison est que celles-ci sont la mise en pratique de celle-là.M.Maritain place l’ontologie après la Chronique Philosophique 59 cosmologie et la psychologie.Il suit l’exemple des RR.Pères Gredt et Hugon.licite ce dernier pour appuyercette méthode.La métaphysique, écrit le P.Hugon, traite des objets les plus difficiles, et qui n’ont plus rien de matériel.Or l’ordre naturel demande que nous partions du concret et du sensible, pour nous élever ensuite à l’abstrait et à l’invisible.La philosophie naturelle doit donc précéder la métaphysique.Il est vrai que bien des notions d’ontologie sont nécessaires dans les autres parties de la philosophie, et, à cause de cela, nombre d’auteurs placent l’ontologie après la logique ; mais ces notions peuvent être indiquées brièvement au cours des divers traités, sans qu’il soit nécessaire d’avoir vu toute la métaphysique.t Cette remarque du Rév.Père Hugon que M.Maritain fait sienne ne nous convainc pas tout à fait.Les partisans de la méthode qui veut que la psychologie ait la priorité sur la logique invoquent des raisons à peu près semblables.Et pourtant,— à bon droit,— ni le Rév.Père Hugon, ni M.Maritain ne les admettent.Cependant on conseille, — parce que des notions d’ontologie sont nécessaires à l’intelligence des autres parties,— d’indiquer les définitions opportunes au cours des autres traités.Ce sera une surcharge qui créera des difficultés.Si à tout instant il faille recourir à l’ontologie pour avoir les notions dont la nécessité s’impose, n’est-il pas plus pédagogique et logique d’étudier tout ce traité auparavant ?Disons-le encore une fois, toutes les questions de la philosophie naturelle et de la psychologie supposent vus et compris les grands principes de la métaphysique générale.On invoque l’ordre naturel de l’esprit humain.A la bonne heure, on ne saurait le contester, par une pente irrésistible, nous allons du moins abstrait au plus abstrait, des choses plus connues quoad nos à celles qui sont plus intelligibles et plus claires de leur nature.Tout cela est vrai en soi.Mais dans un cours de philosophie, et surtout un cours élémentaire, il semble plus profitable de se servir de la méthode synthétique, déductive.Elle se perd moins dans les détails que réclame 60 Le Canada français l’analyse, et partant, offre moins d’embarras pour l’esprit des élèves.Et l’ontologie avant la cosmologie et la psychologie jouit de ces avantages.Sans doute, ces notions métaphysiques données avant la philosophie naturelle pourraient faire croire de prime abord que l’ontologie se construit a 'priori, mais il est facile aux professeurs de démontrer qu’il n’en est pas ainsi, et que du reste, en cosmologie eten psychologie, qui supposent ces notions abstraites,on voit clairement que celles-ci sont le fruit de l’expérience, qu’elles s’appuient surlaréalitéobjective.C’est une question de méthode qui n’infirme en rien la haute valeur de ce premier fascicule.L’auteur s’y montre comme toujours thomiste renseigné, au courant des moindres particularités des œuvres d’Aristote et de saint Thomas.A travers toutes les pages passe un souffle de sincérité.On sent cette volonté de vouloir montrer comment l’aristotelisme et le thomisme, confrontés aux grands problèmes du jour, peuvent fournir les principes fondamentaux qui conduiront à leur solution.Ce volume se termine par un appendice qui contient des indications pratiques concernant l’usage de ce manuel, la dissertation et les lectures appropriées.Ouvrage de tous points remarquable, il nous fait ardemment désirer la publication de ceux qui doivent suivre.3.— Je vais en Bourdaloue, avait coutume de dire Madame de Sévigné lorsqu’elle allait entendre les sermons du célèbre Jésuite.Plusieurs aujourd’hui vont en.Einstein ! Car il est de mode de parler à bouche que veux-tu du célèbre physicien.Si La Fontaine revenait au monde, il lirait certainement ses ouvrages.Et, comme autrefois, sans doute, à tout ver nant il demanderait : avez-vous lu.non pas Habacuc, mais Einstein ?Que nos lecteurs soient tranquilles, nous sommes trop profane pour oser les entretenir des théories physiques ou mathématiques du savant allemand.De plus qualifiés l’ont Chronique Philosophique 61 déjà fait et le feront encore dans cette revue.Notre humble rôle de chroniqueur de philosophie se résume à rapporter ce que d’autres, très autorisés, pensent de la répercussion que peut avoir le relativisme d’Einstein en métaphysique On s’est inquiété en certains milieux des avancés étranges, de prime abord, de l’auteur de la Théorie de la relativité restreinte et généralisée.Et du coup on a trop hâtivement conclu que les notions d’espace et de temps, telles que formulées par la philosophie d’Aristote et de saint Thomas, n’avaient plus de sens.L’espace et le temps, s’est-on écrié, sont des notions toutes relatives, ils sont ce que nous les faisons.Plus d’objectivité, c’est le subjectivisme qui triomphe.Certes, au train où allaient les choses, la manière dont ici et là on traduisait et commentait les ouvrages d’Einstein, et disons-le en toute franchise, le préjugé contre la scolastique entrant en scène, il y avait fondement à quelque crainte.Les théories d’Einstein ont-elles une portée philosophique ?Se confinent-elles à la physique pure sans autre préoccupation ?Nous avons sous les yeux un article signé par M.Jacques Maritain, intitulé: Delà métaphysique des physiciens et paru dans la Revue universelle du 15 août dernier.Cette lecture est consolante et nous démontre à nouveau ce que son auteur ne cesse de dire et d’écrire, à savoir que la philosophie aristotélicienne et thomiste, dans ses principes fondamentaux, ne craint pas d’être comparée aux théories scientifiques les plus modernes.Celles-ci, et c’est le cas pour Einstein, font plutôt montre d’une grande pauvreté métaphysique.Elles n’abritent la plupart du temps “beaucoup plus de postulats et de préjugés métaphysiques” que de vérités.Du reste, il en a donné une preuve évidente au collège de France, le célèbre physicien allemand, lequel a une manière de penser qui, au dire de M.Maritain, “ est entièrement dominée, sinon par le système kantien, du mois par les principes spirituels et les grandes préoccupations de l’idéalisme transcendental ”.Et, naturellement pour Einstein, “ les événements ne sont que des cons- 62 Le Canada français tructions mentales”, le réel n’est pas une objectivité qui s’impose à notre perception, mais plutôt un phénomène, une appa-fence, créée de toutes pièces par nos facultés pensantes.Ecoutons plutôt M.Maritain : Selon un procédé qui a fait la gloire de Socrate,— et que les sophistes n’ont pas laissé non plus d’employer,— Einstein, devant tout signe proposé dans le discours et devant toute notion, même et surtout la plus claire en apparence, demande : Qu’est-ce que ça veut dire ?Qu’est-ce que ça veut dire pour moi physicien ?Excellent moyen de purification logique, mais qui veut être mis en œuvre par le sage le plus averti et le plus fidèle aux intuitions naturelles de l’intelligence, sous peine de ne procurer à l’entendement qu’un simple jeu d’illusions.— Ça ne veut dire quelque chose pour moi physicien, que si ça signifie une mesure physique qu’un homme pourrait prendre avec ses sens et des instruments dans telles ou telles conditions, d’ailleurs aussi fantastique qu’on le voudra, du moment qu’elles sont imaginables, voilà le principe fondamental, le roc philosophique, le saint des saints de la méthode einsteinienne.Si le physicien est parfaitement fondé à dire : aucun concept n’est utilisable pour moi que si j’ai le moyen de le vérifier par une mesure expérimentale, la raison lui interdit absolument de dire : aucun concept n’a de signification en lui-même que si j ai le moyen de le vérifier par une mesure expérimentale, l’idée d’égalité quantitative, par exemple, ne signifie rien tant que je ne sais pas vérifier par des mesures expérimentales si deux grandeurs sont égales.Comme si, lorsque nous nous mettons en quête de vérifier expérimentalement si deux grandeurs sont ou ne sont pas égales, nous ne savions pas d’abord, et par une autre voie, ce que c’est qu’égalité.C’est une faute si patente, aux yeux d’un philosophe.de confondre la signification d’un concept, ou la nature présentée à l’esprit par lui, avec l’usage qui peut être fait de ce concept en telle ou telle discipline spéciale, et plus particulièrement de confondre une chose (objet de concept) avec la mesure que nous en prenons par nos sens et nos instruments, qu’on hésite à imputer à qui que ce soit pareille méprise.Tout concourt à montrer cependant qu’Einstein commet cette faute.Et, certes, il n’est pas seul à la commettre.C’est le péché commun de ses frères les physiciens, comme des mathématiciens philosophant sur la nature. Chronique Philosophique 63 Et Einstein suit cette méthode dans la définition qu’il donne de la simultanéité dont il prétend établir la relativité.Comme pour Vespace et le temps, la simultanéité n’est que par la mesure qu’il en prend.Il serait trop long de suivre l’auteur dans toutes ses explications.Ajoutons seulement avec M.Maritain : Il serait ridicule de refuser son admiration à l’œuvre d’Einstein.Qu’elle doive durer plus ou moins que l’œuvre de Newton, qu’elle doive céder la place dans deux siècles ou dans vingt ans, en tout cas elle apparaît vraiment, par l’ampleur et la fermeté de la synthèse comme par la puissance logique de la cohérence interne, comme une œuvre de génie.Mais si l’on y voit une philosophie de la nature, si on demande au système des signes qu’elle compose de nous donner, tels quels, la réalité physique, — et c’est bien ce que font les relativistes eux-mêmes, qui, infestés de nominalisme, ne conçoivent pas d’autre “ réalité ” que les apparences sensibles coordonnées par la science, — alors cette philosophie de la nature n’est plus qu’une grande misère métaphysique.Restons sur ces derniers mots.Les manières de dire d’Einstein, si paradoxales soient-elles, sont parfaitement légitimes comme symboles scientifiques.Ayons soin de ne pas les transporter dans un autre domaine, car là elles font pauvre mine, elles sont “ purement absurdes ” si on veut les ériger en “ expressions philosophiques du réel Soyons donc sans crainte.La vieille métaphysique, la véritable, en a subi bien d’autres.Mais il ne faut pas l’oublier, elle seule peut nous donner cette “vertu immunisable” dont la nécessité s’impose plus que jamais.Elle seule nous permettra “ de distinguer convenablement la réalité physique elle-même des êtres de raison que la physique se construit pour ses besoins, et de nous rendre ainsi capables de regarder avec une pleine admiration Einstein pur physicien, et avec une entière aversion Einstein pseudo-métaphysicien.” 64 Le Canada français 4.—Ace compte les théories d’Einstein, si surprenantes soient-elles, ne peuvent inspirer aucune crainte sérieuse aux philosophes.C’est cette conclusion rassurante que met en lumière P.-M.Périer dans la Revue Apologétique du 15 octobre dernier.Faisant allusion à un mot de M.Maritain pour qui Descartes n’a été funeste à la métaphysique que parce qu’il était profondément métaphysicien, l’auteur commence par affirmer que “ tel n’est pas Einstein.N’ayant jamais courtisé la métaphysique, il ne saurait lui être infidèle et lui causer dommage.” Et il ajoute immédiatement.S’il se rattache à Descartes et s’il est de sa lignée, bien qu’il le dépasse et même le contredise, c’est du Décarte mécaniste, rêvant de tout ramener au mouvement et à l’étendue, faisant de la science une métrique, qu’il possède l’esprit.Qu’Einstein soit un mathématicien de génie, aussi pénétrant et plus hardi qu’un Poincaré, je n’ai pas qualité pour en décider, mais qu’il regarde le monde du seul point de vue mathématique, rien ne nous parait plus incontestable.Or savants et philosophes n’envisagent pas les choses de la même nanière.Ceux-ci considèrent principalement les objets sous l’aspect de la qualité, tandis que ceux-là s’en tiennent à la quantité.Et le danger, on le pressent, c’est que les uns et les autres se servant des mêmes mots, leur donnent des sens tout dissemblables.Ainsi en mathématique comme en métaphysique il y a un temps, un espace et un continu, mais pour avoir le même nom, ces notions n’en sont pas moins dissemblables.Aussi bien vouloir les identifier, “ c’est brouiiller les idées et tenter une tâche aussi dangereuse qu’irréalisable ” Du reste les caractères de la science de nos jours lui ouvrent une voie tout opposée à celle que suit la philosophie.La science, telle qu’elle est actuellement comprise, écrit M.Périer, revêt deux caractères essentiels : 1° elle est résolument phênomêniste ; 2° elle étudie la nature, presque exclusivement, sous l’aspect quantitatif, en vue principalement de la mesure des grandeurs. Chronique Philosophique 65 Phênomêniste, le physicien qui sacrifie au mathématisme, dédaigne toute recherche des substances et des causes.Ses ambitions sont moins hautes.Il vise à fixer quelques-unes des liaisons qui, unissant les phénomènes, en règlent la succession.La connaissance de ces rapports qu’il nomme des lois, est indispensable, en effet, pour que la science atteigne sa fin qui est la prévision sûre et facile, des phénomènes futurs.l’idéal est évidemment de trouver à ces lois l’expression mathématique qui les rend plus maniables et leur confère une apparente rigueur.Comment y parvenir ?La réalité, d’une richesse exubérante, ne se laisse pas emprisonner tout entière dans une formule.Le savant est contraint de faire un choix.S’appuyant sur des postulats, plus ou moins heureusement imaginés, partant d’hypothèses dont les résultats confirmeront ou condamneront la conception, il essaie d’établir entre plusieurs variables (mouvement, temps, espace, gravitation, etc.), représentés symboliquement, des fonctions algébriques ou transcendantes qu’il traite ensuite selon les règles de l’analyse mathématique.Il obtient ainsi ce que M.Bouasse appelle des “formes ”, plus ou moins aptes à recevoir la réalité qu’on essaiera d’y faire tenir.Les effets d’une telle méthode sont manifestes.Le premier est d’éloigner le savant de la réalité concrète : “ A la réalité extérieure, dit M Tannery (Science et Philosophie, p.174) noussubstituonsdans nos théories un monde abstrait où les symboles qui le peuplent sont définis par des propriétés qui se prêtent aux raisonnements de la logique déductive, au raisonnement mathématique, en particulier quand la théorie est assez avancée.” Un second résultat, inévitable, c’est de déformer la réalité qui ne saurait entrer, telle qu’ elle est et sans dommage, dans le monde mathématique.Qu’une telle déformation soit justifié, qu’elle réponde aux besoins de la science et qu’elle suffise à en assumer le progrès, je l’accepte volontiers.Comment cela se peut-il faire ?Il faudrait pour en rendre compte une longue digression qui m’entraînerait trop loin.Je note seulement, et c’est ce qui importe à mon sujet, que la manière dont l’homme de science observe le monde physique n’est nullement celle des philosophes.Phênomêniste, le savant se distingue encore du philosophe en ce qu’il ramène la connaissance du monde physique à une métrique, à des mesures quantitatives.Et le système d’Einstein accentue encore ces caractères.Il va même plus loin.La remarque est de M.Périer qui la souligne et attire tout spécialement sur elle l’attention du lecteur.Einstein et ses disciples, dit-il, ont la déplorable habitude 66 Le Canada français d’attribuer aux choses elles-mêmes ce qui est peut-être vrai, ce qu’ils estiment vrai de la connaissance que nous en avons.C’est transporter dans les choses, dans l’objet, dans l’être ce qui existe dans la connaissance seulement.Et donc, lorsqu’il s’agit du temps, la manière de le concevoir peut varier et varie en effet, mais il n’existe pas indépendamment des choses puisqu’il est la mesure de leur mouvement, et partant, il a une valeur objective.En d’autres termes, il y a un temps absolu et les mesures que peut en faire un physicien sont relatives.La même observation doit s’appliquer à tout ce que le physicien allemand avance au sujet de l’espace.Nous avons affaire à un pur mathématicien qui “ nous met sous les yeux une nouvelle figure du monde : entendons, une nouvelle manière de représenter mathématiquement les phénomènes et leurs liaisons, une nouvelle méthode pour les mesurer.” Mais le domaine réservé à la philosophie, c’est autre chose, Celle-ci étudie Y être, Y essence des phénomènes.Et cela échappe à la science ou science moderne du monde.Et donc les répercussions philosophiques des théories d’Einstein doivent nous laisser en paix.Le métaphysicien n’a rien à redouter.Les concepts fondamentaux, comme ceux d’espace et de temps, restent ce qu’ils sont.Immuables dans leur réalité, objectifs, absolus, ils sont non pas des “ idoles, mais des divinités toujours dignes d’un culte fervent.” 5.— Rarement livre a fait plus de bruit que le Stupide XIXe Siècle de Léon Daudet.A vrai dire, il y avait de quoi.Le qualificatif affligé au siècle qui vient de finir n’est pas de nature à satisfaire ses nombreux adorateurs.Et Dieu sait comme on s’est récrié de toutes parts.L’auteur s’y attendait, du reste, il commence à s’habituer à recevoir des coups.et à en donner aussi.Nous ne voulons pas rentrer dans le débat.Si nous faisons mention du Stupide dans cette chronique, c’est parce qu’il est Chronique Philosophique 67 suivant l’expression d’un maître de la pensée contemporain, le Rév.Père Léonce de Grandmaison, s.j.(Etudes, 5 août 1922) une “ esquisse d’un examen de conscience philosophique Et donc il a tout naturellement sa place ici.Au dire de Daudet,— et il a raison,— la “ décadence de la philosophie ” est une “ des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis 130 ans Voici comment l’auteur caractérise bien cette philosophie décadente: Ce qui caractérise les travaux philosophiques au XIXe, c’est leur oscillation continuelle entre un spiritualisme purement verbal comme celui de Cousin et de Jouffroy, et un naturalisme déductif, expérimental ou de laboratoire, qui fait de la philosophie une science comme une autre, si ce n’est un peu conjecturale.Vraiment oratoire et grandiloquente, ou ridiculement réduite à l’interprétation des faits de l’observation, telle nous apparaît l’inspiration mentale de la sagesse (une “ sagesse boursouflée et étriquée ”) de 1810 à 1880.A partir de là, commence l’influence prépondérante du criticisme allemand, d’une part, du biologisme anglais de l’autre, dans l’enseignement philosophique.Cependant que sévit, sur le plan de l’enseignement supérieur et scientifique, le déterminisme de Claude Bernard, caricature étriquée du positivisme.Un nom symbolise cette période, celui du déplorable Renouvier, le “ Kant français ”, le plus copieux assembleur d’âneries solennelles d’une époque si féconde en ce genre d’exercices.L’histoire conte que la philosophie donne deux maîtres livres : le rapport fameux de Ravaisson et les Sceptiques grecs de Brochard.Puis, par les consciencieuses études sans génie de Lachelier et de Boutroux, et les vues initiales sur la contingence possible des Lois de la Nature (jusqu’alors déclarées immuables et nécessaires), ou verse dans l’évolution créatrice et l’intuitivisme du petit juif tarabiscoté Bergson (c’est-à-dire dans cette aberration que d’autres ont baptisée aussi la métaphysique du sensible), puis dans les platitudes sans nom du fragma-tisme américain, (pp.151-152).Et il reprend une à une “ les pièces de ce fagotage ” qui ont eu une répercussion si funeste sur la “ pensée française et sa traditionnelle clarté ”.Il montre comment cette fausse philosophie eut du retentissement dans les autres domaines, puisque les manifestations intellectuelles d’un siècle sont solidai- 68 Le Canada français res entre elles.Ainsi “ la phraséologie pseudo-philosophique d’un Cousin et d’un Janet s’apparente à la phraséologie pseudo-romanesque d’une Sand et d’un Feuillet.Le plat déterminisme d’un Claude Bernard (dont la misère fait constraste avec les hardies expériences du même) encourage la trivialité d’un Zola.” Particulariste, exclusive, estcette philosophie du XIXe siècle.Allant toujours aux extrêmes, elle a des allures ultra-spiritualistes ou trop expérimentales.Elle manque de ce caractère de généralité qu’a la philosophie vraie, disons la métaphysique.C’est pour avoir été privés de son aide puissante que tant de beaux esprits ont fait fausse route.Oui, la faiblesse congénitale du XIXe siècle gît dans cette absence d’une métaphysique une et vraie.Sans doute, le plus grand esprit d’alors, Auguste Comte, a obtenu un succès assez étendu.Mais empressons-nous de dire que Comte admettait “ la nécessité d’un ciment qui maintint l’unité des esprits ”, en d’autres termes, de la métaphysique, et que son système est le décalque adroit et assez exact de la véritable, c’est-à-dire de celle d’Aristote continuée et perfectionnée par saint Thomas.C’est ce qu’a vu Léon Daudet et c’est ce qu’il a eu le courage de proclamer.Ce manque de vraie philosophie, cette lacune essentielle, Léon Daudet l’exprime par un terme quelque peu énergique, il l’appellele“trou par en haut ”.Si le mot est fort, exagéré peut-être dans d’autres domaines, il est vrai pour celui de la philosophie.Et l’on ne saurait y répondre “ par un simple haussement d’épaules ”.La thèse fondamentale de l’auteur, —nous entendons au point de vue métaphysique, — est vraie.Certes le XIXe siècle a produit de grands hommes, mais chez la plupart d’entre eux, il y a des lacunes, et de sérieuses.Aussi conclurons-nous avec le Rév.Père Léonce de Grandmaison : Nous pensons que le déficit fondamental qui a livré tant de grands esprits, partiellement du moins, aux puissances d’anarchie ou d’inquiétude, et qui n’a presque jamais permis aux plus clairvoyants Chronique Philosophique 69 de faire la loi, est une lacune d’ordre philosophique, et, plus précisément métaphysique.Il a manqué au dix-neuvième siècle une atmosphère de sérénité, d’unité, d’optimisme.Il lui a manqué la connaissance et l’accès facile de ces doctrines de haute raison qu’Ol-lé Laprune, reprenant une expression de son maître Gratry, appelait magnifiquement les Sources de la paix intellectuelle.C’est pourquoi nous voyons le salut dans le retour progressif des hommes les plus capables,— en commençant par les catholiques,—aux conceptions éprouvées où les trésors de la pensée antique se sont rangés, non sans éliminations ni sans enrichissement, mais sans violence, dans les cadres de la sagesse chrétienne.C’est la conclusion du livre de Daudet.Il y a des exagérations dans ces pages, il y a de la virulence même, soit, mais le fond est vrai.Le Stupide comporte de précieuses leçons pour nous Canadiens français.Au moment où les autorités gouvernementales font de sérieux et très louables efforts pour créer une élite, il est bon de rappeler que la formation philosophique est celle qui s’impose d’abord.Sans cette formation que seule peut donner la vraie métaphysique, disons celle d’Aristote et de saint Thomas, nous pourrons avoir des esprits cultivés, mais incomplets.Et la conséquenc, on l’entrevoit, notre pays verra s’abattre sur lui ces insanités meurtrières dont la France a été la malheureuse victime au siècle dernier.Arthur Robert, pire
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