Le Canada-français /, 1 juin 1923, Le bureau national d'éducation
Vol.X, No 5.Québec, juin, juillet, août 1923 LE CANADA FRANÇAIS Publication de l’Université Laval LE BUREAU NATIONAL D’ÉDUCATION'0 NATIONAL BUREAU OF EDUCATION Le projet d’un Bureau fédéral d’Éducation, relevant du gouvernement d’Ottawa, a été changé à la Conférence de Winnipeg (1919) en cet autre projet d’un Bureau national d’Éducation (National Bureau of Education), ne dépendant que du “ National Council of Education ”(2).Le projet d’un Bureau fédéral fut cependant sur le point d’être adopté : c’est un fait important à noter.Présent à la Conférence de Winnipeg, M.J.-N.Miller, secrétaire français du département de l’Instruction publique, de Québec, a déclaré : “ La question de l’établissement d’un Bureau fédéral d’éducation a aussi été mise à l’étude du comité des résolutions, et la majorité s’est déclarée favorable à ce projet ”(3).Présents aussi à la Conférence, l’honorable M.Delâge et M.le Dr Parmelee s’opposèrent au projet, ainsi que le R.P.(1) Voir dans Le Canada Français et L'Enseignement Primaire de décembre 1922, l’article intitulé : “ Encore le Bureau fédéral d’Éducation (2) Créé en 1919 par la Conférence de Winnipeg.(3) L’Enseignement Primaire, janvier 1920. 338 Le Canada français McMahon, S.J.Cette attitude des représentants de Québec fit remettre l’étude de la question à une séance subséquente.A la réunion suivante, le Dr Parmelee proposa, appuyé par M.Black, ce qui suit : “ That for purpose of educational investigation and as a “ clearing-house for educational data(l), a National Bureau “ be established under the direction of the National Council “ of the Conference, and that such Bureau be maintained by “ voluntary support and such financial assistance as may be “ given by Provincial and Dominion Governments without “ any restrictions as to policy ”(2).Notons immédiatement que la résolution ci-dessus consacre le principe de la coopération de tous les gouvernements provinciaux, en matière scolaire, conjointement avec le gouvernement fédéral.Après une longue discussion, le vœu Parmalee-Black fut adopté, comme compromis, avec l’espoir que les susceptibilités de la province de Québec finiraient par s’émousser, lorsque ses représentants auraient goûté aux charmes conquérants du “ National Bureau ”, charmes dont l’avant-goût est abondamment donné par le “ National Council of Education ”, qui s’y entend dans l’organisation de vastes Conférences où se déroulent des programmes variés, aussi vagues que captivants.Mais il ne s’agit pas ici de faire le procès de la Conférence (National Conference of Education and Citizenship), qui, en soi, nous serait indifférente, si elle n’avait pas été fondée dans le but évident d’établir, sinon un Bureau fédéral d’Éducation, du moins un Bureau National, plus facile à créer (1) Déjà, le Bureau fédéral de la Statistique, à Ottawa, a établi une Section de l’Instruction publique.C’est de ce bureau que nous venons de recevoir un intéressant volume de 200 pages près, écrit dans les deux langues officielles, intitulé : “ Statistiques de l’Instruction publique au Canada, 1921 ”.Les renseignements contenus dans cet important document ont été fournis gracieusement au Bureau des Statistiques d’Ottawa, par les différents gouvernements provinciaux.Qu’a-t-on besoin de plus ?(2) The National Council of Education, Bulletin No 1, page 5. Le “ Bureau national d’Éducation ” 339 aujourd’hui, espère-t-on.C’est là son grand tort.S il ne s’agissait que de relations amicales entre les autorités scolaires des provinces, je n’aurais rien à dire, sauf à conseiller la prudence vis-à-vis des délégués impérialistes de 1 Angleterre et des délégués américains du Bureau d Éducation de Washington.Que l’on veuille donc ne pas se méprendre sur mes intentions, car je comprends la nécessite des relations sociales avec nos compatriotes protestants, dans les domaines écononique, commercial, politique, professionnel, voire sportif.Mais ces relations ne doivent pas servir de prétexte à une propagande dont le but est de détourner les Canadiens français de leurs aspirations traditionnelles.Relativement aux sociétés neutres d’un autre ordre, celles où l’on poursuit un but moral, philanthropique ou éducationnel, les catholiques de la province de Québec savent à quoi s’en tenir, depuis le Premier Concile plénier de Québec, dont les Décrets ont été approuvés par Rome.(l).Je n’insiste pas sur ce point, car mes relations anglo-canadiennes ont toujours été marquées au coin de la plus cordiale loyauté.Si jamais, par impossible, la minorité protestante (1) La Lettre Pastorale des Pères du Premier Concile Plénier de Québec, interprète comme suit le décret relatif aux sociétés neutres : “ A côté de ces sociétés formellement condamnées par VEglise, il en existe d*autres sur qui ne pèse pas une pareille condamnation, mais qui doivent etre tenues pour suspectes par les catholiques.Ce sont toutes les sociétés d ordre économique ou moral, qui font profession de neutralité religieuse, ouvrent les rangs aux hommes de toute croyance, mettent toutes les religions sur un pied de complète égalité, ei que, pour ces motifs, on appelle sociétés neutres.De telles sociétés ne sont pas nécessairement hostiles à VÉglise, il peut même arriver que Von y affecte une déférence pour la religion catholique, dont les fidèles fournissent les meilleures recrues et les plus gros bénéfices.“ Mais, ne vous y trompez pas, nos très chers frères, les sociétés neutres sont rarement inoffensives et causent presque toujours de graves prejudices aux catholiques qui s'y enrôlent.Le principe de neutralité, qu on y met en pratique, est un principe faux ei extrêmement dangereux.Un catholique ne peut pas admettre que toutes les religions sont égales, puisqu il sait que la vérité est une, et que cette vérité c'est le Christ vivant dans son Eglise jusqu à la consommation des siècles.Cependant, à force de fréquenter les milieux où l'erreur réclame et obtient tous les droits et tous les honneurs de la vérité, à force de respirer l'atmosphère d'indifférence religieuse créée par cette perpétuelle confusion, il finira par en subir l'influence néfaste, et par perdre l'intégrité de sa foi." 340 Le Canada français de notre province était menacée dans le moindre de ses droits, je ne serais pas le dernier à lui accorder le concours de ma modeste influence.Mais il ne s’agit pas de cela ici.\ oyons plutôt ce que le secondeur du vœu Parmelee, M.Black, de Lethbridge, a dit à Winnipeg, avant la prise du vote : Je cite intégralement les paroles de M.Black, dans la langue même dont il s’est servi, car c’est un témoignage de première importance : “I am on the record as the seconder of this motion.In “ certain respects that is a preposterous position to be in, for “ any person who knows me at all intimately knows that I “ have been advocating a Dominion Bureau for at least twenty years.But I believe in the British principle of “ compromise.I want to get the Bureau, but I do not believe, “ Your Grace(l), we shall get a Bureau if there is a reprc-“ sentative speaking against it for two and one-half million “ people, who, I believe, are misled and misinformed in this “ regard.If there are two and one-half million people solidly againts the establishment of the Bureau, we shall not get “ it.Whereas if their representatives will swing in behind us, as Mr.Parmelee is willing to do, and will give us an experiment in the Bureau line, we will show how innocuous it is.“ Let it be supported by Dominion money to the greatest “ extent possible.Let us show what an Educational Bureau “ could do in this country, and I have faith, in the time to “ come, that all fears will be removed, and we shall have a “ real National Educational Bureau as a function of the “ Government.But it will not come, and I would be opposed “ to its coming, until such time as our friends have lost the “ suspicion that they feel with respect to the Bureau at the “ present time.Therefore, as an agency of compromise, “ advancing towards the great goal my friend, Professor (1) Archbishop Matheson, -Chancelor of the University of Manitoba et président de la “ Overseas Educational League Le “ Bureau national d’Éducation 341 >> “ Coleman, has so eloquently advocated, let us adopt the resolution which has been moved by the representative “ of Quebec ” (1).Le représentant de Québec, c’était M.le Dr Parmelee, secrétaire anglais du département de l’Instruction publique de notre province.Pour éviter une mesure extrême, et en toute loyauté pour ses concitoyens Canadiens français, M.Parmelee s’opposa habilement à un Bureau fédéral d’Éducation, avec attache politique obligatoire à Ottawa, et suggéra, de bonne foi, sans doute, un Bureau national, sans attache politique obligatoire pour le moment (2).La manœuvre réussit et la majorité des délégués de la Conférence de Winnipeg se rallia au projet Parmelee, après avoir entendu M.Black, qui l’appuya à titre de compromis, certain qu’en changeant le fusil d’épaule, on parviendrait à faire taire un jour les répugnances catholiques et canadiennes-françaises.Plusieurs orateurs parlèrent dans le sens de M.Black, et à la grande majorité des membres de la Conférence de Winnipeg, le National Bureau of Education ” apparut comme une heureuse transition qui conduirait tôt ou tard, plutôt tôt que tard, au Bureau fédéral relevant directement du gouvernement central.Certes, ce n’était pas là, j’en suis sûr, 1 intention de notre excellent ami, M.Parmelee, mais c’est le sens et la portée que lui donnèrent les autres orateurs de la Conférence.En attendant, le Conseil National, du moins c’est le vœu exprimé dans la résolution, serait soutenu financièrement par des contributions volontaires, et particulièrement par le gouvernement fédéral et tous les gouvernements provin- (1) Report of the Proceedings of the National Conference, etc., etc., Winnipeg, October 1919, pp.128, 129.(2) Dans Le Canada Français et L’Enseignement Primaire, de décembre 1922, nous avons cité les courageuses paroles de M.le Dr Parmelee, s'opposant à la création d’un Bureau fédéral. 342 Le Canada français ciaux(l), avec délégués ad hoc, formant ledit Conseil.Cette délégation serait nécessairement officielle et formerait un imposant Bureau Interprovincial ou National, sans fonctions légales, mais qui ne tarderait pas à devenir une puissance impérative, comme le Bureau d’Éducation de Washington est en train de le devenir(2).A la réunion des ministres et sous-ministres de l’Éducation tenue à Toronto, les 30, 31 octobre et 1er novembre 1922, le projet d’un Bureau National tel qu’adopté à Winnipeg, fut de nouveau approuvé : la veille, la courageuse et prudente résolution David, dont nous avons parlé dans le Canada français de décembre 1922, avait été adoptée, néanmoins(3).Et à la récente réunion à Toronto (2 au 8 avril 1923) de la “ National Conference on Education and Citizenship ”, (1) Voici à ce sujet la suggestion du major Ney, dans le Bulletin No 1 du “ National Council of Education ” : “ The question of grants by the respective Provinces has not yet been adequately discussed, but in the meantime tentative suggestions are made as follows : Ontario and Quebec.$5,000.each per annum Four Western Provinces.2,000.each per annum New Brunswick and Nova Scotia.1,000.each per annum Prince Edward Island.250.per annum “ By agreement among the Provinces it is assumed that a grant would be made available by the Dominion Governement which might be expected to be not less than $20,000 per annum, making in all a suggested total of $40,250.00.” .(2) Le projet de loi Towner Sterling Bill, présenté pour la troisième fois au Sénat de Washington l’automne dernier, comprend deux parties distinctes: “ la création d’un ministère fédéral d'éducation, le vote annuel d’un budget considérable — 100 millions de dollars — destiné à être réparti selon les besoins entre les différents États de l’Union pour promouvoir l’instruction publique ”.(L’École et la Vie), Paris, 25 novembre 1922.Une propagande énergique en faveur du projet Towner se poursuit dans les revues pédagogiques et les associations.Le National Education Association l’appuie de tout son pouvoir.En fait, la grande campagne scolaire américaine est anti-religieuse.Le Journal of Education de septembre 1922, dit à propos de cette campagne : “ Pour qui regarde la situation dans son ensemble, il n’est pas peu étonnant de constater, que ce qui en apparence est une crise financière est en réalité un antagonisme religieux ”.(3) Le paragraphe que voici, enprunté au vœu adopté à la réunion des ministres et sous-ministres d’Éducation tenue à Toronto, en octobre 1922, vœu réaffirmant celui de Winnipeg, dit les fonctions du Bureau National d’Éducation, et entre autres : “ Such other functions as may be delegated to it from time to time by the common consent of all the Provincial Departments of Education ”.Voilà qui est bien vague. Le “ Bureau national d’Éducation ” 343 organisée par le “ National Council of Education ”, on a réaffirmé le vœu de Winnipeg.Le Droit, d’Ottawa, qui avait un représentant à Toronto, dit dans son numéro du 5 avril, pages 1 et 7 : “ M.Vincent Massey, le président, a souhaité “ la bienvenue à tous les délégués et leur a assuré l’hospi-“ talité de Toronto.Les délégués de 600 organisations “ d’éducation différentes sont actuellement réunis dans la “ capitale ontarienne.“ Parlant de la proposition faite par le Conseil d’établir un “ Bureau interprovincial d’Éducation, il a déclaré que “ l’intention était de donner une directive unique, mais non “ de ramener toutes les méthodes d’éducation à un même “ moule ” (1).Une direction unique.C’est bien là, en effet, le but ultime que se proposent les fondateurs du “ National Council of Education ”, d’où est sorti, naturellement, à défaut du Bureau fédéral, momentanément remisé, le “ National Bureau ”, comme la fleur sort du bouton.Une direction unique : Voyons plutôt.Dans le Bidletin No 1 du “ National Council of Education”, bulletin préparé par le secrétaire même de ce conseil, le major Ney, nous lisons, page 6 : “ The Conference thus went on record that such a Bureau “ was urgently needed if Canadian education were to keep “ abreast of educational development throughout the “ world, and if sympathetic cooperation between the Pro-“ vinces was to be secured to the end that Education might “ serve a National and not merely a Provincial purpose.“ Educating a Nation is the task of a Nation ” is gene-“ rally accepted as being beyond dispute, and at the present “ time it may undoubtedly be urged that the two greatest (1) La Gazette, 5 avril, page 9, dit aussi : “ The meeting this morning reaffirmed a resolution passed by the Council of Winnipeg, in 1919, that an interprovincial bureau of education be established.The executive of the council was instructed to give effect to this resolution ”. 344 Le Canada français needs of Canadian education, is the crystallization or “ evolution of a Canadian purpose or ideal, and some central “ agency through which this may he made articulate.If Canada “ is to maintain the position won during the late War, as the leading Dominion of the Empire, and a nation among nations the spirit of unity which characterized her then must obtain in the task of reconstruction.To realize a nationality beneficial to herself and to her neighbours she must obviously so broaden her sympathies that there “ will remain no harriers between East and West or between race and creed.This in itself is the essential condition on “ which the peace of the world rests today as at no time in its “ history.” Une direction unique.Mais le projet d’un organe ou journal d’éducation, qui servirait la cause du Bureau National à travers tout le Canada, le prouve péremptoirement.Dans le Bulletin No 1 déjà cité, bulletin publié sous la direction du secrétaire général du “ National Council ”, page 16, que lisons-nous P “ Canada has no educational journal devoted “ to the cause of education as a national task with a national “ purpose, no journal therefore, through which the information regarding the educational development of one “ Province is made available to the whole body of Canadian “ citizenship or the engineer from abroad La conclusion à tirer des citations ci-dessus s’impose : Pour rendre l’Éducation plutôt nationale que provinciale; pour créer un organisme central (central agency) qui saura inspirer à la jeunesse canadienne un idéal commun ; pour répandre la notion de l’unité nationale (spirit of unity) ; pour abattre les barrières entre l’Est et l’Ouest, entre les races et les croyances par l’entremise de l’école, il faut de toute nécessité établir une direction unique par le moyen d’un Bureau National ou Interprovincial, créé avec l’assen- Le “ Bureau national d’Éducation ” 345 timent des provinces et le concours du gouvernement du Canada(l).Dans la revue The School, de Toronto, avril 1923, page 523, M.Ney revient au projet qui lui est si cher.Parlant de l’une des initiatives du Conseil national, “ National Lectureship Scheme ”, il écrit ce qui suit, après avoir exprimé l’espoir que les “ lectures ” qui seront données d’un océan à l’autre par des éducateurs anglais de marque créeront un plus grand enthousiasme en faveur de l’Éducation : “ In “ this development the utmost degree of co-operation must “ be secured, for if Canada is to be served, Canada must “ think and act as a national entity with a national consciousness ”.Puis le Bureau National, une fois créé, s’occuperait de toutes les questions d’éducation, il ne se contenterait pas d’être un bureau de renseignement.En effet, nous lisons dans la brochure Retrospective, du “ National Council ”, seconde édition, page 8 : “ The proposai programme has “ been designed with the object of touching every part of “ the educational field ”.Religion, morale, civisme, philanthropie, patriotisme, tous ces termes reviennent souvent dans les brochures du “ National Council ”.En toute justice pour le major Ney, nous devons dire que dans son opinion le Bureau National n’aurait aucun des inconvénients du Bureau fédéral.Voici ce qu’il a écrit à ce sujet dans le Bulletin No 1 du “ National Council of Education ”, page 15 : “ But there is every reason to hope that “ Quebec will, once convinced that no interference with “ Provincial rights is even dreamed of, co-operate with the (1) Nous venons de recevoir d’Edmonton, Alberta, trop tard pour être utilisé dans le présent article, un important mémoire du Conseil LaVéren-drye, des Chevaliers de Colomb, s’opposant catégoriquement à la création d’un Bureau National d’Éducation.“ Nous voulons, dit le mémoire, entre tous les Canadiens une franche et loyale collaboration, mais nous sommes absolument réfractaires à toute idée d’assimilation et d’unification, particulièrement en matière de religion, de langue et d’éducation, ou organisation scolaire ”, 346 Le Canada français “ other Provinces, so that equal provision may be made for “ the two languages of the Dominion.Only by such a pro-“ vision could the Bureau be regarded as fulfilling the hopes “ of its advocates as a National Agency for National Unity C’est là un rêve tout naturel chez un Anglais d’Angleterre, rêve qui ne manque pas de grandeur.Mais pour un Canadien français, dont les ancêtres ont lutté pendant près d’un siècle pour faire reconnaître leurs droits imprescriptibles à des écoles catholiques et françaises, le rêve de M.Ney offre peu d’attraits.Car il faut revenir à ce raisonnement simpliste : Est-ce pour ne rien faire qu’on veut dresser cette immense machine dite le Bureau National d’Ëducation, lequel Bureau serait le National Agency for National Unity ?Et tout ce que fera ce Bureau pour créer à travers le Canada Y Unité Nationale, c’est-à-dire un esprit canadien sans préjugés de race ni de religion, ou ce qui est plus juste, neutralisé et anglicisé, sera exécuté au détriment de l’autonomie scolaire de Québec, autonomie qui repose loyalement et raisonnablement non sur des préjugés, mais sur des différences de race et de religion, voulues par Dieu, reconnues par les traités et confirmées par l’Acte fédéral de 1867.M~ Ney a d’autres préoccupations.N’est-ce pas grâce à lui qu il y a au Canada une succursale de Y Empire Association of Educational Departments.J’en fournirai la preuve officielle,, s’il y a lieu.Mais on dira : le major Ney n’a peut-être parlé qu’en son nom ; son idéal n’est probablement pas celui des Canadiens-anglais.Écoutons M.W.L.Grant, M.A., principal de 1’ “ Upper Canada College ” : “ The main point discussed “ at both conferences was evidently the suggestion of the “ National Council of Education for the formation of a “ Canada-Wide Bureau of Education.Such a federal bureau' “ exists in the United States.There as with us education is.“ a state affair ; but in 1867, while the fervour of union was “ strong in the North, and the South was largely disfran- Le “ Bubeau national d’Édtjcation ” 347 “ chised, a federal bureau was established, though naturally “ without executive powers.Attempts at the formation of a “ similar bureau in Canada have always foundered upon “ the rock of Quebec ; and the published reports show that “ the jealous care of Quebec for the historic institutions “ forced conferences of 1920 and 1922 to walk very delicately, “ even though the proposal was not a federal but an inter-“ provincial bureau ”(1).Et pas plus tard qu’en décembre 1922, le doyen de la Faculté des Arts de l’Université McGill, M.Gordon Laing, n’a-t-il pas dit devant le Canadian Club d’Ottawa que “ le Canada devrait être débarrassé d’un système de sectiona-lisme La Gazette, de Montréal, du 11 décembre, coiffait le compte-rendu de la conférence de M.Laing des titres significatifs qui suivent : “ Education is too provincial here, says dean Laing — Canada should be rid of “ sectionalism system ”, he states— Dominion Bureau plans.— Its rejection means that clock of education has been set back long way Ici le doyen de McGill faisait allusion à la résolution David adoptée par les surintendants et les sous-ministres de l’éducation, réunis à Toronto, en octobre, deux mois avant la conférence Laing.Ce dernier alla jusqu’à dire : “ Le pays tout entier est sous l’étreinte d’un sectionalisme qui écrase sa vie même ”(1).D’où sort donc ce M.Laing ?Ignore-t-il que ce “ sectionalisme ” qu’il méprise, c’est le principe même de notre Confédération.Et ce principe a été placé comme base de la Constitution de 1867, précisément parce que le Canada a été fondé par deux grandes races de langue et de religion différentes qui ont des droits égaux en ce pays, et qui sont (1) The School, avril 1923, page 517.(1) Voir la Gazette et Le Devoir du 11 décembre 1922. 348 Le Canada français parfaitement libres de poursuivre leur idéal particulier et leurs aspirations propres.(l) Mais le plus catégorique, c’est M.Vincent Massey, vicepresident du National Council(2), qui dit sans précaution oratoire : “ The second function ot the National Council is to promote the unity of Canadian education ”(3).Sans doute M.Massey entonne lui aussi le refrain de l’autonomie des provinces et proteste de ses bonnes intentions i “ At present, there is no means by which our national “ ideals in education can be expressed.There is no agency “ which can interpret Canadian educational plans to the outside world.There is no organization through which “ one province can learn the methods of the others ”(4), On ignore ici volontairement les départements ou ministère de 1 Instruction publique dont chaque province est dotée.Ayons donc le courage de poser le problème franchement : le veritable rôle du Bureau National ou Interprovincial d’Éducation sera de faire disparaître, petit à petit le caractère propre de chaque système scolaire provincial(5) (1) Cette idée fait son chemin, même chez nos concitoyens de langue anglaise.Pas plus tard qu en mai dernier, le Journal, d’Ottawa, a publié un article très sensé sur ce sujet.La Presse, du 8 mai, en a donné une fidèle traduction.Après avoir dit que les deux millions de Canadiens français de la Province de Québec ont droit d’envisager la vie nationale à leur point de vue, d avoir leur idéal propre et de garder leurs coutumes, le Journal ajoute : ‘ Au cours de ces dernières années, la Province de Québec, en dépit de nos airs de supériorité, a servi de modèle au reste du pays.Elle a réconcilié la liberté personnelle avec le respect pour l’autorité légitime.Elle a contribué grandement à la prospérité industrielle et a aidé à l’éducation.Elle a contribué de toutes les façons au progrès social, intellectuel et économique de sa population.Elle a fait tout cela sans bruit, sans avoir recours à la publicité et surtout sans dénoncer les autres provinces.Pourquoi, alors, ne pas nous occuper exclusivement de nos propres affaires Le Journal, cette fois, a parlé d’or.(2) A la récente réunion du “ National Council ”, à Toronto, M.Massey en a été élu le président.(3) The School, page 513.(4) Ibid.(5) A preuve, le vœu suivant adopté à la Conférence de Winnipeg (octobre 1919), Conférence d’où est sorti “ The National Council of Education ’ , lequel Conseil rêve à son tour d’une progéniture extraordinaire : le “ National Bureau of Education ”.Voici ce vœu, qui vise particulière- Le “ Bureau national d’Éducation 349 >> et de substituer à cette sage organisation locale a Canada Wide-Bureau of Education, composé d’éléments divers, protestants et catholiques (1 catholique contre 10 protestants, vraisemb'ablement), anglais et français(6).Après plus d’un siècle, nous reviendrions au fameux Bureau neutre que combattit Mgr Hubert, en 1789, avec une clairvoyance providentielle.Après p us d’un demi-siècle, nous reviendrions au projet de 1 Union législative de 1864, combattue victorieusement par Georges-Étienne Cartier, en 1867.Exagération, dira-t on ! Nous voudrions qu’il en soit ainsi.Mais raisonnons :— Ou le Bureau National projeté jouera un rôle anodin, ou il jouera un rôle sérieux.Dans la première alternative, ses promoteurs se consacreraient à une tâche vraiment ridicule par une mise en scène presque mondiale, qui nécessita pour la réunion d’avril dernier à Toronto, une vraie mobilisation des forces pédagogiques de l’Angleterre, de la France, de Terreneuve, ment la province de Québec, puisqu'elle est la seule province du Canada où la contrainte scolaire n’existe pas : “Thatthis Conference expresses its conviction that provision should be made for free and compulsory education up to the age of 16 years and partime education for all the youth of Canada up to the age of eighteen ”.Ce n’est pas si anodin que ça, n’est-ce pas ! Le vœu qui précède est reproduit de la brochure Resolutions adopted by National Conference on Character of Education, etc., etc., page 5, Winnipeg, 1919.(6) Au projet du comité nommé par Lord Dorchester en 1787, lequel comité fit rapport en 1789 et suggéra la formation d’un seul Bureau d’Éducation composé de catholiques et de protestants, et la création d’une Université neutre, Mgr Hubert répondit à la demande d’approbation qu’on lui fit : “ On a annoncé d’avance une union qui protégerait les Catholiques et les Protestants.Voilà des termes bien vagues.Quels moyens prendrait-on de réaliser cette union si nécessaire?En préposant à l’Université, dira quelqu'un, des hommes sans préjugés.Mais ceci ne fait qu’accroitre là difficulté au lieu de la résoudre (Chauveau, VInstruction publique au Canada, p.58).Et le prévoyant évêque expliquait ses craintes en disant que dans le langage moderne “ un homme sans préjugés est un homme opposé à tout principe de religion ”.Nombreux aujourd’hui sont les hommes sans préjugés, pour qui la race et la religion sont des préjugés et qui fréquentent sans scrupule des associations ou clubs neutres où il n’est pas seulement question de commerce et d’industrie, mais aussi et surtout de civisme, de philanthropie et d’une religiosité vague et neutre. 350 Le Canada français de Bahamas, de la Nouvelle-Zélande et de toutes les provinces du Canada(l).Ajoutons des impérialistes notoires comme Lord Robert Cecil et Sir Robert Baden-Powell.Donc le dessein poursuivi ne saurait être anodin.Dans la seconde alternative, le Bureau Interprovincial accomplira une mission considérable avec des moyens d’action puissants et variés.Déjà les sympathies actives des divers Clubs du Canada(2) lui sont acquises, ainsi que celles des Boy Scouts, (avant-gardes des Y.M.C.A.), Girl Guides, Imperial Order of Daughters of the Empire, University Women’s Club, Empire Club, Women Voter’s League, Toronto Council of Women(3).Si toutes les provinces, y compris Québec et le Gouvernement fédéral, souscrivaient au projet d’un bureau National d’Éducation, on voit d’ici l’immense et irrésistible influence que ce Bureau exercerait avant longtemps sur les régimes scolaires provinciaux.Les provinces anglaises auraient peu à souffrir de cette emprise tentaculaire, peut-être ; mais la Province catholique et française de Québec, dans quelle situation serait-elle, si elle consentait à contracter ce mariage pédagogique mixte, que nos pères ont toujours repoussé avec dignité et fermeté ?Elle renoncerait de gaité de cœur, avec une légèreté impardonnable et une insouciance de l’avenir voisine de la démence, au roc solide sur lequel l’Acte de 1867 a jeté les bases de notre citadelle scolaire française et catholique, que nos Évêques et nos hommes d’État ont édifiée et parachevée dans la suite.Souscrire au principe du Bureau National, qui ne serait que le 'portique du Bureau fédéral, ce serait admettre, a la face du pays, que la Constitution de 1867 a été imprévoyante en matière d’éducation, qu’elle a fait complètement faillite dans ce domaine et que, notamment, la Province de Québec a échoué pitoyablement et qu’elle est incapable de gouverner ses propres écoles.(1) Voir “ Circular No.2 ” du “ National Council of Education ”.(2) Grâce à l’attitude clairvoyante et courageuse de M.le Dr Philippe Hamel, de Québec, le “ Rotary Club ” de cette ville a refusé de faire de la propagande en faveur du “ National Bureau ”._ , _ (3) Noms des Sociétés mentionnées au programme de la réunion du “ National Council of Education ”, tenue à Toronto, en avril 1923. Le “ Bureau national d’Éducation ” 351 Or, les faits démontrent tous les jours qu’au point de vue religieux et moral, comme au point de vue intellectuel et économique, la Province de Québec supporte honorablement la comparaison avec les provinces anglaises, et que, dans certains cas, on lui concède volontiers le premier rang.Après tout, depuis 1867, la Province de Québec a-t-elle rempli son devoir national, vis-à-vis des autres provinces, oui ou non ?A-t-elle manqué au moindre de ses engagements à l’égard du pouvoir fédéral ?Au point de vue religieux, moral, intellectuel et matériel n’occupe-t-elle pas une situation honorable, comparée aux autres provinces ?Du propre témoignage des Canadiens anglais eux-mêmes notre province n’est-elle pas la plus prospère au point de vue économique et la plus propice aux industries, étant donné le bon esprit de sa classe ouvrière ! Au point de vue politique, est-ce que Québec envoie à Ottawa des hommes d’État inférieurs à ceux des autres provinces ?Au point de vue budgétaire, est-ce que Québec ne paie pas sa large part des dépenses publiques fédérales.La Province de Québec a rempli tout son devoir national dans la Confédération depuis 1867.Elle a tenu tous ses engagements, et dans le domaine scolaire, seule elle a respecté royalement les droits et privilèges de la minorité qui s’est confiée naguère à sa justice et à sa loyauté.Ce qui ne l’a pas empêché d’établir pour la majorité un système scolaire que plusieurs provinces lui envient, système qu’elle s’efforce de compléter et d’améliorer chaque année.Que veut-on de plus ?Ne serait-on pas justifiable de dire à tous les pontifes de l’Éducation nationale, de l’Unité nationale et de l'Esprit national, au sens neutre et anglicisant, fichez-nous la paix et agissez comme bon vous semblera, en dehors de la province de Québec, à la condition que les droits des catholiques et ceux de la langue française y soient respectés.Québec est un État français et catholique, respectueux de la Constitution fédérale et loyalement soumis au Souverain d’Angleterre.Il ne désire pas changer d’allégeance et 352 Le Canada français restera fidèle au Roi, quand d’autres l’auront renié, peut-être, pour devenir Américains.Mais ce que l’État de Québec ne tolérera pas, c’est qu’on lui force la main pour changer les conditions sociales que lui a garanties l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, pas plus qu’il ne tolérera la main-mise des étrangers sur son système scolaire : ses fils, les premiers Canadiens, sont majeurs au sens historique du mot et prétendent gouverner à leur guise la maison qu’ils ont bâtie à leurs frais.Loyaux, mais Français et Catholiques, voilà l’une des devises chères aux Canadiens français.Prière d’en tenir compte.D’ailleurs, voici un fait historique que je soumets sans passion à mes concitoyens de langue anglaise, et cela dans l’intérêt national le mieux entendu : il y a une race canadienne-française et catholique, établie dans la plus ancienne province du Canada depuis trois siècles et plus ; cette race veut, avec conscience et énergie, demeurer française et catholique^).A cette fin, ses grands politiques lui ont assuré, dans le plan de la Confédération canadienne, une indépendance absolue des autres provinces et du pouvoir central en matière d’éducation, et cela depuis l’École primaire jusqu’à l’Université.De quel droit, nous, les descendants de la génération de 1867, abandonnerions-nous la moindre parcelle de cette liberté scolaire si précieuse, placée à la base même de l’édifice fédéral ?Eh bien ! en entrant dans un Conseil Interprovincial, qui se donne pour mission précisément d’amoindrir le caractère (1) A un 'pèlerinage de Bonne Entente qui eut lieu à Toronto, en mars 1923, M.Ferdinand Roy, du Barreau de Québec, a rappelé cette vérité élémentaire de la plus heureuse façon.S’adressant à nos amis d’Ontario, M.Roy dit : “ La raison pour laquelle vous devez rester Canadiens “ anglais aussi bien que nous devons rester Canadiens français, c’est que “ nous ne pouvons pas forcer la nature, pas plus que nous ne pouvons changer “ notre tempérament ou renoncer à nos origines — Le Soleil, 22 mars 1923.Dans U Action Française, de Montréal, novembre 1922, M.Antonio Perreault, du Barreau de Montréal, a aussi traité ce sujet important de la nationalité canadienne-française, dans un article très élaboré, intitulé : Le sens national. Le “ Bubeau national d’Éducation ” 353 provincial de nos écoles, en attendant sa déformation par l’école unique et nationale, conséquence inévitable de la centralisation pédagogique, les Canadiens français de 1923 trahiraient leurs ancêtres de 1789, de 1846 (1) et de 1867.Puis, il n’y a pas que le fait historique à considérer, il y a aussi une question de principe.Nos amis les éducateurs protestants — et je ne leur en fais pas un reproche — c’est leur affaire —¦ se réclament, en pédagogie et en psychologie, de Kant, de Rousseau, de Spencer et de Stuart Mill, et dans ce qui touche à l’origine des espèces, de Darwin.Nous, les éducateurs canadiens-français et catholiques, nous nous réclamons avec fierté et conviction — c’est aussi notre affaire — de saint Thomas, de saint Bonaventure, d’Albert le Grand, de Suarez, de Bossuet, et dans ce qui touche à l’origine des espèces, de la Genèse triomphalement vengée par le grand Pasteur.En résumé, nos confrères canadiens-anglais appartiennent à l’école pédagogique anglo-protestante, tandis que les instituteurs canadiens-français appartiennent à l’école pédagogique franco-catholique.Le Réforme nous sépare ! qu’y pouvons-nous ?Cela dit sans reproche ni récrimination, respectant les convictions sincères de nos frères séparés.De plus, les neuf-dixièmes des écoles de la Province de Québec sont françaises non seulement par la langue d’enseignement, mais aussi par les manuels, les méthodes, les procédés, la discipline.Dans ce domaine, la France traditionnelle est notre guide et nous lui empruntons filialement ce que nous trouvons de mieux chez elle, et ce qui convient à nos traditions, dont les origines remontent au grand siècle de Louis XIV.(1) Ce n’est qu’en 1846 qu’un régime scolaire confessionnel a été définitivement concédé au Bas-Canada. 354 Le Canada français Les provinces anglaises s’inspirent à Londres ou à Washington : qui peut leur en faire un reproche P Il faut donc que les deux groupes ethniques sachent en prendre leur parti : ils ne peuvent habiter sous le même toit scolaire pas plus que fréquenter le même temple religieux, jusqu’au jour ardemment désiré où toutes les dénominations chrétiennes viendront se ranger humblement autour de l’unique Pasteur véritable, le Pontife romain, Vicaire de Jésus-Christ sur la terre.La Providence a voulu que deux peuples distincts par la langue et la rebgion habitent le Canada.La prudence et la justice veulent à leur tour que dans les domaines religieux et scolaires nous restions chacun chez nous, et cela sans acrimonie comme sans méfiance.La Constitution fédérale, qui porte la signature du Souverain du Royaume-Uni, confie sagement à chaque province du Canada, le soin d’organiser ses écoles suivant le caractère et les aspirations de la population qui l’habite(l).Respectons ce pacte d’honneur et ne cherchons pas, par un moyen détourné, à escamoter l’article 93 de l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord.Concentrons plutôt nos efforts sur les paragraphes de cet article qui obligent les gouvernements provinciaux à respecter les droits des minorités en matière d’éducation.Voilà un chapitre dont l’actualité peut fournir immédiatement au “ National Council of Education ” l’occasion d’exercer son zèle en dehors de Québec : ce sera du véritable et utile citizenship, très favorable à Véducation du caractère.C.-J.Magnan.(1) Sur ce point, nous avons le témoignage aussi ferme que clairvoyant de l'honorable Premier Ministre de Québec, M.Alexandre Taschereau.Parlant à un banquet donné en l'honneur des sous-ministres de l’Éducation des provinces anglaises réunis dans notre capitale provinciale (octobre 1920), M.Taschereau s'exprima avec courage et franchise et il fit cette déclaration, que nous avons déjà mentionnée dans VEnseignement Primaire de décembre 1920 et dans le Canada Français de décembre 1922.“ La clef de voûte de notre Confédération se trouve dans l'attibution à chaque province d’une autonomie complète en ce qui concerne l'instruction publique, et le jour où l’on portera atteinte à ce qui nous tient unis, tout l’édifice national s’écroulera ”, On ne saurait mieux dire.
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