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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique philosophique
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1923-06, Collections de BAnQ.

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CHRONIQUE PHILOSOPHIQUE 1.— P.F.Zacharia Van De Wœstyne, o.f.m.Cursus Philosophions, in breve collectus.Tomus I, Logica minor, Logica major, Ontologia.Malines 1921, 596 pages.2.— F.Varvello.Iustitutiones Philosophies.Pars I, Introductio ad Logicam et Logica, 286 pages.Pars II, vol I, Metaphysica generalis, 146 pages ; vol II, Metaphy-sica specialis, 439 pages.Pars III, vol.I, Ethica, 383 pages ; vol.II, Jus naturœ, 762 pages.Turin, Librairie internationale.3.— Edouard Thamiry.De l’influence, étude psychologique, métaphysique, pédagogique.1 vol.368 pages.Beau-chesne, Paris 1922.4.— Édouard Thamiry.La méthode d’influence de saint François de Sales.Son apologétique conquérante.I vol.144 pages.Beauchesne, Paris 1922.5.— Francis Vincent.Saint François de Sales, Directeur d âmes, L’éducation de la volonté.1 vol.581 pages.Beauchesne, Paris 1923.6.— J.Maréchal, s.j.Le point de départ de la métaphysique.Cahier II.Le conflit du ratio7ialisme et de Vempirisme dans la philosophie moderne avant Kant.1 vol 191 pages.Charles Beyaert, Bruges, 1923.1.— Voici un nouveau manuel de philosophie qui nous arrive de Belgique.C’est déjà une présomption en sa faveur.Car, en ce petit pays, la bonne philosophie, la vraie philosophie se trouve chez elle.Et nos lecteurs savent déjà que Léon XIII voulant mettre à exécution un rêve longtemps caressé s’est adressé à l’Université de Louvain.Et le cardinal 388 Le Canada français Archevêque de Malines, alors professeur à l’Université catholique belge, eut l’insigne honneur d’être le pionnier de la restauration philosophique tant désirée par le grand pape.Et c’est à Malines même, siège archiépiscopal de Son Éminence le Cardina Mercier, qu’a été imprimé le Cursus philosophicus du R.P.Van de Woestyne, de l’Ordre de saint François d’Assise.La lecture de ce tome premier nous a réellement charmé.En le parcourant attentivement, nous avions la sensation du nouveau, du personnel.Sans doute le R.P.n’expose pas une doctrine dont on n’a jamais entendu parler, non, c’est de la philosophie ancienne, de la philosophie du sens commun qu’il traite, mais il l’expose avec tant de clarté, et avec tant d’originalité que nous avons la bonne illusion de rentrer dans un pays où nous n’avons pas encore mis les pieds.Ce premier volume contient la Logique mineure, la Logique majeure, et Y Ontologie.La Logique mineure que nous appelons ordinairement Dialectique a pour objet les opérations de l’esprit humain considérées en elles-mêmes.Tandis que la Logique majeure ou Critique, ou encore, Crétèriologie, traite de ces mêmes opérations, non pas en elles-mêmes, cette fois, mais par rapport à la vérité.Il devient banale de dire qu’un bon cours de logique est de toute première importance.Cours fondamental par excellence puisqu’il a pour but de montrer le rôle des facultés intellectuelles et de prouver qu’elles sont capables d’arriver à la certitude.Quand on est convaincu de cette vérité primordiale, le reste, sans dire qu’il vient pas surcroît, est cependant relativement facile.L’auteur du Cursus Philosophicus s’est heureusement appliqué à scruter les différentes opérations de l’esprit humain, il en a quasi épuisé le contenu, et dans des conclusions solides, lumineuses, il établit d’une façon péremptoire la capacité native de l’intelligence de l’homme à posséder le vrai parfaitement.Le révérend Père est bien au Chronique philosophique 389 courant des systèmes modernes.Us n’ont pas de secret pour lui.Vraiment son érudition nous étonne.Et en passant nous osons lui reprocher l’abondance des citations, et aussi, la diversité des textes typographiques.C’est un peu fatigant pour l’œil, mais c’est là un détail.Quant à Y Ontologie, elle est présentée sous une division que nous croyons toute neuve.Une première partie qu’il appelle rêelle-concrète traite de la substance et des accidents ; la deuxième intitulée réelle-abstraite a pour objet l’être considéré en soi et tout ce qui s’y rapporte.Si nous comprenons bien, l’auteur a voulu partir du concret pour monter à l’abstrait, du moins difficile au plus difficile.Il n’y a pas à se le cacher, Y Ontologie est dure d’accès, et chacun s’ingénie à en rendre les abords faciles.Et il faut savoir gré au R.P.Van de Wcestyne de son intelligente tentative.La division est moins tranchée que celle de bien d’autres qui voudraient faire passer l’Ontologie après la métaphysique spéciale.On sait notre sentiment là dessus, et nous n’avons pas encore changé d’opinion.Cependant avouons franchement que la méthode du révérend Père ne nous agrée pas complètement encore pour la bonne raison que l’ontologie rêelle-concrète suppose des notions qui ne se trouvent que dans l’ontologie réelle-abstraite.Pour ce qui est de la distinction entre la substance et l’accident, celle-ci n’est-elle pas une application de la théorie de la puissance et de l’acte ?Il est vrai que l’auteur met la puissance et Y acte dans l’ontologie concrète, mais ne semble-t-il pas qu’elle est plus à sa place dans l’ontologie abstraite ?Ce serait aller contre notre pensée de dire que nous admettons toutes les solutions de l’auteur.^ Rappelons que le Cursus Philosophicus est conforme à l’école franciscaine, aptatus scholœ franciscanœ.Et alors surgit tout naturellement dans l’esprit de nos lecteurs l’idée de distinction sinon de séparation.Loin de nous l’intention de chercher querelle à qui que ce soit.Et sur certains points les thomistes et les scotistes sont 390 Le Canada français encore loin de s’entendre.Tout de même c’est notre devoir de rendre justice à la largeur d’esprit de l’auteur du Cursus Philosophicus.Il est très au courant des doctrines de Duns Scot et de celles de saint Thomas aussi.Et sa volonté bien visible d’être sérieusement objectif lui fait éviter des exagérations qui sont toujours regrettables.Et nous aimons beaucoup à le voir énoncer comme thesis probabilis, comme thesis certa ce qui est ou lui parait vraiment être ainsi.Et nous avons la ferme assurance que son Cursus contribuera encore davantage à rapprocher les deux écoles.D’ailleurs, les travaux récents qu’il met à profit ont déjà commencé avec succès ce travail d’union.Tout de même, est-il besoin de le dire, nous gardons encore nos positions au sujet de certaines questions que les disciples de l’École scotiste connaissent comme nous.Dans ces divergences d’opinion sur certains points fondamentaux, y a-t-il seulement diversité d’aspect, simple manière d’envisager les choses sous des angles distincts ?Nous pensons qu’il y a plus.Quoi qu’il en soit, in dubiis libertas.Et pour conclure nous répétons que le Cursus Philosophicus sort de l’ordinaire.Il est une des meilleures preuves de la merveilleuse vitalité de la philosophie scolastique en ces dernières années.C’est un manuel que tous les professeurs de philosophie devraient se procurer.Il est appelé à rendre d’éminents services.2.— Les jours se succèdent et ne se ressemblent pas.les volumes aussi.Sans vouloir faire de comparaison, toujours odieuse, nous dirons simplement que les Institutiones Philosophies du Père Franciseus Varvello ne ressemblent pas beaucoup au travail dont nous avons parlé plus haut.L’auteur des Institutions de philosophie ne s’adresse pas aux mêmes auditeurs.Aussi bien dans son ouvrage il semble avoir visé plutôt à la simplicité claire, à l’ordonnance logique, à une sobriété de bon aloi, autant de qualités qui sont l’ornement d’un traité élémentaire de philosophie. Chronique philosophique 391 Nous avons lu avec un intérêt tout particulier le manuel du P.Varvello.Et son attitude franchement thomiste dans les problèmes qu’il résoud n’est pas de nature à nous déplaire ! Seulement, pour citer un exemple, nous avons été quelque peu désappointé de lire au volume 1er de l’Ontologie, page 27, qu’à propos de la distinction entre l’essence physique, concrète, actuelle, on a tort d’invoquer 1 autorité de saint Thomas soit pour la distinction logique, soit pour la distinction réelle.Et cela, d’après Pecisi, (Cursus philoso-phiae, Vol.I, p.176), pour la bonne raison que du temps de saint Thomas cette question n’était pas exclusivement posée.Tout de même, au chapitre V de l’opuscule de saint Thomas, de Ente et Essentia, nous trouvons un passage où il est dit assez clairement et assez explicitement que l’essence et l’existence sont deux entités qui forment composition.Et les commentateurs de conclure qu’entre les deux il y a ou distinction logique ou distinction réelle.Et ajoutons que les scolastiques authentiques tiennent pour la distinction réelle, parce qu’ils y voient avec raison une conséquence logique de la théorie de l’acte et de la puissance.Le manuel du R.P.Varvello est d’une clarté incomparable dans l’exposition des thèses.Les arguments tout courts, les majeurs et les mineurs, bien à leur place, le mot essentiel qui arrive à point, voilà les qualités rares que nous lui reconnaissons volontiers.Encore une fois, l’auteur a voulu à dessein éviter tout étalage d’érudition.Pour un manuel de classe, c’est essentiel.Autrement les élèves, et parfois les professeurs sont embarrassés par ce surplus de citations, et ne savent trop que choisir dans ce fatras d’opinions.Mais le R.P.Varvello, pour s’être contenté d’une heureuse simplicité, ne possède pas moins de nombreuses notions philosophiques.Ses phrases condensées, résumées, nous révèlent une science profonde qui sait quoi exprimer et ne pas exprimer.Il faut donc reconnaître le mérite exceptionnellement pédagogique des Institutiones Philosophiœ. 392 Le Canada français Nous regrettons une seule chose c’est qu’elles soient imprimées sur du papier qui est loin d’être digne d’un texte semblable.Mais nous sommes en tant de crise.Et les fils de Dom Bosco en savent quelque chose.C’est là un détail, il est vrai, détail, pourtant, qui peut avoir son importance.Nous devons féliciter le R.P.Varvello, car il vient de faire sa quote part, et avec un succès marqué, dans l’œuvre de restauration thomiste poursuivie avec tant de zèle par Sa Sainteté Pie XI, glorieusement régnant.3.— L’influence joue un très grand rôle dans le monde.Elle pose un problème assez difficile à résoudre, puisqu’elle se traduit en une antinomie qui se lit comme suit : Rien ne passe de l’agent dans l’agi, et cependant l’agent produit quelque chose dans l’agi, où il n’est pas.C’est dire que l’immanence de l’agent semble réelle ; et cependant l’action exercé par lui sur Vagi semble réelle également.L’auteur tente de concilier ces deux données apparemment contradictoires.Il envisage la question sous un triple aspect : psychologique, métaphysique et pédagogique.Le point de vue psychologique du problème se ramène à une enquête expérimentale où après avoir dûment constaté le fait des influences réciproques, l’auteur nous montre comment ces influences s’exercent dans la vie sensible, dans la vie intellectuelle et dans la vie volontaire, et il en arrive à cette conclusion que toute influence s’exerce par voie d’assimilation.Qu’est-ce à dire ?Une observation attentive nous révèle que l’activité de notre vie, toute immanente qu’elle puisse être, est tout de même sans cesse “ tourmentée par un besoin d’expansion et de progrès, qui lui fait trouver toujours inférieur à ses aspirations profondes son développement actuel ”.Et cela, nous le constatons dans notre vie sensible, dans notre vie intellectuelle et dans notre vie volontaire.Aussi bien à ses trois degrés de notre activité, le plaisir et la joie résultent de l'hamonie, de l’accord entre nos énergies et notre fin naturelle.C’est ce que M.Thamiry appelle avec Chronique philosophique 393 raison la loi de l’assimilation.Cette harmonie, cette adaptation suppose sans doute le développement harmonieux des facultés.Car l’effort douloureux nait de l’excès ou du défaut.Trop travailler comme ne pas travailler du tout produisent la douleur et l’ennui.Mais aussi pour être agréable il est encore besoin qu’en définitive l’activité soit conforme, soit assimilée à la nature de l’être qui agit.Et avec quelle pénétration l’auteur analyse les phénomènes d’ordre physiologique, psychique et volontaire dont nous sommes quotidiennement le théâtre.Par de fines analyses, par de pénétrantes inductions qu’il applique à des exemples concrets empruntés ici et là il démontre que “ là où l’assimilation se réalise, l’influence est efficace ; que là où elle est impossible, l’influence est nulle ”.L’influence se ramène donc à une conformité à une assimilation, assimilation entre les intelligences, assimilation entre les volontés, assimilation entre une inclination, une tendance et son objet.Nous en avons la preuve évidente dans le monde inorganique d’abord, puis dans le monde physiologique et enfin dans le monde psychologique.Le principe de causalité est certain et évident.Il nous permet de découvrir la loi d’assimilation dans le règne inorganique.Lorsqu'une bille heurte une autre bille, écrit l’auteur, nous voyons un changement se produire en cette dernière : elle se meut, et elle ne se meut pas d’une façon quelconque, mais d’un mouvement en quelque point semblable au mouvement de la première.Je conclus qu’il y a là action causale.En effet, puisque un être ne peut communiquer au sujet, sur lequel il agit, que les qualités qu’il possède lui-même, l’action est — de par sa nature — génératrice d’une ressemblance, dès lors, la perfection de cette ressemblance mesure l’efficacité de l’influence exercée : dès lors aussi l’apparition de cette ressemblance devient le signe naturel d’un fait de causation.Il s’ensuit que dans le monde inorganique Y influence s’affirme par voie d’assimilation, (pp.87-88). 394 Le Canada français Même constatation dans le monde physiologique, chez les vivants de vie végétative et sensible et chez les vivants de vie intellectuelle, mais considérés dans leur vie animale.La vie, en effet, revêt l’aspect d’une lutte de l’âme contre les éléments inorganiques.Pour se nourrir et se développer, le vivant doit absorber des matériaux étrangers, les faire entrer dans le système de son activité, en un mot les assimiler.D’autre part, il est plongé dans un milieu avec lequel il entretient des relations incessantes ; il doit donc s’harmoniser avec les forces qui l’entourent afin de n’être pas broyé par elles.Cette adaptation est un mode d’assimilation nécessaire, non seulement à la sauvegarde, mais encore à l’expansion de l’énergie physiologique, (p.88).Enfin le monde psychologique confirme la même loi.Dès que l’homme, en effet, s’aperçoit qu’il peut exercer une influence sur ses semblables, il ressent l’irrésistible besoin d’agir sur eux.Or, vouloir agir sur les autres, c’est en réalité pour nous souhaiter de leur faire partager nos idées, nos sentiments, nos résolutions.Le langage est d’ordinaire l’instrument de cet influence sociale.Mais le langage naturel, aussi bien que le langage artificiel, n’est qu’un ensemble de signes et le signe ne porte pas en lui-même l’état psychologique ; il ne peut que le suggérer.C’est pour cela que nous ne comprenons pas les expressions d’idées qui nous sont totalement étrangères.Quant aux autres, nous les comprenons à notre manière, avec une perfection d’autant plus grande que nous avons éprouvé d’une façon plus précise l’état d’âme qu’elles traduisent.Les notions indigènes seules sont parfaitement saisies.Instruire un homme, ce n’est donc pas verser de l’extérieur des idées toutes faites dans son intelligence ; c’est par un usage plus ou moins conscient de la méthode “ maïeutique ”, provoquer l’éveil de ses énergies connaissantes et en diriger l’évolution ; “ celui qui enseigne, écrit saint Thomas, n’apporte au disciple qu’un secours extérieur, comme le médecin qui guérit ; et de même que la nature intime est la cause principale de la guérison, ainsi la lumière intérieure de l'intellect est la cause principale de la science ”.Instruire c’est donc, respectant l’essentielle immanence de la vie connaissante, amener l’élève à assimiler sa pensée à celle de son maître ”.(pp.8990). Chonique philosophique 395 La deuxième partie du volume de M.Thamiry donne l’explication du problème de l’influence.C’est pourquoi il l’appelle métaphysique.Multiples sont les hypothèses pour expliquer le fait des influences réciproques, mais diverses et opposées entre elles “ elles s'accordent à regarder Vassimilation comme le signe caractéristique de l'influence efficace ".Compénétration des substances, influence idélae, identité foncière, adaptation progressive, tels sont les différents noms dont s’affublent les théories proposées.Disons immédiatement que l’immanence des substances s’opposent à leur compénétration, tandis que les faits prouvent la réalité de l’influence.Quant à l’identité foncière, elle conduit au monisme.Enfin toute assimilation est œuvre d’adaptation progressive.C’est donc cette dernière hypothèse qui nous mène à la solution de l’antionomie dont nous parlions tout à l’heure.Il y a un acte commun en qui réside le lien causale qui unit l’agent au patient, et qui explique l’influence de l’un sur l’autre.Acte commun de la balle et de la main qui la lance, acte commun du sensible et du sentant, acte commun de la foule émue et de mon âme emportée par la contagion morale.en cela, nous ne voyons qu’une relation unique entre deux termes, dont l’un agit et l’autre pâtit.A cet instant fugitif, les diverses substances, dont l’essentielle immnanence demeure toujours inviolée, se rencontrent et s’unissent.Elles forment un système composé, mais, mis en branle par une opération unique, dont l’agent a l’initiative et dont le sujet a le profit.En cette unité passagère apparaît la réelle solidarité de la cause et de l’effet.L’on comprend, dès lors, pourquoi, lorsque le système aura été brisé, le résultat de l’influence sera marqué par la genèse— dans le sujet — d’un mouvement, d’un état, d’un acte identique au mouvement, à l’état, à l’acte de l’agent, (p.181).Mais l’agent ne s’épuise pas en agissant, il ne s’appauvrit pas par un écoulement de sa substance ou de ses accidents, et le sujet subit son influence sans se laisser envahir.L’agent et le patient sont donc ontologiquement distincts, seulement 396 Le Canada français ils sont tous deux unis dans un acte commun, qui est le terme de l’influence et la voie par où se propage son efficacité.La troisième et dernière partie, appelée pédagogique énonce quelques applications pratiques qui découlent nécessairement des conclusions de l’auteur.Pour cela il faut une méthode, et la bonne, qui seule permettra d’exercer une véritable influence dans la vie sensible, intellectuelle et morale.L’auteur insiste à bon droit sur la nécessité d’une excellente formation personnelle r personne ne donne ce qu’il n’a pas ; aussi il revient souvent sur l’opportunité de bien connaître le milieu physiologique et psychologique du sujet.Que de gens ont manqué leur coup pour n’avoir pas assez tenu compte du milieu Concluons, en disant que le travail de M.Thamiry dénote chez son auteur un philosophe profond, doublé d’un pénétrant théologien.Il forme le XXe fascicule des Mémoires et Travaux publiés parles professeurs des Facultés catholiques de Lille.Dans cette galerie déjà célèbre, il fait certes bonne figure.Ces pages marquées au coin de la doctrine la plus authentique devrait se trouver sur la table des professeurs» des confesseurs, des directeurs d’âme, en un mot de tous ceux qui ont un rôle à remplir auprès de leurs semblables.4.— Le distingué professeur de Lille fait une heureuse application de sa théorie de l’influence à l’apologétique conquérante de saint François de Sales.Ayez des vertus.et vous aurez de l’influence.En parlant de l’apostolat de l’évêque de Genève, cette phrase de Lacordaire nous vient tout naturellement sur les lèvres.Sans aucun doute, les vertus personnelles du grand saint ont été pour beaucoup dans ses succès auprès des âmes.Mais il avait sa méthode, il avait sa manière à lui.Cette méthode, cette manière, M.Thamiry veut nous la faire connaître.Saint François de Sales part de ce principe que nous avons une “ inclination naturelle d’aimer Dieu sur toutes choses Et toute sa méthode consiste à mettre en valeur cette inclination. Chronique philosophique 397 Son œuvre d’apologétique conquérante, en effet, n’entend point introduire en nous du dehors les vertus naturelles toutes faites, mais en provoquer l’éclosion par la culture des germes déposés en notre nature, (p.140).Cette précieuse inclination “ vit en notre nature comme en un terrain fertile et sa floraison produira le divin amour Celui-ci, il l’appelle “ une plante pareille à celle que nous appelons angélique, de laquelle la racine n’est pas moins odorante et salutaire que la tige et les feuilles Cette inclination précieuse encore, il la découvre à travers les assimilations spontanées de notre âme comme dans les orientations actuelles de nos désirs ; il en signale les progrès, et sous son irrésistible force d’expansion il reconnaît les exigences d’une aptitude essentielle à tous les “ vrays hommes ” Il semble qu'à son avis, c’est sur elle qu’ont la prise la plus efficace et les actes de l’initiative humaine et les touches imperceptibles de la grâce.Aussi consacre-t-il le principal de son effort à la cultiver : c’est pour la tenir en éveil, en faire Y éducation, la mettre en possession de l’idéal, auquel elle est fondamentalement ordonnée, qu’il marque les étapes psychologiques, que l’âme doit franchir dans son œuvre de correspondance à l’inspiration céleste, (p.143).Et sa méthode de la conquête des âmes est par l’amour et par l'action, mais celle-ci suppose celui-là, et est greffée dessus.Méthode qui a une efficace particulière pour faire fleurir toutes les vertus, “ qui vivent de l’amour, comme les greffes entées sur l’arbre de Tivoli, vivaient, de son humeur radicale ”.Cette méthode est exposée dans le Traité de l’amour de Dieu, chef-d’œuvre incomparable de spiritualité, livre immortel qui a converti bien des âmes, livre que nous fait aimer davantage M.Thamiry par la pénétrante étude qu’il vient d’en faire et pour laquelle nous lui en savons infiniment gré.5.— La méthode conquérante de saint François de Sales M.l’abbé Francis Vincent, professeur aux Facultés catho- 398 Le Canada français liques de l’Ouest, l’a exposée dans un volume de plus de cinq cents pages, intitulé, saint François de Sales, directeur d’âmes.Cet ouvrage, le distingué professeur l’a présenté comme thèse de doctorat ès-lettres à l’Université de Poitiers.Disons en passant qu’il a été reçu avec mention très honorable.Pages d’une profonde psychologie, d’une haute tenue littéraire, d’une vaste érudition, telles sont les qualités maîtresses du dernier livre de l’auteur si connu qui a écrit Ames d’aujourd’hui.Saint François de Sales fut un personnage complexe.Les riches dons de la nature et de la grâce, pourtant si bien harmonisés en lui, pour les observateurs pressés, prêtent à des antinomies apparemment insolubles.Et l’on s’en va en disant comment se fait-il que pour les uns il fut le plus mortifiant des Directeurs d’âme, et pour les autres, il a été occasion de laxisme et de relâchement.Défaut de perspective, dirons-nous.Ou mieux, on le regarde comme il ne peut être, comme il ne doit pas être regardé, et voilà qu’on le trouve comme on le veut trouver.Victimes de lectures hâtives et d’appréciations superficielles à son sujet, nous sommes portés à être presqu’injuste à son égard.M.Francis Vincent étudie ce Directeur d’âmes incomparable sous tous ses aspects.Avec la méthode la plus rigoureuse et la plus à point, il trouve en lui le faciliter in re et le suaviter in modo.“ La douceur salésienne, écrit-il, n’est que de méthode non de doctrine ”.Mais justement, parce qu’il a poussé plus loin que personne le divorce de l’homme avec lui-même, parce qu’il est le plus mortifiant de tous les saints, il a été conduit d’instinct à chercher, pour nous faciliter la tâche, sinon des “ palliatifs ”, du moins des “ adjuvants ” Il a été amené à insister, plus qu’on ne l’a jamais fait, sur l’amour, sur l’amour affectif, qui ne supprime pas, mais fait oublier la dureté de la loi.La joie qui émane de l’amour de Dieu, comme de tout amour, annule en fait l’amertume du travail ascétique.Uhiamatur, non laboratur.Ce qui ne veut pas dire que l’objet du labor s’abolit, Chronique pholisophique 399 mais que ce labor lui-même devient joie.Toute sa doctrine est là ! dans leur substance les vertus, telles qu’il les enseigne, sont aspres et rigoureuses, mais l’amour intervient comme un dérivatif et convertit en suavité leur amertume essentielle, (p.555).On ne saurait mieux dire, et dans ce court passage l’auleur résume d’une façon très claire et très précise toute la méthode de direction de notre saint.Cette douceur dans la méthode, n’allons pas l’exagérer.Elle est douée d’un merveilleux pouvoir d’adaptation.Elle varie suivant les personnes.Aussi bien trouvons-nous en elle une souple gradation faite de mesure et d’équilibre.Mais là encore prenons garde d’être dupes.La direction de notre saint n’est habituellement condescendante et cordiale dans sa forme que parce que le gros de l’humanité lui semble se composer, non de froids stoïciens, mais de faibles hommes, grands enfants, à qui il est agréable, nécessaire même, d’être capotés et pour ainsi dire dorlotés.Leur présenter la vertu dans sa nudité austère, c’est aller, pense-t-il, à un échec.On n’a jamais trop, ni même assez d’alliés dans la grande œuvre de l’éducation spirituelle ! La manière ordinaire de saint François de Sales est la manière douce, sans doute parce que son tempérament l’y porte, mais aussi parce que la “ matière ” sur laquelle il travaille l’exige ainsi.La soumission à l’objet est, en matière de direction, la loi suprême de ce grand réaliste, dont M.Brémond a dit fort justement, qu’il faudrait l’appeler le Doctor experimentalis.Or, précisément, parce qu’il se soumet constamment à l’objet, il faut que les rigides se rassurent ! L’évêque de Genève est aussi leur homme ! Un principe domine toute sa méthode, principe sauveur qui la maintient à jamais dans l’universel : le directeur salésien doit s’adapter à chaque âme et lui parler constamment dans la nuance de ton qui lui convient en propre.A vrai dire même, il n’y a pas une méthode salésienne, il y a théoriquement autant de méthodes que d’âmes ; ou, si l’on veut absolument qu’il y en ait une, cette méthode a nom : souplesse, élasticité, conformité aux choses, aux circonstances et aux temps.Aux âmes vigoureuses il faut parler vigoureusement.Ainsi fait-il.Il est l’homme d’un seul principe, oui, mais à cause de cela justement, il est l’homme de plusieurs manières et de plusieurs tons. 400 Le Canada français Oui méthode humaine par excellence, et partant, marquée au coin de la plus large universalité.Elle a formé et elle formera encore des miliers d’âmes soucieuses de leur sanctification.Elle est une véritable école pour l’éducation de la volonté, infiniment supérieure à celle de Jules Payot, lequel a voulu vidé de tout idéal chrétien et catholique les règles qu’il trace pour former son vouloir.Aussi combien chancelant tout l’échaffaudage qu’il a élevé.Saint François de Sales a opéré une synthèse admirable de toutes les doctrines ascétiques de quinze siècles.Comme il le dit, il a suivi l’exemple des abeilles.Mais son génie a donné à son œuvre une teinte d’originalité et de personnalité puissante qui n’a jamais été surpassée.Le beau et bon livre de M.Francis Vincent nous fait mieux connaître et plus aimer ce grand docteur dont on a célébré le troisième centenaire à la fin de l’année dernière.Saint François de Sales, directeur d’âmes, devrait avoir sa place dans la bibliothèque de tout homme cultivé.6.— De la psychologie, et de la psychologie religieuse, nous tombons avec le R.P.J.Maréchal, en pleine métaphysique.Nos lecteurs connaissent déjà le distingué Jésuite.Ici même nous avons donné compte-rendu du cahier I qui a pour titre général : le Point de départ de la métaphysique.On se le rappelle, ces cahiers appartiennent à la section philosophique de la série d’études publiée par les Pères Jésuites de Louvain, sous la rubrique générale Museum Lessianum, pour commémorer le quatrième centenaire de Lessius.Ce deuxième cahier a pour objet le Conflit du Rationalisme et de l'Empirisme dans la philosophie moderne avant Kant.Comme le déclare l’auteur dans l’introduction, le but de ce second cahier “ est avant tout d’exposer comment la philosophie moderne, jusqu’à l’avènement du Kantisme, demeure, à son insu, dépendante du bas moyen âge ”, et, pour ainsi parler, elle secrète “ petit à petit, en thèses expli_ Chronique philosophique 401 cites, tout le venin caché du Nominalisme.Sauf à renier son point de départ, elle ne pouvait pas ne pas aboutir, soit à Hume, soit à Wolfe ou à Spinoza.” En effet, toute la philosophie avant Kant, ou rationaliste ou empiriste, a une théorie générale des concepts diamétralement opposée à celle de saint Thomas.Avec raison le Docteur angélique soutient que la connaissance conceptuelle directe des objets matériels est synthétique et universalisante.Ses adversaires, au contraire, prétendent quelle n’est qu intuitive et singulière.Alors que devient-elle! Une copie exactede la perception sensible au point de n’en plus différer essentiellement — c’est toute la doctrine de l’empirisme — ou une pénétration intellectuelle des essences sans l’intermédiaire d’une passivité sensible — c’est le dogmatisme ontologique.Par conséquent pour être partie d’une fausse notion des concepts la philosophie moderne, avant Kant, a inévitablement abouti au scepticisme de Hume et au réalisme métaphysique exagéré de Spinoza.Et Kant s’est imposé la tâche de faire la reconciliation des deux.Aussi bien sa philosophie peut-elle se ramener à une tentative de synthèse du rationalisme et de l'empirisme.Tout en étant comme emprisonné dans les métaphysiques rationalistes qui le précédèrent, Emmanuel Kant eut l’avantage de pouvoir bénéficier des essais d’épistémologie critique de ses prédécesseurs.Ceux-ci s’appliquent principalement à Y étude du sujet, à la notion du phénomène et à celle d'espace, d’identité et de cause.Au fait la philosophie moderne avec Descartes fit grand cas du sujet, du moi.C’était préluder au subjectivisme inévitable de la critique kantienne.Quant à la notion du phénomène, il faut avouer que c’est la philosophie moderne qui en a donné le sens pleinement critique.Et r espace, et l'identité et la cause, on sait tout le rôle que ces trois choses ont joué dans la philosophie de Kant.Et la conclusion qui se dégage de ces fortes pages où l’érudition le dispute à la solidité de la doctrine, c’est que le 402 Le Canada français thomisme authentique, largement compris, donne la vraie solution aux problèmes qui depuis toujours intéressent l’humanité.Le conflit dans lequel se débattent et rationalisme et empirisme nous en est une preuve consolante et convaincante.En terminant nous osons exprimer un souhait, c’est que ces cahiers en cours de publication brillent davantage par cette belle clarté française que la langue philosophique, même scolastique, n’exclut pas nécessairement.Sans doute la matière de ces cahiers est difficile d’exposition, elle a pour ainsi parler certaines formes archaïques qui lui sont comme inhérentes ; tout de même certains passages auraient besoin d’être remaniés.Et le public cultivé auquel s’adresse l’auteur n’en serait que plus satisfait.Arthur Robert, ptre.
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