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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le comte Albert de Mun. L'homme. L'oeuvre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1923-10, Collections de BAnQ.

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LE COMTE ALBERT DE MUN L’HOMME - L’ŒUVRE Parmi les personnalités de premier plan qui, durant ces quarante dernières années, prirent une part active au mouvement des idées en France, 1 une emerge véritablement, parce que s’étant imposée à tous les partis, elle avait fini par planer au-dessus d’eux.C’est celle du Comte Albert de Mun.Cet aristocrate d’ancien régime qui tint une si grande place dans le nôtre, s’imposait à tous par son ascendant, son action généreuse et désintéressée, son ame de chef.Chef, le Comte de Mun l’était dans toute l’acceptation du terme.Il fut l’animateur, l’excitateur de la Jeunesse catholique de notre temps.Il eut des idées nettes et précises sur la question sociale aujourd’hui et s’adonna sans compter à la noble mission de défendre et de propager ces idées.Il “ connut, -écrivait récemment M.Georges Goyau, cette glorieuse fortune,— la plus enviable pour un penseur, de sentir qu’en cheminant à travers le monde, ses idées se dissociaient peu à peu d’avec sa personnalité et d’avec son nom, et que, pour beaucoup de catholiques, elles devenaient une sorte de lieu commun, un corollaire spontané de leur Evangile et de leur Crédo.Sur l’horizon des jeunes, les idées qu’on avait jadis appelées les idées de M.de Mun émergeaient de plus en plus souveraines et cependant l’on disait de moins en moins : “ Les idées de M.de Mun.” 0) Ces idées, nous autres, les jeunes, nous les avons si complètement approuvées et adoptées que nous les considérons maintenant comme une des conséquences essentielles de 0) Georges Goyau, de l’académie française.— Catholicisme et Politique.Un “ Animateur ”, Henry Bazire.— P.193.Edition de la Revue dés Jeunes 1923 104 Le Canada français notre foi religieuse et que nous les tenons pour les principes directeurs nécessaires de notre vie sociale.C’est ce qu’avait fort bien compris, celui qui seul fut vraiment le fils spirituel de M.de Mun, Henri Bazire, lorsqu’il concrétisait cet état de chose dans sa formule toute lapidaire : sociaux parce que catholiques.Évoquer la belle et noble figure du Comte Albert de Mun, de ce croisé qui marcha toujours la tête haute dans la vie, de son pas tranquille et fier, ayant l’allure d’un chevalier qui porte en soi la force d’une convicction religieuse profonde, c’est certainement faire une bonne action.Car, il est des morts, dont “ le souvenir,” disent les Saintes Ecritures, est un exemple et une leçon pour les vivants.Le Comte de Mun est assurément de ces morts-là.I Le Comte de Albert Mun est né en 1841, à Lumigny, en Seine-et-Marne.Si “ ce coin de Brie ” fut son berceau, ses origines le rattachaient au combattif pays de Bigorre.Le manoir des De Mun est à quelques lieues seulement de Tarbes.Du côté maternel, descendant de l’encyclopédiste matérialiste et athée, Helvetius, il eut pour mère Eugénie de la Ferronnays, la touchante héroïne du “ Récit d’une sœur”.Son enfance s’écoula tranquille et heureuse dans la vieille habitation familiale de Lumigny.Il perdit sa mère de bonne heure et fut élevé avec son frère aîné Robert par une belle-mère qui entretint en eux la vénération de la mémoire de leur mère.Après quelques années passées dans un collège libre de Versailles, il fut admis à l’è'cole militaire de Saint-Cyr.“ J’étais entré dans l’armée, écrivait-il plus tard, comme on y entrait il y a cinquante ans, dans les familles que les révolutions politiques avaient éloignées des autres carrières, Le Comte Albert de Mun 105 pour y passer quelques années de jeunesse.” (4) Aucune vocation impérieuse ne l’attirait vers le métier des armes et pourtant à partir de ce moment il fut un soldat.Depuis lors un mot résume sa vie : Servir.N’est-ce pas d’ailleurs la devise des De Mun depuis cet Aster de Mun qui fut compagnon de Saint Louis à Damiette jusqu’au beau lieutenant de cavalerie qui reçut la Croix de la Légion d’Honneur à Gravelotte ?Sorti de Saint-Cyr en 1862, le Comte Albert de Mun rejoint en Algérie le 3e régiment des chasseurs d’Afrique.Là, il mena une vie purement militaire, très active, animée par les expéditions fréquentes que rendaient nécessaires les insurrections des indigènes (2).Ses souvenirs d’Algérie lui laissèrent une bien vive impression qui réparait quelque fois au cours de sa vie.“ Jemerappelle, s’écriait-il un jour à la Chambre, cette fierté qui saisissait alors les âmes au récit des grandes choses du passé et l’air de tous ces visages quand l’escadron en marche sur un sentier d’Algérie, s’arrêtait tout à coup devant une pierre, un buisson, marqués par le souvenir d’un combat où le régiment avait donné, pour faire front et présenter le sabre.” (3) Un mois avant sa mort, il évoquait encore dans son article quotidien le souvenir de son capitaine aux chasseurs d’Afrique exprimant son contentement quand dans une attaque, il voyait “fléchir.le front longtemps impénétrable des Arabes, retranchés derrière les rochers.” (4) Non contentes de tremper son âme et de former son caractère de soldat, ses campagnes lui donnèrent “ le goût et le sens des problèmes de politique coloniale.Nos territoires d’outre-mer, disait-il, sont une réserve pour l’avenir.” (5) Revenu en France au début de 1867, il tint garnison à Clermont-Ferrand.C’est là que pour la première (') Ma vocation sociale.(2) Discours, t, M.p.470.(3) La guerre de 1914, p.162.(4) La guerre de 1914, p.162 (5) Discours T.III p.202. 106 Le Canada français fois il rencontra une œuvre catholique ouvrière.C’était un patronage de jeunes gens fondé par la Conférence de Saint-Vincent de Paul.Il se fit inscrire à cette dernière et fréquenta le patronage avec toute l'assiduité que lui permettaient les exigences de son service.“ Après quarante ans écoulés, écrivait-il, je ne puis songer sans une émotion reconnaissante, aux parties de jeu du dimanche avec les jeunes ouvriers et aux joies goûtées parmi les familles pauvres du quartier populaire qui s’étendait derrière l’église des Minimes.” (‘).Mais voici la guerre.Dès le 15 juillet 1870, le lieutenant de Mun était prêt à partir.Ce jour-là, n’attendait-il pas avec plusieurs autres officiers la fin de la séance du Corps législatif ?Avec ses camarades, il acclama la guerre, tandis que “les députés.le front soucieux, inquiets et troublés, doutant de leur œuvre.la subissaient résignés, incertains si la nation était avec eux.” (2) Il rejoint l’armée de Metz comme officier d’ordonnance du Général Clérembault, commandant la division de cavalerie du 3è corps.Il s’y distingua rapidement.Au dire de Changarnier, il était “de ces officiers qu’un chef éclairé doit vite apprécier, estimer et aimer.” Sa belle conduite à Gravelotte lui vaut la Légion d’honneur.Quelques jours plus tard, le 16 août, sous le bonbardement “ parmi le tumulte des escadrons, du canon et de la fusillade ”, (3), il rencontre dans l’Etat major du général Ladmirault un de ses camarades de collège, gentilhomme de vieille race comme lui, le capitaine de la Tour-duPin.“ Allons, s’écria ce dernier en embrassant le lieutenant de Mun, il y aura encore de beaux jours pour la France ! ” Heureuse prédiction que les deux amis se chargèrent de réaliser plus tard ! Puis ce fut le blocus de Metz et bientôt la capitulation.Durant une halte du train qui emmenait notre état-major en (1) Ma vocation sociale, p.3, 4.(2) La guerre de 1914, p.19.(*) Ma vocation sociale, p.8. Le Comte Albert de Mun 107 captivité, de Mun retrouva le capitaine de la Tour-du-Pin.Dès lors, plus rien ne les sépara.Internés à Aix-la-Chapelle, ils vécurent tous les deux dans la plus étroite intimité.Pour distraire la monotonie de leur existence, ils travaillaient ensemble à coordonner les notes que de la Tour-du-Pin avait prises sous Metz.Cette communauté de pensée les rapproche encore davantage et éveille entre eux tout un monde d’idées.Un jésuite, le P.Ec.R.les visitait.Un jour, il leur apporta le livre d’Emile Keller, paru en 1866 : L’Encyclique du 8 décembre 1864 et les Principes de 1789.Sa lecture leur parut dans “ l’obscurité de leur douleur, une lumière qui inondait leurs esprits.” En même temps le docteur Leigens, chez qui ils étaient reçus, leur parlait de Mallinckrodt, de Liéber et surtout de Ketteler.La paix signée, ils revinrent en France, un idéal nouveau devant eux.Le 15 mars 1871, ils arrivèrent à Paris ; le 18, c’était la Commune.Après s’être mis à la disposition du gouvernement de Versailles, de Mun fut d’abord attaché à Gallifet, et rejoin-gnit bientôt son ami de la Tour-du-Pin à l’état major de Ladmirault, Un jour que de Mun accompagnait le général aux avant-postes de Courbevoie, ils aperçurent des soldats qui portaient un homme ensanglanté, Ladmirault s’arrêta et s’informa.“ Mon général, c’est un insurgé ! ” dirent les troupiers.Alors ce cadavre vivant se soulevant sur la civière tendit vers nous son bras nu, et, le regard fixe, d’une voix éteinte, prononça “ Les insurgés, c’est vous !.” “ Le convoi s’éloigna, mais la vision nous resta présente, ajoute de Mun qui rapporte la scène.Entre ces révoltés et la société légale dont nous étions les défenseurs, un abîme nous apparut.” (J) Cette parole du moribond, les spectacles hideux dont il fut le témoin, les profanations sacrilèges de l’église de Belleville furent le point de depart de son apostolat.“ Mon ami et (i) Ma vocation sociale p.22 108 Le Canada français moi, nous contemplions ces scènes douloureuses, écrit-il encore, il nous sembla qu’au fond de nos cœurs, un appel secret nous avertissait du but qu’allait donner à notre vie cette rencontre tragique du peuple et de la société en face de la croix abattue.” (J) L’ordre rétabli, Ladmirault, nommé gouverneur de Paris, fixa sa résidence au Louvre.Ses officiers d’ordonnance s’y installèrent avec lui.C’est à ce moment que le capitaine de Mun commença d’écrire.Il présentait pour les lecteurs du Correspondant les notes du capitaine de la Tour-du-Pin-Chambly sur l’Armée française à Metz.Son article, selon M.Victor Giraud, n’était qu’un commentaire enthousiaste du livre de son ami.Toutes ces idées aboutissaient en somme à un rêve d’action religieuse et patriotique.Mais ce rêve était encore assez vague.En vain entrait-il en relrtions avec Dupanloup dont le gallicanisme le heurta ; avec Louis Veuillot qui l’enchanta ; avec Le Play qui le déçut un peu ; en vain il se nourrissait de Joseph de Maistre, de Bonald, de Balmès et de Donoso Cortès : si ses idées mattresses, ses tendances générales se devinaient, se précisaient progressivement, elles manquaient pourtant d’un point d’appui solide, d’un objet fixe et concret.Tout ce lent travail intérieur, de son propre aveu, risquait d’aboutir “ à une sorte de dilettantisme catholique et social.” (2) Ici se termine ce que j’appellerai la période de formation du Comte de Mun.Jusqu’ici il n’est qu’un fringant officier de cavalerie, portant fièrement le nom de ses ancêtres et pouvant se dire déjà “ le fils de ceux qui, pendant de longs siècles, avaient trouvé dans l’honneur de combattre et de verser leur sang pour la France, le fondement de leurs privi- (*) Ma vocation sociale, p.24.(*) Victor Giraud, déjà cité, pp.22, 23. Le Comte Albert de Mtjn 109 lèges.” (x) Il est un homme instruit que les problèmes religieux, philosophiques et sociaux intéressent, sans pourtant l’enthousiasmer jusqu’à consacrer sa vie à leur donner une solution heureuse.C’est un soldat d’avenir, futur officier supérieur de valeur.Mais ce n’est pas encore l’homme d’action qui eut une si heureuse influence sur les dernières années du XIXème siècle et les premières du XXème.Toute l’orientation de la vie du Comte de Mun dépend désormais de la visite qu’il reçut au courant de novembre 1871, d’un homme d’une cinquantaine d’années, d’un extérieur modeste, à la physionomie sympathique et distinguée.C’était un Frère de St Vincent de Paul, Maurice Maignen, le directeur du cercle ouvrier du boulevard Montparnasse.Du premier regard, il prit possession de son âme.Il parla seul du peuple, il ne demandait plus la charité, il enseignait l’amour et il ordonnait le dévouement, écrivait 37 ans plus tard le Comte de Mun dans sa Vocation sociale.(2) La scène d’ailleurs mérite d’être rapportée.“Nous étions debout près de la fenêtre : entre les arcades, la ruine prodigieuse du château des Tuileries dressait tragiquement son dôme crevé et ses murailles calcinées.L’homme de Dieu les montrait.“ Oui, disait-il, celà est horrible, cette vieille demeure des rois incendiée, ce palais détruit, où tant de fêtes éblouirent les yeux.Mais qui est responsable ?ce n’est pas le peuple, le vrai peuple, celui qui travaille, celui qui souffre : les criminels qui ont brûlé Paris, n’étaient pas ce peuple-là, mais celui-là, qui de vous le connaît P.Ah ! les responsables ! les vrais responsables ! c’est vous, ce sont les riches, les grands, les heureux de la vie, qui se sont tant amusés entre ces murs effondrés, qui passent à côté du peuple sans le voir, sans le connaître, qui ne savent rien de son âme, de ses besoins, de ses souffrances.Moi, je vis avec lui, et'je vous le dis de sa part, il ne vous hait pas, mais il vous* ignore, C1) Discours t.III p.464, 465.(!) Ma vocation sociale, p.60. 110 Le Canada français comme vous l’ignorez : allez à lui, le cœur ouvert, la main tendue et vous verrez qu’il vous comprendra.” “ L’homme de Dieu, continue le Capitaine deMun s’était transfiguré : son regard brillait d’un feu surnaturel, sa voix vibrait d’un accent dominateur.Soudain, il s’apaisa, ses yeux se voilèrent, adoucis.Il s’excusa de son animation et me voyant conquis, se retira m’ayant seulement prié de’lui rendre sa visite, en venant à mon tour présider la prochaine assemblée des membres du cercle.Je le promis.Ainsi se décida mon avenir.” (*) Cette visite, en effet, orienta tout le reste de sa vie.C’est le 10 décembre 1870, à 8 heures du soir, qu’Albert de Mun fit, si je puis dire, ses premières armes sociales au cercle Montparnasse.En grande tenue, dolman bleu de ciel aiguillettes d’argent à l’épaule, sabre d’acier, droit et léger au côté, il se présente chez M.Maignen.Il parle à des ouvriers, clairement et sans emphase.C’est la première fois qu’il parle en public.“ Ce n’est pas le discours d’un réformateur en herbe ; c’est simplement l’apostrophe émue d’un soldat à des travailleurs chrétiens comme lui.” (2) Là parmi ces ouvriers dont le regard fixé sur lui faisait vibrer tout son être, près de Léon Gautier, de Paul Vrignault et de Maurice Maignen, se révéla d’une façon irrésistible sa vocation sociale.Comme il l’a dit lui-même “ilsedonna toutentier.” 0) Il entreprit aussitôt de concert avec son frère Robert et son ami René de la Tour-du-Pin de fonder dans tous les quartiers de Paris des cercles semblables à celui qu’il venait de visiter.On commença par l’un des coins les plus pauvres et les plus populeux de la capitale, Belleville, Maignen et Vrignault les soutenaient, Gautier se passionnait pour leur (1) Ma vocation sociale.(2) Ma vocation sociale.(*) Ma vocation sociale. Le Comte Albert de Mun 111 entreprise.Le député de Belfort à l’Assemblée nationale, Emile Keller, le directeur du journal “ Le Monde, ” Armand Ravelet et Léonce de Guiraud se joignirent à eux.Le 23 décembre 1871, ils se réunirent chez Vrignault.Ce chef de bureau au Ministère des Affaires étrangères logeait tout simplement au cercle Montparnasse dans une humble chambre d’ouvrier.Dans cette “ veillée d’armes ”, comme l’appelle de Mun, après la prière dite d’une voix tremblante de ferveur (*) par Paul Vrignault, ils se déclarèrent unis en comité pour la fondation de cercles catholiques d’ouvriers dans Paris.Pour se procurer les fonds nécessaires, fut lancé dans la presse un appel aux hommes de bonne volonté.Une adresse au pape, “ adhésion absolue aux principes de l’Encyclique Quanta Cura et à la condamantion de toutes les erreurs du temps présent,” fut rédigée.Le but de l’œuvre était nettement défini : “ Elle se propose, dit l’adresse de ses fondateurs à S.S.Pie IX, de créer au milieu de la capitale, et notamment dans les quartiers où le mal a fait le plus de progrès, vingt cercles catholiques où l’ouvrier puisera les vertus vraies, les principes solides, les joies légitimes, la vie surnaturelle enfin en union intime avec Jésus-Christ et la Sainte Eglise.” “ L’objet, disait plus tard le Capitaine de Mun, c’ëtait une contre-révolution faite au nom du Syllabus ; le moyen, c’était l’association catholique.” (2) Trois jours après cette réunion, à la fête de Noël, les membres du nouveau comité renouvelèrent solennellement devant le Saint-Sacrement, dans la chapelle du cercle Montparnasse, les engagements contractés dans la soirée du 23.L’œuvre des Cercles était née.C’était la première du Comte Albert de Mun.Dès le 7 avril, le cercle de Belleville était fondé.Il était installé, près du secteur, non loin de la fameuse rue Haxo, C1) Ma vocation sociale, p.70.(*) Discours T.I.Questions sociales, p.11. 112 Le Canada français qu’ensanglanta le martyre des otages de la Commune.Le lieutenant de Mun, toujours officier d’ordonnance du général de Ladmirault, en prononçait le discours d’inauguration.Le dimanche suivant, Mgr Mermillod, qui n’était alors qu’évêque d’Hébron, dans la chaire de St-Clotilde, mettait l’Oeuvre en pleine possession de l’attention publique.Quelques mois plus tard, on inaugurait le cercle de Montmartre et bientôt, grâce à l’actif concours d’une directrice de pension, Mlle Dissand, sous la présidence du colonel d’état-major Lion, le Comte de Mun fondait, à Lyon, un comité analogue à celui de Paris.Le 24 août, il inaugurait le cercle du quartier de la Ûroix Rousse.Le 27, en présence de Mgr Pie, en compagnie de son frère et de René de la Tour-du-Pin, il prononçait le discours d’ouverture du cercle de Notre-Dame des Dunes à Poitiers et au début de décembre, celui de Brotteauxà Lyon encore.Il entreprit ensuite, comme il le dit lui-même, son tour de France, portant la bonne parole, à Marseille, à Tours, à Bordeaux, à Toulouse, toujours à Lyon.A Bordeaux, le comité avait pour président Gérard de Montesquieu, un descendant direct de l’auteur de l’Esprit des lois.Comme il arrivait au cercle avec lui, un ouvrier s’avance et leur dit : “ M.de Monstesquieu, vous portez un grand nom, vous l’honorerez ce soir plus qu’il ne l’a jamais été, et vous, mon Capitaine, vous honorerez votre uniforme.” Les larmes aux yeux, il se jette dans les bras d’Albert de Mun en l’embrassant.“ Après 35 ans, écrit celui-ci, je crois encore sentir sur ma joue, la marque brûlante de ce baiser d’ouvrier.Ce fut comme un pacte d’alliance.” (l) C’est qu’en effet, fait justement remarquer M.Victor Giraud, 1“ ’apostolat religieux et social d’Albert de Mun s’était développé comme en marge de son métier militaire et n’avait nui en rien à ses obligations professionnelles.” (*) (*) Ma vocation sociale, p.178.(*) Victor Giraud déjà cité, p.795, 27. Le Comte Albert de Mun 113 En 1872, nommé capitaine au 9ème Rgt de Dragons, en garnison à Meaux, son “ existence en partie double ” (*) l’oblige à habiter Paris et à prendre chaque matin le train de cinq heures pour rejoindre ses dragons à la caserne ou sur le train de manœuvre à Meaux.Mais dans le courant de 1874, son attitude et aussi son influence commençaient à inquiéter le gouvernement.Après un blâme du Ministre de la Guerre et une interpellation de M.de Mahy à l’Assemblée nationale sur son langage qui semblait “ une provocation à la guerre civile ”, craignant pour l’avenir un moindre libéralisme de la part de ses chefs et du gouvernement, le Comte de Mun crut devoir reprendre toute sa liberté.Après de longues hésitations, à la fin de 1875, il donna sa démission d’oflicier.Il était, nous dit-il, triste mais résolu.Plaçant sur son prie-Dieu la lettre d’acceptation du ministre, il renouvela dans le sacrifice qu’elle faisait irrévocable, l’offrande de ses forces à la cause de Dieu.Qui pourra jamais comprendre la grandeur du sacrifice de cet aristocrate, passionné pour sa carrière, la brisant dans une pensée réfléchie, pour entreprendre une nouvelle conquête, celle du peuple de France ?La politique tentait M.de Mun.Plusieurs sièges lui furent proposés : Lille, les catholiques fort nombreux étaient ses électeurs ; Toulouse, le voisinage de la Bigorre était pour lui une chance de succès ; enfin àPontivy dans le Morbihan, la candidature lui était ouverte ; le siège étant vacant, il accepta.Sa profession de foi strictement catholique fut celle de toute sa vie.“ Convaincu, disait-il à ses électeurs, que la foi catholique est dans l’ordre social aussi bien que dans l’ordre politique la base nécessaire des lois et des institutions ; que seule elle peut porter remède au mal révolutionnaire, conjurer ¦es effets et assurer ainsi le salut de la France, j’ai la ferme résolution, quel que soit le terrain où Dieu m’appelle à le (') Ma vocation sociale, p.165. 114 Le Canada français servir, de me dévouer sans réserve à la défense de ces principes.” (l) Mais Gambetta vit avec inquiétude de Mun devenir son collègue, que dis-je, son champion au Parlement.Usant du droit d’enquête, le tribun “ ordonna son invalidation avec des paroles d’une grâce infinie.” N’avait-il pas, disait de Mun lui-même, “ le charme de l’accueil et le secret des mots encourageants ?” (2) Réélu en 1877, invalidé à nouveau, réélu en 1881, 1885, 1889, il échoua aux élections de 1893.Le siège de Morlaix s’étant trouvé vacant en 1894, il s’y présenta et fut élu.Il fut député du Finistère jusqu’à sa mort.Sur ces entrefaites, après les vaines tentatives de restauration monarchique, le Comte de Mun accepta sans arrière-pensée les directions de Léon XIII, conseillant la politique dite de ralliement.Sa conduite fut discutée.Pour la justifier, il déclara publiquement, le 23 mai 1892, à Grenoble, et le 6 juin de la même année, à Lille, “ placer désormais son action politique sur le terrain constitutionnel, pour conformer son attitude à la direction du Souverain Pontife.” L’Encyclique de Léon XIII était, en effet, parue le 20 février précédent.“ Ce fut, a-t-il écrit en 1908, ma formule de ralliement : je n’y ai jamais ajouté un seul mot.En prenant cette résolution, je ne faisais, dans ma pensée, qu’appliquer ma promesse formelle d’obéissance absolue aux enseignements de l’Église sur ses rapports avec la société civile.” (3) Ce “ ralliement ” dont les royalistes lui firent toujours grief et dont les républicains ne lui surent aucun gré, fut pour de Mun, le plus grand acte d’obéissance de toute sa vie, celui qui lui fut le plus douloureux à accomplir.Comme l’on l’aécrit(4) depuis: (*) Circulaire adressée aux électeurs de l’arrondissement de Pontivy (février 1876).(*) Combats d’hier et d’aujourd’hui, T.IV p.188.(*) Ma vocation sociale, p.275.M.Jacques Piou — Albert de Mun et le Railliement (Revue de la semaine, avril 1921). Lb Comte Albert de Mun 115 “ il y a dans sa vie beaucoup de belles actions ; il n’y en a pas de plus émouvante que cette immolation de lui-même, accomplie avec tant de courage et de simplicité.” (à suivra) Maurice Ligot
de

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