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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le théosophisme
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1924-02, Collections de BAnQ.

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LE THÉOSOPHISME Lorsque, dans la poursuite de la vérité et la recherche du bonheur, l'homme s’éloigne des sentiers tracés par Dieu, et providentiellement éclairés par le double flambeau de la raison et de la foi, il s’égare.Il s’égare en des rêves bizarres, des divagations illogiques, de ridicules hypothèses où rien ne satisfait ni l’esprit ni le cœur, et qui font à l’être humain tout entier une destinée indigne de lui.Un système dont on parle beaucoup de nos jours, et qui, dans ses principes essentiels, n’est pas nouveau, nous offre de cela une preuve topique, de la plus saisissante évidence : il s’agit du théosophisme.Si l’on ne s’arrêtait qu’au sens étymologique du mot, ce qu’on nomme théosophie devrait porter l’empreinte de la plus haute sagesse, d’une science marquée, par son objet, ses méthodes et ses résultats, d’un caractère tout divin.Le mot est içi bien trompeur.Et si, en effet, les théosophes s’occupent de Dieu, c’est pour le défigurer par un illuminisme qui en altère substantiellement la nature, qui en déforme les œuvres les plus belles, et qui finit par le confondre avec les choses les plus grossières.-I- Un collaborateur de notre revue universitaire racontait récemment, ici même(l), qu’au cours d’un voyage à travers les Etats-Unis, dans une salle de Boston, il avait rencontré une jeune dame, laquelle “ se disait être la réincarnation d’une princesse japonaise et croyait avoir déjà vécu il y a trois mille ans.” (1) J.Raiche, Le Canada Français, oct.1923. Le Théosophisme 423 Ce cas n’est pas isolé.Il se rattache à un mouvement philosophico-religieux qui, pour singulier et fantastique qu’il soit, recrute sous sa bannière, la bannière théosophique, en Amérique, en Europe, aux Indes, d’assez nombreux adhérents.La théosophie a ses loges, ses publications, sa littérature, ses congrès.Un congrès théosophique mondial s’est tenu naguère en France, à la Sorbonne même.Avaient pris place parmi les auditeurs, autour du recteur de l’Université de Paris, les plus hautes personnalités parisiennes, les membres du corps diplomatique et des grands corps savants, des délégués de trente-trois nations.(1) Cette présence empressée de tant de personnages officiels dans une pareille réunion, est symptomatique.Nous devons l’attribuer moins à la curiosité qu’à une certaine sympathie d’idées et de personnes.Et tout indique que nous assistons à une triste renaissance, conçue par quelques esprits remuants, et habilement propagée, de doctrines au fond très anciennes, oubliées et désuètes, que l’occultisme maladif de notre époque travaille à ressusciter.Par les ancêtres dont il se réclame, par la substance de ses données, et par sa méthode d’intuition directe et d’expérience subjective du monde invisible, le théosophisme s’apparente d’une part aux systèmes indiens de Brahma et de Bouddha, de l’autre aux élucubrations de la Gnose.C’est du néo-bouddhisme et du néo-gnosticisme.De fait, les apôtres de l’évangile théosophique moderne n’hésitent pas à se considérer comme des êtres privilégiés en qui revivent soit par un phénomène singulier de transcorporation, soit par un mystérieux héritage d’idées et d’influence, les plus illustres maîtres de l’antiquité religieuse de l’Inde, ou bien les plus fameux représentants de la pensée gnostique et libre, dans l’ère inaugurée par celui qui n’est pour eux qu’un sage entre les sages.(1) Documentation catholique, 10-17 sept.1921. 424 Le Canada français Cette distinction d’une double descendance n’est pas sans à propos.En effet, deux écoles se partagent, à l’heure actuelle, le mouvement théosophique, selon que nos théosophes inclinent vers les doctrines brumeuses de la sagesse brahmano-boud-dhique, ou vers les fantasmagories de la Gnose helléno-chrétienne.Malgré les obscurités dont ils s’enveloppent et les divergences qui les séparent, le brahmanisme et le bouddhisme sont deux systèmes connexes, issus l’un de l’autre, et marqués dans le fond, par certaines caractéristiques communes.Pour les disciples de Bouddha comme pour ceux de Brahma, la divinité n’est pas un Être suprême personnel, substantiellement distinct du monde sorti de ses mains, mais un principe indéterminé, une matière éternelle de laquelle se sont formés, en vertu d’une expansion fatale, tous les êtres, divins et humains, animés et inanimés.Grâce à une série de transmigrations et de renouvellements, les âmes soumises aux épreuves de cette vie, se libèrent finalement de toutes les misères par leur absorption dans l’Être primitif et infini.(1) Non moins bizarre est la Gnose éclose dans l’âge chrétien, et dont l’Egypte fut le théâtre central.Nous appelons Gnose (haute sagesse) un vaste syncrétisme où l’on tenta de fondre, avec un mélange sacrilège de christianisme, les vieilles philosophies de l’Inde, la théorie de Valentin expliquant l’existence de l’univers par une chaîne d’éons ou d’émanations divines allant jusqu’à la matière, et le néoplatonisme de Plotin rattachant les âmes particulières à une âme universelle d’où procèdent d’après lui, tous les êtres inférieurs, et où l’esprit humain, purgé de ses scories individuelles par le feu de la rédemption, se ré .orbe définitivement, dans les jouissances de l’extase.(2) (1) Laforêt, Hist, de la Phil., t.I ; Diclionn.encycl.de théol.cath.(trad.Goschler, au mot Bouddhisme.) (2) Freppel, Saint Irênêe, 10e leçon et suiv. Le Théosophisme 425 Si l’on ajoute à cela la métempsycose de Pythagore et celle d’Apollonius de Tyane, et, plus tard, le naturalisme panthéiste de Giordano Bruno, les rêveries mystiques de Jacques Bœhme et d’Emmanuel Swedenborg, on aura les théories principales ainsi que les principaux chefs de secte et de lignée d’où nos théosophes contemporains tirent avec orgueil leurs origines.* * * Nous n’avons ni l’intention ni le loisir d’étudier en détail la théosophie moderne.Des écrivains distingués ont fait ce travail.(1) Contentons-nous de noter les points fondamentaux par lesquels la pensée théosophique actuelle, de l’aveu même de ceux et de celles qui la préconisent, se relie à la pensée brahmano-bouddhique et à la pensée gnostique et panthéiste de toutes les époques.Un des traits les plus essentiels de la théosophie d’aujourd’hui comme de celle de jadis,(2) c’est en effet le panthéisme.De part et d’autre, le passage de l’Infini au fini se présente sous une forme opposée au concept chrétien.Ce n’est pas par suite d’une création véritable et libre, mais par l’effet d’un développement substantiel de la Divinité et par une sorte de dédoublement de l’Être divin, que les êtres dont se compose l’univers existent.Dieu se disperse par le monde comme un élément vivificateur.Il est le sang dont vit tout ce qui est, l’âme dont nous voyons partout, dans les corps qui nous entourent, l’enveloppe diversement ouvrée et infiniment nuancée.L’âme humaine n’est qu’une étincelle jaillie de ce foyer de l’âme divine universelle.Elle s’incarne dans une matière dont les degrés d’être forment autour d’elle comme autant de vêtements.“ Après un temps plus ou moins long, elle (1) Busnelli, Manuale di Teosofia; le P.L.de Grandmaison, Etudes de 1905, 1914, 1915 ; Catholic encyclopediat au mot Theosophy ; le P.Th.Mainage, 1rs Principes de la Théosophie (Paris, 1922) ; Mgr Janssens, Peut-on être à la fois chrétien et théosophe ?(Paris, 1923) ; etc.(2) Cf.S.Thom., Sont, théol.II-II, Q.XCIV, art.1. 426 Le Canada français commence à se retirer de nouveau en elle-même et dépouille l’un après l’autre les vêtements dont elle s’était couverte.Le premier à rejeter est le corps physique,(1) et c’en est l’abandon que nous appelons la mort.Ce n’est pas là le terme de nos activités, comme nous le supposons avec tant d’ignorance.Rien n’est plus loin de la vérité qu’une telle idée.Cette mort n’est en réalité qu’un simple effort qu’accomplit l’âme pour se replier sur soi-même en emportant comme butin la science qu’elle a pu acquérir.”(2) Mais cette période où l’âme vit retirée du monde visible et se rapproche davantage du foyer divin, n’a qu’un temps.Et de nouveau, obéissant aux lois fatidiques qui régissent le monde, elle se plonge par une réincarnation qui est un besoin, dans l’océan matériel où elle recommence les expériences déjà faites, grossit le trésor de ses connaissances, et se prépare un bonheur plus achevé.Cette doctrine de la migration des âmes, d’un corps dans un autre, n’est pas, nous l’avons vu, propre aux temps actuels-Elle remonte très loin dans l’histoire.Mais les théosophes qui.présentement, la soutiennent, croient lui avoir trouvé un fort appui dans la théorie de l’évolution prônée au siècle dernier, d’une façon si générale et si absolue, par tant de pseudo-savants, et qui est si bien faite pour servir la cause du rêve et de la chimère.Lors du Congrès théosophique de Paris, madame Besant, l’une des têtes dirigeantes du mouvement, “ parla de l’évolution des êtres, de la réincarnation des âmes, du progrès humain dû, selon sa doctrine, au continuel afflux, dans la vie de tous les jours, des disparus de tous âges qui se réincarnent successivement, apportant dans leurs multiples existences une connaissance plus profonde de cette science du divin qui leur permet de (1) C’est le plus grossier des corps dont la théosophie entoure l’âme : car elle lui en donne d’autres plus subtils.(Etudes, 1915, p.167 ; Mainage, la Religion spirite, ch.IV).(2) Leadbeater, dans la Docum.cath.10-17 Sept.1921. Le Théosophisme 427 devenir des instructeurs et des guides de l’humanité et de la conduire vers sa perfection.”(1) On comprend comment de pareilles doctrines autorisent et stimulent toutes les entreprises de l’occultisme le plus présomptueux.D’un côté, l’âme libérée, entre deux stages terrestres, des sujétions de l’existence corporelle, jouit, affirme-t-on, non seulement de l’intuition directe des secrets les plus cachés, mais d’un pouvoir merveilleux d’apparition et d’extériorisation, capable de répondre aux plus avides curiosités.De l’autre, l’âme incarnée ou réincarnée ne fait que suivre l’instinct inné et impérieux du progrès en s’appliquant à scruter les mystères des zones invisibles, à développer, par des expériences basées sur ce qu’il y a de divin en nous, les énergies latentes de l’homme, et à mettre les facultés humaines en communication avec les esprits.- II - C’est par ce commerce occulte et ces regards scrutateurs, c’est par ces vues intuitives et révélatrices de l’Infini dont elles sont le naturel rayonnement, que les âmes humaines, dans le système théosophique, prennent conscience des choses en apparence les plus inaccessibles et de l’éternelle destinée.Délaissant les sentiers battus, les théosophes se font gloire d’atteindre, par des routes secrètes et de sublimes escarpements, jusqu’aux cîmes.Nous ne croyons guère, pour notre part, à ce genre de connaissance, très commode sans doute, mais dont le tort assez grave est de renverser les lois psychologiques établies par la nature, consacrées par l’usage de tous les esprits bien équilibrés et par l’universelle tradition des siècles.(1) Docum.cath., n.cit., p.162. 428 Le Canada français Saint Thomas dans ses deux Sommes,( 1) et dans un opuscule spécial(2), réfute l’opinion du célèbre philosophe arabe Averroès, d’après laquelle la lumière de la vérité rayonnerait d’une seule intelligence, sans autre foyer intellectuel immédiat, sur tous les hommes.C’est bien là, aussi, la pensée explicite ou implicite, de la théosophie panthéiste.Et voici l’argument fondamental dont se sert, contre les Averroïstes de tout temps et de tout pays, le Docteur angélique : l’âme raisonnable, qui est, par suite, ornée de l’intelligence, et à laquelle cette faculté, quoique distincte de l’essence d’où elle dérive, se trouve inséparablement unie, l’âme raisonnable doit être considérée, selon l’enseignement de la philosophie chrétienne, comme la forme substantielle du corps humain.Or, une même forme ne peut pénétrer de son influence qu’une seule et même matière : pourquoi ?parceque les caractères spéciaux de l’acte ou de la forme sont en harmonie avec la matière déterminée et correspondante qui lui sert de sujet.Telle âme ne convient qu’à tel sujet corporel.Telle forme intellectuelle ne sied qu’à un seul homme.Et on ne peut, par conséquent, soutenir qu’il n’y ait, pour tous les hommes et en tous, qu’un seul et même intellect identifié avec l’esprit divin ou émané de lui.S?Et, partant des principes ainsi établis, saint Thomas fait voir comment s’acquièrent nos idées ; comment chaque homme, mettant en valeur les ressources de ses sens et de sa raison individuelle, réussit à se rendre compte des objets créés qui l’entourent, et parvient à s’élever, non par l’imaginaire procédé de l’intuition directe, mais par le spectacle des créatures et par voie d’abstraction et de déduction, jusqu’à la connaissance naturelle de Dieu.(l) (1) Som.théol.I, Q.LXXIX, art.3-5 ; Som.C.G., 1.II, c.73-76.(2) Opusc.XVI sur Y Unité de l'intellect contre les Averroïstes.(1) Som.théol.t I, Q.LXXXIV et suiv. Le Théosophisme 429 Il y a, cependant, tout un ordre de vérités qui dépasse les forces natives de la raison humaine.(1) Et, dans ce domaine surnaturel, c’est Dieu lui-même qui, par la révélation des mystères dont il est le centre, et par le secours miséricordieux de sa grâce, soulève l’esprit de l’homme jusqu’à lui.Et, de crainte que l’homme, prompt à s’illusionner, ne mêle ses imaginations aux lumières qui lui viennent d’en haut, il est protégé contre lui-même, et contre la séduction des mauvais esprits, par l’Eglise, dépositaire fidèle et gardienne infaillible de la pensée divine.(2) Tel est l’ordre divinement établi, et il n’arrive à personne de le violer impunément.* * * Livrés à leur propre sens, les théosophes, anciens et modernes, méconnaissent totalement la distinction capitale que nous venons d’indiquer, et sur laquelle est fondé le christianisme, entre l’ordre surnaturel et gratuit auquel l’humanité a été élevée par son Créateur, et l’ordre purement naturel.Ils bouleversent les notions les plus essentielles de la foi, et affectent, touchant presque tous nos dogmes, des façons de parler et de penser qui équivalent à de véritables négations.On sait, par exemple, que le mystère d’un Dieu en trois personnes constitue, dans la religion catholique, une vérité fondamentale dont les ramifications s’étendent à tous les autres mystères et se prolongent jusque dans les moindres actions de la vie chrétienne.Or, cette vérité centrale, comment, dans le système théo-sophique, la reconnaître et l’identifier ?Dieu n’est plus l’acte pur, l’être infiniment parfait, où l’unité admirable de nature se déploie, sans altération ni mélange, dans une (1) S.Thora., Som.théol., I, Q.I, art.1 ; C.G.I.I, c.3 et suiv.(2) Cone.Vat., Const.Dei Filius, c.II-III. 430 Le Canada français ineffable trinité de personnes réellement subsistantes, égales et consubstantielles.Le théosophisme introduit dans la vie divine l’opposé même de ce qu’elle est : un simple simulacre de trinité, sous le nom d’une triade quelconque mal définie, de trois forces impersonnelles, inégales, fantastiquement associées ; un fond de substance imprécise, indéterminée, susceptible de prendre, par l’émanation panthéiste des êtres, toutes les formes, et de recevoir toutes les empreintes.Rien n’est plus contraire aux enseignements du Concile du Vatican, lequel condamne solennellement(l) "tous ceux qui disent qu’il n’y a qu’une seule substance ou essence de Dieu et de toutes choses ; tous ceux qui prétendent que les êtres finis, corporels et spirituels, ou du moins les spirituels, sont sortis, par émanation, de la substance divine ; tous ceux qui soutiennent que l’essence divine, par son extériorisation ou un développement d’elle-même, devient toutes choses ; ou que Dieu est un être universel ou indéfini qui, en se déterminant, constitue 1 ensemble des êtres dans leurs genres propres, leurs espèces et leurs individualités ; tous ceux enfin qui nient que le monde et tous ses éléments, corps et esprits, aient été tirés entièrement par Dieu du pur néant.” Cette condamnation frappe la théosophie dans son erreur la plus profonde, la plus présomptueuse et la plus funeste.Travesti, par cette erreur, dans sa personnalité eternelle, le Verbe de Dieu fait homme devient, sous la plume des théosophes, le jouet de leurs inventions fabuleuses.Et il faudrait, pour rétablir la vérité si outrageusement déformée-reproduire ici presque toutes les pages du traité théologique de l’Incarnation.C’est,— nous bornerons-nous à dire avec un évêque de France,(2)— c’est fausser abominablement 1a, christologie (1) Can.I.(2) Mgr Chollet, Lettre pastorale sur les Périls actuels de notre foi aux fins dernières. Le Théosophisme 431 chrétienne “ que de supposer au Christ toutes sortes de vies antérieures dans le corps et la personne d’illustres initiés, que de nier sa naissance du Saint-Esprit et de Marie, et sa divinité réelle dès le premier instant ; que de rejeter l’union en lui de la nature humaine, dépouillée de sa personnalité normale, à la personnalité divine du Verbe et par celle-ci à la nature divine ; que de prétendre qu’il ne fut Christ et personnage surhumain que pendant trois ans ; que de rejeter la Rédemption, mystère de sang et d’amour, où notre rançon est payée et notre vocation surnaturelle restituée que de contester à Notre-Seigneur sa résurrection glorieuse dans le corps où s’accomplirent les actes de sa vie mortelle.Ces erreurs des théosophes tiennent à plusieurs causes; elles résultent en particulier de l’opinion qu’ils professent concernant l’âme humaine, opinion qui rejaillit sur les mystères du Dieu fait chair, et qui atteint et dénature presque tous les problèmes religieux et moraux dont ils prétendent nous offrir la solution.Notre âme n’est pas pour eux (comme nous l’avons déjà rappelé et comme l’Eglise l’enseigne) une forme intellectuelle substantiellement unie à un corps qui complète l’être humain, sert d’instrument à l’intelligence, aux actions et aux mérites de l’homme, et s’assure à lui-même par cette coopération fidèle, après les tristesses de la mort, les joies de la résurrection.(1) Non: c’est un esprit autonome, d’essence nébuleuse, d’extraction divine, associé superficiellement à la matière, et qui possède l’extraordinaire vertu de pouvoir changer de corps à peu près comme un voyageur change d’habit.Ce système de la migration et de la réincarnation des âmes, qui joue en théosophie un tout premier rôle, n’est pas seulement en contradiction avec la conscience.Il heurte directement l’un des principes fondamentaux de la méta- (1) Conc.de Vienne (1311), Ve Conc.de Latran (1515), lettre de Pie IX contre Günther (1857).— Voir notre traité de Creatione, Disp.VI, Q.I, art.2. 432 Le Canada français physique générale et du composé humain, principe énoncé plus haut au sujet de la connaissance : “ Les âmes, dit saint Thomas, se distinguent les unes des autres par des traits respectifs de proportion et de commensuration avec les corps auxquels s’adapte leur vertu de formes substantielles.Telle âme est faite pour tel corps, non pour tel autre.Et ce caractère de commensurabilité qui leur est propre et qui affecte leur substance même, elles le gardent, même une fois séparées de l’organisme corporel auquel elles donnaient l’être et la vie.” Il n’est donc pas possible qu’une âme créée pour vivre dans un corps spécial, mesurée et ajustée aux exigences individuelles de ce corps, se réincarne après la mort, dans une portion de matière autre que celle dont elle fut tout d’abord la forme appropriée.Que devient, pour nos docteurs en panthéisme et en métempsycose, la personnalité de l’homme ?Que devient l’exercice responsable de ses facultés ?Parmi ces facultés, celle sur laquelle repose comme sur un pivot l’ordre moral, c’est la liberté.Or, d’après les principes théosophiques, l’âme humaine n’est pas libre : elle subit, comme une loi physique nécessaire, comme un déterminisme inéluctable, l’influence évolutive qui l’emporte, elle et tout ce qui est, à travers les phénomènes divers de l’existence et les vicissitudes d’une transmigration plusieurs fois répétée, vers le terme d’un progrès indéfini.La théoso-phie supprime donc, avec le surnaturel et la grâce, le péché, lequel ne saurait se concevoir sans liberté.“ Ce que nous appelons le mal, a dit un théosophe français,(l) n’est qu’un aspect de l’évolution des êtres.” Et cette affirmation n’a pas de quoi surprendre ni faire reculer ceux qui admettent cet autre dogme théosophique que Dieu s’identifie avec l’âme, et que tout, en définitive, est divin.(1) Docum.cath.(17 fév.1923), p.391 — Néanmoins, d’autres théo-sophes moins conséquents, admettent une distinction entre les bons et les méchants et réservent à ceux-ci, au terme de leur course, 1 anéantissement. Le Théosophisme 433 Plus de responsabilité; par conséquent, plus, à proprement parler, de châtiment ni de récompense.Ni purgatoire, ni enfer, ni ciel dans le sens chrétien de ce mot.Mais une résolution finale des âmes dans l’océan immense, infini, de l’Être où les individualités, sorties de l’épreuve des réincarnations successives, perdent leur caractère propre, et où elles s’endorment du sommeil indéfinissable de l’éternel repos.Si c’est là le Nirvâna bouddhiste ou gnostique, ce n’est sûrement pas la béatitude promise par Jésus-Christ à ses L’Église a donc eu mille fois raison de déclarer(2) “ que les doctrines aujourd’hui appelées théosophiques ne peuvent se concilier avec la doctrine catholique ; et que, en conséquence, il n’est pas permis d’adhérer à des sociétés théosophiques, d’assister à leurs réunions, de lire leurs livres, bulletins, journaux et écrits.” Dans le mouvement intellectuel contemporain où la librairie et la presse jettent en pâture au public tout ce qui se fait, tout ce qui se dit, tout ce qui se pense, les idées théosophiques se sont malheureusement conquis une place.L’autorité religieuse met les fidèles en garde contre cet illuminisme impie et destructeur.L.-A.Paquet, ptre (2) Décret du St-Office, 18 juil.1919.
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