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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique de l'Université
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1925-04, Collections de BAnQ.

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CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ Tremblement de terre.— Scinduntur doctores.— Au pôle nord.— A Notre-Dame de Paris.— Un éducateur.— Saint Jean-Baptiste.— Retraite pascale.— Le carême s'en va.— Resurrexit sicut dixit.— Lequel des deux?—Légion d'Honneur.La terre a tremblé.Il y a plus d’un mois déjà, et l’on en parle encore avec frayeur.Au fait, dans notre pays, nous sommes guère habitués à ces soubresants.Et se faire secouer comme cela, vingt-six secondes bien comptées, montre en main, ça donne la frousse.Ce séisme, le plus considérable, au dire des anciens, pire que celui de 1870.et peut-être que celui de 1663,— personne n’est absolument sûr,— a laissé des traces de son passage.Des craques, des fissures, des statues renversées, des cheminées tombées, voilà, en raccourci, quelques-uns de ses méfaits.Chanceux encore d’en avoir été quittes pour si peu.Et la peur ?C’est le cas d’invoquer le consentement universel.Jamais ma foi il n’a mieux existé qu’en cette occasion.Sans faire de prêche, il sied peut-être de dire que ce soir du 28 février dernier, entre 9 h.20 et 9 h.30, tous ont eu une réelle notion de leur impuissance.Que faire en présence de ce phémonène aussi effrayant ?Sentir au dessous de vos pieds, le globe terrestre, qui, parait-il, a un certain poids.sauter, danser, tanguer.?Rien, absolument rien ! Instinctivement, on a recours à plus fort que soi.Et sur nos lèvres se pressent ces mots du psalmiste : Domini est terra, et plenitudo ejus ; oui, vraiment, Lui seul est le maître de la terre, il la remplit tout entière.Et les plus familiarisés avec le chantre divin de continuer : Percussiis sum ut Chronique de l’Université 627 fœnum et aruit cor meum, j'ai été frappé comme l herbe et mon coeur s’est desséché.C’est bien cela, 1 herbe foulee aux pieds, incapable de quoi que ce soit.Voilà un exemple de notre petitesse ; et notre cœur se dessèche, c’est-à-dire,— n’en déplaise à l’exégèse pointilleuse,— notre intelligence ne saurait donner aucune explication parce que privée des lumières nécessaires.Ce jugement va probablement faire sourire les savants ! Je ne leur en chercherai pas noise, car, pour rappeler le titre d’un article paru tout récement dans la Revue des Jeunes, 25 février, ce jugement, pas scientifique du tout, est tout au plus l'appréciation chrétienne des événements.Il y a tant de gens, de nos jours, qui se rabattent sur le Hasard à propos de tout et à propos de rien, qu’il semble opportun, à 1 occasion, de les mettre bien en présence du dogme de la Providence.Foin donc de toutes ces arguties qui ne sont au juste qu’un déisme déguisé, foin donc de tous ces faux raisonnements, de ces mots sonores qui sèment le sophisme et propagent l’erreur.Tout émane de la Cause Première qui est Dieu, et rien n’arrive sans qu’elle le permette.Ce grand principe admis, les savants peuvent épiloguer.Il faut avouer qu’ils ont bien fait leur devoir.Il y avait de quoi certes.Quelle est la cause des tremblements de terre, leur a-t-on demandé ?Et voici les opinions qui se succèdent.Où est la vraie ?Scinduntur doctores, pouvons-nous dire à nouveau.Mais, l’unanimité manque donc aussi chez ceux qui s’occupent de sciences naturelles ?Un bon point pour les philosophes, les sociologues, les historiens.Pour quelques-uns, il n’y a que chez ces derniers où 1 on discute.Heureusement le récent tremblement de terre a montré une fois de plus que les théories foisonnent aussi dans notre monde savant.Et la philosophie est encore peut-être la science où les conclusions certaines, définitives, sont en plus grand nombre.Toujours est-il qu’on est en cherche de Vépicentre ! Le sismologue officiel du Canada prétend qu’il est à la Baie 628 Le Canada français Saint-Paul ; non, ripostent les gens de ce pays, il est de l’autre côté du fleuve, puisque là on a été plus secoué qu’ici.Et 1 on se renvoie la boule des deux rives ! En attendant que le problème soit definitivement résolu, rassurons-nous.Car, au dire des connaisseurs, nous sommes en sûreté, et ce n’est pas avant cinquante ou soixante ans que le même phénomène se produira.Gare à nos arrière-neveux ! * * * Les jours se succèdent, et la forte secousse sismique est le thème incessant des conversations.Il faut avouer que cela s explique par de petits chocs qui continuent à certains endroits.Et puis, matin et soir, les yeux écarquillés, nous cherchons dans le journal les méfaits du dernier tremblement .Les commentaires vont leur train, pas tous scientifiques, mais tous teintés d'une exagération inconsciente qui amuse.Pourtant la vie quotidienne suit son cours ordinaire entremêlée d’événements qui, sans répandre la terreur, instruisent tout de même et intéressent.Ainsi, le 9 mars au soir, sous les auspices de la Société de Géographie de Québec, le capitaine Bernier, notre explorateur canadien, a donné une conférence devant un auditoire des plus considérables, des plus sympathiques.Le vieux loup de mer qui a fait 257 voyages sur tous les océans du monde a surtout parlé de ses courses dans les régions arctiques.Et, avec lui, ses auditeurs charmés s’en sont allés au Pôle Nord, sans éprouver aucun malaise, confortablement assis et suivant avec attention les mouvements des pellicules qui se déroulaient uniformément sur l’écran.Monsieur le capitaine Bernier est certainement l’un des grands bienfaiteurs de son pays, qu’il a enrichi d’immenses territoires, toujours au prix de grandes misères et même souvent au risque de sa vie.Agé de Chronique de l’Université 629 73 ans, il rêve encore d’excursions en ces endroits lointains.Vraiment, voilà quelqu’un qui a le don, et qui, il faut l’en féliciter, a su s’en servir.Et le vieux capitaine a parlé en connaisseur, lorsqu’à la fin de la conférence, il a déclaré que “ pour être explorateur, il faut être fort comme un éléphant, posséder un estomac d’autruche et avoir la foi, l’espérance et beaucoup de charité.” Oui, tout cela il le possède.Mais ce qu’il a surtout, c’est la force morale, cette puissance de volonté, soutenue par la foi, l’espérance et la charité.En quelques phrases opportunes, M.le recteur de l’Université rendit hommage à M.le capitaine Bernier et souligna surtout l’intelligent patriotisme du hardi navigateur.La force morale, la puissance spirituelle, c’est par excellence le levier avec lequel ou soulève le monde.Le grand prédicateur de Notre-Dame de Paris, le R.P.Janvier, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, qui vient de descendre pour la dernière fois de la première chaire du monde, est l’un de ceux qui, durant ces vingt-cinq dernières années, a mis le plus en évidence cette vérité, à savoir que la matière n’a de rôle vrai qu’en fonction de l’esprit, mens agitai molem.Devant un auditoire, toujours grandissant, le célèbre dominicain n’a cessé de rappeler éloquemment la supériorité de l’absolu sur le relatif, du nécessaire sur le contingent, du spirituel sur le sensible.Voici comment Léon Daudet caractérise son enseignement dans Y Action Française de Paris, 26 février dernier.La caractéristique d’un tel enseignement, et si persuasif, c’est d’arriver au maximum d’ardeur et d’entrainement par les régions les plus élevées de l’esprit.De nombreux prédicateurs, dont chacun connaît et admire l’excellence, suscitent la foi par l’émotion du plus grand drame de tous les temps et l’évocation pathétique du sang de l’Agneau.La méthode du Père Janvier est autre.Il nous transporte immédiatement, en quelques traits, dans la splendeur de 1 intelligible, et, dirai-je, du métaphysique.Il franchit et nous fait franchir les basses régions philosophiques qui caractérisent, au moins dans 1 Université, les siècles 18 et 19 et le premier quart 630 Le Canada français du siècle 20.Il s’installe et nous installe dans le Thomisme.lia été ainsi le propulseur de cet immense mouvement intellectuel, qui a restauré le règne mental de la Somme et la discipline du Maître des maîtres.Après, mais après seulement, découlent les conséquences de tout ordre, notamment sociales, nationales et sensibles.Or c’est par l’esprit que l’homme tient et résiste devant ces coups de la destinée, que le croyant appelle providentiels, et qu’il ne saurait supporter, s’il ne les recevait seulement sur le cœur et les nerfs.La patience est une grande vertu, primordiale, qui ne donne son plein que par la compréhension.Splendeur de Vintelligible, et dans le bon sens, voilà qui, au dire de Léon Daudet, est le fruit principal de cette prédication de vingt-deux ans.Au vrai, il devient fastidieux de le répéter, les malades, les grands malades, ce sont les intelligences.Quand elles seront guéries, le reste viendra quasi par surcroît.Or, c’est la vérité qui est leur remède infaillible, et la vérité, on la trouve toute pure, toute rafraîchissante, dans la Somme théologique, chef-d’œuvre de l’esprit humain, comme on l’a si bien dit.* * * Aussi notre vénération ne saurait jamais être trop grande pour ceux qui consacrent leur vie au rôle obscur et souvent ingrat de l’enseignement de la vérité sous toutes ces formes.Ceux-là, généralement, on leur donne le beau nom d’éducateurs.Et ils sont nombreux, nombreux, chez nous, ces modestes dont les jours s’écoulent uniformément les mêmes entre les quatre murs d’une maison d’éducation, tout entier consacrés à l’instruction et à la formation de la jeunesse.Le clergé canadien, et même tout notre pays, déplore actuellement la perte de Vun de ces vaillants, M.le chanoine Ludger Dumais, supérieur du Collège de Sainte-Anne de la Pocatière.Ce prêtre, aussi distingué que modeste, d une vaste culture, éducateur émérite, a passé toute son existence sacerdotale à son Alma Mater.Tour à tour professeur, puis en même temps préfet des études, supérieur d abord, durant Chronique de l’Université 631 neuf ans, ensuite procureur, il occupait pour une seconde fois la première fonction de la maison, lorsque la mort, attendue avec une résignation et un courage admirables, est venue le chercher, le samedi, 14 mars dernier.La grande humilité du cher défunt, un des signes incontestables de sa haute valeur, tous ses anciens élèves, tout le monde se plaît à la reconnaître.Les rares fois qu’il a paru en public, ordinairement pour un sermon, pour un discours, ont révélé chez lui le tempérament d’un orateur et d’un écrivain de haute lignée.On se rappelle encore quelle impression profonde produisit son allocution prononcée au nom du clergé québécois, en 1914, lors de l’élévation de l’Archevêque de Québec, Mgr L.-N.Bégin, à la pourpre cardinalice.Et ceux qui, jusqu’à ces dernières années, lisaient les Ephémêrides de l’annuaire du collège de Saint-Anne de la Pocatière, ont pu juger le talent facile, primesautier, de leur auteur, qui n’était autre que le chanoine Dumais.Les événements journaliers d’une maison d’éducation, en soi, n’offrent pas grand intérêt.Somme toute, là comme ailleurs, les jours se ressemblent.Mais le chroniqueur de Sainte-Anne mettait dans son récit tant d’originalité, tant d’aisance imagée, tant de souplesse du meilleur aloi, qu’on eût dit que sous ce toit, c’était, ma foi, le paradis terrestre ! Puissance d’une plume bien aiguisée, bien dressée, qui sait donner la vie aux moindres choses, qui sait plier l’uniformité toujours ennuyeuse aux douces exigences d’un esprit fécond et personnel.Et ce talent littéraire remarquable secondait puissamment chez lui le prêtre, l’éducateur et le professeur.Trois entités qu’on ne saurait jamais séparer et dont la première doit absorber, caractériser les deux autres.En effet, la fonction d’éducateur et de professeur est sacerdotale au suprême.C’est ce que comprit, c’est ce que mit toujours en pratique ce maître qui a formé tant d’élèves.Aussi bien, par là s’explique toute l'emprise qu’il eut sur les générations d’écoliers passés au pied de sa chaire d’ensei- 632 Le Canada français gnement.C’est pourquoi il a fait œuvre durable.Son départ, on l’imagine facilement, crée un grand vide.L’Université Laval prend une très large part au deuil légitime de ses confrères du Collège Sainte-Anne, auxquels elle présente l’hommage de ses plus respectueuses sympathies.Des éducateurs comme M.le chanoine Dumais sont chez nous les vrais professeurs de patriotisme.Leur rôle humble, leur enseignement sans éclat vaut bien des discours de la Saint-Jean-Baptiste A propos de notre saint Patron, il convient de féliciter la Législature provinciale pour avoir déclaré fête fériée le 24 juin.On sait toutes les suppliques, et particulières et collectives, adressées à nos députés à cette occasion.Cette initiative intelligente, due à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a eu un complet succès.Unanimement le bill a passé dans les deux Chambres.Bravo, c’est un bon point de gagné ! En cette circonstance, nos concitoyens anglais de la députation ont fait preuve d’une largeur d’esprit que nous nous plaisons à souligner et dont tous les Canadiens français doivent leur savoir gré.On a répété en certains milieux que s’agitent en notre Province des problèmes autrement plus importants que celui du chômage de la Saint-Jean-Baptiste.Nous l’admettons sans ambages ; au tableau de notre histoire il y a d’autres points de plus large envergure.Aussi, je ne sache pas qu’on ait traité d’héritiques ceux qui,— et c’est leur droit,— n’étaient pas en faveur de la mesure.Pourtant, on voudra bien nous permettre de faire part d’une simple réflexion aux lecteurs.Sans doute, considérée en soi, cette question le cède en importance à bien d’autres.Mais, il faut tenir compte de toute une série d’antécédents, et surtout, de conséquents.Et, à ce point de vue, l’acte de la Législature prend une toute autre tournure.Au moment où l’on réorganise notre société nationale, au moment où l’on invite à coret à cri nos frères à faire partie de ses différents groupements, au moment où l’on veut réagir contre l’influence néfaste de certains Chronique de l’Université 633 clubs sociaux, il me semble que la reconnaissance officielle de notre fête nationale par une loi du Parlement provincial n’est pas quantité négligeable.Maintenant que l’on calcule toutes les répercussions que cette mesure peut avoir et ne manquera pas d’avoir sur l’éducation patriotique des jeunes ! Et tirons une leçon pratique de cette campagne qui a si heureusement abouti.C’est que nos gens, grands et petits, ignorants et savants, bref, de toute classe et de tout ordre, ont eu l’occasion belle de dire leur sentiment.Combien d’autres, à cause de la routine coutumière, à cause aussi d’une espèce de je m’en fichisme, lequel, rendons-en grâces à Dieu, tend à disparaître de plus en plus, n’ont osé adresser leur signature.Tout de même, j’en suis sûr, ils ont été fortement ébranlés.Et, une circonstance semblable advenant, ils emboîteront certainement le pas.N’allons point conclure de ces remarques que Laval est un partisan acharné du referendum.Non, certes non, seulement, avec des gens bien pensants, il est d’avis qu’il est très utile parfois de tâter le pouls de l’opinion.Testis unus, testis nullus ! * * * Saint-Jean-Baptiste, fête légale, c’est ce qui a fait gloser bien des nôtres durant ces jours de carême.Au vrai, ce gros événement est venu rompre un peu la monotonie voulue de la sainte quarantaine.Et la joie éprouvée par la victoire remportée n’a pas détourné les esprits des graves pensées qu’ils doivent entretenir pendant ce saint temps.Au demeurant, les neuvaines, les retraites qui ont cours dans nos églises sont toujours les grandes voix qui nous ramènent aux sérieuses réflexions.Fidèle à la tradition, soucieuse aussi du salut éternel de ceux qui furent et sont encore ses élèves et aussi de celui de la classe dirigeante en général, l’Université a chaque année sa retraite pascale.C’est une série de cinq ser- 634 Le Canada français nions donnés durant la semaine de la Passion, lesquels, tout en ayant pour but immédiat de préparer à la communion de Pâques, visent aussi l’intelligence des auditeurs.Éclairer les esprits de ceux qui sont au premier rang dans notre société, leur rappeler leurs devoirs religieux et le rôle d’apostolat qu’ils ont à remplir dans les différents milieux où ils habitent, tout cela sans doute entre bien dans le programme d’une université catholique.Cette année, c’est le R.P.Trudeau, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, qui a présidé à ces exercices.Il a traité successivement de la mort, du péché, de la famille, de la justice et de la divinité de Jésus-Christ.Vieilles vérités, mais toujours neuves que celles de la réalité de la mort et des obstacles qui s’opposent à ce qu’elle soit bonne.Mais en ce monde, la plupart engagés dans le mariage, ont la responsabilité grave d’une famille, Les devoirs des parents, c’est toujours l’éternelle question.Et la justice, vertu cardinale qui règle les rapports individuels et sociaux, voilà qu’il importe encore de bien connaître et surtout de bien pratiquer.Enfin, ces devoirs de la vie chrétienne, ils s’appuient sur la pierre fondamentale de la divinité de Notre-Seigneur.Les auditeurs du R.P.Trudeau ont suivi, très nombreux, ses instructions si solides, si bien charpentées, et marquées au coin d’un grand esprit apostolique et d’une puissante originalité.La retraite pascale terminée, c’est le dimanche des Rameaux, c’est la Semaine Sainte qui s’en vient.Le carême s'en ra.alleluia, dit la chanson.Avec lui sont partis en vacances de Pâques, jusqu’au mardi après le dimanche de Quasimodo exclusivement, les élèves des différentes Facultés.Quelques jours de repos au foyer, après un second trimestre de travail intense, personne ne contestera qu’ils les ont mérités.Et ce sera ensuite le troisième et dernier terme, couronné pour plusieurs par des examens finals.Adieu la vie d’étudiants.Médecins, avocats, ou notaires, chimistes ou ingénieurs forestiers, etc., les voilà lancés dans la vie réelle. Chronique de l’Université 635 Que sera-t-elle cette existence nouvelle ?Ce qu’ils l’auront faite.Toujours la même réponse qui ne varie pas, parce qu’elle est éternellement vraie.Au grand jour de Pâques dans leurs églises paroissiales, églises de leur enfance, églises des chers souvenirs, ils ont chanté à nouveau le resurrexit sicut dixit.La résurrection, le miracle des miracles, des étudiants catholiques savent bien que c’est le roc inébranlable sur lequel s’appuie fermement tout l’édifice de leur Église.Oui, le Christ est ressuscité comme il l’avait prédit, sicut dixit.L’accomplissement à la lettre de cette prophétie, les dirigeants de demain comprennent depuis longtemps qu’il démontre péremptoirement la divinité du Sauveur.C’est l’aspect dogmatique de la résurrection.Pour le point de vue moral, sans vouloir faire un sermon, contentons-nous de leur rappeler que ce leur est aussi un strict devoir de sortir du tombeau de la vulgarité, lot d'un trop grand nombre, et de tendre toujours vers la supériorité intellectuelle et morale où visent les élites qui comptent.Vieille redite, je le veux bien, vieille redite pourtant qui devrait être la devise de tout chrétien qui a reçu une éducation supérieure.A propos d’élites, il est bon que les jeunes en aient de beaux modèles sous les yeux.Certes ils ne sont pas rares les exemples, sinon toujours imitables, du moins capables de les stimuler, de les entraîner vers les cîmes.Voici que deux jeunes français viennent de raconter leurs prouesses sans précédent dans des pages émouvantes que la jeunesse se dispute parce qu’elle y trouve de quoi satisfaire son goût des grandes aventures.Alain Gerbault et Pelletier Doisy, ce sont les deux héros que la France et l’Amérique acclament.Celui-ci, “1 as ’ ‘des grandes envolées”, celui-là, le matelot intrépide, “ le nautonier aux longues patiences qui se laisse porter par les vents, se glisse dans la tempête et l’oblige enfin à servir son entêtement héroïque ”.Pelletier Doisy a mis les contrées les plus lointaines à quelques heures de la France. 636 Le Canada français Alain Gerbault, seul à bord du Firecast, bateau qui ne mesure pas plus de onze mètres de long, franchit l’Atlantique.Lequel des deux doit avoir la préférence des jeunes.même des vieux ?Qui a donné la plus pratique leçon d’énergie ?Henri du Passage, Études du 5 mars 1925, se charge de répondre.Nous citons en partie la conclusion de son article intitulé : Deux leçons d’énergie.Les hommes se mesurent à leurs rêves, mais c’est à leurs œuvres tout de même qu’on prend le mieux leur taille.De l’un et de l’autre, les rêves ont été grands, et à les poursuivre Alain Gerbault et Pelletier Doisy ont peut-être apporté un réel courage.Mais quand on examine froidement sa fameuse randonnée (de Gerbault), avec la logique qui demande à la démonstration uniquement ce qu’elle prouve, on est forcé de conclure qu’il n’en reste pas autre chose qu’une vie hasardée pour une égoïste satisfaction.Comme Robinson Crusoé, Alain Gerbault aura tourné plus d’une tête, et voilà tout.L’humanité ne lui devra rien, ou si peu.Tout autre est la portée du raid de Pelletier Doisy.L’homme s’est affirmé de haute valeur humaine et professionnelle.Il n’a pas risqué cent fois la mort pour la seule griserie du danger,^ pour la seule émotion de la lutte, par pur goût de sport excitant.Econome de son énergie comme Gerbault fut prodigue de la sienne, il a moins cherché à être courageux jusqu’à l’extrême pour l’orgueil de l’avoir été, qu’à tirer de son courage le maximum de rendement.Six bonds en six jours (38 heures de vol) ont suffi à Pelletier Doisy pour joindre les Indes (Karachi), alors que les services les plus rapides exigent vingt et un jours.Il a mis Hanoï à douze jours de Paris (74 h.30), et Shanghaï à deux semaines de la France, quand les Messageries Maritimes demandent vingt-quatre jours pour aborder Saigon et trente-deux pour atteindre Shanghaï .Paris-Tokio en huit jours ne sera peut-être pas lontemps un songe.Ce sera le prélude du tour du monde en vingt jours, et qui sait ?même en dix jours.Laissons les enfants rêver d’Alain Gerbault et du Firecast.L’aviateur, lui, a écrit pour les hommes une page féconde.On peut être dilettante en courage comme en d’autres choses.Tel semble être le cas d’Alain Gerbault.Aussi bien nos carabins réserveront-ils toute leur admiration pour Pel- Chronique de l’Université 837 letier Doisy, dont les audacieuses envolées donnent clairement les principes de solution d’un problème qui se pose de plus en plus, celui de l’aviation.Et pour rester en France, disons en passant que notre ancienne mère patrie ne nous oublie point.Elle nous suit de plus en plus, et de plus en plus elle veut récompenser royalement ceux qui, chez nous, en fortifiant les positions canadiennes françaises, travaillent a l’extension de sa salutaire influence.Ainsi le gouvernement français vient de nommer membres de la Légion d’Honneur, au titre de chevaliers, M.l’abbé Camille Roy, recteur de l’Université Laval, M.le docteur Rousseau, doyen de la Faculté de Médecine, et M.le docteur Vallée, professeur d’anatomie pathologique.Ces distinctions conférées à trois des nôtres, recteur et professeurs d’une Université catholique, elles émanent directement d’un gouvernement qui, on ne surprendra personne, tient à l’égard de l’Église une conduite blâmable et que nous avons eu maintes fois occasion de réprouver.Nos lecteurs voudront bien se rappeler que, souvent, le chroniqueur habituel du Canada français a protesté contre la façon d’agir de M.le président du conseil, Edouard Herriot.On a cité ici même et commenté la belle lettre du chancelier de 1 Université Laval, Son Eminence le cardinal Bégin, aux cardinaux français.La livraison du mois de février de l’organe de l’Université, sous la signature de M.Thomas Chapais, adressait un message de vives sympathies à nos frères de France.Ces documents ont eu une grande répercussion en France, et dans toute l’Europe.Le R.P.Yves de la Brière a mentionné la lettre du cardinal Bégin, dans l’une de ses chroniques, tandis, que Y Action française de Paris, 6 mars, porte en exergue, à droite de son titre, une phrase significative empruntée au travail de l’honorable M.Chapais, phrase qui caractérise bien les procédés du “fatal Herriot’’.Au surplus, nous devons à nos lecteurs de leur dire que nous 638 Le Canada français maintenons nos positions.Et jusqu’à preuve du contraire, nous pensons encore que rarement les intérêts de l’Église de France furent plus en danger qu’ils ne le sont maintenant.C’est affirmer à nouveau toute la politique antichrétienne, anticatholique du cabinet français actuel.Mais la Légion d’Honneur n’est pas le gouvernement français, M.Herriot n’est pas la France.Les politiciens au pouvoir à Paris ne sont que de passage, et nous voulons bien croire que le premier ministre n’est que l’instrument transitoire des charges et des honneurs qui ressortissent aux institutions de son pays.(1) Aussi bien, derrière ces personnages néfastes aujourd’hui en vedette, ou mieux, au dessus d’eux, il y a encore une France catholique et de traditions religieuses dont nous continuons les gestes en ce pays.Et nous en sommes convaincus, M.le recteur de l’Université ainsi que les deux professeurs décorés ne voient en ces honneurs qu’une récompense accordée à des serviteurs d’une cause chère à tous les enfants de l’Église : le triomphe de la religion au pays de saint Louis et de sainte Jeanne d’Arc.Ces remarques faites, nous nous sentons à l’aise pour présenter l’hommage de nos humbles et sincères félicitations à M.le recteur de l’Université Laval et à MM.les docteurs Rousseau et Vallée.La vraie France ne saurait compter de meilleurs et de plus fidèles amis.Laval.(1) En effet, au moment de donner le bon à tirer de cette chronique, nous apprenons que M.Herriot, mis en minorité au Sénat, a donné sa démission.
de

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