Le Canada-français /, 1 octobre 1925, Une colonie d'oiseaux dans le golfe Saint-Laurent
UNE COLONIE D’OISEAUX DANS LE GOLFE SAINT-LAURENT L’existence d’un continent nouveau au-delà de l’Atlantique avait été révélée à l’Europe.Ce fait prodigieux, en renversant d’antiques superstitions et nombre de théories scientifiques absurdes, causait tout un branle-bas dans le monde des savants et des navigateurs de l’époque et orientait la marine et le commerce des peuples de l’Europe occidentale dans des voies nouvelles.Pendant que l’Ancien-Monde assiste au mouvement réformiste politique et religieux qui désintègre l’unité catholique et brise l’obédience traditionnelle de l’Église romaine, les plus belles perspectives s’ouvrent pour l’Europe aux portes de l’Occident.On voit alors les caravelles espagnoles, avec l’élan frénétique des premiers jours, franchir les mers et se porter vers le Midi à la conquête des terres nouvelles, tandis que d’illustres marins, commissionnés par la France, l’Angleterre et le Portugal, cherchent par le septentrion la route des Indes, pays des épices, ou le passage pour se rendre aux contrées merveilleuses du Cathay et de Cipangu.Cet essor gigantesque de la navigation vers les régions septentrionales du Nouveau-Monde avait été précipité principalement par les récits extraordinaires de Marco Polo, consignés dans le Livre des Merveilles du Monde, où il étale les splendeurs de l’Orient et de la cour du Grand Khan, et par les expéditions des pêcheurs normands et basques qui, dès le début du XVIe siècle, commencèrent à fréquenter les grands bancs morutiers des Terres-Neuves.La France n’avait pris, jusqu’à cette époque, qu’une humble part dans les grandes entreprises maritimes du siècle.Ses initiatives, éveillées dès l’aurore des découvertes, par Une colonie d’oiseaux dans le Golfe St-Lauhent 119 les voyages de Jean Denys, de Thomas Aubert et des Verez-zanos, accomplis au service du drapeau fleurdelisé, s’étaient vu briser par ses troubles domestiques, ses rivalités avec Charles-Quint et la désastreuse journée de Pavie.A tous ceo contretemps s’ajoutaient les manœuvres secrètes de Philippe de Chabot, amiral de France, qui, séduit par les ducats portugais, contrecarra plusieurs fois les projets de navigation de son pays.D’autre part, il est à présumer que la disparition tragique de Jean Verezzano sur les côtes du Brésil, après avoir légué le nom de Nouvelle-France à la partie du littoral nord-américain qu’il visita et ouvert ainsi les voies aux entreprises qui suivirent, ne fut pas sans assombrir quelque peu les expectatives de la France et la détourner temporairement de ses vues sur le nouveau continent.Quoi qu’il en soit, le bruit des conquêtes espagnoles et portugaises dans le Nouveau-Monde et des richesses inouïes que renfermaient ces contrées lointaines ne laissait pas en France d’exciter l’intérêt des navigateurs et des hommes puissants de l’époque.On s’animait à la cour au récit des exploits des conquistadores qui, dans leur soif avide et farouche du vil métal, renversaient les vieilles civilisations mexicaines, opprimaient et asservissaient des peuples rebelles, spoliaient leurs temples et leurs palais dont la splendeur rappelait celle des illustres monuments de l’Egypte antique.Un jour, au milieu de l’exaltation des princes de la noblesse française, apparut une figure grave et géniale portant déjà l’empreinte des hâles des tropiques : c’était le sieur Jacques Cartier, navigateur de Saint-Malo.Il possédait toute la science nautique de son temps, apprise au cours de ses voyages aux Terres-Neuves et au Brésil.François 1er reconnut en lui le marin idéal qu’il cherchait.Le 12 mars 1534, le monarque lui confie la conduite de deux vaisseaux avec mission d’explorer les Terres-Neuves, “ pour découvrir certaines ysles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver grant quantité d’or et autres riches choses.” 120 Le Canada français Le départ de l’expédition est fixé au 20 avril.L’équipage, au nombre de 60 marins, prête devant messire Charles de Mouy le serment “ de bien se comporter au service du roi très chrétien Cartier met à la voile et bientôt ses deux nefs ne sont plus que des angles indécis qui s’abaissent sur la ligne de l’horizon.En vingt jours le grand capitaine est en vue du cap Bona vista, point de ralliement des navigateurs à destination de Terreneuve.Mais bientôt les glaces flottantes le forcent à relâcher dans une baie qu’il nomme Sainte-Catherine (aujourd’hui Catslins).Il explore le littoral de Terreneuve jusqu’au détroit de Belle-Isle et, le 9 juin, il touche les côtes arides et désolées du Labrador, “ terre, dit-il, que Dieu donna à Caïn ”, où se trouvent des Indiens “ vêtus en bêtes, portant plumes à la tête ”.Le 15 du même mois, il visite la côte occidentale de Terreneuve.A quelque temps de là il reprend la mer dans l’intention, cette fois, de toucher le continent, mais il est forcé par des vents contraires de cingler vers le sud-ouest du golfe Saint-Laurent.On était à l’aurore du 25 juin 1534.L’illustre marin, les yeux fixés sur l’horizon, cherchait à analyser à travers les brumes matinales trois points sombres qu’il voyait surgir indécis dans le lointain.A mesure qu’il s’avançait sur cette mer houleuse, le tableau se dessinait plus net.Les trois points sombres qu’il avait aperçus s’estompaient sur l’azur de l’horizon et l’un d’eux dressait, au-dessus de la ligne des brisants, ses flancs arides et escarpés : c’étaient les îles-aux-Oiseaux, petit groupe isolé qui forme l’extrémité septentrional de l’archipel de la Madeleine.Curieux de reconnaître ces rochers d’aspect si étrange, qui gisaient en pleine mer dans le rayon de sa course, il fit jeter la sonde et s’approcha de quelques encablures.Une barque fut mise à la mer et le marin descendit sur le plus petit de ces îlots.C’était un mamelon poreux presque entièrement démantelé et ressemblant à un débris de marée dont la mer infatigable achevait Une colonie d’oiseaux dans le Golfe St-Laurent 121 lentement la conquête.Le deuxième, plus gros, mais plus biscornu était d’une texture beaucoup réfractaire et paraissait d’un abordage plus difficile.Mais le dernier, tout d?une venue, gigantesque, à la mine renfrognée et farouche, semblait être là pour défier l’élément et couvrir ses frères de son armure.Il présentait sur son pourtour une muraille abrupte de cent trente pieds d’altitude, contre laquelle la vague impuissante déferlait sans se lasser, tandis qu’une multitude d’oiseaux, tournoyant en tous sens dans cette vierge solitude, mêlaient leurs voix plaintives à la clameur des flots.“ Ces Isles, relate Cartier, estoyent plus remplies d’oy-seaux que ne serait un pré d’herbes, lesquels faisayent là leurs nids, et en la plus grande de ces Isles y en avait un monde de ceux que nous appelions Margaux (1) qui sont blancs et plus grands qu’oysons, & estoyent séparez en un canton, & en l’autre part y avait des Godets (2) mais sur le rivage y avait de ces Godets & grands Apponats (3) semblables à ceux de cette Isle (4) dont nous avons fait mention.Nous descendîmes au bas de la plus petite & tuasmes plus de mille Godets & Apponats, & en mismes tant que voullus-mes en nos barques & en eussions peu en moins d'une heure remplir trente semblables barques (5).” Ces rochers furent appelés Margaux.Près d’un siècle s’écoule après la découverte des îles-aux-Oiseaux et de l’archipel de la Madeleine par Jacques Cartier.Les échecs successifs essuyés par la France dans ses diverses tentatives de colonisation au Canada, découragèrent ses efforts, et cette région comme, du reste, toute la Nouvelle-France, tomba dans l’oubli.Elle ne devait être restaurée à la lumière qu’en 1626, lors d’une croisière que fit Samuel de (1) Margots, (2) Pingouins communs.(3) Grands macareux du nord.Ce sont nos perroquets de mer.(4) Isle-aux-Oiseaux (auj.Funk Island).(5) Discours de Voyage fait par le Capitaine Jacques Cartier en la Terre-Neuve de Canada, dite Nouvelle-France, en l’an 1524, p.4. 122 Le Canada français Champlain dans ces parages.Le fondateur de Québec, s’étant arrêté aux îles-aux-Oiseaux, n’y retrouva plus que deux îlots au lieu de trois constatés par Cartier dans sa relation de voyage.Le dernier avait disparu, dégradé par le flot ou terrassé par la violence des coups de mer et il n’avait laissé à sa base qu’un écueil à fleur d’eau.Nul doute que ses habitants allèrent chercher un refuge sur les rochers voisins, car le Saintongeois, tout comme son devancier, y remarqua une légion de volatiles.“ Ce sont, dit-il, deux rochers où il y a telle quantité d’oyseaux appelés tangeux (1), qui ne se peut dire de plus.Les vaisseaux passant par là quand il fait calme, avec lout batteau vont à ces Isles, & tuent de ces oyseaux, en telle quantité qu’ils veulent.Us sont gros comme des oyes, ils ont le bec fort dangereux, tous blancs hormis le bout des aisles qui est noir.Ce sont de bons pêcheurs pour le poisson qu’ils prennent et portent sur leurs Isles, pour manger (2).” Champlain, sur ca carte de 1612, désigne ces rochers sous le nom d’Isles-aux-Tangeux, tandis que le groupe de la Madeleine prend celui d’Isles Ramées.Ce n’est, autant que nous sachions, qu’en 1632, sur la seconde carte de Champlain, qu’ils adoptent pour la première fois l’appellation d’Isles-aux-Oiseaux, qu’ils ont toujours conservée, sinon sur les cartes maritimes, du moins chez les insulaires de la Madeleine.* * * Trois siècles ont passé sur ces lieux sans en altérer l’aspect.Le paysage, en général, s’est conservé dans tout son éclat de jadis.Au centre du tableau, je revois dans sa stature altière le rocher Margaux de Cartier, resté vainqueur de la tourmente des siècles.Le temps n’a pas altéré son regard farouche de conquérant.(1) Ce sont les margaux de Cartier.(2) Œuvres de Champlain, Édition Laverdière, VI.p.1694. Une colonie d’oiseaux dans le Golfe St-Laurent 123 Mais ce qu’il y a de plus frappant dans cette grandeur sauvage, c’est la vue des habitants de ce donjon.Là niche et se reproduit, dans un pêle-mêle et un brouhaha indescriptibles, une véritable colonie d’oiseaux de mer : pétrels, estorlets (1), guillemots, moysques (2), becs-scie (3), goélands, gods (4), mouettes, margaux (5), pluvieurs, cacaouits (6), branle-queue, et que sais-je encore ?Quel délassement pour l’œil et l’imagination fatiguée du citadin que la vue de cette multitude de palmipèdes dont l’existence est comme répandue partout sur les corniches et dans les anfractuosités de ce monolithe ou sur les arêtes des brisants qui l’environnent ! On ne se lasse pas d’admirer ces gentilles formations dont le blanc est la couleur dominante et qu’on dirait artistement sculptées en haut relief sur le front sombre de cette acropole.Aperçue d’une distance de sept ou huit milles en mer, l’île Margaux présente l’aspect d’un morne recouvert de givre.(1) C’est le nom donné, dans toute l’Acadie française, aux sternes communes.(2) Les Acadiens désignent sous ce nom les eiders d’Amérique.Le mot moyaque est un dérivé de la langue micmaque.Il s’écrit aussi moyak.(3) Ce sont les harles à poitrine rousse.Becs-scie est le vieux vocable français appliqué à! cet oiseau dont le bec est fort long et en forme de scie.(4) On désigne ainsi, dans l’est du Canada, les pingouins communs ou alques à becs en rasoir.Les premiers explorateurs des côtes de l’Acadie écrivaient godets, le grand pingouin, qui habitait autrefois ces îles, a été, comme les vaches marines, pourchassé sans merci.N’ayant que de courts moyons en guise d’ailes, les marins en quête de viictuailles le traquaient partout à coups de bâton.Jadis, on les embarquait sur des navires, au moyen de passerelles, comme on ferait aujourd’hui d’un troupeau d’oies.Ils y étaient massacrés sans pitié.Ce trop docile oiseau, qui comptait aussi des représentants à Terreneuve, dans les îles du Nord, en Islande, au Groënland et dans les îles Arcades, est aujourd’hui presque complètement éteint.(5) Ce sont les fous de Bassen, les plus beaux de tous les oiseaux marins.Au temps de Cartier, ils étaient connus sous le nom de margaux ou margots.Champlain les a appelé tangeux.Le mot margot a prévalu.Ces oiseaux ne se rencontrent guère aujourd’hui qu’aux îles-aux-Oiseaux et à l’île Bona-venture (Gaspésie).On prévoit leur extinction prochaine.(6) Appellation donnée, en Acadie, aux perroquets de mer ou macareux arctiques.Cet oiseau tire son nom de son cri. 124 Le Canada français Pendant que je promène mes regards autour de ce pandémonium, mon coup d’œil embrasse des myriades d’oiseaux marins, qui s’envolent par paquets de la cîme de leur asile solitaire et tourbillonnent languissamment dans les airs comme de pâles nuées agitées par la brise.Ils décrivent mille cercles dans les environs de Pilot, planent au-dessus de l’abîme, scrutent d’un œil avide les replis de la vague, en quête de quelque pâture, fondent comme une flèche sur leur proie dès qu’ils l’aperçoivent, puis remontent à tire d’aile vers les escarpements du rocher pour digérer ou porter à leurs petits les menus fretins happés au cours de leur pêche.Après l’époque de la couvaison, dès que les oiselets peuvent se supporter sur leurs ailes, ils se réunissent par voliers si opaques parfois qu’ils troublent pour ainsi dire la transparence du jour.C’est un piaillement à nul autre pareil.Pendant que cette abasourdissante pourginée s’ébat à qui mieux mieux autour du rocher, de grandes mouettes, attirées sans doute par la rumeur du large, voguent, le cou tendu et l’aile laborieuse, vers le lointain bleu.Des pétrels sont échelonnés partout sur les chaînes de brisants ou à la surface de l’eau, des sternes au profil gracieux surgissent de cette ambiance et viennent d’un vol rhytmique, en rasant la mer, se fondre dans la théorie ivre de jeunesse et de liberté qui circonvolu-tionne l’îlot.C’est un spectacle à la fois charmant et sublime que l’aspect de ce petit peuple aux mœurs communautaires qu’un instinct de prévoyance ou une sage Providence a rassemblé dans cette solitude désertique.On dirait à entendre leur voix dolente que ces êtres sont malheureux comme l’onde qui vient mourir au pied de leur habitat.Mais n’allons pas nous y tromper.La note joyeuse ne traduit pas toujours le parfait contentement et je sais dans nos bois plus d’un oisillon au gosier d’argent moins bien partagé sous ce rapport que ne le sont ces grands oiseaux marins aux modulations gémissantes qui, tranquilles au milieu des tempêtes, se jouent avec Une colonie d’oiseaux dans le Golfe St-Laubent 125 les flots et s’y ébattent en pleine liberté.La nature les a d’ailleurs admirablement préparés à cette existence ballo-tée.Navigateurs-nés, leur corps offre beaucoup d analogie avec la carène d’un vaisseau : cou élancé en forme de proue, queue imitant un gouvernail ; ailes qui leur servent d appareils propulseurs dans l’air et dans 1 eau et quelquefois de voiles ; pieds palmés en guise de rames ; duvet imprégné d’huile qui rend leur robe imperméable à l’eau et conserve leur chaleur.Tous ces palmipèdes sont bons voiliers.Leurs habitudes sont, en général, pacifiques.De nos jours où la conquête définitive de l’air est une chose assurée, il semble que les empiètements de l’homme dans les espaces incommensurables attribués par le Créateur à la gent ailée, soient un délit de lèse-nature.Les oiseaux ne changent point, leurs mœurs n’évoluent point et ne souffrent pas de variantes ; leur vie n’est qu’un sempiternel refrain modulé suivant la couleur et l’énergie des paysages qui les font naître.“ Les oiseaux, dit un auteur, ont ceci de bon, qu’ils semblent toujours être les mêmes.Des années se passent, on devient vieux.On voit ses amis disparaître, les révolutions changer la face des choses, les illusions tomber l’une après l’autre, et, cependant.les oiseaux qu’on a connus dès l’enfance répètent les mêmes appels familiers, modulent les mêmes phrases musicales avec la même joie fraîche.Le temps ne semble pas mordre sur eux, et, comme ils se cachent pour mourir, nous n’assistons jamais à leur agonie et nous pouvons nous figurer que nous avons toujours devant les yeux ceux qui ont enchanté notre première jeunesse (1).” Heureuse illusion, et combien savent la goûter ceux qui ont eu le bonheur de naître à l’orée d’un bois rempli de gazouillements ou au bord de la mer écumante et grondeuse, sous un petit coin de ciel bleu animé par la voix des oiseaux ! (1) André Theuriet (Le Journal, 20 juin 1894). 126 Le Canada français Jadis, les îles-aux-Oiseaux jouissaient d’une autre célébrité : c’était le rendez-vous des écumeurs de nids.Les anciens racontent qu'empremier les Américains descendaient clandestinement dans ces îles, faisaient main basse sur les œufs de qualité marchande qu’ils rencontraient et, à la faveur de la nuit, cinglaient sur Boston où ils trouvaient un marché avantageux pour leurs frauduleuses dépouilles.Cette industrie désastreuse s’exerçait aussi, à la même époque, sur les côtes du Labrador.M.l’abbé Perron, ancien missionnaire à Natashquouan, écrivait à ce sujet : “ De crainte que leurs larcins ne soient découverts, les Américains enfouissent dans le sable les quarts d'œufs qu’ils ont cueillis, ou les descendent au fond de l’eau, jusqu’à ce qu’ils en aient assez pour former une cargaison.Lorsque ceux qui ont échappé à leurs perquisitions ont été couvés et sont éclos, ils viennent de nouveau parcourir nos îles, tuent le gibier, enlèvent sa plume et abandonnent par monceaux sa chair à la corruption.” Du temps que la flotte morutière de Gloucester (Massa-chusett) hantait les eaux de l’archipel, elle allait fréquemment se ravitailler de volatiles et d’œufs aux îles-aux-Oiseaux.Ses marins se précipitaient comme des vols de gerfaux sur ces îles plantureuses qu’ils saccageaient sans merci.Il y a beaux jours que ces forbans ont disparu du golfe, et, cependant, nos îles laurentiennes ont été, depuis lors, maintes fois visitées par une sous-espèce de pillards d’un poil moins rude que les premiers mais non moins à craindre pour la conservation de nos oiseaux.Ce sont les touristes qui, émerveillés à la vue des nids regorgeant d’œufs de ces île.,, ne se font aucun scrupule de s’approprier leur contenu qu’ils emportent à titre de souvenirs de voyage.Le Dr John Mason Clarke, conservateur du musée de l’État de New-York à Albany, qui visita l’archipel madeleinais, il y a quelques années, déplore les funestes procédés de ces pilleurs de nids.“ J’ai, dit-il, rencontré l’un de ces maraudeurs, en possession de 367 couvées d’œufs représentant chacune des sept espèces Uno colonie d’oiseaux dans le Golfe St-Laurent 127 ornithologiques les plus connues des rochers-aux-Oiseaux.Il avait, au cours d’une seule irruption sur ces îles, empêché la génération d’au moins deux mille volatiles, délit pour lequel il aurait été condamné dans son État à l’amende ou à l’emprisonnement.” (1) Il est bon de signaler en passant que ces voyageurs sans vergogne sont, pour la plupart, de libres sujets de la libre Amérique.Il y a, outre quarante-cinquième, des collectionneurs de coquilles d’œufs comme il y a des collectionneurs de faïences antiques, de pièces de monnaie, de médailles et de figurines anciennes, de timbres rares, de vieux tableaux et de bouquins curieux, d’articles d’étagère, de bibelots rococo, de coquillages fossilifères, et que sais-je encore ?La manie de collectionner existe à l’état endémique et épidémique chez nos matérialistes voisins.Ces ravageurs ultra-modernes qui, d’ailleurs, n’ont rien de commun avec les promoteurs de la science des grandes institutions américaines, se sont ainsi constitués dans leurs homes de véritables petits musees arrachés à prix d’or aux habitants de nos campagnes.Il est à regretter que les pièces sonnantes et trébuchantes qu’on fait adroitement miroiter à leurs yeux trouvent plus d’écho dans leur imagination que l’image que ces souvenirs d’antan pourrait évoquer chez eux.En renonçant à ces choses séculaires, c’est un peu de nos traditions que nous perdons, c’est autant de notre patrimoine national qui émigre au-delà do la frontière.Nous pourrions multiplier à loisir les exemples de vandalisme analogues à celui cité par le Dr Clarke.Un pareil régime de laisser-faire aurait amené l’extinction rapide des oiseaux du golfe Saint-Laurent si le gouvernement canadien, mis au fait de ces abus, n’avait, par décret du 29 mars 1919, réglementé cette importante question en érigeant le rocher-aux-Oiseaux et l’île Bonaventure en réserves ornithologiques, sous la surveillance d’un gardien officiel.- Charles-Hector Carbonneau.(1) The Heart of Oaspe, p.25, New-York, 1913.
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